« La gloire est éphémère, seule la renommée dure » déclarait en 1828 Pascal Guerlain, fondateur de la célèbre et prestigieuse parfumerie initialement installée rue de Rivoli, dans les galeries de l’hôtel Meurice. Pascal Guerlain, le petit parfumeur-vinaigrier, c’est l’ancêtre de Jean-Paul, l’héritier indigne. Cette renommée, sur laquelle comptait l’ancêtre, est aujourd’hui ternie, et pour longtemps, je le crains, par les déclarations racistes et négationnistes d’un homme qui a cru, dans l’ambiance raciste et négrophobe où baignent les élites françaises de 2010, qu’elles seraient de bon ton. En un sens, il a eu raison. Casser du «nègre», en France, on pouvait jusqu’ici le faire en toute impunité. Quels sont en effet les politiques qui ont spontanément condamné les propos insupportables du rejeton de la maison Guerlain ? S’il ne s’était agi de «nègres», n’aurait-on pas assisté à un tollé médiatique, avec une saisine immédiate du parquet par le Garde des Sceaux, et une surenchère de déclarations indignées d’élus de tous bords ? Mais, la, rien. Rien que les gloussements d’Élise Lucet, la journaliste, qui, elle, jure n’avoir rien entendu. Surtout depuis que le CSA, à l’unanimité, a adressé une mise en demeure, reconnaissant par là que les propos tenus étaient inacceptables et que l’absence de réaction appropriée de la journaliste qui recevait M. Guerlain sur une chaîne du service public l’était au moins tout autant. LVMH réalise un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros. Au conseil d’administration ou dans le comité exécutif de ce groupe, aucun «nègre», on s’en doute, mais des personnalités plus «acceptables» telles que Bernadette Chirac, Hubert Védrine, Nicolas Bazire, né en Martinique, je crois, et témoin de mariage de M. Nicolas Sarkozy, ou Patrick Ouart qui, voici quelques mois encore, était le conseiller « justice » du même M. Sarkozy, président de la République française, M. Patrick Ouart, qui a très certainement vu passer la demande, jusqu’à présent non acceptée, d’attribution de Légion d’honneur à titre posthume au général Dumas, appuyée par une pétition de 6000 personnes, majoritairement des «nègres» il est vrai… Retirera-t-on la Légion d’honneur à Jean-Paul Guerlain pour avoir douté devant des millions de Français, que les «nègres», dont le général Dumas, privé de Légion d’honneur par une certaine France, celle qui pue, aient jamais travaillé ? LVMH, ce n’est pas seulement Guerlain, c’est aussi les parfums Christian Dior, c’est Givenchy, Kenzo, Céline, c’est le bottier Berluti, c’est Louis Vuitton. LVMH, c’est encore les marques de champagne Moët et Chandon, veuve Cliquot, Canard Duchêne, très appréciées jusqu’à présent par les « nègres » des Antilles … Les multiples déclarations de LVMH pour tenter de se désolidariser des déclarations de M. Guerlain montrent bien que la réputation du célèbre parfumeur est ternie et que les ventes de la semaine ont dû s’en ressentir. La société de M. Arnault aurait le plus grand intérêt, pour redonner une image moins nauséabonde à la société par elle rachetée en 1994, à faire un geste significatif. Dire qu’on n’a rien à voir avec M. Guerlain, qu’il n’est ni salarié ni actionnaire du groupe, c’est bien. Apporter une contribution significative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage, ce serait mieux. Les « nègres » se réuniront, comme chaque année, le 10 mai 2011, à 18 heures, place du général-Catroux à Paris, devant le monument au «nègre» Dumas, à l’initiative de la mairie de Paris et des amis du général Dumas. M. Arnault et ses conseillers y seront les bienvenus pour montrer qu’ils ne considèrent pas un seul instant que l’abolition de l’esclavage ait pu rendre les « nègres » paresseux.