le Blog de Claude Ribbe

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vendredi 4 mai 2012

10 mai 2012 à 18 h paris place du général-Catroux commémoration de l'abolition de l'esclavage

Mes chers amis,







J’ai le plaisir de vous inviter à vous rassembler, à 18 heures précises à Paris, le 10 mai 2012, place du général-Catroux (17e) métro Malesherbes (L3).




Sans esprit de parti, sans distinction de couleur, ni de sexe, pour célébrer la commémoration de l’abolition de l’esclavage, le refus de la haine et du mépris.



Pour couvrir de fleurs les chaînes brisées qui honorent la mémoire du général Dumas et, à travers lui, toutes celles et tous ceux qui ont souffert et souffrent, dans leur chair et leur esprit, de l’esclavage, de la traite, de la colonisation et de leurs séquelles qu’on désigne ordinairement sous le vocable de racisme.




Toutes celles et ceux qui ont des chaînes à briser.




Il se peut que le président qui, d’ici là, aura été élu par le suffrage universel, soit à nos côtés, devant ces chaînes dont l’une est symboliquement ouverte et dont l’autre reste à ouvrir.




C’est en effet place du général-Catroux qu’a été inauguré en 2009, grâce à une ville de Paris unanime, un mémorial significatif autour duquel nous convergeons chaque année, tous les 10 mai, de plus en plus nombreux, en dépit de l’indifférence des uns, des manœuvres de division des autres.




Le 10 mai 2012, pour la sixième année consécutive, va être célébrée la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage, dont le principe résulte de la loi Taubira, et la date d’une décision du président de la République.




Le 10 mai 2012 revêt un aspect particulier puisque, comme le 10 mai 2007, il intervient dans une période marquée par l’élection à la magistrature suprême, qui sera presque aussitôt suivie de l’élection de l’assemblée nationale. En outre, c’est le 10 mai que le conseil constitutionnel proclamera officiellement les résultats du second tour de l’élection présidentielle.




Dans ce contexte, on peut souhaiter que le président qui aura été désigné par les Français, quel qu’il soit, ne restera pas indifférent à cette journée de commémoration et que, au-delà des kermesses coloniales indignes auxquelles, hélas, nous sommes habitués, il adressera un signe fort à la Nation et en particulier à toutes celles et tous ceux qui se considèrent comme les descendants des esclaves et des populations décimées par la traite.




Le 10 mai 2012 correspond également à la commémoration du 250e anniversaire de la naissance, en Haïti, du général Alexandre Dumas, père de l’écrivain français le plus populaire de tous les temps et le plus lu dans le monde.














Comme je le répète depuis 10 ans, le général Dumas est né esclave en 1762. C’est l’une des figures les plus attachantes de l’histoire de France, du fait de son parcours exemplaire, de son attachement sans faille à la République et à ses valeurs, du rôle décisif qu’il a joué en tant que général en chef pendant les guerres de la Révolution.

Depuis très exactement 10 ans, en tant qu’écrivain, cinéaste et militant, je bataille pour que la mémoire de cet homme soit enfin réintégrée dans le panthéon national. Je l’ai fait à travers pas moins de quatre ouvrages, dont une biographie qui lui est entièrement consacrée.




À travers aussi un film documentaire, que j’ai réalisé en 2009 et qui a été diffusé en 2010 sur France 2 (à une heure hélas tardive) mais qui a été néanmoins vu par plus de 600 000 téléspectateurs.




À travers un monument aussi pour lequel j’ai beaucoup lutté, celui devant lequel nous nous retrouverons et dont l’existence marque déjà une belle victoire.




Pourquoi une telle persévérance ?




Parce que j’ai la certitude, confortée par l’expérience de ces dix dernières années, qu’une partie des Français ne se reconnaît pas dans l’imaginaire qu’impose une petite minorité de décideurs, trop souvent incultes et arrogants, de sorte que la France telle qu’elle est et qu’elle a toujours été depuis qu’elle s’est aventurée pour découvrir le monde, non sans violences faites aux autres, hélas, n’est pas du tout la France qui est présentée dans les programmes scolaires, à la télévision, dans les médias.




Un certain nombre de figures majeures, parmi lesquelles le général Dumas, ont été délibérément occultées, du fait de la couleur de leur peau et de leur origine.




Ce n’est pas seulement une injustice et le signe d’un inquiétant obscurantisme. C’est aussi un préjudice extrêmement grave qu’ont subi tous les Français.




En privant la Nation des figures héroïques et exemplaires d’hommes et de femmes qui ont marqué son histoire, certains décideurs ont pris le risque de cantonner leur compatriotes - celles et ceux qu’on stigmatise sous les vocables de «diversité» ou de «minorités visibles» - dans les rôles mineurs ou dévalorisants que la période coloniale a octroyés aux opprimés.




Une telle attitude a joué un rôle décisif dans la montée du racisme, de l’intolérance et de la xénophobie que je dénonce depuis dix ans. On voit très exactement aujourd’hui où cela peut conduire.




Je suis convaincu, au contraire, que la valorisation des héros et des héroïnes positifs de notre histoire qui ont eu à souffrir de l’intolérance est de nature à reconstituer un tissu social mis en lambeaux au cours des dix dernières années par la libération et la promotion systématique de la parole discriminatoire.




Les jeunes de toutes couleurs et en particulier ceux qui, du fait de l’immigration ou du Bumidom, se sont retrouvés relégués dans de véritables ghettos, ont le droit de savoir que des hommes et des femmes de toutes couleurs et de toutes origines ont, depuis toujours, significativement marqué l’histoire de France et pas seulement en tant que sportifs ou artistes, les deux seuls domaines où une tolérance relative est accordée à celles et ceux que les racistes considèrent comme «différents».




On ne se construit pas sans héros qui vous ressemblent.




On ne se grandit pas en méprisant ceux qui, en apparence, ne vous ressemblent pas.




Tout mon travail, au cours de ces dernières années, malgré les difficultés, les sarcasmes, la guerre ouverte déclarée par les défenseurs, plus ou moins masqués, du racisme qui gangrène une certaine France, heureusement très minoritaire, a été de rendre à ces personnages la place éminente qui leur revient.




J’ai la conviction profonde qu’il sera impossible de célébrer durablement l’abolition de l’esclavage sans rendre leur place à ces personnages de notre histoire : le général Dumas, le chevalier de Saint-George, ou Eugène Bullard, un héros franco-américain oublié de la Première guerre mondiale auquel je m’apprête à rendre, notamment à travers un livre actuellement sous presse et un film, un hommage appuyé.







Eugène Bullard




C’est pourquoi la commémoration du 250e anniversaire du général Dumas revêt, en ce 10 mai 2012, une importance exceptionnelle si l’on souhaite en finir enfin avec un XXe siècle qui nous poursuit encore.




Depuis 1802, le général Dumas est privé d’une récompense symbolique qui lui revenait plus qu’à tout autre : l’admission dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Cette admission était de droit. Elle n’a pu être obtenue du fait de la législation ouvertement raciste mise en place le lendemain même de la création de cet ordre.




Depuis dix ans, j’ai demandé en vain aux présidents de la République successifs que cette injustice insupportable soit réparée. Cette requête a été relayée par une association que je préside, par plus de six mille personnes qui ont signé une pétition, par des élus de toutes tendances puisqu’on y trouve non seulement le maire de Villers-Cotterêts, où a vécu et où est mort le général Dumas, mais aussi le sénateur-maire de Laon qui, voici quelques jours, a officiellement interpellé dans le même sens le ministre de la Défense.




Il est triste de constater que le ministre de la Culture de la France, pourtant sollicité dès 2011, n’a pas cru utile de faire figurer, sur la liste des commémorations nationales 2012, le 250e anniversaire de la naissance du général Dumas. De même que le ministre de la Culture, en 2006, n’avait pas cru utile de faire figurer au même calendrier officiel, le bicentenaire de la mort du général Dumas.




Je vois dans ce qu’il faut bien appeler un acharnement particulier contre un grand héros français, du seul fait de sa couleur et de la couleur de celui qui, deux siècles plus tard, en demande à bon droit la réhabilitation, plus qu’une faute, une erreur.




Et à titre personnel, après tant de mises en gardes adressées aux uns et aux autres, je suis bien obligé d’en tirer toutes les conséquences.




Je tiens à ajouter, de la manière la plus claire, que, de mon point de vue, le mot de «race» n’a jamais eu sa place dans la constitution de la République française et j’espère qu’un consensus, nécessaire pour modifier ce texte, s’imposera pour faire oublier tous les sophismes odieux que j’ai pu lire à ce sujet et que la bêtise n’excuse pas.




Le 10 mai 2012, une nouvelle séquence s’ouvrira. C’est pourquoi j’ai demandé au président qui sera officiellement proclamé ce jour-là d’être avec nous à 18 heures précises, devant les fers brisés, place du général-Catroux, là où se rassemblent, depuis le 10 mai 2009, toutes celles et ceux qui refusent la «race» et le racisme.




En cette année où les droits des femmes ont été si odieusement bafoués, je voudrais que cette commémoration soit aussi l’occasion de rendre hommage aux épouses, aux mères, aux compagnes, à celles qui, méprisant le racisme, prouvent depuis des siècles que l’amour se moque bien de la couleur, de l’origine, de la religion.




Ayons une pensée pour la femme du général Dumas, une blonde aux yeux bleus de l’Aisne qui, trente deux ans encore après la mort de celui qu’elle aimait, se battait avec honneur, non seulement pour ce fils, l’écrivain Alexandre Dumas, que le monde entier admire encore, mais pour que la France rende hommage à celui qu’elle aimait.




C’est avec beaucoup de fierté que j’ai repris son combat posthume.




Le fils repose depuis 10 ans au Panthéon. La mère est restée auprès du général, au cimetière de Villers-Cotterêts.




Ayons une pensée émue pour elle en ce 10 mai 2012, et à travers elle pour toutes celles, pour tous ceux qui, malgré une couleur de peau apparentée à celle du plus grand nombre, partagent le mépris que les préjugés imposent à leur compagne, à leur compagnon, à leurs enfants.







Comme chaque année, le 10 mai 2012, à 18 h, place du général-Catroux, un hommage officiel sera rendu sous l’égide de la mairie de Paris, avec la collaboration d’associations, dont celle des amis du général Dumas.




Cette fois, ce sont les sapeurs-pompiers de Paris, à travers une formation de cinquante musiciens et un piquet d’honneur, qui feront retentir l’hymne national entonné par la soprano guadeloupéenne Leïla Brédent. Une centaine d’enfants des écoles chanteront à la mémoire des martyrs, relayés ensuite par les tambours et les Ka du groupe Miyo.




Je ne doute pas que si le président de la République désigné le même jour par le conseil constitutionnel répond à cette invitation, ce que je pense, les Françaises et les Français auront, d’ici là, vraiment fait le bon choix.




Au jeudi 10 mai, à Paris, place du général-Catroux, à 18 heures pour écrire ensemble une nouvelle

page de notre histoire !







Je vos remercie de me faire l’amitié de faire circuler ce texte partout où vous le pourrez.




Claude Ribbe

mardi 20 septembre 2011

Pour Troy Davis (bis)

Voici copie de l'appel adressé le 23 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy et à Rama Yade et que je ne peux que renouveler aujourd'hui à Nicolas Sarkozy, au moment où Troy Davis risque à nouveau d'être exécuté

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jeudi 17 mars 2011

Le retour de Jean-Bertrand ARISTIDE

Plus de sept ans après avoir été enlevé en pleine nuit par un commando des forces spéciales de l’Amérique de George Bush, aux ordres de Luis Moreno, chef de la CIA à Port-au-Prince, Jean-Bertrand Aristide, premier président démocratiquement élu de l’histoire d’Haïti, rentre enfin au pays. Il est pour le moins paradoxal de constater que l’Amérique d’Obama, par deux fois, a adressé ces derniers jours des messages enjoignant à l’ancien président de différer son retour jusqu’au lendemain du second tour de l’élection présidentielle haïtienne, prévu dimanche 20 mars 2011. La diplomatie française - dirigée par le maire de Bordeaux, une ville qui a pesé lourd dans l’histoire d’Haïti - bien que très certainement invitée à relayer ces rodomontades, s’est contentée d’utiliser des termes beaucoup plus mesurés en rappelant que "rien ne doit détourner de la nécessaire mobilisation pour mener à bien le processus électoral en cours". C’est en tout cas porter beaucoup d’intérêt à un homme dont j’entends dire depuis sept ans qu’il ne compte plus. Si l’on peut espérer que la démocratie l’emporte en Haïti, en quoi l’Amérique aurait-elle plus le droit d’interférer dans les affaires haïtiennes que les Haïtiens dans les affaires américaines ? Ces menaces du porte parole du département d’Etat sont en tout cas bien inutiles. Elles obligent par ailleurs les USA à veiller sur la sécurité d’Aristide car, s’il lui arrivait malheur – pendant son vol de retour ou après son arrivée à Port-au-Prince - il serait certainement difficile de ne pas évoquer les basses œuvres de Washington. Ces mises en garde risquent par ailleurs de produire l’effet inverse de ce qui était attendu. En bravant le diktat américain, non seulement Jean-Bertrand Aristide adopte d’emblée la posture d’homme d’État qui était la sienne au moment de son enlèvement, mais il devient un modèle d’indépendance, de courage et de dignité, pour tous les pays du Sud. C’est vrai, Aristide n’a qu’à lever son chapeau et Port-au-Prince descendra dans la rue pour se mettre derrière lui, ce qui vaut bien une élection truquée. Et l’Amérique peut le craindre. Cependant, le retour de l’ex-président n’est pas destiné, d’après ce que j’ai retenu de nos conversations, régulières pendant ces sept dernières années, à lui permettre de terminer un mandat, interrompu par la seule volonté des anciens pays colonisateurs, même si on peut se demander si ce ne serait pas légitime. Aristide a déjà indiqué qu’il rentrait pour se consacrer à l’éducation, comme il l’avait d’ailleurs entrepris depuis longtemps. Il est très certainement sincère. L’élection présidentielle, telle qu’elle se présente, n’a pour lui aucun intérêt. Elle n’intéresse d’ailleurs pas davantage les Haïtiens. Un rôle durable d’arbitre à l’autorité morale incontestée garantit à Aristide autant d’influence que s’il exerçait un éphémère mandat, harcelé par les anciens pays négriers. Cependant, combien de temps pense-t-on pouvoir empêcher les Haïtiens de choisir qui bon leur semble pour les gouverner ? Le 20 mars 2011, un scrutin présenté comme démocratique doit en effet désigner le prochain président de la République d’Haïti. Ce président ne vaudra que ce que vaut l’élection. Sa légitimité est déjà en ruines, à mon avis, à l’image du palais présidentiel, qui n’a pas résisté au dernier tremblement de terre. Ce scrutin résulte en effet d’obscures tractations menées par un conseil électoral « provisoire » en place depuis sept ans sous la surveillance des anciens pays colonisateurs qui croient pouvoir agir à Port-au-Prince comme en pays conquis, à l’instar de ce qu’ils ont l’habitude de faire dans certains pays africains. Au premier tour, le CEP a purement et simplement interdit à plusieurs partis haïtiens, dont bien entendu celui de Jean-Bertrand Aristide, de participer au scrutin, sélectionnant ainsi les heureux élus admis à concourir. Comment peut-on imaginer un seul instant, dans ces conditions, que l’élection à la présidence d’Haïti, quel qu’en soit le résultat, et quel que soit le mérite personnel du vainqueur, puisse être respectée et respectable ? Quant à l’Afrique du Sud, elle semble avoir fait fi des pressions subies depuis ces derniers jours de la part de Washington, puisqu’elle aurait mis à la disposition de l’exilé, qu’elle héberge et protège depuis sept ans, un avion privé lui permettant de rentrer, lui sa famille, et autorisé quelques amis proches, au nombre desquels j’ai l’honneur de figurer, de même que Danny Glover, à l’accompagner. Ce retour est l’œuvre de toutes celles et de tous ceux qui, malgré les menaces, les insultes et les persécutions, ont milité, pendant sept ans, non seulement pour que justice soit rendue à un homme qu’on a forcé à l’exil et tenté d’assassiner, et pas seulement par la calomnie, mais aussi pour que les choix politiques des Haïtiens soient respectés. On ne peut que féliciter René Préval, quelles que soient ses raisons, d’avoir tenu sa parole, même en fin de mandat, en permettant à son ancien allié de rentrer au pays. S’il ne fait guère de doute que les Haïtiens se réjouissent du retour de « Titide », sa réapparition ne plaît pas à tout le monde. Une certaine presse qui, au moment du coup d’État, a relayé toutes les accusations montées dans les officines macoutes ou américaines, devrait se faire plus discrète, car le moment est venu, certainement, de les montrer, ces preuves qu’on attend depuis sept ans, pour étayer ces accusations. Il est frappant de lire dans les dépêches non plus qu’Aristide aurait démissionné en 2004, ce qui est faux, mais qu’il a été chassé par un coup d’État et une insurrection armée, ce qui est presque vrai. Les journalistes oublient de dire que l’insurrection armée n’était que le fait d’une poignée de mercenaires et que le coup d’État a été perpétré par les anciens pays colonisateurs et accompagné d’un enlèvement. Cet enlèvement, principalement organisé par l’Amérique de Bush, a eu, hélas, des complices en France, ceux-là même qui gardaient dans leur manche un improbable joker : Duvalier fils, hébergé et protégé par la République pendant vingt cinq ans puis retourné à l’envoyeur. Rappelons quelques noms (la liste n’est pas exhaustive et pourra être complétée au besoin). Dominique de Villepin, chantre des Békés de la Martinique, qui, malgré sa réputation de fier bonapartiste, attendait humblement les ordres de Colin Powell, tapi dans son bureau de ministre des Affaires étrangères (de style empire, bien entendu). Michèle Alliot-Marie, qui prêta forcément son concours à l’opération, en sa qualité de ministre de la Défense, notamment en pilotant avec Bongo l’opération peu glorieuse consistant à recevoir Jean-Bertrand Aristide en Centrafrique, où stationnaient des troupes françaises. Pour la CIA, Bangui était considéré comme une « prison française ». Mais Alliot-Marie, décidément bien mal renseignée, n’avait pas prévu que, dans cette « prison française », il était également au programme de faire assassiner Aristide, ce qui a bien failli arriver. Naturellement, la « grande muette » aurait porté le chapeau. Thierry Burkard, aujourd’hui retraité en province et occupé à écrire des romans policiers, qui n’obtint ses épaulettes d’ambassadeur, depuis longtemps par lui convoitées, qu’à charge d’organiser la déstabilisation d’Haïti, avec le soutien d’Eric Bosc, «diplomate» chargé, à l’ambassade de France à Port-au-Prince, d’intoxiquer la presse en inepties, parfois racistes, sur Aristide et depuis expulsé du Togo pour ingérence. Le plus étrange, c’est qu’il se soit trouvé des journalistes, et pas des moindres, pour recopier les « tuyaux » de Bosc. Régis Debray, le moustachu que Guevarra accusa, peu avant sa mort tragique, d’avoir été « trop bavard ». En 2004, ce courageux auteur français, dressé sur ses ergots, plastronnait, en battle dress, entouré de gendarmes armés jusqu’aux dents, à la tête d’une commission, et aux côtés d’une bien romanesque jeune femme, présidente d’une mystérieuse association, « Fraternité universelle », une jeune femme qui se faisait appeler Albanel, du nom de son mari, général, mais qui n’était autre que Véronique de Villepin, la propre sœur du ministre. Elle s’occuperait aujourd’hui de l’aumônerie de Sciences Po, et, bien sûr, de sa mystérieuse association, toujours très présente, paraît-il, dans les zones agitées de la planète. Régis Debray - ce qui n’étonnera personne - et Véronique de Villepin – ce qui est plus étrange pour une dame patronnesse - n’hésitèrent pas à aller menacer de mort Jean-Bertrand Aristide, au cas où il ne démissionnerait pas, utilisant textuellement l’expression « Auriez-vous une vocation de martyre ? » ce qui est formellement attesté, non seulement par le témoignage de Jean-Bertrand Aristide lui-même, mais également par un télégramme diplomatique rédigé par l’ambassadeur Burkard, pour se couvrir. Régis Debray, qui a toujours nié avoir été accompagné ce jour-là par Véronique Albanel, ne prouve qu’une chose, c’est qu’il est non seulement bavard, mais galant, pour ne pas dire menteur. Le guérillero galant et la Mata-Hari des bénitiers n’étaient pas seuls. Voici la liste des membres de leur commission, dont le but réel n’était pas de réfléchir sur l’avenir des relations franco-haïtiennes, mais de renverser ce petit nègre effronté qui avait osé rappeler à la France qu’elle avait une dette de 21 milliards de dollars à l’égard de son ancienne colonie, sans parler des réparations pour 150 années d’esclavage, suivies d’un début de génocide. Marcel Dorigny, professeur à Paris VIII - pour la caution historique et communiste - Yvon Chotard, ex adjoint au maire de Nantes depuis rallié à l’UMP - pour la caution socialiste - le dominicain Serge Danroc - pour bénir l’opération- Serge Robert, président de la banque des Antilles françaises, l’indispensable financier, proche évidemment des Békés, sans oublier Jacky Dahomay, l’oncle Tom de cette fine équipe, le protégé de la conseillère Blandine Kriegel, ex prof de philo mao au lycée Buffon, devenue avec l’âge grande prêtresse de la chiraquie. Plus insignifiants : Myriam Cottias, Florence Alexis, Gérard Barthélémy, François Blancpain. Ajoutons l’ambassadeur Philippe Selz et François Marchand, du quai d’Orsay, qui, eux, exécutaient les ordres sans états d’âmes et avaient au moins le mérite d’être des professionnels. J’allais oublier Christophe Wargny, qui a fait sa carrière à la faveur de ses reniements. L’auteur de Haïti n’existe pas (tout un programme !) ne faisait pas partie de la commission, mais il s’est toujours montré prêt à accourir devant les micros, et zélé, quand on le sifflait, pour venir mordre la main qui l’avait nourri. Et aussi Charles Najman, journaliste autoproclamé « cinéaste » et spécialiste d’Haïti qui, en toute objectivité, a réalisé Le temps des chimères, du nom méprisant donné aux partisans d’Aristide. C’est dans ce vivier de macoutes français qu’on choisira probablement ceux qui, au pays des droits de l’homme, auront le droit de parler d’Aristide ces jours prochains et seront présentés par la presse aux ordres comme des spécialistes incontournables de la négritude. Comme d’habitude, sans la moindre preuve, ils accuseront Aristide d’avoir été un dictateur, un trafiquant de drogue et de s’en être mis plein les poches. Ils s’apitoieront sur la « malédiction » qui frappe Haïti. Malédiction dont le retour du président ne sera pour eux, évidemment, après le tremblement de terre et le choléra, qu’un nouvel épisode. Ils demanderont une fois de plus la mise sous tutelle de l’ « homme blanc » de cette « pupille de l’humanité ». Pour tous ces gens, le retour d’Aristide, c’est certain, n’est pas une bonne nouvelle. On serait tenté d’en sourire si la répression qui s’est abattue sur Haïti après l’enlèvement de Jean-Bertrand Aristide n’avait fait plus de dix mille morts. On lit aujourd’hui qu’Aristide serait encore « très populaire » auprès des Haïtiens les plus pauvres. C’est vrai que ceux-là ne votent pas et qu’une certaine France aimerait bien, comme en 1802 (après avoir adopté les orphelins…) les jeter aux chiens. Mais ils constituent quand même 99 % de la population.

		

dimanche 6 février 2011

Peut-on être Breton et ne pas ressembler à Le Pen ?

Nègres bretons, nègres creusois, unissons nous !

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mardi 1 février 2011

Jean-Bertrand Aristide doit rentrer chez lui !

Voici bientôt sept ans que le premier président démocratiquement élu de l’histoire d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, a été enlevé par un coup d’État organisé par le gouvernement de George Bush, avec l’appui de la France et en particulier du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Dominique de Villepin qui, pour cette basse besogne, avait utilisé sur place sa propre sœur, Véronique de Villepin-Albanel, le peu scrupuleux et très ampoulé Régis Debray, intellectuel de pacotille qui, le 357 magnum à la ceinture, ou du moins sous la protection de gardes armés jusqu'au dents, faisait mine de réfléchir sur l’avenir des relations franco-haïtiennes, et l’ambassadeur Thierry Burkard, spécialement dépêché par Villepin pour déstabiliser le gouvernement haïtien. C’est le chargé de presse de l’ambassade, Eric Bosc, un bien curieux diplomate, expulsé depuis du Togo pour ingérence, qui se chargeait d’intoxiquer la presse française sur les prétendues «turpitudes» du président haïtien. Jean-Bertrand Aristide a été enlevé chez lui en pleine nuit par les forces spéciales de Washington, menées par le résident de la CIA à Port-au-Prince, Luis Moreno, ainsi que l’a parfaitement relaté Franz Gabriel, un témoin oculaire, dans un livre de Randall Robinson, Haïti l’insupportable souffrance. Un avion des services spéciaux américains, après plusieurs dizaines d’heures d’errance, a conduit le président en Centrafrique, où la France est devenue le geôlier de ce nouveau Toussaint Louverture. Il s’en est fallu de peu que l’ancien prêtre, vilipendé et calomnié par une presse aveugle, ne soit assassiné dans les geôles de Bozizé et que la France ne soit accusée d’avoir fait le coup… Un avion affrété par ses amis a fort heureusement pu venir le chercher et le conduire en Jamaïque, avec l’accord de la Caricom, avant que l’Union africaine ne prenne le relais en chargeant l’Afrique du sud de l’accueillir. C’est là bas qu’il a subi un exil forcé de près de sept ans. Sept années où, sous la protection des services sud-africains, il a enseigné à l’université de Prétoria. Sept années pendant lesquelles il a pu compter ses amis. En particulier en France où peu de voix, hormis la mienne, se sont élevées pour prendre la défense d’un homme injustement calomnié. Ce qui m’a valu maintes insultes, de la part des pires macoutes qu’une certaine France tient pourtant en haute estime. N’a-t-elle pas hébergé et protégé depuis 1986 un dictateur notoire, Jean-Claude Duvalier, parti lui, il est vrai, avec plusieurs centaines de millions de dollars d’économies ? Je n’ai jamais caché l’amitié et l’estime que je porte à Jean-Bertrand Aristide, depuis notre première rencontre, lorsqu’il préparait, l’été 2003, avec de bien maigres moyens, le bicentenaire de son pays, rappelant au passage que la France avait une dette de 21 milliards de dollars, extorqués par la force en 1825 à la jeune république. Les calomnies déversées sur le président haïtien, évidemment motivées par la volonté de saboter le bicentenaire de la première république nègre et d’écarter du pouvoir un homme jugé dangereux par son intelligence et son charisme, ne m’ont jamais fait dévier de cette amitié et il ne s’est jamais écoulé plus de cinq semaines sans que nous nous parlions longuement au téléphone. J’ai la très ferme conviction que Jean-Bertrand Aristide peut et doit à présent rentrer pour aider son pays meurtri par un cataclysme, une épidémie, et la déstabilisation entretenue depuis deux siècles par des Occidentaux racistes, à se reconstruire. Au moment où un Bébé Doc rentre tranquillement au bercail, et où Villepin a enfin compris que Napoléon ne paie plus, ce serait bien la moindre des choses. Ce qui a conduit les pays dominants, c'est-à-dire les anciens colonisateurs esclavagistes, à empêcher Jean-Bertrand Aristide de rentrer (tout simplement en refusant depuis sept ans de lui délivrer un passeport) c’est qu’à son arrivée, des dizaines, des centaines de milliers d’Haïtiens descendront dans la rue pour acclamer leur président. Depuis sept ans, les manipulations, les forces d’occupation, les élections truquées, les assassinats, les mensonges d’une certaine presse, n’en ont jamais effacé le souvenir. Avec Jean-Bertrand Aristide, nous avons souvent, et il y a seulement quelques heures encore, évoqué ce moment que j’espère bien partager avec lui. Très prochainement, peut-être.

mercredi 17 novembre 2010

Remaniement blanc de blanc

Le voilà donc enfin accompli, ce fameux remaniement. Il en ressort un gouvernement dont, mis à part Marie-Luce Penchard, l’homme et la femme d'Afrique subsaharienne ou des Antilles sont bannis, ce qui est à l’image de l’équipe de l’Élysée. Une équipe blanc de blanc comme en aurait rêvé feu Georges Frêche. Une équipe frileuse, obsédée par le souci de ne pas déplaire et de ne pas sacrifier à une prétendue « repentance». Nicolas Sarkozy, comme l'année précédente, était absent des cérémonies de commémoration de l’esclavage le 10 mai 2010. Pour le dernier 10 mai de son quinquennat, le 10 mai 2011, aura-t-on droit à autre chose qu’à la lecture d’un message du président de la République au jardin du Luxembourg qui fera, une fois de plus, l’amalgame entre le crime spécifique contre l’humanité qui a ravagé deux continents et l’esclavage moderne, qui n'a vraiment rien à voir ? Rama Yade, la mouche du coche, s’en va. Même si on ne peut pas dire qu’elle a beaucoup fait avancer les dossiers qui lui ont valu de devenir ministre, ses impertinences juvéniles vont nous manquer. On comprend qu’un gouvernement de droite défende les idées de la droite. Mais pourquoi défendre le pire, l'inacceptable ? Est-ce en feignant de n'avoir pas entendu, voire en cautionnant par un silence inquiétant les propos écoeurants d’un Guerlain que ladite droite se maintiendra au pouvoir en gagnant les élections de 2012 ? La France, épinglée par le haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU pendant l’été 2010, a fait annoncer à Genève un plan de lutte contre le racisme. On l'attend, ce plan mystérieux. Supprimer le ministère associant Immigration et Identité nationale n’est certainement pas suffisant pour éviter à Nicolas Sarkozy d’avoir en 2012 un «nègre» candidat à la présidentielle. Un « nègre » - et pas forcément un «nègre» de service comme ceux auxquels il est habitué- dont les 2 ou 3 % - et peut-être davantage - peuvent peser assez lourd au soir du premier tour.

lundi 25 octobre 2010

Affaire Guerlain : une certaine France sourde et aveugle

Il est édifiant de constater le décalage incroyable entre l’ébullition causée par l’affaire Guerlain, facile à constater sur le web et, certainement, dans les derniers rapports de ventes des produits Guerlain-LVMH qui ont du se ressentir des déclarations racistes, négationnistes et négrophobes de l’héritier Guerlain, et la relative indifférence de la presse mainstream sur ce sujet, déjà considéré comme classé dans certaines rédactions, sans parler du silence assourdissant des politiques. Certains journalistes ne comprennent pas l’ampleur de la réaction, née spontanément sur Facebook, relayée sur Tweeter, et alimentée chaque minute par de nouveaux témoignages. La colère gronde. Les têtes ne se baisseront plus. Le rassemblement organisée par le collectif « Moi non plus je ne veux pas bosser comme un nègre », fort d'un millier de sympathisants sur Facebook et très actif, a été minimisé. Les communiqués ont fait part d’une centaine de personnes. Mais les photos et les témoignages attestent qu’il s’agissait en réalité d’un demi-millier de manifestants, ce qui est beaucoup pour une mobilisation de dernière minute. Un signe qui ne trompe pas non plus, la présence des charognards, en quête de récupération du mouvement. En particulier les émissaires du cabinet noir : trois ou quatre personnes financées par qui-vous-savez, sous couvert de quatre « associations » bidon et répugnantes, se sont précipitées vers les caméras pour lesquelles tous les nègres se ressemblent et qui ont fait leurs offres de services en tentant d’identifier les responsables du mouvement. Le problème, c’est qu’on les reconnaît sur les vidéos, les maladroits. Succulents, les retours d’information avec les nervis habituels qui menacent de casser le mouvement si on ne leur donne pas la première place et qui feraient mieux, pour certains, de s’occuper plutôt de leur prochaine comparution en correctionnelle. Admirables, leurs propositions de jouer les intermédiaires entre le mouvement et Nicolas Sarkozy ou Bernard Arnault. On les aurait préférés plus discrets. Ce que ne comprennent pas tous ces gens de basse police - dont le maître-chien a effectivement été formé dans les officines barbouzardes - c’est que cette fois la coupe est pleine et qu’ils ne contrôleront rien. Dieudonné non plus, dont on espère qu’il n’a rien à voir avec les précédents, ne récupérera que couic et ne réussira pas, cette fois, à faire passer l'affaire pour les gesticulations antisémites d'une bande de singes. Et désolé pour Benoît Hamon, qui a payé samedi - un peu trop à mon goût, soyons honnêtes ! - pour tout les politiques inscrits durant toute la semaine aux abonnés absents. Mais les plus fins observateurs - et en particulier les argus étrangers -ne s’y sont pas trompés. Les jeunes et les femmes étaient là samedi. Et ce n’est qu’un début. L’ère des Pétré-Grenouilleau, Finkielkraut, Zemmour, Carrère d’Encausse, et autre Sevran servis par les médias est bien révolue. Le décès de Frêche, survenu symboliquement peu après que la mairie de Montpellier eut fermé la porte au nez de Guerlain, a étrangement coïncidé avec la fin d'une époque. Le racisme décomplexé a vécu. Les manipulateurs tentent bien de détourner la colère des «nègres» vers France Télévisions, comme si c’était de là que venait le problème. Mais LVMH, où deux conseillers de Nicolas Sarkozy tiennent une place de premier plan, pourra difficilement échapper à l’affaire. Tôt ou tard, les «bamboulas» vont débarquer dans la très respectable avenue Montaigne, numéro 22 (décidément...). Alors, le président de la République retirera-t-il à Jean-Paul Guerlain la Légion d’honneur qu’il lui a remise en 2008 pour la décerner, cette fois, au général Dumas ? Les chiens de garde du cabinet noir vont-ils prendre le risque, s’ils ont été repérés, de venir traîner dans la prochaine manif ? Suite du feuilleton au prochain numéro.

dimanche 24 octobre 2010

Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République le 24 octobre 2010, l’écrivain Claude Ribbe demande à M. Nicolas Sarkozy de retirer la Légion d’honneur à Jean Paul-Guerlain et de la remettre à titre posthume au général Dumas

Lettre à M. Nicolas Sarkozy, président de la République française,

Monsieur le Président de la République

Depuis 2009, une pétition, signée par plus de 6000 personnes, demande que le général Alexandre Dumas soit enfin reconnu, selon son souhait, comme membre de l’ordre national de la Légion d’honneur. Votre attention a particulièrement été attirée sur cette pétition au moment de votre déplacement en Haïti, dont le général Dumas est originaire. Jusqu’à présent, vous avez fait répondre par vos conseillers que ce n’était pas possible parce la Légion d’honneur ne pourrait est attribuée à titre posthume. Le général Dumas, auquel un sabre d’honneur avait été remis par Bonaparte lors de la prise d’Alexandrie en 1798, était pourtant membre de droit de l’ordre national de la Légion d’honneur. Il a demandé à faire valoir ce droit dès 1802. Il a été même appuyé dans son combat contre l’injustice par le beau-frère de Napoléon, le maréchal Murat, ainsi qu’en atteste une lettre de 1806. Depuis 1802, la France refuse ainsi de rendre justice à un brave général, tout simplement parce que c’était un « nègre », le premier général «nègre» de l ’histoire de France. Le seul général, depuis 1802, qui n’ait pas eu la Légion d’honneur. En cette période où le racisme semble la chose du monde la mieux répandue en France, le moment n’est-il pas venu de rappeler que le général Dumas était un « nègre », né esclave dans une colonie française esclavagiste, et que c’est pour cela que la France lui refuse une décoration à laquelle, plus que tout autre, il avait droit ? Au mois d’août 2010, un rapport de l’ONU a mis en garde la France contre certaines dérives racistes, notre représentant à Genève déclarant alors qu’un plan de lutte contre le racisme serait prochainement mis en œuvre par le gouvernement français. Le 15 octobre 2010, M. Jean-Paul Guerlain, arborant fièrement sa rosette d’officier de la Légion d’honneur, mettait en doute, goguenard, sur la principale chaîne de service public, le fait que les « nègres » aient jamais travaillé.

Monsieur le Président de la République, je prends la liberté de poser solennellement, c'est-à-dire devant les Français qui vous ont élu, trois questions :

1/ Vous qui êtes chef des armées, combien avez-vous de généraux «nègres» dans vos armées en octobre 2010, sachant qu’il y en avait plus d’une dizaine, dont le général Dumas, en 1802 ?

2/ Allez-vous refuser de reconnaître que le général Dumas, le premier général «nègre» français dont on fêtera le 250e anniversaire de la naissance, le 25 mars 2012, au moment de la prochaine élection présidentielle française, est membre de droit de la Légion d’honneur ?

2/ Allez vous maintenir cette même Légion d’honneur à la boutonnière de M. Jean-Paul Guerlain qui doute que les «nègres» aient jamais vraiment travaillé, remettant ainsi en cause l’esclavage de ces mêmes «nègres», un crime contre l’humanité dont l’abolition est célébrée, à la demande du Président de la République, c'est-à-dire à votre demande, tous les 10 mai ?

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments très respectueux.

Claude Ribbe

samedi 23 octobre 2010

Guerlain, les « nègres » paresseux et la France qui pue

« La gloire est éphémère, seule la renommée dure » déclarait en 1828 Pascal Guerlain, fondateur de la célèbre et prestigieuse parfumerie initialement installée rue de Rivoli, dans les galeries de l’hôtel Meurice. Pascal Guerlain, le petit parfumeur-vinaigrier, c’est l’ancêtre de Jean-Paul, l’héritier indigne. Cette renommée, sur laquelle comptait l’ancêtre, est aujourd’hui ternie, et pour longtemps, je le crains, par les déclarations racistes et négationnistes d’un homme qui a cru, dans l’ambiance raciste et négrophobe où baignent les élites françaises de 2010, qu’elles seraient de bon ton. En un sens, il a eu raison. Casser du «nègre», en France, on pouvait jusqu’ici le faire en toute impunité. Quels sont en effet les politiques qui ont spontanément condamné les propos insupportables du rejeton de la maison Guerlain ? S’il ne s’était agi de «nègres», n’aurait-on pas assisté à un tollé médiatique, avec une saisine immédiate du parquet par le Garde des Sceaux, et une surenchère de déclarations indignées d’élus de tous bords ? Mais, la, rien. Rien que les gloussements d’Élise Lucet, la journaliste, qui, elle, jure n’avoir rien entendu. Surtout depuis que le CSA, à l’unanimité, a adressé une mise en demeure, reconnaissant par là que les propos tenus étaient inacceptables et que l’absence de réaction appropriée de la journaliste qui recevait M. Guerlain sur une chaîne du service public l’était au moins tout autant. LVMH réalise un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros. Au conseil d’administration ou dans le comité exécutif de ce groupe, aucun «nègre», on s’en doute, mais des personnalités plus «acceptables» telles que Bernadette Chirac, Hubert Védrine, Nicolas Bazire, né en Martinique, je crois, et témoin de mariage de M. Nicolas Sarkozy, ou Patrick Ouart qui, voici quelques mois encore, était le conseiller « justice » du même M. Sarkozy, président de la République française, M. Patrick Ouart, qui a très certainement vu passer la demande, jusqu’à présent non acceptée, d’attribution de Légion d’honneur à titre posthume au général Dumas, appuyée par une pétition de 6000 personnes, majoritairement des «nègres» il est vrai… Retirera-t-on la Légion d’honneur à Jean-Paul Guerlain pour avoir douté devant des millions de Français, que les «nègres», dont le général Dumas, privé de Légion d’honneur par une certaine France, celle qui pue, aient jamais travaillé ? LVMH, ce n’est pas seulement Guerlain, c’est aussi les parfums Christian Dior, c’est Givenchy, Kenzo, Céline, c’est le bottier Berluti, c’est Louis Vuitton. LVMH, c’est encore les marques de champagne Moët et Chandon, veuve Cliquot, Canard Duchêne, très appréciées jusqu’à présent par les « nègres » des Antilles … Les multiples déclarations de LVMH pour tenter de se désolidariser des déclarations de M. Guerlain montrent bien que la réputation du célèbre parfumeur est ternie et que les ventes de la semaine ont dû s’en ressentir. La société de M. Arnault aurait le plus grand intérêt, pour redonner une image moins nauséabonde à la société par elle rachetée en 1994, à faire un geste significatif. Dire qu’on n’a rien à voir avec M. Guerlain, qu’il n’est ni salarié ni actionnaire du groupe, c’est bien. Apporter une contribution significative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage, ce serait mieux. Les « nègres » se réuniront, comme chaque année, le 10 mai 2011, à 18 heures, place du général-Catroux à Paris, devant le monument au «nègre» Dumas, à l’initiative de la mairie de Paris et des amis du général Dumas. M. Arnault et ses conseillers y seront les bienvenus pour montrer qu’ils ne considèrent pas un seul instant que l’abolition de l’esclavage ait pu rendre les « nègres » paresseux.

mercredi 20 octobre 2010

Guerlain se parfume au racisme et au négationnisme

Depuis Port-au-Prince, où je me trouvais vendredi 15 octobre, les propos tenus en direct par Jean-Paul Guerlain, invité du journal de France 2 – « Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… » avaient quelque chose de particulièrement odieux. La France a en effet déporté en Haïti, pendant cent cinquante ans, plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants, laissant près de six millions de morts en Afrique (cinq morts pour un déporté selon les estimations les plus optimistes). L’espérance de vie de ces « nègres » dont M. Guerlain doute qu’ils aient jamais beaucoup travaillé, était de cinq ans en moyenne. Le mot «nègre», dans la bouche de certains Français de la génération de M. Guerlain, renvoie à l’esclavage. D’où l’expression « travailler comme un nègre » ou « nègre littéraire » (celui qui travaille pour le compte d’un autre, lequel ramasse l’argent et les lauriers). L’angle d’attaque de celles ou de ceux - bien rares - qui se sont insurgés : le racisme du propos. Oui, M. Guerlain est raciste, c’est évident. D’abord parce que pour lui les «nègres» formeraient un groupe à part dont il ne pense pas un seul instant qu’il puisse y trouver aucun consommateur de ses parfums. Il a tort. Ensuite parce que ce groupe n’aurait que des défauts. Des tares particulières. La «paresse» des « nègres », coupables de n’en faire jamais assez pour leurs maîtres et de ne pas mourir assez vite au travail : un poncif colonial et esclavagiste répandu dans les esprits européens depuis le XVIIIe siècle. Le «dérapage» est parti de là. M. Guerlain, qui n’a pas l’air d’avoir l’esprit bien délié, flatté d’être encouragé par une interlocutrice complaisante, lâche tout naturellement l’expression « travailler comme un nègre ». Celle de « nègre littéraire » lui a peut-être alors traversé l’esprit, lui qui était venu pour faire la promotion d’un livre qu’il n’a pas forcément écrit tout seul. Ensuite, départ en vrille. Croyant faire un bon mot, comme il en a certainement l’habitude à la fin des dîners, il vient à son esprit gourd l’idée que les « nègres » sont paresseux. Et il se débonde. Le plus surprenant n’est pas le racisme, dans cette affaire. Le racisme, une certaine France - celle qui a le droit de s’exprimer, celle à qui on tend volontiers le micro et dont on approuve les dérives en gloussant -, semble baigner dedans depuis quelque temps. Mais il y a un autre problème. Voici dix ans, la France a voté une loi reconnaissant que l’esclavage des « nègres » était un crime contre l’humanité. En mettant en doute le fait que les « nègres » aient jamais beaucoup travaillé, le «nez» de LVMH conteste un crime contre l’humanité. C’est ce négationnisme désinvolte qui doit être avant tout sanctionné. Quant à Guerlain, la société, dont M. Guerlain, l’héritier, était quand même venu faire la promotion, elle a beau désavouer de pareils propos, il sera difficile pour les « nègres » paresseux de continuer à acheter ses parfums. En ce qui me concerne, « Habit rouge », c’est fini. Au moins tant que Guerlain n’aura pas fait un geste significatif de réparation en mémoire des «nègres» esclaves que l’héritier Guerlain a insultés, comme il a insulté leurs descendants.

samedi 9 octobre 2010

Le mystère de la rue du chevalier-de-Saint-George

On sait que la rue Richepance, à Paris, longue d’une centaine de mètres, est devenue en 2001 la rue du chevalier-de-Saint-George. On sait aussi que la plaque mentionnant cette nouvelle dénomination était , à l’origine, une succession d’erreurs et d’incongruités liées au fait que les édiles parisiens ne s’était visiblement pas adressés, à l’époque, aux bonnes personnes, c’est le moins que l’on puisse dire, pour avoir des informations sérieuses sur le héros. D’abord le chevalier de Saint-George était privé de patronyme. Ensuite on le faisait naître en 1739 simplement parce que les informateurs de la mairie, autoproclamés biographes officiels, s’étaient fondés sur l’acte de décès du chevalier dont l’âge est estimé par erreur à 60 ans en juin 1799, pour en inférer qu’il était donc né en 1739. Des esprits plus déliés auraient compris que le chevalier, étant mort, ne pouvait demander aux officiers de l’état civil du Directoire de préciser qu’il n’avait pas soixante ans, mais seulement cinquante trois au jour de son trépas, puisqu’il était né le 25 décembre 1745, ce qu'attestent au moins trois biographes, au nombre desquels j'ai le plaisir de m'inscrire. Mais comme si cela ne suffisait pas, sur la plaque d’origine, le métier de Saint-George restait vague : «musicien et chef d’orchestre». L’épithète « compositeur » n’était pas venue à l’esprit des rédacteurs. Par ailleurs, sa célébrité d’escrimeur et celle de violoniste, qui lui ont valu aussi de passer à la postérité, disparaissaient. Mais ce n’était pas encore fini. Saint George devenait « colonel de la garde nationale », alors qu’il fut élu seulement capitaine à Lille, mais que ses épaulettes de colonel lui furent en revanche officiellement décernées pas la Convention en qualité de chef de brigade de la légion des Américains et du Midi, futur 13e Chasseurs. Ce n’était pas un titre de complaisance attribué par des camarades, mais le premier grade d’officier supérieur accordé en France par un gouvernement à un afro-descendant. Du coup son rôle fédérateur pour lever et commander une troupe d’Antillais et d’Africains pendant la Révolution se trouvait effacé. Pas de patronyme, six ans d’erreur sur l’état-civil, un emploi et un grade approximatifs. Et surtout aucune allusion aux origines. Pas d’esclavage ni de Guadeloupe. Je ne reviendrai pas sur le choix assez curieux qui consistait à opposer Saint-George à Richepance. J’aurais préféré que la rue Saint-George fût plus longue (pourquoi ne pas débaptiser la rue Bonaparte qui fut plus coupable que Richepance puisque les ordres venaient de lui ?), j'aurais aimé que la rue Richepance devînt rue Delgrès ou rue Ignace. Une rue Ignace, ce n’est pas pour demain. Mais Delgrès a un « passage ». C’est déjà ça. Le 15 avril 2010 j’ai exprimé une fois de plus, lors d’une conférence accompagnant la sortie de mon dernier ouvrage, Mémoires du chevalier de Saint-George, mon sentiment sur la nécessité qu’il y aurait, un jour, de rectifier, en donnant les éléments évoqués ci-dessus. Il semblerait que, depuis, la rectification ait bien été faite, en tout cas sur certain points. Sur une nouvelle plaque, la date de naissance est correcte (1745), Saint-George accède enfin à la dignité de compositeur et de colonel de la légion des Américains et du Midi. Cependant, il perd sa particule, mais en gardant son titre de chevalier. Jusque là, rien de bien mystérieux. Mais là où l’affaire se complique, c’est que la mairie de Paris n’a jamais fait changer les plaques de cette rue, même si elle en a eu le projet, suite à mon intervention. Les plaques de la rue du chevalier-de-Saint-George se seraient donc changées toutes seules et nuitamment. Autre explication : quelqu’un les aurait changées. Les commerçants du quartier se sont offusqués, paraît-il, se la disparition de la particule. Les maires des deux arrondissements concernés, MM. Lebel et Legaret, auraient même déposé une plainte à laquelle le procureur aurait attaché toute l’importance qu’elle méritait. Il y aurait même eu des dénonciations, dont une m’accusant nommément, oui moi, Claude Ribbe, d’être venu avec ma salopette, mon échelle et ma caisse à outils, par une nuit de printemps, à quelques dizaines de mètres du consulat des Etats-Unis, dans le quartier de l'Elysée, et sous la protection de la police, dévisser, revisser et riveter en toute quiétude une fausse vraie plaque d’où deux erreurs auraient disparu pour une troisième ajoutée. On aurait même aperçu le chevalier tenant l'échelle.

On se doute que les enquêteurs n’ont pu découvrir les auteurs de cette curieuse initiative, dont je n’arrive toujours pas à comprendre les mobiles. S’agit-il d’un admirateur de Saint-George, excédé par une telle accumulation de contrevérités sur une plaque de rue ? Est-ce un de mes ennemis, par ailleurs maladivement obsédé par Saint-George, qui ne se serait donné tout ce mal que pour mieux m’accuser ensuite de vandalisme ? Je ne sais. En tout cas j’ai eu l’insigne honneur d’être contacté (très poliment) par un officier de police judiciaire qui s’est cru obligé, après m’avoir appris la curieuse nouvelle, de me faire comprendre que j’avais été dénoncé. Du coup, il se s’est intéressé à mes livres. J’aurai donc gagné un lecteur. Un admirateur, peut-être. Toujours est-il que les plaques ne vont toujours pas et que la mairie de Paris va devoir les remplacer. Il y a peu de chances, cette fois, que les erreurs soient rétablies. Mais au cas où le généreux pourvoyeur de plaques ou le malade mental que Saint-George et moi obsédons à ce point serait prêt à une nouvelle action, je lui suggère cette fois la rédaction idoine, qu’on en finisse.

Rue du chevalier de Saint-George (Joseph de Bologne de Saint-George, Guadeloupe 1745- Paris 1799) Compositeur, violoniste et escrimeur Colonel, en 1792, de la légion des Américains et du Midi.

vendredi 8 octobre 2010

L’"anguille ratatinée" de Napoléon

J’ai été contacté mercredi par une journaliste britannique très sérieuse. Elle s’appelle Shanta Barley et travaille pour la BBC et des revues scientifiques. Curieux : quand ils rédigent un article sur Napoléon, les journalistes anglais n’appellent ni Max Gallo, ni Pierre Nora. Ils n’appellent pas non plus l’excellent Jean Tulard, (plus sympathique que les précédents et beaucoup mieux informé des turpitudes du « petit faquin », le surnom donné à Napoléon par Barras). Ils n’appellent pas non plus Galouzeau de Villepin qui, depuis qu’il a découvert la « diversité » (grâce à sa belle-famille béké de la Martinique ?) a renoncé, paraît-il, à fêter ses anniversaires dans de riches hôtels particuliers de la rive droite avec des nappes brodées à la gloire du boucher de Saint-Domingue (ainsi le 19 novembre 2003, juste avant le coup d’Etat en Haïti, chez Nahed Ojjeh, 11 place des Etats-Unis… si je donne les détails, c'est pour ceux qui n’étaient pas invités). Non, les Anglais, pour Napoléon, c’est toujours moi qu’ils appellent. Donc Shanta m’a joint pour me demander où en était la polémique sur l’authenticité des prétendus restes de Buonaparte transférés aux Invalides en 1840, dix-neuf ans après. Il faut rappeler qu’en 1840, on était sous Louis-Philippe. Pas très disposé à abolir l’esclavage, le roi-bourgeois. Encore moins à effacer la dette des Haïtiens. Mais, sur les conseils d’un plumitif entré en politique, Adolphe Thiers, auteur d’un best-seller sur Napoléon, et futur bourreau de la Commune, il avait décidé de rapatrier la dépouille du petit dictateur raciste. Très bon pour l’image du royaume, Napoléon, disait Thiers. Très bon pour les ventes de son livre, surtout. Seulement, d’après les spécialistes, on n’aurait pas été trop regardant sur l’identité du macchabée. Donc, on ne sait pas trop qui est aux Invalides. Celui devant lequel Hitler s’est incliné en 1940 n’était peut-être pas le bon, qui sait ? Un juif ? Un noir ? un rom ? Pourquoi pas un test ADN ? suggère Shanta. C’est vrai. Naguère, en France, on voulait bien les imposer aux étrangers, les tests ADN. Alors pourquoi pas à Napoléon (qui n’aurait pas été trop français d'après Chateaubriand) ? Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas prendre le risque de découvrir que le locataire des Invalides n’est peut-être qu’un rastaquouère ou un sans-papiers. Pour ma part, j’ai déclaré que Napoléon n’avait rien à y faire et que, mort ou vif, vrai ou faux, il n’était qu’une tragique imposture. Et Shanta de me tuyauter sur un sujet plus scabreux. En 1969, année érotique, comme nous l’a appris Gainsbourg, Christie’s passe en vente un petit objet rabougri et peu ragoutant de moins de trois centimètres de long qui ressemblait à une « anguille ratatinée » selon les uns, à un « vieux lacet de chaussure pourri » selon les autres. Retiré faute d’enchères. On a murmuré plus tard que c’était peut être un trophée prélevé au bon endroit sur l’impérial gisant à Sainte-Hélène par l’abbé Ange Vignali, chargé en principe d’administrer les derniers sacrements à l’exilé, mais qui serait venu avec son couteau suisse pour se couper un petit souvenir. C’est Ali, le valet de chambre de Sa Majesté Buonaparte, qui l’a dit. Et « il n’y a pas de héros pour le valet de chambre» (surtout s’il s’appelle Ali, diraient aujourd'hui certains Français). Pas de héros pour le valet de chambre : la formule, commentée par Hegel, est du satrape corse lui-même. En tout cas le machin, le lacet, la chose, est discrètement repassée en vente en 1997 à Paris et c’est un Américain, cette dois, John K Lattimer, qui s’est porté acquéreur pour compléter une collection, disons, orientée, où « l’anguille ratatinée » de Napoléon viendrait tenir compagnie à des dessins de Hitler et à la capsule de cyanure de Goering. Le collectionneur est mort en 2007, salué par un article du New York Times. Eh bien, si le pénis de l’Empereur est à vendre, je suggère aux admirateurs de Napoléon d’en faire l’acquisition et de le rapatrier pour l’exposer aux Invalides. A moins qu’on ne l’offre symboliquement aux Haïtiens en remboursement des 21 milliards de dollars que la France leur devrait selon certaines estimations, pour le racket de 1825.

jeudi 7 octobre 2010

Fichiers racistes au pays des droits de l'homme

Ainsi donc il existerait, à l’usage de la gendarmerie nationale française, un fichier des « minorités ethniques non sédentarisées», parfaitement illégal, où figurent roms et gens du voyage, les boucs émissaires du moment. C’est le journal Le Monde qui le révèle, et s’en offusque, dans son édition du 6 octobre 2010. La gendarmerie soutient, pour le moment, que ce fichier n’existe pas. Dans la même édition, Le Monde ne manque pas de rappeler que le fichier Stic, système de traitement des infractions constatées (34 millions de personnes citées) aussi appelé « Canonge » du nom du policier marseillais qui, dans les années cinquante, avait eu l’idée de classifier « racialement » ses fiches, s’appuie sur une taxinomie illégale. De récentes tentatives pour effacer cette typologie héritée de Blumenbach et si chère à Hitler n’ont jamais abouti. Seule la mention « gitan » aurait été supprimée. Une partie de la police française prétend qu’il serait impossible d’identifier un délinquant sans savoir s’il appartient au groupe «blanc caucasien, métis-mulâtre, nord-africain-maghrébin » etc. Je me souviens, à l’occasion d’une conférence faite à la demande de la commission des droits de l’homme devant des magistrats du parquet, à l’école nationale de la magistrature, avoir été interpellé assez sèchement, pour ne pas dire plus, par un procureur qui ne comprenait pas que ces distinctions odieuses n’étaient d’aucune utilité. Heureusement, tous ses collègues n’étaient pas de son avis. Ce qui est assez paradoxal, c’est que les journaux qui, aujourd’hui, s’émeuvent de l’existence d’un fichier « ethnique» appelaient naguère de tous leurs vœux l’introduction de ces mêmes critères « ethniques » dans les statistiques publiques (pour mieux lutter contre le racisme, disaient-ils) et continuent à désigner certaines personnes par la couleur de leur peau et avec une majuscule, ce qui démontre assez que l’idée de race humaine, pour certains journalistes non plus n’a rien d’absurde.

jeudi 13 mai 2010

Allocution prononcée le 10 mai 2010 à Paris, place du général-Catroux, pour l’abolition de l’esclavage.

Pour la cinquième année consécutive, après un long silence, la France commémore l’abolition de l’esclavage qu’elle avait institué dans ses anciennes colonies, ainsi que l’abolition de la traite humaine qui alimentait ce système. D’aucuns ne comprennent pas ou feignent de pas comprendre le sens de cette commémoration. Comme si elle ne concernait qu’une partie de la population : celles et ceux qui, Français ou non, ont un nombre d’ancêtres assez significatif pour que l’esclavage laisse encore dans leur vie d’aujourd’hui des traces économiques, sociales, culturelles, morales. C’est vrai que ceux là, qui sont tout de même plusieurs millions en France, dix millions en Haïti, ce qui n’est pas négligeable, sont les premiers concernés. Les Haïtiens, par leur révolution, ont su dès 1802, créer une identité nouvelle et n’ignorent rien de leur histoire. Pour les autres, les Français, dont les ancêtres ont subi le rétablissement de l’esclavage, après une première abolition, la commémoration d’aujourd’hui contribue à réinventer une identité que l’histoire leur a volée. Car, après l’abolition de 1848, l’esclavage a été nie. Comme si tout avait été définitivement réglé et qu’on pouvait tourner la page. Mais comment construire son avenir, sans savoir qui l’on est ni d’où l’on vient ? Si une partie des Français porte encore aujourd’hui les stigmates de l’esclavage, les autres aussi sont concernés. Non pas que les Français qui ne sont pas descendants d’esclaves doivent se repentir de l’esclavage qu’ont subi les ancêtres de certains de leurs compatriotes. Mais simplement parce que l’esclavage a laissé une trace profonde qui concerne la nation tout entière. Tant que cette trace n’est pas complètement effacée, tant que l’esclavage, qui en est la cause, est encore occulté, il faut que l’esclavage soit commémoré parce qu’il produit encore ses effets. Et tant qu’il produit encore ses effets, il n’est pas complètement aboli. Quelle est cette trace ? Il n’est pas bien difficile de l’apercevoir au quotidien. Rien de moins que la discrimination qui frappe encore celles et ceux dont la couleur de peau rappelle les esclaves de jadis. Pas seulement les descendants d’esclaves, les Antillais, les Guyanais, les Réunionnais, mais tous les Africains aussi. La trace de l’esclavage, encore évidente au XXIe siècle, s’appelle le racisme. Il ne s’agit pas d’une fatalité qui serait propre à la nature de l’homme, comme les racistes, qui ne croient pas à la perfectibilté de cette nature, le soutiennent volontiers. Le racisme c’est une conséquence logique de la pratique dont nous commémorons aujourd’hui l’abolition. Pour justifier cette pratique, l’Europe avait en effet déclaré que les victimes de l’esclavage étaient prédéterminées à l’esclavage par la couleur même de leur peau. Ainsi, tout Africain était un esclave potentiel. Pour beaucoup de nos contemporains, cette idée absurde a survécu. Elle transparaît dans le langage, où le « nègre » est un esclave et rien de plus. Pour les Français de l’outre mer ou originaires d’Afrique, cela veut dire : discriminations au logement, à l’emploi, à l’éducation, à la participation à la vie politique, pour les autres, discrimination pour entrer et demeurer sur le territoire français, pour accéder à la nationalité française, Et c’est l’esclavage, oui, c’est l’esclavage, pourtant aboli depuis cent soixante deux ans qui est responsable de tout cela. Comment, dans ces conditions, pourrions-nous refuser d’en parler ? Le déni n’est-il pas une manifestation du racisme, donc encore un effet de l’esclavage ? Ce n’est pas la crainte d’une prétendue repentance qui explique le silence et l’occultation, c’est la croyance que l’esclavage concernerait principalement des hommes et des femmes qui sont méprisés par une certaine élite : politique, économique, culturelle. Leur histoire n’intéresse pas cette élite. Pourtant le racisme est un fléau dont tout le monde peut-être victime. L’esclavage a produit le racisme. Le racisme était d’abord la justification de l’esclavage. Il est devenu ensuite le principe de la colonisation et ce sont toutes les populations colonisées, et plus seulement les Africains subsahariens, qui en ont été victimes. Il s’est enfin appliqué à d’autres populations qui n’avaient jamais été mises en esclavage, qui n’avaient pas été colonisées, mais qui étaient traditionnellement à l’écart, méprisées, persécutées. On a fait de ces populations des « races ». La suite est connue. Oui, tout le monde a été ou peut être un jour victime du racisme. On le voit : si la liberté générale a bien été proclamée d’une manière définitive en 1848, l’égalité et la fraternité sont encore des buts à atteindre plus que le reflet de la réalité quotidienne. Une nation sans égalité, sans fraternité est-elle une nation prospère, une nation heureuse, une nation capable de faire l’admiration des autres nations, capable de solidarité vis-à-vis de nations moins favorisées, surtout quand ces nations sont d’anciennes victimes, comme Haïti, comme les pays d’Afrique dont on célèbre l’anniversaire de l’indépendance ? Certainement pas ! La commémoration de l’abolition de l’esclavage est une manière de parvenir à une autre abolition, bien nécessaire, celle du racisme, et de satisfaire ainsi à l’exigence de liberté et d’égalité inscrite parmi les principes fondateurs, donc fondamentaux de la nation française. Pour commémorer l’abolition de l’esclavage et lutter ainsi contre le racisme, nous avons choisi d’honorer un héros de l’histoire de France, le général Alexandre Dumas. L’occultation de son existence, y compris dans la personne de son fils, le fait qu’il soit privé de récompenses symboliques depuis plus de deux cents ans, montre que le racisme ne frappe pas que les humbles. C’est le signe qu’il est vivace et dangereux. Nous avons besoin, nos enfants ont besoin, la France a besoin, de pareils héros, qui ont triomphé non seulement des ennemis de la République, mais aussi de l’esclavage et qui, par notre combat, triompheront un jour du racisme. Le monument au général Dumas érigé ici, place du général-Catroux, outre qu’il est le seul mémorial parisien à la fois significatif et accessible, puisqu’il est sur la voie publique, nous permet désormais, à travers le général Dumas, de rendre hommage à tous les esclaves, à toutes les victimes du racisme, à toutes celles et à tous ceux qui luttent, chacun à leur manière, pour son abolition, c'est-à-dire, à la majorité des Français. Cette cérémonie est donc juste et nécessaire, comme est juste et nécessaire le combat que nous menons pour la défense de la liberté, l’avènement de l’égalité et de la fraternité entre Français et, d’une manière générale, entre tous les êtres humains.

dimanche 9 mai 2010

Le général Dumas, symbole de l’abolition de l’esclavage le 10 mai à Paris, place du général-Catroux à 16 h 30

L’esclavage a été officiellement aboli en France en 1848. Mais le racisme, qu’il produisit et qui fut le ciment du système esclavagiste, se porte toujours bien. À travers la prospérité de ce préjugé, l’esclavage se poursuit, sous d’autres formes. Inutile de préciser que le racisme vise d’abord les Africains et leurs descendants et qu’il a été étendu ensuite à d’autres catégories d’opprimés pour justifier d’autres oppressions. C’est pourquoi la commémoration de l’abolition de l’esclavage, crime fondamental contre l’humanité, est nécessaire pour montrer à tous que le racisme, qui peut frapper tout individu, quelle que soit sa couleur, n’est que la conséquence d’une forme particulièrement odieuse d’exploitation-extermination fondée sur la couleur et non pas la cause de cette exploitation-extermination. C’est pour justifier la déportation et l’exploitation des Africains qu’on a « inventé » leur couleur, censée, pour les oppresseurs, les unifier dans la différence et l’infériorité. Ce n’est pas parce que le préjugé de couleur était déjà répandu que la déportation et l’exploitation ont pu se produire, c’est le crime qui s’est ensuite justifié par de tels faux-semblants. Lorsqu’ils n’ont pas l’audace d’exhiber ouvertement leurs convictions, on reconnaît les racistes à trois signes : ils affirment l’existence de races humaines, ils déclarent que le racisme est inscrit dans la nature de l’homme, ils cherchent à occulter ou à minimiser le poids de l’esclavage dans l’histoire. Si la réfutation des deux premières affirmations se fait sur le terrain philosophique et épistémologique, ce qui est un long travail de spécialiste, la commémoration de l’abolition de l’esclavage est un des moyens les plus simples pour révéler l’importance de l’esclavage, montrer qu’il est la racine de l’arbre généalogique du racisme et lutter contre ce fléau. Ceux qui cherchent à faire de la commémoration de l’esclavage une journée de promotion de la « diversité » ou d’une couleur particulière sont des imposteurs qui servent en fait le racisme. Tant que le racisme n’est pas éradiqué, ce qui est parfaitement envisageable puisqu’il n’est que le fruit de l’ignorance, la promotion de la « diversité » n’est qu’un moyen supplémentaire de renforcer les discriminations en imposant aux ignorants la croyance qu’il y aurait plusieurs espèces d’hommes. Ce que les racistes avancent comme un remède est une manière de renforcer le mal. La meilleure manière de commémorer l’abolition d’un crime qui est nié ou ignoré, c’est de fédérer la population autour de héros symboliques qui sont encore victimes du racisme, après l’avoir été de l’esclavage. Le général Dumas est, à cet égard, la figure la plus significative. Né esclave en Haïti, il est devenu une figure majeure de la Révolution française, avant d’être victime du racisme d’État soutenu par Bonaparte, qui remit en place le code noir en 1802. J’ai suffisamment démontré la réalité du crime de Napoléon. Il est temps maintenant de rendre hommage à ses victimes. Il y a trois mois, après que ma dénonciation d’un film anti-Dumas, on entendit, à grand renfort de communiqués, certaines voix blâmer principalement le choix de l’acteur censé représenter Alexandre Dumas, ce qui n’était qu’un des aspects du problème. On aimerait bien entendre les mêmes voix appeler aujourd’hui à se rassembler autour du père de l’écrivain, qui inventa ce nom d’Alexandre Dumas. C’est à juste titre que le seul monument symbolisant l’esclavage sur la voie publique à Paris lui est dédié. Seul un héros de ce calibre, seul un monument de cette importance peut rassembler assez de monde pour que le racisme enfin, après l’esclavage, puisse être déclaré crime contre l’humanité. C’est la raison de la journée du 10 mai. C’est pourquoi j’appelle au rassemblement de tous les antiracistes, et particulièrement des victimes du racisme, des descendants des victimes de l’esclavage, mais aussi des victimes de la colonisation, devant les fers brisés symbolisant le général Dumas et à travers lui l’abolition de l’esclavage et du racisme, place du général-Catroux à Paris dès 16 heures 30, le 10 mai 2010.