le Blog de Claude Ribbe

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jeudi 18 octobre 2007

Assez tergiversé, M. Delanoë ! la statue du général Dumas par Ousmane Sow doit être installée à Paris !

Après cinq ans de curieuses tergiversations de la marie de Paris, le moment est venu d'exiger l'installation de la statue du général Dumas à Paris. Le magnifique projet d'Ousmane Sow s'impose. C'est à la France, au nom de la diaspora, de la francophonie et des droits de l'homme, d'offir une copie de la statue parisienne aux Haïtiens, conformément à la volonté de l'écrivain Alexandre Dumas, fils du général. Cette statue de l'ancien esclave devenu héros de la Révolution et père de l'écrivain français le plus lu dans le monde, réalisée à Dakar et installée à Paris et en Haïti, n'est-ce pas la meilleure réponse à la négrophobie ambiante ?

Voici le texte d'une lettre que l'écrivain Alexandre Dumas adressa en 1838 à un groupe d'Haïtiens :

"Mes chers compatriotes… Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par mon propre cÅ“ur de faire élever une statue à mon père ; cette statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale, grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus de 20 à 25 000 francs. Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs : Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils habitent.

A cette souscription ne pourront se joindre, pour les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu de se monter à 25 000 F, se monte à 40 000, on fondrait une seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors, j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter. Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve Alexandre Dumas vient de perdre sa mère et qui réveille cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père, ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès du Tyrol ; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France. Alexandre Dumas, 5 août 1838"

En exclusivité, la note d'intention accompagnant le projet d'Ousmane Sow :

NOTE D’INTENTION

« Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d'oeuvre auquel il n'y a rien à comparer»

Anatole France 1906

En un moment où le débat s’anime autour de la commémoration de l’esclavage, comment Ousmane Sow, sculpteur africain, ne pourrait-il souhaiter réaliser la sculpture du général Dumas. La sculpture d’un homme metis, né esclave, et devenu le plus haut gradé afro-antillais de l’armée française en métropole, alors que, deux siècleS plus tard, cette armée ne connaît toujours aucun général d’origine africaine ou antillaise.

Celle d’un homme qui se fit seul un nom, en choisissant pour nom Dumas, le nom de sa mère, négresse esclave déportée d’Afrique, et non celui de son père, petit marquis français.

Un homme qui, par amour, épousa au mépris des convenances, une femme française qui donna naissance à l’écrivain le plus lu au monde.

Un homme enfin, qui osa la misère en tenant tête à Napoléon, celui-là même qui rétablira l’esclavage et interdira aux noirs et « sang mêlés » l’accès au territoire français.

Un homme surtout pétri d’humanité.

Car ici se trouve le thème récurant des œuvres d’Ousmane Sow.

C’est la raison pour laquelle Ousmane Sow n’a pas choisi de représenter le Général Dumas à cheval, mais, à côté de son cheval.

Ce cheval est-il blessé ?

Va-t-il mourir ?

Claude Ribbe, dans un livre intitulé « Le dragon de la reine », raconte une anecdote qui a particulièrement touché Ousmane Sow. : Pendant de la bataille du Pont de Brixten, tandis que le Général Dumas venait à bout des assauts de près de quarante autrichiens venus provoquer celui qu’ils appelaient « le diable noir », son cheval meurt.

A l’issue de la bataille, victorieux et blessé, le Général Dumas s’agenouille pour caresser la tête de son cheval mort.

L’esquisse représente-t’elle la mort de son cheval ?

Ou s’agit-il de l’instant où il accroche la bride d’un cheval sans maître avec lequel il repart au combat ?

Comme à son habitude, l’artiste préfère laisser place à l’imagination

Pour Ousmane Sow, le Général Dumas ne peut être représenté sans son cheval.

Selon lui, au combat, le cheval souffre autant que l’homme, mais il ne compte jamais parmi les victimes.

Ousmane Sow, que cet animal touche particulièrement, a connu beaucoup de bonheur à réaliser les onze chevaux qui font partie de sa série sur le bataille de Little Big Horn, exposée sur le Pont des Arts à Paris en 1999.

Il rejoint ici la grande tradition de la sculpture monumentale.

Michel Ange n’a-t-il pas dessiné la Place du Capitole en prenant un soin tout particulier au pavement même de la place, afin que ce pavement converge vers le centre pour y installer une sculpture équestre : la plus ancienne statue équestre parvenue jusqu’à nous, celle de Marc Aurèle, dont il dessina le piédestal et que Michel-Ange restaura lui-même ?

mercredi 17 octobre 2007

Delanoê, Girard et Ousmane Sow

Bien qu’il ait apporté, de même que Christophe Girard, un soutien public au négrophobe Pascal Sevran ("de peur qu'il ne se lepénise", m'a-t-on dit), bien qu'il prenne souvent son petit café à proximité du square Boucicaut, apparemment indifférent à une ignoble statue raciste qui y trône sur un manège et dont il ne peut ignorer l'existence, je n’ai a priori aucun grief particulier contre le maire de Paris. Bertrand Delanoë s’extasie, paraît-il, sur le génie du sculpteur Ousmane Sow, au point de l’avoir cité dans un de ses livres. Or voici bientôt cinq ans qu’Ousmane Sow et moi militons pour que la statue du général Dumas, abattue par les nazis (et les collabos français) en 1942 soit réinstallée à Paris, place du général-Catroux. J’ai d’abord obtenu un vote du conseil de Paris pour que la statue du premier général d’origine africaine de l’histoire de France soit remise en place. Cela n’a pas été sans mal et les ténors de la majorité étant «très occupés», il a fallu passer par l’opposition pour introduire la question. Ce fut donc Philippe Seguin, actuel Premier président de la Cour des Comptes qui se dévoua. Le vote fut unanime et Christophe Girard déclara avec raison qu’il fallait réparer une «diversion de l’histoire» en réhabilitant le général Dumas. Mais c’étaient des mots. Les choses en restèrent là . Entre temps, j’avais rallié Ousmane Sow à ma cause. Ayant lu ma biographie Alexandre Dumas le dragon de la Reine, il accepta de travailler à un projet. J’imaginais qu’une Å“uvre du grand sculpteur sénégalais qui avait attiré des millions de Parisiens sur le pont des Arts, une oeuvre réalisée dans un atelier de Dakar avec une copie offerte aux Haïtiens, cela aurait valeur de symbole pour les édiles parisiens. Mais je me trompais. Ces gens sont «très occupés» Ne voyant rien venir, en juin 2004, nous invitâmes à déjeuner - Ousmane et moi - George Pau Langevin, conseillère de M. Delanoë, qui, arrivée avec 45 minutes de retard parce qu’elle était elle aussi «très occupée» s’esquiva avant le dessert, après avoir plaisanté : Ousmane Sow n’avait qu’à offrir la statue à la ville. Ousmane Sow et Claude Ribbe sont a priori des oisifs. Eux ne sont pas "très occupés". George Pau-Langevin, qui, décidément a beaucoup d’humour, a –t-elle fait des démarches pour que la ville de Paris achète l’œuvre d'Ousmane ? J’en doute. En tout cas, un an et demi plus tard, il ne s’était toujours rien passé. Lorsque je fus sous les projecteurs à cause d’un de mes livres, j'eus la surprise de recevoir une lettre de Christophe Girard, ce qui me permit d’obtenir un rendez-vous et de relancer l’affaire de la statue. Il me promit d’organiser un concours. Deux ans plus tard, toujours pas de statue. Christophe Girard, devenu lui aussi «très occupé» m’a récemment fait savoir que la commission avait bien été créée, mais n’avait retenu aucun projet, les jugeant «médiocres». Or parmi les projets présentés, figurait, paraît-il, celui d’Ousmane, inspiré par mon livre. Il n’y a pour le moment aucune statue d’Ousmane Sow à Paris. Je suis étonné que des hommes de goût, des hommes cultivés comme Christophe Girard et Bertrand Delanoë puissent, sur la foi d'une commission, considérer qu’un projet présenté par un sculpteur de renommée mondiale serait a priori «médiocre». Un malentendu, sans doute, qui, j'espère, sera vite dissipé.

lundi 15 octobre 2007

Tintin et Léopold

Pour fêter mon anniversaire, deux jours d’exil à Bruxelles, pas fâché d’échapper au rugby gaulois. Mais devant son plat de moules frites et son verre de Jupiler, difficile de ne pas avoir une pensée pour le roi Léopold, dont les statues ne sont pas près d'être déboulonnées. Rappelons que vers 1877, Léopold II de Belgique se mit en tête d’avoir une colonie privée à civiliser. Son rêve se réalisa en 1884, date à laquelle il se couronna roi du Congo et mit le pays en coupe réglée, avec l’aval de ce qu’on appellerait aujourd’hui la «communauté internationale», c’est-à -dire l’Occident civilisateur. De 1884 à 1908, réduisant une moitié de la population en esclavage et massacrant l’autre moitié, il gagna assez d’argent grâce à l’ivoire et au caoutchouc pour se faire en Belgique une réputation de «roi bâtisseur». On estime le bilan à dix millions de morts. Pour chaque balle utilisée, les hommes du roi devaient revenir avec une main coupée comme justificatif. Cela devenait un problème pour les munitions gaspillées à la chasse. Donc on amputait les vivants. Réponse belge de Léopold II à ces accusations : « Les mains coupées ? Mais c'est idiot ! Je leur couperais bien tout le reste, mais pas les mains. C'est la seule chose dont j'ai besoin au Congo !» Pour ne pas aggraver mon cas, je n’ose parler de génocide. Dix millions de morts, ce n’est pas un génocide, paraît-il. Les morts «utiles» ne comptent pas. Même si Hanna Arendt a osé faire des comparaisons avec d’autres événements ou personnages du XXe siècle. En tout cas, nombre d’édifices que fit construire le roi philanthrope, peuvent encore être admirés dans la ville haute de Bruxelles. En 1908, le Congo privé de Léopold devint le Congo belge et on y instaura un système d’apartheid. Jusqu’en 1960. Ceci étant, en Belgique, le droit de vote aux municipales a été accordé aux étrangers en 2004 et en deux jours, je n’ai croisé à Bruxelles que trois policiers en uniforme et sans armes (deux étaient des femmes) ce qui change de Paris. Et puis il y a ces deux tableaux majeurs de Rubens peints il y a quatre siècles: L’adoration des mages et la bouleversante étude de «Maure». C’est comme ça qu’on disait en 1608, juste avant l’âge d'or de l'esclavage européen et donc juste avant le racisme qui lui a servi d’alibi. Pas « noir », «Maure». Je ne sais trop si à Bruxelles on aime vraiment les Africains, mais en tout cas personne ne les a peints comme Rubens d’Anvers. À peine revenu de Belgique, je lis dans le journal que la France est le premier importateur de bois exotique africain et que 40 % de ce bois est abattu illégalement. Bigre ! Je rappelle au passage, pour ceux qui n'ont pas lu mes livres, que la fondation Napoléon doit tout aux menuiseries Lapeyre, et BHL, beaucoup de choses à la Becob, la société paternelle (rachetée par PPR). Lapeyre, la Becob, deux spécialistes français du bois «exotique» africain.

vendredi 12 octobre 2007

Statistiques ethniques : une infamie indigne de la France

On parle beaucoup de l’amendement ADN. On parle moins de l’amendement n° 55 présenté par M. Thierry Mariani, ancien du petit séminaire d’Avignon et député du Vaucluse, par M. Sébastien Huyghe, clerc de notaire et député du Nord ainsi que par Mme Michèle Tabarot, maire du Cannet et député de la 9e circonscription des Alpes-maritimes. Curieusement, M. Huyghe et Mme Tabarot ont récemment été nommés membres de la CNIL, jusque là opposée aux statistiques «ethniques». L’amendement de ces trois parlementaires autorise « les traitements nécessaires à la conduite d’études sur la mesure de la diversité des origines des personnes ». Les auteurs de ce texte étrange, tous élus dans des circonscriptions bien connues pour être des bastions de l’antiracisme, s’expliquent dans l’exposé de leurs motifs. Selon eux, pour freiner l’immigration, « il est nécessaire de procéder à l’observation statistique des différences, de la diversité … ethnique ». Sans doute à la manière dont la CIA voit la France dans la rubrique « ethnic groups » de son World factbook. En métropole, une majorité de « Celtic, Latin Teutonic and Slavic ». Sous les cocotiers et dans les banlieues les : «North African, Black, Mulatto, Indochinese, East Indian, Chinese, Amerindian» et autres «minorities » . Cet amendement indigne de la France, présenté par trois élus simplement parce qu’ils se voient certainement plus « Celtic, Latin, Teutonic et Slavik » que « North African », « Black » ou « Mulatto », a été discrètement adopté par l’Assemblée nationale le 20 septembre 2007 à quatre heures du matin. L’heure des exécutions capitales. Ce texte est manifestement contraire à l’esprit (sinon à la lettre car je ne suis pas sûr qu’elle soit abrogée) de l’admirable loi du 16 octobre 1791 qui porte qu’il n’y a pas, dans notre pays, de distinction de couleur entre citoyens. Il n’y a pas non plus, en France, de « diversité ethnique » ni de « différences ». Car parler de « différences » ou de « diversité», c’est juste une autre manière de dire que certains sont plus bronzés que d’autres. C’est donc la répartition des couleurs de peau qu’il appartiendrait aux statisticiens de mesurer, puisque que les moyens permettant la mesure des discriminations sont déjà amplement suffisants. Les statistiques ethniques ne reposent sur aucune base scientifique. On sait depuis plus de trente ans (voir la leçon inaugurale du Pr. Ruffié au Collège de France en 1975) que les « races humaines » n’existent pas et que la couleur de la peau, d’ailleurs très variable sur chaque continent, ne détermine aucun groupe biologique ni social. Surtout dans un pays aussi métissé que la France. L’indifférence à la couleur est une des traditions fondamentales de la République. En 1940, comme un soldat allemand de la XXVIIe division d’infanterie s’étonne que notre armée soit « haute en couleurs », un officier français prisonnier lui rétorque avec mépris : « Et alors ? Vous avez bien des Bavarois ! » Goebbels traitait les Français de « sadistes négrifiés ». Rosenberg soutenait qu’il n’y avait en France ni « blancs » ni « noirs », mais seulement des « nègres blancs ou noirs » Et les traités allemands de « statistiques ethniques » tels que Rassenkunde des Jüdischen Volkes mettaient d’ailleurs « noirs » et « juifs » dans le même sac. Ceux qui veulent que les « noirs » de France se rassemblent pour compter dans le pays feraient mieux d’appeler Antillais et Africains à se rassembler sur une origine commune (l’Afrique), une histoire commune (l’esclavage et la traite) plutôt que de valider un fantasme éculé inventé par les Portugais au XVe siècle pour légitimer l’esclavage. Un fantasme malheureusement repris par les tenants de la négritude qui croyaient dur comme fer à l’existence d’une «race» noire. Comme quoi on peut être un grand écrivain et partager les préjugés de son époque. Le mot « ethnique » a une histoire. C’est en 1896 que le théoricien du racisme français Vacher de Lapouge introduit la notion d’ « ethnie » dans son ouvrage Les sélections sociales. Les statistiques ethniques ont une histoire encore plus ancienne. En 1807, Napoléon, bien avant les associations communautaristes d’aujourd’hui, fait compter les « noirs » de France dans l’idée de les expulser. Dans cet esprit, la France de Vichy fera de même pour les juifs, marqués à l’étoile jaune pour que la couleur de leur peau ne fasse pas oublier leur « différence », c'est-à -dire leur prétendue « race ». Les statistiques ethniques n’apportent rien à la lutte contre les discriminations. Au contraire. Le classement selon la « race » ou l’ « ethnie », c’est le retour aux pratiques ignobles de l’esclavage, de la colonisation et de Vichy. C’est une façon de légitimer l’apartheid, de différencier les Français qui se voient «blancs», et qui constituent une écrasante majorité parlementaire, de tous les citoyens entièrement à part parce fichés comme colorés. Le classement ethnique, c’est aussi la porte ouverte au communautarisme, encouragé par des racistes pressés de voir exister le mal imaginaire qu’ils dénoncent. Le modèle républicain d’intégration fonctionne mal, c’est vrai. Mais cela ne signifie pas qu’il faut le supprimer. Ce n’est pas parce que la sécurité sociale va mal qu’il faut la jeter aux cabinets. Aujourd’hui, des discriminations existent en fonction du fantasme de la couleur: des gens se voient refuser un emploi, un logement. Au lieu de racialiser le débat et d’établir des quotas de « noirs » ou d’ « arabes » pour renforcer les ghettos, mieux vaut appliquer et renforcer le dispositif qui sanctionne les racistes. Mieux vaut retirer le mot de « race » de la constitution et des textes législatifs. La France n’a aucune leçon à recevoir de pays anglo-saxons communautaristes qui ont pratiqué l’apartheid. La politique des quotas à l’américaine aentretenu le racisme. Tandis qu’en France on n’a pas eu besoin de quotas pour avoir des Condi Rice ou des Colin Powell. C’est le modèle républicain qui a permis, pour la première fois dans l’histoire, dès 1793, qu’un Afro-descendant, Alexandre Dumas, devienne général et commandant en chef d’une armée. Son fils, également nommé Alexandre Dumas, est l’écrivain français le plus lu dans le monde. Pas à cause des statistiques ethno-raciales. Il ne semble pas non plus que ce soit à cause de la couleur de peau de l’auteur qu’on lise Les Trois Mousquetaires. Le pays des Dumas n’a pas besoin de lois racistes. Alors qu’attendent les députés et les sénateurs de toutes tendances pour rejeter cet amendement ? Qu’attendent les responsables des associations antiracistes pour lancer une pétition et, s’il le faut, descendre dans la rue ?

lundi 1 octobre 2007

Du danger des citations.

Une des dernières fois que je suis allé à la porte de Pantin à scooter, je suis revenu en taxi. J’adresse donc le bonjour à la caillera qui m’a volé mon deux roues. Cette fois, c’est plus humblement en métro que je suis allé voir la générale du spectacle du Tunisien Lofti Achour, La Comédie Indigène (Paris, Tarmac de la Villette du 2 au 27 octobre). C’était à l’invitation de Monsieur Guy, serveur au Flore le jour, homme de culture la nuit. Le voici à présent qui tient la chronique théâtre d’une émission de France Inter.

La Comédie Indigène est une rhapsodie de textes. Rhapsodie au sens grec : ils sont cousus ensemble. Je ne suis pas objectif, venant de terminer l’écriture d’une pièce à texte. Je n’aime guère les patchworks ni les citations. Donc je suis peut-être mal placé pour donner mon avis. Mais il ne me semble pas que Lofti Achour concurrence Eschyle, Shakespeare ni Jean Vilar. Certes, le propos est bien-pensant : on critique le discours vantant le rôle positif de la colonisation. On cite Tocqueville, Maupassant et Flaubert pour montrer que c’étaient des pédophiles racistes, ce qui est parfois vrai. Et alors ? En rapetassant des textes vantant le rôle civilisateur de l’homme "blanc", des chansonnettes de 1931, le manuel d’instruction des tirailleurs sénégalais et le discours de Dakar, on arrive évidemment à quelque chose de bizarre, de drolatique. Mais c’est tellement convenu que j’ai fini par m’ennuyer. Je me serais même endormi si les sièges avaient été plus confortables. Heureusement, les banquettes du Tarmac n’ont rien à voir avec les fauteuils du Sénat. Les souffrances qu’elles ont infligées aux tubérosités de mes ischions ont suffi à me tenir éveillé. Ce spectacle - déjà salué par le JDD ce qui est tout dire - aura sûrement beaucoup de succès, donc je peux être franc : il ne m’a pas beaucoup impressionné. Le texte d’Achille Mbembe qui ponctue ce salmigondis me paraît peu convaincant. Et c’est vraiment dommage. On eût aimé en effet que les textes fustigeant le racisme fussent à la hauteur des propos mis à l’index. Tel n’était pas le cas. Toutefois, Thierry Blanc (qui joue un « blanc » justement) est excellent. Le talent n’a pas de couleur. Au fait, j’ai reçu un texte de mon amie Calixthe (Beyala) qui circule. Elle eût été bien inspirée de ne pas citer Voltaire au procès du racisme. Voltaire était le pire des négrophobes. Il écrivait bien, hélas. Maupassant, Tocqueville et Flaubert aussi.