le Blog de Claude Ribbe

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jeudi 29 novembre 2007

Merci

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont signé la pétition en faveur de la statue du général Dumas par Ousmane Sow. Des écrivains comme Raphaêl Confiant, Ernest Pepin, Marcel Zang, ou Guy Konopnicki, des éditeurs courageux que je ne citerai pas, mais qui se reconnaîtront (comme il y en a peu, ce sera facile), des journalistes, des responsables associatifs, ont ajouté leur nom à une liste de signataires qui s'allonge chaque jour. Symboliquement, nous avons décidé de déposer la pétition sur le bureau du maire de Paris à la millième signature (ce qui ne nous empêchera pas de continuer à en recueillir). En cas de mauvaise volonté du maire, nous passerions à la phase B de notre campagne, moins "attendue", comme dirait Christophe Girard (maire adjoint de Paris chargé de la Culture et donc de ce dossier). Certes, nous sommes à près de 700, ce qui n'est pas rien en deux semaines s'agissant d'un homme qu'on s'efforce de tirer de l'oubli. Mais il faut faire très vite. Si chacun d'entre ceux qui n'ont pas encore signé le faisait dès à présent et contactait une ou deux personnes de sa connaîssance sûres de signer, l'affaire serait bouclée avant la semaine prochaine. Alors, je vous en conjure, signez et faites signer cette pétition, maintenant.

La presse commence à s'intéresser à notre combat. Hier, nous avons un excellent article dans le journal Le Parisien (édition de Paris). Il mettait en évidence l'embarras de la mairie pour se justifier. Christophe Girard, que pourtant j'aime bien, n'était guère convaincant en expiquant à la journaliste qu'il n'aime pas le projet d'Ousmane Sow par ce qu'il est "trop dans l'évidence du message", parce qu'"un cheval qui se cabre, c'est beaucoup trop attendu". Je te signale au passage, mon cher Christophe, que le projet, que peut-être tu n'as pas bien regardé, ne représente pas un cheval "qui se cabre", mais un cheval qui tombe, ce qui n'est pas du tout la même chose. Un cheval qui tombe et qui va mourir, avec un homme qui se cabre pour essayer de le retenir. Peut-être n'as tu jamais vu un cheval tomber, Christophe. Moi oui. J'ai vu des chevaux tomber. Parfois, il sont tombés sur moi. Parfois ils sont tombés pour mourir et ce n'était pas "attendu". J'attendais vraiment mieux comme réponse. Christophe Girard dit aussi qu'il ten ait à "éviter la précipitation" . Depuis presque six ans que ce projet de statue a été voté par le conseil de Paris, parler de précipitation relève d'un humour assez particulier ou d'une méconnaissance totale du dossier. Et même si la décision avait été prise hier pourquoi ne pas se précipiter ? Donne-moi une seule raison, mon cher Christophe, une seule ! Tu n'aimes pas Ousmane Sow ? Tu préfères l'art conceptuel ? Alors dis-le, mais ne nous prive pas d'un chef-d'oeuvre parce que tu veux imposer tes goûts aux autres. Je te croyais plus tolérant. Le pouvoir, décidément, ne réussit à personne...

mercredi 21 novembre 2007

Les fonctionnaires racistes de l’INED et de l’INSEE doivent être exclus de la fonction publique française.

Enfin une bonne nouvelle. Malgré le forcing de certains négrologues-journalistes, comme Patricia van Eeckout du Monde, le Conseil constitutionnel a rejeté l’introduction du comptage raciste de la population française que préconisait une poignée de fonctionnaires de l’INED (Institut national d’études démographiques) et de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). L’amendement subrepticement introduit par les députés français qui ont une vision de la société conforme au temps de l’esclavage est donc jeté la poubelle par les juges suprêmes. C’est une grande victoire pour tous ceux qui, au nom d’une vision universelle et fraternelle du monde, se sont battus jusqu’au bout pour que la taxinomie raciste faussement présentée comme une manière de lutter contre les discriminations ait force de loi en France. Ceci étant, une enquête – désormais ouvertement déclarée raciste par le Conseil constitutionnel - est en cours l’INED et l’INSEE. Cette enquête menée par des universitaires qui profitent de leur situation pour diffuser leurs odieux préjugés, doit être immédiatement arrêtée. Quant ces fonctionnaires qui prônent le racisme, ils n’ont rien faire dans la fonction publique.

vendredi 16 novembre 2007

Statistiques racistes

Il en aura fallu du temps pour que l’introduction officielle du racisme dans les statistiques par certains fonctionnaires de l’INED et de l’INSEE, soutenus par quelques journalistes qui se moquent bien de l’objectivité qu’on serait en droit d’attendre d’eux, suscite enfin quelques réactions. Cela fait un an que j'en parle. Mais, que voulez vous, l'information est lente remonter dans certains cerveaux. Compter les "noirs" : Napoléon l’avait déj fait en 1807, dans la perspective d’une expulsion. Après les avoir fichés, se prépare-t-on aujourd’hui expulser tous les « noirs » de métropole aux Antilles pour proclamer ensuite l’indépendance des DOM ? Cette « émigration choisie » serait, certes, une manière radicale de préserver l’identité française. J'imagine Finkielkraut sautillant avec sa pancarte sous mes fenêtres et scandant avec Bruckner : " Les noirs aux Antilles ! Les noirs aux Antilles !" Tandis que Libération, quotidien naguère fort enclin ficher des «noirs», a enfin changé de cap, Laetitia Van Eeckout du Monde continue mener la croisade qu’elle a engagée depuis deux ans en toute impunité pour le fichage raciste de la population française et pour la promotion des associations chargées de soutenir cette démarche honteuse menée en faveur d’un petit lobby qui y a le plus grand intérêt. Dans des articles révoltants, sous prétexte d’informer les lecteurs de son journal qui, pour la plupart, ne comprennent rien ce débat, cette jeune femme – Dieu sait pourquoi – explique que les «noirs» sont noirs et qu’ils doivent être fichés comme tels. C’est pour leur bien aussi qu’elle fait régulièrement la promotion de Pap Ndiaye, le maître de conférence désigné par l’establishment dès 2003 dans le cadre d’un plan soutenu au plus haut niveau pour accréditer les thèses racistes et révisionnistes d’Olivier Pétré-Grenouilleau (l’homme qui rend les Africains responsables de l’esclavage et de la traite) ou de Patrick Lozès (chargé d’un rapport sur l’empoisonnement de la Martinique alors qu’il ne sait peut-être même pas où ça se trouve simplement parce qu’il serait « noir»). Que voulez-vous, pour un raciste, il suffit d’être un bon « noir » pour être compétent sur les «noirs»… La négrologue-statisticienne en chef du Monde nous annonçait encore voici quelques jours – non sans rage - que Pap Ndiaye termine un livre «sur l’histoire des populations noires en France». Voil deux ans qu’elle nous prédit cet ouvrage qui tarde forcément venir puisqu'il n’est pas du tout dans les compétences - limitées au demeurant - de ce jeune homme providentiellement « noir » ! On imagine quel point ça arrangerait Mme Van Eeckout que le torche machin paraisse enfin. Elle en trépigne, mais on ne voit rien venir et c’est assez attendrissant, au fond, de la voir se démener ainsi pour son petit protégé. Madame Van Eeckout, autoproclamée «négrologue» au Monde semble plus l’aise pour vanter les livres qui n’existent pas encore, mais dont on sait par avance qu’ils vantent l’idéologie raciste mainstream, que pour rendre compte de ceux qui sont bien imprimés, mais vilipendent les superstitions du moment, Les Nègres de la République, par exemple. Il n’est pourtant pas si loin, le temps où Van Eeckout harcelait mon attachée de presse pour obtenir les épreuves de ce livre. Pas pour en rendre compte dans les colonnes de son journal – Oh non : omerta sur Les Nègres de la République et omerta du le livre d’Odile Tobner sur Le racisme français - mais plutôt pour informer ses amis de ce que je disais d’eux… En fait, je ne parlais même pas de Pap Ndiaye qui est bien trop insignifiant. Joli métier, décidément, que le métier de négrologue. Il faut croire en tout cas, que ma plume inquiète.

lundi 12 novembre 2007

Pétition adressée à Bertrand Delanoë, maire de Paris sortant,

Monsieur le maire,

En 1838, l'écrivain Alexandre Dumas demandait qu'une statue de son père, Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, dit Alexandre Dumas (1762-1806), héros de la Révolution, premier général français d'origine africaine, défenseur acharné des droits de l'Homme, né esclave dans l'île française de Saint-Domingue (aujourd'hui République d'Haïti) fût érigée à Paris. Ce qui fut fait pour le centenaire de la mort du général, suite à une campagne menée notamment par l’écrivain Anatole France.

En 1942, par racisme, la statue du général, qui se trouvait place des Trois-Dumas (aux côtés des statues de son fils et de son petit-fils), face au consulat d'Haïti, fut abattue par l'occupant et les collaborateurs.

Après la Libération, la place des Trois-Dumas fut rebaptisée place du général-Catroux, grand résistant et grand soldat, certes, mais aussi gouverneur général de l'Indochine française et ministre résident en Algérie française…

En 2002, l'écrivain Claude Ribbe, auteur d'"'Alexandre Dumas le dragon de la Reine'' et président-fondateur de l'association des amis du général Dumas, a engagé une campagne pour la réhabilitation du général Dumas et pour la remise en place de sa statue, dont le conseil de Paris a voté le principe à l'unanimité au mois de juin 2002.

Bouleversé par la lecture du livre de Claude Ribbe, qui relatait la vie du général Dumas et par l'ingratitude de la République francaise, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow avait ébauché un magnifique projet, présenté à votre collaboratrice, George Pau-Langevin, aujourd’hui députée de Paris, le 6 juin 2004.

Malgré les nombreuses relances de Claude Ribbe, vous avez laissé passer le bicentenaire de la mort du général Dumas, le 26 février 2006, sans faire remplacer la statue érigée par la ville de Paris à l'occasion du centenaire, en 1906…

Malgré les propos de Christophe Girard qui déclarait en 2002 qu’il fallait en remettant à sa place la statue du général « réparer une diversion de l’histoire », rien n’a été fait. Une commission aurait même trouvé le projet d’Ousmane Sow « médiocre », ce qui est d’autant plus inquiétant qu’il n’y aà Paris aucune statue de cet artiste que vous prétendez pourtant admirer et qui a suscité l'enthousiasme de 3 millions de Parisiens lors d'une exposition sur le Pont des Arts organisée en 1999. Même si, à l'époque, vous n'étiez pas maire de Paris, êtes-vous vraiment sûr que le goût de ces 3 millions d'hommes et de femmes ne vaille pas celui des membres des commissions chargées de vous donner des avis ? Au moment même où vous occultiez le bicentenaire d’un Français aussi emblématique que le général Dumas, auquel votre ville avait pourtant su rendre hommage en 1906, vous exprimiez publiquement votre soutien à Pascal Sevran qui approuvait le tourisme sexuel et exprimait son racisme de la manière la plus grossière et la plus honteuse.

Nous vous demandons aujourd’hui de clarifier immédiatement votre position en retenant l'excellent projet présenté par Ousmane Sow, qui, non seulement a été le premier à s'intéresser au général Dumas, mais qui, mieux que tout artiste, est particulièrement sensible à ce que la remise en place de sa statue peut représenter pour la France, pour l’Afrique et pour sa diaspora.

En ces temps où une certaine France exhibe volontiers sa négrophobie, il vous est facile de prendre de toute urgence les dispositions utiles pour que la statue du général Dumas par Ousmane Sow puisse être inauguré le 26 février 2008, jour anniversaire de la mort du général Dumas. Pour célébrer le 60e anniversaire de la déclaration universelle de Droits de l'Homme (1948-2008), une copie de cette statue du général, réalisée en Afrique par Ousmane Sow, sera ensuite offerte par l’association des amis du général Dumas à la République d'Haïti, accompagnée de livres de l'écrivain, son fils, destinés aux enfants déshérités des banlieues de Port-au-Prince.

Premiers signataires :

Claude Ribbe, écrivain, président-fondateur de l'association des amis du général Dumas, membre de la CNCDH. Pour soutenir l'action de Claude Ribbe et transmettre cette pétition à M.Delanoë, merci de la signer en cliquant ici Une statue d’Ousmane Sow à Paris pour le général Dumas !

dimanche 11 novembre 2007

Les partis pris du Monde : incroyable des Guadeloupéens vêtus à l’européenne !

Je voudrais féliciter Le Monde des Livres du 9 novembre 2007 et en particulier le journaliste Jérôme Gautheret, qui poursuit dans ce journal une carrière de négrologue dont j’espère qu’elle lui rapportera, comme à Olivier Pétrè-Grenouilleau, son confrère du Figaro, récompenses, considération et contrats juteux chez les meilleurs éditeurs (Grasset ou Gallimard par exemple) ainsi que des places dans les jurys littéraires. Os de poulets os de pigeons, sans parler de maintes caresses… Jérôme Gautheret, dans un « dossier » consacré aux « blessures » de l’esclavage, se garde bien, on ne s’en étonnera pas, de faire mention de mon dernier ouvrage, Les Nègres de la République –censuré puis passé sous silence - de même qu’il se garde bien évidemment de citer l’admirable livre d’Odile Tobner, Quatre siècles de racisme français (éditions des Arènes). Il réussit par ailleurs un véritable tour de force en relatant les événements liés au bicentenaire d’Austerlitz en décembre 2005 sans me citer ni citer mon livre Le Crime de Napoléon. Un cas d’école journalistique. On apprend ainsi que des associations de descendants d’esclaves sont parvenues, en décembre 2005, «à perturber les célébrations officielles du bicentenaire de la victoire napoléonienne à Austerlitz». Faut-il rappeler qu’il n’y a jamais eu de célébrations officielles du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, au grand dam des admirateurs de Napoléon et que la seule « perturbation » était mon livre dont la publication avait dissuadé le Premier ministre de l’époque de se rendre à une manifestation privée organisée place Vendôme ? Ce livre, on pourrait penser que Jérôme Gautheret de l’a pas lu. Pourtant, c’est le même Jérôme Gautheret qui écrivait ces lignes dans Le Monde daté du 1er décembre 2005 à propos du Crime de Napoléon , sans jamais préciser, me semble-t-il, qu’il s’agissait d’un pamphlet :

« Le récit de l’auteur est alerte et accablant. Mais ses partis pris créent vite un certain trouble. Ainsi de l’utilisation systématique et anachronique du terme "génocide" pour qualifier la répression qui s’abattit sur les population des Antilles : les exactions furent d’une violence extrême, mais rien ne démontre l’existence d’un "plan d’extermination" secret derrière les ordres lointains de Bonaparte. Par ailleurs, d’autres formules provoquent le malaise. Sous la plume de Claude Ribbe, les prisons qui accueillent les prisonniers déportés deviennent des "camps de concentration", les cales des bateaux dans lesquelles des hommes et des femmes périrent par étouffement, après avoir été intoxiqués au souffre, sont appelées "chambres à gaz"… »

Gautheret me reproche donc mes partis pris le 1er décembre 2005. Mais le 9 novembre 2007, pour saluer un livre de Philippe Régent publié par Grasset, l’éditeur de Pascal Bruckner, il le félicite de son parti pris. Un compliment des plus maladroits, car on pourrait supposer qu’un historien de métier (c'est-à -dire financé par nos impôts) n’a pas de parti pris. Alors, quel est donc ce bon parti pris qui serait aux antipodes de mes partis pris à moi ? C’est tout simple : Frédéric Régent se déclare « à la fois descendant d’esclaves et de colons». Donc un livre sur l’esclavage qui ne serait pas écrit par un auteur descendant de colons est taxé de mauvais parti pris par Jérôme Gautheret et par Le Monde. Nous en prenons bonne note. Mais ce qui est curieux, c’est qu’il me semble n’avoir jamais dit, dans aucun de mes livres, que j’étais descendant d’esclaves ou de colons… Alors c’est sans doute la couleur de ma peau qui oblige Le Monde, lorsqu’il est question de moi à parler d’ « écrivain guadeloupéen » (donc pas français à part entière, à cause de mes partis pris supposés), alors que je suis né à Paris. Mais que voulez-vous, quand il s’agit d’un «noir», il faut toujours justifier ses origines aux yeux des lecteurs «blancs».

Je plains Frédéric Régent, dont le livre ne me semble rien apporter de bien nouveau par rapport à des ouvrages déjà publiés qu’il ne cite pas (c’est grave s’il les a lus et tout aussi grave s’il les ignore). Faut-il rappeler que, dans un ouvrage précédent, Régent disait des sottises sur le chevalier de Saint-George (ce qui me semble curieux pour un enseignant à l’université des Antilles) ?

Mais le meilleur de ce dossier du Monde des Livres c’est son illustration (page 7 du dossier). Gautheret, de toute évidence coordinateur, a trouvé une photographie des années vingt. Un jeune couple endimanché et vêtu à la mode devant une automobile. Rien de particulier. Mais c’est la couleur de peau de ce jeune couple qui a retenu l’attention de Gautheret. Pensez donc : des «noirs» habillés ! Mais, comme de doute évidence, Gautheret a lu mon dernier livre, il ne veut pas se faire épingler en parlant de «noirs», ce qui se remarque dans ce dossier puisque c’est l’habitude du Monde de négrifier à tout va. « Noirs » par ci, « noirs » par là et toujours avec la majuscule s’il vous plaît pour bien communautariser le débat et insister sur la nécessité de statistiques ethniques (n’est-ce pas Laetitia van Eeckout ?). Donc Gautheret se creuse la tête pour trouver une formule rendant compte de la couleur de ce couple « noir ». Et voici l’incroyable résultat : « Un couple vêtu à l’européenne, en Guadeloupe dans les années 1920 » ! Vêtu à l’Européenne ? Oui, c’est écrit noir sur blanc dans Le Monde des livres du 9 novembre 2007. Gautheret et Le Monde qui l’emploie veulent rappeler aux lecteurs blancs que les « noirs », en Guadeloupe comme au Darfour, vont toujours cul nu ou avec une ceinture de bananes, sauf bien sûr s’ils sont, comme Frédéric Régent, descendants de colons. Les Guadeloupéens apprécieront, je pense. Au fait, je me permets de signaler que les éditions Gallimard publient Césaire dans la prestigieuse collection de la Pléiade. Mais Césaire n’a pas droit, comme Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, à un volume séparé. Non, à cause sans doute de ses partis pris, il devra cohabiter avec le «bon nègre» Senghor sous la rubrique « négritude». Senghor, lui, a eu un bon parti pris en nous expliquant que dans le concert universel le « blanc » est le chef d’orchestre tandis que le « noir» joue de la batterie. Selon lui, la raison est « héllène » et l’émotion « nègre ». D’où mes mauvais partis pris et ces « blessures » que la mémoire de l’esclavage occasionne aux descendants d’esclaves. Que voulez-vous, ces gens sont si fragiles et susceptibles… On félicitera pour cette excellente idée l’influent Pierre Nora, éditeur de Pétré-Grenouilleau chez Gallimard, oncle d’Olivier Nora, (l’éditeur de Frédéric Régent) et organisateur, en 2006, de la campagne menée auprès du ministre de la Culture de l’époque pour que le général Dumas n’ait pas de bicentenaire. En représailles de mes partis pris.

vendredi 2 novembre 2007

Négrophobe, ça eut payé...

La France - abritée derrière sa réputation de pays des droits de l’homme - est viscéralement négrophobe et cela ne date pas d’hier. Négrophobe, elle l’est, par nécessité, depuis qu’elle exploite l’Afrique, des razzias d’esclaves aux rapts d’ «orphelins», du code noir au paternalisme humanitaire. Les nuits de cauchemar, je me suis parfois demandé si un plan de déportation systématique aux Antilles et l’empoisonnement au chlordécone de tous les « nègres » de France ne traînait pas dans quelque bureau, d’où l’actuelle obsession du « comptage ethnique » pour préparer la rafle. Seulement, jusqu’ici il ne fallait pas parler de cette négrophobie nationale. Celui ou celle qui avait le malheur de rappeler l’évidence se faisait aussitôt estampiller «anti-français» par le chien de garde de service (d’autant plus féroce s’il avait lui même honte de ses origines). J’en sais quelque chose, moi dont l’essentiel des activités consiste à traquer ce travers dont les esprits bornés ayant voix au chapitre n’imaginent pas à quel point il dessert le pays, malgré notre tradition antiraciste très honorable qui finira par prendre le dessus. Parce que figurez vous, messieurs les politiques, que « négrophobe », ça eut payé, certes, mais ça ne paye plus. Vous le verrez bien assez tôt. Dans mon dernier essai, Les nègres de la République, je crois l’avoir assez bien expliqué : la prétendue « question noire » dont certains médias essaient de nous gaver à toutes les sauces depuis trois ou quatre ans signifie simplement qu’une poignée de bouffons complexés croient la chasse au nègre de nouveau ouverte, en France, en Afrique ou en Haïti. Mais gare si le prétendu « gibier » devient chasseur. Je constate en tout cas avec plaisir qu’on m’emboîte le pas. J’en veux pour preuve l’essai d’Odile Tobner, Du racisme français, quatre siècles de négrophobie (éditions des Arènes, sortie le 8 novembre) qui, c’est sûr, ne réjouira ni le dépressif Olivier Pétré-Grenouilleau, (aujourd’hui promu négrologue dans les pages littéraires du Figaro après une première tentative de suicide journalistique en chroniquant au Monde), ni l’atrabilaire Pascal Bruckner (inventeur de l’expression « concurrence victimaire » reprise en chœur par tous les crétins), ni aucun de leurs émules auxquels France Culture (que les « sauvages » des DOM n’ont toujours pas le droit de capter) offre un porte-voix permanent. M’étant déjà occupé du cas Pétré-Grenouilleau dans Les Nègres de la République, je pensais avoir fini le travail. Mais j’avoue que la dame lui met un coup de grâce définitif (pp 264-282). Hmmm, que c’est bon ! Après Négrophobie où, avec le regretté Verschave, elle avait magistralement mouché Stephen Smith, autre négrologue patenté, l’auteur, dans un style agréable et sans avoir la prétention d’épuiser le sujet, fait la synthèse de ces vérités jamais bonnes à dire. On retiendra son analyse - à mon sens désopilante - de la manière dont Lagarde et son copain Michard, reprenant une thèse de Condorcet, ont inventé la lecture «ironique » de la charge négrophobe et esclavagiste de l’Esprit des lois de Montesquieu. (De l’esclavage des nègres). Nul doute que le magistrat bordelais s’exprimait au premier degré, hélas, comme Voltaire et tant d’obscurantistes des Lumières. Le fait d’être sot n’empêche ni d’être français ni d’être un grand écrivain (mais d’aucuns devraient comprendre que ça ne suffit pas). La manière dont Senghor est remis à sa place n’est pas mal non plus. « Il a eu un enterrement de laquais » constate la présidente de l’association Survie. Qui dit mieux ? L’ouvrage aurait peut-être gagné à nous donner une définition plus claire du racisme en jetant d’emblée aux tinettes le concept méphitique de « race humaine», que des psychopathes essaient aujourd’hui de nous re-parfumer. Mais l’ancienne compagne de Mongo Beti n’a sans doute pas osé crier haut et fort que les « noirs » d’un côté les « blancs » de l’autre, c’est une jolie foutaise. Cela conduit à utiliser de temps en temps - malgré elle semble-t-il - ces catégories douteuses tout en les récusant. Elle est bien indulgente, aussi, pour Jean-Paul Sartre, digne neveu d’Albert Schweitzer. On lui pardonnera parce qu’en refermant son ouvrage (j’ai commencé par la fin – l’exécution de Pétré-Grenouilleau - sans m’apercevoir qu’elle me rendait hommage au début) on a le sentiment que la brèche est ouverte. Bref, Du racisme français est un essai bien ajusté et réconfortant qui donne une furieuse envie d’en remettre une couche.