le Blog de Claude Ribbe

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vendredi 28 septembre 2007

Juin 40 : massacres de tirailleurs sénégalais.

C’est rare qu’on parle des tirailleurs sénégalais systématiquement massacrés pendant l’offensive allemande de 1940. Un récent livre de Raffael Scheck - s’il n’est pas exempt de ces travers agaçants qu’on retrouve chez beaucoup d'universitaires dont l'écriture est peu près la littérature ce que la gynécologie est l'amour- a au moins l'avantage de revenir sur cette question peu connue en France et qui mériterait d’être approfondie (voir aussi les études de Peter Martin en langue allemande sur la négrophobie nazie). En juin 1940, au cours de l’offensive, et donc dans les jours qui précédèrent la désormais célèbre visite d’Adolf Napoléon aux Invalides, plusieurs milliers de soldats coloniaux furent assassinés dans des conditions révoltantes par les troupes du Reich. Beaucoup de Sénégalais s’étaient battus avec vaillance, sans ignorer, apparemment, ce qui les attendait s’ils étaient pris vivants. Ceux qui prenaient le risque de se rendre étaient séparés de leurs camarades ou de leurs officiers européens et souvent exécutés sommairement. Les raisons de ces exactions sont clairement liées la propagande raciste de Goebbels. Pour beaucoup de soldats allemands, et pas seulement les plus « nazifiés », les Africains n’étaient que des bêtes sauvages et leur utilisation par les Français « blancs » était une violation des lois de la guerre autant qu’une trahison de la « race » blanche. En fait, ces préjugés étaient souvent partagés par le haut commandement français et par une partie de la population. J’ai le souvenir d’avoir entendu dans mon enfance des femmes de combattants rappeler de quelle manière on les rassurait entre septembre 39 et juin 40 sur le sort de leurs maris mobilisés. « Ils ne craignent rien, disait-on, on a mis les nègres en première ligne». Au-del de cette rumeur, il y avait sûrement un fond de vérité. Sur le thème des combattants subsahariens engagés dans les opérations, on se reportera utilement au film honnête de Pierre Javaux, Les enfants du pays (2005) où malheureusement l’excellent Michel Serrault, peut-être mal dirigé en l’occurrence, ne semble pas au mieux de sa forme, trop soucieux qu’il est, semble-t-il, de jouer son propre personnage. L’idée du film est assez simple : en 1940, quelques tirailleurs se retrouvent isolés de leur unité dans un village en lisière de la frontière belge, au moment de l’offensive. Il ne reste que trois habitants : un vieil homme et ses deux petits enfants qui ne partagent pas ses préjugés. Pierre Javaux semble avoir ignoré le sort généralement réservé aux tirailleurs capturés. Si tel n’avait pas été le cas, il aurait sûrement tiré parti de cet élément pour enrichir le dénouement, par ailleurs intéressant, de son histoire. A propos de cinéma, je recommande l'excellent film de John Ford Sergent Rutledge (1960) récemment réapparu sur les écrans parisiens sous un titre français (involontairement ?) raciste Le sergent noir ! Il ya des gens décidément indécrottables. Dommage, car ce titre imbécile va exactement l'encontre du propos du film.

mercredi 26 septembre 2007

La France doit bannir le mot "race" de sa constitution.

Victorin Lurel, député de la Guadeloupe, vient de demander au Comité Balladur de proposer de supprimer le mot «race» de la constitution française et il a bien fait. Cette démarche doit être encouragée et soutenue par toutes celles et tous ceux qui veulent en finir avec un racisme qui n'est même plus insidieux puisqu'un Français sur tois s'en glorifie. L’article 1er de la Constitution de 1958 dispose en effet que «La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion». Dire que l’égalité devant la loi est assurée « sans distinction de race » valide implicitement l’existence de «races humaines» qui permettraient de distinguer les individus entre eux. Il y aurait une discrimination naturelle que la République, tout en prétendant ne pas en tenir compte légalement, introduit subrepticement. L’idée de race, d’abord principalement fondée sur la couleur de peau, a été construite de toutes pièces pour justifier l’esclavage des Africains et s’est épanouie dans l’Europe du XIXe siècle jusqu’ l’absurde. Ainsi, parmi les «blancs», les nazis en arrivèrent imaginer des hiérarchies menant l où on sait. Dans ces conditions, on aurait pu imaginer qu’après 1945 la notion de race n’avait plus cours. Il n’en fut rien. Cette notion étant le fondement de la colonisation, il fallut bien attendre trente ans pour qu’elle fût enfin officiellement bannie. Ainsi, en 1958 (date où fut adoptée l’actuelle constitution de la France) la notion de race humaine avait encore une valeur scientifique qu’elle n’a plus aujourd’hui. La République était raciale pour justifier son expansionnisme. Comme je l’explique dans Les Nègres de la République (éditions Alphée 2007) c’est la notion de race humaine qui alimente le racisme. Aujourd’hui, cette notion de race n’est plus qu’un terme d’élevage applicable aux animaux. La génétique et l’anthropologie ont démontré qu’il n’y a pas de sous-groupe humain, mais une espèce une et indivisible. Ceux qui prétendent le contraire et soutiennent qu’il y aurait une race noire, une race blanche ou une race jaune sont des ignorants ou des racistes. Souvent les deux. Dans ces conditions, qui pourrait avoir assez de vice pour s’opposer la juste proposition de Victorin Lurel ? Parlons d’origine ou d’apparence physique, mais de grâce, au XXIe siècle, ne parlons plus de race !

mardi 25 septembre 2007

Lettre ouverte M.Nicolas Sarkozy propos du général Dumas et du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'Homme.

Monsieur le Président de la République,

J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur un compatriote injustement oublié par la République : le général Alexandre Dumas-Davy de La Pailleterie, né esclave Saint-Domingue (aujourd’hui république d’Haïti), héros de la Révolution, défenseur des droits de l’Homme, père de l’écrivain français le plus lu dans le monde. En un mot, un Français modèle, mais aussi un modèle d’intégration. Le futur général, engagé comme simple cavalier dans les dragons de la Reine sous le pseudonyme d’Alexandre Dumas, rencontra le 15 août 1789, dans la cour du château de Villers-Cotterêts, l’endroit même où François 1er, deux cent cinquante ans plus tôt, avait officialisé l’usage de la langue française, une jeune fille qui devint une épouse exemplaire, puis une veuve courageuse, attachée défendre la mémoire de son mari. C’est elle qui, sans moyens, éleva le second Alexandre Dumas. Ce nom fut en effet repris par le fils du général. Devenu écrivain, il transposa les exploits de son père dans des centaines de romans et en particulier dans les Trois Mousquetaires, où travers d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, transparaissent assez clairement les figures du général et de ses trois compagnons des dragons de la Reine : Carrière de Beaumont, Piston et Espagne. Que serait l’identité française sans les Trois Mousquetaires ? Que peut-elle être sans le général Dumas ? Il fut le premier Français d’origine afro-antillaise accéder en 1793 au grade de général dans l’armée dont vous êtes le chef, Monsieur le Président de la République, et qui se dit aujourd’hui soucieuse d’ouvrir davantage la carrière d’officier la diversité. N’avons-nous pas l un modèle idéal ? Le général Dumas s’illustra glorieusement pendant les guerres de la Révolution, créant les chasseurs alpins alors que le gouvernement l’avait placé la tête des quarante cinq mille hommes de l’Armée des Alpes, reprenant le Petit-Saint-Bernard et le Mont-Cenis aux Austro-Sardes, démissionnant avec honneur de son poste de général en chef de l’armée de l’Ouest pour ne pas devoir massacrer des civils vendéens, défendant seul le drapeau tricolore sur le pont de Brixen contre un régiment de cavalerie autrichien. L’ennemi l’avait surnommé le « diable noir ». Mais pour ses hommes, c’était un dieu. Pour son ami Bonaparte, c’était l’ « Horatius Coclès du Tyrol ». Dumas accompagna l’armée d’Égypte en 1798 avec le titre de commandant de la cavalerie d’Orient. Mais une brouille avec Napoléon et une longue captivité en Italie mirent un terme cette carrière particulièrement exemplaire. Dumas scella son sort en refusant d‘accompagner l’armée chargée de rétablir l’esclavage Saint-Domingue la fin de l’année 1801. Il fut rayé des cadres et mourut sans récompense au début de l’année 1806, miné par le chagrin que lui causait le fait de n’avoir pas eu l’honneur, comme ses trois compagnons devenus généraux, de participer la charge de cavalerie d’Austerlitz.

Voici ce que dit de lui l’écrivain Anatole France : « Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d'oeuvre auquel il n'y a rien comparer».

En 1838, l’écrivain Alexandre Dumas avait demandé qu’une statue de son père fût érigée Paris, un monument financé notamment grâce une souscription faite auprès de tous les « hommes de couleur » du monde entier. L’écrivain, qui se considérait comme Franco-Haïtien, souhaitait qu’une copie fût offerte en grande pompe la République d’Haïti. Il avait même prévu d’accompagner jusqu’ Port-au-Prince cette statue de son père sur un bateau de guerre que lui aurait fourni le gouvernement français. Son vœu fut partiellement exaucé au siècle suivant. À l’occasion du centenaire de la mort du général, une statue fut en effet érigée sur la place du Général-Catroux, pour figurer aux côtés de la statue du fils du général et de son petit-fils (l’auteur de La dame aux Camélias). La place, qui portait le nom de Malesherbes, fut rebaptisée place des Trois-Dumas. Mais cette statue étant la gloire d’un «sang-mêlé» l’occupant nazi, en 1942, jugea bon, dans sa logique raciste, de la faire disparaître.

En 2001, le président Chirac décida de transférer au Panthéon les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas, ce qui fut fait le 30 novembre de l’année suivante. J’avais profité de l’occasion pour rappeler, travers un livre, Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, l’importance du général et l’injustice faite sa mémoire. M. le Président Poncelet me fit ouvrir les portes du Sénat pour rendre un hommage officiel au père alors même que le fils entrait au Panthéon. Comme vous le savez, l’esclavage a été rétabli dans les colonies françaises le 20 mai 1802, le lendemain du jour où fut créé l’ordre de la Légion d’Honneur. Deux cents ans plus tard, alors que la République s’enorgueillissait du bicentenaire de la Légion d’Honneur (tout en passant naturellement sous silence le bicentenaire du rétablissement de l’esclavage) il me semblait légitime que le général Dumas – privé de récompense cause de ses origines et de sa couleur de peau - fût enfin honoré titre posthume en étant élevé la dignité de grand-croix de la Légion d’Honneur. Cela supposait seulement de changer quelques textes et cela ne coûtait rien. J’adressai une demande dans ce sens M. Jacques Chirac, votre prédécesseur. Ma démarche se solda par un refus. Parallèlement, j’alertai les élus parisiens sur la nécessité de remettre en place la statue abattue par les nazis, dont personne ne se souciait plus depuis soixante ans. Un vote unanime intervint dans ce sens en juin 2002 la demande de M. Philippe Seguin, actuel Premier président de la Cour des Comptes. M. Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, déclara cette occasion qu’il fallait « réparer une diversion de l’histoire ». Le conseil de Paris avait bien décidé de remettre la statue en place, mais aucun crédit n’avait été voté. Le célèbre sculpteur sénégalais Ousmane Sow, après avoir lu mon ouvrage, avait pourtant préparé un projet et suggéré un achat de son œuvre par la ville. J’organisai un déjeuner, le 6 juin 2004, pour que l’artiste rencontre madame Pau Langevin, conseillère du maire de Paris devenue député. Rien ne bougea. L’année suivante, je réussis convaincre Christophe Girard de faire voter les crédits nécessaires pour qu’une nouvelle statue soit érigée, le moule de la précédente étant détruit. La ville de Paris mit alors en place un concours et Ousmane Sow présenta naturellement son projet qui, fort curieusement, n’a toujours pas été retenu. En 2006, la République française aurait dû rendre un hommage exceptionnel au général Alexandre Dumas dont c’était le bicentenaire de la mort. Au lieu de cela, et malgré mes protestations indignées, relayées par une question écrite du sénateur Piras au ministre de la Culture, ce bicentenaire ne fut même pas mentionné au calendrier des commémorations nationales ! En 1906, pourtant, la République avait célébré le héros de Brixen. Heureusement, le département de la Savoie et les chasseurs alpins sauvèrent l’honneur de la France en organisant, ma demande, des manifestations au Petit-Saint-Bernard.

Je m’étonne, Monsieur le Président de la République, d’une telle amnésie l’heure où il me semble urgent de rassembler tous les Français autour de leurs figures emblématiques, sans distinction de couleur, d’origine ou de religion. Récemment, un de mes lecteurs de Montceau-les-Mines, ancien combattant AFN, m’a adressé un courrier touchant qui exprime, j’en suis sûr, l’opinion de la majorité de nos compatriotes. « Je viens de lire votre ouvrage et je suis bouleversé, m’écrit cet homme. Le sort réservé au général Dumas et le peu d’intérêt de la France la réhabilitation de sa mémoire me choquent profondément. J’ai lu sur la toile que vous aviez demandé au président Chirac que le général Dumas soit élevé titre posthume grand croix de la Légion d’Honneur, ce que j’approuve sans réserve… Je me permets de suggérer que cette initiative soit reconduite auprès de l’actuel Président de la République, Nicolas Sarkozy. La France en sortirait grandie. » Ce lecteur a parfaitement raison et sa lettre m’encourage vous écrire aujourd’hui.

Nous allons bientôt célébrer le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Les droits de l’Homme, une idée française. Le général Dumas, opposé la peine de mort, respectueux des civils et des prisonniers de guerre, et surnommé de ce fait par certains guillotineurs de 1793 « Monsieur de l’Humanité » en est l’une des plus glorieuses illustrations.

C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous demander, Monsieur le Président de la République, de contribuer rendre au général Dumas la place qui lui est due dans l’histoire de notre nation et dans la mémoire de nos compatriotes.

Je propose que, pour ouvrir solennellement l’année du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme, la statue abattue par les nazis soit solennellement remise sa place dès cet hiver Paris, place du général-Catroux, face au consulat d’Haïti, au cours d’une cérémonie laquelle serait associée la mairie de Paris et qui serait placée sous votre haut patronage. Devant les troupes assemblées – en particulier la Garde républicaine, dernier régiment de cavalerie de l’armée française et le 13e bataillon de Chasseurs alpins – en présence des enfants des écoles qui auraient congé ce jour-l , en présence aussi de tous ceux qui sont attachés la diversité et aux droits de l’Homme, le Président de la République, en dévoilant sa statue, élèverait titre posthume le général Alexandre Dumas la dignité de grand-croix de l’ordre national de la Légion d’Honneur. Conformément la volonté de l’écrivain Alexandre Dumas, fils du général, une copie de la statue érigée Paris serait offerte la République d’Haïti. Accomplissant la volonté de l’auteur des Trois Mousquetaires, vous pourriez vous-même, Monsieur le Président de la République, accompagner cette statue jusqu’ Port-au-Prince sur le pont d’un de nos bateaux de guerre qui, pour l’occasion, transporterait aussi des milliers d’exemplaires des œuvres d’Alexandre Dumas afin de les offrir aux enfants déshérités des bidonvilles. Mon ami René Préval, votre homologue haïtien, accepterait avec joie, j’en suis certain, cette initiative de rapprochement. Vous seriez le premier chef de l’État de l’histoire de France vous rendre dans l’ancienne colonie où notre pays a déporté un million d’Africains, une ancienne colonie qui s’est révoltée contre l’esclavage et son rétablissement, donnant ainsi une portée universelle la déclaration des droits de l’Homme de 1789; une ancienne colonie qui est devenue indépendante, mais qui n’a jamais renoncé, malgré des blessures encore vives, parler notre langue, celle d’Alexandre Dumas.

vendredi 7 septembre 2007

Rama Yade a eu raison de se rendre Aubervilliers

Certains journalistes recommencent ce matin fustiger le caractère «africain» des bandes de la périphérie. Dans Le Figaro de ce 7 septembre, Christophe Cornevin signe un article intitulé « l’essor des gangs africains dominés par le vol et la violence». « Une dizaine de lascars sont affalés sur les bancs de la salle des pas perdus de la 23e chambre correctionnelle, écrit le journaliste. Agés de 17 22 ans, ils sont dans leur écrasante majorité originaires d’Afrique noire » Comment peut-on savoir que des jeunes gens «affalés» sur les bancs d’un couloir du palais de justice sont originaires d’Afrique «noire» ? Sûrement en se fondant sur la couleur de leur peau. M. Cornevin oublie de nous dire qu’il s’agit de jeunes Français. Des Français comme lui. Des Français part entière. Même s’ils sont accusés d’un délit, rien n’autorise ce journaliste insister sur leurs origines ni sur la couleur de leur peau. Rien n’autorise la rédaction du Figaro choisir un titre qui semble dire que certains Français commettraient plus de délits que d’autres parce que leur origine et la couleur de leur peau les y prédestinerait. Consciente ou non, c’est une incitation la haine et une provocation susceptible de nous ramener deux ans en arrière. Une telle prose ne fait pas honneur au journal de Serge Dassault qui d’habitude est plutôt mesuré dans ses propos. S’il s’agit d’un dérapage, le rédacteur en chef ferait bien de rappeler ce journaliste que les origines et la couleur de peau des Français, quels qu’ils soient, n’ont pas être mentionnées pour les dénigrer. Pourquoi ne pas dire, dans ce cas, que la majeure partie des expulsés d'Aubervilliers et d'ailleurs sont «dans leur écrasante majorité originaires d’Afrique noire» ? Mais l on ne parle que de sans-papiers. À ce propos, je salue la visite de Rama Yade Aubervilliers. C’est tout fait le rôle d’une secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargée des Droits de l’Homme que de veiller au respect des droits de l’Homme, y compris en France lorsqu’il s’agit de ressortissants étrangers. Certes, l’expulsion a eu lieu la suite d’une décision de justice. Mais l’exécution d’une décision de justice doit se faire d’une manière digne et irréprochable. La photo publiée dans Libération qui montre dix-huit CRS mobilisés pour expulser une femme « originaire d’Afrique noire » dirait M. Cornevin, est extrêmement choquante. Six hommes pour tenir une femme qui se débat, cela me rappelle la mésaventure de mon amie Eunice Barber qui vient de me dire au téléphone quel point elle est restée traumatisée. Comment la France, pays des Droits de l’Homme, pourrait-elle défendre ses valeurs dans le monde si elle n’est pas irréprochable ? Comment Rama Yade pourrait-elle être crédible pour jouer son rôle d'ambassadrice des droits de l'Homme dans le monde entier, par exemple en intervenant auprès du gouverneur du Texas comme elle l’a fait publiquement la semaine dernière pour éviter l’exécution de Kenneth Foster, si au même moment la France donne au monde entier le spectacle affligeant d’un acharnement manifeste contre la population «originaire d’Afrique noire», le tout accompagné de commentaires journalistiques utilisant une rhétorique racialiste d'un autre âge ? Non, monsieur Cornevin, les descendants des tirailleurs sénégalais qui ont versé leur sang pour que vous rédigiez vos articles librement en français et non pas en allemand après censure ont droit un minimum d'égards.

jeudi 6 septembre 2007

Lu dans la presse : des bandes « ethniques » aux mollets de singe envahissent Paris !.

Une rue du XIIIe arrondissement de Paris porte depuis 1899 le nom d’Abel Hovelacque. Je m’étonne qu’aucun maire, fût-il témoin de moralité de Pascal Sevran, ne s’en soit jamais ému. Qui était Abel Hovelacque (1843-1896) ? Un élu parisien du XIIIe arrondissement, prédécesseur du député-maire PS actuel (Serge Blisko). Certes, mais encore? Un anthropologue et linguiste. Cela ne suffit pas. La vérité (pas bonne dire) c’est qu’Abel Hovelacque fut le fondateur officiel de la négrophobie française. Plus fort encore que Voltaire, Hovelacque. Je vous recommande sa Communication sur les races inférieures (1880, imprimerie nationale!) ou Les nègres de l'Afrique sous-équatoriale (1889). Quelques morceaux choisis: «le nègre a un mollet de singe» ou encore « certains nègres ne paraissent pas entièrement redressés». En lisant Abel Hovelacque, j’apprends ainsi que le pied du nègre, la différence de celui du blanc est destiné grimper aux arbres. Cher Abel Hovelacque, merci pour cette information. Il y a un acacia dans la cour de l'immeuble et des platanes qui bordent le boulevard adjacent. Tout l'heure, je tente l’aventure : promis juré ! Je laisse tomber le Vélib. En attendant, il semblerait qu’Hovelacque ait fait des émules parmi les journalistes français qui depuis hier ont décidé qu’il y avait des «bandes ethniques» descendues des baobabs de nos banlieues pour terroriser les Parisiens (et en particulier ceux de la rue Abel-Hovelacque).

Quiconque a pris le RER D a pu constater que les passagers n’y ressemblent guère aux clients du café de Flore. Peut-on dire que ce sont des passagers et des clients «ethniques» ? Depuis quarante cinq ans, des politiques vicieux ont relégué les Français originaires d’Outre-mer et d' Afrique dans des banlieues de misère, parfois avec la motivation cynique de s’y constrituer un réservoir électoral. Difficile, dans ces conditions d’y former des bandes qui ressemblent celles des beaux quartiers. De ces bandes-l , la presse dirait-elle qu’elles sont «ethniques» ? Je n’ai jamais lu de telles qualifications propos, par exemple, des supporters racistes du PSG. Et si, de ces foutriquets, le triceps sural (tel est le nom du muscle du mollet) n’est pas hypertrophié, on dira qu’ils ont des mollets de coq, pas de singe. Que se passe-t-il donc pour que des journalistes éprouvent le besoin compulsif de qualifier d’ «ethniques» des bandes de jeunes Français de banlieue ? Je rappelle que le mot «ethnie» a été inventé par Vacher de Lapouge, l’un des théoriciens du racisme français. Il est clair qu’il est utilisé par certains journalistes pour désigner ceux qui n’ont pas la même couleur de peau qu’eux et qui, donc, sont supposés différents, pour ne pas dire inférieurs. Donc, pour les racistes soucieux de ne pas se faire épingler, "ethnie" est aujourd'hui une manière polie de dire "race". Quant aux gros mollets, depuis la seconde moitié du dix-huitième siècle, dans les pays esclavagistes, il semble qu’on en ait fait un critère de beauté pour les messieurs, qui pensaient ainsi se démarquer des esclaves « ethniques » aux mollets simiesques. Bien entendu, comme les gros mollets ne sont pas forcément une affaire de couleur de peau, les mâles blancs de peau aux mollets de coq se glissaient des faux-mollets sous leurs bas pour faire plus joli et Alexandre Dumas, victime des préjugés de son époque, se croyait obligé de déclarer dans ses Mémoires que son père (le général Dumas, un officier des plus «ethniques») avait des mollets aussi gros que la taille de sa mère. En résumé : je conseille aux jeunes de banlieue qui veulent entrer dans Paris (et en particulier ceux qui souhaitent se promener tranquillement dans la rue Abel-Hovelacque) de bien se poudrer le visage et, s’ils sont de sexe masculin, de ne pas oublier de mettre des faux-mollets dans leurs chaussettes. De cette façon, ils ne seront pas repérés comme « ethniques » par les journalistes racistes qui patrouillent gare du Nord en quête d'incidents. Quant aux filles de toutes couleurs aux mollets atrophiés, je les rassure: le fait d’avoir de gros jambons qui dépassent de la jupe n’est pas encore reconnu comme un critère de beauté. En tout cas, si demain, vous apercevez une silhouette qui saute de platane en platane avec agilité, ne vous inquiétez pas : ce n’est que moi. Merci Abel Hovelacque !