le Blog de Claude Ribbe

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mercredi 22 avril 2009

Les "états généraux" de l'Outre mer ou la politique de la tête dans le mur

On aimerait que celui ou celle qui a eu cette belle idée d’états généraux de l’Outre mer se fasse connaître et qu’il ou elle en assume aujourd’hui la paternité (ou la maternité) avec courage. Faut-il rappeler que les états généraux de 1789 rassemblaient des élus représentatifs et pas, comme aujourd'hui, des béni oui oui engraissés dans les cocktails de la «Françantille » ? Quand on appelle à des états généraux, il faut que lesdits états soient généraux. Pas particuliers. Quitte à ce qu'il y ait des états généraux de l’Outre mer, ils auraient dû être tenus il y a deux ans et résulter d’une concertation préalable sur l’opportunité d’une telle opération, sur les thèmes abordés, sur les modalités de la consultation. Il n’en a rien été. Faute d’un consensus fondateur, ils sont voués dès le départ à l’échec. Et le remède risque d'être pire que le mal. Le conflit, qui a commencé officiellement en Guadeloupe au mois de janvier, mais qui couvait depuis plusieurs années, sans que cela préoccupe le gouvernement outre mesure, avait amené le ministre de l’Outre mer, Yves Jégo, à se rendre immédiatement sur place et à entamer des négociations franches avec toutes les parties, ce qui était la bonne méthode. Le fait de le rappeler brusquement à Paris et de brandir l'épouvantail de l'indépendance au lieu d'appliquer les lois de la République sans distinction de latitude ni de couleur a déclenché une crise sans précédent dont on est très loin d’être sorti. Si on rappelait le ministre, il fallait que le Premier ministre se rende immédiatement sur place ou, mieux encore, le président de la République lui-même. Il n’en a rien été. La crise a été gérée à la petite semaine et le gouvernement a fini tout simplement par céder. Le fait de vouloir organiser de prétendus états généraux au lieu d’annoncer des mesures concrètes montrant que le message, pourtant très clair, de la Guadeloupe et de la Martinique a été compris, est le signe d’un aveuglement et d’une surdité qui n’annoncent rien de bon. Mais le plus étrange est que l’on se vante aussi d’organiser des états généraux de l’outre mer en métropole, alors qu’une délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d’outre mer a été créée par Nicolas Sarkozy en juillet 2007. Y aurait-il donc une crise chez les Français métropolitains originaires d’outre mer, comparable à la crise qui secoue les Antilles et qui n’aurait fait que s’aggraver depuis la mise en place de cette délégation miracle ? On s’interrogeait sur le sens et bilan de cette officine, au-delà des persécutions et des procès téméraires engagés par le délégué interministériel contre les Ultramarins représentatifs, au-delà du fait le fait que la personnalité même du quidam nommé par le président de la République était un véritable affront pour tous les Antillais (voir mon billet du 22 mai 2008). L’annonce d’états généraux de l’outre mer tenus en métropole est une réponse suffisamment édifiante. Elle déconsidère a priori la notion même d’états généraux de l’outre mer sans qu'il soit nécessaire de s'y intéresser davantage. Le fait que l’organisateur de cette opération disqualifiée d’avance soit le délégué interministériel lui-même, interdit de séjour en Guadeloupe, et à qui l’UGTG à promis de faire descendre tête première, le cas échéant, les 48 marches de ses locaux, en dit long sur la finesse de cet individu et son aptitude à remplir sa mission. Le meilleur reste à venir. Des rumeurs circulent sur le fait qu’on aurait conseillé au Président de la République de se rendre le 10 mai prochain à Bordeaux pour rendre hommage aux esclaves et aux descendants d’esclaves. Les Antillais de métropole - les principaux intéressés - ne sont pas concentrés à Bordeaux mais en région parisienne. Dans la situation actuelle, le fait d'éviter une célébration du 10 mai à Paris serait lourd de sens. Si Nicolas Sarkozy, après avoir participé, on l’espère malgré lui, au carnaval colonial indigne du 10 mai 2008, après avoir annoncé ce jour là, devant un parterre ébahi, que la commémoration du 10 mai aurait lieu en fait le 23 mai, fuyait les Antillais pour aller se cacher à Bordeaux le 10 mai 2009 au lieu d’affronter la réalité de la question mémorielle à Paris, montrant ainsi qu’il confond tout : traite et esclavage, explosion des Antilles et prétendue « question noire », alors il se priverait de toute chances de se réconcilier avec les Antillais et compromettrait ce voyage en Guadeloupe qu'on attend avec beaucoup d'intérêt depuis deux ans. En ce qui me concerne, après avoir contribué au seul monument significatif à l’esclavage jamais érigé en France, j’ai mis en ligne une pétition à Nicolas Sarkozy pour que la Légion d’honneur soit enfin attribuée au général Dumas, au-delà de toutes les arguties développées jusqu’ici par ses conseillers pour la lui refuser. Mille signatures venues du monde entier ont aussitôt appuyé ma démarche. Et ce n’est qu’un début. L’attitude du président de la République envers le général Dumas montrera son intérêt réel pour la Caraïbe et l’outre mer. Et ceux qui ont pratiqué la politique de la chaise vide le 4 avril, lors de l'inauguration du monument au général Dumas à Paris, ceux qui ont envoyé des nervis stipendiés pour tenter de la perturber, ceux qui ont tenté lamentablement d'organiser une contre-opération à la même heure à Nanterre et d'instrumentaliser, une fois de plus, la mémoire de Césaire, ceux qui se conduisent tous les jours en voyous aux frais du contribuable, ne sont sans doute pas les mieux placés pour faire des reproches aux syndicats antillais qui refusent aujourd'hui, à juste titre, de participer à cette opération de communication manquée.

C’est sans doute très bien de décorer, comme cela fut le cas cet hiver, les "belles intelligences françaises" qui ont déclaré que les Martiniquais sont des «assistés ». Mais ce serait encore mieux, pour la dignité de l’ordre national de la Légion d'honneur, de rendre justice au général Dumas.

samedi 18 avril 2009

Les statistiques "ethniques", une imposture française pour entretenir le racisme et nier le passé

La France passe pour le pays des droits de l’homme et se pose volontiers en donneuse de leçons en matière d’antiracisme. La réalité est tout autre : la France a inventé le racisme vers la fin du XVIIIe siècle et l’a imposé au monde dès le début du siècle suivant, à la faveur de la dictature napoléonienne que de prétendus historiens essaient encore de présenter comme une période heureuse de l’histoire. Le fait d’assigner des êtres humains à une prétendue « race » a servi au XVIIIe siècle à masquer la réalité du présent : les Français trafiquaient des êtres humains et exploitaient les survivants dans des territoires conquis par la violence et baptisés « nouveau monde » comme s’ils n’avaient jamais existé auparavant. Aujourd’hui, le fait d’alimenter un débat artificiel sur les statistiques dites ethniques (un mot inventé par le théoricien ultra raciste Vacher de Lapouge) est simplement une manière de maintenir le statu quo raciste en France et de nier le passé. Le racisme en France est une réalité d’autant plus effrayante qu’elle n’est pas reconnue. Il suffit d’aller dans n’importe quel restaurant parisien pour se rendre compte que les Afro-Français sont relégués aux cuisines, tandis que le personnel de service est sélectionné selon la blancheur de la peau. Tout le monde le sait. Personne n’en parle. Il suffit de regarder la composition de l’Assemblée nationale pour comprendre qu’elle est recrutée selon des critères de « race » qui ne se disent pas, mais que le système électoral impose. Tous les médias français sont de même quasi-exclusivement composés de journalistes recrutés à la couleur, excepté quelques Afro-alibis sélectionnés en fonction de leur sottise, de leur soumission et de leur propension à véhiculer le racisme ambiant. Et quand on invite de prétendus « noirs » à s’exprimer, on choisit toujours les plus bêtes, les plus incultes, dans l’espoir de désespérer les autres. Ainsi ce sont généralement les sportifs ou les chanteurs qui s’expriment sur les questions philosophiques ou historiques, trop imbus d’eux-mêmes pour se rendre compte à quel point ils sont manipulés et ridiculisés. En France, ce sont les gens à la peau blanche et les gens à la peau blanche uniquement qui ont le droit de parler des autres, de dire ce qu’ils sont, ce qui leur convient. Une loi a été votée en 2001 pour rendre hommage aux descendants d’esclaves. Un comité pour la mémoire de l’esclavage a été nommé à la hâte au moment où la France perpétrait un coup d’État contre Haïti afin de nier le passé esclavagiste. Ce comité a totalement été dépourvu de moyens pour qu’on soit bien sûr qu’il ne serve vraiment à rien et ne fasse rien. Ne pouvant rien faire, il n’a donc rien fait et n’a même pas eu le droit, en 2008, d’organiser la partie officielle de la journée pour la mémoire de l’esclavage dont on se souviendra longtemps. Tous les efforts sont allés dans le sens de la division et les plus diviseurs étaient bien entendu ceux qui prétendaient tenir un discours d’unité fondé sur la « race ». Aujourd’hui certains journalistes, en réalité activistes de la pensée raciste, tentent encore d’introduire des statistiques « ethniques », contre tous les principes de la République française, bafoués il est vrai par la pratique. L’idée est de nier le « métissage » qui fait toute la spécificité française, les « métis » étant bien entendu considérés par les racistes comme « noirs » (voir le cas du général Dumas ou du chevalier de Saint-George). Au moment où les Antilles se sont mises en révolution (sans même attendre, comme en 1789 la réunion des états généraux dont les représentants, soit dit en passant étaient, même à l’époque, élus et non pas choisis par le pouvoir), un pesant silence pèse sur le renouvellement du comité pour la mémoire de l’esclavage, dont les membres ont cessé d’être officiellement en fonctions depuis la mi-janvier, mais qui ne sont pas renouvelés. Des rumeurs laissent entendre que le président de la République, au lieu d’affirmer, comme on pourrait s’y attendre vu les circonstances, son attachement à la communauté afro-antillaise de France, qui se trouve majoritairement concentrée dans la région parisienne, fuirait cette communauté le jour du 10 mai 2009 pour se rendre à Bordeaux, ancien port négrier, certes, mais ville nullement emblématique de l’esclavage. La traite s’est pratiquée notamment à partir de Bordeaux. Mais c’est aux Antilles, pas à Bordeaux, que l’esclavage a été perpétré. C’est donc là où vivent les Antillais de métropole et pas ailleurs que l’esclavage doit être évoqué pour rendre hommage aux descendants d’esclaves, là où ils sont. Le président de la République ne semble pas avoir d’opinion arrêtée sur la question. Il paraît s’en remettre à des conseillers sur lesquels on espère qu’il finira par s’interroger : quelles sont au fait les raisons pour lesquelles il a choisi ceux là précisément ? On espère que même si ces conseillers ne comprennent rien ou ne veulent rien comprendre, il est bien conscient, lui, le président de tous les Français, que l’endroit où il se trouvera le 10 mai prochain, la composition de son comité pour la mémoire (et l’histoire...) de l’esclavage, son attitude à l’égard des statistiques racistes, condamnées par Simone Veil, et bien sûr la question de la Légion d’honneur du général Dumas détermineront - et pour longtemps - l’attitude des Antillais à son égard. Les vrais Antillais, bien sûr, pas ceux qui lui lèchent les semelles à Paris, dans l’espoir qu’on leur jette quelques os à rogner. La France a été obligée d'abolir l'esclavage et elle a perdu ses colonies. Mais il y a en France des descendants d'esclaves et des descendants d'indigènes. Ils ont une histoire. Ils représentent un quart état. Si la classe dirigeante persiste à nier l'existence de ce quart état, à mépriser ses héros, à manipuler son histoire, personne n'est en mesure de prévoir ce qui se passera. L'offense à la mémoire peut coûter au moins aussi cher que l'aveugelemnt face aux inégalités sociales.