le Blog de Claude Ribbe

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jeudi 24 avril 2008

Le marie de Paris, M. Bertrand Delanoë, devrait annoncer officiellement le 25 avril 2008 la mise en place à Paris d'un important monument à la gloire du général Dumas

Signer la pétition pour l'entrée de Césaire au Panthéon

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lundi 14 avril 2008

Hommage national à Césaire le 10 mai 2008

On m’a brutalement annoncé vendredi 11 avril que Césaire était à l’agonie, puis sa mort, dont l’annonce officielle devait intervenir samedi 12 avril à 17 h (heure de Paris). La stupeur passée, ma première réaction a été de proposer que la République lui rende un hommage national et qu’il entre au Panthéon, ce qui a donné lieu à un communiqué. C’était une manière d’attirer l’attention sur une œuvre immense dont l’aspect subversif dérange encore. Qu’on en juge :« Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches de Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, que Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère,c’est par manque de logique, et qu’au fond ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique » (Discours sur le Colonialisme 1950). Eh oui, c’est cela, Césaire. L’œuvre du «chantre de la négritude » est aussi une poétique de l’insurrection. Depuis, la nouvelle de sa mort a été infirmée, son état étant qualifié de « stable », mais aussi de « préoccupant» ce qui ne me rassure qu’à moitié. Je forme évidemment des vœux pour qu’Aimé Césaire se rétablisse et que son entrée au Panthéon, dont je maintiens fermement l’idée, ne soit qu’une perspective lointaine. Mais je continue à penser que la journée de mémoire du 10 mai 2008 doit lui être consacrée. Un digne hommage serait en effet la moindre des choses pour honorer un homme qui a longtemps été voué aux gémonies avant d’être sacrifié à l’idolâtrie.

samedi 12 avril 2008

Césaire au Panthéon le 10 mai 2008 !

Monsieur Nicolas Sarkozy,

Président de la République,




Monsieur le Président de la République,




Césaire est mort. Mais son œuvre est indestructible. Voici tantôt deux ans, Monsieur le Président de la République, vous avez tenu à rencontrer Aimé Césaire et il vous a offert, je crois, son Discours sur le colonialisme. Un texte fondamental, vous en conviendrez, puisque vous l’avez lu. Fondamental et scandaleux, vous en conviendrez également. Mais quels sont les grands auteurs qui n’ont pas produit au moins un texte scandaleux ? Quels sont les politiques qui n’ont pas commis au moins une bévue ?

Vous aurez bientôt à célébrer une date importante, celle de l’abolition de l’esclavage et je ne doute pas un instant que cela vous préoccupe, vous qui avez refusé la «repentance». À juste titre. Qui aurait osé demander à Césaire, français comme vous et moi, de se repentir ?

On dit que vous assisterez à la commémoration du 10 mai 2008. On dit aussi qu’elle pourrait se réduire à une singerie accommodée par des gens qui n’ont ni compétence, ni légitimité pour parler de l’esclavage et de ceux qui en sont issus. Alors plutôt que d’enterrer la loi du 10 mai 2001 par un ridicule spectacle de patronage, indigne de votre présence et qui irriterait l’Outre-mer, vous pourriez ce jour là honorer les descendants d’esclaves en accompagnant au Panthéon l’un des plus grands d’entre eux, l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Toussaint Louverture. Ce serait pour vous l’occasion de rappeler au monde entier que la France, pays des droits de l’homme, n’a peur ni de son histoire ni de ses auteurs réputés dérangeants et peut se retrouver sans crainte au sein d’une mémoire partagée.




C’est pourquoi j’ose solliciter de votre haute bienveillance, Monsieur le Président de la République, un décret pour que la dépouille d’Aimé Césaire, après des funérailles nationales exceptionnelles, soit transférée au Panthéon le samedi 10 mai 2008.




Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération

lien pour signer la pétition

samedi 5 avril 2008

Liberté

La tentation d’asservir ses semblables remonte à l’aube de l’humanité et continue, hélas. Mais, voici plus de cinq siècles, la soif de l’or, le développement de la culture de la canne à sucre conjuguée avec la maîtrise de la connaissance méthodique et des techniques nouvelles, fait de l’esclavage, dans sa version transatlantique, une institution d’un genre inédit. La déshumanisation de l’esclave, la racialisation qui désigne a priori et arbitrairement en fonction de critères aussi aberrants que la couleur de la peau ou la forme du nez, tels individus comme victimes potentielles, la soudaine codification de l’institution, la rationalisation des méthodes de déportation et d’exploitation marquent un tournant sans précédent aucun dans l’histoire de l’humanité. Désormais, des êtres humains vont oser nier que d’autres êtres humains soient humains et, forts de ce principe sacrilège, ils vont oser agir en conséquence. De l’asservissement on peut facilement passer à l’extermination. Il suffit d’avoir l’audace de s’arroger à soi seul le droit de vivre, comme on s’est arrogé le droit exclusif de profiter du corps des autres. Et c’est ce saut qualitatif, cette rupture dans l’histoire de l’Humanité qui donne soudain naissance au préjugé de race, antinaturel et absurde au possible, diabolique parce qu’il sait se nier tout en s’affirmant. Si, heureusement, l’aspect légal de l’esclavage est partout banni depuis plus d’un siècle, si la pratique de l’esclavage est reconnue comme un crime imprescriptible, le préjugé de race survit partout, plus ou moins insidieusement, au cœur même de la prétendue civilisation. Il est même des hommes de science assez fous pour tenter encore de le justifier.

Mais depuis que le monde est monde, face aux hommes qui asservissent, d’autres hommes et d’autres femmes luttent pour la liberté. Leur liberté ou la liberté des autres ? Peu importe puisque la liberté, c’est l’essentiel, ce qui fait que l’humanité est humaine. On peut nier la liberté des autres comme on peut nier sa propre liberté, mais on ne peut ni priver complètement un être humain de sa liberté fondamentale ni renoncer vraiment à sa propre liberté. Ce serait renoncer à sa qualité d’être humain : le seul choix impossible. Pas de liberté non plus sans égalité ni fraternité ni vérité. C’est le combat de ces hommes et de ces femmes à coups de sabre, à coup de plume, à mains nues, et parfois seulement en résistant jusqu’à refuser de donner la vie, jusqu’à se donner la mort, ce combat pour être simplement humains qu’il faut absolument rappeler et honorer, sous tous les prétextes.

jeudi 3 avril 2008

Le bon Pasteur

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Martin Luther King est lié à des souvenirs de ma jeunesse. J’avais treize ans. En troisième Latin-Grec dans un grand lycée parisien. Je ne savais trop ce que je ferais plus tard. Pianiste, peut-être. Ma mère pensait que des études brillantes ouvraient toutes les portes. J’en étais beaucoup moins sûr. Aucun Antillais dans le lycée, hormis moi. «- Tu viens d’où ? » me demandait-on souvent. Un peu trop souvent. Mes parents étant séparés, j’avais peu de repères. J’aimais bien Luther King, mais je regrettais Malcom X, plus pugnace, assassiné trois ans plus tôt. On assassinait un peu trop à mon goût, en Amérique, en ce temps-là. Mes copains, c’était Lionel (dont le père était du Bénin), Éric, Thierry, Roger et aussi deux britanniques milliardaires, deux frères assez allumés que je voyais pendant les vacances. Le lycée n’était pas mixte, mais on ne pensait pas encore aux filles. Enfin pas trop. La période, on s’en souvient, était assez agitée dans les lycées parisiens et il y avait comme un parfum d’incendie qui allait se propager. Comme on était trop jeunes, on se contentait de regarder et de critiquer. Dans les couloirs, résonnaient les cris de nos aînés, qui étaient tous issus de milieux plutôt favorisés : « Ho ! Ho ! Ho Chi Minh ! Che ! Che ! Che Guevara !». C’est dire que la politique étrangère américaine n’avait pas trop bonne presse. On a dû apprendre la nouvelle de l’assassinat de Martin Luther King le lendemain matin à la radio. Je n’ai pas été étonné. Seulement triste et dégoûté. Le soir la télévision a diffusé des images. Des émeutes. Des brutalités policières. Une horreur. Tous mes souvenirs d’enfance sont marqués par ces images en noir et blanc de policiers lâchant des chiens pour mordre des Afro-Américains. On parlait de «ségrégation raciale». Je me disais que l’Amérique, ce n’était pas pour moi. Martin Luther King avait lutté pour que tout cela change. Qui continuerait son combat, là-bas et même ici où il me semblait que les choses ne tournaient pas très rond non plus ? Six ans plus tard, entré à Normale Sup, on m’a proposé une année à Harvard. Non merci. Il m’a quand même fallu trente ans après la mort de Martin Luther King pour que je me résigne à traverser l’Atlantique. Et encore n’étais-je guère rassuré. Lionel gère une grande banque. Mes deux copains britanniques sont morts depuis longtemps. Le premier d’une overdose, le second du Sida. Thierry a publié deux romans. Eric aussi. Son frère est un animateur de télévision très riche et très célèbre. J’ai revu Roger dans un avion qui m’emmenait à Toulon pour une signature de livres. C’était lui qui pilotait. En apparence, les choses ont bien changé en Amérique. En apparence. Ici, les Antillais et les Afro-Français sont beaucoup plus nombreux dans la rue, dans le métro et même dans les lycées qui son mixtes à présent. Ils sont beaucoup moins nombreux au gouvernement et dans les cabinets ministériels, c’est le moins qu’on puisse dire. Parfois, l’un d’entre eux que je ne connais pas vient me serrer la main. Mes filles me demandent pourquoi. Alors je souris et je pense au Pasteur.