J’ai beaucoup de mal à parler de football car même si je suis en mesure de comprendre l’enthousiasme des spectateurs et donc de le respecter, c’est un spectacle qui ne m’intéresse pas, ne m’a jamais intéressé et probablement ne m’intéressera jamais. Je ne suis jamais allé assister à un match de football. Je ne regarde jamais la télévision. J’ai rencontré Lilian Thuram lors du tournage d’un documentaire auquel je participais et j’étais très étonné de la sollicitude à son égard, car je ne savais pas qui c’était. Lors de la finale de la coupe du monde de football, j’avoue avoir été terrorisé par le phénomène d’hystérie collective de ces gens qui étaient tous devant un écran de télévision, ces gens qu'on ne voyait pas mais qu'on entendait crier ensemble à travers les murs pour saluer les buts, assez choqué d’entendre les cloches des églises de Paris sonner parce qu’un match avait été gagné. Quand on me dit que les supporters se massacrent sur les stades, je ne suis pas étonné. Le parc des Princes, pour moi, n’a jamais voulu dire autre chose qu’embouteillages les soirs de championnat. Mais je suis bien obligé de réagir lorsque j’entends des Finkilekraut et des Frêche critiquer certains joueurs au motif de leur couleur et encourager, de ce fait, le racisme de certains spectateurs. J’apprends qu’il y aurait au parc des Princes deux tribunes de supporters : une tribune Boulogne contrôlée en somme par de petits fascistes blancs de peau et une tribune Auteuil dont les supporters ne seraient pas filtrés au faciès et qui prôneraient l’antiracisme. Ceux de Boulogne auraient leur petite milice. Mais ceux d’Auteuil en auraient une aussi. Récemment, l’un des membres de la tribune Boulogne (les racistes) serait resté sur le carreau. Il devrait bien y avoir une manière de gérer la billetterie de telle sorte que les spectateurs ne puissent s’agglutiner par couleur ou par idéologie. Mais le Parc, qui peut accueillir 54000 spectateurs, est géré par une société contrôlée par des fonds d’investissements américains, ce qui veut dire que d’énormes intérêts financiers sont en jeu. Je suppose que le fait de tolérer le fanatisme et le racisme permet de vendre plus de billets. Au fait, n’y a-t-il pas une ministre des Sports ? Rama Yade a organisé un congrès sur le phénomène que je viens de décrire. Il me semble qu’il devrait y avoir des solutions plus radicales que de nommer des commissions et d’organiser des congrès lorsqu’il s’agit de combattre les phénomènes racistes sur les stades qui sont un trouble à l’ordre public. On peut parfaitement imaginer des sanctions contre les organisateurs allant jusqu’à la fermeture éventuelle d’un stade, sans s’occuper des conséquences financières pour les fonds d’investissements américains. Mais, je le rappelle, je n'entends rien au football.