Cela va faire presque huit ans que je me bats pour le général Dumas. D’abord dans l’indifférence générale, et aujourd’hui avec le soutien de milliers de personnes qui, en France et par le monde, ont compris que le général Dumas est un symbole important. J’ai déjà publié quatre livres autour du général Dumas. D’abord une première biographie, Alexandre Dumas, le dragon de la Reine (Paris, Le Rocher, 2002, épuisé), puis un roman, L’Expédition (Paris, Le Rocher, 2003, épuisé) où le général Dumas apparaît. Ce fut aussi Le crime de Napoléon (Paris, Privé, 2005, épuisé) un livre consacré, comme son titre ne l’indique pas, à l’histoire d’Haïti et de la Guadeloupe, et où le général Dumas occupe un chapitre entier. Enfin, et surtout, Le Diable noir, nouvelle biographie du général Dumas (Paris, Alphée, 2008, disponible), que toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à ce personnage si attachant consulteront avec profit. C’est la seule biographie du général Dumas jamais publiée en France (mis à part celle d’Ernest d’Hauterive en 1897, axée sur les exploits militaires du général, et Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, livre précité, dont je suis l’auteur). Le Diable noir a bénéficié de la consultation d’archives privées inédites qui m’ont été communiquées par la famille des compagnons du général, lesquels, pour ceux qui ne le sauraient pas, étaient trois, comme les Trois mousquetaires. En annexe, j'ai retranscrit et publié le journal de captivité à Tarente du général Dumas, un texte qui, a lui seul, est un véritable roman. Ce journal, qui était en possession du romancier Alexandre Dumas, a d'ailleurs largement inspiré les épisodes du château d'If dans Le comte de Monte Cristo. Ajoutons que j'ai publié chez Alphée, en juin dernier, La Vendée et Madame, un inédit d'Alexandre Dumas. Il est encore question du général dans la longue préface que j'ai rédigée pour ce livre extrêmement dérangeant pour les promoteurs de Maquet car, dans La Vendée et Madame, publié en 1833 non pas sous le nom de Dumas, mais sous le nom du général Dermoncourt (un ami du général), c'est Alexandre Dumas le "nègre" littéraire. D'où les insultes de M. Raphaël Stainville, qui s'est débondé dans les colonnes du Figaro Magazine, en me traitant de mystificateur, au motif que je rétablissais la vérité. Bien sûr, cette vérité n'allait pas dans le sens de la promotion du film L'Autre Dumas. On remarquera qu'aucune radio française, ni aucune chaîne de télévision, ne m'a invité à m'exprimer sur la question de L'Autre Dumas, alors que je passe au moins pour l'un des spécialistes de cette famille. C'est évidemment un choix délibéré qui en dit long sur les médias en France. Dans un pays raciste, la compétence (supposée) est une tare si l'on n'a pas la bonne couleur de peau, surtout concernant les sujets où la couleur de peau joue précisément un rôle. Si j'étais footballeur, ce serait différent. Là, j'aurais le droit de parler d'histoire et de philosophie sur toutes les chaînes de télévision et de radio. J'aurais même le droit d'"écrire" des livres. Heureusement, il y a Internet. Et quelques journalistes de la presse écrite qui rachètent l'honneur de leurs confrères.

Quoi qu'il en soit, ma biographie, Le Diable noir, a été adaptée en 2009, sous le même titre, en documentaire de 52’, en coproduction avec France 3 Paris Ile de France Centre et avec la participation de RFO et de France 2. Je suis le réalisateur de ce film que je suis allé monter l’hiver dernier pendant sept semaines dans les studios de France 3 à Nancy, avec la complicité de mon ami Bernard Bats. Les scènes de fiction ont été tournées à Villers-Cotterêts et dans les environs. Le rôle du général Dumas est interprété, pour la partie fiction, par le talentueux Stany Coppet qui est beaucoup plus convaincant, me semble-t-il, dans le rôle du général, que Depardieu dans le rôle de l’écrivain Alexandre Dumas. De nombreux témoignages, dont celui, inédit, d’Aimé Césaire, donnent à ce film beaucoup de force. C’est, à mon sens, un document essentiel pour faire avancer la cause du général Dumas et, partant, le combat contre le racisme. Si France 3 Paris Ile de France Centre et France O ont déjà diffusé ce documentaire le 18 avril 2009, France 2, en revanche, ne l'a pas encore programmé, alors que la chaîne a pourtant préacheté trois diffusions. On pourrait, certes, se demander pourquoi Le Diable noir, pourtant livré et accepté voici près d'un an, n’a pas encore été programmé par France 2. Je ne souhaite pas polémiquer sur ce point pour le moment. Il me semble simplement qu’il serait aujourd’hui important que France 2, chaîne de service public qui annonce des efforts en faveur de la "diversité", mais qui a financé L’Autre Dumas, comme elle avait naguère proposé aux téléspectateurs un Napoléon où l'esclavage était occulté, diffuse prochainement Le Diable noir en seconde partie de soirée, comme cela était initialement prévu. Une demande allant dans ce sens vient d’être transmise à Patrick de Carolis, président de France télévisions, ainsi qu’à Alain Vautier, directeur de l’antenne de France 2.

Hormis ce documentaire, j’ai mis en chantier, dès 2007, un film de fiction que j’ai entrepris de réaliser pour le cinéma, Le général Dumas, adapté d’un roman dont je suis l’auteur (à paraître). Ce film, actuellement en production, et qui a déjà reçu le soutien de la région Picardie pour le scénario (achevé depuis l’été) est très avancé. Précisons que le chevalier de Saint-George, ami du général Dumas, joue un rôle non négligeable dans ce film qui, rappelons le, est une fiction.

J’ai déjà obtenu, de haute lutte, que le monument érigé à la mémoire du général Dumas en 1913 place du général-Catroux, à Paris (17e) et abattu, trente ans plus tard, par les nazis (pour ne pas dire par les collaborateurs français) soit remplacé. Le choix de l’œuvre par le maire de Paris (d’immenses chaînes brisées de cinq mètres de haut) en fait, au-delà du seul général Dumas, un monument à la mémoire de l’esclavage. C’est désormais autour de ce monument que se retrouveront toutes celles et tous ceux qui, descendants d’esclaves ou non, souhaitent chaque année, comme le prévoit la loi Taubira, commémorer à Paris la mémoire des esclaves et celle du général Dumas. Je vous invite d’ores et déjà à vous y rassembler lundi 10 mai 2010 à 18 heures.

Reste le combat symbolique pour l’attribution de la Légion d’honneur au général Dumas, soutenu à ce jour par près de 5000 pétitionnaires (dont de nombreux légionnaires) que je tiens à remercier pour leur engagement et leur lucidité. La Légion d’Honneur, la plus haute distinction française, n’a en soi que le sens qu’on y attache et qu’on attache aux décorations en général. Quelques esprits chagrins soutiennent que l’ordre de la Légion d’honneur a été créé par Napoléon Bonaparte, et que, dès lors, demander cette décoration, ce serait en quelque sorte faire allégeance à ce personnage. C’est un peu comme si on disait : il ne faut pas appliquer le code civil français, parce qu’il a été promulgué par Napoléon. L’ordre national de la Légion d’honneur est, comme son nom l’indique, un ordre national français et non un ordre impérial. Il n’appartient nullement à Napoléon, qui n’avait d’ailleurs fait que s'inspirer de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis de l’ancien régime.

Le général Dumas avait fait lui-même la demande d’intégration dans l'ordre de la Légion d'honneur. Probablement dès sa création, en mai 1802. Une lettre du maréchal Murat, datée d’août 1804, et conservée au musée de Villers-Cotterêts, atteste de cette démarche. Le fait que cette demande du général Dumas n'ait toujours pas abouti après plus de 200 ans est révoltant. On comprend bien que c'est à cause de sa couleur. C'est la raison pour laquelle je me suis engagé dans ce combat. C'est la raison pour laquelle des milliers de personnes m'ont suivi.

La demande d’attribution de la Légion d’honneur à titre posthume avait été présentée à Jacques Chirac dès 2002. Il l’avait refusée. J’ai récidivé en 2008 auprès de Nicolas Sarkozy qui, dans une lettre, a reconnu les mérites du général Dumas, sans toutefois répondre de manière définitive. Une pétition a été mise en ligne le 15 avril 2008. Elle obtient, comme chacun sait, un vif succès, et un succès grandissant.

Je maintiendrai cette demande jusqu’à ce qu’elle aboutisse. Si Nicolas Sarkozy n’accorde pas la Légion d’honneur au général Dumas, nul doute que l’attribution de la Légion d’honneur au général Dumas sera une question sur laquelle les candidats à l’élection présidentielle de 2012 devront s’engager par écrit. J’appellerai, dans cette hypothèse, les Français à voter contre ceux qui refuseraient de rendre justice à ce brave général de la Révolution et qui trahiraient, à ce signe, un racisme plus ou moins latent.

Le combat pour la réhabilitation des héros des descendants d’esclaves ou d’indigènes est un combat majeur si l’on veut en finir un jour avec le racisme qui gangrène les pays occidentaux.

La «diversité» a ses héros. Si on ne leur rend pas un hommage appuyé, comment croire ceux qui se targuent de valoriser cette même «diversité» ? La récente tentative, fort heureusement avortée, de "blanchir" Alexandre Dumas, le fils du général, et la montée au créneau de journalistes racistes osant défendre le choix de Gérard Depardieu pour jouer ce rôle, est la preuve qu’il s’agit là d’un combat majeur et d’un combat bien actuel.

C’est pourquoi j’invite toutes celles et tous ceux qui ont signé la pétition à la faire circuler partout où c’est possible. Nous sommes déjà plusieurs milliers. Demain, nous pouvons être des dizaines de milliers, voire davantage. Une certaine tendance à se mobiliser contre l'injustice n'est-elle pas l'une des caractéristiques majeures de l'"identité française" ? Il n'y a rien de plus rassurant que les preuves d'antiracisme. C'est pourquoi nous devons faire du général Dumas un cas exemplaire qui brisera, je le crois, bien d'autres verrous.