le Blog de Claude Ribbe

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 28 février 2010

Perruques frisées pour singer le nègre : après Depardieu, la crème Mont Blanc.

Décidément, l’idée est dans l’air. La société des desserts Mont Blanc vient de lancer un spot publicitaire au racisme bien onctueux. Deux enfants «français» normaux (dans l’esprit de M. Larroche, le PDG de cette entreprise normande réalisant un chiffre d’affaires d’environ 80 millions d’euros) c'est-à-dire blancs de peau, sont invités à goûter chez un petit camarade «noir». Première idée : il y a les « noirs», il y a les «blancs.» C’est comme ça et on n’y peut rien. « Il n’est permis qu’à un aveugle que de douter que les blancs (et) les nègres (…) soient des races entièrement différentes (… ) Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes de différences prodigieuses. » (Voltaire Essai sur les mœurs, 1756).

Seulement ça les travaille, ces pauvres enfants, car tout le monde sait que les enfants qui ont une bonne vue ont une conscience aiguë des différences de «race» mises en évidence par Voltaire. Il va falloir qu’il se déguisent, car sinon, les «noirs» chez qui ils sont invités vont prendre conscience de leur négritude et, certainement, ils vont flipper de se savoir «noirs», c'est-à-dire « prodigieusement différents ». Mais attention : ces petits français « blancs » sont charmants, et surtout pas racistes. La preuve : ils ont accepté d’aller goûter chez un petit « noir ». On peut même penser qu’ils ont donné pour Haïti. La première idée subliminale qui est injectée, c’est que tous les enfants français «normaux» ont parfaitement conscience qu’un petit Français « noir » est différent d’eux, donc pas vraiment français. Ces deux petits garçons bien pensants vont vouloir faire couleur locale et, après être passé chez un coiffeur spécialisé, arriveront chez leur petit camarade affublés de perruques « afro » des années soixante-dix au son de la musique de Kool and the Gang. On n’a pas osé les grimer en nègres. Croyant être politiquement corrects, on s’en tient à la tignasse (la « laine»). La seconde idée injectée par le clip de M. Larroche, c’est que la prétendue différence physique correspondrait à des différences culturelles. Parce qu’on est «noir» on aime forcément la musique et en particulier celle de Kool and the Gang. Car les «noirs» ont leur culture et cette culture est évidemment américaine. Le problème, c’est que dans cette culture-là, on ne mange pas de desserts Mont Blanc. La preuve, c’est que le dessert s’appelle Mont Blanc, pas Mon Noir. Vous avez compris la subtilité ? Heureusement, les petits « blancs » généreux arrivent avec leurs moumoute à la Gégé Depardieu et sans doute leur pot de dessert. A moins qu'il ne soit déjà là, ce qui serait la preuve que les «noirs», s'il achètent les produits des blancs, sont supportables (à condition qu'ils restent entre eux, bien sûr). La troisième idée, c’est que les «noirs» forment une communauté. Ils sont à part. Le papa, la maman et le petit garçon sont des «noirs», comme dans les séries américaines. La preuve, c’est qu’ils ont bien la même choucroute, la même « laine » que les deux invités. Pour en rajouter, le réalisateur a tout mis en marron dans la pièce. Même la vaisselle qui va servir au goûter. Les « noirs » ne se mélangent pas, ne se métissent pas. Ils vivent entre « noirs » dans des immeubles de «noirs», dans des quartiers de « noirs », dans des villes de « noirs » où ils dansent toute la journée sur des musiques de «noirs» (Kool and the Gang.) Mais ce que nous apprend le message (In caude venenum, le venin est à la fin, dans la queue, aurait dit feu Sevran) c’est que « eux aussi » ils y ont droit. « Moi aussi, j’veux du Mont Blanc ! » s’écrie une voix off d’enfant à la fin. C’est évidemment la voix du petit nègre qui vient de découvrir qu’il avait le droit de consommer une crème qui s’appelle Mont Blanc. Ce n’est pas parce que la crème s’appellerait Mont Blanc que les «noirs» n’auraient pas le droit d’en acheter et d’augmenter le bénéfice net de la société de M. Larroche. Les petits invités sont venus avec leur perruque et, ainsi grimés, pourront partager le pot de Mont Blanc pour les « noirs ». Les «races» fraternisent en consommant deux variantes d'un même produit, même si le goût du chocolat est prodigieusement différent de celui de la vanille, de même que les «races» sont prodigieusement différentes entre elles. Les « noirs » n’ont pas de droits politiques, si ce n’est de voter pour les «blancs», d’aller voir des films où les « blancs » sont déguisés en « noirs », de ne voir à la télévision que des «noirs» imbéciles et illétrés pour représenter leur «race» et d’acheter de la crème Mont Blanc. D’où l’air ambigu de la maman « noire» au début du clip. Ou bien elle n’a pas osé acheter de la crème Mont Blanc à cause du nom ou bien elle a découvert la version chocolat noir qui lui convient mieux. Car tout est arrangé. Il y en aura pour tout le monde du Mont Blanc. Seulement pour les «noirs», prodigieusement différents, on a inventé une variante diversité : la version «chocolat noir». Car c'est de cela qu'il s'agit. Comme pour le chocolat Banania, on a mis des «noirs» pour promouvoir le chocolat noir de Mont Blanc. Naturellement, les nègres invitants sont très contents de l’espièglerie des petits camarades. Ils rient. Ils sont cool (and the gang). On peut leur cracher dessus, se payer leur tête, ils sont contents. Du moment qu'ils ont à manger... Ils en redemanderont toujours. Ce sont de bons nègres. Des nègres consommateurs. Pas comme ce salaud de Ribbe qui voit le mal partout et qui s’offusquera si demain les petits camarades hilares de ses enfants invités au goûter arrivent avec des perruques à la Gégé Depardieu et un pot de chocolat noir Mont Blanc. Pour résumer : 1. les races existent. 2. Le racisme est inné chez tous les enfants 3. La couleur de peau et la « différence » des cheveux correspond à des différences culturelles 4. Les gens de même couleur, s’ils doivent se respecter, doivent vivre entre eux. Égaux mais séparés. Vanille et chocolat. La propagation de ces préjugés d’un autre âge était-elle indispensable pour vendre une crème dessert ? Le spot aurait été plus intéressant si le petit garçon aux cheveux afro avait été invité à déjeuner chez les «blancs», non ? Par exemple, chez le prince Poniatowski. Mais, ça, c’est impensable.

Alors, je vais vous la faire courte, M. Larroche. Chez moi, vanille ou chocolat, on n’en consommera pas de votre crème fienteuse et j’invite tous les antiracistes à en faire autant.

voir le spot

samedi 27 février 2010

On n’entend plus Rama

Je me souviens que Rama Yade avait écrit un livre intitulé Noirs de France. Je ne sais plus trop si elle y dénonçait ou non le racisme, où si elle y prônait la discrimination positive, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle en a bien profité. En tout cas, j’aurais bien aimé avoir son opinion sur l’affaire Soumaré. Rama qui parlait tout le temps, on ne l’entend plus du tout. On a entendu Fadela; on a entendu Rachida. Toutes deux disaient que ce n’était pas bien de lyncher Soumaré. Mais Rama, motus. Ce serait pourtant le moment de savoir ce qu’elle pense de ses colistiers qui se débondent et vomissent sur le «socialiste noir» selon la jolie expression d’Alexis Brézet, le journaliste décomplexé du Figaro, le disciple de Finkielkraut. Car il faut se rappeler, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, que Rama est sur la liste Pécresse. L'opinion de Rama aurait été d’autant plus intéressante qu’elle a elle-même refusé avec éclat qu’on la présente dans le département du Val d’Oise, là où Soumaré est tête de liste, et où il y a pourtant beaucoup de « noirs de France » pour figurer sur celle, beaucoup plus chic, des Hauts de Seine, où il y a beaucoup moins de « noirs de France». J’aurais aimé savoir aussi comment elle a perçu l’arrivée dans son camp et sur sa liste de Patrick Karam, l’homme qui crachait sur elle et qui fait des procès aux « noirs » avec l’argent de l’État. L’homme à qui elle reprochait de ne pas aimer les Africains et qui maintenant est présenté par Pécresse comme le porte-parole de la «diversité» alors qu’il est à la diversité ce que Depardieu est à Dumas. On aurait bien aimé savoir aussi, elle qui aime tant les « noirs de France », ce qu’elle a fait pour eux depuis qu’elle est au gouvernement, c'est-à-dire depuis bientôt trois ans. Vous me direz qu’elle est devenue populaire et que ça, c’est un service rendu aux «noirs». C’est vrai. Merci, Rama Yade, d’être devenue populaire et d’avoir ainsi fait avancer la cause des « noirs de France » ! Là je comprends. Pour arriver au gouvernement et se faire connaître, il faut se présenter comme représentative des «noirs». Pour continuer à être populaire, et surtout continuer à faire partie du gouvernement, quand on est « noir », il ne faut pas parler des «noirs» et toujours regarder au plafond quand des gens de votre parti sont occupés à casser du nègre.

vendredi 26 février 2010

Les troupes américaines prêtes à rester « indéfiniment » en Haïti

L’ambassadeur américain à Port au Prince vient d’indiquer avec une fausse candeur que des soldats américains allaient rester en Haïti durant une période «indéfinie». Il resterait actuellement 6500 marines dans ce pays. Interrogé sur les intentions des USA de mettre Haïti sous tutelle, l’ambassadeur a déclaré qu’il n’en était pas question. Le raisonnement avancé pour justifier que les USA ne souhaiteraient pas «prendre en mains» l’État haïtien est des plus curieux. L’ambassadeur indique en effet que les USA «travaillent» sur le terrain depuis plus de 25 ans «pour un état démocratique» et que s’ils envisageaient de placer Haïti sous tutelle cela signifierait que tout ce qu’ils ont fait jusqu’alors n’aurait servi à rien. J’aurais préféré l’entendre dire que toute nation est souveraine et que l’ingérence dans les affaires d’un pays pauvre est une forme de violence odieuse. Mais non. Les USA semblent penser qu’ils ont une vocation à se mêler de tout et à imposer leurs vues au monde entier. Si au moins ces vues étaient aussi morales que le prétendent les intéressés. Mais, en l’occurrence, l’implication de Washington dans la politique haïtienne à laquelle il est fait allusion, si elle est indiscutable, ne me semble pas avoir eu pour objectif de favoriser particulièrement la démocratie mais bien plutôt les intérêts américains. Au cours des 25 dernières années, il y a eu deux coups d’État à Port-au-Prince. Dans le dernier au moins (en 2004) le rôle des USA est incontestable. Je ne vois rien de bien démocratique dans le fait de venir à 4 heures du matin chez un président démocratiquement élu, de lui signifier que la partie est terminée pour lui et de l’enlever (voir Haïti, l’interminable souffrance de Randall Robinson, p 235). La présence de troupes américaines, au-delà de la période de crise provoquée par le séisme, ne peut avoir d’autre nom qu’une occupation militaire. L’ingérence permanente de Washington dans les affaires haïtiennes est une tutelle américaine. La seule tutelle dont les États-Unis ne veulent pas c’est une tutelle internationale. Le renforcement annoncé des personnels de l’USAID (l’organisme de la tutelle américaine par excellence) n’en est qu’un signe de plus. Ce qui est ahurissant dans cette affaire c’est que le président d’Haïti, René Préval, est inaudible. On ne l’a jamais entendu s’exprimer sur la présence de troupes étrangères sur le sol de son pays. On aimerait avoir son opinion. Mais sans doute ne veut-il pas prendre le risque d’être réveillé en pleine nuit et forcé de monter dans un avion américain en route pour une destination inconnue.

jeudi 25 février 2010

Selon le prince Axel Poniatowski, Ali Soumaré serait un «personnage obscur»

Le prince, qui n’a pas dû se donner plus de mal pour obtenir une position dans la société que pour s'asseoir dans le fauteuil de son père (le porte-flingue de Giscard) aura fait au moins une chose dans sa vie, outre s’être donné la peine de naître : le voici qui se débonde, le voici qui parle comme dans les fins de dîners de son «monde» et nous révèle le fond de la pensée d’une certaine droite malodorante qui, on l’espère, n’est pas représentative de l’ensemble de l’UMP. Après s’être dit «outré» par le «repris de justice» Ali Soumaré, ce qui, selon moi, vaut bien une comparution de plus devant le tribunal correctionnel pour diffamation (car apparemment, le prince est un vrai récidiviste) le voici qui traite cet homme dont le père est originaire du Mali de «personnage obscur». Personnage obscur ! Quelle finesse, monseigneur ! Du temps où les Poniatowski étaient autre chose que des «descendants», cela vous aurait exposé à un bon coup d’épée. Dans les règles bien sûr. Aujourd’hui, cela vaut en tout cas une comparution devant le tribunal. Car j’y vois une insulte proférée en raison de l’origine et de la couleur de peau. En quoi un Soumaré serait-il plus "obscur" qu’un Poniatowski ? Pourquoi les Français d’origine polonaise, même descendants des maréchaux du dictateur raciste Napoléon seraient-ils plus «clairs» que les Français d’origine malienne ? Pouah ! Décidément, Valérie Pécresse, qui se disait ouverte à la «diversité», mais dont le seul représentant de cette diversité est un rhinocéros à demi-fou qui fait systématiquement des procès aux "noirs" avec les moyens de l’État, est entourée d’une jolie société. Tout le monde sait, à commencer par M. Sarkozy, que cette liste est vouée à un échec cuisant, même si certains fiers à bras se font forts d’inverser la tendance à coups de menton, d’insultes, de menaces et de basses-oeuvres. Mais le fait de se battre pour une cause perdue exclut-il que l’on se batte dans l’honneur et avec courtoisie ? La violence des attaques portées par certains nervis qui environnent Madame Pécresse restera pour la suite de sa carrière politique une tache plus difficile encore à effacer qu'une condamnation sur un bulletin judiciaire. Qui se ressemble, ne s’assemble-t-il pas ? Ces méthodes, dignes de l’extrême droite des années trente, ne sont certainement pas de nature à gagner les voix de la «diversité» en Île de France. Mais, j’y pense, le maréchal Poniatowski n’était-il pas au passage de la Bérézina ?

mercredi 24 février 2010

Le "noir" délinquant et la "blonde aux gros seins".

J’ai lu sous la plume de Luc Bronner, journaliste au Monde, auteur d’un article sur l’affaire Soumaré, une phrase qui m’a fait beaucoup réfléchir :

« La polémique risque de porter atteinte aux efforts déployés par les promoteurs de la diversité pour pousser les partis à ouvrir leurs listes aux candidats issus des minorités visibles.»

Est-ce que la vraie question est de «promouvoir la diversité», ce dont se font forts tous les partis, ou tout simplement de lutter contre le racisme effroyable qui gangrène la société française, ce qu’aucun parti ne condamne ?

Promouvoir la «diversité» veut dire que l’on imposerait en fait des quotas à la couleur. Il faudrait tant de «noirs» sur la liste du PS, tant de «noirs» sur la liste de l’UMP. Un «noir», dans ce cas, en vaudrait un autre puisque ce serait la couleur qui compterait plus que le reste. Noah pourrait jouer le chevalier de Saint-George à la place des vrais comédiens et Thuram signer des livres à la place des vrais écrivains. Je pourrais me mettre au sport ou attaquer des banques. Ce serait sans importance. Les incompétents devant, les bons à la queue (ou au pilori). Telle est la politique pratiquée de tous temps par l'Occident dans les colonies racistes esclavagistes. L'avantage avec les incompétents, c'est qu'ils sont plus faciles à critiquer : Ah, comme il joue mal ! Ah comme il est inculte ! Regardez son casier judiciaire ! Je n’ai pas de commentaire à faire sur le choix d’Ali Soumaré, mis à part le fait que la manière dont il est attaqué est très certainement liée à la couleur de sa peau. Je ne pense pas, en effet, que M. Poniatowski oserait traiter M. Devedjian, qui a été le secrétaire général du parti auquel il appartient, de «repris de justice multirécidiviste» ni qu’il se dirait «outré» du fait qu’il soit ministre. Je n’ai pas non plus le sentiment que Valérie Pécresse soit dérangée par le fait que le numéro 2 de la liste parisienne de l’UMP, Patrick Karam, qu’elle présente à tort comme un représentant de la «diversité», soit actuellement exposé à des poursuites judiciaires.

Ceci dit, M. Soumaré était-il le meilleur candidat que le parti socialiste puisse désigner pour conduire la liste du Val d’Oise aux régionales ? A-t-il été choisi à cause de ses compétences ou parce que la couleur de sa peau et ses origines l’inscrivaient dans une politique de «quotas», après que d’autres candidats au passé peut-être plus inattaquable, mais qui n’étaient pas les copains de Pupponi, le satrape local, eurent été écartés ? C’est une question qui mérite d’être posée. Pour obtenir le label «diversité», faut-il, outre la couleur de peau, avoir grandi à Villiers-le-Bel et avoir eu une jeunesse tumultueuse ? Je connais des gens qui ont grandi à Villiers-le-Bel, qui sont à la fois noirs de peau, brillants, socialistes et qui n’ont pas été condamnés pour vol. Mais peut être ceux là font-ils peur aux caciques du PS qui préfèrent barrer la route à ceux qui pourraient atteindre les sommets. Nous savons tous qu'un politicien brillant qui aurait échappé aux discriminations liées à la couleur, que pratiquent insidieusement tous les partis français, pourrait aujourd'hui atteindre la magistrature suprême, du fait du précédent américain. Sa couleur serait un avantage de plus. Si nous le savons tous, les chefs de partis le savent aussi et ils ne sont pas pressés de voir apparaître ce genre de phénomène qui les ramènerait à la réalité de leur médiocrité.

L’idée de «promouvoir la diversité» peut conduire à toutes les dérives. En l’occurrence, il est clair qu’on en arrive à des clichés du type : « noir = étranger = banlieue = football = délinquance». Lorsque je suis choqué de voir une femme traitée injustement par rapport à un homme, l’idée ne me vient pas de parler de «promotion des femmes». J’en appelle simplement à la justice. À travail égal, à compétences égales, une femme ne doit pas être discriminée parce que c’est une femme. Il en va de même pour les Français dont la couleur de peau déplaît à certains imbéciles. On ne doit pas être discriminé, à travail égal, à compétences égales, à cause de la couleur de sa peau. Or les partis politiques, l’UMP, tout comme le parti socialiste, pratiquent ce type de discrimination. Au bout du compte, on tente de nous faire croire, après avoir discriminé les gens compétents que, faute de gens compétents, il faut «promouvoir la diversité», c’est à dire en fait pratiquer une politique de quotas. C’est comme si après avoir éliminé du conseil d’administration d’une grande entreprise une femme compétente parce que c’est une femme, on se rendait compte qu’on ne se retrouve, au moment de la photo, qu’avec une assemblée de vieux schnocks et qu’on désigne à la hâte n’importe quelle femme, sans vérifier ses compétences, pour n’être pas taxé de sexisme. Dans ce cas là, on choisira de préférence une fille jolie, blonde et avec de gros seins. Je ne suis pas sûr que ce soit ni juste ni efficace.

mardi 23 février 2010

Où va l’argent collecté pour Haïti ?

Tout le monde a plus ou moins donné de l’argent pour Haïti depuis le séisme en pensant naïvement que cet argent permettrait à ceux qui n’ont plus de maison, c'est-à-dire à un million cent mille sans abris recensés, d’en reconstruire une. En fait, hormis la fourniture de bâches, j’ai pu vérifier qu’il n’est absolument pas prévu pour le moment de verser quoi que ce soit aux Haïtiens sinistrés pour se reloger. La reconstruction d’environ 300 000 logements (en comptant un peu plus de trois personnes par logement) ne peut raisonnablement coûter moins de 20 000 dollars par logement, soit au bas mot 6 milliards de dollars. La première des choses ne serait-elle pas d’accorder à tous les sans-abri l’octroi de subventions ou de prêts de 20 000 dollars par famille affectés à la reconstruction ? L’idéal serait non seulement que 6 milliards soient affectés en urgence à la reconstruction des maisons privées, mais que ces 6 milliards soient injectés dans l’économie haïtienne, en favorisant les entreprises de construction locale, sans forcément retourner intégralement dans la poche des pays donateurs qui espèrent à l’évidence profiter de la reconstruction d’Haïti pour ouvrir de nouveaux marchés. Malgré l’annonce de nombreuses conférences internationales, personne ne semble se soucier de ce problème alors que ces 6 premiers milliards indispensables au relogement devraient être déjà débloqués. Pour la reconstruction des infrastructures publiques et permettre au pays de réellement fonctionner, les experts chiffrent la facture à 15 milliards supplémentaires. On en arrive aux 21 milliards de dollars fatidiques que les Haïtiens ont payés à la France pendant un siècle, pour prix de leur liberté. Or la France annonce généreusement une aide de 325 millions qui se réduira en fait à environ 140 millions. Cette somme, à l'évidence ridicule par rapport aux besoins d’Haïti et par rapport à ce qu'Haïti a versé à la France, est loin d’être débloquée. Certains observateurs estiment d'ailleurs qu’elle sera prélevée sur l’aide prévue pour les pays africains. Pas question d'augmenter l'enveloppe destinée aux nègres. Les pays donateurs qui prétendent aujourd’hui faire main basse sur Haïti n’ont pour l’instant même pas promis 1 milliard et demi. Où ira ce saupoudrage qui ne peut à l’évidence tirer le pays du marasme ? On peut être assuré qu’une bonne partie permettra simplement aux Occidentaux de financer leur présence sur place et le maintien de la tutelle qu’ils ont de fait imposée au pays depuis le coup d’État de 2004.

lundi 22 février 2010

L’affaire Soumaré

Bien sûr, nous sommes en campagne électorale et, en France, les campagnes électorales se situent au niveau de la politique française, c'est-à-dire généralement à l’échelon le plus bas. En Ile de France, voici que des candidats UMP mettent en cause un adversaire socialiste au motif de prétendus antécédents judiciaires et de procédures en cours qui le viseraient. Ce candidat s’appelle Ali Soumaré et il est représentatif de ce que d’aucuns appellent la «diversité». Outre qu’il est français, puisqu’il est candidat aux élections, je ne sais rien de cet Ali Soumaré sinon, d’après les photos qu’il a la peau sombre, et qu’il porte un patronyme évoquant l’Afrique subsaharienne et l’islam. Par ailleurs, il habite Villers-le-Bel, la ville du Val d’Oise qui s’est illustrée par des émeutes qui ont attiré l’attention du monde entier sur les ghettos français. En ce qui concerne le passé judiciaire de M. Soumaré, il me semble que, de deux choses l’une : ou bien ce passé judiciaire, à supposer qu'il existe, le rend inéligible ou bien tel n’est pas le cas. Si le candidat est inéligible, au parti socialiste d’en tirer les conséquences. En revanche, s’il est éligible, et surtout si les faits invoqués sont couverts par une amnistie, l’acharnement des accusateurs, outre qu’il me semble tomber sous le coup de la loi, est gênant. Car enfin, n’est-il pas tout de même curieux que ce soit contre un candidat de la "diversité" qu’on se déchaîne ainsi ? Surtout quand on sait comment cette «diversité» est représentée sur la liste accusatrice. Pour ce qui est des procédures en cours, la déclaration des droits de l’homme garantit la présomption d’innocence. Cependant, si, pour les accusateurs, cette présomption d’innocence ne paraît pas s’appliquer en période de campagne électorale, j’invite les candidats figurant sur les listes de Valérie Pécresse à examiner avec le plus grand soin si aucun de leurs colistiers ne se trouverait, par hasard, visé par des procédures risquant d’aboutir à des condamnations.

dimanche 21 février 2010

Les "pays donateurs" espèrent reconstruire Haïti en excluant le parti dominant

La reconstruction d’Haïti donne lieu à une multitude de conférences de « donateurs », dont une, annoncée par le président de la République française, devrait avoir lieu aux Antilles à la fin mars. Aucune de ces conférences ne semble cependant prévoir la reconstruction politique d’un pays frappé, avant le cyclone, par un coup d’État perpétré par les USA et la France. De nombreux médias haïtiens font pourtant état d’une importante manifestation qui aurait accompagné la visite du chef de l’État français, le 17 février dernier, avec plusieurs milliers de participants – des jeunes pour la plupart – qui réclamaient très explicitement à M. Sarkozy le retour du président Jean-Bertrand Aristide, victime du coup d’État de 2004 et exilé en Afrique du Sud. Il a été également observé que le président René Préval, élu par les partisans de M. Aristide, qui entendaient à travers ce vote permettre le retour dans son pays du président enlevé, était très chahuté ces derniers temps, au motif qu’il n’aurait pas rempli son engagement. Le parti Lavalas, fondé par le président Aristide, qui en demeure le chef, avait été récemment exclu des prochaines élections législatives, à la suite d’une décision du conseil électoral provisoire, le CEP, qui se trouve être placé sous la tutelle des pays occidentaux qui, de fait, contrôlent la vie politique haïtienne. L’exclusion de la force politique largement dominante dans le pays empêche évidemment toute élection digne de ce nom, c’est à dire libre et démocratique. Faute d’élection libre et démocratique, on voit mal comment la reconstruction d’Haïti pourrait être gérée sans un risque de mainmise des pays donateurs sur un pays apparemment très convoité. Ce qui gêne les Occidentaux, c’est que la participation de Lavalas aux élections assurerait très certainement à ce parti un succès écrasant. Ce succès serait évidemment incompatible avec le maintien en exil – arbitrairement décidé par les USA et ses partenaires – du chef de ce parti. Or tout le monde connaît l’attachement de Jean-Bertrand Aristide à l’indépendance de son pays. Tout le monde sait, par ailleurs, que c’est pour avoir posé la question du remboursement des 21 milliards de dollars extorqués par la France aux Haïtiens à partir de 1825, pour prix de leur liberté, que la France a soutenu le coup d’État de 2004. Sur ce coup d’État, on lira avec profit l’excellent livre de Randall Robinson Haïti, l’insupportable souffrance, paru il y a quelques jours, que tous les journalistes français, favorables au coup d’État de 2004, passent évidemment sous silence.

samedi 20 février 2010

Selon les producteurs Le Wita et De Bayser, Alexandre Dumas aurait été un «Aryen» blond aux yeux bleus.

La réponse des producteurs du film L’Autre Dumas, complaisamment colportée par les médias qui espèrent relancer un navet ayant pris le bouillon dès le premier jour, confirme les préjugés ouvertement racistes qui ont fondé ce projet ignoble. Croyant se justifier, MM. Frank Le Wita et Marc De Bayser, poussés par l’amertume, trahissent le fond de leur pensée et se livrent à une curieuse analyse du «sang» d’Alexandre Dumas. Trois quarts de "sang" blanc, un quart de "sang" noir expliquent ces Vacher de Lapouge du cinéma. Donc plus de « sang » blanc que de « sang » noir. La preuve : Alexandre Dumas avait les yeux bleus. Donc Gégé Depardieu s’imposait, selon eux. Les producteurs veulent nous faire comprendre que Dumas était un «Aryen». Ce raisonnement trahit la pire mauvaise foi, car pour les racistes du XIXe siècle, un homme, même avec les yeux bleus, dont le phénotype trahissait qu’un de ses grands parents avait la peau sombre était voué au mépris et à l’exécration. C’était un «homme de couleur». Pas un Français à part entière. Aux colonies, le code noir s’appliquait. En France, c’étaient les insultes. Rien dans le physique de Gérard Depardieu ne trahit cette ascendance entraînant automatiquement la discrimination. Mais c’est surtout la terminologie utilisée par les producteurs qui est intéressante. Ça faisait longtemps, en effet, qu’on n’avait pas vu apparaître cette idée de «sang» associée à la couleur de peau. Comme si le sang n’était pas de la même couleur pour tous les hommes. Préfigurant l’idée de «race», l’idée du «sang» (implicitement associée à la «pureté» de ce sang) remonte très exactement à l’ancien régime esclavagiste. Le Wita et De Bayser, avec une sottise confondante, trahissent leurs références puantes en faisant d’Alexandre Dumas un «quarteron». Et ils semblent contents d’utiliser cette expression forgée par l’esclavagiste Moreau de Saint-Méry qui nous ramène aux pires moments de Saint-Domingue. Il s’agissait alors de traquer, chez les «gens de couleur», la goutte de "sang noir", évidemment impure, qui couvrait un individu de honte et d’infamie. La honte et l’infamie, aujourd’hui, est du côté des racistes qui osent encore utiliser ces mots d’un autre âge, qu’Alexandre Dumas aurait considéré comme des insultes exigeant réparation par les armes. Personne n’aurait jamais osé dire en face à Alexandre Dumas qu’il était un «quarteron». Mais, 130 ans après sa mort, Le Wita et De Bayser, eux ne s’en privent pas, et insultent ouvertement Alexandre Dumas dans un communiqué dégoulinant de préjugés. Ce qui est étrange, c’est que personne ne relève le caractère éminemment raciste dans lequel s’enfonce le débat. Pour les racistes noirs, Dumas est un « noir », avec un N majuscule (N comme Napoléon). Pour les racistes blancs, Dumas est un «blanc», toujours avec un B majuscule (B comme Bonaparte). En réalité, Alexandre Dumas n’était ni «blanc» ni «noir». Son phénotype trahissait des origines africaines, voilà tout. Le phénotype de Depardieu ne reflète nullement une pareille ascendance, qu'à l'évidence on a voulu gommer, ce que confirme le communiqué. Si l’on s’est abrité derrière le fait que Depardieu était connu et qu’aucun acteur français dont le phénotype pourrait correspondre à celui de Dumas ne l’était, l’échec du film balaie cet argument. Depardieu était peut-être «bankable», mais il a quand même fait perdre quelques millions d’euros à la production. Avec un inconnu talentueux au cachet modeste, le succès était garanti. Ce que les Français avaient envie de voir, c’était un Dumas tel qu’il était, en butte aux préjugés de son époque. Maquet ne les intéresse pas. Les Français en ont marre des racistes, des films racistes, des journalistes et des politiciens racistes. Ils n'iront plus voir vos films, ne liront plus les journaux où vous écrivez, ne voteront plus pour vous. Savez-vous pourquoi ? Parce que, contrairement à ce que vous semblez croire, Napoléon a fini seul comme un chien dans une île proche de l'Afrique, parce que Hitler n'a pas gagné la guerre, parce que le "sang" des Français n'est pas blanc, parce que les nègres vous emmerdent et vous emmerderont de plus en plus.

vendredi 19 février 2010

Et si la France donnait aux Haïtiens ses stocks de vaccins contre la grippe ?

Je suis content. Très content, même. Comment dire ? Oui, je suis fier de mon identité nationale. La France a promis de verser généreusement au pays qu’elle a martyrisé pendant 4 siècles la somme de 325 millions d’Euros, ce qui est considérable quand on sait qu’Haïti a payé à la France, pour l’indemniser des esclaves qu’elle avait perdus, l’équivalent de 21 milliards de dollars (estimation 2004) soit 16 milliards d’euros. Donc la France est prête à verser généreusement à Haïti 0,02 % de ce que Haïti a versé à la France, sans parler d’une indemnité éventuelle pour 150 années d’exploitation esclavagiste qualifiée par la France elle-même, aux termes de la loi Taubira, de crime contre l’humanité. Est incluse dans cette somme astronomique (Pensez donc : trois fois le budget annuel de l’Élysée !) l’annulation d’une dette de 56 millions d’euros. On apprend donc qu’Haïti avait une dette envers la France. Est-ce la facturation de la participation française au coup d’État de 2004 ? Le prix du séjour à l’hôtel des militaires envoyés par Villepin pour occuper Haïti en 2004 sous le nom d’ « opération Rochambeau», du nom du philanthrope qui faisait manger les Haïtiens par ses chiens ? Est-ce que les nombreuses bières bues par Marcel Dorigny et les autres membres de la commission Debray aux frais de la République au bar de l’hôtel Villa Créole sont comprises dans l’ardoise ? Est-ce qu'on n'a pas oublié les honoraires des putes pour ces messieurs de la commission Debray ? Est-ce qu’on n’a pas oublié non plus les voyages de Véronique de Villepin pour aller menacer de mort le président Aristide ? Si tout est compris, en tenant compte de la dette annulée, les Haïtiens auraient donc droit, de la part de l’ancienne colonie esclavagiste, à 269 millions d’euros, soit 244 euros par sinistré, puisqu’on évalue les sans abris à 1,1 millions. C’est très généreux. Imaginez la maison de rêve qu’on peut se reconstruire avec 244 euros. Un vrai palais. Ah, comme j’aimerais être haïtien ! C’est décidé, je demande la nationalité haïtienne et je vais vivre là-bas pour me monter une coquette demeure avec l’aide de la France. Mais, j’y pense : dans combien de temps ces sommes astronomiques seront-elles versées ? La saison des pluies a commencé. J’entends éternuer. Tous ces Haïtiens vont attraper la grippe. La mauvaise grippe. Celle dont tous les journaux français ont parlé pendant des mois. Et dont plus personne ne parle. Combien la France a-t-elle dépensé pour acheter des vaccins aux laboratoires pharmaceutiques ? Je crois bien me souvenir qu’il s’agissait de 869 millions d’euros pour 94 millions de doses. Il paraît que deux millions de Français se sont fait vacciner. Donc, il reste 92 millions de doses, d’une valeur de 850 millions d’euros. Comme les Haïtiens, sous leurs bâches, vont attraper la grippe, je propose de leur offrir ces 92 millions de doses. Comme il reste à peu près 9 millions d’Haïtiens vivants, cela permettrait de les vacciner chacun dix fois. On serait sûrs au moins qu’ils ne tomberaient pas malades de cette grippe tellement meurtrière qui a failli exterminer la France. Grâce à ce généreux cadeau, l’aide française, au lieu de s’élever à 325 millions d’euros, se monterait désormais à 1,117 milliards d’euros,ce qui aurait quand même plus de gueule. De quoi rendre Obama malade de jalousie. Il ne resterait plus que 14 milliards 883 millions d’euros à payer aux Haïtiens. Comme la France est apparemment capable de verser au moins 325 millions cash, en 46 ans, la dette de la France serait ainsi effacée. Et nous serions les meilleurs amis du monde avec Haïti, puisqu’il paraît que les bons comptes font les bons amis. Du moins tant qu’ils n’évaluent pas les réparations pour la période esclavagiste, ce qu’ils ont eu la politesse extrême de ne pas faire. Au fait, pourquoi la presse française n’a-t-elle pas parlé des milliers de manifestants qui réclamaient, lors de la visite présidentielle française, le retour du président Jean-Bertrand Aristide, enlevé en 2004 avec la complicité de la France ? Madame Alliot-Marie, qui était ministre de la Défense en 2004 et qui, à présent, devenue ministre de la Justice, décore un Patrick Karam de l’ordre du Mérite (peut être pour l'encourager à faire des procès à tout le monde avec l'argent de l'Etat), doit être au courant, non ? En tout cas, avec une pareille ardoise, je crois que la moindre des choses serait d'offrir gratis à Aristide un avion avec un plein d’essence pour rentrer, non ? Et puis, tant qu'on y est, la Légion d'honneur pour le général Dumas. Au moins, c'est gratuit et ça fait plus d'effet que les sommes dérisoires.

jeudi 18 février 2010

Pourquoi la réhabilitation du général Dumas est importante.

Cela va faire presque huit ans que je me bats pour le général Dumas. D’abord dans l’indifférence générale, et aujourd’hui avec le soutien de milliers de personnes qui, en France et par le monde, ont compris que le général Dumas est un symbole important. J’ai déjà publié quatre livres autour du général Dumas. D’abord une première biographie, Alexandre Dumas, le dragon de la Reine (Paris, Le Rocher, 2002, épuisé), puis un roman, L’Expédition (Paris, Le Rocher, 2003, épuisé) où le général Dumas apparaît. Ce fut aussi Le crime de Napoléon (Paris, Privé, 2005, épuisé) un livre consacré, comme son titre ne l’indique pas, à l’histoire d’Haïti et de la Guadeloupe, et où le général Dumas occupe un chapitre entier. Enfin, et surtout, Le Diable noir, nouvelle biographie du général Dumas (Paris, Alphée, 2008, disponible), que toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à ce personnage si attachant consulteront avec profit. C’est la seule biographie du général Dumas jamais publiée en France (mis à part celle d’Ernest d’Hauterive en 1897, axée sur les exploits militaires du général, et Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, livre précité, dont je suis l’auteur). Le Diable noir a bénéficié de la consultation d’archives privées inédites qui m’ont été communiquées par la famille des compagnons du général, lesquels, pour ceux qui ne le sauraient pas, étaient trois, comme les Trois mousquetaires. En annexe, j'ai retranscrit et publié le journal de captivité à Tarente du général Dumas, un texte qui, a lui seul, est un véritable roman. Ce journal, qui était en possession du romancier Alexandre Dumas, a d'ailleurs largement inspiré les épisodes du château d'If dans Le comte de Monte Cristo. Ajoutons que j'ai publié chez Alphée, en juin dernier, La Vendée et Madame, un inédit d'Alexandre Dumas. Il est encore question du général dans la longue préface que j'ai rédigée pour ce livre extrêmement dérangeant pour les promoteurs de Maquet car, dans La Vendée et Madame, publié en 1833 non pas sous le nom de Dumas, mais sous le nom du général Dermoncourt (un ami du général), c'est Alexandre Dumas le "nègre" littéraire. D'où les insultes de M. Raphaël Stainville, qui s'est débondé dans les colonnes du Figaro Magazine, en me traitant de mystificateur, au motif que je rétablissais la vérité. Bien sûr, cette vérité n'allait pas dans le sens de la promotion du film L'Autre Dumas. On remarquera qu'aucune radio française, ni aucune chaîne de télévision, ne m'a invité à m'exprimer sur la question de L'Autre Dumas, alors que je passe au moins pour l'un des spécialistes de cette famille. C'est évidemment un choix délibéré qui en dit long sur les médias en France. Dans un pays raciste, la compétence (supposée) est une tare si l'on n'a pas la bonne couleur de peau, surtout concernant les sujets où la couleur de peau joue précisément un rôle. Si j'étais footballeur, ce serait différent. Là, j'aurais le droit de parler d'histoire et de philosophie sur toutes les chaînes de télévision et de radio. J'aurais même le droit d'"écrire" des livres. Heureusement, il y a Internet. Et quelques journalistes de la presse écrite qui rachètent l'honneur de leurs confrères.

Quoi qu'il en soit, ma biographie, Le Diable noir, a été adaptée en 2009, sous le même titre, en documentaire de 52’, en coproduction avec France 3 Paris Ile de France Centre et avec la participation de RFO et de France 2. Je suis le réalisateur de ce film que je suis allé monter l’hiver dernier pendant sept semaines dans les studios de France 3 à Nancy, avec la complicité de mon ami Bernard Bats. Les scènes de fiction ont été tournées à Villers-Cotterêts et dans les environs. Le rôle du général Dumas est interprété, pour la partie fiction, par le talentueux Stany Coppet qui est beaucoup plus convaincant, me semble-t-il, dans le rôle du général, que Depardieu dans le rôle de l’écrivain Alexandre Dumas. De nombreux témoignages, dont celui, inédit, d’Aimé Césaire, donnent à ce film beaucoup de force. C’est, à mon sens, un document essentiel pour faire avancer la cause du général Dumas et, partant, le combat contre le racisme. Si France 3 Paris Ile de France Centre et France O ont déjà diffusé ce documentaire le 18 avril 2009, France 2, en revanche, ne l'a pas encore programmé, alors que la chaîne a pourtant préacheté trois diffusions. On pourrait, certes, se demander pourquoi Le Diable noir, pourtant livré et accepté voici près d'un an, n’a pas encore été programmé par France 2. Je ne souhaite pas polémiquer sur ce point pour le moment. Il me semble simplement qu’il serait aujourd’hui important que France 2, chaîne de service public qui annonce des efforts en faveur de la "diversité", mais qui a financé L’Autre Dumas, comme elle avait naguère proposé aux téléspectateurs un Napoléon où l'esclavage était occulté, diffuse prochainement Le Diable noir en seconde partie de soirée, comme cela était initialement prévu. Une demande allant dans ce sens vient d’être transmise à Patrick de Carolis, président de France télévisions, ainsi qu’à Alain Vautier, directeur de l’antenne de France 2.

Hormis ce documentaire, j’ai mis en chantier, dès 2007, un film de fiction que j’ai entrepris de réaliser pour le cinéma, Le général Dumas, adapté d’un roman dont je suis l’auteur (à paraître). Ce film, actuellement en production, et qui a déjà reçu le soutien de la région Picardie pour le scénario (achevé depuis l’été) est très avancé. Précisons que le chevalier de Saint-George, ami du général Dumas, joue un rôle non négligeable dans ce film qui, rappelons le, est une fiction.

J’ai déjà obtenu, de haute lutte, que le monument érigé à la mémoire du général Dumas en 1913 place du général-Catroux, à Paris (17e) et abattu, trente ans plus tard, par les nazis (pour ne pas dire par les collaborateurs français) soit remplacé. Le choix de l’œuvre par le maire de Paris (d’immenses chaînes brisées de cinq mètres de haut) en fait, au-delà du seul général Dumas, un monument à la mémoire de l’esclavage. C’est désormais autour de ce monument que se retrouveront toutes celles et tous ceux qui, descendants d’esclaves ou non, souhaitent chaque année, comme le prévoit la loi Taubira, commémorer à Paris la mémoire des esclaves et celle du général Dumas. Je vous invite d’ores et déjà à vous y rassembler lundi 10 mai 2010 à 18 heures.

Reste le combat symbolique pour l’attribution de la Légion d’honneur au général Dumas, soutenu à ce jour par près de 5000 pétitionnaires (dont de nombreux légionnaires) que je tiens à remercier pour leur engagement et leur lucidité. La Légion d’Honneur, la plus haute distinction française, n’a en soi que le sens qu’on y attache et qu’on attache aux décorations en général. Quelques esprits chagrins soutiennent que l’ordre de la Légion d’honneur a été créé par Napoléon Bonaparte, et que, dès lors, demander cette décoration, ce serait en quelque sorte faire allégeance à ce personnage. C’est un peu comme si on disait : il ne faut pas appliquer le code civil français, parce qu’il a été promulgué par Napoléon. L’ordre national de la Légion d’honneur est, comme son nom l’indique, un ordre national français et non un ordre impérial. Il n’appartient nullement à Napoléon, qui n’avait d’ailleurs fait que s'inspirer de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis de l’ancien régime.

Le général Dumas avait fait lui-même la demande d’intégration dans l'ordre de la Légion d'honneur. Probablement dès sa création, en mai 1802. Une lettre du maréchal Murat, datée d’août 1804, et conservée au musée de Villers-Cotterêts, atteste de cette démarche. Le fait que cette demande du général Dumas n'ait toujours pas abouti après plus de 200 ans est révoltant. On comprend bien que c'est à cause de sa couleur. C'est la raison pour laquelle je me suis engagé dans ce combat. C'est la raison pour laquelle des milliers de personnes m'ont suivi.

La demande d’attribution de la Légion d’honneur à titre posthume avait été présentée à Jacques Chirac dès 2002. Il l’avait refusée. J’ai récidivé en 2008 auprès de Nicolas Sarkozy qui, dans une lettre, a reconnu les mérites du général Dumas, sans toutefois répondre de manière définitive. Une pétition a été mise en ligne le 15 avril 2008. Elle obtient, comme chacun sait, un vif succès, et un succès grandissant.

Je maintiendrai cette demande jusqu’à ce qu’elle aboutisse. Si Nicolas Sarkozy n’accorde pas la Légion d’honneur au général Dumas, nul doute que l’attribution de la Légion d’honneur au général Dumas sera une question sur laquelle les candidats à l’élection présidentielle de 2012 devront s’engager par écrit. J’appellerai, dans cette hypothèse, les Français à voter contre ceux qui refuseraient de rendre justice à ce brave général de la Révolution et qui trahiraient, à ce signe, un racisme plus ou moins latent.

Le combat pour la réhabilitation des héros des descendants d’esclaves ou d’indigènes est un combat majeur si l’on veut en finir un jour avec le racisme qui gangrène les pays occidentaux.

La «diversité» a ses héros. Si on ne leur rend pas un hommage appuyé, comment croire ceux qui se targuent de valoriser cette même «diversité» ? La récente tentative, fort heureusement avortée, de "blanchir" Alexandre Dumas, le fils du général, et la montée au créneau de journalistes racistes osant défendre le choix de Gérard Depardieu pour jouer ce rôle, est la preuve qu’il s’agit là d’un combat majeur et d’un combat bien actuel.

C’est pourquoi j’invite toutes celles et tous ceux qui ont signé la pétition à la faire circuler partout où c’est possible. Nous sommes déjà plusieurs milliers. Demain, nous pouvons être des dizaines de milliers, voire davantage. Une certaine tendance à se mobiliser contre l'injustice n'est-elle pas l'une des caractéristiques majeures de l'"identité française" ? Il n'y a rien de plus rassurant que les preuves d'antiracisme. C'est pourquoi nous devons faire du général Dumas un cas exemplaire qui brisera, je le crois, bien d'autres verrous.

mercredi 17 février 2010

Nicolas Sarkozy au pays du général Dumas

Le président Nicolas Sarkozy se rend aujourd’hui en Haïti où il a été annoncé qu’il présenterait des propositions « extrêmement significatives ». Il faut attendre de savoir lesquelles. Ce qui est surtout extrêmement significatif dans ce voyage, c’est qu’il sera le premier chef d’État français à se rendre dans ce pays, où la France s’était officiellement établie comme en pays conquis dès 1697 et où elle a déporté un million d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à l’Afrique, qui sont les ancêtres des Haïtiens d’aujourd’hui. Ce qui est extrêmement significatif, c’est qu’Haïti, au prix de brutalités inouïes que subissaient les esclaves, faisait vivre un Français sur huit et assurait l’équilibre du commerce extérieur de la France sous l’Ancien régime. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la France envoya en 1802 une formidable expédition pour rétablir l’esclavage, aboli en 1794 (après la révolte des captifs en 1791) et que non seulement l’esclavage ne fut pas rétabli, mais que l’expédition française, qui avait tenté d’exterminer la population avec des moyens que n’aurait pas désavoués Hitler (on utilisa des gaz) fut vaincue : les Haïtiens se proclamèrent indépendants le 1er janvier 1804. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la France, quoique battue à plate couture dans cette première guerre de décolonisation, exigea en 1825, sous la menace d’une reconquête, une indemnité pour la perte de ses esclaves qu’elle fixa à 21 milliards de dollars (équivalent 2004). Ce qui est extrêmement significatif, c’est que le paiement de cette indemnité, échelonné sur un siècle, ruina Haïti. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la France héberge depuis 1986 le dictateur Jean-Claude Duvalier. Ce qui est extrêmement significatif, c’est qu’en 2004, pour tenter de faire oublier un tel palmarès et empêcher Haïti de fêter le bicentenaire de son indépendance, la France a apporté son concours à un coup d’État qui a déposé le premier président régulièrement élu de toute l’histoire d’Haïti, Jean Bertrand Aristide, un coup d’État qui devait faire des milliers de morts. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la presse française, unanime, a appuyé ce coup d’État en faisant passer Aristide pour un dictateur pervers qui aurait démissionné, alors qu’il était transporté dans une ex-colonie française – la Centrafrique – dont la décolonisation n’est vraiment que de pure forme et qu'il faillit bien y être assassiné, comme Toussaint Louverture en 1803 au fort de Joux.

On attend donc avec une certaine impatience ce que M. Sarkozy va dire aux Haïtiens. Sachant qu’ils n’ont jamais admis l’enlèvement de leur président ni l’occupation étrangère approuvée par la France qui s’ensuivit, la vraie question est de savoir si M. Sarkozy va rompre avec la politique arrogante et néo-coloniale de ses prédécesseurs, et notamment celle de son rival Dominique de Villepin qui se permettait, il y a peu de temps encore, de lui donner des conseils, lui qui avait envoyé sa sœur menacer de mort le président Aristide. M. Sarkozy va-t-il rompre, au nom de la France, avec trois siècles de turpitudes ? Ou bien va-t-il se contenter de verser une larme de plus sur le récent séisme, qui est l’un des rares épisodes de l’histoire tragique d’Haïti où la France n’ait eu aucune responsabilité ?

Pas de chance : au moment même où le président français entreprend son voyage, le seul héros franco-haïtien qui aurait pu aider à renouer des liens avec ce pays littéralement martyrisé par la France pendant des siècles, vient d’être calomnié et insulté dans un film français à l’occasion duquel les mêmes journalistes racistes qui approuvaient le coup d’État de 2004 approuvent que le rôle de Dumas soit confié à un Gérard Depardieu. Ce film est un échec retentissant et cet échec sauve l’honneur français. Tous ceux qui justifiaient le recours révoltant à Depardieu sous le prétexte qu’il n’existerait pas d’acteur coloré susceptible de garantir le succès d’un film hexagonal en sont pour leurs frais.

M. Sarkozy ne viendra pas seul. Un avion entier d’hommes d’affaires français soucieux de signer des contrats pour la reconstruction d’Haïti a été affrété et devrait se poser en même temps que celui du président. Ce n’est pas du meilleur goût, même si l’Élysée n’est peut être pour rien dans cette visite parallèle. La visite du président français, que les Américains, nouveaux occupants du pays depuis le séisme, n’apprécient guère, est donc des plus délicates. M. Sarkozy doit savoir qu’il ne pourra échapper au poids du passé dans un pays où il a marqué à jamais jusqu'aux plus humbles. Attention : Haïti n’est ni la Françafrique, ni la Martinique. Si le président tente de contourner le passé, dans le meilleur des cas, ce ne sera que de l’indifférence et du mépris. Les Américains ne manqueront pas de s’en amuser. Un Haïtien m’indiquait hier que la visite du président français ferait moins effet à Port-au-Prince que celle de Julio Iglesias car lui au moins, ajoutait-il perfidement, est populaire chez nous. Pourtant, qu’on aime ou qu’on n’aime pas Nicolas Sarkozy, tout Français est en droit d’espérer que cette visite historique effacera des siècles de honte et que M. Sarkozy trouvera des mots simples, mais symboliques pour tourner la page. La meilleure manière serait assurément de rendre hommage au général Dumas en lui permettant d’entrer enfin dans l’ordre de la Légion d’honneur. Le président en est le grand maître et aurait toute latitude de procéder à cette annonce, qui ne coûterait pas un centime à la République et toucherait au cœur les Haïtiens. De même qu'elle toucherait les Français. D’autant qu’il ne pourra pas dire qu’il n’était pas au courant d’une demande appuyée par des milliers de signatures et cette fois relayée par la presse. Il n'appartient donc qu’à lui, s’il ne veut pas manquer son rendez-vous avec l’histoire, de ne pas mépriser l’histoire.

Annexe : Lettre de l’écrivain Alexandre Dumas adressée à des Haïtiens à propos de son père (1838).

«Mes chers compatriotes… Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par mon propre cœur de faire élever une statue à mon père ; cette statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale, grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus de 20 à 25 000 francs. Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs : Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils habitent. A cette souscription ne pourront se joindre, pour les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu de se monter à 25 000 F, se monte à 40 000, on fondrait une seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors, j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter. Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve (Alexandre Dumas vient de perdre sa mère) et qui réveille cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père, ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès du Tyrol ; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France. Alexandre Dumas, 5 août 1838 »

mardi 16 février 2010

De l’accent des nègres.

Je suis atterré par toutes les sottises que je lis dans la presse et qui sont au niveau des insultes que je reçois quotidiennement de quelques racistes qui ne supportent pas ce que j’écris ou même simplement que j’écrive. Fort heureusement, je ne regarde pas la télévision et n’écoute pas la radio. Est-ce mon esprit critique qui s’aiguise au fil des années ou la sottise qui gagne du terrain et annonce un passage imminent à la barbarie ? Si c’est mon esprit qui s’affine, me voilà terrifié à la pensée de toutes ces années où, peut-être, je ne me rendais compte de rien. Si ce sont les Français qui sombrent dans l’abrutissement, je me demande où nous en serons dans dix ou vingt ans et s’il ne faut pas songer à l’exil. Franchement, si je n’étais pas retenu par cette foutue langue qui est mon moyen d’expression et donc de pensée privilégié, mais aussi par le pressentiment que la baisse du niveau est un phénomène planétaire et que ça ne sert à rien de se déplacer, je crois bien que, depuis longtemps déjà, j’aurais laissé la France s’abrutir sans moi. Concernant Alexandre Dumas, ce que j’ai lu de mieux ces jours-ci était la référence à son «accent créole» dont se seraient moqués, paraît-il, ses contemporains. Cet «accent créole» viendrait donc de Villers-Cotterêts (Aisne) où Alexandre Dumas est né et où il a grandi. Alexandre Dumas, orphelin de père à trois ans et demi, aurait l’«accent créole» de sa Picarde de mère. Je pense que l’abruti de journaliste qui a écrit ça faisait allusion à un accent particulier qu’auraient, selon lui, tous les nègres. Quelque chose qui trahirait le fait qu’ils sont à part et inassimilables. L’odeur de leur voix, la mélanine de leurs neurones, en quelque sorte. Ma première intervention à la radio date d’il y a bien longtemps. C’était sur France Musique. J’avais une dizaine d’années. Le producteur de l’émission m’avait demandé si je jugeais utile que l’on parle de ma "couleur", de sorte que les auditeurs en fussent informés. J’avais répondu que si rien dans ce que je disais ne se rapportait à une couleur particulière qui serait la mienne, alors je ne voyais pas l’intérêt d’être rangé dans une catégorie spéciale et que, de mon point de vue, la musique de Mozart (il s’agissait de parler de Mozart) n’avait pas de couleur particulière puisque les nègres pouvaient la jouer. Je me demande si le fait que je n’aie pas d’accent supposé nègre qui puisse justifier de la couleur de ma peau n’est pas une des raisons de la haine de certains journalistes. Je serais donc un Français comme eux, né dans la même maternité, peut-être, ayant vécu dans les mêmes villes, croisé les mêmes gens et je n’aurais même pas un accent qui puisse bien montrer que je ne suis pas de la même «race», que je suis arrivé en clandestin avec d'autres boat-people de mon espèce et que j’ai intérêt à me tenir à carreaux si je ne veux pas être frappé d'un arrêté d'expulsion vers la « Nigritie », le pays des nègres où l’on parle la langue nègre, le pays d’où viennent celles et ceux à qui, toute leur vie durant, les racistes demanderont : « Tu viens d’où ?» ». Bigre, je comprends que c’est inquiétant. Il y a en France soixante mille malvoyants, dont certainement des nègres sans accent qui, du coup, ne savent même pas qu'ils sont nègres. Rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule.

lundi 15 février 2010

Allocution prononcée par Claude Ribbe au Sénat lors de l'entrée d'Alexandre Dumas au Panthéon (30 novembre 2002)

Sénat, samedi 30 novembre 2002, 15 heures.

Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Ministre, Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames, Messieurs,

Que dirait notre Alexandre Dumas de ces fastes républicains brusquement déployés autour de sa dépouille ? Nul ne le sait. Mais ce qui est sûr, c'est que s'il tenait la plume aujourd'hui, on ne se contenterait pas de dire qu'il est un écrivain. On jugerait utile, pour mieux le qualifier, d'ajouter qu'il est un écrivain « de couleur ». Ce serait un romancier « noir », un auteur « antillais ». On parlerait de sa « créolité », de son « africanité », de sa « négritude », de son « sang noir ». Bref, il aurait quelque chose de différent, de particulier, que sa couleur de peau désignerait et dont il n'aurait jamais la liberté de se défaire. En cette France du XXIe siècle, y aurait-il donc encore des gens pour croire à la « race », à la « pureté du sang » ?

Faut-il attendre de tomber en poussière pour ne plus subir le regard des autres ? Faut-il attendre les honneurs posthumes pour ne plus être insulté ? Insulté, Dumas le fut, de la naissance à la mort. Il essuya, avec la dignité propre aux êtres d'exception, les plus sottes offenses. Et la plus douloureuse de ces offenses fut sans doute l'injustice faite à son père, le général républicain Alexandre Dumas, premier du nom. Dès lors, l'hommage éclatant de ce soir doit-il être aussi l'occasion de saluer solennellement la mémoire de ce très grand Français.

Car les Alexandre Dumas sont trois et le premier d'entre eux, père de l'écrivain, n'était en naissant qu'un esclave dans la partie française de l'île de Saint-Domingue, aujourd'hui république d'Haïti. Il ne s'appelait pas encore Alexandre Dumas. Il n'avait qu'un prénom - Thomas-Alexandre - et pas de nom de famille car les esclaves n'avaient pas le droit d'en porter. Un esclave : deux cent quarante ans après, avons-nous bien idée de ce que cela veut dire ? Des civilisations bafouées, un continent décimé, la déportation, la cale de ces bateaux bien français qu'on armait dans les ports et pas seulement de Nantes ni de Bordeaux. Le fouet, le viol, l'humiliation, la torture, les mutilations, la mort. Et après la mort, l'oubli.

Le roi Louis XIV, en instaurant en 1685 le Code noir, avait juridiquement assimilé les esclaves africains déportés dans les colonies françaises à des biens meubles. Et ce Code noir, ne l'oublions pas, excluait aussi les Juifs et les Protestants de ces mêmes colonies françaises. Dans l'article 13, le roi voulait que « si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement ». Le père de Thomas-Alexandre était Européen - donc libre - mais la mère était esclave africaine et le Code Noir s'appliquait à cet enfant comme à des centaines de milliers d'autres jeunes captifs. En 1775, son père, pour payer un billet de retour dans le bateau qui le ramènerait en Normandie, le mit d'ailleurs en gage, comme on dépose un objet au mont-de-piété. Un an plus tard, le jeune esclave passait en France à son tour mais lorsque son pied toucha le quai du Havre, il n'en fut pas affranchi pour autant. Un principe admirable affirmait pourtant que la terre de France ne porte point d'esclave. Mais il y avait été dérogé par plusieurs textes, qui, tout au long du XVIIIe siècle, avaient rendu de plus en plus difficile la venue et le séjour en France des esclaves antillais et, plus généralement, des hommes et des femmes de couleur. Ainsi, dissimulé sous une fausse identité, le père d'Alexandre Dumas, n'était qu'un « sans-papiers ».

Bravant ces difficultés, en s'engageant pour huit ans, en qualité de simple cavalier, dans le régiment des Dragons de la reine, il prit un nom de guerre : Alexandre Dumas. On a souvent dit que c'était celui de sa mère. Mais, étant esclave, elle n'avait pas de patronyme et les actes qui la désignent ne parlent d'ailleurs que de son prénom : Césette. Il pourrait bien s'agir alors de son nom africain et ce serait bien honorable pour ce jeune homme d'avoir ainsi rendu hommage à sa mère restée là-bas en servitude.

Aux Dragons de la reine, Alexandre Dumas rencontra trois camarades. L'un d'entre eux venait de Gascogne. Les quatre cavaliers restèrent liés par une amitié fidèle et combattirent ensemble pendant les guerres de la Révolution.

En 1789, la Déclaration des Droits de l'Homme, contrairement à ce que l'on croit souvent, n'était pas encore universelle. Elle ne concernait que les Européens. Il fallut attendre trois ans pour que des droits soient reconnus aux hommes de couleur libres. Cinq ans pour que l'esclavage soit aboli, en principe, et encore sous la pression d'une révolte qu'on ne pouvait contenir.

Alexandre Dumas, après s'être battu avec rage, dès le printemps de 1792, contre l'envahisseur, participa avec son ami Joseph de Bologne (dit chevalier de Saint-George) également né esclave, à la création d'un corps composé d'Antillais et d'Africains : la Légion des Américains. Eux aussi furent des soldats de l'An II. Alexandre Dumas, en moins d'un an, fut le premier homme de couleur à devenir général de division de l'armée française. Accompagné des trois amis qu'il avait rencontrés aux Dragons de la reine, il prit bientôt le commandement de l'armée des Alpes et, bravant la peur, la neige et le froid, emporta les postes inexpugnables du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis. Lorsqu'éclata l'insurrection royaliste de 1795, c'est Dumas qu'on appela pour sauver la République. Mais l'essieu de la voiture du général cassa deux fois. On attendait Dumas : ce fut Bonaparte. Celui-là n'était rien encore. Il passait juste par là et il mitrailla les factieux. Dumas le rejoignit et combattit à ses côtés. Ils sauvèrent la République. Mais pour combien de temps ? Ils chevauchèrent jusqu'en Italie. Ils galopèrent jusqu'en Autriche. Sur le pont de Brixen, seul sur sa monture, Dumas pouvait arrêter une armée entière. Jusqu'à Alexandrie, jusqu'aux Pyramides, il se battit encore pour la France.

Mais le général Dumas a d'autres titres de gloire : il protesta contre la Terreur, il protégea les prisonniers de guerre, il refusa de participer aux massacres, aux pillages, aux viols et aux tortures perpétrés contre les civils de Vendée, il finit par quitter l'armée d'Egypte, pensant que la République française n'avait pas besoin de ce genre de conquête.

Sur le chemin du retour, le général Dumas fut capturé et passa deux ans dans les geôles du roi de Naples où il subit des sévices qui lui laissèrent dans le corps et dans l'âme des séquelles ineffaçables.

A son retour en France, c'est un fils que lui donna son épouse. Il l'avait connue à Villers-Cotterêts, en 1789. Leur histoire d'amour commença dans la cour du château où, deux cent cinquante ans plus tôt, un grand roi, d'un coup de plume, avait donné son essor à cette belle langue que l'écrivain Alexandre Dumas honorerait mieux que quiconque.

Lorsque l'enfant de 1802 parut, le général était là. D'habitude, Marie-Louise Dumas accouchait seule. La République ne leur avait pas laissé beaucoup de temps pour vivre ensemble. Leur fils était libre, malgré sa couleur de peau. Cette année 1802, qui le vit naître, ne fait pas honneur à la France. Le 20 mai, Napoléon Bonaparte rétablissait l'esclavage. Dans nos livres d'histoire, à l'écran, à la scène, on n'en parle pas volontiers. Il est un peu facile de dire qu'une femme-Joséphine-devrait seule porter la responsabilité de cette décision ignoble qui, aujourd'hui, aux termes d'une loi votée naguère en ces murs, constitue un crime contre l'Humanité. Le 28 mai 1802, à la Guadeloupe, le commandant Louis Delgrès et ses compagnons, pensant avec raison qu'on ne les laisserait pas vivre libres préférèrent mourir. Le lendemain, 29 mai 1802, Napoléon Bonaparte excluait de l'armée française les officiers de couleur, comme en d'autres temps on s'en prendrait aux officiers juifs. Cette mesure d'épuration raciale fut appliquée jusqu'aux élèves de l'Ecole polytechnique. Elle frappa douze généraux dont Toussaint Louverture et Alexandre Dumas. Le 2 juillet 1802, les frontières de la France se fermèrent aux hommes et aux femmes de couleur, même libres. L'année suivante, le 8 janvier 1803, quelques semaines avant que le général Toussaint Louverture n'expire, privé de soins, dans la citadelle la plus glaciale de France, les mariages furent proscrits entre fiancés dont la couleur de peau était différente. C'est sur ce terreau écoeurant que purent s'épanouir les théories françaises des Vacher de Lapouge et autres Gobineau qui furent, au siècle suivant, les inspirateurs de la barbarie nazie.

Bonaparte s'acharna, allant jusqu'à refuser de payer au général Dumas un arriéré de solde qu'il lui devait pourtant. Le héros, trop sensible, mourut de chagrin en 1806. Sa veuve, sans ressources, qualifiée de «femme de couleur» pour avoir épousé un ancien esclave, n'eut droit à aucune pension. Le jeune orphelin n'alla pas au lycée. Le général Dumas ne fut jamais décoré, même à titre posthume. Les généraux de couleur n'avaient pas droit à la Légion d'honneur.

Aujourd'hui, d'aucuns ont du mal à accepter que l'histoire d'un brave à la peau plus sombre que la leur ait pu inspirer l'écrivain français le plus lu dans le monde. Leurs préjugés les empêchent tout-à-fait d'imaginer un d'Artagnan noir.

Alors faut-il s'étonner si la statue du général Dumas, abattue par les nazis en 1943, n'est toujours pas remise à sa place ? Faut-il s'étonner si notre langue magnifique est souillée encore par ces mots qu'inventèrent les négriers ? Le mot de mulâtre par exemple, qui désigne à l'origine le mulet, une bête de somme hybride et stérile. Sans doute pour dire que les enfants de ceux dont les épidermes ne sont pas assortis feraient offense à la nature.

Mais à présent, n'est- ce pas le moment d'un coup de théâtre ? L'heure n'est-elle pas venue de jeter bas les masques ? L'heure de dire la vérité à qui voudra bien l'entendre. Quelle vérité ? Eh bien, tout simplement, que les Dumas étaient originaires d'Afrique et que la France en est fière.

Mais si nous disons cela, chaque fois qu'un étranger frappera à notre porte, ne faudra-t-il pas se demander quand même, avant de la lui claquer au nez, si ce n'est pas le héros que la République appellera peut-être bientôt à son secours, s'il ne sera pas un jour le père d'un génie de l'Humanité ? L'Humanité : une, indivisible et fraternelle comme cette République que le général Alexandre Dumas aimait tant.

dimanche 14 février 2010

"L’Autre Dumas" boycotté.

Le film raciste L’Autre Dumas, malgré les moyens de propagande peu ordinaires mis en oeuvre pour sa promotion, mord lamentablement la poussière. C’est bien fait ! L’appel au boycott, que la presse mainstream a pourtant été si réticente à relayer, a été entendu de tous les spectateurs français.

Malgré les 281 copies tirées par UGC pour faire de cet étron de M. Nebbou le succès de l’année, sa puanteur n’a attiré que les mouches : seulement 17 256 entrées le premier jour, soit une dizaine de spectateurs par séance. L’Autre Dumas est un cuisant échec en salles. La carrière d’un film, on le sait, se fait le jour même de sa sortie. À partir des entrées comptabilisées à ce moment-là, il est possible d’évaluer le nombre total de billets vendus. Cette estimation détermine le nombre de salles dans lesquelles le film continuera à être projeté au cours de la seconde semaine. En l’occurrence, L’Autre Dumas, dont les affiches couvraient littéralement Paris au cours de la dernière quinzaine, ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Honte à tous les journalistes de radio et de télévision, notamment ceux du service public, qui ont fait une publicité scandaleuse à ce navet négrophobe en servant la soupe à ses promoteurs, bien au-delà des limites acceptables !

Benoît Poelvoorde a certainement pris conscience du type d’entreprise à laquelle on l’avait associé. Et c’est tout à son honneur. Il a en effet annoncé, au moment même de la sortie de ce film, qu’il arrêtait sa carrière d’acteur. Quant à Depardieu, ce rôle restera dans son palmarès comme une flétrissure indigne de son talent. Au même titre que son soutien à Georges Frêche. Retenons bien, en tout cas, le nom des responsables apparents de cette affaire, même s’ils ne sont, peut-être, que les marionnettes de commanditaires occultes. Car onze millions d’euros levés pour une pareille cochonnerie, c’est plus que suspect. Imprimons bien en tout cas dans notre mémoire les noms des producteurs : Franck Le Wita et Marc de Bayser. Retenons bien aussi le nom du réalisateur : Safy Nebbou. N’oublions pas le coscénariste : Gilles Taurand. Ces gens-là sont dangereux. Ils se sont livrés sans complexe à une offensive négrophobe jamais vue dans l’histoire du cinéma français. Non seulement à cause du casting, mais surtout parce que le propos même du film était de déconsidérer un héros majeur de la diaspora africaine. Yannick Noah dans le rôle de Dumas, cela n’aurait rien changé. Alors que tous ceux qui ont dans leur tête un projet de ce genre y réfléchissent à deux fois. Ils y laisseront systématiquement leur chemise. Attaquons nous au porte-monnaie, puisqu’ils ils ne comprennent que ça. Boycottons les racistes ! Désormais, tous ceux qui participeront à ce genre d’entreprise pourront s’attendre à nous retrouver. Ce sera systématiquement l’appel au boycott. Notamment au moment de la diffusion de ces fientes filmées sur les chaînes publiques. Merci à ceux, à commencer par Christophe Donner, auteur d’un cinglant article dans Le Monde 2 (vendredi 12 février) qui ont sauvé l’honneur de la presse française en disant ce qu’il convenait de dire sur ce film. Il est vrai que Christophe est bien au-dessus du lot.

L’échec de L’Autre Dumas marque un tournant historique. Pour la première fois, la diaspora afro-antillaise de France s’est levée et, d’un élan unanime, des gens qui d’habitude ne se supportent pas parce qu’on les a encouragés à se battre entre eux, ont protesté d’une même voix pour défendre Alexandre Dumas. Ils en ont fait leur héros. Ils ont compris que Dumas, au-delà de son talent, était un symbole.

Plus encore que d’avoir été suivi, je suis fier d’avoir donné le signal de la résistance. Nous voici enfin entrés dans le XXIe siècle !

samedi 13 février 2010

Pluie de cendres

Imaginons un instant qu’un département hexagonal, ou même la Corse, soit recouvert d’une pluie de cendres, que les écoles et les aéroports soient fermés, les avions détournés, toute la population exposée à des troubles respiratoires graves. Quelle mobilisation ce serait dans les médias ! Seulement, ce n’est pas l’hexagone qui est touché, ce n’est que la Guadeloupe. Et là, franchement, les Français s’en fichent éperdument. Sauf peut-être ceux qui avaient prévu d’y aller passer quelques jours de vacances. Non, les Guadeloupéens ne ressemblent pas assez aux Français de l’hexagone pour que les Français de l’hexagone s’émeuvent de ce qui se passe en Guadeloupe. S’il s'y produisait un tremblement de terre comparable à celui qui a frappé Haïti, on ferait peut être un effort. Mais une pluie de cendres, ce n’est rien. A Paris, on en a assez, en cet hiver glacial, de plaindre ces nègres paresseux qui bullent au soleil en profitant de l'argent que la métropole leur envoie. Demandez plutôt à Alain Finkielkraut ou à Georges Frêche qui, eux, disent franchement ce que pense la France raciste. Les nègres ceci, les nègres cela. Ils ne sont jamais contents. Comme dirait un béké de la Guadeloupe, ils n’ont qu’à retourner en Afrique voir si c’est mieux. Il m’arrive de recevoir des messages de cet acabit, truffés d’insultes. Le volcan de Montserrat s’est réveillé, projetant des poussières dangereuses à 10 000 mètres d’altitude. Ce nuage est retombé sur la Guadeloupe, empêchant les avions d’atterrir, obligeant les habitants à se terrer chez eux. Les écoles sont fermées. Les villes sont désertes. Le ciel est plombé. La préfecture précise que les poussières sont assez coupantes pour rayer les pare-brise des voitures. On peut imaginer ce que cela peut donner dans les poumons. Nulle compassion pourtant en France. La France se fout de la Guadeloupe. Les Français ont mieux à faire. Ils vont aller au cinéma ce week end voir Gérard Depardieu choucrouté jouant le rôle d’un Alexandre Dumas incapable d’écrire une ligne. Tous les journalistes qui avaient accepté d’aller s’empiffrer aux cocktails organisés par la production ont crié au chef-d’œuvre. Ils sont contents d’eux. Leur salaire tombera à la fin du mois. Seul Benoît Poelvoorde, ayant pris conscience qu’il a participé à un film ignoble, annonce qu’il va arrêter le cinéma. C’est certainement excessif. Poelvoorde a du talent. Il oubliera ce navet. Nous aussi, nous tâcherons de l’oublier. Les cendres se disperseront et le soleil brillera de nouveau.

vendredi 12 février 2010

L’Autre Dumas : un exemple pour briser l'omerta

Il aura fallu une rare unanimité dans les protestations pour que la presse, après des éloges découlant mécaniquement d’une campagne promotionnelle très organisée, se décide enfin à faire mention des protestations de la communauté afro-antillaise à propos du film de Safy Nebbou, L’Autre Dumas. On a surtout retenu que le choix de Gérard Depardieu pour incarner un auteur dont aujourd’hui on dirait qu’il est «noir» suscite l’indignation. D’aucuns ne manqueront pas de riposter avec la mauvaise foi habituelle en accusant les détracteurs du film de "communautarisme". En fait, le choix de l’acteur, même s’il est important, n’est qu’un aspect du problème. Ce qui est grave, c’est que ce film est une véritable charge contre Dumas. Cette charge délibérée est dans la droite ligne d’un pamphlet raciste publié par Eugène de Mirecourt en 1845 qui occasionna un procès gagné par l’auteur des Trois Mousquetaires. La méthode utilisée, cette fois, est plus subtile : on ne reproche plus à l’écrivain sa négritude, mais on la nie en la reportant sur Maquet, un simple collaborateur qui devient un héros. C’est la négation de cette négritude qui justifie le choix de Depardieu dans l’esprit du réalisateur et de la production. Pour eux, c’est Maquet, le nègre. C’est Maquet l’esclave. C’est Maquet Dumas. Le fils du général né captif en Haïti n’est plus qu’un imposteur dont on doute à la limite qu’il soit capable d’écrire une seule ligne. Cette stratégie ne peut être un hasard au moment où les origines de Dumas commencent à être mieux connues des Français, au moment où leur président de la République s’apprête à fouler le sol haïtien. Les producteurs et le réalisateur, en s’attelant au premier film français jamais consacré à Alexandre Dumas, avaient une responsabilité particulière. Ils ont choisi le déni et la provocation. Dans l’espoir, peut-être, que la polémique qui s’ensuivrait servirait la carrière du film et donc leurs intérêts. Ils risquent bien de s’être trompés. Ce que les Français ont envie de voir aujourd’hui, c’est précisément tout ce que ce film caricatural leur cache. Depardieu déclare qu’il «se fout d’être Français». Mais les Français, pour lesquels Alexandre Dumas est un repère important, se foutent de Depardieu. Ce qui leur importe, c’est de découvrir enfin le vrai visage de ces héros qu’on leur avait jusqu’alors cachés : les héros de l’histoire de la «diversité» (même si je n'aime guère ce mot). Ce qui est plus surprenant, c’est que la télévision de service public ait apporté sa participation à un tel projet, au moment même où elle prétend s’ouvrir enfin à cette même «diversité». Les protestations de ceux qui ont vu en L’Autre Dumas un film raciste sont parfaitement légitimes. Alexandre Dumas, au même titre que le général Dumas, son père, font partie de ces héros consensuels au visage sombre dont la France a aujourd’hui besoin pour se reconnaître et se rassembler. Qui était assez fou pour penser qu’on pourrait impunément lyncher et ridiculiser une figure comme Dumas ? Une telle entreprise, si elle avait été menée au USA, aurait déclenché un tel tollé que le film ne serait même pas sorti. Le fait qu’il ait pu aboutir en France et qu’il ait même pu obtenir des aides publiques démontre qu’il y a un vrai malaise dans les mécanismes d’aide à la production. Puisse l’exemple de L’Autre Dumas servir de leçon et empêcher d’autres dérives, tout en facilitant la mise en chantier de films que les Français ont vraiment envie de voir.

jeudi 11 février 2010

Lettre envoyée le 10 février par Claude Ribbe au président de la République française demandant la Légion d'honneur pour le général Dumas

Monsieur le Président,

Depuis deux années déjà, j’ai tenté d’attirer votre attention sur le cas du général Dumas en vous demandant de le réintégrer dans ses droits, c'est-à-dire de prendre une décision officielle d’admission de cet officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur.

Je n’ai pas le sentiment d’avoir été jusqu’ici entendu, même si M. Yazid Sabeg a, comme vous le savez, appuyé ma demande, notamment par un courrier à vous transmis le 27 novembre 2009.

Vos collaborateurs sont suffisamment au fait de ce dossier pour savoir que le général Dumas était titulaire d’un sabre d’honneur remis par Bonaparte lors de la prise d’Alexandrie en juillet 1798 et que, de ce fait, le général Dumas était membre de droit de l’ordre de la Légion d’honneur. Un document signé de la main du général Dumas, conservé au musée de Villers-Cotterêts, atteste de la remise de ce sabre d’honneur. Je suppose que vos collaborateurs, qui ont été informés de l’existence de ce document, ne mettent pas en doute la parole du général Dumas. Vous devez savoir également que le général Dumas a fait une demande pour faire valoir ses droits et que cette demande a été rejetée, malgré l’appui du maréchal Murat en 1804. Un second document, également conservé au musée de Villers Cotterêts, en est la preuve irréfutable.

Dans ces conditions, y a-t-il une raison pour refuser encore à ce héros ce que la France lui doit depuis 208 ans, mais qu’elle ne lui donne pas à cause de la couleur de sa peau et de ses origines ?

Est-il normal que le général Dumas soit le seul officier général depuis 1802, date de la création de l’ordre, à qui la Légion d’honneur ait été refusée ?

Une pétition mise en ligne au printemps à mon initiative a déjà recueilli des milliers de signatures. Beaucoup d’Haïtiens l’ont signée. Ils sont fort attentifs à votre réaction.

Vous allez être le premier chef d’État français à fouler le sol d’Haïti. Ce voyage, je l’ai appelé de mes vœux depuis des années.

Comment les Haïtiens comprendraient-ils que vous ayez refusé, en préambule à votre visite, de rendre solennellement hommage au plus grand des Haïtiens de France, père de l’écrivain franco-haïtien le plus lu dans le monde ?

Comment les Français comprendraient-ils, à l’heure où il s’aperçoivent que la télévision publique investit l’argent de la redevance dans un film où Alexandre Dumas est joué par votre ami Gérard Depardieu, excellent acteur au demeurant, mais fort déplacé dans ce rôle, que vous fassiez la sourde oreille à une demande si légitime ?

Comment pourriez-vous ensuite venir leur parler d’identité nationale si vous excluez de cette identité le brave général Dumas ?

Comment pourriez-vous ensuite venir leur parler de promotion de la «diversité», si vous refusez de rendre hommage aux plus grands héros de l’histoire de cette «diversité» ?

mercredi 10 février 2010

Faut-il mettre nos enfants en prison ?

Hier, j’apprenais qu’un garçon de quinze ans s’était pendu à la prison de Rouen et qu’une jeune Parisienne de quatorze ans avait été emmenée et mise en garde à vue par des policiers parce qu’elle se serait interposée dans une bagarre, au cours de laquelle un se ses camarades frappait une fille. Sa mère dit qu’ils l’ont menottée. Si c’est vrai, comment des policiers français peuvent-ils agir de la sorte ? Qu’est-ce qui se passe donc dans ce pays ? Comment un policier, père de famille ou non, peut-il obéir à un ordre pareil ? Les prisons françaises n’ont que 50 000 places disponibles. Et pourtant 66 000 personnes y sont enfermées, dont plusieurs centaines de mineurs. Un Français sur mille est en prison. Les geôles françaises ont été épinglées dans de nombreux livres et rapports. Elles sont non seulement surpeuplées mais inadaptées et dangereuses. Tout le monde sait ce qui s’y passe. Le taux de suicide y est le plus élevé d’Europe. Quatre vingt pour cent des détenus souffrent de troubles psychiques. J’ajouterai que la «diversité» y est mieux représentée que sur les listes des partis de toutes tendances pour les prochaines élections régionales : je ne prendrais pas beaucoup de risques en affirmant que plus d'un tiers , près de la moitié sans doute, des prisonniers français sont originaires des Antilles, d'Afrique ou du Maghreb (sans oublier les Roms). Je n'en prendrais aucun en affirmant que le plus vieux détenu est un Antillais. Je peux même dire son nom : Pierre-Just Marny. Ce sexagénaire enfermé à la Martinique a passé près de 50 ans derrière les barreaux. Plus fort que le comte de Monte Cristo au château d'If ! Les détenus blancs de peau, même condamnés à perpétuité, sont généralement libérés au bout de 20 ans. Mais lui, non. Ses demandes sont rejetées les unes après les autres.

D’une manière plus générale, si on met des gens en prison, j’imagine que c’est une décision prise en dernière extrémité, parce qu’il serait dangereux pour l’ordre public de les laisser en liberté. Mais à quoi cela sert-il si la prison devient dangereuse pour ceux qu’on y a enfermés ou si la haine accumulée en prison rend ceux qui y ont séjourné plus dangereux encore lorsqu’ils sortiront que lorsqu’ils y sont entrés ? Je crois tous les êtres humains susceptibles de s’amender et d’évoluer, quoi qu’ils aient fait. C’est particulièrement vrai des adolescents qui ne sont pas encore ce qu’ils vont être et qui en sont à l’âge où l'on a beaucoup de choses à apprendre. Beaucoup d'adultes remarquables ont été des adolescents voyous. Le code pénal de 1791 faisait de la prison un lieu où l’on se rachète par le travail et l’éducation. C’est Napoléon, l’homme qui voulut rétablir l’esclavage en Haïti, qui a fait de la prison un lieu de châtiment. Si l’on embastille aujourd’hui les adolescents, pourquoi ne pas franchir une étape supplémentaire et imiter l’exemple de ce soldat américain qui vient d’être arrêté pour avoir appliqué à sa fille de 4 ans, qui n’arrivait pas à réciter l’alphabet, les méthodes de torture appliquées aux prisonniers yankees de Guantanamo, de Bagdad ou de Port-au-Prince ?

lundi 8 février 2010

Le président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, avant de fouler le sol d’Haïti, doit avoir rendu justice au général Alexandre Dumas !

Le président de la République française s’apprête à se rendre en Haïti, à la suite du cataclysme qui a frappé ce pays, faisant plus de deux cent mille morts. C’est la première fois qu’un chef d’État entreprendra une telle visite qui est lourde de sens quand on sait le rôle peu glorieux que la France a joué dans cette île depuis le traité de Ryswick en 1697. La France a martyrisé HaÏti pendant quatre siècles. La compassion un peu forcée affichée aujourd’hui ne saurait le faire oublier.

1. La traite, tout d’abord.

Un million d’hommes, de femmes et d’enfants, ont été déportés d’Afrique en Haïti par la France, entre 1697 et 1791, laissant au cours des opérations de traite cinq millions de victimes en Afrique.

2. L’esclavage ensuite.

Ces déportés ont été exploités en Haïti dans des conditions qui furent les plus dures de toute l’histoire de l’esclavage aux Amériques. L’espérance de vie d’un esclave déporté par la France en Haïti n’était que de quelques années. Heureusement les esclaves se révoltèrent et devinrent citoyens français en 1794. Avant l’abolition, ils faisaient vivre un Français sur huit et assuraient l’équilibre du commerce extérieur de ce pays. Les richesses procurées aux Français par le travail criminellement infligé aux esclaves se chiffrerait en dizaines de milliards d’euros. Ce préjudice n’a jamais été réparé, ni seulement regretté.

3. Les crimes contre l’humanité de 1802-1803.

En 1802 et 1803. La France, bafouant les acquis de la Révolution, a tenté de rétablir l’esclavage en Haïti. Devant l’impossibilité de ce rétablissement, un génocide a été tenté avec des moyens qui rappellent parfois les heures les plus sombres du XXe siècle. La guerre civile et les exactions commises par la France pendant la période 1802-1803 ont causé autant de victimes parmi les Haïtiens que le tremblement de terre de 2010.

4. L’extorsion frauduleuse d’une indemnité aux Haïtiens en 1825.

Sous la menace d’une reconquête, la France a exigé d’Haïti, le pays qui l’avait vaincue, le paiement d’une ignoble indemnité de 150 millions de francs or, ultérieurement réduite à 90 millions. C’était le prix des esclaves perdus. Au lieu de les indemniser pour le mal qu’on leur avait fait, on leur a fait payer, à eux et à leurs descendants, le prix d’une liberté qui n’a jamais appartenu à la France. Au paiement du principal, est venu s’ajouter le paiement de nombreux emprunts consentis par des banques françaises. Malgré l’établissement de la République et la proscription générale de l’esclavage, les Haïtiens ont continué à payer aux Français leur dette jusqu’au beau milieu du XXe siècle. En 2004, le gouvernement haïtien estimait le préjudice à 21 milliards de dollars.

5. L’hébergement du dictateur Duvalier.

La France héberge depuis 1986 le dictateur Jean-Claude Duvalier, alias baby Doc, accusé de violation des droits de l’homme et de vol de sommes appartenant aux Haïtiens. Le statut dont il bénéficie a été refusé à des centaines de milliers d’Haïtiens, expulsés du territoire français.

6. La participation au coup d’État du 29 février 2004.

La France, au mépris de la constitution haïtienne et des élections régulières qui s’étaient déroulées, a participé, d’une manière aujourd’hui indiscutable, à un coup d’État contre le président Jean-Bertrand Aristide, qui était le premier président légitimement élu de l’histoire d’Haïti. Elle a également participé à son enlèvement et à sa séquestration dans un pays qui était notoirement, à l’époque, sous le contrôle de la France, la république centrafricaine. Elle a en outre organisé une campagne de diffamation à son encontre, notamment par le biais du ministère des Affaires étrangères.

7. La réglementation particulière imposé aux Haïtiens à l’entrée des départements d’outre-mer français.

Alors que la France se gargarise de grands principes et de « continuité territoriale », le visa d’entrée en France pour un Haïtien n’est valable ni en Guadeloupe ni en Martinique, ni en Guyane. Un second visa doit être accordé par le préfet de ces départements, qui agit dès lors comme pouvait agir le gouverneur d’une colonie au temps de l’esclavage. Ces mesures résultent de la hantise de la France esclavagiste de voir ses colonies contaminées par le virus de la liberté dont le germe s’était développé en Haïti.

8. La symbolique vexatoire.

La France a donné à l’aéroport de Cayenne en Guyane le nom de Rochambeau, le général qui tenta d’exterminer les Haïtiens en les gazant au souffre et en les livrant ç des chiens dressés à dévorer les « nègres ».

9. La volonté constante d’empêcher Haïti de se développer.

La politique de la France à l’égard d’Haïti depuis 1802 est de s'en servir comme d’un épouvantail pour les Français d’outre mer qui songeraient à l’indépendance. De ce fait, la prétendue « coopération » n’a toujours été qu’un mélange de saupoudrages, de mesures factices, et d’actions de déstabilisation. On notera que les Français descendants d’esclaves sont systématiquement écartés depuis 1802 de toutes responsabilités liées à la politique française à l’égard d’Haïti.

Même si la France n’est pas le seul pays à avoir martyrisé Haïti et à se comporter avec une telle violence, ces faits constituent un lourd passif et donnent à la visite du président de la République française un caractère éminemment historique et solennel qui n’échappera à aucun observateur, en France, comme à l’étranger.

Il appartient aujourd’hui à la France de changer de cap et de rompre avec quatre siècles d’agissements honteux.

Sans attendre qu’Haïti soit frappée par une catastrophe qui n’est qu’un malheur naturel venant s’ajouter à la cruauté des nations réputées civilisées, l’association des amis du général Dumas a présenté au président de la République française une demande symbolique.

Le général d’armée haïtien-français Alexandre Dumas, père du célèbre écrivain, fut la victime collatérale de la politique menée par la France contre Haïti. Né esclave, donc victime de ce qui est aujourd’hui reconnu comme un crime contre l’humanité, il fut en 1802 également victime d’un fléau qui continue de ravager la France non seulement dans sa relation avec certains pays tels qu’Haïti, mais aussi dans la relation de ses gouvernements avec certains Français, descendants d’esclaves ou d’indigènes. Ce fléau a pour nom le racisme. Le général Alexandre Dumas est le plus grand héros de la Révolution française. Mais sa couleur de peau l’a privé de tous honneurs auxquels sa bravoure et son dévouement à la nation lui donnaient droit. Il est le seul général de l’histoire de France depuis 1802 auquel on ait refusé la Légion d’honneur. Bien plus, le gouvernement français, pour une raison qui ne peut s’expliquer autrement que par le racisme, est allé jusqu’à refuser, en 2006, d’inscrire le bicentenaire de sa mort sur la liste des commémorations nationales officielles.

Le général Dumas avait reçu un sabre d’honneur lors de la prise d’Alexandrie en juillet 1798. La remise de ce sabre est attestée, de manière incontestable, par un document autographe, tracé de la main du général Dumas et conservé au musée Dumas de Villers-Cotterêts. La remise de ce sabre d’honneur par Bonaparte faisait du général Dumas un membre de droit de l’ordre de la Légion d’Honneur. Un second document, daté de 1804, et signé de la main du maréchal Murat, également conservé au musée de Villers-Cotterêts, établit que le général Dumas a accompli la démarche pour que ce droit lui soit au moins reconnu. Même le maréchal Murat, beau-frère de Napoléon, dès 1804, soutenait publiquement le général Dumas, dans cette démarche légitime.

Pourtant une certaine France, depuis 1802, refuse, par racisme, d’accorder au général Dumas ce qu’il demandait. C’est la même France qui, par racisme, s’attache aujourd’hui à salir la mémoire de son fils, en lui contestant jusqu’à sa qualité d’auteur, en lui contestant jusqu’à la couleur de sa peau.

L’admission à titre posthume du général Dumas dans l’ordre national de la Légion d’honneur a été refusée par Jacques Chirac en 2002. C’est le même Jacques Chirac qui, assisté de Dominique de Villepin, a refusé que le bicentenaire du général Dumas soit commémoré en 2006. Ces deux hommes, il est vrai, venaient de soutenir un coup d’État en Haïti.

L’association des amis du général Dumas a réintroduit la demande d’admission de cet officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur auprès du nouveau président, M. Nicolas Sarkozy, appuyée par une pétition signée par plus de 2000 personnes de par le monde, dont de très nombreux Haïtiens. Pour l’instant, il n’a pas été donné satisfaction à cette demande, sans qu’elle soit pour autant rejetée. Rien n’indique que jusqu’à présent ce dossier ait été prioritaire pour M. Nicolas Sarkozy. Mais le voyage qu’il a décidé change la donne.

Le fait, en effet, pour le président de la République, de se rendre en Haïti, sans se prononcer au préalable, de manière claire et solennelle sur cette demande, qui se trouve du reste soutenue par M. René Préval, actuel président de la République d’Haïti, serait le signe que l'attitude du président Sarkozy envers Haïti reste dans la continuité des exactions négrophobes plus haut évoquées. Il appartiendrait, dans ce cas, à tous les Haïtiens et aux Français de métropole et d’outre-mer victimes de discriminations d’en prendre immédiatement acte. Car que pourrait-on espérer d’un président de la République qui promettrait la justice pour les Français d’aujourd’hui et se refuserait, quelles que soient les raisons invoquées, à réparer, sans que cela coûte un centime à la République, une injustice vieille de plus de deux cents ans ? Un président de la République qui promettrait de promouvoir la « diversité», mais qui refuserait d’honorer le plus illustre des héros de cette « diversité ». Un président de la République, en outre, qui ne tiendrait pas sa parole, puisqu’il s’est engagé dès le 8 février 2008, les yeux dans les yeux, à « faire le nécessaire pour le général Dumas » ?

C’est pourquoi je vous demande aujourd’hui de soutenir publiquement cette démarche symbolique et légitime, non seulement vis-à-vis d’Haïti, mais de tous les Français discriminés, en signant la pétition pour que le général Dumas soit rétabli dans ses prérogatives et en intervenant dans ce sens auprès du Président de la République française avant qu’il ne se rende en HaÏti le 17 février 2010.

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

dimanche 7 février 2010

"L’autre Dumas", de Safy Nebbou, avec Depardieu : un film français nul et ouvertement négrophobe.

Personne n’a pu échapper à la promotion extrêmement agressive entreprise pour le film L’Autre Dumas dont le propos est de ternir la réputation du romancier Alexandre Dumas, afro-descendant, fils d’esclave haïtien, de le ridiculiser en le faisant représenter par Gégé Depardieu le « Gaulois », et de provoquer tous les descendants d’esclaves ou d’indigènes de France par une offensive raciste tous azimuts destinée à assurer, par la polémique, la promotion du film.

Caricature par Cham : Dumas ressemble-t-il à Depardieu ?

Le père d’Alexandre Dumas, le romancier, s’appelait également Alexandre Dumas. Il était né esclave en Haïti. C’est le plus grand héros de la Révolution française. Au moment du rétablissement de l’esclavage, Napoléon, par racisme, l’a chassé de l’armée. Depuis 1802, la France refuse de l’admettre dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Alexandre Dumas le romancier, fils du précédent, avait trois ans et demi à la mort de son père. La haine négrophobe de Napoléon poursuivit la famille. La mère, privée de pension, alors qu’elle était veuve d’un général d’armée, dut supplier pour obtenir un modeste bureau de tabac à Villers-Cotterêts. On lui reprochait de s'être "prostituée" avec un "noir" et qui plus est, un Haïtien. Le fils n’eut aucune bourse pour faire ses études. Malgré cela, et avec l'aide des amis de son père, il monta à Paris et obtint, grâce à son seul talent, le succès que l’on sait. Aujourd’hui, on dirait de Dumas que c’est un écrivain « noir ». Au XIXe siècle, on ne manquait pas de lui rappeler ses origines, mais jamais en face, car Dumas avait hérité de la stature de colosse de son père et de son habileté aux armes. Un dessinateur, Cham (descendant du comte de Noë, le propriétaire de Toussaint-Louverture) le persécuta à coup de caricatures toutes plus racistes les unes que les autres. Quand Dumas quittait un salon, certains ouvraient les fenêtres au motif que « ça puait le nègre ». Dumas publiait énormément, surtout des feuilletons, et vivait de sa plume. Comme il dépensait beaucoup, étant très généreux, il fut obligé d’engager de nombreux collaborateurs qui accomplissaient les recherches historiques qu’il n’avait le temps de faire et traçaient souvent le canevas de ses œuvres. A partir de cela, Dumas se mettait au travail et mettait sa touche de génie, fort aisément reconnaissable. Dumas ne quittait guère sa table de travail, d’où son embonpoint final, comme tous les forcenés de l’écriture (Balzac, George Sand).

Tant qu’on faisait passer Dumas, qui est l’auteur français le plus lu à l’étranger, pour un « caucasien », il n’y eut pas de problème. Je brisai l’omerta en osant écrire que son père était né esclave. Alexandre Dumas, le dragon de la Reine (épuisé) était la seule biographie publiée en France depuis la mort du général (mis à part celle d’Ernest d’Hauterive, époux de l’arrière petite-fille du général, qui était parue en 1897). J'ai récidivé avec Le Diable noir (publié chez Alphée en 2008 et que j'ai moi-même adapté en documentaire de 52', préacheté mais non encore diffusé par France 2, avec Stany Coppet dans le rôle du général Dumas). En 2002, Valérie Terranova, conseillère de Jacques Chirac (et mêlée ensuite au coup d’État contre Haïti) décida (sur les recommandations d’un de ses amis) d’annoncer l’entrée au Panthéon d’Alexandre Dumas pour faire un « coup » avant les élections de 2002. La date de la cérémonie, très contestée à Villers-Cotterêts (où reposait Dumas), fut fixée au 30 novembre 2002. Le président du Sénat, Poncelet, m'invita, à cette occasion, à prendre la parole publiquement pour rendre hommage au général Dumas, dont je rappelai qu’il était arrivé en France sans-papiers, ce qui sema la panique à l’Élysée (dont Dominique de Villepin, entouré d’un cabinet qui n'était noir qu'à cause de ses méthodes, était alors le secrétaire général).

Un auteur, Bernard Fillaire, avait publié de son côté un livre, Alexandre Dumas et associés. Le but de cet ouvrage était fort malsain. Il s’agissait de faire savoir qu’Alexandre Dumas ne méritait pas les honneurs qu’on lui rendait enfin, parce qu’il n’aurait pas écrit ses livres lui même. En fait, Bernard Fillaire n’avait pas inventé grand-chose. Il ne faisait que mettre au goût du jour un pamphlet publié en 1845 par Eugène de Mirecourt sous le titre Dumas et Cie, fabrique de romans. Avant de laisser tomber la copie et de parler de l’original, notons au passage que c’est Bernard Fillaire qui a écrit le «livre» destiné à faire la promotion de Lilian Thuram, fort inspiré, paraît-il, du travail de divers auteurs non cités. Drôle de choix, Lilian : tu ferais bien de te méfier de tes "conseillers en communication" qui ne songent qu'à t'"essorer", mais te desserviront, à la longue. Le pamphlet de Mirecourt était ouvertement négrophobe et d’une violence telle que Dumas dut se résoudre à déposer plainte. Il obtint la condamnation de Mirecourt le 16 mai 1845 à une amende, assortie de 15 jours de prison pour diffamation. L’aggravation pour cause de racisme n’existait évidemment pas à l’époque (l'esclavage étant toujours en vigueur dans les colonies). Dommage. Qu’on en juge plutôt : « Grattez l’écorce de M. Dumas et vous trouverez le sauvage… Les joujoux le séduisent, les fanfreluches lui tournent le cerveau : Nègre ! » Quel rapport entre le livre raciste de Mirecourt et L’Autre Dumas de Nebbou ? C’est la même entreprise. Les négrophobes se sont engagés dans la brèche ouverte par Bernard Fillaire (continuateur de Mirecourt) et ont pu œuvrer avec le soutien de l’appareil raciste d’État mis à contribution pour préparer l’attaque contre Haïti et l’enterrement de la loi Taubira. Au moment où Pétré-Grenouilleau, grâce à Villepin, à Régis Debray et à Chirac, surgissait du néant où il est depuis retombé, une pièce de théâtre particulièrement nulle était, comme par hasard, écrite et montée pour vilipender Dumas et y faire la promotion d'un inconnu insignifiant, mais blanc de peau, donc providentiel : Auguste Maquet. Maquet fut au nombre des collaborateurs du romancier : un raté complet, obscur professeur d’histoire. Encouragé par le pamphlet de Mirecourt, auquel il n’était pas étranger, il profita de l’attaque diffamatoire contre Dumas pour l’accabler à son tour de procès, revendiquant une place de co-auteur et, bien sur, des droits en conséquence. Maquet mourut fort riche. Dumas dans la misère.

L’idée a dès lors été soufflée à un réalisateur, Safy Nebbou, de faire, à partir de ce navet glorifiant le nain jaloux Maquet, un film ouvertement négrophobe : on « réhabiliterait » Maquet, le génie méconnu qui deviendrait le "nègre", l'"esclave", exploité par un salaud d'imposteur incapable d'écrire une ligne, et Dumas deviendrait l'imbécile, l'analphabète, le négrier. La victime deviendrait bourreau, selon les bonnes vieilles méthodes de la propagande coloniale. Puisque les Français commençaient à être informés sur les origines d’Alexandre Dumas et qu’ils n’en étaient que plus admiratifs, il devenait urgent de le salir. On ferait à Dumas ce qu'on a fait à Aristide : deux Haïtiens dérangeants.

Comme on peut s’en douter, Nebbou n’a pas eu de mal à trouver un producteur et à rassembler 11 millions d’euros sur ce projet ignoble.

Au moins Nebbou, et c’est tout son « mérite », n’y est pas allé par quatre chemins. On aurait pu imaginer un film sur les rapports entre Dumas et Maquet, faisant au moins la part des choses. Non, là c’est un film contre Dumas et à la seule gloire de Maquet. Le Point, l’hebdomadaire que M. Pinault s’est offert avec l’argent des arbres « exotiques » abattus dans les vieilles forêts d’Afrique, l’hebdomadaire où l’on encense, quand il le faut, les Pétré Grenouilleau et Pap Ndiaye, ne s’y est pas trompé en titrant : «Maquet, l’esclave de Dumas». Beaucoup de journalistes ont éprouvé un frisson de jouissance à faire des jeux de mots sur le terme «nègre».

Mais Nebbou est allé plus loin encore. Quitte à nier la négritude de Dumas pour la reporter sur Maquet, il a choisi pour incarner Dumas le plus « gaulois » des acteurs qu’il pouvait trouver : Gérard Depardieu, ou si l’on préfère, Obélix. Je n’ai rien contre Depardieu, qui est un très grand acteur. Je l’ai vu débuter et remarqué dans La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke en 1970 alors qu’il était absolument inconnu. Pour les mêmes raisons que Dumas, sans doute, (l’argent), Depardieu a participé à des films qui étaient indignes de son talent. Celui-ci est vraiment en tête de liste de ses navets alimentaires. Mais c’est en plus un film abject. Ni Depardieu, ni Poolevorde, certainement, n’ont compris dans quelle entreprise on les avait embarqués. D’après les rumeurs, Poolevorde aurait toutefois rué dans les brancards durant le tournage, et c’est tout à son honneur.

Au moment où les descendants d’Africains de France se battent pour obtenir un peu de respect et la reconnaissance de leurs héros bafoués, était-il convenable de confier le rôle de Dumas, dont la grand-mère était une esclave noire de peau, au blondinet Depardieu, affublé d’une perruque frisée grotesque ? Confierait-on le rôle de Molière à mon ami Alex Descas, le plus grand acteur français de sa génération ? Les acteurs d’origine africaine ou antillo-guyanaise sont tous mes amis et je voudrais leur rendre ici hommage. Ils ont du talent et ils souffrent parce qu’on ne refuse de les employer (et ce n'est certainement pas l'agence de promotion pour la culture de l'outre-mer - le bureau des bals boudins et du zouk - que Frédéric Mitterrand s'apprêterait à confier Patrick Karam, l'agent de Villepin et des békés, le coordinateur officiel du misérabilisme antillais, chargé de la persécution judiciaire, aux frais de l'Etat, des détracteurs de ce même misérabilisme, qui va améliorer leur sort). Ce refus est particulièrement marqué quand il s’agit de la télévision publique qui, du reste, a financé L’Autre Dumas, comme elle avait financé un navet à la gloire de Napoléon passant le rétablissement de l'esclavage sous silence (un point de détail, sans doute).

Ce qu’a fait Safy Nebbou est une véritable insulte pour les acteurs issus de la diversité. Je sais les difficultés qu’ils éprouvent au quotidien pour vivre de leur talent. J’ai été moi-même élève, dans ma première jeunesse, d’un cours d’art dramatique dont le professeur s’était d’emblée adressé à moi pour me dire : « Oh vous, c’est sûr qu’on aura du mal à vous trouver des rôles dans le répertoire ! » J’ai immédiatement quitté le cours et, plus tard, je me suis mis à la tâche pour qu’un jour, il y ait des rôles pour tout le monde.

Ce qui est grave, c’est que si L’Autre Dumas est un succès, on n’hésitera pas à s’emparer des héros de la diversité pour les faire jouer systématiquement par des acteurs « blancs» plus ou moins grimés comme ce fut le cas aux débuts du cinéma hollywoodien.

L’attaque de Nebbou contre Dumas est d’autant plus monstrueuse que l’on avait toujours refusé en France de faire un film sur cet auteur, pour ne pas avoir à évoquer ses origines.

Personne ne sera surpris de la promotion gratuitement consentie à ce film. Michel Drucker s’indigne, paraît-il, que Dumas n’ait pas écrit lui-même ses livres. Dumas a écrit ses livres. Mais je conseille à tous ceux qui n’ont pas écrit les leurs un peu de décence, si ce n’est de prudence. L’édition est un petit milieu. Imaginons que tous les Maquet d’aujourd’hui révèlent au grand public le nom des ouvrages auxquels les auteurs n’ont apporté que leur nom sur la couverture ou un brouillon impubliable. Beaucoup de journalistes de télévision, certainement, y perdraient de leur crédit et peut-être même leur place. Ne parlons même pas des hommes politiques.

J’ai publié ce printemps (en tant que directeur de collection d’une maison d’édition) et longuement préfacé La Vendée et Madame, un livre que Dumas avait écrit en 1833 pour le général Dermoncourt, compagnon de son père. J’avais rétabli la vérité. Un journaliste du Figaro Magazine qui, pourtant, avait accepté de boire et de manger son saoul dans un de ces restaurants dont les nègres sont cachés dans les cuisines (le journaliste était invité, selon l’habitude de beaucoup de journalistes, par l’attaché de presse, aux frais de la maison d’édition). Un journaliste, donc, du Figaro Magazine, s’était déchaîné sur deux pages, avec une âpreté singulière, pour dire que ce n’était pas Dumas qui avait pas écrit La Vendée et Madame, mais bien le général Dermoncourt. C’est parfaitement absurde car tout le monde sait que Dumas est bien l’auteur de ce livre et que la moindre des choses, en le rééditant, était de le mettre au crédit de son véritable auteur. Mais pour ce journaliste, cette réhabilitation, que j’avais entreprise, allait à l’encontre du film de Nebbou, alors en tournage et dont il participait certainement déjà à l’entreprise de promotion. Il faut imaginer, en effet, la part de budget de L'Autre Dumas qui a pu être consacrée à régaler les journalistes, qui cette fois semblent avoir au moins la reconnaissance du ventre. Dumas, étant un nègre, était incapable d’écrire. Donc il ne pouvait avoir écrit pour un autre. Cette thèse développée dans Le Figaro Magazine était en fait empruntée au livre de Mirecourt condamné par la justice où, de la même manière, dès 1845, on niait que Dumas ait été capable d’écrire le livre du général Dermoncourt.

De plus, le fait que ce soit moi qui écrive sur Dumas était parfaitement inacceptable. Je fus traité de « gentleman mystificateur ». Et Le Figaro Magazine titra : Inédit de Dumas : un faux !

L’Autre Dumas sort le 10 février, trois semaines après le cataclysme qui a fait plus de 200 000 morts au pays d’Alexandre Dumas, une semaine avant que le Président de la République ne se rende en Haïti. Voilà qui montre bien l’opinion qu’une certaine France peut avoir des Haïtiens et plus généralement des descendants d’esclaves, dont Dumas est l’un des plus illustres.

Comment réagir ?

1°/ En n’allant pas voir L’Autre Dumas et en appelant à le boycotter parce que ce film est tout simplement une incitation insidieuse à la haine raciale.

2°/ En signant et en faisant signer la pétition pour qu’un hommage soit enfin rendu au père de la victime de ce film, le général Alexandre Dumas. Ainsi, la promotion raciste qui va être mise en œuvre pendant toute la semaine bénéficiera au moins à une entreprise qui ne l’est pas.

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

PS. Je conseille à ceux qui veulent s'informer sur la question de lire Le Diable noir, la biographie que j'ai consacrée au général Alexandre Dumas (et en partie à son fils aussi). "Le Diable noir", Editions Alphée, 2008, ISBN-10: 2753803269 ISBN-13: 978-2753803268. Je les informe par ailleurs qu'un film de long métrage, dont je suis le réalisateur, consacré au général Dumas, est actuellement en production. Ce n'est pas Gégé Depardieu qui y jouera le rôle du général Dumas, ce qui aura au moins l'avantage d'alléger considérablement le budget.

vendredi 5 février 2010

M. le Président, et la Légion d’honneur du général Alexandre Dumas ?

Le président de la République se rendra en Haïti le 17 février 2010. Ce sera le premier chef d’État français à accomplir ce voyage, que j’ai longtemps appelé de mes vœux et qui aura été décidé à cause d’un cataclysme sans précédent. Il aura fallu plus de 200 000 morts pour briser 200 ans de formidable indifférence. La France a un très lourd passif en Haïti. Elle a déporté dans ce pays et mis en esclavage, dans les conditions les plus ignobles, 1 million d’Africains qui finirent par se révolter et imposer l’abolition de l’esclavage que les révolutionnaires français avaient refusée jusqu’en 1794. En 1802, devant l’impossibilité de rétablir l’esclavage, la France a tenté d’exterminer la population haïtienne au dessus de douze ans. Elle a exigé ensuite, bien que vaincue, une indemnité évaluée par les Haïtiens à 21 milliards de dollars. Ils ont mis plus d’un siècle à payer. La France a participé enfin, en 2004, à l’enlèvement d’un président démocratiquement élu. Elle héberge, depuis 24 ans, un tyran connu sous le pseudonyme de Baby Doc, alors que tant d’Haïtiens ont été expulsés de France. Alors, que dira Nicolas Sarkozy aux Haïtiens en débarquant chez eux ? Il ne leur parlera sans doute pas du « rôle positif » de la colonisation. Il ne leur dira pas non plus qu’ils ne sont pas encore entrés dans l’histoire. Je doute également qu’il vienne leur donner des leçons sur les droits de l’homme quand on sait que la déclaration des droits de l’homme de 1789, qui ne concernait pas les esclaves des colonies, n’a été rendue universelle que par la révolte de ces mêmes esclaves. Il ne leur dira pas non plus, comme le fit Jacques Chirac en mars 2000 à la Guadeloupe, qu’ «Haïti n’a jamais été, à proprement parler une colonie française». Et comment le président de la République française, en arrivant à Port-au-Prince, expliquerait-t-il au président Préval que la France refuse au général franco-haïtien Alexandre Dumas, depuis plus de deux cents ans, son admission dans l’ordre national de la Légion d’honneur, au motif que sa couleur de peau ne serait pas conforme à l’identité française ? Le bon sens voudrait que les premiers mots d'un président de la République française digne de ce nom, en foulant la terre haïtienne, soient les suivants :

«Haïti et la France partagent la même langue et ont une longue histoire commune. Cette histoire n’a pas toujours été une belle histoire. J’en suis parfaitement conscient. C’est pourquoi je crois le moment venu de rendre symboliquement hommage à un homme qui, né esclave sur cette terre, est le symbole de tant d’Haïtiens qui, par leur soif de liberté, ont donné leur part de gloire à la France. Je ne suis pas venu pour effacer ou nier le passé. Et pour que vous en soyez convaincus, je voudrais, au nom de l’écrivain français le plus lu dans le monde, qui se considérait comme haïtien, rendre hommage au général Alexandre Dumas, son père, héros de la liberté et de la révolution française, et vous dire ici, sur cette terre d’Haïti, meurtrie pas les blessures de l’histoire autant que par les caprices de la nature, que j’ai décidé, au nom de la France, de réintégrer, en souvenir de cette visite historique, le général Alexandre Dumas, dans l’ordre national de la Légion d’honneur. »

Voilà les mots que les Haïtiens aimeraient entendre. Sans ces mots-là en préambule, ce sera certainement difficile de parler de la reconstruction d’Haïti.

pétition en ligne pour le général Dumas :

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

jeudi 4 février 2010

Bébé Doc, le métro de Port au Prince et les dix plaies d'Egypte

Jean-Claude Duvalier, alias Bébé Doc, a exercé un pouvoir dictatorial sur Haïti pendant 15 ans, entre 1971 et 1986, avec le soutien de ses volontaires de la sécurité nationale, plus connus sous le nom de tontons macoutes.

Après s’être enfui avec l’aide des États-Unis et de la France, il fut secrètement accueilli à Grenoble au printemps 1986 avec 900 millions de dollars d’ « économies », au moment de la transition entre le gouvernement Fabius et celui de Chirac (1ère cohabitation). C’est Régis Debray, chargé de mission aux relations internationales auprès de Mitterrand, et donc responsable du dossier d’Haïti de 1981 à 1985, qui se serait chargé de recevoir le dictateur (ce dont se souviendra Chirac en 2004 en confiant au guérilléro bavard le dossier du coup d’État contre Jean-Bertrand Aristide). Les bons et loyaux services de Debray lui vaudraient une nomination au conseil d’État par le fait du prince. Jean-Claude Duvalier, officiellement en transit, est ainsi hébergé et protégé par la France depuis 1986. Tous les ministres de l’Intérieur qui se sont succédés ont systématiquement déclaré qu’ils n’étaient pas au courant. On prétend que Duvalier est ruiné à cause de sa femme qui aurait fait main basse sur son magot. On le croise cependant toujours dans les luxueux hôtels et restaurants parisiens. J’ai réussi à me procurer son numéro de portable, dans l’espoir de l’interviewer, ce qu’aucun journaliste français, curieusement, n’a songé à faire depuis 24 ans. Bébé Doc aurait tant de choses à raconter. Après un premier contact, il s’est malheureusement mis aux abonnés absents, très certainement à la demande expresse de ses protecteurs. Bébé Doc a l’obligation d’être discret. Cela fait partie du marché. Il s’est exprimé en 2004, au moment du coup d’État, auquel je le soupçonne d’avoir accordé quelque soutien. À cette époque, j’ai entendu des diplomates français dire que le retour de Bébé Doc serait une bonne solution. Plus récemment, Bébé Doc a fait parler de lui en proposant de mettre des fonds qu’il avait placés en Suisse au service des Haïtiens sinistrés. Cette réapparition n’est pas un hasard. Le jour même du séisme, la justice de Berne venait de refuser à l’État haïtien la restitution desdits fonds, après 24 ans de procédure. Une conseillère fédérale, Micheline Clamy-Rey, vient par ailleurs de se rendre à Port-au-Prince pour discuter de l’affaire avec le président haïtien Préval. Le gouvernement fédéral songerait actuellement à voter d’urgence une loi sur la restitution des biens mal acquis qui empêcherait Bébé Doc de récupérer son pactole. En attendant, il compare, paraît-il, les malheurs d’Haïti aux dix plaies d’Égypte. Selon le dictateur, la onzième sera un tsunami. Tout cela pour punir les Haïtiens de l’avoir chassé. À l’époque de Mitterrand, la France aurait signé un contrat faramineux avec le chef des macoutes pour réaliser un métro à Port-au-Prince. Le secrétaire d’État aux Finances de Bébé Doc, Frantz Merceron, se vantait même d’avoir eu la croix de la Légion d’Honneur pour ce contrat du siècle sur lequel sans doute il vaudrait mieux ne pas trop revenir, de peur de trouver un joli pot aux roses qui permettrait sans doute de comprendre pourquoi la France est obligée de garder sur son territoire le satrape haïtien. On se doute que le métro de Port-au-Prince n’a jamais vu le jour. Bébé Doc le regrette : si le métro avait existé, il aurait pu l’inonder en 1986 comme Hitler le fit pour le métro de Berlin en 1945.

mercredi 3 février 2010

Et si l’on faisait porter le niqab aux serveurs de restaurant ?

Les journalistes français ne sont pas en reste pour stigmatiser le racisme des autres pays : le racisme en Italie, le racisme en Allemagne, le racisme en Russie. Il n’est jamais question que du racisme des autres. Mais s’ils parlaient au moins une fois du racisme français ? Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un magazine titrer sur ce sujet, alors que j’en vois beaucoup qui titrent sur le voile, sur l’islam, sur les «noirs ». J’en conclus, d’après ce que je lis dans la presse, que la France n’est pas raciste, mais qu’elle aurait des « minorités » problématiques : les «arabes», les «noirs». Quand un journaliste écrit un article sur les « noirs » ou les « arabes », les deux choses qu’on puisse dire de façon certaine, c’est que ce journaliste s’exclut implicitement de ces deux catégories et qu’il n’écrit pas non plus pour elles. C’est sans doute la raison pour laquelle, quand je lis ce genre de prose, je suis partagé entre la fureur et la tristesse. Ces lignes-là ne m'étaient pas destinées, c'est sûr. Pourtant, ces papiers sont utiles. Ils sont révélateurs du racisme français postcolonial que l’on pourra étudier un jour comme on peut étudier le racisme qui sévissait par exemple à l’époque des guerres de décolonisation. Quand un écrit se réduit à l’idéologie qu’il véhicule, on apprend au fond beaucoup de choses sur l’auteur de cet écrit, plus que sur le sujet traité. Par exemple le niqab. Je n’ai jamais vu personne dans cette tenue, sauf dans la presse. Quand je vois la une d’un magazine sur le niqab, je me dis que ce magazine veut en faire la publicité, puisqu’il me présente comme un problème de société quelque chose que je n’ai jamais vu et que le rédacteur en chef de ce journal n’a sans doute pas vu davantage, à moins d’avoir cherché. Je doute en effet que les rédacteurs en chef de la presse mainstream habitent dans des quartiers où toutes les femmes portent le niqab. D’ailleurs, comment savoir si ce sont des femmes, puisque le voile est intégral ? Voilà un vrai problème, que personne n’a posé. Imaginons que demain, incité par ce que j’ai lu dans la presse, je sorte en niqab, pour voir. Tout le monde dira avoir croisé une femme en niqab, certainement obligée de porter cette tenue à cause d’un mari musulman très méchant qui la tuerait si elle se découvrait. On me jettera des pierres. Je pourrais même, dans cette tenue, faire le tour des rédactions et me faire interviewer. À supposer que je dise ce que les journalistes ont envie d’entendre, chiche qu’ils me publient. Mais j’y pense : le niqab permettant de ne pas être vu, tous ceux qu’on n’a pas envie de voir pourraient le porter. Puisque les « noirs » sont problématiques, ils pourraient tous porter le niqab. Comme ça, on ne les verrait plus et les racistes ne seraient plus dérangés. Dans tous les restaurants où il m’arrive d’aller, tout le personnel que j’aperçois furtivement dans les cuisines a la peau noire. Tout le personnel qui sert a la peau blanche. Bizarre, non ? Cela, les journalistes, qui se font beaucoup inviter à déjeuner, c'est connu, le voient forcément, mais ils n’en parlent jamais. Ils pourraient cependant s’étonner que les villes civilisées du XXIe siècle soient plus racistes encore que les colonies esclavagistes du XVIIIe siècle où l’on n’éprouvait pas de répugnance à être servi à table par des personnes à la peau noire. Je propose que l’on fasse porter le niqab à tous ces nègres qu’on ne veut pas montrer, dans ce pays pas du tout raciste où je vis. Comme ça, on ne les verrait plus et on n’aurait pas peur que les clients blancs de peau soient indisposés. En outre, je suis sûr que le restaurant qui mettrait tous ses serveurs en niqab aurait immédiatement une jolie couverture médiatique.

mardi 2 février 2010

Les étranges déclarations de M. Mulet

Un nouveau donneur de leçons vient d’apparaître. C’est le Guatémaltèque Edmond Mulet, qui vient d’être nommé représentant spécial intérimaire de l’ONU pour Haïti. Ses premières déclarations valent d’être citées : «La communauté internationale et les Haïtiens eux-mêmes ne sont jamais parvenus à fonder des institutions stables.» Il me semble qu’il y a pourtant des institutions en Haïti et qu’elles valent bien celles du Guatemala. Si ma mémoire est bonne, tandis qu’Haïti est un pays modèle pour sa recherche de liberté et d’indépendance, le Guatemala a presque toujours été aux mains des États-Unis qui y ont fait ce qu’ils ont voulu pendant tout le XXe siècle, par le truchement de la société United Fruit. Cette «stabilité» qui manquerait aux Haïtiens, est-ce le régime du dictateur guatémaltèque Efrain Rios Montt qui, il y a seulement quelques années, massacrait 200 000 Mayas de la manière la plus barbare, notamment en les précipitant dans la mer depuis des hélicoptères ? Quelles institutions seraient « stables » lorsque la prétendue communauté internationale approuve un coup d’État et intervient pour refuser au principal parti d'un pays de présenter des candidats aux élections ? On pourra noter au passage que M. Mulet considère que c’est à la communauté internationale de «fonder» l’État haïtien. Cette «fondation» serait-elle l’enlèvement, en 2004, du président démocratiquement élu et l’installation consécutive de 9000 soldats de l’ONU qui, apparemment, ne servent à rien, puisque les USA ont cru nécessaire de leur adjoindre 16 000 autres. M. Mulet reconnaît du reste que la Minustah (mission des Nations unies pour la stabilisation – je dirais plutôt la déstabilisation- d’Haïti) n’a d’aucune manière contribué à secourir les Haïtiens après le séisme : « Au tout début, c'était très difficile parce que tous les locaux étaient complètement détruits et que la direction était décimée. En ce sens, nous étions victimes au même titre que le gouvernement et la population. ». À entendre M. Mulet, c’était presque aux Haïtiens de secourir le personnel d’occupation de la Minustah et non pas l’inverse. C’est bien triste de voir un pays ainsi livré à des gens capables de débiter devant la presse autant de sottises. Espérons que l’intérim de M. Mulet ne soit qu’un intérim et que ce ne soit pas un âne qui le remplace.

lundi 1 février 2010

Pauvres Petits Poucets d’Haïti !

Haïti, l’un des pays les plus pauvres du monde, est naturellement l’un des premiers pays fournisseurs d’enfants adoptés par l’Occident et en particulier par la France. L’adoption est souvent une bonne solution pour des orphelins qui retrouvent une famille aimante et équilibrée. Elle ne l’est pas toujours cependant. D’abord parce que les prétendus « orphelins » ne sont pas toujours orphelins mais souvent abandonnés par des familles pauvres qui n’ont pas les moyens des les élever. Relisons Le Petit Poucet de Charles Perrault. Ensuite parce qu’il arrive que des enfants haïtiens soient véritablement vendus, par leur propre famille ou par des intermédiaires, et pas toujours pour être adoptés. Le président Aristide avait déclaré la guerre à certaines filières, notamment canadiennes, où les adoptions étaient combinées à d’abominables systèmes d’assurance-vie. Ces enfants-là, une fois adoptés, mouraient beaucoup, comme bien on pense. Les trafics d’organes ne sont pas non plus qu’une légende ni une source d’inspiration pour les cinéastes (voir ou revoir Dirty pretty things de Stephen Frears). Quant aux réseaux de pédophilie, ils opèrent ouvertement à Port-au-Prince. Les troupes d’occupation, notamment celles de l’ONU, et même la diplomatie, comptent de nombreux amateurs dans ce domaine. On me dira qu’il existe une administration haïtienne qui protège les mineurs et supervise les adoptions. Quand on sait ce qu’est l’administration haïtienne, l’une des plus corrompues du monde, on peut absolument tout imaginer. A moins que l’administration haïtienne supervisant les adoptions soit la seule administration haïtienne à fonctionner et qu'elle soit la seule structure intègre du pays. On a fait beaucoup de cas de la souffrance des familles adoptantes qui attendaient en trépignant leur petit Haïtien, mais rares sont les articles de presse qui se placent du point de vue des enfants adoptés. Dix Américains appartenant à l’une des sectes qui opèrent en Haïti ont été arrêtés à la frontière dominicaine, avec leur cargaison d’enfants volés, âgés de 2 mois à 13 ans. Cela montre, au passage, que la République dominicaine n'est pas très regardante. Si le président René Préval a voulu alerter l’opinion en faisant procéder à cette arrestation, quitte à mécontenter ses amis américains, c’est sans doute que ce genre d’opérations se pratique en ce moment à très grande échelle dans son pays. Il a voulu aussi montrer que les Américains ne peuvent pas tout se permettre. Gageons cependant que les protagonistes de cette sale affaire seront libérés plus rapidement que ne le furent ceux de l’arche de Zoé. Car si René Préval avait une quelconque autorité sur les Américains, il ne leur aurait pas livré les clés du pays comme il vient de le faire et il aurait insisté auprès d’eux pour que son ex-ami Jean-Bertrand Aristide rentre d’exil, comme l’attendaient les électeurs de 2006 qui n’étaient autres, en réalité, que les partisans du président enlevé par les États-Unis avec la complicité de la France de Chirac et de Villepin, le 29 février 2004.