le Blog de Claude Ribbe

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dimanche 18 avril 2010

Ce n’est pas parce que Zemmour a une tête de dromadaire que les « juifs » sont forcément tous des escrocs, des négriers et des chiens.

Il paraît que Dieudonné aime bien qu’on lui tape dessus quand c’est moi. Message reçu. J’ai vu une vidéo où Dieudonné dit quelques petites choses justes et amusantes pour les mêler à des idées reçues franchement antisémites. Pourquoi ces embardées, Dieudonné ? N’as-tu pas fait assez de mal à la cause que tu prétends défendre, celle des « noirs » ? Il est vrai que tu n’as pas encore compris l’essentiel : il n’y a pas plus de « noirs » que de « juifs » ; il n’y a que des abrutis incultes dans le genre du copain qui prétend te conseiller et qui n’est qu’un petit facho frustré qui te méprise, se sert de toi et te fait dire des choses odieuses. Des choses qui ne profitent qu’à une poignée de gens autoproclamés représentatifs des « juifs » mais qui ne sont pas plus représentatifs que toi tu ne l’es des « noirs ». N’oublie jamais que ces derniers ont moins besoin de toi que tu n’as besoin d’eux. Et ils sont fatigués de t’entendre éructer comme au temps de Drumont, de Lebon et de la rue Lauriston. Lorsqu’ils oublieront, tu te retrouveras seul. Tes amis du Front national te méprisent autant qu’ils méprisent les « juifs » et ce n’est pas avec eux, à moyen terme, que tu feras tourner ton théâtre. Pour qui travailles-tu vraiment, Dieudonné ? Que Zemmour ait une tête de dromadaire, c’est plutôt drôle. Là, tu fais ton métier d’humoriste. Qu’il trahisse ses origines maghrébines, c’est plutôt vrai. Alors pourquoi ajouter que tous les escrocs sont « juifs » ? Que les « juifs » sont des chiens ? Que c’étaient eux les négriers ? Tu voudrais être le contradicteur de Zemmour ? Pour aller répéter ce que ton mentor te dit de dire ? Parler au nom des « noirs » que tu ne représentes pas ? Je ne pense pas que tu sois l’homme de la situation. Quelle que soit ta vis comica, il va falloir que tu bosses pour être au niveau. Pour l’instant tu n’es que le représentant de Soral, des racistes et des cons. Ce qu’il te reste à faire, c’est de t’excuser sincèrement, s’il en est encore temps, d’avoir dit toutes ces sottises infâmes et surtout de nous expliquer pourquoi tu l'as fait. Un homme qui s’est trompé, qui s’est acoquiné par mégarde ou par intérêt, peu importe, avec un imbécile, ne sort jamais amoindri d’une autocritique. Quand tu auras eu le courage de faire la tienne, reviens à ton métier. Ton vrai métier qui est de nous faire rire. Et tu te rendras compte que la liberté d’expression n’a rien à voir avec ce que tu croyais.

Dialogue entre Melanos et Anthropophile

L’autre soir, j’ai assisté à une discussion. Deux points de vue s’affrontaient. Renommons les deux protagonistes : Melanos, et Anthropophile.

MELANOS : -Cher Anthropophile, je souscris à vos thèses, mais je ne comprends pas votre obstination à refuser à l’homme noir sa qualité d’homme noir.

ANTHROPOPHILE : -C’est pourtant simple, Mélanos. L’humain est humain avant d’être noir ou blanc. La qualité d’humain est la substance, la couleur de la peau un simple accident.

MELANOS : -Substance, accident, ne sont-ce pas là des pédanteries aristotéliciennes?

ANTHROPOPHILE : -Non pas. La substance ou l’essence c’est ce qu’il y a de permanent dans un être. L’accident ne change rien à la substance. Écorché comme un lapin, vous serez toujours un homme. L’essentiel n’est donc pas votre peau.

MELANOS : -Ce qu’il y a de permanent en moi, c’est quand même que je suis noir.

ANTHROPOPHILE : -Oui, tant que la lumière est allumée. Mais la nuit, tout le monde est noir.

MELANOS : -Même quand j’éteins la lumière, je sais quand même que je suis noir.

ANTHROPOPHILE : - C’est parce que vous êtes tout seul dans votre lit. Si tel n’était pas le cas, en éteignant la lumière, vous auriez d’autres pensées que la couleur de votre peau en rallumant la lumière.

MELANOS : -Cessez de me railler, Anthropophile, vous voyez très bien ce que je veux dire.

ANTHROPOPHILE : -Eh bien justement, je ne vois pas.

MELANOS : -Vous ne voyez pas ma couleur ? N’est-elle pas évidente ?

ANTHROPOPHILE -Évidente pour mes yeux, pas pour mon esprit. Lorsque je regarde la télévision, je vois toutes sortes de fantasmagories qui ne sont qu’imaginaires. Et même dans le journal qui est censé être la vérité vraie, outre tout ce qu’on me cache, on me montre beaucoup de choses comme vraies dont je sais qu’elles sont fausses. Ainsi ceux qui sourient et paraissent honnêtes sont souvent les pires escrocs.

MELANOS : -Oui, mais un noir à la télévision reste un noir.

ANTHROPOPHILE : -Il n’y a pas de noirs à la télévision. Ceux que vous croyez voir ne sont que des blancs déguisés en noirs ou la projection de la pensée des blancs. Des fantasmagories, vous dis-je.

MELANOS : -Je ne comprends pas.

ANTHROPOPHILE : - C’est pourtant simple. Ceux que vous appelez les noirs apparaissent toujours à la télévision de deux manières. Ou bien positive lorsqu’ils présentent les actualités ou, plus rarement les émissions de distraction. Ou alors dans des rôles négatifs de noirs qui souffrent ou de noirs qui font du mal. Dans ce dernier cas, c’est le prolongement de la pensée blanche : les noirs sont méchants et ils méritent de souffrir. Dans le premier cas, derrière le masque noir, c’est la pensée blanche qu’on vous impose, crédule Mélanos. Le présentateur du journal ne fait que lire un texte qui n’est pas le reflet de sa pensée à lui en tant que noir comme vous dites.

MELANOS - Et les noirs qui dansent et qui chantent et qui jouent au football ?

ANTHROPOPHILE - Des noirs qui souffrent, puisqu’on ne leur a pas laissé d’autre choix. Comme si les noirs étaient si méchants qu’ils ne méritent que de danser, de chanter et de jouer au football, en enfer jusqu’à la fin des temps. Telle est la pensée blanche.

MELANOS - Vous parlez quand même de noirs et de blancs.

ANTHROPOPHILE - La pensée blanche, c’est la pensée au pouvoir. De la non-pensée.

MELANOS : - Donc, il y a bien une pensée noire !

ANTHROPOPHILE : - Justement non. Ce n’est qu’un prolongement de la pensée dominante.

MELANOS -En tout cas, noir je suis noir je reste. A cause de ma peau et de la conscience que j’en ai.

ANTHROPOPHILE - Ah bon, car vous pensez que la couleur est ailleurs que dans la lumière ?

MELANOS : -L’essence de ma peau, c’est qu’elle est noire. Et l’attribut de ma substance d’homme, c’est ma noirceur. Je suis un homme, certes, mais un homme noir.

ANTHROPOPHILE : - Pourquoi dire d’un homme qu’il est noir parce que sa peau aurait tant d’importance ? Est-ce plus important que de dire qu’il est petit, chevelu ou que sa voix est grave ?

MELANOS : -La couleur ne compte pas, alors ?

ANTHROPOPHILE : -Sauf si vous attribuez à cette couleur une substance différente, si vous faites de l’accident une substance. Dans ce cas, vous êtes dans la non-pensée.

MELANOS : -Alors comment dire d’un noir qu’il est noir ?

ANTHROPOPHILE : -Si cela se voit tant, quel intérêt pour vous de le dire ?

MELANOS : -Parce que ça change tout.

ANTHROPOPHILE : -Pour celui qui vous méprise, certainement, mais pour vous ?

MELANOS : -Parce que j’en suis fier.

ANTHROPOPHILE : - Fier de quelque chose qui n’est pas essentiel ?

MELANOS : -Pour moi ça l’est.

ANTHROPOPHILE : -Oui, mais vous avez tort.

MELANOS : -C’est votre point de vue.

ANTHROPOPHILE : -Vous pensez que tous les points de vue se valent ?

MELANOS : -Absolument !

ANTHROPOPHILE : -Eh bien mon point de vue est vrai alors ?

MELANOS : -Autant que le mien.

ANTHROPOPHILE : -Alors sachez que mon point de vue, qui est vrai (vous venez de l’admettre) c’est que votre point de vue à vous est faux.

MELANOS : -Il se fait tard, allons dormir ! La nuit porte conseil.

ANTHROPOPHILE : -Oui, mais réfléchissons avant de nous endormir…