Bertrand Delanoë, maire de Paris, n'a toujours pas réagi à la pétition réclamant la remise en place de la statue du général Dumas. C'est d'autant plus curieux que de nombreux esclavagistes, colons et négriers, continuent à honorer les rues de Paris de leur nom. Pour ne regarder que dans le dix-septième arrondissement où l’injure faite au général Dumas n’a as été réparée, l’esclavagiste Thomas Villaret de Joyeuse (1748-1812) a droit non seulement à une rue, mais en plus à un square.

Nul n’ignore pourtant que Villaret de Joyeuse, pourchassé comme ultra réactionnaire sous le Directoire, a été nommé commandant de l’expédition navale chargée par Bonaparte de rétablir l’esclavage en Haïti en 1802, d’épurer l’armée de ses officiers de couleur et de massacrer la population en cas de résistance. L’autre titre de gloire de ce marin férocement raciste qui s’est illustré en combattant Toussaint-Louverture est d’avoir su, d’une main de fer, maintenir et réorganiser l’esclavage en Martinique en sa qualité de capitaine général de cette île pendant sept ans (de septembre 1802 à février 1809). S’acharnant contre les gens de couleur libres, désormais privés de droits, il organisa leur déportation sur la côte sauvage du Mexique ou le golfe du Vénézuéla et fit fermer leurs écoles. Sous prétexte d’exactions commises à l’instigation d’Haïti, devenue indépendante, un tribunal spécial fut mis en place pour se débarrasser des esclaves suspects de rébellion et nombre d’entre eux furent torturés et exécutés de la manière la plus barbare. Mis à part ces exactions commises contre les Martiniquais, Villaret de Joyeuse n’a d’autre titre de gloire que d’avoir abandonné l’île aux Anglais en 1809 et ce n’est pas cela, sans doute, qui lui vaut les honneurs de la capitale. L'attention de Bertrand Delanoë avait pourtant été attirée voici deux ans sur le cas Villaret de Joyeuse. Il n'a jamais bougé !