Plusieurs réactions aux propos de Francis Lalanne concernant Zemmour tenus sur l’antenne de la radio lyonnaise Espace ont amené certains commentateurs à parler de propos vulgaires. Je dirais plutôt qu’ils sont grossiers, ce qui est un peu différent. Dire que Zemmour est un « sac à merde », c’est grossier. L’excrément étant malodorant et de mauvaise compagnie, on comprend l’idée. Mais elle pourrait être affinée, d’où sa grossièreté. Lalanne voulait dire que les propos de Zemmour sont nauséabonds, stercoraires, écoeurants, insupportables et qu’un personnage aussi infréquentable n’a pas sa place à la télévision. Quitte à être grossier, ce qui peut se comprendre par moments, parce que ça soulage, j’aurais préféré que Lalanne puisse l’être face à Zemmour, les yeux dans les yeux : « Zemmour, vous n’êtes qu’un sac à merde ! » Cela n’eût pas manqué d’une certaine grandeur. Et j’imagine que Zemmour aurait encaissé lâchement cette bordée. Ah, le joli spectacle ! La vulgarité, je la vois différente. Dire que « la discrimination, c’est la vie », affirmer qu’il est normal qu’une entreprise refuse d’embaucher des «noirs» ou des «arabes», soutenir qu’il y a des «races» humaines, dire à une jeune fille « vous êtes noire, je suis blanc, c’est une évidence !» voilà qui est terriblement vulgaire, selon moi ! Donner une émission de télévision ou de radio, une tribune dans la presse écrite à un Zemmour, c'est plus vulgaire encore. La vulgarité c’est la bassesse, le fait de flatter les pires instincts de l’homme. Zemmour est un homme vulgaire, à la pensée et aux propos vulgaires. Je ne dirais pas, moi, qu’il est un « sac à merde ». Lalanne est trop gentil. Oui, les pauvres animaux que nous sommes sont des réceptacles à excréments. Mais la grandeur de l’homme, c’est d’avoir, au fond de son cœur, une étincelle d’absolu qui, depuis le tas de fumier où il est assis lui fait lever la tête vers les étoiles. Zemmour, lui, le nez au ras du sol, ne fait que gratter dans la fange, à la recherche de sa nourriture. Plus qu’un « sac à merde », c‘est surtout un coprophage, l’exemple même du déshonneur pour un journaliste. C’est étonnant qu’un quotidien comme Le Figaro, qui se veut si distingué, ou que RTL, dont il m’est arrivé d’apprécier l’indépendance, emploient des gens de cet acabit. Zemmour se trompe d’époque et de pays. Nous ne sommes pas dans l’Alger de 1957, lorsque les pieds-noirs pressés d’en finir avec les «bicots» rêvaient d’arroser la Casbah d’essence et d’y mettre le feu. Voilà un homme qui ignore visiblement tout des traditions de la France. Dans l’espoir d’être accepté dans certains milieux qui n'aiment ni la merguez ni l’huile rance et qui n'ont jamais accepté le décret Crémieux, Zemmour tente maladroitement, comme l'avait fait Dieudonné d'une autre manière, de s'approprier un discours d’extrême droite qui rejette dans le même sac les M'Bala et les Zemmour. Ce dernier devrait savoir que, pour les extrémistes racistes qu’il tente de flatter, un Zermmour, cracherait-il sur les «noirs» ou les «arabes», ne vaut pas mieux qu’un «noir» ni qu’un «arabe». Un raciste est toujours antisémite et réciproquement. En renforçant le racisme, Zemmour renforce aussi l'antisémitisme. Le risque, pour lui, c’est d’être voué au mépris général. De la part de ceux qu’il méprise, mais aussi de la part de ceux, bien plus nombreux qu’il ne pense, dont il est méprisé.