le Blog de Claude Ribbe

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 25 octobre 2010

Affaire Guerlain : une certaine France sourde et aveugle

Il est édifiant de constater le décalage incroyable entre l’ébullition causée par l’affaire Guerlain, facile à constater sur le web et, certainement, dans les derniers rapports de ventes des produits Guerlain-LVMH qui ont du se ressentir des déclarations racistes, négationnistes et négrophobes de l’héritier Guerlain, et la relative indifférence de la presse mainstream sur ce sujet, déjà considéré comme classé dans certaines rédactions, sans parler du silence assourdissant des politiques. Certains journalistes ne comprennent pas l’ampleur de la réaction, née spontanément sur Facebook, relayée sur Tweeter, et alimentée chaque minute par de nouveaux témoignages. La colère gronde. Les têtes ne se baisseront plus. Le rassemblement organisée par le collectif « Moi non plus je ne veux pas bosser comme un nègre », fort d'un millier de sympathisants sur Facebook et très actif, a été minimisé. Les communiqués ont fait part d’une centaine de personnes. Mais les photos et les témoignages attestent qu’il s’agissait en réalité d’un demi-millier de manifestants, ce qui est beaucoup pour une mobilisation de dernière minute. Un signe qui ne trompe pas non plus, la présence des charognards, en quête de récupération du mouvement. En particulier les émissaires du cabinet noir : trois ou quatre personnes financées par qui-vous-savez, sous couvert de quatre « associations » bidon et répugnantes, se sont précipitées vers les caméras pour lesquelles tous les nègres se ressemblent et qui ont fait leurs offres de services en tentant d’identifier les responsables du mouvement. Le problème, c’est qu’on les reconnaît sur les vidéos, les maladroits. Succulents, les retours d’information avec les nervis habituels qui menacent de casser le mouvement si on ne leur donne pas la première place et qui feraient mieux, pour certains, de s’occuper plutôt de leur prochaine comparution en correctionnelle. Admirables, leurs propositions de jouer les intermédiaires entre le mouvement et Nicolas Sarkozy ou Bernard Arnault. On les aurait préférés plus discrets. Ce que ne comprennent pas tous ces gens de basse police - dont le maître-chien a effectivement été formé dans les officines barbouzardes - c’est que cette fois la coupe est pleine et qu’ils ne contrôleront rien. Dieudonné non plus, dont on espère qu’il n’a rien à voir avec les précédents, ne récupérera que couic et ne réussira pas, cette fois, à faire passer l'affaire pour les gesticulations antisémites d'une bande de singes. Et désolé pour Benoît Hamon, qui a payé samedi - un peu trop à mon goût, soyons honnêtes ! - pour tout les politiques inscrits durant toute la semaine aux abonnés absents. Mais les plus fins observateurs - et en particulier les argus étrangers -ne s’y sont pas trompés. Les jeunes et les femmes étaient là samedi. Et ce n’est qu’un début. L’ère des Pétré-Grenouilleau, Finkielkraut, Zemmour, Carrère d’Encausse, et autre Sevran servis par les médias est bien révolue. Le décès de Frêche, survenu symboliquement peu après que la mairie de Montpellier eut fermé la porte au nez de Guerlain, a étrangement coïncidé avec la fin d'une époque. Le racisme décomplexé a vécu. Les manipulateurs tentent bien de détourner la colère des «nègres» vers France Télévisions, comme si c’était de là que venait le problème. Mais LVMH, où deux conseillers de Nicolas Sarkozy tiennent une place de premier plan, pourra difficilement échapper à l’affaire. Tôt ou tard, les «bamboulas» vont débarquer dans la très respectable avenue Montaigne, numéro 22 (décidément...). Alors, le président de la République retirera-t-il à Jean-Paul Guerlain la Légion d’honneur qu’il lui a remise en 2008 pour la décerner, cette fois, au général Dumas ? Les chiens de garde du cabinet noir vont-ils prendre le risque, s’ils ont été repérés, de venir traîner dans la prochaine manif ? Suite du feuilleton au prochain numéro.

dimanche 24 octobre 2010

Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République le 24 octobre 2010, l’écrivain Claude Ribbe demande à M. Nicolas Sarkozy de retirer la Légion d’honneur à Jean Paul-Guerlain et de la remettre à titre posthume au général Dumas

Lettre à M. Nicolas Sarkozy, président de la République française,

Monsieur le Président de la République

Depuis 2009, une pétition, signée par plus de 6000 personnes, demande que le général Alexandre Dumas soit enfin reconnu, selon son souhait, comme membre de l’ordre national de la Légion d’honneur. Votre attention a particulièrement été attirée sur cette pétition au moment de votre déplacement en Haïti, dont le général Dumas est originaire. Jusqu’à présent, vous avez fait répondre par vos conseillers que ce n’était pas possible parce la Légion d’honneur ne pourrait est attribuée à titre posthume. Le général Dumas, auquel un sabre d’honneur avait été remis par Bonaparte lors de la prise d’Alexandrie en 1798, était pourtant membre de droit de l’ordre national de la Légion d’honneur. Il a demandé à faire valoir ce droit dès 1802. Il a été même appuyé dans son combat contre l’injustice par le beau-frère de Napoléon, le maréchal Murat, ainsi qu’en atteste une lettre de 1806. Depuis 1802, la France refuse ainsi de rendre justice à un brave général, tout simplement parce que c’était un « nègre », le premier général «nègre» de l ’histoire de France. Le seul général, depuis 1802, qui n’ait pas eu la Légion d’honneur. En cette période où le racisme semble la chose du monde la mieux répandue en France, le moment n’est-il pas venu de rappeler que le général Dumas était un « nègre », né esclave dans une colonie française esclavagiste, et que c’est pour cela que la France lui refuse une décoration à laquelle, plus que tout autre, il avait droit ? Au mois d’août 2010, un rapport de l’ONU a mis en garde la France contre certaines dérives racistes, notre représentant à Genève déclarant alors qu’un plan de lutte contre le racisme serait prochainement mis en œuvre par le gouvernement français. Le 15 octobre 2010, M. Jean-Paul Guerlain, arborant fièrement sa rosette d’officier de la Légion d’honneur, mettait en doute, goguenard, sur la principale chaîne de service public, le fait que les « nègres » aient jamais travaillé.

Monsieur le Président de la République, je prends la liberté de poser solennellement, c'est-à-dire devant les Français qui vous ont élu, trois questions :

1/ Vous qui êtes chef des armées, combien avez-vous de généraux «nègres» dans vos armées en octobre 2010, sachant qu’il y en avait plus d’une dizaine, dont le général Dumas, en 1802 ?

2/ Allez-vous refuser de reconnaître que le général Dumas, le premier général «nègre» français dont on fêtera le 250e anniversaire de la naissance, le 25 mars 2012, au moment de la prochaine élection présidentielle française, est membre de droit de la Légion d’honneur ?

2/ Allez vous maintenir cette même Légion d’honneur à la boutonnière de M. Jean-Paul Guerlain qui doute que les «nègres» aient jamais vraiment travaillé, remettant ainsi en cause l’esclavage de ces mêmes «nègres», un crime contre l’humanité dont l’abolition est célébrée, à la demande du Président de la République, c'est-à-dire à votre demande, tous les 10 mai ?

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments très respectueux.

Claude Ribbe

samedi 23 octobre 2010

Guerlain, les « nègres » paresseux et la France qui pue

« La gloire est éphémère, seule la renommée dure » déclarait en 1828 Pascal Guerlain, fondateur de la célèbre et prestigieuse parfumerie initialement installée rue de Rivoli, dans les galeries de l’hôtel Meurice. Pascal Guerlain, le petit parfumeur-vinaigrier, c’est l’ancêtre de Jean-Paul, l’héritier indigne. Cette renommée, sur laquelle comptait l’ancêtre, est aujourd’hui ternie, et pour longtemps, je le crains, par les déclarations racistes et négationnistes d’un homme qui a cru, dans l’ambiance raciste et négrophobe où baignent les élites françaises de 2010, qu’elles seraient de bon ton. En un sens, il a eu raison. Casser du «nègre», en France, on pouvait jusqu’ici le faire en toute impunité. Quels sont en effet les politiques qui ont spontanément condamné les propos insupportables du rejeton de la maison Guerlain ? S’il ne s’était agi de «nègres», n’aurait-on pas assisté à un tollé médiatique, avec une saisine immédiate du parquet par le Garde des Sceaux, et une surenchère de déclarations indignées d’élus de tous bords ? Mais, la, rien. Rien que les gloussements d’Élise Lucet, la journaliste, qui, elle, jure n’avoir rien entendu. Surtout depuis que le CSA, à l’unanimité, a adressé une mise en demeure, reconnaissant par là que les propos tenus étaient inacceptables et que l’absence de réaction appropriée de la journaliste qui recevait M. Guerlain sur une chaîne du service public l’était au moins tout autant. LVMH réalise un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros. Au conseil d’administration ou dans le comité exécutif de ce groupe, aucun «nègre», on s’en doute, mais des personnalités plus «acceptables» telles que Bernadette Chirac, Hubert Védrine, Nicolas Bazire, né en Martinique, je crois, et témoin de mariage de M. Nicolas Sarkozy, ou Patrick Ouart qui, voici quelques mois encore, était le conseiller « justice » du même M. Sarkozy, président de la République française, M. Patrick Ouart, qui a très certainement vu passer la demande, jusqu’à présent non acceptée, d’attribution de Légion d’honneur à titre posthume au général Dumas, appuyée par une pétition de 6000 personnes, majoritairement des «nègres» il est vrai… Retirera-t-on la Légion d’honneur à Jean-Paul Guerlain pour avoir douté devant des millions de Français, que les «nègres», dont le général Dumas, privé de Légion d’honneur par une certaine France, celle qui pue, aient jamais travaillé ? LVMH, ce n’est pas seulement Guerlain, c’est aussi les parfums Christian Dior, c’est Givenchy, Kenzo, Céline, c’est le bottier Berluti, c’est Louis Vuitton. LVMH, c’est encore les marques de champagne Moët et Chandon, veuve Cliquot, Canard Duchêne, très appréciées jusqu’à présent par les « nègres » des Antilles … Les multiples déclarations de LVMH pour tenter de se désolidariser des déclarations de M. Guerlain montrent bien que la réputation du célèbre parfumeur est ternie et que les ventes de la semaine ont dû s’en ressentir. La société de M. Arnault aurait le plus grand intérêt, pour redonner une image moins nauséabonde à la société par elle rachetée en 1994, à faire un geste significatif. Dire qu’on n’a rien à voir avec M. Guerlain, qu’il n’est ni salarié ni actionnaire du groupe, c’est bien. Apporter une contribution significative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage, ce serait mieux. Les « nègres » se réuniront, comme chaque année, le 10 mai 2011, à 18 heures, place du général-Catroux à Paris, devant le monument au «nègre» Dumas, à l’initiative de la mairie de Paris et des amis du général Dumas. M. Arnault et ses conseillers y seront les bienvenus pour montrer qu’ils ne considèrent pas un seul instant que l’abolition de l’esclavage ait pu rendre les « nègres » paresseux.

mercredi 20 octobre 2010

Guerlain se parfume au racisme et au négationnisme

Depuis Port-au-Prince, où je me trouvais vendredi 15 octobre, les propos tenus en direct par Jean-Paul Guerlain, invité du journal de France 2 – « Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… » avaient quelque chose de particulièrement odieux. La France a en effet déporté en Haïti, pendant cent cinquante ans, plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants, laissant près de six millions de morts en Afrique (cinq morts pour un déporté selon les estimations les plus optimistes). L’espérance de vie de ces « nègres » dont M. Guerlain doute qu’ils aient jamais beaucoup travaillé, était de cinq ans en moyenne. Le mot «nègre», dans la bouche de certains Français de la génération de M. Guerlain, renvoie à l’esclavage. D’où l’expression « travailler comme un nègre » ou « nègre littéraire » (celui qui travaille pour le compte d’un autre, lequel ramasse l’argent et les lauriers). L’angle d’attaque de celles ou de ceux - bien rares - qui se sont insurgés : le racisme du propos. Oui, M. Guerlain est raciste, c’est évident. D’abord parce que pour lui les «nègres» formeraient un groupe à part dont il ne pense pas un seul instant qu’il puisse y trouver aucun consommateur de ses parfums. Il a tort. Ensuite parce que ce groupe n’aurait que des défauts. Des tares particulières. La «paresse» des « nègres », coupables de n’en faire jamais assez pour leurs maîtres et de ne pas mourir assez vite au travail : un poncif colonial et esclavagiste répandu dans les esprits européens depuis le XVIIIe siècle. Le «dérapage» est parti de là. M. Guerlain, qui n’a pas l’air d’avoir l’esprit bien délié, flatté d’être encouragé par une interlocutrice complaisante, lâche tout naturellement l’expression « travailler comme un nègre ». Celle de « nègre littéraire » lui a peut-être alors traversé l’esprit, lui qui était venu pour faire la promotion d’un livre qu’il n’a pas forcément écrit tout seul. Ensuite, départ en vrille. Croyant faire un bon mot, comme il en a certainement l’habitude à la fin des dîners, il vient à son esprit gourd l’idée que les « nègres » sont paresseux. Et il se débonde. Le plus surprenant n’est pas le racisme, dans cette affaire. Le racisme, une certaine France - celle qui a le droit de s’exprimer, celle à qui on tend volontiers le micro et dont on approuve les dérives en gloussant -, semble baigner dedans depuis quelque temps. Mais il y a un autre problème. Voici dix ans, la France a voté une loi reconnaissant que l’esclavage des « nègres » était un crime contre l’humanité. En mettant en doute le fait que les « nègres » aient jamais beaucoup travaillé, le «nez» de LVMH conteste un crime contre l’humanité. C’est ce négationnisme désinvolte qui doit être avant tout sanctionné. Quant à Guerlain, la société, dont M. Guerlain, l’héritier, était quand même venu faire la promotion, elle a beau désavouer de pareils propos, il sera difficile pour les « nègres » paresseux de continuer à acheter ses parfums. En ce qui me concerne, « Habit rouge », c’est fini. Au moins tant que Guerlain n’aura pas fait un geste significatif de réparation en mémoire des «nègres» esclaves que l’héritier Guerlain a insultés, comme il a insulté leurs descendants.

samedi 9 octobre 2010

Le mystère de la rue du chevalier-de-Saint-George

On sait que la rue Richepance, à Paris, longue d’une centaine de mètres, est devenue en 2001 la rue du chevalier-de-Saint-George. On sait aussi que la plaque mentionnant cette nouvelle dénomination était , à l’origine, une succession d’erreurs et d’incongruités liées au fait que les édiles parisiens ne s’était visiblement pas adressés, à l’époque, aux bonnes personnes, c’est le moins que l’on puisse dire, pour avoir des informations sérieuses sur le héros. D’abord le chevalier de Saint-George était privé de patronyme. Ensuite on le faisait naître en 1739 simplement parce que les informateurs de la mairie, autoproclamés biographes officiels, s’étaient fondés sur l’acte de décès du chevalier dont l’âge est estimé par erreur à 60 ans en juin 1799, pour en inférer qu’il était donc né en 1739. Des esprits plus déliés auraient compris que le chevalier, étant mort, ne pouvait demander aux officiers de l’état civil du Directoire de préciser qu’il n’avait pas soixante ans, mais seulement cinquante trois au jour de son trépas, puisqu’il était né le 25 décembre 1745, ce qu'attestent au moins trois biographes, au nombre desquels j'ai le plaisir de m'inscrire. Mais comme si cela ne suffisait pas, sur la plaque d’origine, le métier de Saint-George restait vague : «musicien et chef d’orchestre». L’épithète « compositeur » n’était pas venue à l’esprit des rédacteurs. Par ailleurs, sa célébrité d’escrimeur et celle de violoniste, qui lui ont valu aussi de passer à la postérité, disparaissaient. Mais ce n’était pas encore fini. Saint George devenait « colonel de la garde nationale », alors qu’il fut élu seulement capitaine à Lille, mais que ses épaulettes de colonel lui furent en revanche officiellement décernées pas la Convention en qualité de chef de brigade de la légion des Américains et du Midi, futur 13e Chasseurs. Ce n’était pas un titre de complaisance attribué par des camarades, mais le premier grade d’officier supérieur accordé en France par un gouvernement à un afro-descendant. Du coup son rôle fédérateur pour lever et commander une troupe d’Antillais et d’Africains pendant la Révolution se trouvait effacé. Pas de patronyme, six ans d’erreur sur l’état-civil, un emploi et un grade approximatifs. Et surtout aucune allusion aux origines. Pas d’esclavage ni de Guadeloupe. Je ne reviendrai pas sur le choix assez curieux qui consistait à opposer Saint-George à Richepance. J’aurais préféré que la rue Saint-George fût plus longue (pourquoi ne pas débaptiser la rue Bonaparte qui fut plus coupable que Richepance puisque les ordres venaient de lui ?), j'aurais aimé que la rue Richepance devînt rue Delgrès ou rue Ignace. Une rue Ignace, ce n’est pas pour demain. Mais Delgrès a un « passage ». C’est déjà ça. Le 15 avril 2010 j’ai exprimé une fois de plus, lors d’une conférence accompagnant la sortie de mon dernier ouvrage, Mémoires du chevalier de Saint-George, mon sentiment sur la nécessité qu’il y aurait, un jour, de rectifier, en donnant les éléments évoqués ci-dessus. Il semblerait que, depuis, la rectification ait bien été faite, en tout cas sur certain points. Sur une nouvelle plaque, la date de naissance est correcte (1745), Saint-George accède enfin à la dignité de compositeur et de colonel de la légion des Américains et du Midi. Cependant, il perd sa particule, mais en gardant son titre de chevalier. Jusque là, rien de bien mystérieux. Mais là où l’affaire se complique, c’est que la mairie de Paris n’a jamais fait changer les plaques de cette rue, même si elle en a eu le projet, suite à mon intervention. Les plaques de la rue du chevalier-de-Saint-George se seraient donc changées toutes seules et nuitamment. Autre explication : quelqu’un les aurait changées. Les commerçants du quartier se sont offusqués, paraît-il, se la disparition de la particule. Les maires des deux arrondissements concernés, MM. Lebel et Legaret, auraient même déposé une plainte à laquelle le procureur aurait attaché toute l’importance qu’elle méritait. Il y aurait même eu des dénonciations, dont une m’accusant nommément, oui moi, Claude Ribbe, d’être venu avec ma salopette, mon échelle et ma caisse à outils, par une nuit de printemps, à quelques dizaines de mètres du consulat des Etats-Unis, dans le quartier de l'Elysée, et sous la protection de la police, dévisser, revisser et riveter en toute quiétude une fausse vraie plaque d’où deux erreurs auraient disparu pour une troisième ajoutée. On aurait même aperçu le chevalier tenant l'échelle.

On se doute que les enquêteurs n’ont pu découvrir les auteurs de cette curieuse initiative, dont je n’arrive toujours pas à comprendre les mobiles. S’agit-il d’un admirateur de Saint-George, excédé par une telle accumulation de contrevérités sur une plaque de rue ? Est-ce un de mes ennemis, par ailleurs maladivement obsédé par Saint-George, qui ne se serait donné tout ce mal que pour mieux m’accuser ensuite de vandalisme ? Je ne sais. En tout cas j’ai eu l’insigne honneur d’être contacté (très poliment) par un officier de police judiciaire qui s’est cru obligé, après m’avoir appris la curieuse nouvelle, de me faire comprendre que j’avais été dénoncé. Du coup, il se s’est intéressé à mes livres. J’aurai donc gagné un lecteur. Un admirateur, peut-être. Toujours est-il que les plaques ne vont toujours pas et que la mairie de Paris va devoir les remplacer. Il y a peu de chances, cette fois, que les erreurs soient rétablies. Mais au cas où le généreux pourvoyeur de plaques ou le malade mental que Saint-George et moi obsédons à ce point serait prêt à une nouvelle action, je lui suggère cette fois la rédaction idoine, qu’on en finisse.

Rue du chevalier de Saint-George (Joseph de Bologne de Saint-George, Guadeloupe 1745- Paris 1799) Compositeur, violoniste et escrimeur Colonel, en 1792, de la légion des Américains et du Midi.

vendredi 8 octobre 2010

L’"anguille ratatinée" de Napoléon

J’ai été contacté mercredi par une journaliste britannique très sérieuse. Elle s’appelle Shanta Barley et travaille pour la BBC et des revues scientifiques. Curieux : quand ils rédigent un article sur Napoléon, les journalistes anglais n’appellent ni Max Gallo, ni Pierre Nora. Ils n’appellent pas non plus l’excellent Jean Tulard, (plus sympathique que les précédents et beaucoup mieux informé des turpitudes du « petit faquin », le surnom donné à Napoléon par Barras). Ils n’appellent pas non plus Galouzeau de Villepin qui, depuis qu’il a découvert la « diversité » (grâce à sa belle-famille béké de la Martinique ?) a renoncé, paraît-il, à fêter ses anniversaires dans de riches hôtels particuliers de la rive droite avec des nappes brodées à la gloire du boucher de Saint-Domingue (ainsi le 19 novembre 2003, juste avant le coup d’Etat en Haïti, chez Nahed Ojjeh, 11 place des Etats-Unis… si je donne les détails, c'est pour ceux qui n’étaient pas invités). Non, les Anglais, pour Napoléon, c’est toujours moi qu’ils appellent. Donc Shanta m’a joint pour me demander où en était la polémique sur l’authenticité des prétendus restes de Buonaparte transférés aux Invalides en 1840, dix-neuf ans après. Il faut rappeler qu’en 1840, on était sous Louis-Philippe. Pas très disposé à abolir l’esclavage, le roi-bourgeois. Encore moins à effacer la dette des Haïtiens. Mais, sur les conseils d’un plumitif entré en politique, Adolphe Thiers, auteur d’un best-seller sur Napoléon, et futur bourreau de la Commune, il avait décidé de rapatrier la dépouille du petit dictateur raciste. Très bon pour l’image du royaume, Napoléon, disait Thiers. Très bon pour les ventes de son livre, surtout. Seulement, d’après les spécialistes, on n’aurait pas été trop regardant sur l’identité du macchabée. Donc, on ne sait pas trop qui est aux Invalides. Celui devant lequel Hitler s’est incliné en 1940 n’était peut-être pas le bon, qui sait ? Un juif ? Un noir ? un rom ? Pourquoi pas un test ADN ? suggère Shanta. C’est vrai. Naguère, en France, on voulait bien les imposer aux étrangers, les tests ADN. Alors pourquoi pas à Napoléon (qui n’aurait pas été trop français d'après Chateaubriand) ? Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas prendre le risque de découvrir que le locataire des Invalides n’est peut-être qu’un rastaquouère ou un sans-papiers. Pour ma part, j’ai déclaré que Napoléon n’avait rien à y faire et que, mort ou vif, vrai ou faux, il n’était qu’une tragique imposture. Et Shanta de me tuyauter sur un sujet plus scabreux. En 1969, année érotique, comme nous l’a appris Gainsbourg, Christie’s passe en vente un petit objet rabougri et peu ragoutant de moins de trois centimètres de long qui ressemblait à une « anguille ratatinée » selon les uns, à un « vieux lacet de chaussure pourri » selon les autres. Retiré faute d’enchères. On a murmuré plus tard que c’était peut être un trophée prélevé au bon endroit sur l’impérial gisant à Sainte-Hélène par l’abbé Ange Vignali, chargé en principe d’administrer les derniers sacrements à l’exilé, mais qui serait venu avec son couteau suisse pour se couper un petit souvenir. C’est Ali, le valet de chambre de Sa Majesté Buonaparte, qui l’a dit. Et « il n’y a pas de héros pour le valet de chambre» (surtout s’il s’appelle Ali, diraient aujourd'hui certains Français). Pas de héros pour le valet de chambre : la formule, commentée par Hegel, est du satrape corse lui-même. En tout cas le machin, le lacet, la chose, est discrètement repassée en vente en 1997 à Paris et c’est un Américain, cette dois, John K Lattimer, qui s’est porté acquéreur pour compléter une collection, disons, orientée, où « l’anguille ratatinée » de Napoléon viendrait tenir compagnie à des dessins de Hitler et à la capsule de cyanure de Goering. Le collectionneur est mort en 2007, salué par un article du New York Times. Eh bien, si le pénis de l’Empereur est à vendre, je suggère aux admirateurs de Napoléon d’en faire l’acquisition et de le rapatrier pour l’exposer aux Invalides. A moins qu’on ne l’offre symboliquement aux Haïtiens en remboursement des 21 milliards de dollars que la France leur devrait selon certaines estimations, pour le racket de 1825.

jeudi 7 octobre 2010

Fichiers racistes au pays des droits de l'homme

Ainsi donc il existerait, à l’usage de la gendarmerie nationale française, un fichier des « minorités ethniques non sédentarisées», parfaitement illégal, où figurent roms et gens du voyage, les boucs émissaires du moment. C’est le journal Le Monde qui le révèle, et s’en offusque, dans son édition du 6 octobre 2010. La gendarmerie soutient, pour le moment, que ce fichier n’existe pas. Dans la même édition, Le Monde ne manque pas de rappeler que le fichier Stic, système de traitement des infractions constatées (34 millions de personnes citées) aussi appelé « Canonge » du nom du policier marseillais qui, dans les années cinquante, avait eu l’idée de classifier « racialement » ses fiches, s’appuie sur une taxinomie illégale. De récentes tentatives pour effacer cette typologie héritée de Blumenbach et si chère à Hitler n’ont jamais abouti. Seule la mention « gitan » aurait été supprimée. Une partie de la police française prétend qu’il serait impossible d’identifier un délinquant sans savoir s’il appartient au groupe «blanc caucasien, métis-mulâtre, nord-africain-maghrébin » etc. Je me souviens, à l’occasion d’une conférence faite à la demande de la commission des droits de l’homme devant des magistrats du parquet, à l’école nationale de la magistrature, avoir été interpellé assez sèchement, pour ne pas dire plus, par un procureur qui ne comprenait pas que ces distinctions odieuses n’étaient d’aucune utilité. Heureusement, tous ses collègues n’étaient pas de son avis. Ce qui est assez paradoxal, c’est que les journaux qui, aujourd’hui, s’émeuvent de l’existence d’un fichier « ethnique» appelaient naguère de tous leurs vœux l’introduction de ces mêmes critères « ethniques » dans les statistiques publiques (pour mieux lutter contre le racisme, disaient-ils) et continuent à désigner certaines personnes par la couleur de leur peau et avec une majuscule, ce qui démontre assez que l’idée de race humaine, pour certains journalistes non plus n’a rien d’absurde.