J’ai été contacté mercredi par une journaliste britannique très sérieuse. Elle s’appelle Shanta Barley et travaille pour la BBC et des revues scientifiques. Curieux : quand ils rédigent un article sur Napoléon, les journalistes anglais n’appellent ni Max Gallo, ni Pierre Nora. Ils n’appellent pas non plus l’excellent Jean Tulard, (plus sympathique que les précédents et beaucoup mieux informé des turpitudes du « petit faquin », le surnom donné à Napoléon par Barras). Ils n’appellent pas non plus Galouzeau de Villepin qui, depuis qu’il a découvert la « diversité » (grâce à sa belle-famille béké de la Martinique ?) a renoncé, paraît-il, à fêter ses anniversaires dans de riches hôtels particuliers de la rive droite avec des nappes brodées à la gloire du boucher de Saint-Domingue (ainsi le 19 novembre 2003, juste avant le coup d’Etat en Haïti, chez Nahed Ojjeh, 11 place des Etats-Unis… si je donne les détails, c'est pour ceux qui n’étaient pas invités). Non, les Anglais, pour Napoléon, c’est toujours moi qu’ils appellent. Donc Shanta m’a joint pour me demander où en était la polémique sur l’authenticité des prétendus restes de Buonaparte transférés aux Invalides en 1840, dix-neuf ans après. Il faut rappeler qu’en 1840, on était sous Louis-Philippe. Pas très disposé à abolir l’esclavage, le roi-bourgeois. Encore moins à effacer la dette des Haïtiens. Mais, sur les conseils d’un plumitif entré en politique, Adolphe Thiers, auteur d’un best-seller sur Napoléon, et futur bourreau de la Commune, il avait décidé de rapatrier la dépouille du petit dictateur raciste. Très bon pour l’image du royaume, Napoléon, disait Thiers. Très bon pour les ventes de son livre, surtout. Seulement, d’après les spécialistes, on n’aurait pas été trop regardant sur l’identité du macchabée. Donc, on ne sait pas trop qui est aux Invalides. Celui devant lequel Hitler s’est incliné en 1940 n’était peut-être pas le bon, qui sait ? Un juif ? Un noir ? un rom ? Pourquoi pas un test ADN ? suggère Shanta. C’est vrai. Naguère, en France, on voulait bien les imposer aux étrangers, les tests ADN. Alors pourquoi pas à Napoléon (qui n’aurait pas été trop français d'après Chateaubriand) ? Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas prendre le risque de découvrir que le locataire des Invalides n’est peut-être qu’un rastaquouère ou un sans-papiers. Pour ma part, j’ai déclaré que Napoléon n’avait rien à y faire et que, mort ou vif, vrai ou faux, il n’était qu’une tragique imposture. Et Shanta de me tuyauter sur un sujet plus scabreux. En 1969, année érotique, comme nous l’a appris Gainsbourg, Christie’s passe en vente un petit objet rabougri et peu ragoutant de moins de trois centimètres de long qui ressemblait à une « anguille ratatinée » selon les uns, à un « vieux lacet de chaussure pourri » selon les autres. Retiré faute d’enchères. On a murmuré plus tard que c’était peut être un trophée prélevé au bon endroit sur l’impérial gisant à Sainte-Hélène par l’abbé Ange Vignali, chargé en principe d’administrer les derniers sacrements à l’exilé, mais qui serait venu avec son couteau suisse pour se couper un petit souvenir. C’est Ali, le valet de chambre de Sa Majesté Buonaparte, qui l’a dit. Et « il n’y a pas de héros pour le valet de chambre» (surtout s’il s’appelle Ali, diraient aujourd'hui certains Français). Pas de héros pour le valet de chambre : la formule, commentée par Hegel, est du satrape corse lui-même. En tout cas le machin, le lacet, la chose, est discrètement repassée en vente en 1997 à Paris et c’est un Américain, cette dois, John K Lattimer, qui s’est porté acquéreur pour compléter une collection, disons, orientée, où « l’anguille ratatinée » de Napoléon viendrait tenir compagnie à des dessins de Hitler et à la capsule de cyanure de Goering. Le collectionneur est mort en 2007, salué par un article du New York Times. Eh bien, si le pénis de l’Empereur est à vendre, je suggère aux admirateurs de Napoléon d’en faire l’acquisition et de le rapatrier pour l’exposer aux Invalides. A moins qu’on ne l’offre symboliquement aux Haïtiens en remboursement des 21 milliards de dollars que la France leur devrait selon certaines estimations, pour le racket de 1825.