Le voilà donc enfin accompli, ce fameux remaniement. Il en ressort un gouvernement dont, mis à part Marie-Luce Penchard, l’homme et la femme d'Afrique subsaharienne ou des Antilles sont bannis, ce qui est à l’image de l’équipe de l’Élysée. Une équipe blanc de blanc comme en aurait rêvé feu Georges Frêche. Une équipe frileuse, obsédée par le souci de ne pas déplaire et de ne pas sacrifier à une prétendue « repentance». Nicolas Sarkozy, comme l'année précédente, était absent des cérémonies de commémoration de l’esclavage le 10 mai 2010. Pour le dernier 10 mai de son quinquennat, le 10 mai 2011, aura-t-on droit à autre chose qu’à la lecture d’un message du président de la République au jardin du Luxembourg qui fera, une fois de plus, l’amalgame entre le crime spécifique contre l’humanité qui a ravagé deux continents et l’esclavage moderne, qui n'a vraiment rien à voir ? Rama Yade, la mouche du coche, s’en va. Même si on ne peut pas dire qu’elle a beaucoup fait avancer les dossiers qui lui ont valu de devenir ministre, ses impertinences juvéniles vont nous manquer. On comprend qu’un gouvernement de droite défende les idées de la droite. Mais pourquoi défendre le pire, l'inacceptable ? Est-ce en feignant de n'avoir pas entendu, voire en cautionnant par un silence inquiétant les propos écoeurants d’un Guerlain que ladite droite se maintiendra au pouvoir en gagnant les élections de 2012 ? La France, épinglée par le haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU pendant l’été 2010, a fait annoncer à Genève un plan de lutte contre le racisme. On l'attend, ce plan mystérieux. Supprimer le ministère associant Immigration et Identité nationale n’est certainement pas suffisant pour éviter à Nicolas Sarkozy d’avoir en 2012 un «nègre» candidat à la présidentielle. Un « nègre » - et pas forcément un «nègre» de service comme ceux auxquels il est habitué- dont les 2 ou 3 % - et peut-être davantage - peuvent peser assez lourd au soir du premier tour.