mardi 24 juin 2008
Patrick Karam condamné par le président du TGI de Paris (communiqué)
Par Claude Ribbe, mardi 24 juin 2008 à 12:03 :: General
La tentative infructueuse d'un délégué interministériel pour censurer le blog d'un écrivain
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mardi 24 juin 2008
Par Claude Ribbe, mardi 24 juin 2008 à 12:03 :: General
La tentative infructueuse d'un délégué interministériel pour censurer le blog d'un écrivain
vendredi 6 juin 2008
Par Claude Ribbe, vendredi 6 juin 2008 à 11:53 :: General
Patrick Karam, délégué interministériel auprès du Premier ministre chargé de l’égalité des chances des Français originaires d’outre-mer, n’apprécie guère Le Nègre vous emmerde, le nouveau livre de Claude Ribbe, et a assigné dès le 5 juin (jour de la sortie du livre) son auteur en référé.
Apparemment dérangé par la sortie de cet ouvrage (publié chez Buchet-Chastel par Raphaël Sorin, l’éditeur de Michel Houellebecq) M. Patrick Karam, délégué interministériel auprès du Premier ministre pour l’égalité des chances des Français originaires d’outre-mer, attaque en Justice l’écrivain Claude Ribbe, originaire de la Guadeloupe. À peine le livre de Claude Ribbe, Le Nègre vous emmerde, qui rend hommage à Césaire, était-il en librairie, jeudi 5 juin, que Patrick Karam faisait déposer à l’auteur une assignation en référé. Le Nègre vous emmerde apporte des révélations explosives sur la manière dont les politiques ont cherché à se servir d’Aimé Césaire au moment de sa vieillesse et même après sa mort. Claude Ribbe a récemment dévoilé sur son blog (informations reprises dans le Gri-gri international du 5 juin 2008, page 2) que le Collectif Dom, fondé par Patrick Karam en 2003, et qui annonçait 40 000 membres, n’était en fait qu’une imposture puisque lorsqu’il présida l’association en 2007, l’écrivain ne put jamais recenser que 10 adhérents. C'est en se fondant sur la puissance présumée du Collectif Dom que M. Karam aurait obtenu un poste. Claude Ribbe, qui n’a jamais pu avoir aucune information sur la gestion financière de cette association qu’il a pourtant présidée, a fermement dénoncé ces derniers jours la manière dont Patrick Karam a mis à mal le dossier des congés bonifiés et de la continuité territoriale dont il a été chargé par le Premier ministre et a cherché à s’emparer illégitimement de la mémoire de l’esclavage pour enterrer la loi Taubira, notamment en poussant le gouvernement à annoncer une seconde date de commémoration de l’esclavage (le 23 mai) ce qui s’est avéré un fiasco retentissant. Plusieurs syndicats et associations ont déjà demandé la démission du délégué interministériel, dénonçant ses méthodes brutales et les menaces qu’il prodigue a tout va. M. Karam est également accusé d’avoir mis en place un véritable fichage des Français originaires d’outre-mer vivant en métropole. Le Nègre vous emmerde montre également comment la question de la panthéonisation de Césaire a été escamotée par les politiques, notamment en raison d’une fuite qui aurait permis à Ségolène Royal de prendre à son compte cette proposition initialement lancée par Claude Ribbe. Patrick Karam, nommé à ce poste par Nicolas Sarkozy en juillet 2007, était entré cinq mois plus tard en conflit ouvert avec M. Christian Estrosi, alors secrétaire d’État à l’Outre-Mer et il est accusé d'avoir cherché à cette occasion à instrumentaliser le Collectif DOM, ce qui a améné l'écrivain à présenter sa démission. Claude Ribbe a mis en ligne sur son blog une lettre adressée à Nicolas Sarkozy au début de l’année 2006 où Patrick Karam s’en prenait violemment à Rama Yade, dénonçant son prétendu "communautarisme" : « Etes-vous certain, demandait-il au futur président de la République, que Yama Rade a réellement mobilisé en votre faveur après les émeutes urbaines et votre mot sur les racailles ? S’est-elle exposée quand vous en aviez besoin ? Comment expliquez-vous son silence qui a été très remarqué par sa communauté ? Etaient-ce ses fonctions auprès du président de Public Sénat qui l’empêchaient de simplement expliquer le contexte et de désamorcer l’hostilité des Africains ? … Je vous fais suivre la teneur d’un mail qu’elle a adressé à Jean-Claude Beaujour, pour lui demander de démissionner du Collectif, sinon elle utiliserait ses pouvoirs de coercition, notamment l’UMP... Dans son courrier, ajoutait-il, elle se définit comme Africaine, « moi, je suis africaine et fière de l’être ». Curieuse conception de la citoyenneté. Doit-on ériger en exemple quelqu’un qui revendique aussi fort, non pas des origines mais une appartenance ? Etes-vous certain qu’il s’agit d’un bon exemple pour les jeunes qui doivent s’intégrer à notre pays. … » Evoquant des passages d’une lettre adressée par l’actuelle secrétaire d’État aux droits de l’homme à l’avocat Jean-Claude Beaujour qu’il accusait d’être outrageants pour les Antillais, il menaçait de manière à peine voilée : « Imaginez-vous l’impact auprès des Antillais si ses bons mots … se trouvaient sur la place publique ? » Cette attaque contre un écrivain respecté, originaire d’outre-mer par ailleurs membre de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme et connu pour ses combats contre le racisme, montre assez, s’il en était besoin, la manière surprenante dont M. Karam s’acquitte de la mission qui lui a été confiée et la conception particulière qu’il a de la liberté d’expression.
samedi 31 mai 2008
Par Claude Ribbe, samedi 31 mai 2008 à 19:04 :: General

Le 5 juin...
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Césaire sans jamais oser le demander :
Comment il a eu l’idée de la Négritude
Pourquoi il est devenu célèbre
Comment il a fait entrer Eboué au Panthéon
Pourquoi il a refusé l’indépendance de la Martinique
Comment De Gaulle et Giscard l’ont tyrannisé et méprisé
Pourquoi il a comparé les esclavagistes à Hitler
Comment un garde mobile a tiré une grenade par la fenêtre de son bureau
Pourquoi il a écrit un poème à Staline
Comment l’OAS a voulu le tuer
Pourquoi Bayrou l’a censuré
Comment Villepin l’a béatifié
Pourquoi, à cause de lui, Ségolène, fille d'un officier d'extrême droite, a lâché Georges Frêche
Comment Sarkozy, rien que pour lui, a enterré le « rôle positif de la colonisation »
Pourquoi "Bécassine" a voulu le mettre le Panthéon
Comment on peut l’y faire entrer tout en laissant son corps en Martinique
Pourquoi il vous emmerde...
Le Nègre vous emmerde
Le nouveau livre de Claude Ribbe
Plus d’un mois après la mort d’Aimé Césaire, force est de constater que la République française n’a rien fait pour lui rendre l’hommage qu’il méritait. Si l'on n'y prend garde, son oeuvre sera bientôt occultée. C’est pourquoi la question du Panthéon qu’on a pour le moment refusé à l'écrivain se pose plus que jamais. Pour éviter cette question, pour ne pas avoir à célébrer avec éclat l’œuvre de Césaire, pour ne pas reconnaître que le pourfendeur du colonialisme est l’un des plus grands écrivains de l'histoire de la littérature, les racistes, les néo-colonialistes, les matérialistes cyniques, les manipulateurs de la mémoire, les jaloux, les profiteurs et les vautours ont réduit de mauvaise foi le problème du Panthéon à la dépouille charnelle de Césaire et à l'endroit où elle devait reposer. Ce n'est pas un hasard si ce sont les Bayrou et les Villepin qui ont ressorti les théories fumeuses de l'"enracinement" chères au raciste Maurice Barrès pour que le Nègre fondamental n'ait pas droit, même symboliquement, à l'honneur funèbre suprême. Or le problème n’est absolument pas lié au corps de Césaire. Si les Martiniquais veulent, conformément à leurs traditions funéraires, qui sont parfaitement respectables, le garder en Martinique, cela ne fait aucune difficulté. C’est l’esprit de Césaire qui n’est pas seulement martiniquais, mais universel, qu’il s’agit d’honorer. Et c'est aux Martiniquais, s'ils sont vraiment attachés à Césaire, d'aider leurs frères déportés par le Bumidom à faire honorer le poète par la nation toute entière. Si elle ne veut pas passer pour le pays le plus raciste du monde, la France ne peut pas éviter de rendre à Césaire le seul hommage susceptible de faire rayonner son oeuvre et de lui donner vraiment sa place dans les programmes scolaires.

On a dit que Césaire était opposé, par principe, au Panthéon. C’est une contrevérité grossière et malhonnête propagée par des salauds. Alors qu’il était député à l’Assemblée nationale, Césaire a voté, avec Senghor et Damas, le 20 septembre 1948, l’entrée de Félix Eboué au Panthéon pour commémorer le centenaire de l’abolition de l’esclavage et lorsque les cendres du Guyanais ont franchi le seuil de la nécropole nationale, il était là. En 1981 et en 2002 , Césaire a suivi la visite de Mitterrand au Panthéon et l’entrée d’Alexandre Dumas qu’il approuvait totalement. Aujourd’hui, pour le 160e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, Césaire doit entrer à son tour au Panthéon. Et cela ne veut pas dire du tout que son corps doit quitter la Martinique.
L’entrée au Panthéon est une cérémonie par laquelle la nation se rassemble autour de l’esprit d’un grand homme. On peut parfaitement faire entrer un grand homme au Panthéon sans que son corps quitte le lieu où il est inhumé. Tel a été le cas en 1989 pour Condorcet dont le cercueil était vide. Le tombeau qui lui est attribué est en réalité une sépulture vide honorifique, un cénotaphe, comme il en existe dans toutes les civilisations un peu évoluées.
Certains ont préconisé qu’une méchante plaque soit apposée dans la crypte du Panthéon. Ce serait un hommage au rabais indigne de Césaire. L’un de nos plus grands écrivains a droit à un hommage éclatant. Ce sera l'acte fondateur d'une France nouvelle. Il rassemblera des millions de citoyens qui rejettent le racisme et les discriminations. Le Panthéon est le seul moyen de fédérer la nation autour de Césaire. En mémoire de lui, nous devons exiger cet hommage. Ne nous laissons pas manipuler par les nervis qui ont été mis en place pour humilier les Africains et les Antillais, pour piétiner la mémoire de ceux d'entre eux qui ont compté dans l'histoire de France ! N'écoutons pas les nègres de service, ces "très bons nègres" dont parlait Césaire et qui sont aux ordres des cabinets noirs, des officines de propagande et de flicage. Tous ceux qui ont su se mobiliser le 10 mai pour faire barrage à la kermesse coloniale organisée au Luxembourg par le fossoyeur de la mémoire de l'esclavage doivent à présent se battre contre le néo-apartheid qui fait des hommes comme le général Dumas, comme Aimé Césaire, des pestiférés, même après leur mort. Ne courbez pas la tête, signez la pétition maintenant ! Le corps de Césaire en Martinique, l'esprit de Césaire au Panthéon !
jeudi 29 mai 2008
Par Claude Ribbe, jeudi 29 mai 2008 à 21:27 :: General

On m'a adressé voici quelques temps, la copie d'une bien curieuse lettre que Patrick Karam aurait envoyéeà Nicolas sarkozy le 14 janvier 2006. Il y évoque un mail que Rama Yade venait d'adresser à l'avocat Jean-Claude Beaujour, membre de l'UMP. Dans ce mail où elle accusait ouvertement Patrick Karam de xénophobie, elle évoquait "la belle prose entendue de la bouche de l’homme qui dirige le collectif DOM" (actuellement délégué interministériel à l'égalite des Français originaires d'outre-mer) à savoir: « quel rapport entre un Antillais, un Guadeloupéen qui a tété aux mamelles de la République et qui est catholique, et un sans-papiers qui serait musulman, polygame, et dont certains pratiquent l'excision? ».
Voici ce que Karam aurait dit de Rama dans sa lettre à Nicolas Sarkozy (qu'Aimé césaire, à l'époque, refusait catégoriquement de recevoir) :
" Patrick Karam à Monsieur Nicolas Sarkozy, président de l'UMP ...Vous avez mis à l’honneur, et merci de l’avoir fait, Félix Eboué… et vous avez cité Rama Yadé. Est-ce la couleur de peau qui les lie ? Les ultramarins présents dans la salle n’ont pas compris. D’autant que nul n’ignore les critiques acerbes des intellectuels africains qui ne lui pardonnent pas d’avoir été gouverneur en Afrique et de se sentir pleinement Français, (Pap N’Diaye fustigeait dans un article « l’ambiguité de ces noirs ardemment Français.) Certes les voix des 250 000 africains français comptent, mais êtes-vous certain que Yama Radé a réellement mobilisé en votre faveur après les émeutes urbaines et votre mot sur les racailles ? S’est-elle exposée quand vous en aviez besoin ? Comment expliquez-vous son silence qui a été très remarqué par sa communauté ? Etaient-ce ses fonctions auprès du président de Public Sénat qui l’empêchaient de simplement expliquer le contexte et de désamorcer l’hostilité des Africains ? … Je vous fais suivre la teneur d’un mail qu’elle a adressé à Jean-Claude Beaujour, pour lui demander de démissionner du Collectif, sinon elle utiliserait ses pouvoirs de coercition, notamment l’UMP...
Dans son courrier, elle se définit comme Africaine, « moi, je suis africaine et fière de l’être ». Curieuse conception de la citoyenneté. Doit-on ériger en exemple quelqu’un qui revendique aussi fort, non pas des origines mais une appartenance ? Etes-vous certain qu’il s’agit d’un bon exemple pour les jeunes qui doivent s’intégrer à notre pays. …
Imaginez-vous l’impact auprès des Antillais si ses bons mots … se trouvaient sur la place publique ?
Patrick KARAM
mercredi 28 mai 2008
Par Claude Ribbe, mercredi 28 mai 2008 à 17:27 :: General

le Nègre vous emmerde, en librairie le 5 juin 2008
Césaire est mort depuis un mois et, comme je l’avais prévu, tout a été fait en métropole pour enterrer son oeuvre. Certes, il y a bien eu des effets d’annonce, mais dont on a pas vu le résultat. Au point que Serge Letchimy, maire de Fort-de-France, a été obligé de prendre récemment la plume pour demander au gouvernement comment concrètement il comptait faire entrer Césaire dans les programmes scolaires alors que son oeuvre a été jusqu’à présent évitée. Particulièrement les textes anticolonialistes, purement et simplement censurés. On se doute qu’à cinq semaines des vacances scolaires, il y a bien peu de chances, sans un événement imprévu, que Césaire figure effectivement dans les programmes à la prochaine rentrée. Surtout quand on sait que c’est un certain Patrick Karam qui s’est approprié le dossier. L'événement imprévu, c'est la publication la semaine prochaine de mon prochain livre, Le Nègre vous emmerde où je démonte toute cette grossière manipulation. C’est vrai qu’il les emmerde, Césaire. La France avait pourtant une belle occasion de lui rendre hommage en lui dédiant les manifestations officielles de la journée du 10 mai 2008 comme je l’avais suggéré. En réalité, le chef du cabinet noir de la rue Oudinot, chargé du flicage du cinquième DOM, s’est littéralement approprié le dossier Césaire pour l’enterrer, comme il a tenté de s’emparer de la mémoire de l’outre-mer pour casser la loi Taubira. La seule idée avancée par cet inculte notoire était de donner le nom de Césaire à une salle du lycée Louis-le-Grand ! Si ce cancre avait fréquenté les bons lycées de la République, il saurait que les salles des classes préparatoires n'y portent pas de nom.
L’opération anti-Césaire engagée par le cabinet noir de la rue Oudinot est apparue très clairement dès le 19 avril lorsque Karam a organisé devant la Sorbonne une "veillée" grotesque où il a convié le ministre de l’Agriculture pour tenter de vendre la mémoire du poète au lobby de la banane. C’est le même Karam qui tente aujourd’hui de saboter la troisième édition des Césaires de la musique, une manifestation créée du vivant de Césaire et approuvée par lui. Ne vient-il pas d’envoyer à cette fin en mission aux Antilles un certain Dalin, le factotum qui noyaute la CGT pour le compte de son maître et sert de coursier permanent entre laboratoire de la rue Oudinot et certaines personnalité de gauche ? C’est le même Karam qui a multiplié ses efforts occultes pour que la question du Panthéon soit promptement enterrée. La présidence de la République avait en effet pris très au sérieux l’idée d’un hommage républicain articulée autour de l’entrée au Panthéon de Césaire, réelle ou symbolique, le 10 mai 2008. Mais le flicaillon, qui avait fixé au mois de mai son coup d'État contre Yves Jégo, ne voulait pas que sa kermesse coloniale du Luxembourg, organisée depuis sa cour des miracles à partir des fichiers d'invités du ministère dont il a pris le contrôle, soit annulée pour cause de Panthéon et c'est très vraisemblablement lui qui a vendu la mèche à Ségolène Royal pour plomber l'idée que j'avais eue. Mais, n'en déplaise à l'excité, la question du Panthéon va forcément être reposée. On a sottement voulu la réduire à un problème de sépulture. On a invoqué la volonté de Césaire qui en réalité était favorable au principe de la panthéonisation, lui qui a voté, en septembre 1948, avec Senghor et Dams, l'entrée des cendres de Félix Eboué au Panthéon pour le centenaire de l’abolition de l'esclavage. En réalité le problème n'est même pas là. Si les Martiniquais tiennent absolument à ce que le corps de Césaire repose en Martinique, cela n'empêche nullement une entrée symbolique au Panthéon. Tel fut le cas pour Condorcet qui fut admis au Panthéon en 1989 alors que son cercueil était vide. Même symbolique, l'entrée de Césaire au Panthéon est la meilleure manière de lui rendre aujourd'hui hommage, de rendre hommage aux Martiniquais et à tout l'outre-mer, d'arracher la mémoire de l'écrivain aux mains sales des arrivistes et de pérenniser son oeuvre. Je démontre dans Le Nègre vous emmerde, qui sera dans toutes les librairies de France et d'outre-mer le 5 juin prochain (mais qu’on peut commander dès à présent) comment le même lobby raciste qui a humilié Césaire et tenté de l'utiliser pendant la campagne électorale de 2007, s'efforce à présent d'effacer son oeuvre et de manipuler sa mémoire. En attendant, on peut signer la pétition pour l'entrée de Césaire, réelle ou symbolique au Panthéon. C'est la meilleure manière aujourd'hui de pérenniser son oeuvre et de lui rendre hommage. que son corps repose ou non en Martinique, un hommage républicain exceptionnel doit absolument être rendu à Césaire en métropole. A travers un acte de cette envergure, les Antillais et Africains de France, que Karam a tenté de diviser pendant cinq ans, pourront enfin témoigner ensemble de leur union solidaire contre le racisme.
dimanche 25 mai 2008
Par Claude Ribbe, dimanche 25 mai 2008 à 18:45 :: General
On n’avait jamais vu ça depuis Louis XVI. Aux plus beaux jours de la période esclavagiste, le ministère de la Marine de Versailles (ancêtre de l’actuel secrétariat d'Etat à l’Outre-Mer) avait imaginé un département spécial, celui de la police des « noirs ». Il s’agissait d’une officine au service des planteurs exclusivement chargée de surveiller et persécuter les Afro-descendants se trouvant sur le territoire métropolitain. Christian Estrosi avait pourtant déclaré vouloir mettre un terme aux activiltés des laboratoires barbouzards qui sévissaient rue Oudinot. Mais voici qu'aujourd'hui, un Patrick Karam, grâce aux méthodes si particulières qu’il a mises en place depuis quelques mois et à la manière dont il a fait dériver sa mission, a pu recréer en quelque sorte cete police des « noirs » du bon vieux temps des négriers; mais la sienne est beaucoup plus redoutable encore que celle de l’Ancien Régime, puisqu’elle échappe cette fois à tout contrôle. Aucun ministre et surtout pas celui de l’Outre-Mer, dont Karam a juré la perte et qui vient de tomber en Guadeloupe dans un véritable guet-apens, n’a en effet les moyens de vérifier ce qui se passe exactement dans le cabinet noir qu’est à présent devenue la «Délégation interministérielle à l’égalité des Français originaires d’Outre-Mer». Tout cela sous le prétexte de lutter contre des discriminations spécifiques ! Un dispositif déjà ambigu car la lutte contre les discriminations relève normalement d’un organisme collégial, la HALDE, où siègent des gens normaux. On peut imaginer à quel point la prolifération de "délégations interministérielles" créées en dehors de la loi et visant tel ou tel groupe est dangereuse. Surtout si elles échappent à tout contrôle et si elles sont confiées à des personnalités incontrôlables. Imaginons que l’on crée demain, par exemple, sans consulter le Parlement ni les instances ad hoc, une délégation interministérielle à l’égalité des Français homosexuels, juifs, maghrébins, subsahariens etc. Comment éviter que de tels organismes, s’ils sont confiés aux mains d’un homophobe, d'un antisémite, d'un xénophobe notoire, ne puissent devenir des officines permettant toutes les dérives ? Le prétendu remède aux discriminations pourrait devenir une terrible machine à produire de l'inégalité.
Dimanche 25 mai, le braque interministériel nous a encore donné un aperçu de ses basses oeuvres. Alors que, déjà, on ne peut plus le tenir depuis que j'ai coupé l'élastique qui retenait le faux-nez derrière lequel il se cachait (voir mon billet du 22 mai), il apprend que son cas a été examiné lors d’une émission diffusée sur la radio FPP et à laquelle je participais en compagnie de Joss Rovélas et de Charles Dagnet. Au lieu d'intervenir franchement au téléphone pendant l'émission pour vociférer comme il en a l'habitude ou demander un droit de réponse comme le font les personnes civilisées, l'excité à la 607 ne trouve rien de mieux à faire que d'appeller en fin d'émission d’un ton menaçant Nzunga Mbadi. D'après ce que j'ai compris, le féroce, pensant intimider l’animateur, se serait même plus ou moins présenté comme le secrétaire d’État à l’Outre-Mer afin d'exiger de se faire remettre sur le champ un enregistrement de l’émission que son chauffeur serait venu prendre dans l’heure ! Naturellement, Nzunga s’interroge sur l’identité réelle de cet interlocuteur hystérique qui, se sentant débusqué, raccroche avec le courage qu'on lui connaît.
La mission de Karam était de lutter contre les inégalités, notamment en assurant la continuité territoriale et en préservant les congés bonifiés. En réalité, il a organisé un véritable flicage des Antillais de métropole, insultant, persécutant ou harcelant ceux qui lui déplaisent ou dont il est jaloux, s'efforçant de faire échouer des demandes de subventions déjà si difficiles à obtenir. Même après son départ, il restera le fumiste qui a enterré la continuité territoriale et mis en péril les congés bonifiés. L’esbroufeur qui a tenté de s’accaparer la mémoire de l’esclavage, au mépris du comité prévu par la loi Taubira. Le fregoli qui a voulu ridiculiser l'outre-mer en faisant de la cérémonie du 10 mai une kermesse coloniale obscène. Le bluffeur qui a trompé le président de la République en lui soufflant l’idée d’une seconde date de commémoration, le 23 mai, jamais réclamée par personne d'autre qu'un comparse illuminé. La faillite retentissante de cette journée des dupes démontre assez la dangerosité de la petite équipe.
Il appartient désormais à Nicolas Sarkozy de trancher. Si l’existence d’un véritable cabinet noir rue Oudinot n’est qu’une bavure, il est très facile d’y remédier en faisant immédiatement cesser les agissements d'un mystificateur qui n’a ni les qualités ni les compétences pour occuper un poste administratif quelconque dans un pays de droit. Mais si l’imposteur reste en place et continue à se comporter en gouverneur du cinquième DOM, à monter des chantiers aux ministres et à organiser l’injustice en toute impunité, il sera clair qu'en plein XXIe siècle, le gouvernement d'un ancien pays esclavagiste aura trouvé la perle rare qu'il cherchait pour rétablir la police des "noirs".
jeudi 22 mai 2008
Par Claude Ribbe, jeudi 22 mai 2008 à 17:57 :: General

Lorsque François Fillon a annoncé que le 23 mai s’ajouterait au 10 mai pour célébrer la mémoire de l’esclavage, personne n’a rien compris et je suppose qu’il n’a rien compris lui-même. Nicolas Sarkozy a parlé d’une promesse électorale qu’il se devait de tenir. Mais vis-à-vis de qui s’est-il engagé ? Dieu seul le sait. Le 23 mai ? Pourquoi pas le 24 ou le 26 ? À cause d’une marche qui a eu lieu il y a dix ans ? Cela paraît un peu insuffisant pour que toute la France s’extasie.
Pendant la campagne électorale présidentielle, est apparu un inconnu, Patrick Karam, qui s’est présenté au candidat Sarkozy comme la personnalité la plus populaire de l’Outre-Mer sur la foi d’une « puissante association » qu’il a créée en 2003 et financée, paraît-il «sur ses économies», ce qui est méritoire quand on sait le mal qu’il a pour offrir un verre d’eau.
D’où vient ce Karam ? Personne ne l’a jamais su. Le personnage est haut en couleur et finalement assez sympathique (au second degré bien sûr). Origines libanaises ou peut-être cubaines, torse bombé, tête de catcheur, oeil de biche, vocabulaire de colleur d’affiche, manières de vendeur de saucisses. Brut de décoffrage, fort en gueule, caractériel, se disant ceinture noire de karaté, parlant un français approximatif mâtiné de créole, il brandit l’invective et menace volontiers d’en venir aux mains lorsqu’il est contrarié. N’annonçait-il pas naguère, l’œil injecté de sang, et maîtrisant mal une soudaine crispation du muscle facial qui décèle sa colère, son intention de «kärcheriser Sarkozy», de «péter la gueule à Claude Guéant», de s’enchaîner aux grilles de l’Élysée si on ne lui donnait pas séance tenante une voiture de fonction de grosse cylindrée ? J’ai assisté à une scène mémorable où il a fallu le retenir à deux dans un café, car le bougre venait d’apercevoir Alain-Gérard Slama, le chroniqueur du Figaro, auquel, allez savoir pourquoi, il voulait administrer séance tenante une sévère correction. Je me suis toujours demandé si c’était de la folie ou de la bêtise. Sans doute un peu des deux.
Ayant un penchant pour les excentriques, j’ai fini par trouver le personnage assez amusant et à m’en égayer de temps en temps. Karam n’a jamais vraiment été un ami, mais, je l’avoue, pendant un temps j’ai eu un faible pour lui et je l’ai même supporté plusieurs fois à déjeuner, ce qui est une épreuve, même lorsqu’on n’est guère pointilleux sur le savoir-vivre. J’ai fait semblant de ne pas entendre ses plaisanteries douteuses sur les « makomés » (manière péjorative de désigner les homosexuels aux Antilles). Des plaisanteries si récurrentes que je me suis demandé s’il n’en était pas un, si ce n’était pas une manière de me déclarer sa flamme. Tout cela aurait pu me rendre presque indulgent si son discours décousu n’avait bientôt viré à la xénophobie pure et dure. Rama Yade elle-même s’en est émue dans une lettre assez imagée dont la copie m’est parvenue et que je rendrai peut-être publique un jour.
Bref, en se servant des associations de l’Outre-mer comme d’un marchepied, Karam est parvenu à obtenir une petite boutique dans les communs de l’hôtel du secrétaire d’État à l’Outre-Mer. La place n’est pas mauvaise. Les plus modérés soutiennent qu’il perçoit 8000 euros chaque mois. Certains parlent de 12 000. Plus les frais. Cependant, la définition des activités du «délégué interministériel à l’égalité des chances des Français originaires d’outre-mer» est des plus vagues. Karam m’ayant confié un jour que Sarkozy allait lui donner du travail mais qu’il était incapable de définir son poste, je lui avais, pour rire, rédigé sur un coin de table une lettre en lui recommandant bien d’exiger que sa mission soit «interministérielle», ce qui lui permettrait d’avoir la paix. J’ai l’impression que ce que je prenais pour un canular a vraiment marché. L’improbable s’est produit : Karam a obtenu une sinécure sur mesure. Sans diplôme approprié, sans qualification, sans manières, le voilà mamamouchi. Au bluff. Un directeur de cabinet, un chef de cabinet. Un vrai ministricule.
Notre délégué interministériel parade donc à présent aux frais du contribuable dans une 607 gris métal conduite par un chauffeur. Pour lui, cette voiture, dont il a sans doute longtemps rêvé, est le symbole du pouvoir qu’il pense détenir sur ses compatriotes. Lors d’une manifestation récemment organisée par RFO à l’université de Saint-Denis, il même a exigé que l’automobile entre sur le campus et soit garée à la porte du bâtiment où se tenait la réunion, pour que tout le monde puisse admirer celui qui se prend, dans son carrosse, pour le gouverneur du Cinquième DOM.
S’il en avait eu les compétences et la volonté, Karam aurait pu donner un peu de sens à sa fonction. Les Ultramarins ont vraiment besoin d’être aidés. Le Bumidom les a relégués dans des banlieues et dans les bas emplois de la fonction publique. Le fameux « génocide par substitution » dont parlait Césaire. Au lieu de cela que fait-il ? Il intrigue, il fulmine, il essaie de terroriser, il monte des coups. Personne ne dit rien, car les Ultramarins de métropole sont vulnérables. Karam leur fait peur, menaçant (toujours par personne interposée) d’utiliser ses « réseaux » pour bloquer une subvention, une mutation. Et surtout, il attend. Il espère. Quoi donc ? La place du secrétaire d’État. Yves Jégo, à peine nommé, partit en Nouvelle-Calédonie. Celui qui voulait être calife se précipita aussitôt à l’Élysée pour se faire photographier et déclarer que le Président lui avait « renouvelé sa confiance » et entendait lui donner un « rôle ». La passion de Karam pour Nicolas Sarkozy est assez bizarre. Il n’est pas certain qu’elle soit réciproque.
En réalité, le seul qui apprécie ce curieux personnage soudain infiltré dans l’appareil d’État est le président du CM98 (Comité de marche du 23 mai 1998), une petite association dont Karam, en privé, ne se prive pas de dire qu’elle ressemble beaucoup à une secte et son président à un gourou illuminé. Pour des raisons obscures, le président de ce CM98 s’est mis en tête d’obtenir que le 23 mai soit un jour de mémoire. Nicolas Sarkozy, pensant faire plaisir à un outre-mer qui a massivement voté contre lui, a cédé. Cela ne lui coûtait rien.
Que peuvent penser les Français ? Une loi a été votée en 2001. En 2006 une journée de mémoire a été décidée par le président de la République. En 2008 une deuxième journée de mémoire, treize jours après la première. C’est à se demander si cette multiplication des dates n’est pas une manière de ridiculiser les descendants d’esclaves.
Pour se donner une raison d’être, Karam fait aussi dans la Culture. Un rôle de composition, on s’en doute. Le voilà qui se pique de rendre hommage à Césaire en organisant une « veillée » le 19 avril devant la Sorbonne en présence du ministre de l’Agriculture (un clin d’œil sans doute aux planteurs de bananes de la Martinique). Mais c’est surtout la cérémonie du 10 mai 2008 dans le jardin du Luxembourg qui restera dans les annales. Pas à cause du discours du président de la République qui n’avait rien de surprenant puisqu’il se déclarait décidé à appliquer la loi Taubira, mais du fait que Karam avait réussi à se substituer au comité présidé par Françoise Vergès, laquelle, écoeurée, assistait à tout cela en «ethnologue». Karam représentant les descendants d’esclaves, c’était assez curieux. Les très rares mélomanes de l’assistance ont certainement apprécié la véritable exécution capitale infligée à l’œuvre du chevalier de Saint-George par les Archets de Paris dont une sono de pacotille crachait les fausses notes émises pas des crin-crin désaccordés. Les historiens se sont peut être alarmés de l’omniprésence ce jour-là d’un spécialiste qui attribue au musicien-escrimeur un père de fantaisie et le fait naître six ans avant sa venue au monde. Tout cela n’aurait guère d’importance si la cérémonie ne s’expliquait par la haine que Karam me voue. Parce qu’après avoir travaillé pendant trente ans sur Saint-George, j’ai publié en 2004 une biographie qui aujourd’hui fait référence, parce que j’ai écrit un spectacle mis en scène à Versailles par Bartabas qui a rendu Saint-George populaire en attirant 50 000 spectateurs en 6 représentations. Parce qu’en 2007, j’ai été l’invité officiel des cérémonies de l’abolition de la traite à Westminster en présence de la Reine d'Angleterre. Tout ça pour ça ! Au-delà de la tectonique du ressentiment, Karam a surtout démontré ce jour là de manière éclatante, à travers ce seul exemple, qu’il n’était pas là pour défendre les Ultramarins de métropole contre l’inégalité et l’injustice mais bien au contraire pour créer inégalité et injustice au gré de ses lubies. Sachant qu’un de ses compatriotes guadeloupéens, descendant d’esclaves, était incontournable sur Saint-George, ce jour-là, il a délibérément tenté de mettre en valeur (si l’on peut dire) un métropolitain. Et il a choisi le plus incompétent, ne comprenant pas que c’était à Saint-George qu’il faisait injure et, à travers lui, à tous ces Afro-descendants qu’il méprise profondément. Je n’irai pas jusqu’à dire pour résumer que Patrick Karam est viscéralement raciste, mais je confesse qu’il m’arrive souvent de me poser la question. Il n’est pas sans importance de savoir que c’est à la suite de cette publication sur Saint-George que j’ai connu Patrick Karam et créé au sein du Collectif Dom, une commission Culture avant d’assumer, fin 2006, la présidence de cette association. C’était en décembre 2004 lors d’une manifestation qu’il avait organisée entre la République et la Bastille et qui réunit un millier de participants. Je compris beaucoup plus tard que c’était grâce à la participation de syndicats qu’il avait réussi à manipuler. Karam était la cible de nombreuses attaques au motif qu’étant d’origine libanaise, il n’était pas le Guadeloupéen le plus représentatif qu’on pût trouver et que tout cela sentait le roussi. Naturellement, je pris sa défense au nom de l’antiracisme. J’avais de nombreuses activités parallèles à la rédaction de mes ouvrages et je m’exprimais régulièrement sur mon blog. Le soutien apporté à mes combats et la reprise de la plupart de mes textes fut la principale activité du Collectif DOM en 2005-2006 : réhabilitation du général Dumas, dénonciation des propos insultants tenus contre les descendants d’esclaves par Pétré-Grenouilleau, Sevran, Frêche ou Finkielkraut, lutte pour l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, contre les projets de statistiques « ethniques ». Lorsque parut Le Crime de Napoléon et que cela fit quelque bruit, le Collectif Dom organisa aussitôt une manifestation devant les Invalides qui réunit plus de journalistes que de participants. Karam tentait de se servir de moi pour se donner de l’importance. C’était plutôt flatteur. Il se disait de gauche. Mais grâce à son association, il réussit à approcher des conseillers de Nicolas Sarkozy. Des revers de fortune l’obligeaient à trouver un emploi. Fasciné par le pouvoir, il espérait être nommé préfet à l’égalité des chances. Mais Chirac s’y serait opposé. C’est dans ce contexte que Patrick Karam annonça - contre mon avis - le retrait de la plainte déposée par le Collectif DOM contre l’historien Pétré-Grenouilleau. Ce revirement fut négocié. Contre quoi et avec qui, cela reste un mystère.
Lorsque Karam proposa ouvertement de se mettre au service du ministre-candidat, il lui fallut bien annoncer son départ de l’association dont j’assumai peu après la présidence. Bien d’entendu, je demandai d’emblée à prendre connaissance des statuts, du règlement intérieur, de la liste des membres et de la situation financière. Si j’obtins bien, non sans difficulté, les statuts qu’il fallut modifier tant ils étaient étranges, je ne pus jamais avoir la moindre information sur l’état des finances ni la liste des membres. Et pour cause. Le Collectif DOM, qui annonçait «plus de 40 000 membres et sympathisants», n’avait en réalité que 10 adhérents qui se confondaient d’ailleurs avec son bureau. Quant aux finances, elles restèrent toujours opaques, le chéquier de l’association étant détenu par un fidèle, Daniel Dalin, qui en usait à sa guise et sans contrôle possible de ma part. N’engageant aucune dépense et n’encaissant aucune recette, je pris rapidement mes distances avec une organisation qui de fait était incontrôlable puisque manipulée de l’extérieur. Une indépendante, Béatrice Dhib, dévouée à Patrick Karam, en assurait la «communication». Je cherchai vainement de savoir si elle était rémunérée et par qui. L’intéressée m’assura qu’elle était «free-lance» et qu’elle établirait des factures. La trésorière ne voulut jamais me les montrer. Il fut vite évident que Patrick Karam entendait continuer à présider le Collectif DOM à sa manière et par personnes interposées. J’en eus bientôt la preuve. Au début de l’année 2006, il me donna rendez-vous dans l’espoir de me remettre une enveloppe contenant des documents selon lui « explosifs » contre la présidente de la chambre de Commerce de Guadeloupe, Colette Koury, à laquelle il voue une haine apparemment obsessionnelle et qu’il accuse de toutes sortes de délits. Karam souhaitait que j’entame, au nom du Collectif Dom, une campagne de dénigrement contre cette Guadeloupéenne que je ne connaissais pas, au seul motif qu’elle aurait réclamé à M. Karam père que je ne connaissais pas non plus des arriérés de loyers. M. Karam père tenait un magasin dans le hall de l’aérogare de Pointe-à-Pitre (qui dépend de la Chambre de Commerce) et sa situation était alors des plus délicates. Bien entendu, je m’abstins de me mêler de cette histoire louche. Curieusement, au cours de ce rendez-vous, Karam se leva précipitamment pour aller saluer avec empressement François Léotard qui passait par là. Karam se vanta d’avoir accompli des «missions» en Orient lorsque ledit Léotard était ministre de la Défense. À la vérité, il se vantait de toutes sortes de choses et il avait une façon inimitable de courir pour serrer la main des gens plus célèbres que lui, lesquels étaient fort nombreux. En juin 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, le loustic entama une campagne pour tenter d’empêcher Claudy Siar d’obtenir une fréquence de radiodiffusion dans la région parisienne. Claudy était, selon lui, l’agent de l’Afrique, de Bongo, du Cran, de Rama Yade et de Basile Boli. Une conspiration des Africains pour remettre les Antillais en esclavage. Un mail accréditant cette thèse loufoque me parvint un beau matin. Il émanait du Collectif DOM. Je n’en avais eu aucune connaissance préalable (alors que je présidais l’association). Signé de Daniel Dalin, secrétaire général de l’association, en télépathie directe avec Karam, il était empreint d’une telle haine et d’une telle xénophobie qu’il tombait sous le coup de la loi. Dalin étant analphabète, je me doutais bien qu’il avait été entièrement rédigé par son mentor (ce dont j’eus plus tard la confirmation). Je fis savoir dans l’heure mon intention de présenter ma démission à la prochaine réunion de bureau. À partir de là, je n’eus plus aucun contact avec Karam, mis à part un SMS sibyllin qu’il m’adressa en décembre 2007 alors qu’il était en conflit ouvert avec Christian Estrosi, secrétaire d’État à l’Outre-Mer, sans doute dans l’espoir d’obtenir mon soutien. Entre temps Karam avait été nommé Délégué interministériel et il avait recruté Béatrice Dhib. En quelques mois, ses relations avec l’actuel maire de Nice étaient devenues si tendues que la presse s’en fit l’écho et qu’on arriva à une situation détestable et choquante. Le plus incroyable, c’est que les manœuvres qu’il utilisa alors, dignes d’un roman, furent assez efficaces pour qu’il reste en poste.
Ayant appris au début de l’année 2008 que j’étais toujours officiellement président du Collectif DOM, je fus obligé de convoquer dans les formes les 10 membres de l’association et de demander quitus de sa gestion à une trésorière dont je n’eus jamais aucune nouvelle. C’est finalement Charles Dagnet qui prit officiellement la présidence le 4 février 2008, dans des conditions régulières attestées par un constat d’huissier, ce qui l’amena a faire bloquer les comptes et à lancer une instance judiciaire aux fins d’obtenir des informations sur la gestion de cette bien curieuse association. Pendant ce temps, deux « hommes de paille » de Patrick Karam - Daniel Dalin et Régine Privat – chantaient les louanges du délégué interministériel au nom du Collectif Dom.
On aurait pu espérer qu’en dépit de ce contexte plus que suspect, Karam ferait néanmoins avancer le dossier des Ultramarins de métropole. En réalité, depuis un an, il a fait tout le contraire. Sa principale activité fut de tenter de se construire un réseau et de régler ses comptes avec les compatriotes qui lui déplaisent, c'est-à-dire à peu près tout le monde. Il n’est pas un jour où je ne reçoive une plainte de quelqu’un qui estime avoir reçu des menaces. Il y a de cela quelques semaines, il m’a même adressé un message d’insultes (via son attachée de presse Béatrice Dhib) où il m’accuse de «puer». Drôle de langage pour quelqu’un qui exerce une mission de service public sous la tutelle du Premier ministre.
Le bilan est particulièrement accablant. Après un an de gesticulations, on s’aperçoit non seulement que Karam n’a rien fait pour faire baisser les billets d’avion entre la métropole et Paris, ce qui résume à peu près sa mission, mais qu’il a osé présenter un plan pour sacrifier les congés bonifiés auquel les Utramarins sont particulièrement attachés. Sa tentative de s’approprier la mémoire de l’esclavage est pitoyable. Dans de telles conditions, le mieux serait qu’il disparaisse au plus tôt. Le 23 mai est une bonne date. Si tel n’était pas le cas, les soutiens qu’il prétend avoir auprès des békés pourraient bien conduire à une situation que je n’aimerais pas avoir à gérer. L’histoire a montré qu’il n’est pas prudent de jouer avec l’outre-mer.
jeudi 24 avril 2008
Par Claude Ribbe, jeudi 24 avril 2008 à 17:50 :: General
dimanche 20 avril 2008
Par Claude Ribbe, dimanche 20 avril 2008 à 18:20 :: General

En contradiction totale avec la thèse de ceux qui prétendent qu’Aimé Césaire n’avait que mépris pour le Panthéon et, par conséquent, aurait peu apprécié qu’on lui en ouvrît les portes après sa mort, un document filmé inédit - qui se trouve depuis deux ans en ma possession - révèle que l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal avait passé la journée du 30 novembre 2002 à regarder, avec beaucoup d’intérêt et d’émotion semble-t-il, en direct à la télévision, en compagnie de son ami Camille Darsières, l’entrée d’Alexandre Dumas, fils d’un esclave d’origine africaine, au Panthéon.
Signer la pétition pour l'entrée de Césaire au Panthéon
Une révélation suffisamment éloquente pour que la considération d’Aimé Césaire à l'égard de la nécropole républicaine et la conscience qu'il avait de l’importance symbolique de l'ouverture des portes de ce temple à un Afro-descendant ne puissent plus être mises en doute par quiconque. La question du mérite d’Aimé Césaire ne se posant même pas, c’est sur le fondement de cet émouvant entretien resté inédit (filmé le 17 juillet 2006 dans le cadre d’un documentaire que je réalisais) où Aimé Césaire évoque explicitement le Panthéon, que j’ai pris la décision, dès le 12 avril dernier (croyant que l’écrivain venait de mourir) de demander au Président de la République française que le poète puisse y entrer le 10 mai 2008. L’idée a ensuite été reprise et soutenue par des personnalités telles que Ségolène Royal, Jean-Christophe Lagarde et Abdou Diouf qui ne disposaient pas de cette information. Je suis certain qu’après avoir visionné ces images émouvantes, que je mets bien volontiers à leur disposition s’ils le souhaitent, ni la famille d’Aimé Césaire, dont le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer s’est récemment fait le porte parole, mais qui ne s’est jamais exprimée publiquement, ni le Président de la République, ne refuseront à Aimé Césaire l’honneur de suivre Alexandre Dumas au Panthéon. Les prétendues réticences des Martiniquais derrière lesquelles tentent de s’abriter les politiciens racistes qui jouent sur l’ambiguïté de Césaire, à la fois figure politique martiniquaise enracinée dans un terroir et écrivain de portée universelle dont la place est évidemment au Panthéon, ne suffiront pas à empêcher la République d’accueillir le pourfendeur du colonialisme parmi les figures tutélaires qui alimentent la mémoire collective française . Ce serait l’honneur de Nicolas Sarkozy s'il signait ce décret sans attendre qu’un de ses successeurs le fasse un jour, car c’est inéluctable : Aimé Césaire, tôt ou tard, entrera au Panthéon. Dans la perspective d’une meilleure diffusion d'une œuvre qui honore les lettres françaises et contribue à leur rayonnement, le plus tôt serait le mieux. Et la date du 10 mai prochain, dédiée à la mémoire de l’esclavage, c’est-à-dire à la Négritude, semble inéluctable.
samedi 19 avril 2008
Par Claude Ribbe, samedi 19 avril 2008 à 11:49 :: General
signer la pétition Césaire au Panthéon
J’ai proposé, dès le 12 avril, l’entrée de Césaire au Panthéon et cette idée est soutenue par des politiques respectables : Ségolène Royal, Jean-Christophe Lagarde, Abdou Diouf. Bien entendu, il y a ceux que cela agace. On les comprend. D’aucuns préféreraient que tout soit vite expédié, là-bas, loin de Paris, pour bien montrer que Césaire n’était qu’un auteur mineur, régional et communautariste, que, pour la France, cela n’a aucune importance. Enterrons-le vite en Martinique, et qu’on n’en parle plus ! D’autres préféreraient que Césaire soit à jamais séparé des «blancs». Examinons un peu leurs arguments. Les uns disent que Césaire ne mérite pas le Panthéon et que lui en ouvrir les portes serait un acte « communautariste » et démagogique. C’est à peu près la position de la frange raciste de l’extrême droite. Les autres soutiennent qu’il «faut» le laisser en Martinique, sans explication ou en parlant vaguement de « racines », ce qui revient exactement au même. C’est du Barrès, c’est du Maurras au petit pied ! C’est la position des Afro-fascistes et des Afro-racistes qui haïssent la République française et toutes ses institutions. C’est aussi la position de Dieudonné. C’est aussi la position de Dominique de Villepin. Je n'ai d'ailleurs pas compris à quel titre ce monsieur s'exprimait. En tant que poète comparable à Césaire ? En tant qu'ancien ministre des Affaires étrangères qui envoya sa soeur, aux frais de la République, boycotter le bicentenaire d'Haïti et approuver un coup d'Etat qui fit vingt mille morts et dont les conséquences plongent aujourd'hui le pays dans la famine ? En tant qu'ancien Premier ministre qui refusa de commémorer le bicentenaire de la mort du général Dumas ? En tant qu'époux d’une « Béké » de la Martinique ? En tant qu'admirateur de Napoléon qui rétablit l'esclavage dans les colonies françaises et fit entrer au Panthéon Ambroise Régnier (qui y est encore) pour avoir signé en 1803 une circulaire interdisant les mariages mixtes sur le territoire métropolitain ? C’est malheureusement aussi la position de François Bayrou, qui, pour le coup, aurait mieux fait de se taire. Une pareille attitude n’étonnera personne quand on sait que Bayrou fit discrètement retirer, lorsqu’il était ministre de l’Education, à la demande d’Alain Griotteray, Le Discours sur le colonialisme des programmes scolaires. Donc pour ces gens, Césaire serait un auteur de portée « régionale » (entendez : il n’intéresse que les « nègres »). Donc, les Martiniquais en Martinique, les Africains en Afrique et la France aux Français ! Outre qu’il ne connaissent pas la Martinique et ignorent que les indépendantistes, largement représentés, n’ont pas pardonné à Césaire la départementalisation, ceux qui refusent le Panthéon à Césaire oublient les Martiniquais qui sont nés en France, qui sont très attachés à leur île, mais qui n’ont aucune intention d’y retourner. - Ah oui, c’est vrai ! On n’y avait pas pensé ! - Eh bien pensez-y, Mesdames et Messieurs les Ministres. Et pensez-y vite ! Ainsi, donc, le « Cinquième DOM » ne compterait pas ? Il y a autant de Martiniquais et de Guadeloupéens en métropole et principalement dans la région parisienne (pas loin du Panthéon) qu’en Martinique et en Guadeloupe. Ceux là, qui lisent Césaire, mais qui ne parlent pas tous le créole, ne sont certainement pas opposés à la panthéonisation. Mais leur avis ne compte pas. Qu’a-t-on fait, jusqu’ici, pour les Antillais déracinés de métropole, mis à part d’enterrer leurs congés bonifiés, de les priver de leurs bonus de retraite, de les empêcher d’aller voir leur famille par des tarifs aériens prohibitifs ou de les infantiliser en leur proposant de se donner en spectacle place de la Sorbonne et de danser le zouk et au son du tambour devant le ministre de l’Agriculture sous prétexte de « veiller » Césaire sous l’œil bienveillant des tenants du communautarisme blanc et colonial ? Si ce folklore ridicule et indigne doit servir à promouvoir la banane martiniquaise, est-ce bien le moment ? Les Antillais de France sont-ils au moins représentés à Paris pas l’un des leurs ? Non pas ! Alors si les Antillais de France n’ont même pas le droit d’être représentés à Paris par un éminent Antillais vivant, qu’on leur laisse au moins la dépouille du plus éminent des Antillais, maintenant qu’il est mort. L’avis des Martiniquais insulaires ? On n’a pas voté en Martinique, que je sache, pour savoir si les Martiniquais insulaires sont d’accord ou pas pour que Césaire entre au Panthéon. S’est-on occupé de ce que pensait le département de l’Aisne pour savoir s’il fallait panthéoniser Dumas ? J’ai suivi les choses en direct et de très près. Beaucoup d’habitants de Villers-Cotterêts étaient contre. Mais le président de la République de l’époque a pris ses responsabilités en passant outre et il a fort bien fait. Il y a bien eu une petite polémique entretenue par quelques irréductibles, mais elle est vite retombée. Aujourd’hui, à Villers-Cotterêts, tout le monde s’est rallié au Panthéon, ce qui n’empêche pas que l’on continue à aller en pèlerinage sur place. Le «culte» dumasien s’en est même trouvé renforcé. Aux Martiniquais de profiter de cette panthéonisation pour demander au président de la République les aides de la métropole dont ils ont grand besoin. La position de Césaire sur sa propre panthéonisation ? Ridicule ! Il n’y a aucun exemple d’une personne vivante qui déclare vouloir être inhumée au Panthéon (sauf peut-être le grand poète Dominique de Villepin). Je n’ai pas remarqué que Césaire se soit opposé à la panthéonisation de Félix Eboué qui était guyanais ni, plus récemment, à celle d’Alexandre Dumas. Césaire n’avait aucune position là-dessus. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il était foncièrement républicain et que tout républicain de mérite accepte, a priori, le Panthéon si tel est le souhait de la République. Parlons un peu de la famille. Elle ne s’est jamais exprimée. D’ailleurs, pourquoi s’exprimerait-elle ? C’est le Président de la République et le Président de la République seul qui décide de la mise au Panthéon. C’est à lui et à lui seul de faire valoir auprès de la famille l’intérêt général qui l’emporterait sur les intérêts particuliers. Oui, l’intérêt général ! Car si Césaire est un grand Français –et il doit l’être puisqu’on va lui offrir, conformément à ma demande, des funérailles nationales, - sa famille, c’est aussi la France et non plus seulement sa famille biologique. C’est au non de l’intérêt général que le Président de la République doit trancher, la famille biologique entendue, naturellement. Mais je doute que la famille biologique de Césaire ne partage pas mon point de vue. Et puis un Président de la République doit prendre seul, en certaines circonstances, des décisions importantes, sans entendre les criailleries des uns ou des autres. Césaire doit entrer au Panthéon, parce que c'est le meilleur moyen d'attirer l'attention sur une oeuvre finalement méconnue du grand public. La panthéonisation de Dumas, par exemple, a été l'occasion de nombreuses rééditions. Césaire doit entrer au Panthéon parce que c’est un grand poète. Et des poètes, au Panthéon, jusqu’à présent, il n’y en a qu’un : Victor-Hugo. Césaire doit aller lui tenir compagnie. Césaire doit entrer au Panthéon en hommage aux Martiniquais : les insulaires et ceux de métropole pour lesquels on ne fait rien si ce n’est de les humilier en les donnant en spectacle dans la rue, aux Parisiens, comme on les exposerait au zoo. Césaire doit entrer au Panthéon parce que si lui n’y entre pas, aucun Antillais n’y entrera jamais. Césaire doit entrer au Panthéon pour rendre hommage à la négritude, c'est-à-dire à la mémoire de ceux qui ont lutté contre le colonialisme et l’esclavage. Césaire doit entrer au Panthéon pour rendre hommage à l'Afrique que la France a explloitée pendant des siècles. Césaire doit entrer au Panthéon pour rendre hommage aux Africains que la France a mis en esclavage en Martinique et aux Antilles et en particulier à Césaire, ancêtre d'Aimé Césaire, un esclave révolté de 1833. Césaire doit entrer au Panthéon parce qu’il a montré son attachement au quartier en passant huit ans de sa vie sur la montagne Sainte-Geneviève. Ce qu’il est, il le doit aussi au lycée Louis-le-Grand et à l’Ecole normale de la rue d’Ulm (promotion 1935) qui sont, comme le Panthéon, des institutions emblématiques de la République. Césaire doit entrer au Panthéon parce qu’il a été, durant une bonne partie de sa vie, traité comme un pestiféré (pendant longtemps aucun préfet ne franchissait le seuil de la mairie de Fort de France !) et qu’on doit réparer cette offense en lui accordant au moins cet honneur posthume. Césaire doit entrer au Panthéon, car s’il n’y entrait pas, le monde entier dirait que la République française est raciste. Césaire doit entrer au Panthéon pour échapper à la récupération communautarise qui s’ensuivrait forcément s'il n'y entrait pas. Césaire doit entrer au Panthéon pour que l’on continue à parler de son oeuvre au lieu de l'enterrer précipitamment sous quelques pelletées de « négritude ». Césaire doit entrer au Panthéon parce que son ami Senghor n'y a pas eu droit, malgré la demande d'Abdou Diouf. Césaire doit entrer au Panthéon le 10 mai 2008, histoire de donner un peu de sens à cette date pour laquelle le gouvernement n'a rien prévu d'autre qu'un singerie au Sénat orgnaisée par des gens qui n'ont ni compétence ni légitimité et au mépris de l'Outre-mer.
Il y a quelques temps, j’ai été traité de « normalien noir » par un écrivain français que d’aucuns respectent, paraît-il, alors qu’il a traité les Martiniquais d’ « assistés ». Césaire aussi était un « normalien noir ». Eh bien moi, « normalien noir » de la promotion 1974 de la rue d’Ulm – premier Guadeloupéen à entrer dans cette école - moi qui ai passé trois ans de ma vie sur les bancs du lycée Louis-le-Grand sur les pas d’Aimé Césaire, avant de passer quatre autres années à l’Ecole normale, toujours sur les traces de mon aîné, je revendique ce titre de « normalien noir», je revendique aujourd’hui ma négritude de « normalien noir » pour demander, au nom de tous les « normaliens noirs » qui ne sont, hélas, pas bien nombreux, et au nom de tous les normaliens « blancs », « jaunes » et « verts » dont aucun n’a jamais été panthéonisé depuis la création de l’Ecole en 1794 (année de l’abolition de l’esclavage) ; au nom d’Evariste Gallois, de Jean Jaurès, d’Henri Bergson, de Romain Rolland, de Léon Blum ; au nom de Charles Péguy, au nom aussi des normaliens des promotions 1914-1918, tombés pour la France ; au nom de Simone Weil, de Jean Cavaillès, de Marc Bloch, de Pierre Brossolette ; au nom de Maurice Genevoix, au nom de Jean Guéhenno, au nom de Jean Guitton, au nom de Jean-Paul Sartre, de Paul Nizan, de Michel Foucault, de Vladimir Jankélévitch ; au nom de mes maîtres Jean-Toussaint Desanti et Pierre Boutang, qui furent camarades de promotion de Césaire, au nom de Julien Gracq, de Maurice Clavel ; au nom de mon ami Alain Peyrefitte, au nom de Georges Pompidou, qui, lui, n’aurait pas hésité une seconde, je demande l’entrée de mon camarade Césaire, comme moi « normalien noir », au Panthéon de la République française le 10 mai 2008. L'idée que le premier normalien a entrer au Panthéon après Jaurès soit justement un "normalien noir" me paraît plutôt séduisante. Bref, Césaire ou Finkielkraut, maintenant, il faut choisir ! Et si Césaire n'a pas droit au Panthéon, alors exhumons vite Félix Eboué de cette nécropole interdite à la diversité, pour le renvoyer chez lui, chez les nègres, au soleil, en Guyane, là où il doit avoir, comme Césaire, ses "racines" !
jeudi 17 avril 2008
Par Claude Ribbe, jeudi 17 avril 2008 à 17:46 :: General
C’est avec beaucoup de tristesse que j’apprends aujourd’hui la mort d’Aimé Césaire qui avait déjà été annoncée par anticipation samedi 12 avril. A cette (fausse) nouvelle, j’avais immédiatement demandé - d’une manière involontairement prématurée, ce que certains mauvais esprits n'ont pas manqué de me reprocher - au président de la République d’ouvrir, le 10 mai prochain, les portes du Panthéon à l’auteur du Discours sur le Colonialisme après des funérailles nationales. Je me réjouis que mon idée ait été reprise aujourd’hui par des élus de sensibilités différentes tels que Ségolène Royal ou Jean-Christophe Lagarde. Au-delà de ces deux personnalités, c’est toute la classe politique qui devrait appuyer cette demande et, au-delà de la classe politique, tous les Français. Une pétition pour que Césaire entre au Panthéon le 10 mai 2008 a été mise en ligne dès le 12 avril et je vous invite à la signer dès à présent en cliquant ci-dessous :
signer la pétition "Césaire au Panthéon"
J’invite aussi les Français de toutes couleurs à se rassembler à Paris ce même samedi 10 mai à 14 heures place de la République pour donner à la marche déjà prévue à l’appel de mon ami Claudy Siar le sens d’un grand hommage populaire à Aimé Césaire.
Le texte de la Pétition :
Monsieur le Président de la République,
Césaire est mort. Mais son œuvre est indestructible. Voici tantôt deux ans, Monsieur le Président de la République, vous avez tenu à rencontrer Aimé Césaire et il vous a offert, je crois, son Discours sur le colonialisme.
Un texte fondamental, vous en conviendrez, puisque vous l’avez lu. Fondamental et scandaleux, vous en conviendrez également. Mais quels sont les grands auteurs qui n’ont pas produit au moins un texte scandaleux ? Quels sont les politiques qui n’ont pas commis au moins une bévue ?
Vous aurez bientôt à célébrer une date importante, celle de l’abolition de l’esclavage et je ne doute pas un instant que cela vous préoccupe, vous qui avez refusé la «repentance». À juste titre. Qui aurait osé demander à Césaire, français comme vous et moi, de se repentir ?
On dit que vous assisterez à la commémoration du 10 mai 2008. On dit aussi qu’elle pourrait se réduire à une singerie accommodée par des gens qui n’ont ni compétence, ni légitimité pour parler de l’esclavage et de ceux qui en sont issus. Alors plutôt que d’enterrer la loi du 10 mai 2001 par un ridicule spectacle de patronage, indigne de votre présence et qui irriterait l’Outre-mer, vous pourriez ce jour là honorer les descendants d’esclaves en accompagnant au Panthéon l’un des plus grands d’entre eux, l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Toussaint Louverture. Ce serait pour vous l’occasion de rappeler au monde entier que la France, pays des droits de l’homme, n’a peur ni de son histoire ni de ses auteurs réputés dérangeants et peut se retrouver sans crainte au sein d’une mémoire partagée.
C’est pourquoi j’ose solliciter de votre haute bienveillance, Monsieur le Président de la République, un décret pour que la dépouille d’Aimé Césaire, après des funérailles nationales exceptionnelles, soit transférée au Panthéon le samedi 10 mai 2008.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération.
Claude Ribbe
lundi 14 avril 2008
Par Claude Ribbe, lundi 14 avril 2008 à 20:29 :: General
On m’a brutalement annoncé vendredi 11 avril que Césaire était à l’agonie, puis sa mort, dont l’annonce officielle devait intervenir samedi 12 avril à 17 h (heure de Paris). La stupeur passée, ma première réaction a été de proposer que la République lui rende un hommage national et qu’il entre au Panthéon, ce qui a donné lieu à un communiqué. C’était une manière d’attirer l’attention sur une œuvre immense dont l’aspect subversif dérange encore. Qu’on en juge :« Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches de Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, que Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère,c’est par manque de logique, et qu’au fond ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique » (Discours sur le Colonialisme 1950). Eh oui, c’est cela, Césaire. L’œuvre du «chantre de la négritude » est aussi une poétique de l’insurrection. Depuis, la nouvelle de sa mort a été infirmée, son état étant qualifié de « stable », mais aussi de « préoccupant» ce qui ne me rassure qu’à moitié. Je forme évidemment des vœux pour qu’Aimé Césaire se rétablisse et que son entrée au Panthéon, dont je maintiens fermement l’idée, ne soit qu’une perspective lointaine. Mais je continue à penser que la journée de mémoire du 10 mai 2008 doit lui être consacrée. Un digne hommage serait en effet la moindre des choses pour honorer un homme qui a longtemps été voué aux gémonies avant d’être sacrifié à l’idolâtrie.
samedi 12 avril 2008
Par Claude Ribbe, samedi 12 avril 2008 à 16:24 :: General
Monsieur Nicolas Sarkozy,
Président de la République,
Monsieur le Président de la République,
Césaire est mort. Mais son œuvre est indestructible. Voici tantôt deux ans, Monsieur le Président de la République, vous avez tenu à rencontrer Aimé Césaire et il vous a offert, je crois, son Discours sur le colonialisme. Un texte fondamental, vous en conviendrez, puisque vous l’avez lu. Fondamental et scandaleux, vous en conviendrez également. Mais quels sont les grands auteurs qui n’ont pas produit au moins un texte scandaleux ? Quels sont les politiques qui n’ont pas commis au moins une bévue ?
Vous aurez bientôt à célébrer une date importante, celle de l’abolition de l’esclavage et je ne doute pas un instant que cela vous préoccupe, vous qui avez refusé la «repentance». À juste titre. Qui aurait osé demander à Césaire, français comme vous et moi, de se repentir ?
On dit que vous assisterez à la commémoration du 10 mai 2008. On dit aussi qu’elle pourrait se réduire à une singerie accommodée par des gens qui n’ont ni compétence, ni légitimité pour parler de l’esclavage et de ceux qui en sont issus. Alors plutôt que d’enterrer la loi du 10 mai 2001 par un ridicule spectacle de patronage, indigne de votre présence et qui irriterait l’Outre-mer, vous pourriez ce jour là honorer les descendants d’esclaves en accompagnant au Panthéon l’un des plus grands d’entre eux, l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Toussaint Louverture. Ce serait pour vous l’occasion de rappeler au monde entier que la France, pays des droits de l’homme, n’a peur ni de son histoire ni de ses auteurs réputés dérangeants et peut se retrouver sans crainte au sein d’une mémoire partagée.
C’est pourquoi j’ose solliciter de votre haute bienveillance, Monsieur le Président de la République, un décret pour que la dépouille d’Aimé Césaire, après des funérailles nationales exceptionnelles, soit transférée au Panthéon le samedi 10 mai 2008.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération
samedi 5 avril 2008
Par Claude Ribbe, samedi 5 avril 2008 à 20:36 :: General
La tentation d’asservir ses semblables remonte à l’aube de l’humanité et continue, hélas. Mais, voici plus de cinq siècles, la soif de l’or, le développement de la culture de la canne à sucre conjuguée avec la maîtrise de la connaissance méthodique et des techniques nouvelles, fait de l’esclavage, dans sa version transatlantique, une institution d’un genre inédit. La déshumanisation de l’esclave, la racialisation qui désigne a priori et arbitrairement en fonction de critères aussi aberrants que la couleur de la peau ou la forme du nez, tels individus comme victimes potentielles, la soudaine codification de l’institution, la rationalisation des méthodes de déportation et d’exploitation marquent un tournant sans précédent aucun dans l’histoire de l’humanité. Désormais, des êtres humains vont oser nier que d’autres êtres humains soient humains et, forts de ce principe sacrilège, ils vont oser agir en conséquence. De l’asservissement on peut facilement passer à l’extermination. Il suffit d’avoir l’audace de s’arroger à soi seul le droit de vivre, comme on s’est arrogé le droit exclusif de profiter du corps des autres. Et c’est ce saut qualitatif, cette rupture dans l’histoire de l’Humanité qui donne soudain naissance au préjugé de race, antinaturel et absurde au possible, diabolique parce qu’il sait se nier tout en s’affirmant. Si, heureusement, l’aspect légal de l’esclavage est partout banni depuis plus d’un siècle, si la pratique de l’esclavage est reconnue comme un crime imprescriptible, le préjugé de race survit partout, plus ou moins insidieusement, au cœur même de la prétendue civilisation. Il est même des hommes de science assez fous pour tenter encore de le justifier.
Mais depuis que le monde est monde, face aux hommes qui asservissent, d’autres hommes et d’autres femmes luttent pour la liberté. Leur liberté ou la liberté des autres ? Peu importe puisque la liberté, c’est l’essentiel, ce qui fait que l’humanité est humaine. On peut nier la liberté des autres comme on peut nier sa propre liberté, mais on ne peut ni priver complètement un être humain de sa liberté fondamentale ni renoncer vraiment à sa propre liberté. Ce serait renoncer à sa qualité d’être humain : le seul choix impossible. Pas de liberté non plus sans égalité ni fraternité ni vérité. C’est le combat de ces hommes et de ces femmes à coups de sabre, à coup de plume, à mains nues, et parfois seulement en résistant jusqu’à refuser de donner la vie, jusqu’à se donner la mort, ce combat pour être simplement humains qu’il faut absolument rappeler et honorer, sous tous les prétextes.
jeudi 3 avril 2008
Par Claude Ribbe, jeudi 3 avril 2008 à 21:59 :: General
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Martin Luther King est lié à des souvenirs de ma jeunesse. J’avais treize ans. En troisième Latin-Grec dans un grand lycée parisien. Je ne savais trop ce que je ferais plus tard. Pianiste, peut-être. Ma mère pensait que des études brillantes ouvraient toutes les portes. J’en étais beaucoup moins sûr. Aucun Antillais dans le lycée, hormis moi. «- Tu viens d’où ? » me demandait-on souvent. Un peu trop souvent. Mes parents étant séparés, j’avais peu de repères. J’aimais bien Luther King, mais je regrettais Malcom X, plus pugnace, assassiné trois ans plus tôt. On assassinait un peu trop à mon goût, en Amérique, en ce temps-là. Mes copains, c’était Lionel (dont le père était du Bénin), Éric, Thierry, Roger et aussi deux britanniques milliardaires, deux frères assez allumés que je voyais pendant les vacances. Le lycée n’était pas mixte, mais on ne pensait pas encore aux filles. Enfin pas trop. La période, on s’en souvient, était assez agitée dans les lycées parisiens et il y avait comme un parfum d’incendie qui allait se propager. Comme on était trop jeunes, on se contentait de regarder et de critiquer. Dans les couloirs, résonnaient les cris de nos aînés, qui étaient tous issus de milieux plutôt favorisés : « Ho ! Ho ! Ho Chi Minh ! Che ! Che ! Che Guevara !». C’est dire que la politique étrangère américaine n’avait pas trop bonne presse. On a dû apprendre la nouvelle de l’assassinat de Martin Luther King le lendemain matin à la radio. Je n’ai pas été étonné. Seulement triste et dégoûté. Le soir la télévision a diffusé des images. Des émeutes. Des brutalités policières. Une horreur. Tous mes souvenirs d’enfance sont marqués par ces images en noir et blanc de policiers lâchant des chiens pour mordre des Afro-Américains. On parlait de «ségrégation raciale». Je me disais que l’Amérique, ce n’était pas pour moi. Martin Luther King avait lutté pour que tout cela change. Qui continuerait son combat, là-bas et même ici où il me semblait que les choses ne tournaient pas très rond non plus ? Six ans plus tard, entré à Normale Sup, on m’a proposé une année à Harvard. Non merci. Il m’a quand même fallu trente ans après la mort de Martin Luther King pour que je me résigne à traverser l’Atlantique. Et encore n’étais-je guère rassuré. Lionel gère une grande banque. Mes deux copains britanniques sont morts depuis longtemps. Le premier d’une overdose, le second du Sida. Thierry a publié deux romans. Eric aussi. Son frère est un animateur de télévision très riche et très célèbre. J’ai revu Roger dans un avion qui m’emmenait à Toulon pour une signature de livres. C’était lui qui pilotait. En apparence, les choses ont bien changé en Amérique. En apparence. Ici, les Antillais et les Afro-Français sont beaucoup plus nombreux dans la rue, dans le métro et même dans les lycées qui son mixtes à présent. Ils sont beaucoup moins nombreux au gouvernement et dans les cabinets ministériels, c’est le moins qu’on puisse dire. Parfois, l’un d’entre eux que je ne connais pas vient me serrer la main. Mes filles me demandent pourquoi. Alors je souris et je pense au Pasteur.