mercredi 22 avril 2009
Les "états généraux" de l'Outre mer ou la politique de la tête dans le mur
Par Claude Ribbe, mercredi 22 avril 2009 à 11:46 :: General
On aimerait que celui ou celle qui a eu cette belle idée d’états généraux de l’Outre mer se fasse connaître et qu’il ou elle en assume aujourd’hui la paternité (ou la maternité) avec courage. Faut-il rappeler que les états généraux de 1789 rassemblaient des élus représentatifs et pas, comme aujourd'hui, des béni oui oui engraissés dans les cocktails de la «Françantille » ? Quand on appelle à des états généraux, il faut que lesdits états soient généraux. Pas particuliers. Quitte à ce qu'il y ait des états généraux de l’Outre mer, ils auraient dû être tenus il y a deux ans et résulter d’une concertation préalable sur l’opportunité d’une telle opération, sur les thèmes abordés, sur les modalités de la consultation. Il n’en a rien été. Faute d’un consensus fondateur, ils sont voués dès le départ à l’échec. Et le remède risque d'être pire que le mal. Le conflit, qui a commencé officiellement en Guadeloupe au mois de janvier, mais qui couvait depuis plusieurs années, sans que cela préoccupe le gouvernement outre mesure, avait amené le ministre de l’Outre mer, Yves Jégo, à se rendre immédiatement sur place et à entamer des négociations franches avec toutes les parties, ce qui était la bonne méthode. Le fait de le rappeler brusquement à Paris et de brandir l'épouvantail de l'indépendance au lieu d'appliquer les lois de la République sans distinction de latitude ni de couleur a déclenché une crise sans précédent dont on est très loin d’être sorti. Si on rappelait le ministre, il fallait que le Premier ministre se rende immédiatement sur place ou, mieux encore, le président de la République lui-même. Il n’en a rien été. La crise a été gérée à la petite semaine et le gouvernement a fini tout simplement par céder. Le fait de vouloir organiser de prétendus états généraux au lieu d’annoncer des mesures concrètes montrant que le message, pourtant très clair, de la Guadeloupe et de la Martinique a été compris, est le signe d’un aveuglement et d’une surdité qui n’annoncent rien de bon. Mais le plus étrange est que l’on se vante aussi d’organiser des états généraux de l’outre mer en métropole, alors qu’une délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d’outre mer a été créée par Nicolas Sarkozy en juillet 2007. Y aurait-il donc une crise chez les Français métropolitains originaires d’outre mer, comparable à la crise qui secoue les Antilles et qui n’aurait fait que s’aggraver depuis la mise en place de cette délégation miracle ? On s’interrogeait sur le sens et bilan de cette officine, au-delà des persécutions et des procès téméraires engagés par le délégué interministériel contre les Ultramarins représentatifs, au-delà du fait le fait que la personnalité même du quidam nommé par le président de la République était un véritable affront pour tous les Antillais (voir mon billet du 22 mai 2008). L’annonce d’états généraux de l’outre mer tenus en métropole est une réponse suffisamment édifiante. Elle déconsidère a priori la notion même d’états généraux de l’outre mer sans qu'il soit nécessaire de s'y intéresser davantage. Le fait que l’organisateur de cette opération disqualifiée d’avance soit le délégué interministériel lui-même, interdit de séjour en Guadeloupe, et à qui l’UGTG à promis de faire descendre tête première, le cas échéant, les 48 marches de ses locaux, en dit long sur la finesse de cet individu et son aptitude à remplir sa mission. Le meilleur reste à venir. Des rumeurs circulent sur le fait qu’on aurait conseillé au Président de la République de se rendre le 10 mai prochain à Bordeaux pour rendre hommage aux esclaves et aux descendants d’esclaves. Les Antillais de métropole - les principaux intéressés - ne sont pas concentrés à Bordeaux mais en région parisienne. Dans la situation actuelle, le fait d'éviter une célébration du 10 mai à Paris serait lourd de sens. Si Nicolas Sarkozy, après avoir participé, on l’espère malgré lui, au carnaval colonial indigne du 10 mai 2008, après avoir annoncé ce jour là, devant un parterre ébahi, que la commémoration du 10 mai aurait lieu en fait le 23 mai, fuyait les Antillais pour aller se cacher à Bordeaux le 10 mai 2009 au lieu d’affronter la réalité de la question mémorielle à Paris, montrant ainsi qu’il confond tout : traite et esclavage, explosion des Antilles et prétendue « question noire », alors il se priverait de toute chances de se réconcilier avec les Antillais et compromettrait ce voyage en Guadeloupe qu'on attend avec beaucoup d'intérêt depuis deux ans. En ce qui me concerne, après avoir contribué au seul monument significatif à l’esclavage jamais érigé en France, j’ai mis en ligne une pétition à Nicolas Sarkozy pour que la Légion d’honneur soit enfin attribuée au général Dumas, au-delà de toutes les arguties développées jusqu’ici par ses conseillers pour la lui refuser. Mille signatures venues du monde entier ont aussitôt appuyé ma démarche. Et ce n’est qu’un début. L’attitude du président de la République envers le général Dumas montrera son intérêt réel pour la Caraïbe et l’outre mer. Et ceux qui ont pratiqué la politique de la chaise vide le 4 avril, lors de l'inauguration du monument au général Dumas à Paris, ceux qui ont envoyé des nervis stipendiés pour tenter de la perturber, ceux qui ont tenté lamentablement d'organiser une contre-opération à la même heure à Nanterre et d'instrumentaliser, une fois de plus, la mémoire de Césaire, ceux qui se conduisent tous les jours en voyous aux frais du contribuable, ne sont sans doute pas les mieux placés pour faire des reproches aux syndicats antillais qui refusent aujourd'hui, à juste titre, de participer à cette opération de communication manquée.
C’est sans doute très bien de décorer, comme cela fut le cas cet hiver, les "belles intelligences françaises" qui ont déclaré que les Martiniquais sont des «assistés ». Mais ce serait encore mieux, pour la dignité de l’ordre national de la Légion d'honneur, de rendre justice au général Dumas.