le Blog de Claude Ribbe

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mardi 23 septembre 2008

Pour TROY DAVIS (lettre ouverte à M. Nicolas Sarkozy et à Madame Rama Yade)

Une fois de plus, comme ce fut le cas il y a un an avec KENNETH FOSTER, un bourreau américain s’apprête à tuer ce soir, à 19 heures (heure de Géorgie), un homme dont la culpabilité, après dix-neuf ans de détention, s’avère plus que douteuse, de nombreux témoins ayant établi que l’accusation de meurtre d’un policier portée contre lui n’est pas fondée. Une fois de plus, il s’agit d’un Afro-Américain. Une fois de plus, le racisme n’est pas hors de cause.

Le condamné s’appelle TROY DAVIS. À vingt ans, sa vie a basculé, très probablement à cause d’une erreur judiciaire. Ce soir, il doit mourir, puisque la cour suprême de Géorgie a refusé un sursis à exécution. La cour suprême des États-Unis peut passer outre. Elle est saisie. Mais la cour suprême des États-Unis ne rendra sa décision le 29 septembre, six jours après l’exécution. Ses membres sont, paraît-il, en vacances.

Tout cela est révoltant, écoeurant, indigne.

J’ai l’honneur de vous demander, Monsieur le Président de la République, Madame la Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme - vous qui n’êtes pas en vacances - de faire entendre la voix de la France et d’intervenir auprès du président des États-Unis. L’ambassadeur de ce pays se félicitait récemment des relations plus privilégiées que jamais entretenues, paraît-il, entre nos deux pays contre le terrorisme. L’injustice, le racisme et la peine de mort conjugués ne sont-ils pas une forme de terrorisme particulièrement terrifiante ?

Dans deux mois, nous célébrerons, paraît-il, à Paris, le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme. Comment pourrait-on le faire dans l’honneur sans avoir tenté une démarche pour donner à cet homme une chance de ne pas être sacrifié à l’arbitraire, à la folie, à la lâcheté des autres hommes ?

Cette démarche doit être publique car il appartient à la France de faire clairement et publiquement connaître sa position sur la question de la peine de mort, surtout quand une sentence risque d’être exécutée dans des conditions aussi absurdes.

Une démarche de dernière minute, surtout si elle émane d’un pays qui assure la présidence de l’Europe, peut donner une chance à TROY DAVIS de sauver sa tête. Celle qui fut tentée, in extremis, voici un an, pour KENNETH FOSTER, qui était à peu près dans la même situation, n’a pas été vaine. KENNETH FOSTER n’a pas été exécuté.

		

mercredi 10 septembre 2008

Césaire n’appartient à personne

Quelle ne fut pas ma surprise en allant m’incliner sur la tombe d’Aimé Césaire au cimetière La Joyaux, en Martinique, en juin dernier, de constater que le cimetière, situé hors de la ville, était à peu près introuvable et qu’il était désert. Oui, désert. Personne d’autre que moi et mon ami le romancier Jean-Marc Rosier qui m’avait servi de guide et qui a pris une photo. Ma stupeur fut grande, moi qui m’imaginais la tombe du grand homme gardée jour et nuit par des fidèles et j’avoue avoir eu le souhait qu’on grave sur la pierre, au lieu de l’épitaphe un peu grandiloquente qui y figure, la formule plus lapidaire dont j’ai fait le titre de mon dernier livre : Le nègre vous emmerde ! J’ai assisté à quelques « hommages » avant les vacances : à chaque fois les nègres de service bien en avant; à chaque fois une mise en scène insupportable et ampoulée avec une litanie de textes criés par des acteurs qui gâchent leur talent par des trémolos déclamatoires (je ne suis pas sûr que les poésies de Césaire gagnent à être lues à haute voix); à chaque fois des discours à n’en plus finir de sommités se croyant autorisées à se réclamer de Césaire et à faire mourir d’ennui une assistance hébétée; à chaque fois des sottises débitées à la télévision par des gens qui n’ont jamais lu une ligne de Césaire, mais sont invités parce qu’ils «connaissent sa famille », des gens qui nous assurent que Toussaint Louverture est une pièce de théâtre. Jusqu’à Ségolène Royal qui en rajoute en citant le maître à la fin du congrès de La Rochelle. Mais jamais aucune mention du Discours sur le colonialisme et de l’idée qui le sous-tend : ce que vous avez fait aux juifs, vous l’aviez fait déjà plus ou moins fait aux nègres et aux asiatiques. C’étaient des hommes, eux aussi. En voilà une formule qui défrise. La famille de Césaire se serait opposée à la panthéonisation de Césaire au motif que le corps de Césaire « appartient » à sa terre (le cimetière La Joyaux) et au PPM. Elle se serait opposée, sous menace de procès, à ce que la manifestation que Césaire lui-même avait encouragée, les Césaire de la Musique, continue à s’appeler Césaire. Césaire n’a jamais parlé de musique et ceux qui lisent ses poésies avec emphase et gravité ne l’imaginent certainement pas dansant le zouk. Mais à qui cela faisait-il tort ? Césaire en était-il moins Césaire si de jeunes artistes se réclamaient de lui ? La manifestation a changé de nom : trophées de la négritude, puis trophées des arts afro-caribéens (retransmission sur France 2 oblige). Pourquoi pas « trophées des nègres qui vous emmerdent » ? Une récompense littéraire est prévue, paraît-il. Avec dans le jury Louis Georges Tin, le porte-parole du Cran, l’ancien promoteur d’une zouk partie pour rendre hommage aux esclaves le 10 mai 2006. Tin entouré des sommités respectables de la négrologie bien pensante : Jacques Chevrier, Lylian Kesteloot, Alain Mabanckou. Voilà qui est prometteur. Y aura-t-il aussi cinquante militants du Cran disséminés dans la salle du Châtelet avec des pancartes, comme le 10 mai après-midi, pour que la manifestation apparaisse dans la presse comme une initiative du Cran ? Mais le plus curieux, c’est le règlement né, paraît-il d’une charte signée à la demande de Tin et de son ami David Auerbach, tous deux animateurs de Tjenbé rèd, une association « partenaire » de Patrick Karam (le "délégué interministériel" qui, après avoir dansé à la gay pride pour montrer qu’il n’est pas homophobe , après avoir vainement tenté de faire octroyer par la République à Alain Guédé une gratification de 35 000 euros pour services associatifs rendus le 10 mai dernier et dans l'espoir d'une neutralité journalistique bienveillante, vient de rendre visite, en catimini, au maire de Paris). On fait d’avance un procès d’intention aux artistes afro-caribéens en précisant que seront nominés seulement ceux qui n’auront pas tenu des propos racistes, sexistes, antisémites ou homophobes. Pourquoi le préciser ? Les Afro-Caribéens seraient-ils a priori plus racistes, sexistes, antisémites ou homophobes que les autres ? C’est comme si l’on disait dans le règlement des Victoires de la Musique que ne seront pas nominés les artistes ayant tabassé à mort leur compagne. Mais j’oubliais : les nominés des Victoires sont des « blancs ». J’ai lu un jour avec effroi dans Le Monde : « On ne peut réduire le problème des noirs à une question socio-économique et nier sa dimension raciale » ? Ah, la race ! Vieille histoire inventée pour légitimer l’esclavage, puis la colonisation. L’auteur de cette formule digne du bon temps où la République était fière d’arracher les nègres à la sauvagerie et d’exhiber les têtes coupées des récalcitrants n’est ni Jean-Marie Le Pen, ni Kémi Séba, c’est Louis-Georges Tin. Tin, le chantre du communautarisme, comme Kémi Séba, comme Le Pen, croit dur comme fer aux « races ». Il y a les « noirs » et il y a les « blancs ». Au fait, quelqu’un qui ose valider la notion de race n'est-il pas un raciste ? Allons jusqu’au bout du raisonnement. Si les trophées des arts afro-caribéens sont affaire de « noirs » appartenant à la « race » noire, pourquoi les faire intégralement financer par des « blancs » ? Heureusement, le règlement des trophées afro-caribéens ne s’applique qu’aux artistes, pas aux membres du jury. Pauvre Césaire ! Que de sottises ne va-t-on pas débiter en ton nom. Je persiste et signe : Césaire au Panthéon ! N’en déplaise à Villepin, Bayrou et à tous les ânes. Le parti va rendre, paraît-il, hommage à Césaire à la Fête de l’Huma. Lira-t-on le poème écrit à la gloire de Staline (pour ceux que ça intéresse c’était en 1948 dans la revue Justice) ? En tout cas, je ne suis pas invité, n’étant pas, là non plus, une personnalité qualifiée pour rendre hommage à Césaire…