le Blog de Claude Ribbe

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lundi 23 octobre 2006

Oderint, dum metuant (*)

Quand je n’étais encore qu’un jeune et turbulent potache au lycée Buffon, Blandine Kriegel était prof de philo dans la classe d’ -côté. Évidemment, elle était communiste, car c’était fashionable en ce temps l . Surtout pour un prof de philo. La mode, pour les jeunes filles, était aussi aux bas blancs et, bien évidemment, notre séduisante agrégée, plutôt que des bas bleus, portait des collants immaculés qui s’accommodaient divinement avec ses petits escarpins vernis. Maintenant qu’elle a jeté le communisme aux orties, Blandine, devenue conseillère du président de la République et présidente du Haut comité l’intégration (HCI) est une dame plus que respectable. Elle porte des tailleurs sombres qui s’accommodent admirablement avec le ruban rouge de sa Légion d’honneur. Moi, je suis resté turbulent. La suite va le démontrer. Mais je n’ai rien contre Blandine. Je suis même assez d’accord avec l’interview qu’elle a donnée récemment au Figaro et où elle fait l’éloge de l’universalisme français, ce qui correspond en partie aux idées que je défends. Il se peut, du reste, que les politiques me lisent de temps autre. Je me suis vraiment posé la question il y a quelques jours en découvrant dans Le Monde une interview du Premier ministre qui s’insurgeait contre les statistiques ethno-raciales, reprenant ainsi peu près mot pour mot l’esprit sinon la lettre de L’Ethnie française, un texte qui m’avait valu quelques injures deux semaines plus tôt.

Mais si Blandine dit (parfois) des choses justes, pourquoi s’entoure-t-elle d’imbéciles ou de gens dangereux ?

Je m’explique. On vient de m’avertir qu’un colloque sur l’intégration en politique aura lieu samedi 27 octobre Sciences po. Ce colloque est notamment organisé par le HCI. Au programme, figure en bonne place le sieur Jacky Dahomay.

Dahomay, personne ne le connaît. Sauf sa mère, je suppose, et Blandine, qui l’a fait nommer au HCI. J’espère que ce n’est pas seulement pour faire couleur locale. Prof certifié de philo en Guadeloupe, son insignifiante (et vaniteuse) personne n’aurait jamais attiré mon attention si je n’avais eu l’occasion de le croiser en 2003 Port-au-Prince, occupé (aux frais de la République) prêter main-forte, aux côtés de Régis Debray, de Marcel Dorigny et d’Yvon Chotard, au sabotage du bicentenaire de la première république nègre du monde et un coup d’État contre le premier président élu de ladite république, calomnié, menacé de mort, puis enlevé manu militari. D’aucuns, sans doute, se diront indifférents au sort de Jean-Bertrand Aristide, en exil depuis près de trois ans et toujours menacé de mort. Moi, j’avoue ne pouvoir être objectif puisque je serais - selon l’expression de Stephen Smith (négrophobe de métier, ami de Dahomay et de Régis Debray) - le « laudateur rémunéré » d’Aristide. C’est l un truisme. On savait déj – et bien avant l’affaire Dreyfus - que les défenseurs des hommes injustement accusés sont toujours rémunérés, tandis que leurs détracteurs ne peuvent être que des bénévoles. Même en laissant de côté Aristide, les prises de position de Dahomay et de ses amis commencent devenir gênantes depuis que le rapport Kolbe-Hutson – publié le 31 août 2006 dans la très respectable revue britannique The Lancet et dont on ne peut soupçonner qu’il ait été rémunéré par Aristide – montre que, dans la seule ville de Port-au-Prince, 8000 partisans présumés du président renversé par Bush avec l’appui de la France auraient été assassinés et 35 000 auraient été violés. Selon ce même rapport, la moitié des victimes seraient des mineurs. Pour avoir une idée de la répression menée par le dictateur Latortue, un Américain vaguement haïtien porté au pouvoir par le coup d’État de 2004, il faudrait sans doute multiplier ces chiffres par quatre, puisque les Haïtiens sont quatre fois plus nombreux que les habitants de Port-au-Prince : 32 000 assassinats et 140 000 viols ! J’en connais qui ont de la chance s’ils dorment sans faire de cauchemars.

Mais revenons en France et aux gens civilisés : qui est donc l’invité du putschiste pour cette mémorable journée Sciences Po ?

Stéphane Pocrain ! Que le collègue de Benguigui chez Ruquier, que l’ex-porte parole des Verts (avec lesquels il aurait été en procès pour de sordides histoires de gros sous) fasse des scandales bord des avions d’Air-France pour être surclassé en First et éviter ainsi de voyager avec ses compatriotes antillais de base (que voulez-vous, le bruit et les odeurs…) cela ne m’étonne guère.

Mais que le HCI nous le présente comme une figure de l’intégration en politique, l j’émets un léger bémol. Stéphane Pocrain est l’un des fondateurs du Cran (conseil représentatif des associations noires), le « machin » imaginé pour faire pièce Dieudonné. À ce titre, il développe une idéologie ouvertement raciale. La preuve : N’est-ce pas le même Stéphane Pocrain qui assistait, le 5 juillet 2005, au théâtre de la Main d’or, aux côtés du « fara » Kémi Seba, une réunion de la tribu Ka explicitement « interdite aux blancs, aux juifs, aux arabes et aux asiatiques » ?

__Paris, théâtre de la Main d'Or, 5 juillet 2006, lors d'une réunion de la tribu Ka "interdite au blancs, aux juifs, aux arabes et aux asiatiques", les propos de Stéphane Pocrain semblent captiver l'organisateur Kémi Seba ( droite).__

Peu m’importe ce que Pocrain y a dit. Les faits sont l . Il y était et cela me suffit. Au nom de la race, il s’y sentait sa place. Cette présence honteuse dans une réunion honteuse démontre assez, s’il en était besoin, que le Cran n’est que la version « soft » de la tribu Ka. Elle suffit rendre tout aussi honteuse l’initiative du HCI Sciences po. On voudrait démontrer qu’il existe en France une communauté noire raciste qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Dans quel but ? Donner du grain moudre aux Finkielkraut et autres prêcheurs de haine pétré-grenouillesque ?

J'ose croire que ce n’est pas en faisant la promotion du macoutisme et du racisme que l’on favorisera l’intégration en France.

(*) Peu importe qu’ils me haïssent, du moment qu’ils me craignent.

vendredi 13 octobre 2006

Les historiens révisionnistes ne doivent pas pouvoir se soustraire la Justice

Au printemps 2005, un obscur universitaire nantais, en mal de promotion et de reconnaissance, s’était permis, dans un hebdomadaire de grande diffusion, d’ironiser sur les descendants d’esclaves français, que d’autres, au même moment, traitaient d’ « assistés». Ce fonctionnaire était allé jusqu’ déclarer que la loi Taubira (qui dispose que l’esclavage pratiqué par les Européens est un crime contre l’humanité) était « de nature renforcer l’antisémitisme en France ». Un observateur aussi avisé que l’historien Patrick Manning, professeur l’Université de Boston, n’hésita pas déclarer que les termes de l’interview « vis (aient) clairement la division des communautés d’origine juive et africaine.» Des poursuites ont bien été engagées. Mais certaines associations ont jugé plus prudent de renoncer leurs actions, sous la pression des membres les plus arrogants de l’establishment, habitués depuis longtemps agir en toute impunité puisqu’ils se vantent de disposer de tous les monopoles, y compris celui de la mémoire. Mais ces temps-l sont révolus. Les représentants du peuple français viennent, juste titre, de décider que la négation du caractère criminel du génocide arménien devait être sanctionnée, comme ils avaient plus tôt déclaré délictueuse la négation de la Shoah. En toute logique, il convient, de la même façon, que la négation du caractère criminel de la traite et de l’esclavage transatlantiques soit sévèrement réprimée par la loi. L’impunité dont certains historiens révisionnistes ont pu bénéficier est une insulte insupportable pour des millions de Français auxquels jusqu’ici on a refusé et la parole et la mémoire. Cela ne saurait durer. Olivier Pétré-Grenouilleau, caution historique des extrémistes racistes qui ont sournoisement infiltré l’establishment, mène depuis plusieurs années une démarche visant minimiser le caractère criminel de l’esclavage codifié et rationalisé par les Européens en le mettant en perspective avec la traite pratiquée par les Arabes et une traite "interne" qu'airaient pratiquée les populations subsahariennes. Pour parvenir ses fins, Pétré-Grenouilleau n’a pas hésité - sans risque d’être contredit - manipuler, voire falsifier les résultats des recherches d’auteurs anglo-saxons plus qualifiés que lui, tels que Ralph Austen ou Patrick Manning. Il n’a pas hésité non plus appuyer cette falsification éhontée de l’histoire sur un présupposé ouvertement raciste puisque toute sa démarche se fonde sur une comparaison d’hommes différents vivant des époques différentes, parfois mille ans de distance. Mais Pétré-Grenouilleau, dès la page 20 de son principal ouvrage, s’est estimé en droit de les comparer entre eux sous le prétexte que « c’étaient des noirs ». Ainsi, l’Africain de l’est transporté au Moyen Orient au IXe siècle et voué des tâches domestiques ou la vie militaire est-il, pour l’hagiographe des négriers nantais, comparable aux populations originaires d’Afrique occidentale déportées mille ans plus tard dans les plantations sucrières d’Amérique. C'est comme si l'on comparait la Shoah aux pogroms ! Peu importe : tous les "noirs" se ressemblent. Il s’agit de produire des chiffres pour que des journalistes incultes ou des politiciens dévoyés puissent affirmer que les « arabo-musulmans » et les « noirs » ont été les pires négriers. Une manière comme une autre d’alimenter l’islamophobie et la négrophobie ambiantes. Ces manipulations grossières ont été encouragées par une campagne promotionnelle sur les antennes du service public et l’obtention de prix émanant d’institutions officielles. C’était d’autant plus facile que l’éditeur de Pétré-Grenouilleau appartient lui-même certaines de ces institutions. BIen mieux, le Nantais est aujourd'hui chroniqueur dans un quotidien respectable où il couvre d'éloges les auteurs les plus nostalgiques de la colonisation ! Il est temps d’en finir avec de pareilles dérives. L’impunité dont bénéficient les révisionnistes est une insulte pour des millions de Français. La proposition de loi déposée en 1998 par Christiane Taubira prévoyait l’origine un dispositif répressif. Mais Christiane Taubira dut bien vite y renoncer, comme elle devra bientôt renoncer se présenter l’élection présidentielle pour défendre des idées qui dérangent même son propre camp.

mardi 3 octobre 2006

De la censure et des censeurs

Je viens d’apprendre avec dégoût la censure de mon ami Frédéric Vignale, qui prend le risque de m’accueillir sur son excellent site www.lemague.net. Invité pour enregistrer la prochaine émission de Stéphane Bern, on lui demande in extremis de déguerpir sous le prétexte que sa présence importunerait l’invité vedette, Yann Moix. C’est lui ou Moix ! Je me demande s’il faut davantage blâmer le tocard de l’écurie Grasset ou ceux qui ont cédé ce chantage. Tout cela, bien évidemment, me rappelle les nombreux épisodes de ce genre que j’ai dû subir. La première fois, ça fait très mal. Vignale déclare dans France-Soir (3 ocrobre 2006) que "c’est comme une balle perdue qui vous atteindrait". C’est tout fait juste. Ma première censure d’écrivain, c’était chez Fogiel en 2004. Le président légalement élu d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, avait été déposé par un coup d’État américain (lourdement) appuyé par la France et la plupart des médias hexagonaux aboyaient en chœur contre l’homme qu’il fallait d’abord accuser de la rage pour ensuite mieux lui maintenir la tête sous l’eau. Fogiel m’avait demandé de préparer avec lui une interview d’Aristide. J’avais exigé d’être sur le plateau (en direct) au moment de la diffusion. Paf, la société de production de Fogiel, s’y était engagée par écrit en signant un fax que j’ai prudemment conservé. Fogiel enregistra l’interview en ma présence. Tout se passa bien. Un peu trop bien même, car Aristide répondait avec beaucoup d’humour et d’ -propos toutes les questions évidemment méchantes que Fogiel lui posait, dans le genre : « Êtes-vous un trafiquant de drogue ? Combien avez-vous volé dans les caisses de votre pays ? Êtes-vous l’assassin que l’on dit ? Combien de petits enfants avec vous mangés lors de vos cérémonies vaudou ? » J’exagère peine. Il en ressortit un sujet évidemment favorable Aristide qui passait ( juste titre) pour la victime de l’acharnement médiatico-raciste français. Je m’apprêtais, non sans jubilation, partir pour la Plaine Saint-Denis pour le direct. Un taxi avait même été prévu par la production pour m’y conduire.

Et soudain, mon portable sonne. Un type m’appelle, dégoûté. C’est un jeune journaliste de la rédaction de PAF qui avait passé trois jours monter le sujet. Déprogrammation de Claude Ribbe et du père Aristide ! Ordre de la chaîne, paraît-il.

Un an plus tard, je vais chez mon éditeur Le Serpent Plumes / éditions du Rocher présenter aux libraires mon prochain ouvrage, Le Crime de Napoléon. Après la réunion, un inconnu s’approche de moi, place Saint-Sulpice, alors que je bavarde avec mon éditeur, Christian Séranot (d’origine martiniquaise). L’homme écarte rudement Séranot pour me parler en privé. Il ne s’est pas présenté. D’abord, je le prends pour un pandore encarté au FN :

« - Monsieur, je viens d’assister vote réunion avec les libraires. Eh bien laissez-moi vous dire que je n’aime pas du tout le titre de votre livre, ni la couverture !

- Alors je pense que vous aimerez encore moins le contenu ! mais, au fait, qui êtes vous ?

- Pascal Galodé. Nous venons de racheter la maison d’édition ce matin. Et présent, c’est moi le patron ! Inutile de vous préciser que je ne m’intéresse pas tous les auteurs, mais que je suis particulièrement attentif votre cas »

En effet, Jean-Paul Bertrand venait de vendre Le Rocher le matin même. Craignant que la sortie du livre ne soit sabotée, je trouvai un autre éditeur, Guy Birenbaum, qui accepta avec enthousiasme non seulement de sortir ce livre, mais de publier dès la rentrée un autre de mes manuscrits, Une Saison en Irak.

Christian Séranot fut bientôt remercié. On lui aurait fait comprendre que « Le serpent Plumes n’avait pas pour vocation de publier trop de noirs ». Galodé serait bientôt licencié son tour, non cause de la couleur de sa peau, mais - dit-on - pour incapacité. Le succès du Crime de Napoléon (30 000 exemplaires vendus malgré un dénigrement bien orchestré) ne lui aura pas porté chance.

Troisième censure en septembre 2005, juste avant la sortie d’ Une Saison en Irak (Privé). J’y dénonçais – sous une forme romancée – la torture systématiquement pratiquée par l'armée américaine en Mésopotamie. À cette époque, c’était un sujet vraiment tabou, voire dangereux. J’y évoquais également la disparition d’un journaliste français. Mon récit rappelait l’histoire de Fred Nérac, un compatriote volatilisé près de Bassora au printemps 2003 et très probablement criblé de balles par une cinquantaine de blindés US lors d’une opération où de nombreux civils furent mitraillés. La France n’avait jamais trop cherché Fred Nérac. Elle avait préféré se réconcilier avec Washington sur le dos d’Haïti. Comme on s’en doute, les médias aux ordres ne parlaient guère du malheureux journaliste. Le livre devait être lancé par Ardisson, dans son émission Tout le monde en parle. Après avoir lu les épreuves, il avait demandé l’exclusivité aux éditions Privé. Le 16 septembre 2005, je passai une après-midi entière avec son assistante, Gwennaelle Trillat, pigiste pour la société Tout sur l’écran. Finalement, le sujet fut déprogrammé. Motif ? Madame Nérac ne voulait pas venir sur le plateau pour parler de mon livre. Bizarre exigence : un romancier devant être accompagné de quelqu’un qui authentifie son récit ! Au moment même où je me trouvais avec Gwennaelle Trillat, Ardisson faisait la promotion de son dernier essai sur Europe 1. Et l , il s’en prit violemment un auditeur qui avait téléphoné pour lui rappeler le plagiat qui lui avait valu une condamnation. Furieux, comme on s’en doute, Ardisson reconnut immédiatement en cet auditeur un partisan de Dieusonné ! Comment ? Peut-être avait-il un léger accent. Et l’animateur royaliste, hors de lui, de se féliciter d’avoir pu « torcher la gueule » l’humoriste. Y a-t-il eu un lien entre cet incident et ma "déprogrammation" ? Ai-je été pris – couleur oblige faute d’accent – pour un partisan de Dieudonné ? Toujours est-il que quelques semaines plus tard, Ardisson recevait dans son émission Madame Nérac laquelle personne ne s’était jamais intéressé jusque l . Cette fois, je n’eus pas la chance d’être convié. Du fait de l’exclusivité accordé Tout le monde en parle, je n’eus aucun article de presse et le livre passa absolument inaperçu. Sauf pour le Quai d’Orsay qui publia un communiqué déclarant – deux ans après sa disparition - que des recherches allaient être effectuées pour savoir ce qu’était devenu Fred Nérac…

Voil comment on escamote un ouvrage dérangeant. On pensait sans doute que ce serait la même chose pour Le Crime de Napoléon, trois mois après Une saison en Irak. Mais c’était sans compter sur la presse étrangère (et notamment britannique) qui brisa l’omerta française.

Mais ce n’était pas la dernière fois que je serais censuré. Le succès du Crime de Napoléon (Privé) ne m’avait pas mis l’abri du ciseau et du caviardage. Bien au contraire !

Dans un premier temps, on fut bien obligé de m'inviter pjuisque j'étais cité dans le Daily Telegraph ou le New York Times. On était persuadé qu’il suffirait de lâcher contre moi quelques historiens aux ordres et que la messe serait dite. Mais ce ne fut pas très concluant. D’emblée, l’hagiographe Thierry Lentz avait perdu son sang-froid sur LCI en contestant le fait que les cendres de l’Aiglon étaient entrées aux Invalides portées par des soldats de la Wermacht, ce qui est pourtant attesté par une photographie. « Vous n’y connaissez rien ! s’étranglait-il .»

Alors on décida d’attaquer sous un autre angle : en réduisant mon livre une comparaison Hitler-Napoléon pour essayer de déchaîner contre moi la "communauté" juive. On hurla la concurrence des mémoires (comme s’il y avait un monopole défendre…). J’avais eu le malheur de rappeler - preuves l’appui - que Napoléon était un antisémite de la pire espèce. Ce qui ne l’empêcha d’ailleurs pas de vouloir assimiler les juifs de France. C’est alors que je fus très violemment pris partie par Elisabeth Lévy, Pierre Nora, puis Alain Finkielkraut et même Jean Benguigui qui se déclara juif l'antenne pour tester ma réaction. Comme je ne suis pas antisémite, la tentative de me faire passer pour tel ne prospéra guère. En revanche, chaque lynchage télévisé m’attirait des sympathies (et des lecteurs). Alors, on ne m’invita plus. Sans pour autant se priver de m’attaquer en mon absence. Dans le dos, c’est moins classe, mais tellement commode. C’est ainsi que, le 14 septembre dernier encore, une émission de radio fut organisée sur France Inter par Patrice Gélinet sur le thème « Napoléon et l’esclavage ». Bien sûr, voil qui n’avait rien voir avec mon livre ! Il s’agissait de faire la promotion d’un ouvrage inepte que Thierry Lentz avait bâclé pour répondre au mien. Thierry Lentz, qui ignorait tout du sujet en décembre 2005, aurait réussi la performance de sortir un ouvrage sur la question dès le printemps suivant ! Cinq mois, montre en main ! Non seulement je ne fus pas invité sur France Inter, mais la bibliographie citée excluait bien évidement Le Crime de Napoléon. On pourra le vérifier facilement sur le site de France Inter :

Telle est la manière dont on censure impunément sur les ondes du service public.

Ne me sentant pas une vocation limitée la comparaison Napoléon-Hitler, j’aspirais, bien entendu, m’exprimer dans le débat qui ne manquerait pas de s’ouvrir lors de la commémoration de l’esclavage, le 10 mai 2006, sur une prétendue « question noire ». À cet effet, un contrat avait été signé durant l’hiver précédent avec les éditions Plon pour un essai intitulé Les Nègres de la République, brûlot assez dévastateur paraître le 3 mai. Peu de temps avant la parution annoncée (pour que le livre n’ait aucune chance de sortir temps) Olivier Orban, responsable de Plon, m’adressa un courrier invraisemblable : il avait lu mon texte avec «effarement» ; il ne le publierait pas. Que contenait-il donc, ce livre, qui puisse «effarer» l’éditeur du manuscrit du général Aussaresses (ce qui valut audit éditeur une condamnation pour apologie de crimes de guerre) ? Mettait-il en cause certains amis d’Olivier Orban ? Vous le saurez bien assez tôt en jugeant par vous mêmes.

Le soir du 10 mai 2006, je fus quand même invité par RFI débattre avec le président du Cran, Patrick Lozès, une créature de la Françafrique surgie de nulle part pour faire battre entre eux Africains et Antillais. Mais monsieur Lozès, craignant sans doute que je ne lui « torchasse la gueule » en direct, se déclara – comme l’auteur de Podium - importuné par ma présence. RFI s’exécuta avec zèle et me déprogramma une fois de plus. Mais un journaliste inexpérimenté eut l’imprudence de m’expliquer les détails de cette censure dans un message téléphonique très édifiant qui circula sur le net.

Qui ? Moi ? Paranoïaque ? Mon précédent éditeur, Guy Birenbaum, a récemment déclaré sur son blog être l’objet de « reproches » incessants pour avoir publié Le Crime de Napoléon. D’où viennent ces reproches ? L’éditeur se contente de préciser qu’ils sont le fait « d’ennemis, d’amis, de confrères » dont, sans doute, la publication des noms poserait problème. Ces pressions ne sont sûrement pas imaginaires puisque Guy Birenbaum se croit obligé de préciser, pour se dédouaner, qu’ «  titre personnel », certains passages du livre l’auraient « dérangé ». Tous ceux qui ont vu l’allégresse affichée par le patron de Privé l’époque de la publication du Crime de Napoléon peuvent attester qu’il ne semblait guère « dérangé » par la moindre virgule. Sans doute a-t-il gardé ses reproches par devers lui, le temps de la publication : une délicatesse qui l’honore et dont je le remercie. J’espère juste qu’il m’indiquera un jour les passages… incriminés, c’est le cas de le dire. Guy Birenbaum, qui passe pour un éditeur courageux, se fera-t-il un point d’honneur - passant outre les mots dont on saura après coup qu’ils étaient dérangeants - de publier le manuscrit qui a « effaré » Olivier Orban ? C’est l’avenir qui le dira.

Signalons en attendant le coup d’éclat d’Olivier Pétré-Grenouilleau, historien pour le moins controversé et actuellement poursuivi en justice par deux associations pour ses propos révisionnistes sur l’esclavage et la traite. Il vient d’être embauché par Le Monde des Livres pour assurer – en toute "objectivité" - la chronique des essais historiques. Est-ce un hasard si la première critique de M. Pétré-Grenouilleau (Le Monde daté du 28 septembre 2006) est un éloge appuyé du livre du bien-pensant Daniel Lefeuvre stigmatisant, l’instar de Bruckner, la « repentance coloniale » ? Point de vue bien étrange, pour un homme naguère si chaleureusement défendu par Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et par Lionel Jospin ? Bien évidemment, on ne peut soupçonner Pétré-Grenouilleau d’être partial dans ses critiques ! De fait, en ce qui me concerne, je n’ai pas attendu l’auteur des Traites négrières pour être lynché dans Le Monde. J’ai même réussi la performance d’être quasiment insulté dans un article qui ne concernait même pas mon livre. Ainsi fus-je interpellé par un certain Philippe-Jean Catinchi. Il est vrai que ledit Catinchi se produisait volontiers en faire-valoir de Pétré-Grenouilleau, lors de conférences la Fnac où l’on me réglait mon compte entre amis

(voir ce sujet la relation d’un témoin, Allain-Jules Menye

Catinchi a cru utile de vomir sa bile dans Le Monde des Livres du 3 juin 2006, l’occasion d’un papier, évidemment dithyrambique, qu’il consacrait au livre de Thierry Lentz. Pas de mots assez élogieux pour glorifier l’apologie du criminel esclavagiste signée en catastrophe par le directeur d’une fondation Napoléon financée par… les menuiseries Lapeyre. Oui, celles qui transforment les forêts africaines en bois « exotique ». Lapeyre, y’en a pas deux ? Si, dans les forêts d’Afrique, il y a également la Becob, ex-société de Bernard-Henri Lévy rachetée par Pinault (propriétaire de la Fnac) et au conseil d’administration de laquelle siègerait -dit-on- Olivier Orban.

Alors, Guy Birenbaum défendra-t-il Claude Ribbe, l’auteur qui a assuré, paraî-il, 15 % du chiffre des éditions Privé en 2005 ? Bravera-t-il la censure en osant publier son « effarant » manuscrit, Les Nègres de la République ? Et le courageux Stéphane Bern, l’invitera-t-il, ce Ribbe, dans son émission pour parler de la censure aux côtés, bien sûr, de Frédéric Vignale ? Quel suspense, en attendant !

dimanche 1 octobre 2006

L'ethnie française

Il fallait s’y attendre. Suite au tapage publicitaire occasionné par la sortie du film de Rachid Bouchareb, Indigènes - dont les bons sentiments ne sont sans doute pas mettre en doute - survient une violente contre-offensive des défenseurs de l’ethnie française.

C’est le Figaro Magazine qui a pris l’initiative et consacre sa couverture la promotion du dernier opus de Pascal Bruckner (version soft de Finkielkraut) La tyrannie de la pénitence. Les éditions Grasset, bastion de Bernard-Henri Lévy, producteur (via Thierry Ardisson) de l’émission de Daniel Picouly sur France 5, avaient déj tenté de sortir un ouvrage analogue intitulé la République compassionnelle. Comme ce fut un bide complet, on récidive avec un auteur auréolé, cette fois, du titre de « philosophe », ce qui est censé donner un peu de crédit ses propos de comptoir nuls pleurer (Benguigui, lui, dirait plutôt « nul libérer Mandela »).

Grasset-Fasquelle, le fleuron littéraire du groupe Lagardère, est dirigé par Olivier Nora, neveu de l’académicien Pierre Nora, qui se terre chez lui depuis que je lui ai proposé un duel… Pierre Nora est également l’éditeur de l’historien révisionniste Olivier Pétré-Grenouilleau. Donc tous ces gens m’adorent, comme on s’en doute.

Il est très amusant de voir les noms des brillants esprits convoqués par le journaliste Jean Sévillia (auteur d’Historiquement correct et responsable de ce dossier du Figaro-Magazine) pour étayer les dires de M. Bruckner. Citons en vrac : Gaston Kelman, Denis Sassou-Nguesso et l’inimitable Daniel Lefeuvre, avec lequel j’avais eu débattre aux côtés de Christiane Taubira sur Europe 1 le 10 mai dernier. Après s’être assoupie dans le hall de la radio d’Elkabbach, Taubira avait fini par s’éclipser, me laissant seul face la meute pour défendre sa loi ! L’ennui, c’est que le journaliste m’annonçait sans pour autant me donner la parole. Je réussis enfin la prendre cinq minutes avant la fin… Merci Elkabbach !

Daniel Lefeuvre est l’auteur d’un autre ouvrage cuisiné dans les mêmes officines et publié, lui, par Flammarion : Pour en finir avec la repentance coloniale.

L’angle d’attaque du Figaro Magazine vise bien évidemment le Cran ( Conseil représentatif des associations noires) et sa désastreuse initiative contre le Petit Robert dans laquelle les initiés auront vu une ultime tentative de Patrick Lozès – prêt tout pour une nouvelle veste aux législatives - de survivre après l’échec de son plan visant récupérer la commémoration de l’esclavage du 10 mai 2006 avec l’appui conjoint de la mairie de Paris et de Matignon (histoire de récupérer de l’argent des deux côtés). Au fait, on annonce un voyage du Premier ministre aux Antilles. Pourquoi pas ? Mieux vaut qu’il y aille maintenant plutôt que le 2 décembre (jour anniversaire d’Austerlitz). On remarquera que j’ai donné Philippe de Villiers au moins une idée qu’il a inscrite dans son programme : le rétablissement de la commémoration d’Austerlitz. Et l’ingrat ne m’a même pas remercie ! C’est curieux de voir un Vendéen se découvrir devant Napoléon. Mais c’est comme ça. Il a pourtant de l’humour, Philippe de Villiers… Mais j’y pense : et si tout ce qu’il dit était prendre au deuxième degré ?

L’offensive menée par le Figaro Magazine s’inscrit en tout cas dans la logique de la tentative, appuyée par l’Ined (Institut d’études démographiques) de procéder – la demande du ministre Azouz Begag - des études statistiques « ethno-raciales » de la population française.

Le procédé est assez grossier : on en rajoute dans le racial pour faire bien « communautaire ». Les égarés donnent immédiatement dans le panneau et approuvent, pensant qu’ils pourront grappiller quelque chose. Ensuite, les partisans de l’ethnie française tirent dans le tas en les traitant de racistes, de communautaristes et d’anti-blancs.

C’est ainsi, après avoir saboté le bicentenaire d’Haïti, que l’on a tenté en 2005 de disqualifier les légitimes revendications des Antillais déshumanisés par l’esclavage et des Africains saignés par la traite et la colonisation, en faisant surgir artificiellement une «question noire» dans les médias, version actualisée du nègre au couteau entre les dents roulant des yeux et convoitant la femme blanche. Ce qui est bien pratique avec cette «question noire», c’est qu’elle a l’avantage de faire battre les Antillais et les Africains entre eux. Donc, pourquoi s’arrêter ? De fait, l’émission Envoyé spécial de France 2 s’apprêterait en remettre une couche. Naturellement, je n’ai pas été contacté par le journaliste chargé de « l’enquête », trop occupé qu’il est, j’imagine, par le Cran et la tribu Ka. On attend avec impatience le résultat de ce travail qui sera sûrement aussi objectif et documenté que ce que nous propose le Figaro Magazine de cette semaine. Mais peu me chaut, je n’ai pas la télé.