Monsieur le Président,

Depuis deux années déjà, j’ai tenté d’attirer votre attention sur le cas du général Dumas en vous demandant de le réintégrer dans ses droits, c'est-à-dire de prendre une décision officielle d’admission de cet officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur.

Je n’ai pas le sentiment d’avoir été jusqu’ici entendu, même si M. Yazid Sabeg a, comme vous le savez, appuyé ma demande, notamment par un courrier à vous transmis le 27 novembre 2009.

Vos collaborateurs sont suffisamment au fait de ce dossier pour savoir que le général Dumas était titulaire d’un sabre d’honneur remis par Bonaparte lors de la prise d’Alexandrie en juillet 1798 et que, de ce fait, le général Dumas était membre de droit de l’ordre de la Légion d’honneur. Un document signé de la main du général Dumas, conservé au musée de Villers-Cotterêts, atteste de la remise de ce sabre d’honneur. Je suppose que vos collaborateurs, qui ont été informés de l’existence de ce document, ne mettent pas en doute la parole du général Dumas. Vous devez savoir également que le général Dumas a fait une demande pour faire valoir ses droits et que cette demande a été rejetée, malgré l’appui du maréchal Murat en 1804. Un second document, également conservé au musée de Villers Cotterêts, en est la preuve irréfutable.

Dans ces conditions, y a-t-il une raison pour refuser encore à ce héros ce que la France lui doit depuis 208 ans, mais qu’elle ne lui donne pas à cause de la couleur de sa peau et de ses origines ?

Est-il normal que le général Dumas soit le seul officier général depuis 1802, date de la création de l’ordre, à qui la Légion d’honneur ait été refusée ?

Une pétition mise en ligne au printemps à mon initiative a déjà recueilli des milliers de signatures. Beaucoup d’Haïtiens l’ont signée. Ils sont fort attentifs à votre réaction.

Vous allez être le premier chef d’État français à fouler le sol d’Haïti. Ce voyage, je l’ai appelé de mes vœux depuis des années.

Comment les Haïtiens comprendraient-ils que vous ayez refusé, en préambule à votre visite, de rendre solennellement hommage au plus grand des Haïtiens de France, père de l’écrivain franco-haïtien le plus lu dans le monde ?

Comment les Français comprendraient-ils, à l’heure où il s’aperçoivent que la télévision publique investit l’argent de la redevance dans un film où Alexandre Dumas est joué par votre ami Gérard Depardieu, excellent acteur au demeurant, mais fort déplacé dans ce rôle, que vous fassiez la sourde oreille à une demande si légitime ?

Comment pourriez-vous ensuite venir leur parler d’identité nationale si vous excluez de cette identité le brave général Dumas ?

Comment pourriez-vous ensuite venir leur parler de promotion de la «diversité», si vous refusez de rendre hommage aux plus grands héros de l’histoire de cette «diversité» ?