le Blog de Claude Ribbe

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mardi 25 novembre 2008

Mon soutien à Eunice Barber

Mon amie Eunice Barber m’a appelé hier pour me dire qu’elle comparaissait mercredi 26 novembre à 9 heures du matin devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour outrage à agent de la force publique et rebellion. Cela m’a un peu étonné car j’avais le souvenir que c’était Eunice Barber la victime et non pas la coupable. Eunice Barber est née il y a tout juste 34 ans en Sierra Leone. Elle est championne olympique (heptathlon et saut en longueur). À l’âge de dix-huit ans, elle est venue vivre et s’entraîner en France. La nationalité lui a été accordée en 1999. Sept ans plus tard, sa vie a basculé. C’était le samedi 18 mars 2006 à Saint-Denis. Eunice se rendait chez le coiffeur en voiture. En face, un barrage de police.

Ensuite, deux versions. Celle des policiers : Eunice Barber est une dangereuse furie qui les a agressés. Elle aurait mordu l’un d’entre eux. Pourquoi les aurait-elle agressés ? Mystère. Pourquoi les aurait-elle mordus ? Sûrement pas pour essayer de défendre sa vie face à des violences policières racistes, mais parce que c’est une "négresse", voyons ! Chacun sait que les "négresses" mordent, comme les animaux. Eunice Barber serait un animal féroce. Eunice Barber soutient, elle, que les policiers l’ont sans raison tirée de sa voiture et molestée, piétinée, giflée, tirée par les cheveux, à cause de la couleur de sa peau. « Tu as de la chance qu’il y ait du monde, sinon on pourrait te faire pire ! » lui auraient-ils lancé, même après avoir reconnu sa qualité d’athlète. Je connais Eunice. C’est une jeune femme très calme et très posée. J’ai eu l’occasion de la rencontrer par un ami guadeloupéen, Molière Athalys, qui lui donne des cours de chant classique, ce qui montre qu’elle ne s’intéresse pas qu’à l’athlétisme. Peu de temps après l’incident, nous nous sommes vus. Ses poignets étaient tailladés par la trace des menottes des policiers, ce qui m’a fait frémir d’horreur. Oui tailladés, je suis témoin. Eunice était traumatisée à jamais. Elle m’a dit : « Ce jour-là, j’ai appris par la police que j’étais « notre ». Avant, je ne m’étais jamais posé une question pareille. » Les blessures occasionnées par ces violences ont sérieusement compromis sa carrière au point qu’elle n’a pu se qualifier pour les JO de Pékin. Elle a toutefois remis les pendules à l’heure en déclarant que la France, pays "où l'on torture des noirs et des arabes", n'a pas de "leçons à donner" en matière de respect des droits de l’homme aux autorités chinoises. La plainte déposée par Eunice pour les brutalités subies n’a pas été retenue. En revanche, les policiers ont obtenu de la faire comparaître devant le tribunal correctionnel. Et pourquoi la version des policiers a-t-elle été suivie ? Parce qu’ils étaient neuf. Oui, neuf hommes. Plus de 600 kg écrasant une femme, lui tordant les poignets. Fût-elle une athlète, le jeu n’était pas égal. Comment peut-on m’expliquer qu’on puisse traiter une femme ainsi, quoi qu’elle ait dit, quoi qu’elle ait fait ? Comment peut-on m’expliquer qu’après une pareille scène, ce soit elle qui comparaisse devant le tribunal ?

Qu’on juge par la vidéo de l’arrestation d’Eunice.

http://video.google.fr/videosearch?sourceid=navclient&hl=fr&ie=UTF-8&rls=HPEB,HPEB:2006-17,HPEB:fr&q=eunice%20barber&um=1&sa=N&tab=wv#

Faisons confiance à la Justice : Il y a des gens d’honneur parmi les policiers. Parmi les magistrats aussi, bien sûr. Mais soutenons Eunice Barber dans cette nouvelle épreuve !

Ah, j'oubliais : Molière Athalys, le professeur de chant d'Eunice, a été un jour, lui aussi, sans raison aucune, embarqué dans un commissariat, molesté, insulté, humilié. Voyez, que ça n'arrive pas qu'aux athlètes...

dimanche 23 novembre 2008

Que philosopher n’est pas sans risques.

J’ai le souvenir d’avoir été invité un jour sur un plateau de télévision où se trouvait Stéphane Pocrain. Lorsqu’il s’est mis à parler des « noirs » (et bien entendu en leur nom) je lui ai demandé ce qu’il entendait par là. Comme il était incapable de me répondre, il m’a jeté un regard furieux et lancé, sur un ton qui laissait deviner une certaine envie de me casser la figure : « Je ne suis pas votre élève ! ». Ma question l'avait rendu fou; sa réponse montrait assez que si j'étais un "noir", je n'avais cependant rien à voir avec lui.

Ayant effectivement enseigné la philosophie pendant plusieurs années, la réflexion de Pocrain, qui était en même temps un aveu, m’a vraiment mis mal à l’aise. Oui, la réflexion suppose un apprentissage. Personne n’oserait monter sur une scène pour donner un concert de violon sans s’être livré préalablement à quelques années d’exercice. Et pourtant, nombreux sont ceux qui s’exhibent pour raisonner sans préparation appropriée et surtout sans aucun souci de trouver la vérité, mais dans le but unique de paraître avoir raison. Dans l’antiquité (où il n’y avait aucun préjugé de couleur) c’est gens-là on les appelait «sophistes » et ceux qui les combattaient au nom de la vérité, on les nommait « philosophes ». Ces derniers étaient ceux qui recherchaient la sagesse, la clé du bonheur, étant entendu que le chemin escarpé et périlleux qui y conduit est forcément celui de la vérité. Comme dirait Hegel, est-on automatiquement cordonnier sous le prétexte qu’on a un pied susceptible d’entrer dans une chaussure à la bonne pointure ? Donc ma question, faussement naïve, j’en conviens, « Qu’est-ce qu’un « noir » pour vous ? », mettait soudainement en évidence les carences de ce pauvre garçon, propulsé sophiste par ceux qui le jugeaient utile et pas dérangeant. Je l’avais sûrement humilié, ce qui n’était pas du tout mon intention. Et depuis, j’éprouve toujours un peu de gêne à emmener mes interlocuteurs sur le terrain philosophique, ayant remarqué, en mûrissant, que lorsqu’on se risque à y pousser des gens qui n’y sont pas préparés, on génère parfois beaucoup de violence. J’ai souvent repensé à la mort de Socrate et à la haine que les sophistes de son époque pouvaient lui vouer. J’en suis arrivé à la conclusion que la philosophie- je ne parle pas de ce qu’on entend par ce mot dans les dîners parisiens, à la télévision ou dans les colonnes des journaux– c’est vraiment dangereux. Les esclaves enchaînés à leur écran extra-plat-HD-ready, habitués à ne discerner que des ombres dans l’obscurité cathodique, n’apprécient pas du tout qu’on les tourne brusquement du côté de la lumière. Mon ami Aristide, lecteur attentif de ce blog, me rappelait hier encore (au téléphone depuis l'Afrique du Sud) que la vérité c'est du piment (proverbe wolof). Soit dit en passant, Aristide risque de rentrer au pays, maintenant qu'Obama est élu et surtout depuis qu'Hillary (beaucoup plus "noire" qu'Obama en fait) accède au Département d'Etat. Que ceux qui ne me croient pas aillent voir Quantum of Solace et on en reparlera. Villepin, qui, depuis la Martinique, fin 2003, (il était en vacances chez Glissant) avait prêté main forte à Bush pour enlever Aristide, se prépare à la correctionnelle tandis qu'Aristide va être réhabilité par tous ceux qui lui crachaient dessus (toute la presse française et les imbéciles qui répètaient ce qu'ils y lisaient à l'époque). Un juste retour des choses, non ?

Bref, pour avoir, de manière indirecte il est vrai, tenté de remettre le couvert au sujet de la "race" à propos du regrettable article de Véronique Maurus, j’ai déploré des réactions qui montraient bien que la plupart des gens n’ont aucune défense contre l’idéologie dont une partie de la presse les abrutit et préfèrent l’ombre lumineuse à la lumière obscure. Je laisse bien entendu de côté tous ceux qui, dès que je dénonce le racisme, me traitent de paranoïaque, voir de raciste. "Moi pas comprendre", m'écrivait finement l'autre jour un de mes contradicteurs.

Parce que j’évoquais une question grammaticale - la question de la majuscule au mot «noir » (ou « blanc ») lorsqu’il est employé comme substantif - certains m’ont reproché de donner de l’importance à un détail tellement insignifiant que j’étais sans doute un maniaque, principalement occupé à trouver le moyen de sodomiser les mouches. Voire ? Imaginons que le titre de l'article n'ait pas été Appeler un Noir un Noir (sic), mais qu'il ait désigné, de manière analogue, et avec la majuscule, un prétendu groupe autre que les "noirs" ?

La question, en fait, n’a rien d’insignifiant. Agatha Christie (qui savait ce qu'est l'écriture) disait que si on déplaçait une virgule dans un de ses romans, le coupable n'était plus le même. Eh bien, si l’on met une majuscule au mot « noir », Patrick Lozès à droit tout de suite à un poste de ministre. Ministre des « noirs », bien sûr.

Si on opte pour la majuscule, on fait le choix de considérer que la couleur de peau vous assigne à un groupe, sans qu’on ait le choix d’y adhérer ou non. Du point de vue de ceux qui font ce choix (et ne laissent pas de choix aux autres) tout métissage est exclu. Une personne qui a deux parents d’un l’un est blanc de peau, l’autre noir, est obligatoirement un « noir ». Ainsi, Obama, dont toute la presse française rappelle que c’est un « noir », Obama n’aurait pas le droit de dire qu’il est « blanc » sans être raillé ou insulté. En bonne logique, on devrait pourtant admettre qu’une double ascendance pourrait permettre à tout intéressé de choisir. Mais non. Car un « blanc », c’est quelqu’un dont rien, dans l’apparence, ne laisse penser qu’il puisse avoir un « noir » parmi ses ancêtres. Alors qu’un « noir » c’est au contraire quelqu’un qui, même si la moitié ou les trois quarts de ses aïeux ont la peau blanche, n’a pas le droit de revendiquer son appartenance au supposé groupe des « blancs » à partir du moment où son phénotype laisse entrevoir une ascendance un tant soit peu négroïde. Un homme à la peau blanche avec des traits négroïdes est un nègre blanc, pas un blanc noir. On voit qu’il y a, dans cette vision, négrifiante, dénigrante (au sens étymologique) du monde, deux poids deux mesures, quelque chose de tellement louche qu’on est bien obligé de soupçonner une grossière idéologie uniquement destinée à légitimer les intérêts de ceux qui se considèrent comme «blancs». J’ai dit souvent qu’on n’a aucun intérêt à s’affirmer « noir » ou « blanc » si l’on est entre soi. Dès que quelqu’un s’affirme «blanc», cherchez le « noir » qui est visé et voyez en quoi il dérange. Quand je lis, Le Monde, je sais que c’est moi ; que ce journal tient bien à faire savoir qu’il n’est pas du tout destiné à être lu (encore moins écrit) par des « gens comme moi ». Véronique Maurus est sûrement naïve. Tel n’est pas forcément le cas de sa rédaction. Le médiateur ressent le besoin névrotique de parler de « noirs ». Elle compense son angoisse par la jouissance de se sentir non seulement « blanche » (qui pourrait en effet douter qu’elle pense l’être lorsqu’on la lit ?), mais en plus une "blanche supérieure" au sens où elle se sent capable d’accorder sa bienveillance à un « noir », fût-il président des États-Unis. Quelqu’un comme elle pourrait parfaitement coucher avec un « noir », même l’épouser, mais elle ne manquerait jamais de lui rappeler qu’il « est » noir et que leurs enfants le « sont » aussi. Je n’ose plus lire ce quotidien pourtant estimable avant de me coucher par crainte des insomnies, ce qui est ennuyeux pour un journal du soir. Je frémis en imaginant les conférences de rédaction évoquant la « question noire ». Lorsque les sodomiseurs de mouches comme moi décèlent dans ce journal ce besoin irrépressible de parler de sa couleur de peau dès qu’un Afro-descendant émerge du lot, ils comprennent que les auteurs de ces articles sont des « blancs » au paternalisme désuet, extrêmement angoissés, et, faut-il le dire, angoissants. Mais ils s'aperçoivent aussi que de pareils travers, s’ils sont tolérés, sont sûrement encouragés par la ligne éditoriale du journal. C'est ça qui provoque des cauchemars. C’est ce racisme-là qui fait, je crois, le plus de mal. Je préfère infiniment discuter avec le pire réactionnaire qui, s’il est de bonne foi, finit généralement par reconnaître qu’il a des préjugés, mais qu’il lui est impossible de s’en défaire, plutôt qu’avec un raciste de gauche qui préférera me dénier toute aptitude au raisonnement plutôt que de s’avouer ses propres limites. Voilà l’explication de la haine que me vouent de nombreux sophistes. Une haine d’autant plus féroce que j’ai eu le malheur d’apprendre à penser et de faire certifier ce temps perdu par des diplômes aujourd’hui bien inutiles. Dans ma jeunesse, j’avais la naïveté de croire que des certificats attestant de mes efforts pour apprendre à réfléchir me garantiraient, plus tard, un minimum de respect intellectuel. C'est ce que croyait ma mère.

Eh bien, si c’était à recommencer, je m’abstiendrais de faire des études tant cela peut déclencher de violence dans un pays dont le racisme est si sournois. Non, si c'était à refaire, je serais totalement illettré, je courrais en slip Sloggi extra moulant aux côtés de Villepin sur la plage, je fumerais des pétards toute la journée, pieds nus sur scène je chanterais de mauvais alexandrins devant un parterre de blondes exaltées, je dirais que Jean-Bertrand Aristide est un prêtre défroqué qui mange les petits enfants, je serais dans le top ten des personnalités préférées de mon pays, je serais invité chez Calvi, je déjeunerais avec Zemmour, je serais adhérent du Cran, je jouerais au football, je vendrais par dizaines de milliers des livres à mon nom dont je n'aurais pas écrit une ligne et que je n'aurais même pas lus, je mettrais bien entendu une majuscule au mot «noir» et j’aurais peut-être même - qui sait - le droit de publier, comme Alain Finkielkraut, des articles dans Le Monde. On pourrait dire, entre soi, que c’est un geste de charité, de discrimination positive. On ricanerait dans mon dos, mais au moins, on ne me montrerait pas les dents.

mercredi 19 novembre 2008

Pour se disculper, le médiateur du "Monde" accuse implicitement de racisme les correcteurs de son journal.

L’honnêteté m’oblige à revenir sur l’affaire Maurus et à faire état des explications données par le médiateur, visiblement assez secouée par ma réaction et celle des lecteurs. Après m’avoir adressé le fameux mail dans lequel elle se fondait explicitement sur la notion de "race" pour justifier la majuscule au substantif « noir », elle a reçu immédiatement de ma part un mail en réponse dans lequel je prenais acte de ses déclarations :

« Je constate que la notion de race humaine a un sens pour vous et j’en prends bonne note, avec une certaine peine, je ne vous le cache pas. Dans ce cas, votre article prend tout son sens. Quant aux règles typographiques que vous invoquez, elles sont discrétionnaires. C’est donc un choix du journal. La majuscule ne s’impose que pour les peuples. Considérer les «noirs» ou les «blancs» comme un peuple est un choix idéologique. Je ne parle pas de race, car, vous le savez bien, et c’est le sens de mon courrier, dire comme vous le faites qu’une «race humaine» a une valeur est lourd de sens. Directeur de collection et auteur de 9 ouvrages publiés, je crois connaître à peu près les règles typographiques. Pour ma part, j’ai toujours imposé la minuscule à mes correcteurs, Vous devriez en discuter avec ceux du Monde qui sont sûrement prêts à suivre les instructions que vous leur donnerez. »

Affolée de constater qu’elle s’était «oubliée», le médiateur a répliqué par un second mail où elle s’abritait derrière les « correcteurs » du Monde :

« Mon courriel, s'excuse-t-elle, faisait précisément suite à une discussion avec les correcteurs, que j'avais saisi (sic) de votre question. Il n'entre bien entendu pas dans mon propos de réhabiliter la notion de race, d'une quelconque façon, je ne faisait que transcrire leur réponse.»

Ayant alors demandé à madame Maurus les noms et les coordonnées de ces correcteurs qu’elle accuse implicitement de racisme, puisqu’elle ne ferait « que transcrire leur réponse », voici ce qu’elle m’a répondu :

« La règle typographique en question n'est pas propre au Monde et figure d'ailleurs dans le dictionnaire Larousse».

Véronique Maurus a raison de dire que ce choix typographique (et non pas cette règle) n’est pas propre au Monde. Libération aussi, hélas, met la majuscule. Mais je n’ai pas encore lu d’article dans Libération où l’on se réjouit de pouvoir répéter 21 fois le mot « noir » dans un article et appeler à une approche «décomplexée », c’est-à-dire raciste, de la question.

J’ai suffisamment expliqué dans le billet précédent que cette majuscule est un choix, ce qu’atteste la référence incontournable qu’est le Grévisse. Puisqu'elle préfère le Larousse, Madame Maurus ne nous dit pas de quelle édition elle se sert. S’il s’agit de l’édition de 1942, je lui conseille de se procurer un Larousse plus récent.

Je constate que depuis l’article désolant de madame Maurus, le journal Le Monde a publié pas moins deux articles vantant ce que ce journal appelle «statistiques ethniques» et que j’appelle, moi, statistiques racistes, toujours avec la majuscule au substantif «noir», cela va de soi.

Aujourd’hui encore, Philippe Bernard, dans un éditorial intitulé Les pièges de l’Obamania à la française, où certaines analyses ne manquent pas de justesse, se croit obligé d’accuser la gauche d’une « troublante pusillanimité » et exhorte Nicolas Sarkozy qui, selon lui, aurait « les mains libres » à recourir aux statistiques racistes et à la discrimination positive fondée sur la couleur, ce que le président de la République a raison de refuser, même si pendant un temps ses positions étaient différentes.

Le sondage de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) de novembre 2006 montre que 18 % des Français déclaraient que « les races humaines, ça n’existe pas », (contre 16 % les années précédentes, ce qui est encourageant); 67 % considéraient que « toutes les races humaines se valent » (admettant implicitement la validité de l’idée de race) et 12 % soutenaient qu’ «il y a des races supérieures à d’autres»... Je me demande dans quelle catégorie se situerait Madame Maurus…

Petite remarque : la CNCDH, qui est certainement bien placée pour avoir une position juste sur ce point, ne met pas de majuscule au substantif «noir » dans ses rapports officiels, publiés chaque année par la Documentation française. Mais, ces rapports, les journalistes du Monde les lisent-ils ? En tout cas, ils n’en parlent jamais. J'ai décidé de demander un rendez-vous à Eric Fottorino, président du directoire du groupe Le Monde, pour connaître son opinion sur cette affaire typographique et savoir s'il applique les statistiques ethniques à ses journalistes. On va bien voir s'il me reçoit et ce qu'il me dit...

lundi 17 novembre 2008

Le médiateur du journal "Le Monde" avoue croire aux races humaines !

Pour un scoop, c’est un scoop et franchement, j’en reste ébahi. Je n’invente rien. Voici le texte du mail que Véronique Maurus, médiateur du journal Le Monde, auteur de l’article Appeler un noir un noir (Le Monde du 16 novembre 2008) m’adresse ce jour en réponse à mon billet : Appeler un raciste un raciste (16 novembre 2008).

« Le Monde n'a pas, je pense, m’écrit Véronique Maurus le 17 novembre 2008, toutes les arrières pensées que vous lui prêtez. Sur la majuscule du mot un "Noir", il se contente d'appliquer la règle typographique en usage pour tous les mots désignant une race, une ethnie ou un habitant (d'un pays, d'une région, et.). On écrit un Noir, un Blanc, un Français, et c... C'est seulement la règle typographique et il n'y a là aucun sens caché. »

On a bien compris que, dans l’esprit de Véronique Maurus (que je me remercie de me rappeler les règles de ma langue) un «noir» est quelqu’un qui appartient à la «race» noire, un « blanc », quelqu’un qui appartient à la « race » blanche, d’où cette fameuse majuscule, qui, en l’espèce, ne peut s’expliquer ni par le «pays», ni par «l’ethnie» (une autre manière soit dit en passant de désigner la «race»). Ainsi y aurait-il donc pour le médiateur des "races" humaines ! Oui, comme au bon temps de Jules Ferry. Il n’est plus question de traquer des «arrière-pensées» puisque l’aveu est là, indiscutable. On peut supposer qu’on n’embauche pas les gens au Monde sans s’assurer qu’ils ont une certaine éducation. Véronique Maurus est certainement une personne éduquée. Elle a été désignée pour répondre aux lecteurs et elle m’avoue naïvement, à moi, qu’elle croit aux races humaines ! De deux choses l’une : ou bien elle ne reflète pas la ligne éditoriale du journal et c’est au directeur de la publication d’en tirer les conséquences, ou bien la notion de «race humaine» est communément admise par les journalistes du Monde en 2008, ce qui pourrait expliquer certains articles et certaines prises de position, comme ceux, par exemple de Laetita Van Eeckout, de Jérôme Gautheret ou de Pierre-Yves Catinchi. Qu’ont-ils en commun ? Ils mettent la majuscule au mot « noir » et, a priori, vraiment, ils ne m’aiment pas du tout alors qu’ils n’ont rien à me reprocher. En ce qui concerne l’explication donnée par Véronique Maurus, la « règle d’usage», dans le cas d’espèce, n’est pas typographique, mais grammaticale. L’ouvrage de référence, connu de tous les correcteurs, de tous les journalistes et de tous les auteurs, est Le Bon Usage de Maurice Grévisse (14e édition, 2007, éditions De Boeck-Duculot). Que nous dit-il à ce sujet (p 94) ? « On met souvent une majuscule à des noms qui désignent des groupes humains, par ex. d’après la couleur de leur peau ». Grévisse donne plusieurs exemples littéraires où le mot « noir » prend la majuscule. Ainsi Malraux et Beauvoir mettaient-ils parfois la majuscule à « noir ». Mais c’était il y a cinquante ans et tout le monde pensait alors que la notion de « race» avait une valeur scientifique. Grévisse indique clairement que si on met « souvent » la majuscule, on ne la met ni «toujours» ni «forcément». La «règle d’usage» invoquée par Véronique Maurus est donc une pure invention idéologique qui reflète le fond de sa pensée. Grévisse prend bien soin de donner des exemples où « noir » prend la minuscule, par exemple en citant l’excellent André Pieyre de Mandiargues, qui tenait, comme moi, à la minuscule. Grévisse précise que « l’usage est partagé pour le nom juif ». On remarquera que dans Le Monde, le mot « juif » prend toujours la minuscule. Beauvoir, elle, mettait une majuscule… Bien évidemment, Maurice Grévisse se garde bien d’utiliser le mot de «race» ni même celui d «ethnie» (inventé par le théoricien raciste Vacher de Lapouge). Il est clair qu’on ne peut mettre une majuscule au substantif « noir » ou au substantif « blanc » que si justement on valide la notion de race humaine. En ce qui me concerne, j’ai toujours prescrit à mes correcteurs « distraits » de ne pas le faire (comme on pourra vérifier en lisant mes livres) et ils l’ont toujours admis sans aucun problème et sans discussion. Deux questions :

1. Comment appelle-t-on ceux qui déclarent croire aux races humaines en 2008 ?

2. Quelqu’un qui déclare par écrit croire aux races humaines a-t-il sa place dans un journal comme Le Monde, surtout comme médiateur ?

Pour joindre Véronique Maurus :

mediateur@lemonde.fr

dimanche 16 novembre 2008

Appeler un raciste un raciste

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samedi 15 novembre 2008

Commémorations nationales : l'exemple du 10 mai.

Le nouveau livre de Claude Ribbe, en librairie à partir du 4 décembre 2008

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jeudi 13 novembre 2008

Descendants d’esclaves français et d’indigènes, unissez-vous !

Malgré les gesticulations obamaniaques de ces derniers jours, on n’a pas vraiment le sentiment que nos politiques ont l’intention d’en finir avec cette négrophobie véritablement obsessionnelle qui ronge les élites françaises. Les médias s’en sont donné à cœur joie, comme il était prévisible, pour que les crétins serviles interviewés à qui mieux mieux au seul motif qu’il étaient «noirs» nous saoulent jusqu’à l’écoeurement du triste spectacle de leur misère intellectuelle et morale mal déguisée en altruisme. Il en a défilé des délégations de tirailleurs, des collectifs « représentatifs » qui ne représentent en fait que l’avidité de quelques pauvres types venus se faire photographier sur le perron de l’Élysée. Les uns devant, les autres derrière portant leur serviette… Après les journées du patrimoine, les journées de la frustration.

La France refuserait-elle obstinément d’assumer les conséquences de trois siècles d’aventures coloniales ? Car on ne le répètera jamais assez : la seule difficulté est d’admettre que les descendants français d’esclaves et d’indigènes sont des Français à part entière. Tout le reste n’est que bavardage. L’esclavage aboli, les colonies indépendantes, on pensait que c’était fini, qu’on resterait entre soi. Eh bien pas du tout. Il restait l’outre-mer et tous ces enfants d’indigènes qui rendaient la politesse aux colons en venant s’installer, eux aussi, dans ce pays qui avait envoyé tant de ressortissants s’installer chez eux. Jusqu’ici tout a très bien fonctionné. On n’avait pas laissé les descendants d’esclaves et d’indigènes faire beaucoup d’études. Ils ne se posaient pas trop de questions. Et pour oublier la triste réalité de leur sort, le mépris dont on les accablait, ils se consolaient dans la vie associative. On laissait jadis aux esclaves un petit lopin pour s’occuper le dimanche à faire pousser de quoi améliorer l'ordinaire qui leur servait de pitance. Par les subventions, ont tenait les associations. En saupoudrant les moins scrupuleux de récompenses symboliques, en prenant deux ou trois imbéciles au hasard et en se servant d’eux comme alibi pour masquer la misère des autres, on s’assurait à bon compte de la servilité des béni-oui-oui et des tirailleurs Banania. Il faut voir avec quelle vanité puérile les rares descendants d’esclaves ou d’indigènes, pas toujours les plus méritants ni les plus honorables, qu’on décore de la Légion d’honneur ou de l’ordre national du Mérite, arborent, pour paraître distingués, leur petit ruban rouge ou bleu dans des circonstances où, pourtant, ce n’est guère de mise. C’est assez distrayant de les voir se bousculer aux réceptions officielles et s’élever sur la pointe des pieds pour être aperçus du ministre qui s’en fout éperdument. C’est comme ça que le système fonctionne depuis quelques décennies. Y compris dans les banlieues où des satrapes corruptibles arrivent, grâce à deux tiers d’abstentions, à se faire élire triomphalement par des malheureux qui seraient prêts à subir l’esclavage pourvu que le maître leur dise qu’il est de gauche.

Mais que se passerait-il si, demain, descendants d’esclaves et d’indigènes, héritiers de la mauvaise part de la France coloniale, victimes du racisme insidieux, ceux qu’ils appellent entre eux bamboulas, bougnoules ou gnakoués, ceux dont les partis ne veulent pas, formaient leur parti bien à eux et si ce parti-là atteignait le seuil des 5 % qui permet d’avoir une représentation aux Européennes ? J’ai fait l’expérience sur le terrain. Sans aucuns moyens, sans parti, sans investiture, sans avoir le temps de faire campagne, avec une pléthore de concurrents, malgré les trahisons, malgré les manœuvres de ceux qui croyaient que je ne survivrais pas à l’expérience, j’ai allègrement franchi la barre fatidique des 1% en deçà de laquelle un parti n’a pas d’existence légale. Il me semble donc qu’avec des moyens, le soutien d’un parti indépendant, un peu de persévérance, il ne serait vraiment pas difficile de faire quatre fois mieux. En faisant quatre fois mieux dans cinquante circonscriptions de France, les descendants des esclaves et des indigènes seraient enfin des citoyens à part entière. C’est une question de dignité. Et qu'avons nous à perdre si on ne nous laisse pas le choix ? Que ceux qui sont prêts lèvent le doigt !

mardi 11 novembre 2008

Pour l’égalité effective

Comme il était prévisible, l’élection de Barack Obama a mis en lumière le retard de la France dans la lutte contre les discriminations visant les descendants des esclaves et des indigènes des anciennes colonies. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et de rien d’autre. Barack Obama a ceci de particulier qu’il est (pour moitié) le descendant d’un habitant de pays colonisé réduit au statut d’indigène par un pays occidental colonisateur.

C’est un handicap dont il a triomphé à titre personnel, grâce à son mérite, en franchissant les obstacles d’un système scolaire sélectif.

C’est aussi un handicap dont le système de choix des élites politiques en vigueur aux USA a triomphé en laissant à Obama sa chance de prouver qu’il était le meilleur.

En France, ceux qui ont réussi à franchir les obstacles scolaires les plus difficiles, s’ils ne sont pas nombreux, ne sont pas rares. En revanche, le système de cooptation des élites leur barre systématiquement la route. C’est la raison pour laquelle la réussite d’Obama, en l’état, est impossible chez nous. Tout le monde le reconnaît implicitement. Tout le monde s’accorde sur le fait qu‘il convient d’y remédier.

Pour lutter contre ces discriminations visant particulièrement les descendants d'indigènes et d'esclaves, il faut admettre que c’est l’histoire de l’expansion coloniale qu’ont subie leurs ancêtres et non la couleur de leur peau qui créée un lien entre les discriminés. La couleur n’est que l’habillage destiné à masquer les ravages de l’histoire.

Dans ces conditions, il va de soi que tout remède fondé sur la couleur serait pire que le mal.

Quant à l’idée de discrimination positive, qui vient d’être relancée, elle mérite d’être examinée. Discrimination positive, c’est une figure de style qu’on appelle un oxymore : la réunion de deux mots de sens contradictoire destinée à frapper l’imagination, à faire de l’effet. Chacun sait (et ceux qui en sont victimes plus encore que les autres) que nulle discrimination n'est positive. La discrimination, c’est au contraire ce contre quoi on doit lutter. L’utilisation d’une formule oxymorique pour exterminer un fléau laisse trop penser qu’on va s’en tenir à de la rhétorique pour suppléer toute analyse. Et c’est ce qu’on a fait jusqu’ici. Mais le temps n'est plus aux jeux de mots.

Si la discrimination positive, ce sont des mesures destinées à garantir l’égalité effective des Français entre eux, alors appelons-la plutôt : égalité effective, ce qui sera une adaptation bien plus convenable de l’idée anglo-saxonne d'"affirmative action''. L’égalité des droits est inscrite au fronton des institutions françaises, mais elle n’est pas du tout effective pour les descendants des anciens esclaves et des anciens indigènes qui subissent aujourd’hui des discriminations particulières fondées sur des préjugés absurdes.

Quels sont les premiers obstacles à abattre ?

Ceux qui obèrent l'avenir des plus jeunes, les discriminations scolaires, objectives, résultant des ghettos où des politiques cyniques ont parqué les descendants d'indigènes et d'esclaves; des ghettos qui empêchent leurs plus jeunes habitants de participer avec des chances égales à la sélection scolaire méritocratique sur lequel - c'est un fait - est largement fondé le système de recrutement des élites. On ne peut gagner une course à cloche-pied.

Mais à quoi bon des diplômes si c'est pour rester au bord du chemin ?

S'il l'on ne veut pas que les voitures recommencent un jour à brûler, il faut montrer de toute urgence aux plus jeunes que le mérite est payant et en finir maintenant avec cette discrimination subjective et sournoise des élites qui, à diplôme ou compétence égale, dans le système de cooptation qui complète (et parfois remplace) celui de la méritocratie, donne toujours la préférence au Français qui n‘est pas descendant d’indigène ou d’esclave. Il faut des signes forts témoignant d'une volonté sincère de lutter contre les préjugés révoltants qui frappent les Obama français, ceux qui ont franchi les obstacles de la discrimination scolaire, mais qu'on fait semblant d'ignorer.

La lutte contre la discrimination scolaire a déjà été mise en place de manière sporadique. Il est relativement facile de la renforcer en fonction de critères liés à la situation sociale ou au lieu d’habitation et fondés sur des statistiques objectives et républicaines. Le taux de chômage, par exemple, particulièrement élevé dans certaines banlieues et les départements d’outre-mer. Le principe est simple : donner un peu plus à ceux qui ont moins de chances. Plus de professeurs, par exemple, à nombre d’élèves égal, plus d’heures facultatives. C’est un choix politique.

La lutte contre la discrimination subjective dans la cooptation des élites politiques, économiques, culturelles est plus difficile à mettre en œuvre. Toute démarche fondée sur des quotas reposera fatalement sur des statistiques différentialistes et racistes, conduira exactement à l’inverse de ce qui est nécessaire, exaspérera les tendances communautaires et dressera les Français les uns contre les autres.

Le critère de la couleur favorise les plus médiocres, généralement conformistes et rassurants, et non pas les plus méritants, généralement les plus novateurs, donc les plus difficiles à coopter. Socrate, Descartes, Galilée, Spinoza, Toussaint Louverture, Delgrès, Césaire, Obama étaient dérangeants. Les quotas les auraient éliminés.

Si les victimes des discriminations contre lesquelles on veut lutter sont les descendants des anciens esclaves et des anciens indigènes des colonies françaises, pourquoi ne pas se servir de ce critère objectif qui les identifie pour mettre en place un système – pendant une période limitée - non pas de quotas mais d'incitations ?

Ainsi, dans le domaine politique, les partis, qui concourent à l’expression du suffrage universel et qui, à ce titre, bénéficient d’une aide financière publique importante fondée sur la représentativité (le nombre de voix obtenues, le nombre d’élus) pourraient se voir incités à faire élire davantage ceux de leurs adhérents dont l’un au moins des ascendants est né dans une ancienne colonie française sans avoir la qualité de citoyen français à part entière : une définition qui recoupe parfaitement tous les cas de figure des victimes de la discrimination contre laquelle on cherche à lutter, sans toutefois contrevenir au principe républicain fondamental selon lequel il n’y a pas de distinction de couleur entre citoyens français (loi du 16 octobre 1791).

On pourrait également imaginer que les grandes entreprises puissent bénéficier d’exonérations particulières (fiscales, sociales) lorsqu’elles nomment à des postes de responsabilité des Français dont l’un des ascendants serait, de même, né dans une ancienne colonie française sans avoir la qualité de citoyen français à part entière.

Cette politique incitative devrait naturellement être renforcée par une politique de lutte contre le racisme au moyen d’un aménagement spécifique des programmes scolaires (classes de philosophie, d’histoire, de français, de biologie) et de dispositions particulières dans le cahier des charges des sociétés autorisées par le CSA à exploiter un service public de radiodiffusion.

mardi 4 novembre 2008

Nous sommes tous des Obama français

Comme il est étrange, cet engouement français pour l’élection présidentielle américaine ! Et comme il est curieux de lire, de voir et d’entendre ces journalistes qui font mine de déplorer qu’il n’y ait pas d’Obama français alors que ce sont eux qui semblent l’avoir décidé en excluant a priori et systématiquement tout Obama potentiel pour exhiber leurs béni-oui-oui habituels, choisis à cause de leurs alliances ou de leur sottise (parfois les deux). Regardez un peu ce que nos maîtres censeurs essaient de désigner comme les représentants des «noirs» de France, après avoir tenté de fabriquer de toutes pièces une communauté qui ne peut exister que dans le malheur. On pourrait imaginer qu’un pays comme la France donne au moins l’exemple en rappelant que Barack Obama n’a rien de particulier si ce n’est d’être le meilleur candidat de cette élection, en saluant une démocratie où les partis politiques ne barrent pas la route aux candidats sur la seule considération de la couleur de leur peau. C’est d’ailleurs en jouant cette carte universaliste et, au fond, de tradition française, qu’Obama est là où il est.

Mais c’est tout l’inverse qui se produit. La part la plus nauséabonde de la France, celle qui prétend représenter le pays, parler au nom du pays, sous prétexte qu’elle a le porte-voix, de s’exciter sur cette prétendue couleur d’Obama, comme le colon fantasmait sur le cul de la "négresse", avec d’autant plus de nervosité qu’on sait bien qu’ici un Obama aurait, depuis longtemps, été abattu en plein vol. Depuis des décennies, tous les partis politiques français, de droite, du centre, de gauche, d’extrême gauche, les ont brisés, laminés, ostracisés, nos Obama. Dès qu’il s’en présentait un, méthodiquement, sournoisement, efficacement, on l’abattait, on le détruisait. Par peur, par bêtise. Voilà où on en est arrivés, à force de vouloir censurer l’histoire. L’Amérique, ancienne colonie esclavagiste, a été obligée d’assumer son passé. En France, on en est encore à se demander s’il est bon d’en parler.

Ce qui se passe en ce moment aux États-Unis met simplement en lumière que la France est gangrenée par le racisme hypocrite de l’élite au pouvoir. Un racisme qui est absolument le même à gauche qu’à droite. Alors, forcément, pendant ce temps, dans les ghettos où se font élire des politiciens corrompus avec des taux d’abstention atteignant parfois les quatre cinquièmes, des jeunes rêvent d’Amérique pour oublier leur quotidien révoltant.

Et pourtant, il y en a des Obamas français. Il y en a même depuis longtemps. En octobre 1795, à une époque où la France savait tirer toutes les conséquences des principes universalistes qui ont fondé la République, c’est le général de division Alexandre Dumas, né esclave à Saint-Domingue, que la Convention appelait à la rescousse, sans s’occuper de la couleur de sa peau. Mais l’essieu de sa voiture se brisa à la patte d‘Oie de Gonesse et c’est un traîne-savate raciste qui lui souffla la place, rétablissant l’esclavage et institutionnalisant un système ouvertement fondé sur des préjugés dont nous ne sommes pas sortis. Puis de deux siècles après, le même pays, en plein Alzheimer, ne se souvient plus de rien. Des vieillards gâteux, arc-boutés sur une prétendue grandeur napoléonienne qui fait rire le monde entier, n’essayant même plus de cacher les fantasmes coloniaux qui rongent leur vieille carcasse, tentent de nous faire avaler leur vomi communautariste, ce que l’Europe a produit de plus abominable.

Non, les «noirs» de France n’ont aucune raison communautaire de se réjouir de l’élection d’Obama. Mais tous les Français auxquels le racisme a un jour barré la route peuvent espérer, peut-être, grâce à cet exemple donné par le pays jusqu’à ce jour le plus puissant du monde, que justement, on arrive à s’intéresser enfin à autre chose qu’à la couleur de leur peau.