le Blog de Claude Ribbe

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jeudi 17 septembre 2009

La « jungle » de Calais enfin fermée par Eric Besson

Après l’abandon des tests ADN pour les demandes de regroupement familial, une autre bonne nouvelle : on va fermer la « jungle » située en périphérie du port de Calais qui servait de plaque tournante aux filières d‘immigration clandestine à destination de l’Angleterre depuis la fermeture du centre de Sangate en 2002. Lorsque j’y siégeais (de 2005 à 2008), la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’était à de nombreuses reprises émue auprès du gouvernement de la situation des centaines de malheureux livrés à la merci de passeurs sans scrupules qui les traitaient d’une manière rappelant parfois les pires moments de l’histoire. J’ai eu l’honneur, dans ces circonstances, d’unir ma voix à celle de mes collègues pour protester contre cette situation qui était propice à toutes les dérives. Les rapports qui ont été portés à notre connaissance sur ce qui se passait là-bas étaient en effet proprement hallucinants. Je ne peux donc que me réjouir de cette mesure et encourager le ministre à persévérer dans cette voie. A condition toutefois que les rescapés de cette zone de non-droit soient traités avec l’humanité qui s’impose, que des soins leur soient donnés et surtout que leurs dossiers de demande de régularisation puissent être examinés au cas par cas avec toute la bienveillance possible. Je rappelle que, hormis les périodes de dictature ou de collaboration, la France s’enorgueillit, depuis toujours, d’être une terre d’asile et d’hospitalité. Le contrôle des frontières, inévitable même dans les démocraties les plus libérales, ne doit servir ni d’alibi aux démangeaisons racistes de certains Français ni de prétexte à d'inavouables calculs politiciens. Et la fermeté n’est pas forcément inconciliable avec le respect que tout être humain doit à son semblable, sans distinction de couleur.

mercredi 16 septembre 2009

Abandon des tests ADN : une mesure salutaire d'Eric Besson

C'est bien étonnant qu'aucune voix ne s'élève pour saluer la décision d'Eric Besson qui vient de renoncer aux tests ADN, au risque de s'attirer les foudres d'une partie de la majorité. Il est vrai que nous sommes en période de campagne pour les régionales et que beaucoup s'arc-boutent sur des positions partisanes simplifiées. J'avais eu l'occasion d'être sensibilisé à ce problème lorsque je siégeais à la commission nationale consultative des droits de l'homme qui s'était autosaisie pour la circonstance et avait émis un avis plus que réservé. Le recours aux tests ADN vis à vis des étrangers demandant un regroupement familial était une mesure révoltante, inutile, qui se heurtait à la tradition française. Il n'est jamais trop tard pour renoncer à une mesure révoltante. Et si c'est une décision réfléchie qui n'est pas prise sous la pression de l'opinion, c'est encore mieux. "Rhétorique de gauche de l'Elysée" titre le journal Le Monde. Attendons la suite.

mercredi 9 septembre 2009

Girot enfin viré. Et karam, c'est pour quand ?

M. Paul Girot de Langlade, accusé d’avoir tenu des propos racistes, mais qui se défend de les avoir tenus, vient d’être mis à la retraite d’office en conseil des ministres. Est-ce à cause des propos qu’on l’accuse d’avoir tenus ou simplement, ce qui est le plus probable, pour avoir attaqué son ministre, (ce qui est mal vu dans la préfectorale) ? Si, d’aventure, cette mise à la retraite visait les propos tenus, il y aurait tout de même lieu de remarquer qu’une procédure judiciaire est en cours. Si M. Girot de Langlade est coupable, la décision est appropriée. Voilà en tout cas qui devrait inciter à plus de prudence les fonctionnaires décomplexés. J’avais pour ma part fait remarquer que la sanction initiale, qui consistait à suspendre l’intéressé de la mission qu’il venait de terminer, était un peu trop symbolique. Cependant, M. Girot de Langlade s’est vraiment trompé d’adversaire en s’en prenant au ministre. Il eût été plus judicieux et sans doute moins risqué pour le préfet de dénoncer celui qui l’avait attaqué : Patrick Karam, son collègue aux lamentables "états-généraux de l'outre mer". Ce pauvre homme, pour essayer d’exister médiatiquement, incapable de comprendre qu'il aurait plutôt intérêt à ne pas se montrer, se drapait naguère dans un antiracisme de circonstance en jappant contre M. Girot de Langlade, dont la nomination ne l’avait pourtant pas choqué. C'est bien le même qui déclarait publiquement, le 14 mai 2006 : « Est-ce qu'il y a un point commun entre un Antillais, un Guadeloupéen qui a tété aux mamelles de la République et qui est catholique, et un sans-papiers qui serait musulman, polygame, et dont certains pratiquent l'excision? » De tels propos, incontestables, sont au moins aussi graves que ceux attribués au préfet Girot de Langlade. Les seules activités connues de M. Karam - dissipation des fonds publics pour engager des actions judiciaires téméraires contre ceux qu’il est censé aider, utilisation d’un prétendu chargé de communication pour propager des allégations diffamatoires sur les sites Internet - justifient-elles ses émoluments ? Puisque Nicolas Sarkozy veut pratiquer la « tolérance zéro », on se réjouirait qu’il applique également ce principe au «délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’outre mer» pour dissiper l’impression détestable que ce vaniteux fantoche ne serait encore en poste, après tous les scandales dont il est coutumier, que pour de bien mauvaises raisons.

jeudi 3 septembre 2009

Girot de Langlade et Karam : bonnet blanc et blanc bonnet

Qui a déclaré publiquement :

« Est-ce qu'il y a un point commun entre un Antillais, un Guadeloupéen qui a tété aux mamelles de la République et qui est catholique, et un sans-papiers qui serait musulman, polygame, et dont certains pratiquent l'excision? »

Girot de Langlade en passant les contrôles à Orly ?

Non, Patrick Karam, "délégué interministériel à l'égalité des chances des Français d'outre mer auprès du Premier ministre". Ce monsieur perd sans doute la mémoire puisqu'il se permet aujourd'hui de donner des leçons d'antiracisme en critiquant un préfet accusé d'avoir dit "on se croirait en Afrique ici". Un préfet avec lequel ledit Karam a travaillé main dans la main pour les états généraux de l'outre mer. Patrick Karam se dit en effet "responsable des états généraux de l'outre mer en métropole" (sic).

La différence entre les deux cas, c'est que les propos insupportables de Karam ont été tenus publiquement et diffusés à la télévision. Ils ont du reste donné lieu à des réactions indignées dont celle de Rama Yade, ce qui est tout à son honneur.

Canal plus, ( Le vrai journal, 14 mai 2006)

Ceux du préfet, en revanche, qui se défend de les avoir tenus, n'ont pas encore été prouvés.

Or c'est le même Patrick Karam qui, friand d'exister dans les médias et se prenant en quelque sorte pour le ministre de l'Intérieur, est monté au créneau pour dénoncer le racisme du préfet comme un fait avéré sans attendre qu'un tribunal se soit prononcé.

Ce qui est étrange, dans cette affaire, c'est qu'elle ait été révélée sur un site Internet connu pour relayer systématiquement les communiqués de M. Karam.

Le préfet Girot de Langlade vient de déposer plainte contre M. Karam pour avoir porté atteinte à la présomption d'innocence qui est en effet un principe fondamental du droit inscrit dans la législation française et dans la déclaration des droits de l'homme dont Karam se prétend le défenseur.

Il ne s'agit pas de défendre le préfet Girot de Langlade. Bien au contraire. S'il s'avère qu'il a tenu les propos qui lui sont imputés, il s'est tout simplement placé au niveau de ce même Karam qui l'accuse aujourd'hui d'être raciste. Sauf que ce dernier, lui, les a tenus publiquement, non seulement en toute impunité, mais avec profit puisqu'il bénéficie depuis deux ans d'un contrat qui, heureusement, expire dans quelques mois. A moins que la dénonciation du préfet lui vaille une prolongation pour cause d'antiracisme ? J'oubliais de dire que le rêve de M. Karam est, paraît-il, d'être nommé préfet. On a les rêves qu'on peut.

mercredi 2 septembre 2009

à propos d'"Un Prophète", le film de Jacques Audiard

Ce film dont tout le monde dit du bien, j'ai fini par le voir. Il raconte l'histoire d'un jeune homme issu de l'immigration comme on dit, seul, démuni, illétré, dans une prison française atroce, comme toutes les prisons françaises. Une centrale genre château d'If. Un film de genre, donc, dans la tradition de Becker et Giovanni (que j'ai un peu connu sur ses vieux jours dans les salons littéraiires lorsque je les fréquentais). Ce jeune homme (Tahar Rahim) est condamné pour avoir blessé, lorsqu'il était mineur, un policier à l'arme blanche. Dans la prison, il y a des clans répartis "ethniquement" dans des bâtiments différents. D'un côté les Corses, dont le vieux chef est un mafieux raciste dénommé César (Niels Arestrup) et règne sur la prison, gardiens compris. De l'autre les "arabes" contrôlés par de jeunes chefs religieux. Malik, astucieux et immoral, asservi au départ par les Corses, va s'instruire et se libérer pour devenir un caïd et se rapprocher finalement des "arabes". J'ai l'impression que Jacques Audiard a voulu montrer que les "arabes" ne sont pas forcément plus betes que les Corses ce qui ne nécessitait peut être pas un film. L'élaboration du scénario semble un peu compliquée. Au départ, une idée de Abdel Raouf Dafri, le scénariste de "Mesrine" qui écrit un premier scénario avec Nicolas Peufaillit d'où Jacques Audiard tire un second scénario écrit avec Thomas Bidegain. "Je n'aime pas les mutuelles" faisait dire Audiard père à l'un des personnages des "Tontons flingueurs". Pour ma part, j'ai horreur des films reposant sur des scénarios écrits en groupe. Et là, il semblerait qu'il y ait eu un problème puisque Dafri n'a pas participé au scénario final. Certes , Jacques Audiard dirige bien ses deux acteurs principaux et signe un film intéressant par sa description apocalyptique des prisons de la République où la diversité est mieux représentée, c'est le moins qu'on puisse dire, qu'à l'Assemblée nationale. Mais faute d'avoir évacué des préjugés communément répandus en France, notamment sur l'Islam et la croyance implicite aux "races", faute d'avoir su éviter des scènes d'une violence pour moi insupportable, faute d'une conception claire du monde et de l'homme, le film est loin d'être le chef d'oeuvre qu'il aurait pu être si le scénario se initiali avait été respecté.