le Blog de Claude Ribbe

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samedi 29 août 2009

La légion d’honneur du général Dumas : vers une nouvelle affaire Dreyfus ?

La Légion d’honneur est la plus haute décoration française. L’avoir ou pas n’a guère d’importance. On ne la demande pas. On ne la refuse pas. Il y a des gens remarquables, mais parfois aussi des gens méprisables, qui l’ont. Il y a des gens remarquables, mais parfois aussi des gens méprisables, qui ne l’ont pas. Ce qui est intéressant, dans le cas exemplaire du général Dumas c’est qu’il s’agit d’un personnage historique hors du commun et totalement effacé des livres d’histoire à cause de la couleur de sa peau et de ses origines. D’autant plus que la réussite de ce républicain de gauche avait été fulgurante et qu’il est absolument inattaquable. Même Philippe de Villiers est obligé de se découvrir devant ce « bleu » qui démissionna pour ne pas massacrer les Vendéens, ses adversaires. Le courage et l’honneur personnifiés. Or le général Dumas est le seul général de l’histoire de France, depuis la création de l’ordre en 1802, à ne pas avoir été gratifié de cette décoration. Parce que c'était un "nègre" et qu'en France, depuis 1802, les "nègres", on ne les aime pas trop. Surtout pas en généraux. Au fait, combien de nègres généraux dans la France de 2009, Monsieur le ministre de la Défense ? Vous ne tenez pas de statiistiques ethniques. Vous avez raison. Mais pensez-y de temps en temps. Outre les exploits du général Dumas, son fils est une figure constitutive de ce que certains appellent l’identité française. J’ai expliqué dans mon dernier livre, "Le Diable noir" (éditions Alphée-Jean-Paul Bertrand) en quoi le général Dumas est sans conteste le modèle principal de tous les romans de son fils et, en particulier, des "Trois Mousquetaires". Une évidence qui rend malades beaucoup de racistes, obligés de contourner le problème.

En 2001, avant l’élection présidentielle, Jacques Chirac, qui manquait d’idées - c’est le moins que l’on puisse dire – a écouté la proposition d’une de ses conseillères, Valérie Terranova : transférer les cendres d’Alexandre Dumas au Panthéon. Ni Terranova ni, a fortiori, Chirac, n’imaginaient un seul instant le service qu’ils allaient rendre au général Dumas et le vilain tour qu’ils jouaient à Dominique de Villepin, dont la fascination pour Napoléon, contre toute attente, allait sérieusement entraver les ambitions. Je me suis empressé d’occuper la brèche depuis huit ans, faisant sauter les verrous (dont la napoléonite) avec les moyens appropriés. Alexandre Dumas honoré par la République, voilà qui oblige la République – tôt ou tard - à honorer le général Dumas. Le fils a consacré sa vie à venger son père et certaines vengeances durent longtemps. Alexandre, outre qu’il a subi toute sa vie le racisme de ses contemporains, a toujours voulu que justice soit rendue à son père. Et il l’a écrit dès 1838 en réclamant un monument qui devait n’être érigé qu’en 1913 à Paris, détruit bien sûr par les nazis en 1943, réinstallé symboliquement le 4 avril 2009 à mon initiative (place du général-Catroux à Paris). Ce monument gigantesque, figurant des fers d’esclave rompus, insiste avec toute la lourdeur nécessaire sur l’aspect le plus dérangeant de l’histoire des Dumas : le général Dumas était né esclave dans la colonie de Saint-Domingue, aujourd’hui République d’Haïti.

La Légion d’Honneur a été créée par Napoléon la veille du jour où il rétablissait l’esclavage dans les colonies françaises. Et le grand maître de la Légion d’Honneur n’est autre que le président de la République, Nicolas Sarkozy. J’ai profité de la première l’occasion de le croiser, le 8 février 2008 et là, les yeux dans les yeux, je lui ai posé clairement la question : «Vous qui parlez de rupture, allez-vous oui ou non réintégrer le général Dumas dans ses droits et lui accorder la Légion d’honneur à titre posthume, ce que votre prédécesseur a refusé de faire ? ». Imaginez bien la scène. C’était à l’Elysée et cela a duré environ deux minutes. Nicolas Sarkozy ne connaissait pas le général Dumas et ne s’en est pas caché. Il m’a demandé de lui adresser un exemplaire la première biographie que j’avais publiée en 2002, Alexandre Dumas le dragon de la Reine (épuisé) et promis qu’après avoir lue, il ferait le nécessaire. Donc il peut faire le nécessaire. L’après-midi, le livre était sur son bureau. Naturellement, il a fallu secouer le cocotier car les conseillers du président de la République ne se sont guère empressés de «faire le nécessaire». Outre que plusieurs d’entre eux se moquent éperdument du général Dumas et ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre) le caractère exemplaire de cette cause, eu égard à mon engagement pour la cause des descendants d’esclaves, mes positions contre le coup d’Etat en Haïti en 2004, mon obstination à dénoncer certains voyous qui se disent proches du Président et nuisent gravement à son image, mon mépris pour l’esclavagiste Napoléon et surtout pour les racistes qui le glorifient, mon analyse des préjugés coloniaux français - que d’aucuns disent dévastatrice - et surtout à mon indépendance, cela peut se comprendre. J’ai dû insister. Nicolas Sarkozy m’a adressé une lettre très polie pour ne pas dire aimable. Les termes étaient minutieusement pesés. Après avoir lu mon livre, apparemment, ou l’avoir fait lire par des conseillers qui lui ont rédigé une note détaillée, il reconnaissait non seulement les mérites du général Dumas, mais la dette de la France à son égard. La dette. C’est Nicolas Sarkozy qui a utilisé ce mot et la lettre est signée de sa main. Pour ce qui est de la Légion d’Honneur, suivant l’avis de ses conseillers, il s’est abrité derrière la réglementation en vigueur (qu’il a cependant tout loisir de modifier à sa guise) : pas de remise de décoration à titre posthume, si ce n’est pour les militaires morts au combat dans le mois qui suit leur décès. La grande chancellerie n’a pas envie d’être submergée de demandes qui, pour être examinées, demanderaient un travail considérable. Très bien. Alors j’ai utilisé un argument imparable : le général Dumas était de droit membre de la Légion d’Honneur. La législation raciste de Napoléon l’a empêché de faire valoir ses droits. À Nicolas Sarkozy de réintégrer solennellement le général Dumas dans ses droits et de montrer qu’à travers ce geste la République française – au-delà des préoccupations à court terme d’un politicien de droite qui doit forcément ménager l’extrême droite s’il veut être réélu - condamne le racisme, y compris la négrophobie. Une pétition a été mise en ligne le 14 avril 2009. Elle a déjà recueilli plus de 2000 signatures – parmi lesquelles des intellectuels du monde entier - jusqu’à présent dans l’indifférence des principaux médias français. Même Villers-Cotterêts, la ville qui a accueilli le général Dumas en 1789, mais aussi la ville de France où le vote pour le Front national est le plus important, a pris position. La pétition a en effet été relayée par le maire de cette commune, Jean-Claude Pruski (PS), la plupart de ses adjoints et de nombreux administrés. Leur signature figure en bonne place sur la pétition. Le nombre des pétitionnaires augmente de jour en jour. Les politiques finiront par prendre position. Le secrétaire d’Etat à l’Outre mer, Yves Jego, l’avait fait avec courage avant d’être remercié comme on sait. Idem pour Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’Egalité des chances, qui a tout de suite compris l’enjeu de ce dossier. Quelle sera l’attitude de Marie-Luce Penchard qui vient de succéder à Yves Jego et qui est parfaitement au courrant (puisque nous nous sommes rencontrés, je crois, le 8 décembre 2008 à ce sujet, et à la demande de Claude Guéant) ? Et les socialistes : Frêche ou Dumas ? Et l'ancien lieutenant Le Pen, qu'en dit-il du général Dumas ? Et Finkielkraut, la "belle intelligence française", récemment promu officier de la Légion d'Honneur par NS, va-t-il signer la pétition du "normalien noir" pour le "général noir" ? Et les francs-maçons de France, vont ils la signer la pétition pour leur frère Dumas, injustement écarté de l'honneur français ? Etr les anciens combattants, vont-ils rester indifférents à ce brave des braves qui, le sabre à la main, ceint de son écharpe tricolore, résista seul sur un pont à une horde d'Autrichiens déchaînés contre le Diable noir ? Tout cela parce qu'il avait, lui le "nègre", l'ancien esclave, le sans-papiers, l'Africain qui était entré dans l'histoire par la grande porte, une certaine idée de la france et de l'honneur français ? La Légion d’honneur du général Dumas est un dossier majeur car la décision que prendra Nicolas Sarkozy, très observée aux Antilles, mais aussi à l’étranger - et en particulier aux USA - montrera sa position réelle par rapport au racisme qui gangrène une certaine France depuis 1802. Peut-il imaginer de se rendre en Haïti, comme il en avait le projet, sans avoir préalablement rendu justice au général Dumas ? Quelle serait sa réaction si Barack Obama en personne, un jour - who knows ? - se sentait obligé de lui parler de cette affaire ? Certains proches du président américain n’ont-ils pas déjà signé la pétition ?

pour signer: http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

Les éléments du débat sont sur facebook (extrait des lettres de Nicolas Sarkozy et Yves Jego, preuve que le général Dumas était bien membre de droit de la Légion d'honneur)

http://www.facebook.com/home.php#/note.php?note_id=136782589084&ref=mf

vendredi 28 août 2009

Racisme : France Musique, France Culture, chaînes de service public pour Français « blancs » ?

Suite à mes commentaires sur l’affaire Girot de Langlade, j’ai reçu des messages préoccupants. Qu’on en juge : « C'est plutôt la direction d'Orly qu'il faudrait attaquer en Justice pour son recrutement qui se fait sur une base évidemment raciste. En effet, quiconque prend l'avion ne peut que constater cette évidence: il n'y a pratiquement plus que des noirs employés aux contrôles dans les aéroports. Et ce n'est pas normal une telle embauche basée sur la couleur de peau » (Herbe de Provence) Ou bien : « Le scandale n'est-il pas plutôt qu'il y a vraiment plus que des noirs travaillant dans les aéroports parisiens? Comment cela se fait-il? Le recrutement se fait-il sur une base raciste ? » (Claude) Laissons de côté le fait que je soupçonne « Herbe de Provence » et « Claude » d’être Girot de Langlade en personne. Il y aurait donc des gens qui se plaignent d’une embauche prétendument basée sur la couleur de peau ? Dans le principe, je ne leur donne pas tort. Il est évident qu’on a une certaine tendance en France, comme aux USA d’ailleurs, à fonder certains emplois sur la colorimétrie. Les postes de vigiles – qui sont là pour faire peur – sont généralement pourvus par des personnes originaires du Sud, ce qui a l’avantage d’entretenir les préjugés tout en protégeant ce que l’on a à protéger : la bijouterie, la pharmacie, la surprise-partie des ados blonds dans les quartiers chics ou même la frontière de la France à l’aéroport d’Orly (contre les envahisseurs domiens). Les affreux sont toujours des Afros. Il n’y a que dans la police – et surtout dans la gendarmerie - que ça ne fonctionne pas. Les flics sont généralement clairs de peau. Quand ils ne le sont pas, ils ont toujours un chef qui l’est et qui surveille ce qu’ils font. Mais suivons le raisonnement de nos contradicteurs. Pourquoi n’y aurait-il, par exemple, que des « blancs » pour travailler à la télé, dans les journaux, dans les radios, dans les ministères, à la direction des entreprises. Pourquoi n’y aurait-il que des « blancs » à l’UMP, au PS, au Modem, au PC, chez les Verts, à l’Assemblée nationale, à la tête des 20 régions métropolitaines ? Pourquoi Rama Yade serait-elle moins dérangeante aux Sports qu’aux droits de l’Homme ? Pourquoi n’y aurait-il que des « blancs » qui auraient le droit de parler des « noirs », ou pis, au nom des « noirs » ? ne serait-ce pas, cela aussi, une forme de discrimination « positive » bien inutile et bien contraire aux principes de la République ? En tout cas, Girot crie au complot. Je le comprends. On le nomme aux états généraux de l’Outre mer, sachant très bien qui il est. Puis, d’un seul coup, on dit qu’il est raciste. Mais il s’est peut-être trompé d’adversaire en ouvrant le feu sur son ministre. Il ne m’a pas semblé que c’était Brice qui avait tapé le plus fort sur le préfet. J’en ai entendu japper d’autres, beaucoup plus dangereux que Girot, qui n’avaient pas de mots assez durs pour condamner le correspondant des états généraux. Ceux qui naguère stigmatisaient publiquement les Africains musulmans pratiquant tous, à les croire, l’excision et reprochaient à Rama Yade ses origines sont-ils les mieux placés pour faire ce genre de critiques ? À croire que si complot il y a vraiment eu contre le préfet - pourquoi pas, après tout ? - ils en seraient les instigateurs. C’est peut être au racisme de ceux là qu’on devrait s’intéresser de près. Au fait, j’ai entendu dire que la télévision numérique terrestre (lancée en 2005) arrivait aux Antilles. Pour France Culture (chaîne créée en 1946 au moment de la départementalisation) et France Musique (chaîne créée en 1954, l’année de ma naissance), faudra-t-il attendre tout le troisième millénaire ? France Musique et France Culture seraient-elles des chaînes réservées aux Français « blancs » ?

mercredi 26 août 2009

26 août 1789-26 août 2009

Le 26 août 1789, les députés français reunis en assemblée nationale constituante proclamaient à la face du monde les droits de l'homme et du citoyen.

"Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ;

Article premier

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune."

Au même moment exactement, les bateaux de Nantes, de Bordeaux, et de la Rochelle, battant tous les records du siècle, débarquaient aux Antilles, et particulièrement à Saint-Domingue (République d'Haïti) des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, déportés d'Afrique et vendus comme esclaves.

Pour les constituants de 1789 les "nègres" n'étaient pas des hommes et la déclaration du 26 août 1789 leur était inapplicable. Les intéressés démontrèrent le contraire le 23 août 1791. Ce jour-là, les 500 000 esclaves transportés à Saint-Domingue par les Français se révoltèrent. Personne, même pas l'armée envoyée à l'automne 1801 par Napoléon, ne put jamais les remettre dans les fers ni les exterminer.

Par cet acte libérateur La révolution française était achevée; la déclaration des droits de l'homme devenait universelle. Le 6 février 1794, la convention nationale entérinait la liberté des esclaves en faisant des habitants des colonies, sans distinction de couleur, des citoyens français. Grâce aux courageux haïtiens, tous les esclaves étaient en principe libérés. Les Guadeloupéens et les Guyanais originaires d'Afrique devinrent français avant d'être remis en esclavage par Napoléon en 1802 ( leur libération ne devait finalement intervenir qu'en 1848).

Aujourd'hui, Haïti, dont les esclaves faisaient vivre un Français sur huit en 1789, est l'un des pays les plus pauvres du monde. Une certaine France a saboté le bicentenaire de son indépendance en soutenant un coup d'Etat en janvier 2004, provoquant 20 000 morts. Jamais aucun chef d'Etat français ne s'est rendu en Haïti. Le général Dumas, haïtien né esclave, héros de la révolution française, n'a toujours pas la Légion d'honneur. En 2009, deux Français sur trois déclarent que l'idée de "race humaine a un sens". Près d'un Français sur cinq déclare que "certaines races sont supérieures à d'autres". Un préfet, coordinateur des états généraux de l'outre mer pour la Réunion, se plaint qu'il y ait "trop de noirs" à l'aéroport d'Orly. Il est suspendu, mais de la mission qu'il venait de terminer. A la différence du général Dumas, ce préfet est décoré de la Légion d'honneur.

lundi 17 août 2009

Tolérance zéro : M. Girot de Langlade, suspendu d’une mission qu’il venait de terminer

M. Girot de Langlade, rejeton d’une famille auvergnate qui doit tout à Napoléon, n'est évidemment pas agent de sécurité. Il est préfet. Mis en position hors cadre en 2007 du fait de déclarations visant les Roms qui n’ont abouti à aucune condamnation, on a considéré qu’il était particulièrement qualifié pour s’occuper à La Réunion des états généraux de l’Outre mer, la réponse du gouvernement aux grèves de Guadeloupe et de Martinique. De retour de cette mission, il aurait agressé deux agents de sécurité de l’aéroport d’Orly au motif de leur couleur qu’il jugeait inacceptable en France. L’un des agents de sécurité, une "Antillaise", précise la presse française, a déposé plainte. Le ministre de l’Intérieur a alors annoncé qu’il suspendait le préfet auvergnat de sa mission de correspondant des états généraux de l’Outre mer. Mais cette mission était achevée. Tout le monde a pourtant dit que M. Girot de Langlade était « suspendu ». Mais, apparemment, il est toujours préfet et bénéficie du traitement associé à ce titre. Il est par ailleurs toujours membre de la Légion d’honneur, celle que l’on continue, sous différents prétextes, à refuser au général Dumas. M. Girot de Langlade est-il raciste ? Pas plus, certainement, que Georges Frêche et Alain Finkielkraut qui déploraient naguère la couleur des joueurs de l’équipe de France de football, que feu Pascal Sevran qui déclarait que le sexe des Africains males est responsable des malheurs de leur continent et qu’il faudrait les stériliser, qu’Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, soutenant que Paris n’est pas un village africain et que les immigrés n’y sont pas à leur place, que les békés Alain Hugues Despointes, gardien de la «race blanche» à la Martinique et Hervé Damoiseau qui déclarait récemment que les Guadeloupéens colorés, s’ils ne sont pas contents, n’ont qu’à retourner au Sénégal. Aucune de ces personnes n’ayant été condamnée, on doute que M. Girot de Langlade le soit. En France, quand on a la bonne couleur, être raciste n’est pas répréhensible. Le dire ne l’est pas non plus. La loi n’intervient (timidement et tout en légitimant au passage la notion de "race humaine") que lorsque le racisme accompagne certains délits. Mais, s’agissant des populations d’origine antillaise ou africaine, force est de constater qu’elle est rarement appliquée. Il faut dire que deux Français sur trois affirment croire à la notion de "race humaine" (sondage CNCDH) et que près d’un Français sur cinq n’hésite pas à dire que certaines "races" sont supérieures aux autres. Tout ce qu’on sait de M. Girot de Langlade, c’est que cet Auvergnat de 63 ans est un bon chiraquien. Après avoir passé 11 ans dans la Corrèze (il officie dès 1987 dans l’arrondissement d’Ussel où réside Jacques Chirac) il réussit le tour de force de passer du poste de sous-préfet de Brive à celui de préfet sans changer de département. Hormis les meuglements des vaches limousines et le fumet du lisier de porc, dans la Corrèze, point de ces « bruits » ni de ces « odeurs » que M. Chirac jugeait insupportables, s’agissant des populations immigrées. Girot fut nommé, le 7 juillet 2004, préfet de la Guadeloupe sur proposition de Dominique de Villepin et de Brigitte Girardin, ministre de l’Outre mer, (depuis présidente du club villepiniste). Grâce au grand poète, spécialiste des exploits haïtiens de Napoléon, les Guadeloupéens ont eu la chance d’hériter ainsi de la fine fleur du corps préfectoral. On s’étonne qu’ils ne soient pas contents. Ah les ingrats ! Pauvre Langlade ! Que fait-on de la présomption d’innocence puisqu’on le sanctionne avec une sévérité inouïe, en le suspendant d’une mission qu’il venait d’achever au moment des faits qui lui sont reprochés ? Le voici remplacé par Françoise Vergès dont on va certainement entendre la réaction. Cette mission sensible, imaginée pour calmer le sentiment d’injustice des Français descendants d’esclaves, qui donc a eu l'idée de la confier à ce pauvre Paul ? Certains agités s’empressent d’emblée d’accuser Richard Samuel, le coordinateur des « états généraux de l’Outre mer ». M. Samuel serait, dit-on, d’origine afro-guadeloupéenne. On peut supposer, du fait de cette indiscrétion, que c’est à M. Samuel qu’on attribuera, le moment venu, la responsabilité de l’échec des états généraux de l’Outre mer. Même si cela se murmure en coulisse, fallait-il l’annoncer si tôt ? Dans un pays comme la France, quand un Afro-descendant mâle est nommé à un poste de responsabilité, on peut être sûr qu’on le croit sot et soumis. Quoi qu'il en soit, il faut avoir la curiosité d’aller sur le site des états généraux de l’Outre mer (où M. Girot de Langlade, pourtant « suspendu », figure toujours) Mis à part les figures habituelles de la Françantille, mis à part un fou furieux qui vitupère contre son ex-ami Girot de Langlade (une occasion inespérée de démontrer que lui-même n’est pas plus raciste qu’il n’est homophobe et de se venger de n’être pas préfet) mis à part les quelques bons nègres connus pour être, par nécessité sans doute, amis des négrophobes, mis à part quelques descendants de négriers sur lesquels on n’aura pas la cruauté d’insister puisqu’ils ne s’en vantent pas, qui sont-ils ces préfets métropolitains, ces hauts fonctionnaires assurant, pour les « états généraux », des fonctions de « correspondants locaux » dans les départements d’outre mer ou de «rapporteurs nationaux» ? Le fait qu’un Girot de Langlade se soit glissé parmi eux est-il un hasard ou les autres sont ils tous comme lui ? On se réjouit en tout cas qu’on n’ait pas retiré sa Légion d’honneur à ce pauvre homme et qu’il continue au moins à percevoir son traitement sans rien faire. Qu’il continue à profiter, dans son Auvergne natale, d’un repos bien mérité en attendant que la justice démontre, une fois de plus, qu’il n’est pas raciste, mais victime de l’acharnement de quelques excités : des « noirs » (en France tous, par nature, « anti-blancs ») et des voleurs de poules, certainement. Le temps que la justice se soit prononcée, cette victime aura atteint l’âge de la retraite. N’est-ce pas injuste ? Puisqu’enfin il est presque sûr que Paul Girot de Langlade n’est pas raciste (le risque d’une condamnation étant minime) on devrait le nommer dans le 93 pour finir sa carrière. À Bobigny, cet homme « qui n’a pas l’habitude de se cacher derrière son petit doigt » mettrait de l’ordre chez tous ces sauvages qu’on a parqués aux portes de Paris. On attend en tout cas avec impatience le résultat de ces fameux « états généraux » dont il fut l’un des artisans et qui pourraient peut-être, tant qu'on y est, servir de charte française de l’antiracisme puisque les personnalités qualifiées et méritantes qui y ont participé ne sont pas plus racistes, certainement, que Paul Girot de Langlade.