samedi 6 février 2010
Le racisme, absent du débat politique français
Par Claude Ribbe, samedi 6 février 2010 à 10:59 :: General
Le racisme est un véritable fléau en France, mais certainement une aubaine pour les politiciens puisque cette question est absolument évacuée du débat politique. Pour le Front national, cela peut se comprendre, puisque le fondement même de ce parti est de collecter les voix de ceux qui assument leur racisme, plus ou moins confondu avec la xénophobie, d'ailleurs, avec la complicité évidente de certains journalistes, y compris dans la presse dite de gauche.
Pour l’UMP, soucieuse de prendre des voix au Front national, la tentation non seulement de ne pas combattre le racisme, mais de l’attiser de manière plus ou moins subliminale, est un danger permanent dont la direction de ce parti, c’est le moins que l’on puisse dire, ne donne pas l’impression de se soucier outre mesure. Depuis bientôt trois ans, je n’ai jamais entendu un seul membre du gouvernement faire la moindre déclaration dénonçant le racisme, a fortiori prendre la moindre mesure, même symbolique. Quant à la prétendue volonté d’ouvrir à la «diversité», pourtant affirmée par le président de la République, elle est souvent le prétexte à de véritables provocations. Encore faudrait-il savoir ce que signifie exactement le terme de «diversité», apparu depuis quelques années, et utilisé à tort et à travers sans être jamais défini, ce qui est le signe qu'on cherche à enfumer les esprits au lieu de les éclairer.
Pour les socialistes, l’existence du Front national, qui est une trouvaille de Mitterrand pour affaiblir la droite, n’est évidemment pas dérangeante, puisque d’une part l’électorat ouvertement raciste prend des voix à l’UMP, donc affaiblit l’adversaire, et que d’autre part l’électorat victime du racisme vote traditionnellement, et sans même réfléchir, pour le PS. Le Parti socialiste n’a donc pas plus intérêt que l’UMP à lutter contre le racisme. Tant que Georges Frêche se contentait d’être raciste, le Parti socialiste n’a jamais fait aucun effort pour le combattre et Ségolène Royal s’en est fort bien accommodée comme chef d’un de ses comités de soutien, y compris après son semblant d'éviction du parti socialiste. Lorsque le raciste s’avère être aussi un antisémite, ce qui est une évidence, car un raciste est forcément un antisémite et inversement, là on réagit. De même que François Fillon, pour faire bonne figure au dîner du CRIF, nomme un préfet chargé de la lutte contre l’antisémitisme mais oublie d’en nommer un chargé de la lutte contre le racisme. Tout le monde sait, et surtout ceux qui ont siégé comme moi à la CNCDH, chargée de mesurer l’évolution du racisme et de l'antisémitisme en France, que les discriminations fondée sur le racisme, visant majoritairement les personnes descendantes d’esclaves ou d’indigènes, sont sans commune mesure avec les celles fondées sur l’antisémitisme (ce qui ne veut pas dire que l’antisémitisme n’existe pas). Les chiffres sont publiés et chacun peut en prendre connaissance. Le Modem, qui aurait pu permettre de développer une autre politique au moment de l’élection présidentielle, a perdu tout crédibilité du fait de l’opportunisme de ses deux dirigeants dont la seule doctrine, le seul objectif, est leur réussite personnelle. J’ai eu à souffrir du racisme propre à ce parti, réduit aujourd’hui au rôle de supplétif du PS, et heureusement condamné à disparaître dans les mois à venir. Je n’ai pas entendu les Verts faire savoir que la lutte contre le racisme était une de leurs priorités, ni le démontrer par des choix significatifs dans les investitures des régionales. L’extrême gauche ne me paraît pas plus lisible que les Verts sur ce point.
Si l'on veut illustrer ce qui vient d'être dit d'une manière frappante, il suffit d'imaginer une "photo de classe" rassemblant les dirigeants de tous les partis politiques français, de l'extrême droite la plus dure à l'extrême gauche la plus radicale. C'est extrêmement édifiant.
L’indifférence ou la complaisance, du personnel politique français par rapport au racisme est un mauvais calcul à moyen terme, car l’émergence d’un nouveau parti principalement centré sur cette question, à dessein évacuée du débat politique français par un personnel politique ouvertement ou implicitement raciste, pourrait bien être la grande surprise de 2012.