Il est bien difficile de donner un sens absolu aux chiffres des sondages, mais une enquête d'opinion qui sera rendue publique au printemps 2008 laisse néanmoins penser que la négrophobie serait bel et bien en hausse au pays des droits de l'homme. Les Français seraient en effet plus nombreux que l'an passé à considérer que les "noirs" constituent "un groupe à part" dans la société : inassimilables, il se ressembleraient tous. Une hausse qui, cette fois, viserait plus encore les Antillais (+20 %) que les "Africains", même si cette vision raciste de la "négritude" est plus que largement teintée de xénophobie et d'intolérance.

Oscar Peterson, compositeur canadien 1925-2007

Lucien Poirier dit Julien Gracq, écrivain français, 1910-2007. Refusa le prix Goncourt en 1951



Cela n'empêche pas les personnes interrogées de considérer que le racisme est moins important que naguère et qu'on voit assez de "noirs" à la télévision ou en politique pour n'avoir pas à en réclamer davantage. Une sorte d'effet Yade-Roselmack : on en met deux devant pour ne plus avoir à parler des autres. Il est évident que la médiatisation des campagnes prônant le comptage "ethno-racial" de la population et les revendications identitaires de certaines associations ne sont pas étrangères à ce résultat calamiteux, largement tributaire au demeurant de la manière dont la prétendue "question noire", à la télévision, est insidieusement mêlée aux problèmes d'immigration et de violences urbaines. Car c'est malheureusement la télévision, de plus en plus abrutissante, qui conditionne la "pensée" de 97 % des Français (telle est la proportion de ceux qui la regardent : trois heures et demie en moyenne par jour !). Les personnes interrogées en ont d'ailleurs parfaitement conscience : elles déclarent que l'information télévisée renforce le racisme. Le seul signe encourageant est que les sondés seraient un peu plus nombreux à penser que la notion de "race humaine" n'a pas de sens. Il y en a cependant encore trois quarts pour croire le contraire et plus de dix pour cent, je crois, racistes et fiers de l'être, à estimer, comme au bon vieux temps, que certaines "races" sont supérieures aux autres. Pour oublier toutes ces sottises, les 3 % qui ne regardent pas la télévision pourront toujours profiter de leurs congés pour lire Un balcon en forêt, tout en écoutant Tenderly. Ils rêveront peut-être qu'il suffit d'"être blanc" pour écrire comme Julien Gracq, de même qu'il suffit d'"être noir", c'est bien connu, pour jouer et composer comme Oscar Peterson.