le Blog de Claude Ribbe

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vendredi 26 juin 2009

Un think tank pour l'outre mer

La question de l’outre mer me semble aujourd’hui trop sérieuse pour la laisser à des politiques qui ne raisonnent qu’à l’horizon des prochaines élections, ni à des technocrates obsédés par leur carrière et incapables de poser les questions auxquels ils n’ont pas de réponses toutes faites. Certes, la politique de la République n’est plus une politique coloniale. Mais c’est une politique entièrement héritée de la tradition coloniale fondée sur le racisme et la méfiance à l’égard des «indigènes» dont les mieux formés et les plus intelligents sont systématiquement fichés comme suspects au lieu d’être consultés. Un exemple : la manière dont le problème des originaires d’outre mer en métropole a été jusqu’à présent traité, tellement caricaturale qu’elle se termine aujourd’hui dans le scandale. C’est attitude de méfiance vis-à-vis de l’élite des Français des DOM ou originaires des DOM est la raison majeure de l’échec manifeste des « états généraux de l’outre mer» qui n’aboutiront qu’au ridicule si leur principe même n’est pas rapidement repensé par des gens qui d’abord soient capables de penser et ensuite qui en aient le courage. Au moment de la crise, faute de vouloir s’appuyer sur des élites auxquelles on ne faisait pas confiance, le gouvernement s’est retrouvé d’un coup sans aucun autre relais que les « grands » élus, les fonctionnaires aux ordres et quelques figures médiatiques dont la raison d’être n’est pas de penser mais d’avoir l’air de penser. S’accrocher à des slogans creux, imaginés par des « communicants » dans l’espoir de masquer les vrais problèmes est une attitude qui ne peut au mieux que retarder une explosion inévitable. Le mépris voué aux véritables intellectuels (facilement reconnaissables au fait qu’ils imaginent des solutions aux problèmes réels au lieu de chercher à adapter de faux- problèmes à des solutions prêtes à l’emploi) la flagornerie systématiquement dispensée à de prétendus experts toujours recrutés sur le critère de l’intérêt politique à court terme ou de la servilité et que, de toute, façon, on n’écoute jamais, n’ont fait qu’exaspérer les tensions. Chaque fois que je me suis efforcé, depuis cinq ans, par simple civisme, d’alerter les responsables sur l’imminence d’une déflagration - les conditions politiques, économiques, sociales et culturelles étant manifestement réunies - il m’a été répondu que l’outre mer ne figurait pas parmi les préoccupations politiques majeures du moment. Cet automne encore, on ricanait dans certains bureaux lorsque j’annonçais l’incendie et m’interrogeais sur les pompiers qu’on serait en mesure, le cas échéant, de mobiliser. Il aura fallu un détonateur - l’entrée en fonctions de Barack Obama qui a déclenché le jour même une paralysie totale de la Guadeloupe et de la Martinique - pour qu’enfin on se préoccupe du sort de ces deux îles L’ère du doudouisme et du paternalisme est une ère révolue. L’outre mer de papa qui se réglait à coups de cocktails rue Oudinot, de comités réunissant les béni-oui-oui, de subventions aux associations fantoches, de décorations savamment saupoudrées, de processions devant Saint-Césaire, ne fait plus recette. Comment sortir de la crise qui secoue les Antilles sans l’intervention d’esprits libres et bien formés ? C’est pourquoi je travaille à mettre en place un think tank indépendant qui réunira les meilleurs experts pour éclairer à la seule lumière de l’intelligence les questions qui se posent aujourd’hui à propos de l’outre mer français. Les problèmes seront abordés en profondeur et sans aucun tabou. On prendra le temps -mieux encore que d’auditionner - d’écouter toutes les parties prenantes sans exception aucune. On se donnera les moyens de rendre les conclusions de cette expertise à un niveau international.

mercredi 24 juin 2009

Pourquoi le Président de la République doit accorder la Légion d’Honneur au général Dumas lors de son déplacement en Guadeloupe

Le Président de la République française s'est envolé pour les Antilles cinq mois après une crise d’autant plus grave qu’elle était prévisible, même si les rares personnes à l’entrevoir étaient raillées. L’aspect visible de cette crise, c’est une revendication sociale dont une majorité de Français a jugé qu’elle était juste, même si d’autres ne comprenaient pas. L’aspect caché, c’est le mépris voué par l’ensemble de la classe politique aux Antillais et à leur histoire. Cet aspect ne saurait être occulté plus longtemps. Rendre hommage aux dissidents antillais de 1940, c’est bien. C’et même très bien. Mais l’histoire des Antilles ne se résume pas à l’histoire du XXe siècle. Tous les Antillais ont été des dissidents. Rendre hommage à tous les esclaves dont les enfants sont les Antillais d’aujourd’hui et qui tous, par leur résistance, active ou passive, ont lutté pour leur dignité et pour que la notion de droits de l’homme prenne tout son sens, ce serait mieux. Il faudra bien un jour admettre que si les Antilles sont françaises, c’est parce que la France y a pratiqué l’esclavage et que l’esclavage est une ignominie que la République n’a jamais souffert. L’esclavage a été aboli, mais il a laissé des traces et c’est à cause de ces traces que la population des Antilles s’est soulevée cet hiver. Les Antilles d’aujourd’hui sont gangrenées, à tous niveaux, par les séquelles révoltantes de l’esclavage. Les Antilles sont traitées à part. Je ne parlerai même pas des inégalités sociales dont le monde entier est à présent informé. Prenons un autre exemple : que le Président essaie de capter France Culture et France Musique au pays de Césaire et du chevalier de Saint-George. Il n’y parviendra pas. Les « nègres » n’auraient besoin ni de Culture ni de Musique classique ? Est-ce cela l’indivisibilité de la République ? Je ne demande pas de repentance pour mes compatriotes. Je demande que justice soit faite pour les morts et pour les vivants. Je ne demande pas l’aumône. Je demande l’équité. Vendredi 26 juin 2009, il va falloir un signe fort et courageux. Une femme guadeloupéenne ministre de l’Outre mer. C’est bien. C’est même très bien. Mais c’est normal. Cela aurait dû être fait depuis longtemps sans attendre que la menace d’une situation insurrectionnelle l’impose. Pour une femme qui émerge, combien d’hommes et de femmes jusque là sacrifiés ? Ce qui serait encore mieux, c’est cette phrase que j’attends depuis des années. Cette phrase que personne, jusqu’ici, n’a eu le courage de prononcer :

« J’ai décidé d’admettre, à titre posthume, le général Alexandre Dumas, né esclave dans une colonie française, premier général Antillais de l’histoire, dans l’ordre national de la Légion d’Honneur. »

J’aimerais qu’elle fût prononcée près de Basse-Terre, là où Delgrès et ses compagnons ont choisi la mort parce qu’on leur refusait la liberté.

vendredi 8 mai 2009

10 mai 2009, après les états généraux de l’outre mer, la tentative de liquidation de la mémoire de l'esclavage

Le nouveau décret du Premier ministre concernant le comité pour la mémoire de l’esclavage a été publié le 7 mai 2009 au journal officiel. Le comité pour la mémoire de l’esclavage instauré en janvier 2004, change de nom et devient "comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage". Les membres de ce comité sont toujours 12 mais leur mandat est réduit à 3 ans. Assisté par un secrétaire général, « le comité comprend douze personnalités qualifiées, choisies en raison de leurs compétences et de leur expérience en matière de recherche, d'enseignement, de conservation, de diffusion ou de transmission de l'histoire et des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition. » Le comité comprenait jusqu’ici quatre personnalités choisies en considération de leurs travaux de recherche dans le domaine de la traite ou de l'esclavage, mais également quatre personnalités choisies en considération de leur activité associative pour la défense de la mémoire des esclaves et quatre personnalités choisies en considération de leur connaissance de l'outre-mer français. L’activité associative pour la défense de la mémoire des esclaves et la connaissance de l’outre mer français ne semblent plus être des critères de nomination des membres du comité qui devient, de fait, un comité d’universitaires et de fonctionnaires. La séparation entre le comité de l’esclavage et l’outre mer et les associations est désormais un fait flagrant et acté. C’est dans cette logique que la partie officielle de la cérémonie du 10 mai, censée rassembler les descendants d’esclaves en présence du président de la République, a été délocalisée à Bordeaux. L’outre mer, depuis le XVIIe siècle n’est-il par l’"eldorado des Aquitains". N’est-ce pas à Bordeaux que les békés viennent depuis cette époque chercher leurs femmes pour préserver la « pureté de la race » ? Ce qui est présenté comme un événement est l’inauguration ministérielle d’une salle de musée en l’absence du Président et des descendants d’esclaves. Cette inauguration aurait pu se faire dans les mêmes conditions à toute autre date de l’année. Le déplacement à Bordeaux, ville des plus conservatrices qui a construit sa prospérité sur la traite mais qui est aussi une ville où les békés antillais disposent encore d’une influence économique et sociale extrêmement importante tandis que les associations d’ultramarins n’y ont aucune influence, est lourde de sens. Le système économique du container à destination des Antilles ayant remplacé la logique du commerce triangulaire, c’est là où les containers métropolitains partent pour les Antilles que la "fête" aura lieu. L’esclavage, système économique producteur de racisme ayant laissé des séquelles dans les sociétés d’outre mer, est exclu du 10 mai qui devient une commémoration exclusive, et par ailleurs extrêmement ambiguë, de la traite dont certains historiens révisionnistes ont tenté de montrer que c'était une oeuvre humanitaire et que les seules responsabilités étaient du côté des Africains. Des efforts constants ont été constatés depuis 2003 pour réduire la question de l’esclavage à la traite et la traite à une prétendue « question noire » véhiculant l’obsession raciste d’une partie de la population française. Dans cette logique, il est certainement qu’en 2010, la partie officielle de la cérémonie, de Bordeaux, sera célébrée à Gorée. Par ailleurs, le gouvernement table évidemment sur le fait que, durant les 5 prochaines années, le 10 mai sera célébré un jour ouvré, de sorte que les descendants d’esclaves soient totalement et définitivement exclus d’une question qu’on souhaiterait confier à de prétendus spécialistes qui y trouveront, de toute évidence, leur intérêt matériel en devenant des bureaucrates de l’histoire de l’esclavage. On fera en sorte qu'ils en vivent très bien pour que les mêmes occupent durablement le terrain. De toute évidence, on peut s’attendre à ce que le comité, dont la composition, décidée par l'Elysée, sera officiellemnt connue dans les prochainnes heures, soit présidé par un descendant ou une descendante d’esclavagiste. Le seul problème c’est que ce plan insensé, dont on fait endosser la responsabilité au Premier ministre, et qui vient compléter la mascarade des « états-généraux de l’Outre mer », fait courir au président de la République le risque d’une rupture totale et définitive avec l’Outre mer. S'agirait il d'une provocation pour pousser vers l'indépendance des populations qui n'en veulent pas ? Bien entendu, on va chercher à démontrer que les activités des associations qui défendent la mémoire des esclaves se réduisent aux gesticulations de quelques agités racistes. Des associations qu'on connaît bien et qui se trouvent subventionnées en sous main par ceux qui lont intérêt à ce qu'elles existent et fassent peur, sont prêtes à jouer ce rôle. Dès le 10 mai 2009. Le seul remède, dans ces conditions, c’est que les associatifs et les populations ultramarines de métropole s’organisent en comité pour porter le 10 mai et revendiquent dès à présent que la journée soit chomée à partir de 2010. La solution d’une manifestation pérenne et nationale place du général-Catroux à Paris est très certainement la meilleure. C’est pourquoi le rassemblement en hommage aux victimes et aux héros de l’esclavage aura lieu dimanche 10 mai à 14 heures, place du général Catroux à Paris, n’en déplaise aux apprentis sorciers qui entraînent le gouvernement sur une pente dangereuse et qui porteront une très lourde responsabilité dans l’évolution de l’outre mer français au cours des prochaines années, voire des prochains mois. la prise de conscience, par la ville de Paris, de cette évidence est une excellente chose. On se réjouit qu'elle s'associe pleinement à la manifestation du 10 mai 2009 place du général-Catroux et on espère que le maire accordera dès le lundi 10 mai 2010 une journée de congé aux milliers d'employés de la ville originaires d'outre mer pour qu'il reste au moins quelque chose de la loi Taubira, malgré toutes ces manoeuvres.

mercredi 22 avril 2009

Les "états généraux" de l'Outre mer ou la politique de la tête dans le mur

On aimerait que celui ou celle qui a eu cette belle idée d’états généraux de l’Outre mer se fasse connaître et qu’il ou elle en assume aujourd’hui la paternité (ou la maternité) avec courage. Faut-il rappeler que les états généraux de 1789 rassemblaient des élus représentatifs et pas, comme aujourd'hui, des béni oui oui engraissés dans les cocktails de la «Françantille » ? Quand on appelle à des états généraux, il faut que lesdits états soient généraux. Pas particuliers. Quitte à ce qu'il y ait des états généraux de l’Outre mer, ils auraient dû être tenus il y a deux ans et résulter d’une concertation préalable sur l’opportunité d’une telle opération, sur les thèmes abordés, sur les modalités de la consultation. Il n’en a rien été. Faute d’un consensus fondateur, ils sont voués dès le départ à l’échec. Et le remède risque d'être pire que le mal. Le conflit, qui a commencé officiellement en Guadeloupe au mois de janvier, mais qui couvait depuis plusieurs années, sans que cela préoccupe le gouvernement outre mesure, avait amené le ministre de l’Outre mer, Yves Jégo, à se rendre immédiatement sur place et à entamer des négociations franches avec toutes les parties, ce qui était la bonne méthode. Le fait de le rappeler brusquement à Paris et de brandir l'épouvantail de l'indépendance au lieu d'appliquer les lois de la République sans distinction de latitude ni de couleur a déclenché une crise sans précédent dont on est très loin d’être sorti. Si on rappelait le ministre, il fallait que le Premier ministre se rende immédiatement sur place ou, mieux encore, le président de la République lui-même. Il n’en a rien été. La crise a été gérée à la petite semaine et le gouvernement a fini tout simplement par céder. Le fait de vouloir organiser de prétendus états généraux au lieu d’annoncer des mesures concrètes montrant que le message, pourtant très clair, de la Guadeloupe et de la Martinique a été compris, est le signe d’un aveuglement et d’une surdité qui n’annoncent rien de bon. Mais le plus étrange est que l’on se vante aussi d’organiser des états généraux de l’outre mer en métropole, alors qu’une délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d’outre mer a été créée par Nicolas Sarkozy en juillet 2007. Y aurait-il donc une crise chez les Français métropolitains originaires d’outre mer, comparable à la crise qui secoue les Antilles et qui n’aurait fait que s’aggraver depuis la mise en place de cette délégation miracle ? On s’interrogeait sur le sens et bilan de cette officine, au-delà des persécutions et des procès téméraires engagés par le délégué interministériel contre les Ultramarins représentatifs, au-delà du fait le fait que la personnalité même du quidam nommé par le président de la République était un véritable affront pour tous les Antillais (voir mon billet du 22 mai 2008). L’annonce d’états généraux de l’outre mer tenus en métropole est une réponse suffisamment édifiante. Elle déconsidère a priori la notion même d’états généraux de l’outre mer sans qu'il soit nécessaire de s'y intéresser davantage. Le fait que l’organisateur de cette opération disqualifiée d’avance soit le délégué interministériel lui-même, interdit de séjour en Guadeloupe, et à qui l’UGTG à promis de faire descendre tête première, le cas échéant, les 48 marches de ses locaux, en dit long sur la finesse de cet individu et son aptitude à remplir sa mission. Le meilleur reste à venir. Des rumeurs circulent sur le fait qu’on aurait conseillé au Président de la République de se rendre le 10 mai prochain à Bordeaux pour rendre hommage aux esclaves et aux descendants d’esclaves. Les Antillais de métropole - les principaux intéressés - ne sont pas concentrés à Bordeaux mais en région parisienne. Dans la situation actuelle, le fait d'éviter une célébration du 10 mai à Paris serait lourd de sens. Si Nicolas Sarkozy, après avoir participé, on l’espère malgré lui, au carnaval colonial indigne du 10 mai 2008, après avoir annoncé ce jour là, devant un parterre ébahi, que la commémoration du 10 mai aurait lieu en fait le 23 mai, fuyait les Antillais pour aller se cacher à Bordeaux le 10 mai 2009 au lieu d’affronter la réalité de la question mémorielle à Paris, montrant ainsi qu’il confond tout : traite et esclavage, explosion des Antilles et prétendue « question noire », alors il se priverait de toute chances de se réconcilier avec les Antillais et compromettrait ce voyage en Guadeloupe qu'on attend avec beaucoup d'intérêt depuis deux ans. En ce qui me concerne, après avoir contribué au seul monument significatif à l’esclavage jamais érigé en France, j’ai mis en ligne une pétition à Nicolas Sarkozy pour que la Légion d’honneur soit enfin attribuée au général Dumas, au-delà de toutes les arguties développées jusqu’ici par ses conseillers pour la lui refuser. Mille signatures venues du monde entier ont aussitôt appuyé ma démarche. Et ce n’est qu’un début. L’attitude du président de la République envers le général Dumas montrera son intérêt réel pour la Caraïbe et l’outre mer. Et ceux qui ont pratiqué la politique de la chaise vide le 4 avril, lors de l'inauguration du monument au général Dumas à Paris, ceux qui ont envoyé des nervis stipendiés pour tenter de la perturber, ceux qui ont tenté lamentablement d'organiser une contre-opération à la même heure à Nanterre et d'instrumentaliser, une fois de plus, la mémoire de Césaire, ceux qui se conduisent tous les jours en voyous aux frais du contribuable, ne sont sans doute pas les mieux placés pour faire des reproches aux syndicats antillais qui refusent aujourd'hui, à juste titre, de participer à cette opération de communication manquée.

C’est sans doute très bien de décorer, comme cela fut le cas cet hiver, les "belles intelligences françaises" qui ont déclaré que les Martiniquais sont des «assistés ». Mais ce serait encore mieux, pour la dignité de l’ordre national de la Légion d'honneur, de rendre justice au général Dumas.

samedi 18 avril 2009

Les statistiques "ethniques", une imposture française pour entretenir le racisme et nier le passé

La France passe pour le pays des droits de l’homme et se pose volontiers en donneuse de leçons en matière d’antiracisme. La réalité est tout autre : la France a inventé le racisme vers la fin du XVIIIe siècle et l’a imposé au monde dès le début du siècle suivant, à la faveur de la dictature napoléonienne que de prétendus historiens essaient encore de présenter comme une période heureuse de l’histoire. Le fait d’assigner des êtres humains à une prétendue « race » a servi au XVIIIe siècle à masquer la réalité du présent : les Français trafiquaient des êtres humains et exploitaient les survivants dans des territoires conquis par la violence et baptisés « nouveau monde » comme s’ils n’avaient jamais existé auparavant. Aujourd’hui, le fait d’alimenter un débat artificiel sur les statistiques dites ethniques (un mot inventé par le théoricien ultra raciste Vacher de Lapouge) est simplement une manière de maintenir le statu quo raciste en France et de nier le passé. Le racisme en France est une réalité d’autant plus effrayante qu’elle n’est pas reconnue. Il suffit d’aller dans n’importe quel restaurant parisien pour se rendre compte que les Afro-Français sont relégués aux cuisines, tandis que le personnel de service est sélectionné selon la blancheur de la peau. Tout le monde le sait. Personne n’en parle. Il suffit de regarder la composition de l’Assemblée nationale pour comprendre qu’elle est recrutée selon des critères de « race » qui ne se disent pas, mais que le système électoral impose. Tous les médias français sont de même quasi-exclusivement composés de journalistes recrutés à la couleur, excepté quelques Afro-alibis sélectionnés en fonction de leur sottise, de leur soumission et de leur propension à véhiculer le racisme ambiant. Et quand on invite de prétendus « noirs » à s’exprimer, on choisit toujours les plus bêtes, les plus incultes, dans l’espoir de désespérer les autres. Ainsi ce sont généralement les sportifs ou les chanteurs qui s’expriment sur les questions philosophiques ou historiques, trop imbus d’eux-mêmes pour se rendre compte à quel point ils sont manipulés et ridiculisés. En France, ce sont les gens à la peau blanche et les gens à la peau blanche uniquement qui ont le droit de parler des autres, de dire ce qu’ils sont, ce qui leur convient. Une loi a été votée en 2001 pour rendre hommage aux descendants d’esclaves. Un comité pour la mémoire de l’esclavage a été nommé à la hâte au moment où la France perpétrait un coup d’État contre Haïti afin de nier le passé esclavagiste. Ce comité a totalement été dépourvu de moyens pour qu’on soit bien sûr qu’il ne serve vraiment à rien et ne fasse rien. Ne pouvant rien faire, il n’a donc rien fait et n’a même pas eu le droit, en 2008, d’organiser la partie officielle de la journée pour la mémoire de l’esclavage dont on se souviendra longtemps. Tous les efforts sont allés dans le sens de la division et les plus diviseurs étaient bien entendu ceux qui prétendaient tenir un discours d’unité fondé sur la « race ». Aujourd’hui certains journalistes, en réalité activistes de la pensée raciste, tentent encore d’introduire des statistiques « ethniques », contre tous les principes de la République française, bafoués il est vrai par la pratique. L’idée est de nier le « métissage » qui fait toute la spécificité française, les « métis » étant bien entendu considérés par les racistes comme « noirs » (voir le cas du général Dumas ou du chevalier de Saint-George). Au moment où les Antilles se sont mises en révolution (sans même attendre, comme en 1789 la réunion des états généraux dont les représentants, soit dit en passant étaient, même à l’époque, élus et non pas choisis par le pouvoir), un pesant silence pèse sur le renouvellement du comité pour la mémoire de l’esclavage, dont les membres ont cessé d’être officiellement en fonctions depuis la mi-janvier, mais qui ne sont pas renouvelés. Des rumeurs laissent entendre que le président de la République, au lieu d’affirmer, comme on pourrait s’y attendre vu les circonstances, son attachement à la communauté afro-antillaise de France, qui se trouve majoritairement concentrée dans la région parisienne, fuirait cette communauté le jour du 10 mai 2009 pour se rendre à Bordeaux, ancien port négrier, certes, mais ville nullement emblématique de l’esclavage. La traite s’est pratiquée notamment à partir de Bordeaux. Mais c’est aux Antilles, pas à Bordeaux, que l’esclavage a été perpétré. C’est donc là où vivent les Antillais de métropole et pas ailleurs que l’esclavage doit être évoqué pour rendre hommage aux descendants d’esclaves, là où ils sont. Le président de la République ne semble pas avoir d’opinion arrêtée sur la question. Il paraît s’en remettre à des conseillers sur lesquels on espère qu’il finira par s’interroger : quelles sont au fait les raisons pour lesquelles il a choisi ceux là précisément ? On espère que même si ces conseillers ne comprennent rien ou ne veulent rien comprendre, il est bien conscient, lui, le président de tous les Français, que l’endroit où il se trouvera le 10 mai prochain, la composition de son comité pour la mémoire (et l’histoire...) de l’esclavage, son attitude à l’égard des statistiques racistes, condamnées par Simone Veil, et bien sûr la question de la Légion d’honneur du général Dumas détermineront - et pour longtemps - l’attitude des Antillais à son égard. Les vrais Antillais, bien sûr, pas ceux qui lui lèchent les semelles à Paris, dans l’espoir qu’on leur jette quelques os à rogner. La France a été obligée d'abolir l'esclavage et elle a perdu ses colonies. Mais il y a en France des descendants d'esclaves et des descendants d'indigènes. Ils ont une histoire. Ils représentent un quart état. Si la classe dirigeante persiste à nier l'existence de ce quart état, à mépriser ses héros, à manipuler son histoire, personne n'est en mesure de prévoir ce qui se passera. L'offense à la mémoire peut coûter au moins aussi cher que l'aveugelemnt face aux inégalités sociales.

mardi 24 mars 2009

communiqué de l'association des amis du général Dumas

Samedi 4 avril 2009 place du général-Catroux à Paris 17e à partir de 11 heures

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dimanche 4 janvier 2009

Les damnés de la France

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dimanche 7 décembre 2008

Anes blancs, ânes noirs.

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mercredi 3 décembre 2008

Le Diable noir...

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mardi 25 novembre 2008

Mon soutien à Eunice Barber

Mon amie Eunice Barber m’a appelé hier pour me dire qu’elle comparaissait mercredi 26 novembre à 9 heures du matin devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour outrage à agent de la force publique et rebellion. Cela m’a un peu étonné car j’avais le souvenir que c’était Eunice Barber la victime et non pas la coupable. Eunice Barber est née il y a tout juste 34 ans en Sierra Leone. Elle est championne olympique (heptathlon et saut en longueur). À l’âge de dix-huit ans, elle est venue vivre et s’entraîner en France. La nationalité lui a été accordée en 1999. Sept ans plus tard, sa vie a basculé. C’était le samedi 18 mars 2006 à Saint-Denis. Eunice se rendait chez le coiffeur en voiture. En face, un barrage de police.

Ensuite, deux versions. Celle des policiers : Eunice Barber est une dangereuse furie qui les a agressés. Elle aurait mordu l’un d’entre eux. Pourquoi les aurait-elle agressés ? Mystère. Pourquoi les aurait-elle mordus ? Sûrement pas pour essayer de défendre sa vie face à des violences policières racistes, mais parce que c’est une "négresse", voyons ! Chacun sait que les "négresses" mordent, comme les animaux. Eunice Barber serait un animal féroce. Eunice Barber soutient, elle, que les policiers l’ont sans raison tirée de sa voiture et molestée, piétinée, giflée, tirée par les cheveux, à cause de la couleur de sa peau. « Tu as de la chance qu’il y ait du monde, sinon on pourrait te faire pire ! » lui auraient-ils lancé, même après avoir reconnu sa qualité d’athlète. Je connais Eunice. C’est une jeune femme très calme et très posée. J’ai eu l’occasion de la rencontrer par un ami guadeloupéen, Molière Athalys, qui lui donne des cours de chant classique, ce qui montre qu’elle ne s’intéresse pas qu’à l’athlétisme. Peu de temps après l’incident, nous nous sommes vus. Ses poignets étaient tailladés par la trace des menottes des policiers, ce qui m’a fait frémir d’horreur. Oui tailladés, je suis témoin. Eunice était traumatisée à jamais. Elle m’a dit : « Ce jour-là, j’ai appris par la police que j’étais « notre ». Avant, je ne m’étais jamais posé une question pareille. » Les blessures occasionnées par ces violences ont sérieusement compromis sa carrière au point qu’elle n’a pu se qualifier pour les JO de Pékin. Elle a toutefois remis les pendules à l’heure en déclarant que la France, pays "où l'on torture des noirs et des arabes", n'a pas de "leçons à donner" en matière de respect des droits de l’homme aux autorités chinoises. La plainte déposée par Eunice pour les brutalités subies n’a pas été retenue. En revanche, les policiers ont obtenu de la faire comparaître devant le tribunal correctionnel. Et pourquoi la version des policiers a-t-elle été suivie ? Parce qu’ils étaient neuf. Oui, neuf hommes. Plus de 600 kg écrasant une femme, lui tordant les poignets. Fût-elle une athlète, le jeu n’était pas égal. Comment peut-on m’expliquer qu’on puisse traiter une femme ainsi, quoi qu’elle ait dit, quoi qu’elle ait fait ? Comment peut-on m’expliquer qu’après une pareille scène, ce soit elle qui comparaisse devant le tribunal ?

Qu’on juge par la vidéo de l’arrestation d’Eunice.

http://video.google.fr/videosearch?sourceid=navclient&hl=fr&ie=UTF-8&rls=HPEB,HPEB:2006-17,HPEB:fr&q=eunice%20barber&um=1&sa=N&tab=wv#

Faisons confiance à la Justice : Il y a des gens d’honneur parmi les policiers. Parmi les magistrats aussi, bien sûr. Mais soutenons Eunice Barber dans cette nouvelle épreuve !

Ah, j'oubliais : Molière Athalys, le professeur de chant d'Eunice, a été un jour, lui aussi, sans raison aucune, embarqué dans un commissariat, molesté, insulté, humilié. Voyez, que ça n'arrive pas qu'aux athlètes...

dimanche 23 novembre 2008

Que philosopher n’est pas sans risques.

J’ai le souvenir d’avoir été invité un jour sur un plateau de télévision où se trouvait Stéphane Pocrain. Lorsqu’il s’est mis à parler des « noirs » (et bien entendu en leur nom) je lui ai demandé ce qu’il entendait par là. Comme il était incapable de me répondre, il m’a jeté un regard furieux et lancé, sur un ton qui laissait deviner une certaine envie de me casser la figure : « Je ne suis pas votre élève ! ». Ma question l'avait rendu fou; sa réponse montrait assez que si j'étais un "noir", je n'avais cependant rien à voir avec lui.

Ayant effectivement enseigné la philosophie pendant plusieurs années, la réflexion de Pocrain, qui était en même temps un aveu, m’a vraiment mis mal à l’aise. Oui, la réflexion suppose un apprentissage. Personne n’oserait monter sur une scène pour donner un concert de violon sans s’être livré préalablement à quelques années d’exercice. Et pourtant, nombreux sont ceux qui s’exhibent pour raisonner sans préparation appropriée et surtout sans aucun souci de trouver la vérité, mais dans le but unique de paraître avoir raison. Dans l’antiquité (où il n’y avait aucun préjugé de couleur) c’est gens-là on les appelait «sophistes » et ceux qui les combattaient au nom de la vérité, on les nommait « philosophes ». Ces derniers étaient ceux qui recherchaient la sagesse, la clé du bonheur, étant entendu que le chemin escarpé et périlleux qui y conduit est forcément celui de la vérité. Comme dirait Hegel, est-on automatiquement cordonnier sous le prétexte qu’on a un pied susceptible d’entrer dans une chaussure à la bonne pointure ? Donc ma question, faussement naïve, j’en conviens, « Qu’est-ce qu’un « noir » pour vous ? », mettait soudainement en évidence les carences de ce pauvre garçon, propulsé sophiste par ceux qui le jugeaient utile et pas dérangeant. Je l’avais sûrement humilié, ce qui n’était pas du tout mon intention. Et depuis, j’éprouve toujours un peu de gêne à emmener mes interlocuteurs sur le terrain philosophique, ayant remarqué, en mûrissant, que lorsqu’on se risque à y pousser des gens qui n’y sont pas préparés, on génère parfois beaucoup de violence. J’ai souvent repensé à la mort de Socrate et à la haine que les sophistes de son époque pouvaient lui vouer. J’en suis arrivé à la conclusion que la philosophie- je ne parle pas de ce qu’on entend par ce mot dans les dîners parisiens, à la télévision ou dans les colonnes des journaux– c’est vraiment dangereux. Les esclaves enchaînés à leur écran extra-plat-HD-ready, habitués à ne discerner que des ombres dans l’obscurité cathodique, n’apprécient pas du tout qu’on les tourne brusquement du côté de la lumière. Mon ami Aristide, lecteur attentif de ce blog, me rappelait hier encore (au téléphone depuis l'Afrique du Sud) que la vérité c'est du piment (proverbe wolof). Soit dit en passant, Aristide risque de rentrer au pays, maintenant qu'Obama est élu et surtout depuis qu'Hillary (beaucoup plus "noire" qu'Obama en fait) accède au Département d'Etat. Que ceux qui ne me croient pas aillent voir Quantum of Solace et on en reparlera. Villepin, qui, depuis la Martinique, fin 2003, (il était en vacances chez Glissant) avait prêté main forte à Bush pour enlever Aristide, se prépare à la correctionnelle tandis qu'Aristide va être réhabilité par tous ceux qui lui crachaient dessus (toute la presse française et les imbéciles qui répètaient ce qu'ils y lisaient à l'époque). Un juste retour des choses, non ?

Bref, pour avoir, de manière indirecte il est vrai, tenté de remettre le couvert au sujet de la "race" à propos du regrettable article de Véronique Maurus, j’ai déploré des réactions qui montraient bien que la plupart des gens n’ont aucune défense contre l’idéologie dont une partie de la presse les abrutit et préfèrent l’ombre lumineuse à la lumière obscure. Je laisse bien entendu de côté tous ceux qui, dès que je dénonce le racisme, me traitent de paranoïaque, voir de raciste. "Moi pas comprendre", m'écrivait finement l'autre jour un de mes contradicteurs.

Parce que j’évoquais une question grammaticale - la question de la majuscule au mot «noir » (ou « blanc ») lorsqu’il est employé comme substantif - certains m’ont reproché de donner de l’importance à un détail tellement insignifiant que j’étais sans doute un maniaque, principalement occupé à trouver le moyen de sodomiser les mouches. Voire ? Imaginons que le titre de l'article n'ait pas été Appeler un Noir un Noir (sic), mais qu'il ait désigné, de manière analogue, et avec la majuscule, un prétendu groupe autre que les "noirs" ?

La question, en fait, n’a rien d’insignifiant. Agatha Christie (qui savait ce qu'est l'écriture) disait que si on déplaçait une virgule dans un de ses romans, le coupable n'était plus le même. Eh bien, si l’on met une majuscule au mot « noir », Patrick Lozès à droit tout de suite à un poste de ministre. Ministre des « noirs », bien sûr.

Si on opte pour la majuscule, on fait le choix de considérer que la couleur de peau vous assigne à un groupe, sans qu’on ait le choix d’y adhérer ou non. Du point de vue de ceux qui font ce choix (et ne laissent pas de choix aux autres) tout métissage est exclu. Une personne qui a deux parents d’un l’un est blanc de peau, l’autre noir, est obligatoirement un « noir ». Ainsi, Obama, dont toute la presse française rappelle que c’est un « noir », Obama n’aurait pas le droit de dire qu’il est « blanc » sans être raillé ou insulté. En bonne logique, on devrait pourtant admettre qu’une double ascendance pourrait permettre à tout intéressé de choisir. Mais non. Car un « blanc », c’est quelqu’un dont rien, dans l’apparence, ne laisse penser qu’il puisse avoir un « noir » parmi ses ancêtres. Alors qu’un « noir » c’est au contraire quelqu’un qui, même si la moitié ou les trois quarts de ses aïeux ont la peau blanche, n’a pas le droit de revendiquer son appartenance au supposé groupe des « blancs » à partir du moment où son phénotype laisse entrevoir une ascendance un tant soit peu négroïde. Un homme à la peau blanche avec des traits négroïdes est un nègre blanc, pas un blanc noir. On voit qu’il y a, dans cette vision, négrifiante, dénigrante (au sens étymologique) du monde, deux poids deux mesures, quelque chose de tellement louche qu’on est bien obligé de soupçonner une grossière idéologie uniquement destinée à légitimer les intérêts de ceux qui se considèrent comme «blancs». J’ai dit souvent qu’on n’a aucun intérêt à s’affirmer « noir » ou « blanc » si l’on est entre soi. Dès que quelqu’un s’affirme «blanc», cherchez le « noir » qui est visé et voyez en quoi il dérange. Quand je lis, Le Monde, je sais que c’est moi ; que ce journal tient bien à faire savoir qu’il n’est pas du tout destiné à être lu (encore moins écrit) par des « gens comme moi ». Véronique Maurus est sûrement naïve. Tel n’est pas forcément le cas de sa rédaction. Le médiateur ressent le besoin névrotique de parler de « noirs ». Elle compense son angoisse par la jouissance de se sentir non seulement « blanche » (qui pourrait en effet douter qu’elle pense l’être lorsqu’on la lit ?), mais en plus une "blanche supérieure" au sens où elle se sent capable d’accorder sa bienveillance à un « noir », fût-il président des États-Unis. Quelqu’un comme elle pourrait parfaitement coucher avec un « noir », même l’épouser, mais elle ne manquerait jamais de lui rappeler qu’il « est » noir et que leurs enfants le « sont » aussi. Je n’ose plus lire ce quotidien pourtant estimable avant de me coucher par crainte des insomnies, ce qui est ennuyeux pour un journal du soir. Je frémis en imaginant les conférences de rédaction évoquant la « question noire ». Lorsque les sodomiseurs de mouches comme moi décèlent dans ce journal ce besoin irrépressible de parler de sa couleur de peau dès qu’un Afro-descendant émerge du lot, ils comprennent que les auteurs de ces articles sont des « blancs » au paternalisme désuet, extrêmement angoissés, et, faut-il le dire, angoissants. Mais ils s'aperçoivent aussi que de pareils travers, s’ils sont tolérés, sont sûrement encouragés par la ligne éditoriale du journal. C'est ça qui provoque des cauchemars. C’est ce racisme-là qui fait, je crois, le plus de mal. Je préfère infiniment discuter avec le pire réactionnaire qui, s’il est de bonne foi, finit généralement par reconnaître qu’il a des préjugés, mais qu’il lui est impossible de s’en défaire, plutôt qu’avec un raciste de gauche qui préférera me dénier toute aptitude au raisonnement plutôt que de s’avouer ses propres limites. Voilà l’explication de la haine que me vouent de nombreux sophistes. Une haine d’autant plus féroce que j’ai eu le malheur d’apprendre à penser et de faire certifier ce temps perdu par des diplômes aujourd’hui bien inutiles. Dans ma jeunesse, j’avais la naïveté de croire que des certificats attestant de mes efforts pour apprendre à réfléchir me garantiraient, plus tard, un minimum de respect intellectuel. C'est ce que croyait ma mère.

Eh bien, si c’était à recommencer, je m’abstiendrais de faire des études tant cela peut déclencher de violence dans un pays dont le racisme est si sournois. Non, si c'était à refaire, je serais totalement illettré, je courrais en slip Sloggi extra moulant aux côtés de Villepin sur la plage, je fumerais des pétards toute la journée, pieds nus sur scène je chanterais de mauvais alexandrins devant un parterre de blondes exaltées, je dirais que Jean-Bertrand Aristide est un prêtre défroqué qui mange les petits enfants, je serais dans le top ten des personnalités préférées de mon pays, je serais invité chez Calvi, je déjeunerais avec Zemmour, je serais adhérent du Cran, je jouerais au football, je vendrais par dizaines de milliers des livres à mon nom dont je n'aurais pas écrit une ligne et que je n'aurais même pas lus, je mettrais bien entendu une majuscule au mot «noir» et j’aurais peut-être même - qui sait - le droit de publier, comme Alain Finkielkraut, des articles dans Le Monde. On pourrait dire, entre soi, que c’est un geste de charité, de discrimination positive. On ricanerait dans mon dos, mais au moins, on ne me montrerait pas les dents.

mercredi 19 novembre 2008

Pour se disculper, le médiateur du "Monde" accuse implicitement de racisme les correcteurs de son journal.

L’honnêteté m’oblige à revenir sur l’affaire Maurus et à faire état des explications données par le médiateur, visiblement assez secouée par ma réaction et celle des lecteurs. Après m’avoir adressé le fameux mail dans lequel elle se fondait explicitement sur la notion de "race" pour justifier la majuscule au substantif « noir », elle a reçu immédiatement de ma part un mail en réponse dans lequel je prenais acte de ses déclarations :

« Je constate que la notion de race humaine a un sens pour vous et j’en prends bonne note, avec une certaine peine, je ne vous le cache pas. Dans ce cas, votre article prend tout son sens. Quant aux règles typographiques que vous invoquez, elles sont discrétionnaires. C’est donc un choix du journal. La majuscule ne s’impose que pour les peuples. Considérer les «noirs» ou les «blancs» comme un peuple est un choix idéologique. Je ne parle pas de race, car, vous le savez bien, et c’est le sens de mon courrier, dire comme vous le faites qu’une «race humaine» a une valeur est lourd de sens. Directeur de collection et auteur de 9 ouvrages publiés, je crois connaître à peu près les règles typographiques. Pour ma part, j’ai toujours imposé la minuscule à mes correcteurs, Vous devriez en discuter avec ceux du Monde qui sont sûrement prêts à suivre les instructions que vous leur donnerez. »

Affolée de constater qu’elle s’était «oubliée», le médiateur a répliqué par un second mail où elle s’abritait derrière les « correcteurs » du Monde :

« Mon courriel, s'excuse-t-elle, faisait précisément suite à une discussion avec les correcteurs, que j'avais saisi (sic) de votre question. Il n'entre bien entendu pas dans mon propos de réhabiliter la notion de race, d'une quelconque façon, je ne faisait que transcrire leur réponse.»

Ayant alors demandé à madame Maurus les noms et les coordonnées de ces correcteurs qu’elle accuse implicitement de racisme, puisqu’elle ne ferait « que transcrire leur réponse », voici ce qu’elle m’a répondu :

« La règle typographique en question n'est pas propre au Monde et figure d'ailleurs dans le dictionnaire Larousse».

Véronique Maurus a raison de dire que ce choix typographique (et non pas cette règle) n’est pas propre au Monde. Libération aussi, hélas, met la majuscule. Mais je n’ai pas encore lu d’article dans Libération où l’on se réjouit de pouvoir répéter 21 fois le mot « noir » dans un article et appeler à une approche «décomplexée », c’est-à-dire raciste, de la question.

J’ai suffisamment expliqué dans le billet précédent que cette majuscule est un choix, ce qu’atteste la référence incontournable qu’est le Grévisse. Puisqu'elle préfère le Larousse, Madame Maurus ne nous dit pas de quelle édition elle se sert. S’il s’agit de l’édition de 1942, je lui conseille de se procurer un Larousse plus récent.

Je constate que depuis l’article désolant de madame Maurus, le journal Le Monde a publié pas moins deux articles vantant ce que ce journal appelle «statistiques ethniques» et que j’appelle, moi, statistiques racistes, toujours avec la majuscule au substantif «noir», cela va de soi.

Aujourd’hui encore, Philippe Bernard, dans un éditorial intitulé Les pièges de l’Obamania à la française, où certaines analyses ne manquent pas de justesse, se croit obligé d’accuser la gauche d’une « troublante pusillanimité » et exhorte Nicolas Sarkozy qui, selon lui, aurait « les mains libres » à recourir aux statistiques racistes et à la discrimination positive fondée sur la couleur, ce que le président de la République a raison de refuser, même si pendant un temps ses positions étaient différentes.

Le sondage de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) de novembre 2006 montre que 18 % des Français déclaraient que « les races humaines, ça n’existe pas », (contre 16 % les années précédentes, ce qui est encourageant); 67 % considéraient que « toutes les races humaines se valent » (admettant implicitement la validité de l’idée de race) et 12 % soutenaient qu’ «il y a des races supérieures à d’autres»... Je me demande dans quelle catégorie se situerait Madame Maurus…

Petite remarque : la CNCDH, qui est certainement bien placée pour avoir une position juste sur ce point, ne met pas de majuscule au substantif «noir » dans ses rapports officiels, publiés chaque année par la Documentation française. Mais, ces rapports, les journalistes du Monde les lisent-ils ? En tout cas, ils n’en parlent jamais. J'ai décidé de demander un rendez-vous à Eric Fottorino, président du directoire du groupe Le Monde, pour connaître son opinion sur cette affaire typographique et savoir s'il applique les statistiques ethniques à ses journalistes. On va bien voir s'il me reçoit et ce qu'il me dit...

lundi 17 novembre 2008

Le médiateur du journal "Le Monde" avoue croire aux races humaines !

Pour un scoop, c’est un scoop et franchement, j’en reste ébahi. Je n’invente rien. Voici le texte du mail que Véronique Maurus, médiateur du journal Le Monde, auteur de l’article Appeler un noir un noir (Le Monde du 16 novembre 2008) m’adresse ce jour en réponse à mon billet : Appeler un raciste un raciste (16 novembre 2008).

« Le Monde n'a pas, je pense, m’écrit Véronique Maurus le 17 novembre 2008, toutes les arrières pensées que vous lui prêtez. Sur la majuscule du mot un "Noir", il se contente d'appliquer la règle typographique en usage pour tous les mots désignant une race, une ethnie ou un habitant (d'un pays, d'une région, et.). On écrit un Noir, un Blanc, un Français, et c... C'est seulement la règle typographique et il n'y a là aucun sens caché. »

On a bien compris que, dans l’esprit de Véronique Maurus (que je me remercie de me rappeler les règles de ma langue) un «noir» est quelqu’un qui appartient à la «race» noire, un « blanc », quelqu’un qui appartient à la « race » blanche, d’où cette fameuse majuscule, qui, en l’espèce, ne peut s’expliquer ni par le «pays», ni par «l’ethnie» (une autre manière soit dit en passant de désigner la «race»). Ainsi y aurait-il donc pour le médiateur des "races" humaines ! Oui, comme au bon temps de Jules Ferry. Il n’est plus question de traquer des «arrière-pensées» puisque l’aveu est là, indiscutable. On peut supposer qu’on n’embauche pas les gens au Monde sans s’assurer qu’ils ont une certaine éducation. Véronique Maurus est certainement une personne éduquée. Elle a été désignée pour répondre aux lecteurs et elle m’avoue naïvement, à moi, qu’elle croit aux races humaines ! De deux choses l’une : ou bien elle ne reflète pas la ligne éditoriale du journal et c’est au directeur de la publication d’en tirer les conséquences, ou bien la notion de «race humaine» est communément admise par les journalistes du Monde en 2008, ce qui pourrait expliquer certains articles et certaines prises de position, comme ceux, par exemple de Laetita Van Eeckout, de Jérôme Gautheret ou de Pierre-Yves Catinchi. Qu’ont-ils en commun ? Ils mettent la majuscule au mot « noir » et, a priori, vraiment, ils ne m’aiment pas du tout alors qu’ils n’ont rien à me reprocher. En ce qui concerne l’explication donnée par Véronique Maurus, la « règle d’usage», dans le cas d’espèce, n’est pas typographique, mais grammaticale. L’ouvrage de référence, connu de tous les correcteurs, de tous les journalistes et de tous les auteurs, est Le Bon Usage de Maurice Grévisse (14e édition, 2007, éditions De Boeck-Duculot). Que nous dit-il à ce sujet (p 94) ? « On met souvent une majuscule à des noms qui désignent des groupes humains, par ex. d’après la couleur de leur peau ». Grévisse donne plusieurs exemples littéraires où le mot « noir » prend la majuscule. Ainsi Malraux et Beauvoir mettaient-ils parfois la majuscule à « noir ». Mais c’était il y a cinquante ans et tout le monde pensait alors que la notion de « race» avait une valeur scientifique. Grévisse indique clairement que si on met « souvent » la majuscule, on ne la met ni «toujours» ni «forcément». La «règle d’usage» invoquée par Véronique Maurus est donc une pure invention idéologique qui reflète le fond de sa pensée. Grévisse prend bien soin de donner des exemples où « noir » prend la minuscule, par exemple en citant l’excellent André Pieyre de Mandiargues, qui tenait, comme moi, à la minuscule. Grévisse précise que « l’usage est partagé pour le nom juif ». On remarquera que dans Le Monde, le mot « juif » prend toujours la minuscule. Beauvoir, elle, mettait une majuscule… Bien évidemment, Maurice Grévisse se garde bien d’utiliser le mot de «race» ni même celui d «ethnie» (inventé par le théoricien raciste Vacher de Lapouge). Il est clair qu’on ne peut mettre une majuscule au substantif « noir » ou au substantif « blanc » que si justement on valide la notion de race humaine. En ce qui me concerne, j’ai toujours prescrit à mes correcteurs « distraits » de ne pas le faire (comme on pourra vérifier en lisant mes livres) et ils l’ont toujours admis sans aucun problème et sans discussion. Deux questions :

1. Comment appelle-t-on ceux qui déclarent croire aux races humaines en 2008 ?

2. Quelqu’un qui déclare par écrit croire aux races humaines a-t-il sa place dans un journal comme Le Monde, surtout comme médiateur ?

Pour joindre Véronique Maurus :

mediateur@lemonde.fr

dimanche 16 novembre 2008

Appeler un raciste un raciste

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samedi 15 novembre 2008

Commémorations nationales : l'exemple du 10 mai.

Le nouveau livre de Claude Ribbe, en librairie à partir du 4 décembre 2008

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