Cela ne fait pas trois mois, mais Haïti est déjà sortie des préoccupations de la presse et de ceux qui s’en nourrissent. Les « donateurs » (les ex-prédateurs) continuent à discuter, toujours sur la base des 11 milliards de dollars qui seraient nécessaires pour remettre le pays à peu près en état. J’avais fait à peu près ce constat financier dès le lendemain du séisme. Mais on n’a pas encore vu le cinquième de cette somme. Les plus heureux des sinistrés, au nombre de 1 million et demi, sont toujours sous des tentes. Les autres couchent dehors, mais les pays riches ne s’en soucient plus puisque la télévision a cessé d’en parler. La mise en place par Obama d’un fonds Clinton-Bush est une décision plus que surprenante. Si Clinton est assez populaire dans le pays, Bush reste l’homme qui a organisé, avec Villepin, l’enlèvement du président régulièrement élu, Jean-Bertrand Aristide, la déstabilisation et l’occupation du pays. Telle est la raison pour laquelle il s’est fait huer lors d’une récente apparition à Port-au-Prince aux cotés de son prédécesseur et de René Préval qu’il est surprenant de voir encadré par ces deux Américains, fussent-ils anciens présidents. N'oublions pas que le pays est toujours militairement occupé par les USA. Du côté de la France, on attend toujours ce qui découlera concrètement du voyage sur place de Nicolas Sarkozy à qui des manifestants ont pourtant fait savoir que le retour du président Jean-Bertrand Aristide restait l’une des préoccupations majeures de la population qui est à juste titre persuadée que lui seul est capable de reconstruire le pays sans tomber sous la tutelle étrangère. Des commentateurs ont tenté d’expliquer que les huées qui avaient accueilli Bush fils ces derniers jours étaient en réalité destinés à Bush père, responsable d’un premier coup d’État contre Aristide en 1991. Encore une façon de passer sous silence celui de 2004, bien imputable, celui-là, au sinistre Bush fils. Pour tous ceux qui voudraient comprendre la situation d’Haïti, je ne peux que recommander l’excellent ouvrage de Randall Robinson, Haïti l’insupportable souffrance, auquel j’ai d’ailleurs donné une préface dans l’édition française parue voici un mois (éditions Alphée-Jean-Paul-Bertrand).

J’animerai une conférence de présentation de cet ouvrage samedi 3 avril, à l’initiative des associations Armada et Amitié Marie-Galantaise qui débutent ainsi un nouveau cycle. J’y évoquerai l’ouvrage de Randall Robinson, en présence de Madame Lilas Desquiron, écrivain, co-auteur d’une excellente biographie de Martin Luther King. Ministre de la Culture et de la Communications de la République d’Haïti sous le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, Lilas Desquiron est à ce titre le témoin privilégié du coup d’État occulté de 2004 puisqu’elle fit partie de la délégation haïtienne qui se rendit auprès de Dominique de Villepin le vendredi 27 février 2004, alors que le ministre des Affaires étrangères français, avec la complicité de Régis Debray, avait déjà planifié le renversement du président haïtien. Lilas Desquiron répondra à cette occasion à toutes les questions des participants. Une mise au point à mon sens salutaire pour l’histoire.

Conférence sur Haïti samedi 3 avril 2010, à partir de 14h animée par Claude Ribbe, avec la participation de Lilas Desquiron, ancienne ministre de la Culture de la république d’Haïti à l’occasion de la sortie du livre de Randall Robinson Haïti l’insupportable souffrance (éditions Alphée-Jean Paul Bertrand) qui sera disponible sur place.

Maison des Associations du 14ème 22 rue Deparcieux 75014 Paris Métro : Denfert-Rochereau. Organisation : Associations Armada et Amitié Marie-Galantaise.