le Blog de Claude Ribbe

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vendredi 31 août 2007

Ma journée chez les diplomates

La grâce accordé Kenneth Foster est bien évidemment une grande avancée pour les droits de l’Homme et les partisans de l’abolition. Cela démontre également que la réprobation internationale et l’implication des gens de bonne volonté peuvent changer la face des choses. Je suis moi-même intervenu sur mon blog au début du mois d’août, un moment où la torpeur des vacances, même si l'été était humide, n’était guère propide une mobilisation de l’opinion. Je terminais une pièce de théâtre que j’écris sur Delgrès. Le désespoir et la lucidité de mon héros étaient comparables ceux de ce condamné. C’était l’époque où l’on parlait beaucoup des vacances de Nicolas Sarkozy et de sa prochaine rencontre avec le président Bush. Il me semblait que l'entretien pouvait être l’occasion d’attirer l’attention des États-Unis sur la position de la France l’égard de la peine de mort en général et sur le cas de Kenneth Foster en particulier. Ma logique était simple : on veut tuer Kenneth Foster parce qu’il est accusé de n’avoir pas empêché un meurtre en fait imprévisible. En ce sens, nous serions tous coupables si nous ne faisions rien pour empêcher le meurtre, légal et prévisible, de Kenneth Foster. J’en appelais aussi Rama Yade, chargée de la question des droits de l’Homme au quai d’Orsay. Ce texte a fort opportunément été repris et m’a permis de me rapprocher des quatre correspondantes françaises du comité de soutien que j’ai essayé d’aider du mieux que je pouvais. Bien sûr, Kenneth a été informé de ma démarche. L’heure de l’exécution approchait et les nouvelles n’étaient pas bonnes. La direction de la prison venait de découvrir le téléphone portable qui nous permettait de communiquer clandestinement avec le condamné. Ce téléphone lui avait été remis par un gardien opposé la peine de mort. Kenneth, résigné et sans grande illusion, avait déj chargé Fatou, l’une des correspondantes françaises que je soutenais, d’aller en Afrique disperser ses cendres au cas où les choses tourneraient mal. J’avais pris la résolution d’y aller aussi. C'est dire que nous étions désabusés. Ne sachant plus que faire, j’ai adressé mardi au président de la République une longue lettre ouverte qui reprenait mes arguments. Hier matin, informé du transfert de Kenneth Foster sur le lieu de l’exécution, j’ai en outre demandé Rama Yade ainsi qu’ Nicolas Sarkozy de me recevoir en urgence. À ma grande surprise, la directrice de cabinet de Rama Yade m’a appelé en me proposant une rencontre immédiate. Je me suis donc rendu au quai d’Orsay, où Rama Yade occupe des locaux mon avis un peu exigus, dans les anciens bâtiments des archives. J’étais accompagné de Kadia, une jeune correspondante de Kenneth. La dernière fois que j'étais allé au Quai, c'était en 2003 pour donner mon point de vue sur l'attitude de la France vis vis d'Haïti et j'avoue que ça ne s'était pas très bien passé. Mais c'était du temps du ministre-poète qui admirait tant Napoléon.

Cette fois, les diplomates que nous avons rencontrés étaient visiblement de bonne volonté, mais c’étaient quand même des diplomates. Et moi, je n’ai pas la réputation de l’être trop, surtout quand une vie humaine est en jeu. Nous avons appris, ce que des amis m’avaient déj fait savoir, que Rama Yade serait intervenue auprès du gouverneur du Texas. La date de cette intervention ne m’a pas été communiquée. Je ne peux donc dire si elle est antérieure ou postérieure la publication de mon blog. Cette démarche nous a été présentée comme une intervention officielle de la France. J’ai exprimé avec insistance le souhait que cette démarche, un peu trop discrète mon goût, soit rendue publique avant l’exécution, de sorte qu’elle puisse avoir un effet réel sur la décision du gouverneur, ce qui est toujours mieux qu'une indignation posthume. Il m'a été objecté que cela pouvait provoquer un effet contraire ce que nous souhaitions, mais cela ne m'a pas convaincu. J’ai également demandé un signe fort de la part de Rama Yade pour marquer sa désapprobation l’égard de la peine de mort. La publication d'un livre blanc sur les exécutions dans le monde, par exemple. On m'a dit que c'était inutile. J'ai répondu que je le ferais avec mes modestes moyens et qu'on allait bien voir. Nous sommes sortis du ministère un peu déçus et nous nous sommes bientôt retrouvés place de la Concorde où quelques policiers nous attendaient. J’avais pris des dispositions en cas de garde vue. On n'est jamais l'abri d'une bavure. Les pandores étaient plutôt débonnaires, mais c’étaient quand même des pandores. Pas question de s’approcher de l’ambassade. Nous les avons quand même prévenus que si Kenneth était exécuté dans la nuit, gardes mobiles ou pas, il n'était pas impossible qu'il y ait un peu de tapage nocturne. Vers 18 h 30, nous avons reçu un appel du Texas pour nous informer que le comité des grâces avait rendu un avis favorable Kenneth. Restait savoir si le gouverneur suivrait cet avis. C’est ce moment l que l’Élysée m’a appelé. On me proposait un rendez-vous avec un conseiller pour le lendemain, c’est- -dire aujourd’hui. La dernière fois que je suis allé l'Elysée, c'était en 2005 pour plaider la cause du général Dumas auprès de Blandine Kriegel qui, ce me semble, ne s'en souciait guère.

Au même moment, j’ai su que Rama Yade avait enfin communiqué sur cette affaire et adressé un ultimatum au gouverneur du Texas. La nouvelle de la grâce de Kenneth est tombée vers 19 heures. J’ai traversé pied la place de la Concorde pour rentrer chez moi, abandonnant leur joie les défenseurs de Kenneth. Je savais que, la bas, le condamné et sa fille étaient sereins. Vous allez sûrement me demander pourquoi j’ai fait tout ça. Simplement parce que cette histoire avait fini par m’empêcher de dormir. J'ai besoin de beaucoup de sommeil, sans quoi je deviens chagrin, voire colère. Malheureusement, même si Kenneth est sauvé, il est encore en prison et il faut le faire sortir. Et puis, il y a beaucoup de condamnés mort qui auront moins de chance que lui. En un mot, je vois beaucoup de nuits blanches en perspective. Donc beaucoup de lendemains où il ne faudra pas trop me contrarier.

jeudi 30 août 2007

Kenneth Foster est gracié

La nouvelle vient de tomber tandis que je manifestais devant l'ambassade américaine. Le gouverneur du Texas a commué la peine de Kenneth Foster. Suite la forte mobilisation internationale, il ne sera pas exécuté cette nuit comme prévu mais condamné la prison vie. Le gouvernement français serait discrètement mais fermement intervenu dans le sens d'une grâce. Je suis heureux que mon appel ait été entendu et je remercie de tout coeur celles et ceux qui l'ont relayé. Reste maintenant faire libérer un innocent. Mais ce soir, la barbarie a dû reculer. Dors en paix Kenneth !

Au nom de la France, ne laissez pas tuer Kenneth !

Kenneth Foster a été transféré hier soir à Huntsville, lieu où l’exécution est prévue pour cette nuit. Fait rarissime, les détenus de la prison où il se trouvait jusqu’ici se sont révoltés pour protester contre cet assassinat. Des mesures de sécurité exceptionnelles ont dû être prises. Au moment où j’écris ces lignes, le gouverneur Kerry n’a pas encore fait savoir s’il accorde ou non un sursis et je pars au quai d'Orsay plaider la cause de Kenneth auprès du directeur de cabinet de Rama Yade. J’ai demandé ce matin à M. Nicolas Sarkozy, président de la République, ainsi qu’à Rama Yade, secrétaire d’État aux Droits de l’Homme, de me recevoir dans la journée avec Fatou Tirera, qui anime le comité français de soutien à Kenneth, pour solliciter une intervention de la France auprès de George Bush. Ce soit à 18 heures, nous demanderons à être reçus par l’ambassadeur des États-Unis à Paris. Soyez nombreux à nous rejoindre à cette heure là place de la Concorde. Tant de têtes y sont tombées : c'est un endroit symbolique . Nos amis de la presse sont bien évidemment les bienvenus. Si Kenneth est exécuté, il a demandé que nous allions disperser ses cendres en Afrique. Ce serait une honte d’en arriver là sans avoir rien tenté. Au nom de la France, ne laissez pas tuer Kenneth Foster !

mardi 28 août 2007

Lettre à Nicolas Sarkozy à propos de Kenneth Foster

Monsieur le Président de la République,

Permettez-moi d’attirer votre attention sur le sort d’un jeune homme qui va mourir après-demain d’une mort injuste, mais que vous pouvez encore sauver. Ce jeune homme s’appelle Kenneth Foster. Il n’a pas trente ans. Il doit être exécuté jeudi 30 août au Texas. Seule une grâce accordée par votre homologue, M. George Bush, président des États-Unis d’Amérique ou par le gouverneur du Texas, M. Rick Perry, peut arrêter le bourreau. Cette grâce, vous pouvez la demander. Il ne m’appartient pas de juger si vous devez le faire. Mais ce geste serait en tout cas légitime, venant d’un pays comme la France dont l’attachement aux droits de l’homme cimente l’identité et assure le rayonnement. Je me permets donc de solliciter votre intervention dans ce sens. J’espère que vous ne me soupçonnerez pas de communautarisme si j’ajoute que Kenneth Foster est un Afro-Américain et que cette affaire dégouline de racisme. La peine de mort aux États-Unis est, comme vous le savez, une peine sélective qui frappe particulièrement les minorités. C’est encore plus odieux. Kenneth Foster est condamné � mort non pas pour avoir commis un crime, mais parce qu’il serait coupable de meurtre «par association». Les faits remontent � 1996. Il conduisait simplement une voiture. L’un des passagers en est descendu. Un coup de feu a retenti. Le passager est revenu, affolé. Kenneth Foster a démarré en trombe. Un meurtre avait été commis. Kenneth Foster ne pouvait pas le savoir au moment des faits. Encore moins le prévoir. Le meurtrier, un Afro-Américain lui aussi, a été condamné � mort et exécuté. Mais pour le meurtre d’un « Caucasien », comme on dit la-bas, la justice du Texas réclame encore une tête, celle de Kenneth Foster. Je suis opposé � la peine de mort et fier d’être citoyen d’un pays qui partage cette réprobation au point de l’avoir solennellement inscrite dans sa constitution. Kenneth Foster n’était peut-être pas un ange au moment des faits. On l’accuse d’avoir détroussé des passants avant ce meurtre qu’il n’a pas commis. C’est possible. Mais après dix années passées dans un pénitencier américain, j’estime qu’il a assez payé, � supposer qu’il soit coupable de ce délit. Kenneth Foster n’est pas un de nos compatriotes. Mais j’ai lu sous la plume de M. Kouchner, notre ministre des Affaires étrangères, que nous avions un devoir d’ingérence lorsque les droits de l’Homme sont violés en n’importe quel endroit de la planète. L’exécution légale d’un innocent me paraît entrer dans ce cadre. Vous êtes d’ailleurs intervenu naguère pour sauver la vie de femmes qui n’étaient pas non plus nos compatriotes mais qui risquaient, tout comme Kenneth Foster, d’être légalement assassinées. J’ai lu dans la presse que vous aviez d’excellentes relations avec le président des États-Unis d’Amérique et que ce dernier vous estimait. Permettez-moi de vous rappeler, en cette année du bicentenaire de La Fayette, membre de la société des Amis des noirs, que notre histoire nous autorise parfaitement � solliciter la clémence de nos amis américains et � leur rappeler que la République française condamne le racisme, l’injustice et la peine de mort. Ces principes animaient nos compatriotes embarqués pour combattre aux côtés de Washington. Parmi ces Français, il y avait aussi des «gens de couleur», comme on disait � l’époque. J’ai consacré ma vie � rappeler ce genre de détails.

Monsieur le Président de la République, je lis encore dans la presse que vous êtes un père attentionné. En tant que père, j’éprouve moi-même une peine immense � l’idée que Nydesha, la fille du condamné, âgée de 11 ans, et qui n’a connu son père qu’en prison, puisse imaginer qu’il sera exécuté dans 48 heures et que ceux qui pouvaient faire quelque chose n’auront pas bougé. Je suis sûr que vous partagez ce sentiment. Rien que pour elle, votre démarche se justifierait. Curieusement, je suis � ce jour le seul intellectuel français a avoir élevé une protestation contre l’exécution annoncée de Kenneth Foster. Mais j'ai l'habitude de briser les murs de silence � coup de plume. Parfois, je suis remercié � coups de pierres, mais le mur est tombé. Mon cri d'indignation a été entendu par le petit comité français qui s’est spontanément formé et qui me fait aujourd’hui l’honneur d’être son porte-parole auprès de vous. Il a été aussi entendu au-del� de l’océan par des compatriotes journalistes, mais cela ne suffit pas.

Je supplie donc le Président de la République, mais aussi le Français, le père et l’homme, d’intervenir aujourd’hui même pour solliciter la grâce de Kenneth Foster ou, � titre subsidiaire, un sursis d’un an � son exécution.

Cette démarche, si vous acceptez de l’entreprendre, peut ne pas aboutir. Mais ce serait tout � votre honneur d’avoir fait ce geste. J’en éprouverais, soyez en sûr, comme beaucoup de mes compatriotes de toutes opinions, de toutes couleurs et de toutes origines, une immense fierté.

Vous pouvez rassembler tous les Français sur cette seule cause parce qu’elle est juste. Et le monde entier vous approuvera.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon profond respect.

jeudi 23 août 2007

Et si je présentais l'émission de Pascal Sevran ?

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la révolte des esclaves français de Saint-Domingue le 23 août 1791. C'est ce soulèvement qui a permis d'abolir l'esclavage dans toutes les colonies françaises trois ans plus tard. L'Unesco a fait de cette date une occasion officielle pour commémorer l'abolition de l'esclavage. Est-ce pour fêter cette belle journée que la direction des programmes de France 2 a décidé de ne pas renouveler le contrat de Pascal Sevran ? Elle a fort bien fait, en tout cas. Bien entendu, nulle mention n’a été faite, pour motiver cette décision, des propos odieux tenus par l’animateur qui accusait «la bite des noirs» d’être responsable de la famine en Afrique et appelait à «stériliser la moitié de la planète». La moitié sud, évidemment. Pas les pédophiles européens qui font du tourisme sexuel et abusent des enfants d’Afrique ou d'Haïti. J’avais dit le 12 janvier que l’incident n’était pas clos, comme l’espérait pourtant l’animateur dans un article publié la veille dans Libération. Il venait de passer un invraisemblable «accord» avec l’association SOS Racisme pour aller faire un «reportage» en Afrique en guise de pénitence. On n'est pas près d'oublier le nom de ceux qui ont soutenu publiquement Sevran : Bertrand Delanoë, Renaud, Roger Hanin et Jacques Lang entre autres (Sevran ne fut-il pas son conseiller à la Culture ?) . À travers la sage décision de France 2, je vois que le combat que j’ai mené depuis l’hiver dernier pour que Sevran soit mis à la porte de France 2 a enfin porté ses fruits et je m’en félicite. En guise d'indemnité de départ, il a été vaguement question de redonner une émission au bateleur négrophobe, mais pas forcément sur France 2. Je suggère France 3 pour récompenser Pascal Sevran d’avoir déclaré le 8 janvier 2006 dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel diffusée sur cette même antenne que le tourisme sexuel «était une bonne chose pour les pays pauvres». Il ajoutait, goguenard «sinon, qu’irions-nous fait dans ces pays infestés de moustiques ?» Des propos qui ne me semblent pas cadrer avec les actuelles intentions du chef de l’État de lutter contre la pédophilie. France 2 s’interrogeait hier sur l’opportunité de poursuivre l’émission de Sevran en changeant d’animateur. Eh bien, chers amis de France 2, je suis candidat. N’étant ni chanteur ni sportif ni «fils de», il est peu probable qu’on songe à me confier sur l’antenne du service public une émission historique ou culturelle. Alors pourquoi pas une émission sur la chansonnette ? En me chargeant une émission imbécile destinées aux idiots, on aurait la preuve tangible que je ne suis qu'un crétin, comme tous mes congénères bronzés, et que tout ce que je peux dire ou écrire par ailleurs n'a pas de sens. J’en profite au passage pour remercier France Télévision d’avoir repris l’idée que j’avais lancée le 12 décembre dernier lors du colloque sur la diversité (dont je fus, allez savoir pourquoi, le "grand témoin") de diffuser des documentaires ou des fictions en les faisant suivre de débats. C’est lors de ce colloque que Patrick de Carolis, exprimant son indignation suite au propos de Sevran, avait prévu de faire signer une nouvelle clause aux animateurs embauchés, qui prévoyait de rompre leur contrat pour des propos inacceptables, même tenus publiquement hors antenne. Voici deux ans qu'on nous promet de la diversité à France Télévisions. Soyons patients. On vient quand même d'embaucher Max Gallo. C'est déjà un signe.

vendredi 10 août 2007

Terminologie

Communautarisme.

Je n’ai évidemment jamais rencontré une seule personne qui se réclame du communautarisme. C'est un nouveau nom d'oiseau dont sont volontiers gratifiées les victimes de discriminations dès qu’elles sont supposées capables de réagir par rapport ces discriminations. Il est en effet commode de rapporter un groupe celui qu’on veut vilipender tout en lui reprochant de se replier sur ce groupe. Avant, plus simplement, on disait «sale nègre, sale bougnoule, sale juif ou sale pédé !». Maintenant, on dit juste: «communautariste !», ce qui est une manière d’assigner la victime une appartenance – déterminée par un a priori « racial » – et accessoirement de lui reprocher par avance de s’en prévaloir contre d’autres groupes. Ceux qui refusent d’être "noirs", "juifs" ou "pédés" sont particulièrement dérangeants pour la sophistique raciste. Si je refuse d’être "noir", "juif" ou "pédé", comment peut-on dire que je suis communautariste ? Tout au plus dira-t-on que je "divise" ou que je "trahis" ma "communauté".

Hitler-Napoléon

Bizarre : les bonapartises de l’hexagone me reprochent souvent de comparer Napoléon Hitler, mais pas d’avoir comparé Hitler Napoléon. Napoléon aurait combattu pour le Bien contre les forces du Mal ? C’est leur droit de le penser. Mais pour la plupart des Européens - même pour les Corses -Napoléon c’est plutôt un dictateur ridicule et méprisable. Cette opinion est tout aussi respectable que la précédente, même si elle n’était partagée ni par Mussolini ni par Hitler. Au fait, si ne pas aimer Napoléon, c’est ne pas aimer la France, doit-on dire que Hitler et Mussolini étaient francophiles ? Pour alimenter le débat, je renvoie Napoléon, Hitler, Freud d’Ernest Reichl Napoleon and Hitler, a comparative biography de Desmond Seward (un ouvrage qui fait autorité depuis 1988), Il y a aussi Dictators in the mirror of medicine : Napoleon, Hitler, Stalin, par Anton Neumayr (1995). Je recommande également l’ouvrage de Georges Poisson ( paraître New York) Hitler’s Gift to France : The Return of the Ashes of Napoleon II (C'est Hitler qui a rendu la France les cendres de l'Aiglon et - n'en déplaise Thierry Lentz - elles bien sont entrées aux Invalides portées par des nazis en grand uniforme...). On a des photos. Et bien sûr - vanité d'auteur - Le Crime de Napoléon.

Repentance

Pour ma part, l’évocation des horreurs liées au passé expansionniste de la France n’est pas une demande de «repentance». Quand elles sont justifiées, on peut la limite demander des réparations pour réparer un dommage ou un crime. Mais qui serait assez bête pour se contenter de «repentance» ? Pas moi, en tout cas. La vrai question est : y a-t-il ou non un dommage ? Pour moi la réponse est oui. Le racisme, héritage de notre passé esclavagiste et colonialiste, est un dommage. Mieux vaudrait en finir. J'ai des solutions.

Noirs

Je préfère Afro-descendants, diaspora africaine et c.. Méfions-nous de la référence obsessionnelle la couleur, forcément raciste (voir mon dernier livre Les Nègres de la République)

jeudi 9 août 2007

Lettre à mon ami Kenneth Foster

Tu devais souffler ta trente et unième bougie le 22 octobre prochain, Kenneth, avec ta pauvre petite fille qui ne t’aura connu que de l’autre côté des barreaux. Mais il est possible que tu ne la souffles pas car d’ici là le bourreau du Texas, sans état d’âme, t’aura injecté la mort dans la prison où tu croupis depuis l’âge de vingt ans. Qu’as-tu donc fait, Kenneth ? En août 1996, avec trois copains, vous cherchiez un endroit pour aller boire un verre. Tu les avais emmenés dans ta voiture. Il aura fallu que vous vous égariez. Mauriceo a vu Mary, une fille qu’il connaissait, et il est descendu de ta voiture pour lui parler. Seulement, Michael, le petit ami de Mary, était là . Un coup de feu a retenti. De la voiture, tu ne pouvais sans doute rien voir ni entendre. En tout cas rien comprendre. Mauriceo est revenu à la course sans expliquer ce qui s’était passé : il avait tué Michael. Alors, sans réfléchir, tu as appuyé sur l’accélérateur pour déguerpir. Au procès, Jullius, l’un de tes trois passagers, a négocié pour sauver sa peau en déclarant que lorsque Mauriceo est descendu, il était «prévisible» que c’était pour tuer Michael. Et toi, tu serais coupable de l’avoir laissé faire. C’est juste pour cela que le bourreau du Texas va te tuer, toi aussi. Si je ne fais rien, alors que ta mort est plus que «prévisible», ne serai-je pas coupable à mon tour ? Dans mon pays, la peine de mort, en principe abolie par la Convention en 1795, a été réinscrite en 1810 dans le dispositif répressif. Par un dictateur qui s’appelait Napoléon Bonaparte. Il n’aurait été ni ton ami ni le mien, Kenneth, si nous avions vécu en ce temps là . C’est Hamida Djandoubi qui, comme tant d’autres Maghrébins, fut le dernier à y passer, à l’aube du 10 septembre 1977, juste avant l'abolition. Mais chez toi, aux États-Unis, la peine de mort – suspendue pour inconstitutionnalité entre 1967 et 1977 – est toujours en vigueur. Et tu es au nombre des trois mille trois cent cinquante condamnés à mort - dont 660 en Californie et 397 en Floride - qui attendent leur exécution. Dans ton cas, la peine de mort est d’une injustice révoltante. D'une manière plus générale, une sentence aussi barbare est d’autant plus insupportable que, trop souvent, il s’agit d’une grossière erreur judiciaire fondée sur de vagues témoignages. Et puis la peine de mort est aussi le reflet du racisme fondamental qui sous-tend la société américaine. Le racisme, je n’ai pas besoin de t’expliquer ce que c’est. Quatre condamnés sur dix sont, comme toi, des Afro-Américains qui ne représentent pourtant que dix pour cent de la population. La proportion est plus élevée encore pour les exécutions effectives. Dans mon pays, il y a une secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, qui a publié un livre intitulé Noirs de France. Elle a le même âge que toi - trente ans - et, elle aussi, pourrait être ton amie. Si elle me lit, peut-être suggérera-t-elle au président de la République française de demander ta grâce. Je pense que Bush a le pouvoir de te sauver. Ne vient-il pas de gracier «Scooter», le directeur de cabinet de Dick Cheney, condamné pour obstruction à la justice, faux témoignage et parjure, à cause de la guerre en Irak ? En un sens, tu as peut être de la chance, Kenneth, parce que le président français est justement en vacances chez toi, là -bas. J’ai même lu dans les journaux qu’il doit déjeuner après-demain avec Bush. Sans doute parleront-ils d’autre chose que de toi. On dit pourtant que la France est le pays des droits de l’Homme. Malheureusement, Kenneth, je n’assisterai pas à ce déjeuner. Et je ne suis pas secrétaire d’État. Mais on ne sait jamais, il faut garder espoir.