Le 26 août 1789, les députés français reunis en assemblée nationale constituante proclamaient à la face du monde les droits de l'homme et du citoyen.

"Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ;

Article premier

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune."

Au même moment exactement, les bateaux de Nantes, de Bordeaux, et de la Rochelle, battant tous les records du siècle, débarquaient aux Antilles, et particulièrement à Saint-Domingue (République d'Haïti) des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, déportés d'Afrique et vendus comme esclaves.

Pour les constituants de 1789 les "nègres" n'étaient pas des hommes et la déclaration du 26 août 1789 leur était inapplicable. Les intéressés démontrèrent le contraire le 23 août 1791. Ce jour-là, les 500 000 esclaves transportés à Saint-Domingue par les Français se révoltèrent. Personne, même pas l'armée envoyée à l'automne 1801 par Napoléon, ne put jamais les remettre dans les fers ni les exterminer.

Par cet acte libérateur La révolution française était achevée; la déclaration des droits de l'homme devenait universelle. Le 6 février 1794, la convention nationale entérinait la liberté des esclaves en faisant des habitants des colonies, sans distinction de couleur, des citoyens français. Grâce aux courageux haïtiens, tous les esclaves étaient en principe libérés. Les Guadeloupéens et les Guyanais originaires d'Afrique devinrent français avant d'être remis en esclavage par Napoléon en 1802 ( leur libération ne devait finalement intervenir qu'en 1848).

Aujourd'hui, Haïti, dont les esclaves faisaient vivre un Français sur huit en 1789, est l'un des pays les plus pauvres du monde. Une certaine France a saboté le bicentenaire de son indépendance en soutenant un coup d'Etat en janvier 2004, provoquant 20 000 morts. Jamais aucun chef d'Etat français ne s'est rendu en Haïti. Le général Dumas, haïtien né esclave, héros de la révolution française, n'a toujours pas la Légion d'honneur. En 2009, deux Français sur trois déclarent que l'idée de "race humaine a un sens". Près d'un Français sur cinq déclare que "certaines races sont supérieures à d'autres". Un préfet, coordinateur des états généraux de l'outre mer pour la Réunion, se plaint qu'il y ait "trop de noirs" à l'aéroport d'Orly. Il est suspendu, mais de la mission qu'il venait de terminer. A la différence du général Dumas, ce préfet est décoré de la Légion d'honneur.