Ce film dont tout le monde dit du bien, j'ai fini par le voir. Il raconte l'histoire d'un jeune homme issu de l'immigration comme on dit, seul, démuni, illétré, dans une prison française atroce, comme toutes les prisons françaises. Une centrale genre château d'If. Un film de genre, donc, dans la tradition de Becker et Giovanni (que j'ai un peu connu sur ses vieux jours dans les salons littéraiires lorsque je les fréquentais). Ce jeune homme (Tahar Rahim) est condamné pour avoir blessé, lorsqu'il était mineur, un policier à l'arme blanche. Dans la prison, il y a des clans répartis "ethniquement" dans des bâtiments différents. D'un côté les Corses, dont le vieux chef est un mafieux raciste dénommé César (Niels Arestrup) et règne sur la prison, gardiens compris. De l'autre les "arabes" contrôlés par de jeunes chefs religieux. Malik, astucieux et immoral, asservi au départ par les Corses, va s'instruire et se libérer pour devenir un caïd et se rapprocher finalement des "arabes". J'ai l'impression que Jacques Audiard a voulu montrer que les "arabes" ne sont pas forcément plus betes que les Corses ce qui ne nécessitait peut être pas un film. L'élaboration du scénario semble un peu compliquée. Au départ, une idée de Abdel Raouf Dafri, le scénariste de "Mesrine" qui écrit un premier scénario avec Nicolas Peufaillit d'où Jacques Audiard tire un second scénario écrit avec Thomas Bidegain. "Je n'aime pas les mutuelles" faisait dire Audiard père à l'un des personnages des "Tontons flingueurs". Pour ma part, j'ai horreur des films reposant sur des scénarios écrits en groupe. Et là, il semblerait qu'il y ait eu un problème puisque Dafri n'a pas participé au scénario final. Certes , Jacques Audiard dirige bien ses deux acteurs principaux et signe un film intéressant par sa description apocalyptique des prisons de la République où la diversité est mieux représentée, c'est le moins qu'on puisse dire, qu'à l'Assemblée nationale. Mais faute d'avoir évacué des préjugés communément répandus en France, notamment sur l'Islam et la croyance implicite aux "races", faute d'avoir su éviter des scènes d'une violence pour moi insupportable, faute d'une conception claire du monde et de l'homme, le film est loin d'être le chef d'oeuvre qu'il aurait pu être si le scénario se initiali avait été respecté.