Ainsi donc il existerait, à l’usage de la gendarmerie nationale française, un fichier des « minorités ethniques non sédentarisées», parfaitement illégal, où figurent roms et gens du voyage, les boucs émissaires du moment. C’est le journal Le Monde qui le révèle, et s’en offusque, dans son édition du 6 octobre 2010. La gendarmerie soutient, pour le moment, que ce fichier n’existe pas. Dans la même édition, Le Monde ne manque pas de rappeler que le fichier Stic, système de traitement des infractions constatées (34 millions de personnes citées) aussi appelé « Canonge » du nom du policier marseillais qui, dans les années cinquante, avait eu l’idée de classifier « racialement » ses fiches, s’appuie sur une taxinomie illégale. De récentes tentatives pour effacer cette typologie héritée de Blumenbach et si chère à Hitler n’ont jamais abouti. Seule la mention « gitan » aurait été supprimée. Une partie de la police française prétend qu’il serait impossible d’identifier un délinquant sans savoir s’il appartient au groupe «blanc caucasien, métis-mulâtre, nord-africain-maghrébin » etc. Je me souviens, à l’occasion d’une conférence faite à la demande de la commission des droits de l’homme devant des magistrats du parquet, à l’école nationale de la magistrature, avoir été interpellé assez sèchement, pour ne pas dire plus, par un procureur qui ne comprenait pas que ces distinctions odieuses n’étaient d’aucune utilité. Heureusement, tous ses collègues n’étaient pas de son avis. Ce qui est assez paradoxal, c’est que les journaux qui, aujourd’hui, s’émeuvent de l’existence d’un fichier « ethnique» appelaient naguère de tous leurs vœux l’introduction de ces mêmes critères « ethniques » dans les statistiques publiques (pour mieux lutter contre le racisme, disaient-ils) et continuent à désigner certaines personnes par la couleur de leur peau et avec une majuscule, ce qui démontre assez que l’idée de race humaine, pour certains journalistes non plus n’a rien d’absurde.