Une fois de plus, comme ce fut le cas il y a un an avec KENNETH FOSTER, un bourreau américain s’apprête à tuer ce soir, à 19 heures (heure de Géorgie), un homme dont la culpabilité, après dix-neuf ans de détention, s’avère plus que douteuse, de nombreux témoins ayant établi que l’accusation de meurtre d’un policier portée contre lui n’est pas fondée. Une fois de plus, il s’agit d’un Afro-Américain. Une fois de plus, le racisme n’est pas hors de cause.

Le condamné s’appelle TROY DAVIS. À vingt ans, sa vie a basculé, très probablement à cause d’une erreur judiciaire. Ce soir, il doit mourir, puisque la cour suprême de Géorgie a refusé un sursis à exécution. La cour suprême des États-Unis peut passer outre. Elle est saisie. Mais la cour suprême des États-Unis ne rendra sa décision le 29 septembre, six jours après l’exécution. Ses membres sont, paraît-il, en vacances.

Tout cela est révoltant, écoeurant, indigne.

J’ai l’honneur de vous demander, Monsieur le Président de la République, Madame la Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme - vous qui n’êtes pas en vacances - de faire entendre la voix de la France et d’intervenir auprès du président des États-Unis. L’ambassadeur de ce pays se félicitait récemment des relations plus privilégiées que jamais entretenues, paraît-il, entre nos deux pays contre le terrorisme. L’injustice, le racisme et la peine de mort conjugués ne sont-ils pas une forme de terrorisme particulièrement terrifiante ?

Dans deux mois, nous célébrerons, paraît-il, à Paris, le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme. Comment pourrait-on le faire dans l’honneur sans avoir tenté une démarche pour donner à cet homme une chance de ne pas être sacrifié à l’arbitraire, à la folie, à la lâcheté des autres hommes ?

Cette démarche doit être publique car il appartient à la France de faire clairement et publiquement connaître sa position sur la question de la peine de mort, surtout quand une sentence risque d’être exécutée dans des conditions aussi absurdes.

Une démarche de dernière minute, surtout si elle émane d’un pays qui assure la présidence de l’Europe, peut donner une chance à TROY DAVIS de sauver sa tête. Celle qui fut tentée, in extremis, voici un an, pour KENNETH FOSTER, qui était à peu près dans la même situation, n’a pas été vaine. KENNETH FOSTER n’a pas été exécuté.