le Blog de Claude Ribbe

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samedi 30 décembre 2006

Say it loud ! I’m black and I’m proud !

Le jour de Noël 2006 la voix de James Brown s’est tue. Pour le musicien, mon admiration est immense. Je trouvais quand même bizarre qu’il se défrise les cheveux la Elvis Presley, mais après tout c’était son droit. Peut-être de la dérision ou de l'autodérision. Je me souviens d’une de ses chansons. Il invitait son public proclamer et sa négritude et sa fierté. Peut-être même la fierté d’être «noir» ? La chanson était devenue l’hymne du Black Power. Fier d’être noir : je me suis toujours demandé ce qu’il aurait voulu dire par l . La fierté, je comprends. La fierté pour un Américain de ne pas laisser son siège dans l’autobus un autre Américain simplement parce qu’il serait un descendant d’Européens, la fierté de refuser l’apartheid, la fierté d’assumer sa condition de descendant d’esclave, très bien. Mais être noir, était-ce aussi une qualité que décernerait la seule couleur de peau ? « Être noir », qu’est-ce que cela voulait dire exactement pour James Brown ? J’ai enfin trouvé une réponse le jour où j’ai appris que, dans cette chanson, le choeur qui répondait James Brown était composé d’écoliers de la banlieue de Los Angeles dont la plupart n’étaient pas des Afro-descendants, mais plutôt des petits Américains d’origine européenne ou asiatique. À première vue, cela pouvait paraître absurde ou ironique tout autant que de se défriser les cheveux. Mais je me suis dit que, pour James Brown, la fierté d’être « noir», c’était peut-être tout simplement la fierté d’être un humain comme les autres, sans distinction de couleur.

L’année 2006 a été pour moi une année de combat. Elle a commencé par une bataille un contre mille pour faire admettre que Napoléon Bonaparte, héros national et modèle pour certains, était aussi un criminel et un liberticide. Je n’ai pas reçu d’autres renforts que mes lecteurs. Il n’y a pas eu de pétition d’intellectuels, ni de réactions indignées face la flambée de haine ouvertement raciste que j’ai eu subir. Mais grâce mes 30 000 lecteurs, braves compagnons silencieux, je ne suis pas sûr que cette bataille ait été perdue. Le combat a continué pour faire célébrer le bicentenaire du général Dumas, notre héros. Le combat a continué pour publier. Les censeurs s’étaient ligués pour que je disparaisse des librairies. Le combat s’est poursuivi pour inciter les imbéciles racistes davantage de prudence. Parmi les plus acharnés d’entre eux, il y a eu bien sûr des Frêche et des Sevran, mais, malheureusement, il y a eu aussi quelques arrivistes la peau sombre semblables ceux qui, au nom de la fraternité de couleur, "aidaient" leurs camarades monter dans les bateaux négriers. Semblables ceux qui prêtaient main-forte aux esclavagistes de 1802 pour abattre le républicain Delgrès. Téléguidés par des politiques cyniques et soucieux de porter l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle pour s’assurer ensuite une facile victoire, une poignée d’imposteurs qui méprisent l’Afrique autant qu’ils haïssent l’Outre-mer a tenté de nous voler notre identité et notre histoire.

vendredi 12 octobre 2007

Statistiques ethniques : une infamie indigne de la France

On parle beaucoup de l’amendement ADN. On parle moins de l’amendement n° 55 présenté par M. Thierry Mariani, ancien du petit séminaire d’Avignon et député du Vaucluse, par M. Sébastien Huyghe, clerc de notaire et député du Nord ainsi que par Mme Michèle Tabarot, maire du Cannet et député de la 9e circonscription des Alpes-maritimes. Curieusement, M. Huyghe et Mme Tabarot ont récemment été nommés membres de la CNIL, jusque l opposée aux statistiques «ethniques». L’amendement de ces trois parlementaires autorise « les traitements nécessaires la conduite d’études sur la mesure de la diversité des origines des personnes ». Les auteurs de ce texte étrange, tous élus dans des circonscriptions bien connues pour être des bastions de l’antiracisme, s’expliquent dans l’exposé de leurs motifs. Selon eux, pour freiner l’immigration, « il est nécessaire de procéder l’observation statistique des différences, de la diversité ethnique ». Sans doute la manière dont la CIA voit la France dans la rubrique « ethnic groups » de son World factbook. En métropole, une majorité de « Celtic, Latin Teutonic and Slavic ». Sous les cocotiers et dans les banlieues les : «North African, Black, Mulatto, Indochinese, East Indian, Chinese, Amerindian» et autres «minorities » . Cet amendement indigne de la France, présenté par trois élus simplement parce qu’ils se voient certainement plus « Celtic, Latin, Teutonic et Slavik » que « North African », « Black » ou « Mulatto », a été discrètement adopté par l’Assemblée nationale le 20 septembre 2007 quatre heures du matin. L’heure des exécutions capitales. Ce texte est manifestement contraire l’esprit (sinon la lettre car je ne suis pas sûr qu’elle soit abrogée) de l’admirable loi du 16 octobre 1791 qui porte qu’il n’y a pas, dans notre pays, de distinction de couleur entre citoyens. Il n’y a pas non plus, en France, de « diversité ethnique » ni de « différences ». Car parler de « différences » ou de « diversité», c’est juste une autre manière de dire que certains sont plus bronzés que d’autres. C’est donc la répartition des couleurs de peau qu’il appartiendrait aux statisticiens de mesurer, puisque que les moyens permettant la mesure des discriminations sont déj amplement suffisants. Les statistiques ethniques ne reposent sur aucune base scientifique. On sait depuis plus de trente ans (voir la leçon inaugurale du Pr. Ruffié au Collège de France en 1975) que les « races humaines » n’existent pas et que la couleur de la peau, d’ailleurs très variable sur chaque continent, ne détermine aucun groupe biologique ni social. Surtout dans un pays aussi métissé que la France. L’indifférence la couleur est une des traditions fondamentales de la République. En 1940, comme un soldat allemand de la XXVIIe division d’infanterie s’étonne que notre armée soit « haute en couleurs », un officier français prisonnier lui rétorque avec mépris : « Et alors ? Vous avez bien des Bavarois ! » Goebbels traitait les Français de « sadistes négrifiés ». Rosenberg soutenait qu’il n’y avait en France ni « blancs » ni « noirs », mais seulement des « nègres blancs ou noirs » Et les traités allemands de « statistiques ethniques » tels que Rassenkunde des Jüdischen Volkes mettaient d’ailleurs « noirs » et « juifs » dans le même sac. Ceux qui veulent que les « noirs » de France se rassemblent pour compter dans le pays feraient mieux d’appeler Antillais et Africains se rassembler sur une origine commune (l’Afrique), une histoire commune (l’esclavage et la traite) plutôt que de valider un fantasme éculé inventé par les Portugais au XVe siècle pour légitimer l’esclavage. Un fantasme malheureusement repris par les tenants de la négritude qui croyaient dur comme fer l’existence d’une «race» noire. Comme quoi on peut être un grand écrivain et partager les préjugés de son époque. Le mot « ethnique » a une histoire. C’est en 1896 que le théoricien du racisme français Vacher de Lapouge introduit la notion d’ « ethnie » dans son ouvrage Les sélections sociales. Les statistiques ethniques ont une histoire encore plus ancienne. En 1807, Napoléon, bien avant les associations communautaristes d’aujourd’hui, fait compter les « noirs » de France dans l’idée de les expulser. Dans cet esprit, la France de Vichy fera de même pour les juifs, marqués l’étoile jaune pour que la couleur de leur peau ne fasse pas oublier leur « différence », c'est- -dire leur prétendue « race ». Les statistiques ethniques n’apportent rien la lutte contre les discriminations. Au contraire. Le classement selon la « race » ou l’ « ethnie », c’est le retour aux pratiques ignobles de l’esclavage, de la colonisation et de Vichy. C’est une façon de légitimer l’apartheid, de différencier les Français qui se voient «blancs», et qui constituent une écrasante majorité parlementaire, de tous les citoyens entièrement part parce fichés comme colorés. Le classement ethnique, c’est aussi la porte ouverte au communautarisme, encouragé par des racistes pressés de voir exister le mal imaginaire qu’ils dénoncent. Le modèle républicain d’intégration fonctionne mal, c’est vrai. Mais cela ne signifie pas qu’il faut le supprimer. Ce n’est pas parce que la sécurité sociale va mal qu’il faut la jeter aux cabinets. Aujourd’hui, des discriminations existent en fonction du fantasme de la couleur: des gens se voient refuser un emploi, un logement. Au lieu de racialiser le débat et d’établir des quotas de « noirs » ou d’ « arabes » pour renforcer les ghettos, mieux vaut appliquer et renforcer le dispositif qui sanctionne les racistes. Mieux vaut retirer le mot de « race » de la constitution et des textes législatifs. La France n’a aucune leçon recevoir de pays anglo-saxons communautaristes qui ont pratiqué l’apartheid. La politique des quotas l’américaine aentretenu le racisme. Tandis qu’en France on n’a pas eu besoin de quotas pour avoir des Condi Rice ou des Colin Powell. C’est le modèle républicain qui a permis, pour la première fois dans l’histoire, dès 1793, qu’un Afro-descendant, Alexandre Dumas, devienne général et commandant en chef d’une armée. Son fils, également nommé Alexandre Dumas, est l’écrivain français le plus lu dans le monde. Pas cause des statistiques ethno-raciales. Il ne semble pas non plus que ce soit cause de la couleur de peau de l’auteur qu’on lise Les Trois Mousquetaires. Le pays des Dumas n’a pas besoin de lois racistes. Alors qu’attendent les députés et les sénateurs de toutes tendances pour rejeter cet amendement ? Qu’attendent les responsables des associations antiracistes pour lancer une pétition et, s’il le faut, descendre dans la rue ?

vendredi 2 novembre 2007

Négrophobe, ça eut payé...

La France - abritée derrière sa réputation de pays des droits de l’homme - est viscéralement négrophobe et cela ne date pas d’hier. Négrophobe, elle l’est, par nécessité, depuis qu’elle exploite l’Afrique, des razzias d’esclaves aux rapts d’ «orphelins», du code noir au paternalisme humanitaire. Les nuits de cauchemar, je me suis parfois demandé si un plan de déportation systématique aux Antilles et l’empoisonnement au chlordécone de tous les « nègres » de France ne traînait pas dans quelque bureau, d’où l’actuelle obsession du « comptage ethnique » pour préparer la rafle. Seulement, jusqu’ici il ne fallait pas parler de cette négrophobie nationale. Celui ou celle qui avait le malheur de rappeler l’évidence se faisait aussitôt estampiller «anti-français» par le chien de garde de service (d’autant plus féroce s’il avait lui même honte de ses origines). J’en sais quelque chose, moi dont l’essentiel des activités consiste à traquer ce travers dont les esprits bornés ayant voix au chapitre n’imaginent pas à quel point il dessert le pays, malgré notre tradition antiraciste très honorable qui finira par prendre le dessus. Parce que figurez vous, messieurs les politiques, que « négrophobe », ça eut payé, certes, mais ça ne paye plus. Vous le verrez bien assez tôt. Dans mon dernier essai, Les nègres de la République, je crois l’avoir assez bien expliqué : la prétendue « question noire » dont certains médias essaient de nous gaver à toutes les sauces depuis trois ou quatre ans signifie simplement qu’une poignée de bouffons complexés croient la chasse au nègre de nouveau ouverte, en France, en Afrique ou en Haïti. Mais gare si le prétendu « gibier » devient chasseur. Je constate en tout cas avec plaisir qu’on m’emboîte le pas. J’en veux pour preuve l’essai d’Odile Tobner, Du racisme français, quatre siècles de négrophobie (éditions des Arènes, sortie le 8 novembre) qui, c’est sûr, ne réjouira ni le dépressif Olivier Pétré-Grenouilleau, (aujourd’hui promu négrologue dans les pages littéraires du Figaro après une première tentative de suicide journalistique en chroniquant au Monde), ni l’atrabilaire Pascal Bruckner (inventeur de l’expression « concurrence victimaire » reprise en chœur par tous les crétins), ni aucun de leurs émules auxquels France Culture (que les « sauvages » des DOM n’ont toujours pas le droit de capter) offre un porte-voix permanent. M’étant déjà occupé du cas Pétré-Grenouilleau dans Les Nègres de la République, je pensais avoir fini le travail. Mais j’avoue que la dame lui met un coup de grâce définitif (pp 264-282). Hmmm, que c’est bon ! Après Négrophobie où, avec le regretté Verschave, elle avait magistralement mouché Stephen Smith, autre négrologue patenté, l’auteur, dans un style agréable et sans avoir la prétention d’épuiser le sujet, fait la synthèse de ces vérités jamais bonnes à dire. On retiendra son analyse - à mon sens désopilante - de la manière dont Lagarde et son copain Michard, reprenant une thèse de Condorcet, ont inventé la lecture «ironique » de la charge négrophobe et esclavagiste de l’Esprit des lois de Montesquieu. (De l’esclavage des nègres). Nul doute que le magistrat bordelais s’exprimait au premier degré, hélas, comme Voltaire et tant d’obscurantistes des Lumières. Le fait d’être sot n’empêche ni d’être français ni d’être un grand écrivain (mais d’aucuns devraient comprendre que ça ne suffit pas). La manière dont Senghor est remis à sa place n’est pas mal non plus. « Il a eu un enterrement de laquais » constate la présidente de l’association Survie. Qui dit mieux ? L’ouvrage aurait peut-être gagné à nous donner une définition plus claire du racisme en jetant d’emblée aux tinettes le concept méphitique de « race humaine», que des psychopathes essaient aujourd’hui de nous re-parfumer. Mais l’ancienne compagne de Mongo Beti n’a sans doute pas osé crier haut et fort que les « noirs » d’un côté les « blancs » de l’autre, c’est une jolie foutaise. Cela conduit à utiliser de temps en temps - malgré elle semble-t-il - ces catégories douteuses tout en les récusant. Elle est bien indulgente, aussi, pour Jean-Paul Sartre, digne neveu d’Albert Schweitzer. On lui pardonnera parce qu’en refermant son ouvrage (j’ai commencé par la fin – l’exécution de Pétré-Grenouilleau - sans m’apercevoir qu’elle me rendait hommage au début) on a le sentiment que la brèche est ouverte. Bref, Du racisme français est un essai bien ajusté et réconfortant qui donne une furieuse envie d’en remettre une couche.

dimanche 11 novembre 2007

Les partis pris du Monde : incroyable des Guadeloupéens vêtus à l’européenne !

Je voudrais féliciter Le Monde des Livres du 9 novembre 2007 et en particulier le journaliste Jérôme Gautheret, qui poursuit dans ce journal une carrière de négrologue dont j’espère qu’elle lui rapportera, comme à Olivier Pétrè-Grenouilleau, son confrère du Figaro, récompenses, considération et contrats juteux chez les meilleurs éditeurs (Grasset ou Gallimard par exemple) ainsi que des places dans les jurys littéraires. Os de poulets os de pigeons, sans parler de maintes caresses… Jérôme Gautheret, dans un « dossier » consacré aux « blessures » de l’esclavage, se garde bien, on ne s’en étonnera pas, de faire mention de mon dernier ouvrage, Les Nègres de la République –censuré puis passé sous silence - de même qu’il se garde bien évidemment de citer l’admirable livre d’Odile Tobner, Quatre siècles de racisme français (éditions des Arènes). Il réussit par ailleurs un véritable tour de force en relatant les événements liés au bicentenaire d’Austerlitz en décembre 2005 sans me citer ni citer mon livre Le Crime de Napoléon. Un cas d’école journalistique. On apprend ainsi que des associations de descendants d’esclaves sont parvenues, en décembre 2005, «à perturber les célébrations officielles du bicentenaire de la victoire napoléonienne à Austerlitz». Faut-il rappeler qu’il n’y a jamais eu de célébrations officielles du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, au grand dam des admirateurs de Napoléon et que la seule « perturbation » était mon livre dont la publication avait dissuadé le Premier ministre de l’époque de se rendre à une manifestation privée organisée place Vendôme ? Ce livre, on pourrait penser que Jérôme Gautheret de l’a pas lu. Pourtant, c’est le même Jérôme Gautheret qui écrivait ces lignes dans Le Monde daté du 1er décembre 2005 à propos du Crime de Napoléon , sans jamais préciser, me semble-t-il, qu’il s’agissait d’un pamphlet :

« Le récit de l’auteur est alerte et accablant. Mais ses partis pris créent vite un certain trouble. Ainsi de l’utilisation systématique et anachronique du terme "génocide" pour qualifier la répression qui s’abattit sur les population des Antilles : les exactions furent d’une violence extrême, mais rien ne démontre l’existence d’un "plan d’extermination" secret derrière les ordres lointains de Bonaparte. Par ailleurs, d’autres formules provoquent le malaise. Sous la plume de Claude Ribbe, les prisons qui accueillent les prisonniers déportés deviennent des "camps de concentration", les cales des bateaux dans lesquelles des hommes et des femmes périrent par étouffement, après avoir été intoxiqués au souffre, sont appelées "chambres à gaz"… »

Gautheret me reproche donc mes partis pris le 1er décembre 2005. Mais le 9 novembre 2007, pour saluer un livre de Philippe Régent publié par Grasset, l’éditeur de Pascal Bruckner, il le félicite de son parti pris. Un compliment des plus maladroits, car on pourrait supposer qu’un historien de métier (c'est-à -dire financé par nos impôts) n’a pas de parti pris. Alors, quel est donc ce bon parti pris qui serait aux antipodes de mes partis pris à moi ? C’est tout simple : Frédéric Régent se déclare « à la fois descendant d’esclaves et de colons». Donc un livre sur l’esclavage qui ne serait pas écrit par un auteur descendant de colons est taxé de mauvais parti pris par Jérôme Gautheret et par Le Monde. Nous en prenons bonne note. Mais ce qui est curieux, c’est qu’il me semble n’avoir jamais dit, dans aucun de mes livres, que j’étais descendant d’esclaves ou de colons… Alors c’est sans doute la couleur de ma peau qui oblige Le Monde, lorsqu’il est question de moi à parler d’ « écrivain guadeloupéen » (donc pas français à part entière, à cause de mes partis pris supposés), alors que je suis né à Paris. Mais que voulez-vous, quand il s’agit d’un «noir», il faut toujours justifier ses origines aux yeux des lecteurs «blancs».

Je plains Frédéric Régent, dont le livre ne me semble rien apporter de bien nouveau par rapport à des ouvrages déjà publiés qu’il ne cite pas (c’est grave s’il les a lus et tout aussi grave s’il les ignore). Faut-il rappeler que, dans un ouvrage précédent, Régent disait des sottises sur le chevalier de Saint-George (ce qui me semble curieux pour un enseignant à l’université des Antilles) ?

Mais le meilleur de ce dossier du Monde des Livres c’est son illustration (page 7 du dossier). Gautheret, de toute évidence coordinateur, a trouvé une photographie des années vingt. Un jeune couple endimanché et vêtu à la mode devant une automobile. Rien de particulier. Mais c’est la couleur de peau de ce jeune couple qui a retenu l’attention de Gautheret. Pensez donc : des «noirs» habillés ! Mais, comme de doute évidence, Gautheret a lu mon dernier livre, il ne veut pas se faire épingler en parlant de «noirs», ce qui se remarque dans ce dossier puisque c’est l’habitude du Monde de négrifier à tout va. « Noirs » par ci, « noirs » par là et toujours avec la majuscule s’il vous plaît pour bien communautariser le débat et insister sur la nécessité de statistiques ethniques (n’est-ce pas Laetitia van Eeckout ?). Donc Gautheret se creuse la tête pour trouver une formule rendant compte de la couleur de ce couple « noir ». Et voici l’incroyable résultat : « Un couple vêtu à l’européenne, en Guadeloupe dans les années 1920 » ! Vêtu à l’Européenne ? Oui, c’est écrit noir sur blanc dans Le Monde des livres du 9 novembre 2007. Gautheret et Le Monde qui l’emploie veulent rappeler aux lecteurs blancs que les « noirs », en Guadeloupe comme au Darfour, vont toujours cul nu ou avec une ceinture de bananes, sauf bien sûr s’ils sont, comme Frédéric Régent, descendants de colons. Les Guadeloupéens apprécieront, je pense. Au fait, je me permets de signaler que les éditions Gallimard publient Césaire dans la prestigieuse collection de la Pléiade. Mais Césaire n’a pas droit, comme Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, à un volume séparé. Non, à cause sans doute de ses partis pris, il devra cohabiter avec le «bon nègre» Senghor sous la rubrique « négritude». Senghor, lui, a eu un bon parti pris en nous expliquant que dans le concert universel le « blanc » est le chef d’orchestre tandis que le « noir» joue de la batterie. Selon lui, la raison est « héllène » et l’émotion « nègre ». D’où mes mauvais partis pris et ces « blessures » que la mémoire de l’esclavage occasionne aux descendants d’esclaves. Que voulez-vous, ces gens sont si fragiles et susceptibles… On félicitera pour cette excellente idée l’influent Pierre Nora, éditeur de Pétré-Grenouilleau chez Gallimard, oncle d’Olivier Nora, (l’éditeur de Frédéric Régent) et organisateur, en 2006, de la campagne menée auprès du ministre de la Culture de l’époque pour que le général Dumas n’ait pas de bicentenaire. En représailles de mes partis pris.

vendredi 16 novembre 2007

Statistiques racistes

Il en aura fallu du temps pour que l’introduction officielle du racisme dans les statistiques par certains fonctionnaires de l’INED et de l’INSEE, soutenus par quelques journalistes qui se moquent bien de l’objectivité qu’on serait en droit d’attendre d’eux, suscite enfin quelques réactions. Cela fait un an que j'en parle. Mais, que voulez vous, l'information est lente remonter dans certains cerveaux. Compter les "noirs" : Napoléon l’avait déj fait en 1807, dans la perspective d’une expulsion. Après les avoir fichés, se prépare-t-on aujourd’hui expulser tous les « noirs » de métropole aux Antilles pour proclamer ensuite l’indépendance des DOM ? Cette « émigration choisie » serait, certes, une manière radicale de préserver l’identité française. J'imagine Finkielkraut sautillant avec sa pancarte sous mes fenêtres et scandant avec Bruckner : " Les noirs aux Antilles ! Les noirs aux Antilles !" Tandis que Libération, quotidien naguère fort enclin ficher des «noirs», a enfin changé de cap, Laetitia Van Eeckout du Monde continue mener la croisade qu’elle a engagée depuis deux ans en toute impunité pour le fichage raciste de la population française et pour la promotion des associations chargées de soutenir cette démarche honteuse menée en faveur d’un petit lobby qui y a le plus grand intérêt. Dans des articles révoltants, sous prétexte d’informer les lecteurs de son journal qui, pour la plupart, ne comprennent rien ce débat, cette jeune femme – Dieu sait pourquoi – explique que les «noirs» sont noirs et qu’ils doivent être fichés comme tels. C’est pour leur bien aussi qu’elle fait régulièrement la promotion de Pap Ndiaye, le maître de conférence désigné par l’establishment dès 2003 dans le cadre d’un plan soutenu au plus haut niveau pour accréditer les thèses racistes et révisionnistes d’Olivier Pétré-Grenouilleau (l’homme qui rend les Africains responsables de l’esclavage et de la traite) ou de Patrick Lozès (chargé d’un rapport sur l’empoisonnement de la Martinique alors qu’il ne sait peut-être même pas où ça se trouve simplement parce qu’il serait « noir»). Que voulez-vous, pour un raciste, il suffit d’être un bon « noir » pour être compétent sur les «noirs»… La négrologue-statisticienne en chef du Monde nous annonçait encore voici quelques jours – non sans rage - que Pap Ndiaye termine un livre «sur l’histoire des populations noires en France». Voil deux ans qu’elle nous prédit cet ouvrage qui tarde forcément venir puisqu'il n’est pas du tout dans les compétences - limitées au demeurant - de ce jeune homme providentiellement « noir » ! On imagine quel point ça arrangerait Mme Van Eeckout que le torche machin paraisse enfin. Elle en trépigne, mais on ne voit rien venir et c’est assez attendrissant, au fond, de la voir se démener ainsi pour son petit protégé. Madame Van Eeckout, autoproclamée «négrologue» au Monde semble plus l’aise pour vanter les livres qui n’existent pas encore, mais dont on sait par avance qu’ils vantent l’idéologie raciste mainstream, que pour rendre compte de ceux qui sont bien imprimés, mais vilipendent les superstitions du moment, Les Nègres de la République, par exemple. Il n’est pourtant pas si loin, le temps où Van Eeckout harcelait mon attachée de presse pour obtenir les épreuves de ce livre. Pas pour en rendre compte dans les colonnes de son journal – Oh non : omerta sur Les Nègres de la République et omerta du le livre d’Odile Tobner sur Le racisme français - mais plutôt pour informer ses amis de ce que je disais d’eux… En fait, je ne parlais même pas de Pap Ndiaye qui est bien trop insignifiant. Joli métier, décidément, que le métier de négrologue. Il faut croire en tout cas, que ma plume inquiète.

jeudi 29 novembre 2007

Merci

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont signé la pétition en faveur de la statue du général Dumas par Ousmane Sow. Des écrivains comme Raphaêl Confiant, Ernest Pepin, Marcel Zang, ou Guy Konopnicki, des éditeurs courageux que je ne citerai pas, mais qui se reconnaîtront (comme il y en a peu, ce sera facile), des journalistes, des responsables associatifs, ont ajouté leur nom à une liste de signataires qui s'allonge chaque jour. Symboliquement, nous avons décidé de déposer la pétition sur le bureau du maire de Paris à la millième signature (ce qui ne nous empêchera pas de continuer à en recueillir). En cas de mauvaise volonté du maire, nous passerions à la phase B de notre campagne, moins "attendue", comme dirait Christophe Girard (maire adjoint de Paris chargé de la Culture et donc de ce dossier). Certes, nous sommes à près de 700, ce qui n'est pas rien en deux semaines s'agissant d'un homme qu'on s'efforce de tirer de l'oubli. Mais il faut faire très vite. Si chacun d'entre ceux qui n'ont pas encore signé le faisait dès à présent et contactait une ou deux personnes de sa connaîssance sûres de signer, l'affaire serait bouclée avant la semaine prochaine. Alors, je vous en conjure, signez et faites signer cette pétition, maintenant.

La presse commence à s'intéresser à notre combat. Hier, nous avons un excellent article dans le journal Le Parisien (édition de Paris). Il mettait en évidence l'embarras de la mairie pour se justifier. Christophe Girard, que pourtant j'aime bien, n'était guère convaincant en expiquant à la journaliste qu'il n'aime pas le projet d'Ousmane Sow par ce qu'il est "trop dans l'évidence du message", parce qu'"un cheval qui se cabre, c'est beaucoup trop attendu". Je te signale au passage, mon cher Christophe, que le projet, que peut-être tu n'as pas bien regardé, ne représente pas un cheval "qui se cabre", mais un cheval qui tombe, ce qui n'est pas du tout la même chose. Un cheval qui tombe et qui va mourir, avec un homme qui se cabre pour essayer de le retenir. Peut-être n'as tu jamais vu un cheval tomber, Christophe. Moi oui. J'ai vu des chevaux tomber. Parfois, il sont tombés sur moi. Parfois ils sont tombés pour mourir et ce n'était pas "attendu". J'attendais vraiment mieux comme réponse. Christophe Girard dit aussi qu'il ten ait à "éviter la précipitation" . Depuis presque six ans que ce projet de statue a été voté par le conseil de Paris, parler de précipitation relève d'un humour assez particulier ou d'une méconnaissance totale du dossier. Et même si la décision avait été prise hier pourquoi ne pas se précipiter ? Donne-moi une seule raison, mon cher Christophe, une seule ! Tu n'aimes pas Ousmane Sow ? Tu préfères l'art conceptuel ? Alors dis-le, mais ne nous prive pas d'un chef-d'oeuvre parce que tu veux imposer tes goûts aux autres. Je te croyais plus tolérant. Le pouvoir, décidément, ne réussit à personne...

lundi 5 mars 2007

« Question noire », statistiques « ethno-raciales », une manipulation raciste.

Les Nègres de la République sort en librairie le 8 mars chez Alphée, la maison d’édition de Jean-Paul Bertrand, dans une nouvelle collection, Edit Plus. La publication de cet ouvrage – dont le titre est ironique – a été difficile. Elle était initialement prévue en mai 2006 chez un autre éditeur. C’est, bien évidemment, parce que cet essai est fort dérangeant. J'y remets en question le bien-fondé d’une prétendue « question noire » alors que cette « question noire » est considérée comme un fait acquis par une partie de la presse et des essayistes et que d’aucuns appellent la mise en place de statistiques « ethno-raciales » pour mesurer une prétendue diversité.

En fait la « question noire » agitée par certains intellectuels est une imposture idéologique, sociologique et médiatique.

C’est une imposture idéologique dans la mesure où toute la manipulation mise en place repose sur une utilisation malhonnête du concept littéraire de négritude. De toute évidence des fins racistes. Je procède l’analyse philosophique de ce concept et m’aperçois qu’il n’y a guère eu en France de travail analogue depuis… 1948 avec L’Orphée Noir de Jean-Paul Sartre qui servait de préface l’Anthologie de la poésie nègre et malgache de Senghor.

Il n’y a pas de « population noire » en France. Ceux qui sont vus comme « noirs » se composent en fait de 2,5 millions de ressortissants de l’Outre-mer (dont un million vivant en métropole) et de 500 000 Africains ou Afro-Français de l’hexagone. Si les Ultramarins forment des groupes distincts dans chaque DOM et la rigueur un groupe homogène pour le « cinquième dom » qui se trouve concentré dans la périphérie parisienne et en particulier Sarcelles où ils représentent plus de 20 % de la population (Sarcelles est la ville où je suis candidat aux législatives 2007), on ne saurait amalgamer ce ou ces groupes celui des Français issus d’une immigration subsaharienne récente. Ce qui fédère les Ultramarins, ce n’est pas la couleur de peau, c’est un passé commun lié l’esclavage. Tous les Antillais, Guyanais, Réunionnais, vus comme « noirs » (outre les Haïtiens) sont en effet des descendants des 1,2 millions d’esclaves déportés pas la France. Ils sont tous citoyens français en théorie depuis 1794 et en pratique depuis 1848. Les Afro-Français (environ 250 000) et les Africains vivant en France n’ont pas grand-chose en commun entre eux et encore moins avec les Ultramarins. Amalgamer tout le monde sous le prétexte de la couleur de peau, c’est nier les discriminations spécifiques visant les personnes issues de l’immigration : langue, culture, religion. Un sondage officiel paraître dans les jours prochains montrera clairement qu’ couleur de peau « égale » les Africains sont deux fois plus discriminés dans l’esprit des Français que les Ultramarins. Par « noirs », les Français entendent principalement « Africains immigrés ».

Toute la communication faite autour de la « question noire » en France repose principalement sur la création, fin novembre 2005, d’une association - le Cran - qui se disait représentative des « noirs » de France. L’idée d’une « communauté noire » étant ainsi accréditée par les « noirs » eux-mêmes parlant au nom des « noirs », une bonne partie de la presse n’a plus considéré utile de s’interroger sur la légitimité de la « question noire » parce qu’elle ne s’interrogeait pas sur la légitimité du Cran. Pourtant, toutes les associations d’outre mer ont protesté contre cette manipulation. Le Cran ne rassemblait en effet qu’une poignée de personnes ou d’associations issues de l’immigration subsaharienne – mais fort peu représentatives de cette immigration - auxquelles une certaine presse a consacré, assez curieusement, une attention extraordinaire. Ainsi Libération faisait sa une du samedi 26 novembre 2005 sur un événement inventé de toutes pièces : les « noirs » s’organiseraient et se fédéreraient. L’affaire est illustrée par une photographie représentant en fait le rassemblement des Antillais du 3 mai précédent ! Une interview du nouveau «président » des « noirs » dont l’association - le Cran - rassemblerait 60 associations noires est publiée le jour même. La prétendue information est également reprise dans Le Monde. En réalité, derrière tout cela, il n’y a que deux personnes : Patrick Lozès, président d’un groupuscule, le Capdiv, et Louis-Georges Tin, militant anti-homophobie travers son association An Nou Allé dont l’autre adhérent est David Auerbach. Un document officiel de la préfecture de Police (dont des copiesont été mises aujourd'hui la disposition de la presse) montre que le Cran, dont les statuts ont été déposés le 30 novembre 2005, ne rassemblait en fait que… deux associations et deux personnes : Patrick Lozès et Louis-Georges Tin. Les deux compères avaient tenté de recruter 17 associations africaines lors d’une réunion mouvementée tenue le 25 novembre 2005, mais les présidents de ces associations ne s’étant pas laisser manipuler, ils furent contraints de ne former le conseil représentatif des associations noires qu' deux, Tin faisant office la fois de trésorier et de secrétaire général. Cela permettait de « racialiser » le nom de l’association et de la prétendre « représentative », ce que la plupart des associations africaines convoquées refusaient. Plus de huit mois après cette manipulation, le Cran ne comptait parmi ses membres que 62 adhérents dont 18 associations : tous Afro-Français sauf Tin. Cette situation explique assez bien que des personnes de bonne foi se croyant adhérentes du Cran ne purent jamais obtenir aucun compte-rendu sur la gestion évidemment opaque d’une organisation se réduisant en fait (jusqu’en novembre 2006) deux personnes. Au cas où l'on douterait de cette non-représentativité du Cran, il suffit de se reporter une manifestation organisée le 12 décembre 2006 devant le siège de France Télévisions et qui ne rassembla que 10 "militants". Plus récemment, samedi 3 mars 2007, Patrick Lozès, président du Cran, est venu faire une démonstration de force dans la ville « noire » de Sarcelles l’occasion de la dédicace d’un livre qu’il tente désespérément de promouvoir travers les récentes opérations médiatiques de son association et notamment l’annonce d’un sondage « ethno-racial » qui a fait long feu (mais dont le financement, estimé 60 000 euros, reste fort mystérieux). L’indifférence de la population de Sarcelles a été telle que Patrick Lozès est resté absolument seul dans une librairie et n’a signé aucun livre, les seuls «noirs » de la journée étant des dissidents du Cran venus réclamer quelques explications, ce qui a incité Lozès s’enfuir par une porte dérobée. Que le Cran ne soit représentatif que de deux personnes n’est pas le problème. Le scandale est que cette imposture ait donné lieu une présente obsédante dans la presse (encore une page dans Le Monde de la semaine dernière où il est question du Cran plusieurs reprises).

De deux choses l’une : ou bien certains journalistes se sont livrés une manipulation indigne ou bien ils ont été manipulés. Cette dernière hypothèse étant la plus probable, il leur appartient d’en tirer les conséquences et d’informer leurs lecteurs. Il est absolument certain que les dirigeants du Cran n’ont pas agi seuls. Ils ont bénéficié d’une logistique importante en matière de finances et de communication. Un avocat, Me Francis Terquem, le CRIF, le service de communication du maire de Paris (Anne-Sylvie Schneider) ont été plusieurs fois cités. Si le CRIF et la mairie de Paris ont démenti catégoriquement. Me Terquem ne nie pas être membre d’une association des amis du Cran (qui permet de contourner l’exclusive raciale constitutive du Cran)

Tout ce tintamarre accompagne une tentative de trois statisticiens de l’INED : accréditer en France l’idée de comptage ethno-racial l’anglo-saxonne. Le Cran, appuyé par des lobbies privés, a imposé la CNIL de remettre en cause ses principes en organisant des auditions. En attendant le rapport que la CNIL doit très prochainement rendre sur la question les articles de presse se sont multipliés pour accréditer le bien-fondé de cette initiative clairement raciste, malgré une pétition de chercheurs et les légitimes protestations de tous les syndicats de l’INSEE.

Au-del de l’analyse d’une des plus grandes impostures du moment, où l’on peut voir la tentative de mettre en cause les principes fondamentaux de la République en dressant les Français les uns contre les autres, Les Nègres de la République revient sur le déchaînement raciste des deux dernières années: affaires Sevran, Finkielkraut, Pétré-Grenouilleau, Frêche, Halimi. La question étant de savoir si, au-del du racisme traditionnel, un néo-racisme ne se développe pas dans l’intelligentsia française, les médias et les institutions publiques. Cette question devrait peser lourds dans les prochains jours et dans le débat électoral engagé, sachant que ceux en qui l’on voit des "Nègres de la République", feront très certainement la différence pour les présidentielles et ne se laisseront peut-être pas manipuler aussi facilement que d’aucuns pouvaient le penser.

samedi 26 août 2006

Le Nouvel Obs tenté par l'idéologie de la "race" ?

C‘est trop souvent celui qui le dit qui l’est. Claude Askolovitch, dans Le Nouvel Observateur du 20 juillet 2006, tient des propos inacceptables l’encontre de Raphaël Confiant qui avait réagi un article de Serge Bilé paru dans ce même hebdomadaire, puis aux attaques de Claude Askolovitch sur son blog. Dans sa critique de l’article, par ailleurs très contestable, de Serge Bilé, Confiant n’a jamais tenu le moindre propos xénophobe. Il n’en est jamais venu aux « menaces et l’injure raciste » comme le soutient pourtant Askolovitch. Confiant reproche Bilé d’être opposé l’indépendantisme et de faire du prosélytisme assimilationniste, une attitude où il voit la propagation de idéologie coloniale. Le problème n’est pas pour Confiant de dénier Bilé sa qualité de Français lorsqu’il lui conteste sa qualité de Martiniquais. Si Bilé est considéré comme un « étranger » par Confiant, ce n’est pas du fait qu’il est d’origine ivoirienne - ce qui serait odieux - c’est au contraire parce qu’il est trop français au goût du chantre de la créolité. L’opinion de Confiant étant partagée par de nombreux Martiniquais, il semblerait que la présence de Bilé au JT de Télé-Martinique pose un problème d’autant plus sérieux que le journaliste se sert de cette position pour faire sa promotion personnelle et censurer tous les Antillais qui le dérangent.

N’étant pas martiniquais non plus, je suis tout autant étranger que Bilé aux yeux de Confiant. Je ne vois dans ce jugement aucune «xénophobie». Le procès instruit par Claude Askolovitch est donc fondé sur la mauvaise foi puisqu’il fait dire l’écrivain des choses qu’il n’a jamais dites. N’étant pas martiniquais, je n’ai pas forcément, sur la Martinique, la même vision que Confiant. Né Paris, je suis parfois moi-même parfois accusé (injustement) d’assimilationnisme Fort-de-France. Cela ne m’empêche pas de défendre Raphaël Confiant lorsqu’il est attaqué tort et accusé de tenir des propos qu’il n’a pas tenus. Un Martiniquais n’aurait pas le droit de critiquer Bilé sans être aussitôt taxé de racisme et de xénophobie ? Étrange…

En ce qui concerne Serge Bilé, sans nécessairement m’inscrire dans le débat sur le bien-fondé de la cause indépendantiste, je rejoins Confiant lorsqu’il critique le discours colonial de ce journaliste et l’usage abusif qu’il fait de la couleur de sa peau pour tenter de prendre la parole au nom des Antillais et de s’approprier une histoire (celle de l’esclavage) qui n’est absolument pas la sienne. On a trop tendance, en France, vouloir cacher l’histoire de l’esclavage derrière celle de la traite. On a trop tendance couvrir la voix des Antillais par des hauts-parleurs au masque noir. C’est en ce sens que Confiant parle de «nègre blanc». C’est en ce sens que je dis Bilé «françafricain». On peut, hélas, être « françafricain » sans être né en Afrique.

Mais ce n’est pas le plus grave. Serge Bilé, sous le prétexte de soutenir certains dirigeants du Cran (le conseil des associations «noires» qui n’est représentatif que de certaines associations franco-africaines), dirigeants par ailleurs très contestés au sein même de leur organisation, véhicule - y compris sur l’antenne du service public - une idéologie que je réprouve et combats : celle de la race. C’est au nom de la condamnation de cette idéologie que j’ai critiqué Bilé de même que j’ai tancé Claude Askolovitch qui, dans son blog, semble approuver implicitement cette doctrine répugnante.

J’irai plus loin. Je crains que Le Nouvel Observateur - l’instar de quelques autres journaux dits « de gauche» - ne s’engage parfois inconsidérément dans la voie de l’idéologie racisante qui passe obligatoirement par la glorification de Français d’origine africaine présentés comme des modèles aux Antillais, qui, eux, sont systématiquement dénigrés. J’en veux pour preuve le ton fort ambigu des dossiers sur les « Noirs » en France (avec une curieuse majuscule) où naturellement, les voix discordantes et réfractaires au discours « noiriste» – celle de Confiant ou la mienne en particulier – ne sont jamais sollicitées ni relayées ; la manière - systématiquement insultante et méprisante - dont Le Nouvel Observateur a rendu compte de mes deux derniers ouvrages (Le chevalier de Saint-George et Le crime de Napoléon). Quant soutenir insidieusement que j’ai «assimilé» Napoléon Hitler, c’est bien malhonnête de la part de Claude Askolovitch. Reproche-t-il Olivier Pétré-Grenouilleau d’assimiler l’esclave mésopotamien du ixe siècle l’esclave français du xviiie sous le prétexte que l’un et l’autre sont « noirs », même si tout les sépare ? Dans une voie déj ouverte par Le discours sur le colonialisme d‘Aimé Césaire, je n’ai fait, pour ma part, que comparer (comparer n’est pas assimiler) les victimes gazées par Napoléon en 1803 au nom de la race aux victimes gazées par Hitler 140 ans plus tard au nom du même principe de la race dont se réclament, hélas, des gens comme Bilé ou des organisations comme le Cran ou la tribu Ka. L’humanité étant, selon moi, une et indivisible, je ne vois pas pourquoi je ne comparerais pas un être humain un autre être humain, leur couleur de peau fût-elle différemment nuancée. En ce sens n’ai-je aucune leçon d’antiracisme ni d’anticolonialisme, recevoir du Nouvel Observateur. Le fait de publier Bilé dans ses colonnes et d’ouvrir des dossiers sur les «Noirs» (avec une majuscule) ne suffit pas placer a priori ses collaborateurs au-dessus de tout soupçon. Bien au contraire. La dérive d’Askolovitch en est une preuve flagrante aux yeux de tous les Antillais et de tous les Africains de France qui sauront s’en souvenir.

dimanche 1 octobre 2006

L'ethnie française

Il fallait s’y attendre. Suite au tapage publicitaire occasionné par la sortie du film de Rachid Bouchareb, Indigènes - dont les bons sentiments ne sont sans doute pas mettre en doute - survient une violente contre-offensive des défenseurs de l’ethnie française.

C’est le Figaro Magazine qui a pris l’initiative et consacre sa couverture la promotion du dernier opus de Pascal Bruckner (version soft de Finkielkraut) La tyrannie de la pénitence. Les éditions Grasset, bastion de Bernard-Henri Lévy, producteur (via Thierry Ardisson) de l’émission de Daniel Picouly sur France 5, avaient déj tenté de sortir un ouvrage analogue intitulé la République compassionnelle. Comme ce fut un bide complet, on récidive avec un auteur auréolé, cette fois, du titre de « philosophe », ce qui est censé donner un peu de crédit ses propos de comptoir nuls pleurer (Benguigui, lui, dirait plutôt « nul libérer Mandela »).

Grasset-Fasquelle, le fleuron littéraire du groupe Lagardère, est dirigé par Olivier Nora, neveu de l’académicien Pierre Nora, qui se terre chez lui depuis que je lui ai proposé un duel… Pierre Nora est également l’éditeur de l’historien révisionniste Olivier Pétré-Grenouilleau. Donc tous ces gens m’adorent, comme on s’en doute.

Il est très amusant de voir les noms des brillants esprits convoqués par le journaliste Jean Sévillia (auteur d’Historiquement correct et responsable de ce dossier du Figaro-Magazine) pour étayer les dires de M. Bruckner. Citons en vrac : Gaston Kelman, Denis Sassou-Nguesso et l’inimitable Daniel Lefeuvre, avec lequel j’avais eu débattre aux côtés de Christiane Taubira sur Europe 1 le 10 mai dernier. Après s’être assoupie dans le hall de la radio d’Elkabbach, Taubira avait fini par s’éclipser, me laissant seul face la meute pour défendre sa loi ! L’ennui, c’est que le journaliste m’annonçait sans pour autant me donner la parole. Je réussis enfin la prendre cinq minutes avant la fin… Merci Elkabbach !

Daniel Lefeuvre est l’auteur d’un autre ouvrage cuisiné dans les mêmes officines et publié, lui, par Flammarion : Pour en finir avec la repentance coloniale.

L’angle d’attaque du Figaro Magazine vise bien évidemment le Cran ( Conseil représentatif des associations noires) et sa désastreuse initiative contre le Petit Robert dans laquelle les initiés auront vu une ultime tentative de Patrick Lozès – prêt tout pour une nouvelle veste aux législatives - de survivre après l’échec de son plan visant récupérer la commémoration de l’esclavage du 10 mai 2006 avec l’appui conjoint de la mairie de Paris et de Matignon (histoire de récupérer de l’argent des deux côtés). Au fait, on annonce un voyage du Premier ministre aux Antilles. Pourquoi pas ? Mieux vaut qu’il y aille maintenant plutôt que le 2 décembre (jour anniversaire d’Austerlitz). On remarquera que j’ai donné Philippe de Villiers au moins une idée qu’il a inscrite dans son programme : le rétablissement de la commémoration d’Austerlitz. Et l’ingrat ne m’a même pas remercie ! C’est curieux de voir un Vendéen se découvrir devant Napoléon. Mais c’est comme ça. Il a pourtant de l’humour, Philippe de Villiers… Mais j’y pense : et si tout ce qu’il dit était prendre au deuxième degré ?

L’offensive menée par le Figaro Magazine s’inscrit en tout cas dans la logique de la tentative, appuyée par l’Ined (Institut d’études démographiques) de procéder – la demande du ministre Azouz Begag - des études statistiques « ethno-raciales » de la population française.

Le procédé est assez grossier : on en rajoute dans le racial pour faire bien « communautaire ». Les égarés donnent immédiatement dans le panneau et approuvent, pensant qu’ils pourront grappiller quelque chose. Ensuite, les partisans de l’ethnie française tirent dans le tas en les traitant de racistes, de communautaristes et d’anti-blancs.

C’est ainsi, après avoir saboté le bicentenaire d’Haïti, que l’on a tenté en 2005 de disqualifier les légitimes revendications des Antillais déshumanisés par l’esclavage et des Africains saignés par la traite et la colonisation, en faisant surgir artificiellement une «question noire» dans les médias, version actualisée du nègre au couteau entre les dents roulant des yeux et convoitant la femme blanche. Ce qui est bien pratique avec cette «question noire», c’est qu’elle a l’avantage de faire battre les Antillais et les Africains entre eux. Donc, pourquoi s’arrêter ? De fait, l’émission Envoyé spécial de France 2 s’apprêterait en remettre une couche. Naturellement, je n’ai pas été contacté par le journaliste chargé de « l’enquête », trop occupé qu’il est, j’imagine, par le Cran et la tribu Ka. On attend avec impatience le résultat de ce travail qui sera sûrement aussi objectif et documenté que ce que nous propose le Figaro Magazine de cette semaine. Mais peu me chaut, je n’ai pas la télé.

vendredi 15 septembre 2006

Le retour de la "race"

Un bien curieux retour, que celui de la « race» en France. Depuis 1944, on n’y croyait plus. Et tout cela en douceur, dans l’indifférence générale, sans réaction aucune des principales ONG prétendument antiracistes. D’abord l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau appuyant ouvertement ses travaux comparatifs plus que discutables - mais salués par un certain establishment français - sur le critère racial (Les Traites négrières, page 10). Ensuite le Cran (Conseil représentatif des associations noires) de Patrick Lozès et Louis-Georges Tin se réclamant ouvertement de la notion de race pour brûler les dictionnaires. Puis la tribu Ka (avatar « hard » du Cran) organisant des réunions interdites « aux blancs, aux juifs, aux arabes et aux asiatiques » mais auxquelles Stéphane Pocrain, par ailleurs co-fondateur du Cran, aurait assisté. Sans oublier le recours systématique et décomplexé au critère racial la une de certains quotidiens. Enfin, l’apothéose, en plein été, comme il se doit pour les sujets délicats. Patrick Simon et Martin Clément, deux chercheurs du très officiel Institut d’études démographiques (Ined) - organisme placé sous la tutelle de M. Gilles de Robien, ministre de l’Éducation nationale - tentaient sournoisement de démontrer dans un article confidentiel de la revue Population et Sociétés (n° 425, juillet-août 2006) qu’il y aurait en France un « consensus » pour une approche « ethno-raciale » dans les statistiques publiques. Tout cela sous le fallacieux prétexte de lutter contre les discriminations. L’article commentait une mystérieuse « enquête expérimentale » demandée par le ministre Azouz Begag et perversement financée par le Fasild (un fonds théoriquement chargé de lutter contre les discriminations). Cette enquête avait été réalisée sur un échantillon de 1327 employés et étudiants pour tester les méthodes de mesure de la «diversité». On y avait introduit une déclaration « d’appartenance ethno-raciale » l’anglo-saxonne. On demandait tout de go au sondé s’il se considérait comme « blanc, noir, arabe ou berbère, asiatique, du sous continent-indien». Les deux chercheurs de l’Ined n’indiquaient pas d’où provient cette taxinomie raciologique. Blumenbach ? Gobineau ? Vacher de Lapouge ? On ne sait trop. L’article estival de Population et Sociétés était bien évidemment destiné voir jusqu’où on pourrait aller trop loin, tester les réactions. Curieusement, celles de la presse furent plutôt favorables, en particulier sous la plume de Dominique de Montvalon et Patricia Van Eeckout, spécialistes autoproclamés d’une prétendue « question noire » en France. « L'opinion est loin de rejeter l'idée du comptage ethnique » concluaient ces deux journalistes du Monde, habitués, il est vrai, mettre une majuscule au substantif « noir ».

Comme on pouvait s’y attendre, la suite ne tarda pas venir. Le 3 septembre, était publiée au Journal Officiel une décision prise le 18 juillet précédent par le directeur de l’Ined, M. François Héran. Elle autorisait une enquête destinée « comparer l’intégration des descendants d’immigrés dans plusieurs villes européennes » prenant en considération les «constructions identitaires » des intéressés. Il s’agissait bel et bien d’un comptage « ethno-racial » financé sur fonds publics. Mis part le MRAP, personne n’a réagi.

C’est se demander dans quelle tradition s’inscrivent – consciemment ou non – les chercheurs de l’Ined qui s’abritent, comme toujours, derrière une prétendue compétence scientifique qui sert d’alibi commode leurs commanditaires.

Il faut rappeler que le terme d’ethnie a été introduit en France la fin du XIXe siècle par un autre « scientifique », l’anthropologue Vacher de Lapouge, théoricien français du racisme et de l’eugénisme dont les idées ont directement inspiré Hitler. Son disciple George Montandon, ethnologue spécialiste d' « ethnoraciologie judaïque », devenu directeur de l’Institut d’études aux questions juives et ethno-raciales en 1943, définit ainsi la notion d’ethnie dans son ouvrage L’ethnie française (1935) : « l’ethnie est un groupement naturel pour la détermination duquel entrent en ligne de compte tous les caractères humains, qu’ils soient somatiques, linguistiques ou culturels ». Une définition que certains « scientifiques » contemporains ne renieraient sans doute pas.

Montant son tour au créneau, François Héran, le directeur de l’Ined signataire de la décision du 18 juillet 2006, tranchait sans complexe dans une tribune du Monde le 15 septembre suivant : « Peut-on introduire dans les enquêtes de la statistique publique des questions sur l'appartenance ethno-raciale, comme par exemple la couleur de la peau ? Au risque de surprendre, la réponse est oui. »

Balayé, le rejet du préjugé de couleur, un principe pourtant fondamental de la République qui permit, en 1794, l’abolition de l’esclavage et l’universalisation de la déclaration des droits de l’Homme.

La boucle serait donc bouclée. Ceux qui s’empressent de se déclarer «noirs» ne seront pas déçus. Quelle aubaine si les Africains et les Antillais acceptent docilement d’être noyés dans le même sac. On ne tardera pas, en effet, les prendre au mot pour mieux les taxer ensuite de «communautarisme», de « racisme anti-blancs », voire d’antisémitisme. Tout ce qu’ils diront sera retenu contre eux. Telle a été la solution imaginée par certains politiques - conseillés par des universitaires - pour en finir avec les revendications légitimes des descendants d’esclaves.

Grâce Pétré-Grenouilleau, Pap N’Diaye, Patrick Lozès, Louis-Georges Tin, François Héran et quelques autres, la mémoire de l’esclavage – si l’on n’y prend garde – pourrait bien être finalement diluée dans une « question noire ». Du même coup, l’extrême droite y gagnera bien quelques points : un espoir inavouable sans doute caressé par certains candidats la présidentielle.

vendredi 1 septembre 2006

Mise au point

L’un de mes lecteurs m’ayant récemment demandé des précisions, j’en profite pour une brève mise au point.

Ma démarche part d’un constat. Le problème majeur du XXIe siècle me semble être la persistance du racisme. La plupart des conflits, des crises, des problèmes planétaires ne sont-ils pas liés la croyance qu’il existerait différentes catégories d’hommes ? De ce point de vue, la France est loin d’être épargnée. Les récents sondages rendus publics au printemps 2006 par la Commission nationale consultative des droits de l’homme le démontrent suffisamment : un Français sur trois se déclare raciste. Et le tapage de la presse parisienne lorsque apparaît la télévision un journaliste français dont la peau serait moins claire que celle de ses confrères montre assez que quelque chose ne tourne vraiment pas rond.

Le racisme n’est pas le produit d’une pensée construite, mais bien plutôt une attitude influencée par une idéologie. Toute idéologie apparaît forcément dans l’histoire un moment donné. D’où l’obligation, pour tout penseur honnête préoccupé par cette question fondamentale, de s’interroger sur les causes historiques du racisme et d’enquêter sur les conditions de son apparition. La première constatation qui s’impose est que les historiens français se sont généralement abstenus d’aborder le problème. En ont-ils seulement pris conscience ? À lire certains ouvrages, par exemple la récente thèse d’Olivier Pétré-Grenouilleau sur la traite, il est permis de se le demander. Ce Nantais, devenu la référence d’un establishment français qui a soutenu sans sourciller le boycott du bicentenaire d’Haïti et le soutien au coup d’État franco-américain de 2004 Port-au-Prince (bilan provisoire : 20 000 morts haïtiens) n’explique-t-il pas tranquillement, dès la page 10 de son livre, que c’est la notion même d’ « homme noir» qui fonde son travail et l’autorise comparer un esclave enlevé au IXe siècle l’Afrique de l‘Est pour être voué un usage domestique en Mésopotamie un esclave déporté mille ans plus tard d’Afrique de l’Ouest pour être affecté aux plantations d’Amérique et soumis la réglementation du Code noir ? Pas un instant cet historien – pas plus que ceux qui l’encensent – n’a mis en doute la validité de ce concept d’ « homme noir» qui fonde tout son travail et sous-tend la méthode d’ « histoire globale » dont il se réclame. Et ce sont ceux-l même qui voient dans l’ouvrage discutable de Pétré-Grenouilleau une salutaire avancée de l’historiographie française qui se déchaînent contre moi parce que j’ai osé, dans mon dernier livre publié (Le Crime de Napoléon), faire, mutatis mutandis, un rapprochement entre les massacres commis et rationalisés par Bonaparte en 1802 sur le seul fondement de l’idéologie raciale avec les massacres perpétrés cent quarante ans plus tard par Hitler, certes dans une tout autre proportion, mais sur des principes analogues et parfois avec les mêmes moyens (les gaz). C’est se demander si derrière l’étrange accusation de comparer Napoléon Hitler ne se cacherait pas un autre reproche, beaucoup moins avouable, celui-l  : avoir osé comparer les victimes ( la peau claire) du dictateur nazi aux victimes ( la peau plus sombre) du dictateur français.

Les premiers résultats de mon enquête me permettent en tout cas de penser que le discours raciste - loin d’être, comme le prétendent absurdement certains «pessimistes» - l’effet d’une détermination de l’espèce humaine, se serait développé en même temps que l’Occident s’efforçait, partir du XVe siècle, de rationaliser ses pratiques esclavagistes. Au moment où ces pratiques, auxquelles le Code noir voulait donner une sorte de légitimité juridique, atteignaient leur intensité maximale, l’idéologie raciste, déj largement répandue aux colonies, venait en effet servir de rempart, en Europe, aux attaques visant les excès auxquels la rationalisation de l’institution servile aux Amériques conduisait forcément. Ainsi naquit, la fin du règne de Louis XV, ce «noir» qu’on retrouve, hélas, encore aujourd’hui (gratifié d’une majuscule) la une de certains quotidiens français. Le recul du dogme chrétien du monogénisme qui garantissait l’humanité une origine commune au profit du polygénisme, défendu par des esprits brillants comme Voltaire, étayait ce discours en essayant de séparer les humains en espèces. Mais il fallut attendre le XIXe siècle, au moment où Napoléon rétablissait l’esclavage et massacrait les citoyens français résistant ce rétablissement, pour que se développe – principalement en France – une idéologie prétention scientifique destinée établir au sein de l’humanité une hiérarchie fondée sur la notion de race et empruntée la taxinomie animalière. Cette idéologie, d’abord exprimée par des théoriciens tels que Virey, pur produit de l’université napoléonienne, était d’abord destinée démontrer la spécificité du « noir » en même temps que son infériorité. Principalement fondée sur la couleur de peau, elle s’appliqua naturellement d’autres populations que celles d’Afrique subsaharienne qui étaient réputées d’autant plus inférieures que leur apparence différait de celle de l’Occidental. L’institution de l’esclavage aux Amériques (initialement liée la production du sucre) fut finalement abandonnée - on le sait - pour des raisons plus économiques et politiques qu’humanitaires. Mais le racisme, devenu vérité officielle et incontestée, était parvenu son apogée. C’est lui qui justifia les conquêtes coloniales du XIXe siècle et la mise en coupe réglée du Sud – et en particulier de l’Afrique – par un Nord arrogant et moralisateur. Le racisme étant un poison, il ne tarda pas s’attaquer ceux l même qui l’avaient inventé et s’en servaient sans vergogne. Passant outre le critère de la couleur de peau, les Occidentaux finirent par se servir du racisme pour ostraciser certains d’entre eux qui étaient jusqu’alors marginalisés ou persécutés selon des critères principalement religieux. L’effroyable ravage de la Seconde guerre mondiale en est l’illustration la plus connue.

Rien ne semble démontrer que les choses aient beaucoup évolué – et tout particulièrement en France - depuis le XIXe siècle. Certes, la défaite de l’Allemagne nazie en 1945 a modéré l’arrogance des tenants de l’idéologie de la race. Mais en réalité, c’est surtout la discrimination visant les Occidentaux qui a été censurée. Telle est bien la constatation d’Aimé Césaire la fin des années quarante dans son très lucide Discours sur le colonialisme. De fait, aux colonisés, l’idéologie de la race continue bel et bien de s’appliquer sans que la plupart des Occidentaux y trouvent redire. Y compris travers le discours ambigu d’un prétendu antiracisme inscrit en toutes lettres l’article premier de la constitution française.

En ce qui concerne l’ « homme noir», sa définition a été fixée par les thèses exprimées en 1948 par Jean-Paul Sartre dans l’Orphée noir, en préface l’Anthologie de la poésie nègre et malgache de Senghor. De ce fait, la «négritude», simple slogan littéraire revendiqué par les écrivains des colonies antillaises et africaines durant les années trente, est devenue une référence prétention philosophique qui valide, aujourd’hui encore, le discours indiscutablement raciste et paternaliste de certains théoriciens qui se prétendent progressistes. En France, l’avatar le plus récent en est l’offensive « noiriste» de la fin de l’année 2005, qui fut vivement soutenue par quelques journalistes fortement imprégnés ( leur insu peut-être) de l’idéologie de la race mais qui avançaient sous le masque commode d’un discours «de gauche».

Il ne faut donc guère s’étonner que ces publicistes aient cherché enfouir la récente prise de conscience des Français descendants d’esclaves sous le fatras écoeurant d’une «question noire» ni qu’ils fassent la promotion de Français d’origine africaine qui, par pure ambition, ont tenté de s’autoproclamer les porte-parole de deux millions de descendants d’esclaves déportés par la France. Il ne faut guère s’étonner que l’historien Pétré-Grenouilleau soit sorti des limites de son domaine de compétence pour s’en prendre publiquement la notion même de descendant d’esclave et déclarer que la loi Taubira était de nature renforcer l’antisémitisme en France.

C’est donc, il me semble, avec cohérence que je m’attache tirer de l’oubli les personnalités que nul, auparavant, n’aurait osé célébrer en tant qu’anciens esclaves : notamment le chevalier de Saint-George et le général Dumas; que je rappelle - au grand dam de certains - l’importance d’Haïti dans la mémoire française ; que je m’insurge contre les imposteurs qui, sous le prétexte de leur peau, tentent de confisquer la parole aux descendants d’esclaves, que je stigmatise le caractère profondément raciste d’initiatives donnant une valeur la couleur de tel ou tel Français, que je tiens rappeler la différence entre la mémoire de l’Afrique, frappée par la traite, et la mémoire des Antilles, des la Guyane et de la Réunion, frappées par une servitude codifiée et rationalisée.

Ma démarche est politique dans la mesure où il me paraît extrêmement important, dans une période marquée par les débats électoraux, d’être particulièrement attentif aux prises de positions des candidats - sans distinction de couleur ou d’étiquette - sur ces différents thèmes. On peut imaginer ceux qui briguent la magistrature suprême suffisamment avisés pour n’être pas surpris d’être sanctionnés, le moment venu, par deux millions de leur compatriotes des Antilles, de Guyane, de Réunion et de France métropolitaine, qui ne leur pardonneraient pas d’avoir confondu leurs problèmes spécifiques avec ceux - tout aussi réels mais différents - de deux cent mille Français originaires d’Afrique, sous le prétexte que tout les « noirs » se ressembleraient.

mardi 3 octobre 2006

De la censure et des censeurs

Je viens d’apprendre avec dégoût la censure de mon ami Frédéric Vignale, qui prend le risque de m’accueillir sur son excellent site www.lemague.net. Invité pour enregistrer la prochaine émission de Stéphane Bern, on lui demande in extremis de déguerpir sous le prétexte que sa présence importunerait l’invité vedette, Yann Moix. C’est lui ou Moix ! Je me demande s’il faut davantage blâmer le tocard de l’écurie Grasset ou ceux qui ont cédé ce chantage. Tout cela, bien évidemment, me rappelle les nombreux épisodes de ce genre que j’ai dû subir. La première fois, ça fait très mal. Vignale déclare dans France-Soir (3 ocrobre 2006) que "c’est comme une balle perdue qui vous atteindrait". C’est tout fait juste. Ma première censure d’écrivain, c’était chez Fogiel en 2004. Le président légalement élu d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, avait été déposé par un coup d’État américain (lourdement) appuyé par la France et la plupart des médias hexagonaux aboyaient en chœur contre l’homme qu’il fallait d’abord accuser de la rage pour ensuite mieux lui maintenir la tête sous l’eau. Fogiel m’avait demandé de préparer avec lui une interview d’Aristide. J’avais exigé d’être sur le plateau (en direct) au moment de la diffusion. Paf, la société de production de Fogiel, s’y était engagée par écrit en signant un fax que j’ai prudemment conservé. Fogiel enregistra l’interview en ma présence. Tout se passa bien. Un peu trop bien même, car Aristide répondait avec beaucoup d’humour et d’ -propos toutes les questions évidemment méchantes que Fogiel lui posait, dans le genre : « Êtes-vous un trafiquant de drogue ? Combien avez-vous volé dans les caisses de votre pays ? Êtes-vous l’assassin que l’on dit ? Combien de petits enfants avec vous mangés lors de vos cérémonies vaudou ? » J’exagère peine. Il en ressortit un sujet évidemment favorable Aristide qui passait ( juste titre) pour la victime de l’acharnement médiatico-raciste français. Je m’apprêtais, non sans jubilation, partir pour la Plaine Saint-Denis pour le direct. Un taxi avait même été prévu par la production pour m’y conduire.

Et soudain, mon portable sonne. Un type m’appelle, dégoûté. C’est un jeune journaliste de la rédaction de PAF qui avait passé trois jours monter le sujet. Déprogrammation de Claude Ribbe et du père Aristide ! Ordre de la chaîne, paraît-il.

Un an plus tard, je vais chez mon éditeur Le Serpent Plumes / éditions du Rocher présenter aux libraires mon prochain ouvrage, Le Crime de Napoléon. Après la réunion, un inconnu s’approche de moi, place Saint-Sulpice, alors que je bavarde avec mon éditeur, Christian Séranot (d’origine martiniquaise). L’homme écarte rudement Séranot pour me parler en privé. Il ne s’est pas présenté. D’abord, je le prends pour un pandore encarté au FN :

« - Monsieur, je viens d’assister vote réunion avec les libraires. Eh bien laissez-moi vous dire que je n’aime pas du tout le titre de votre livre, ni la couverture !

- Alors je pense que vous aimerez encore moins le contenu ! mais, au fait, qui êtes vous ?

- Pascal Galodé. Nous venons de racheter la maison d’édition ce matin. Et présent, c’est moi le patron ! Inutile de vous préciser que je ne m’intéresse pas tous les auteurs, mais que je suis particulièrement attentif votre cas »

En effet, Jean-Paul Bertrand venait de vendre Le Rocher le matin même. Craignant que la sortie du livre ne soit sabotée, je trouvai un autre éditeur, Guy Birenbaum, qui accepta avec enthousiasme non seulement de sortir ce livre, mais de publier dès la rentrée un autre de mes manuscrits, Une Saison en Irak.

Christian Séranot fut bientôt remercié. On lui aurait fait comprendre que « Le serpent Plumes n’avait pas pour vocation de publier trop de noirs ». Galodé serait bientôt licencié son tour, non cause de la couleur de sa peau, mais - dit-on - pour incapacité. Le succès du Crime de Napoléon (30 000 exemplaires vendus malgré un dénigrement bien orchestré) ne lui aura pas porté chance.

Troisième censure en septembre 2005, juste avant la sortie d’ Une Saison en Irak (Privé). J’y dénonçais – sous une forme romancée – la torture systématiquement pratiquée par l'armée américaine en Mésopotamie. À cette époque, c’était un sujet vraiment tabou, voire dangereux. J’y évoquais également la disparition d’un journaliste français. Mon récit rappelait l’histoire de Fred Nérac, un compatriote volatilisé près de Bassora au printemps 2003 et très probablement criblé de balles par une cinquantaine de blindés US lors d’une opération où de nombreux civils furent mitraillés. La France n’avait jamais trop cherché Fred Nérac. Elle avait préféré se réconcilier avec Washington sur le dos d’Haïti. Comme on s’en doute, les médias aux ordres ne parlaient guère du malheureux journaliste. Le livre devait être lancé par Ardisson, dans son émission Tout le monde en parle. Après avoir lu les épreuves, il avait demandé l’exclusivité aux éditions Privé. Le 16 septembre 2005, je passai une après-midi entière avec son assistante, Gwennaelle Trillat, pigiste pour la société Tout sur l’écran. Finalement, le sujet fut déprogrammé. Motif ? Madame Nérac ne voulait pas venir sur le plateau pour parler de mon livre. Bizarre exigence : un romancier devant être accompagné de quelqu’un qui authentifie son récit ! Au moment même où je me trouvais avec Gwennaelle Trillat, Ardisson faisait la promotion de son dernier essai sur Europe 1. Et l , il s’en prit violemment un auditeur qui avait téléphoné pour lui rappeler le plagiat qui lui avait valu une condamnation. Furieux, comme on s’en doute, Ardisson reconnut immédiatement en cet auditeur un partisan de Dieusonné ! Comment ? Peut-être avait-il un léger accent. Et l’animateur royaliste, hors de lui, de se féliciter d’avoir pu « torcher la gueule » l’humoriste. Y a-t-il eu un lien entre cet incident et ma "déprogrammation" ? Ai-je été pris – couleur oblige faute d’accent – pour un partisan de Dieudonné ? Toujours est-il que quelques semaines plus tard, Ardisson recevait dans son émission Madame Nérac laquelle personne ne s’était jamais intéressé jusque l . Cette fois, je n’eus pas la chance d’être convié. Du fait de l’exclusivité accordé Tout le monde en parle, je n’eus aucun article de presse et le livre passa absolument inaperçu. Sauf pour le Quai d’Orsay qui publia un communiqué déclarant – deux ans après sa disparition - que des recherches allaient être effectuées pour savoir ce qu’était devenu Fred Nérac…

Voil comment on escamote un ouvrage dérangeant. On pensait sans doute que ce serait la même chose pour Le Crime de Napoléon, trois mois après Une saison en Irak. Mais c’était sans compter sur la presse étrangère (et notamment britannique) qui brisa l’omerta française.

Mais ce n’était pas la dernière fois que je serais censuré. Le succès du Crime de Napoléon (Privé) ne m’avait pas mis l’abri du ciseau et du caviardage. Bien au contraire !

Dans un premier temps, on fut bien obligé de m'inviter pjuisque j'étais cité dans le Daily Telegraph ou le New York Times. On était persuadé qu’il suffirait de lâcher contre moi quelques historiens aux ordres et que la messe serait dite. Mais ce ne fut pas très concluant. D’emblée, l’hagiographe Thierry Lentz avait perdu son sang-froid sur LCI en contestant le fait que les cendres de l’Aiglon étaient entrées aux Invalides portées par des soldats de la Wermacht, ce qui est pourtant attesté par une photographie. « Vous n’y connaissez rien ! s’étranglait-il .»

Alors on décida d’attaquer sous un autre angle : en réduisant mon livre une comparaison Hitler-Napoléon pour essayer de déchaîner contre moi la "communauté" juive. On hurla la concurrence des mémoires (comme s’il y avait un monopole défendre…). J’avais eu le malheur de rappeler - preuves l’appui - que Napoléon était un antisémite de la pire espèce. Ce qui ne l’empêcha d’ailleurs pas de vouloir assimiler les juifs de France. C’est alors que je fus très violemment pris partie par Elisabeth Lévy, Pierre Nora, puis Alain Finkielkraut et même Jean Benguigui qui se déclara juif l'antenne pour tester ma réaction. Comme je ne suis pas antisémite, la tentative de me faire passer pour tel ne prospéra guère. En revanche, chaque lynchage télévisé m’attirait des sympathies (et des lecteurs). Alors, on ne m’invita plus. Sans pour autant se priver de m’attaquer en mon absence. Dans le dos, c’est moins classe, mais tellement commode. C’est ainsi que, le 14 septembre dernier encore, une émission de radio fut organisée sur France Inter par Patrice Gélinet sur le thème « Napoléon et l’esclavage ». Bien sûr, voil qui n’avait rien voir avec mon livre ! Il s’agissait de faire la promotion d’un ouvrage inepte que Thierry Lentz avait bâclé pour répondre au mien. Thierry Lentz, qui ignorait tout du sujet en décembre 2005, aurait réussi la performance de sortir un ouvrage sur la question dès le printemps suivant ! Cinq mois, montre en main ! Non seulement je ne fus pas invité sur France Inter, mais la bibliographie citée excluait bien évidement Le Crime de Napoléon. On pourra le vérifier facilement sur le site de France Inter :

Telle est la manière dont on censure impunément sur les ondes du service public.

Ne me sentant pas une vocation limitée la comparaison Napoléon-Hitler, j’aspirais, bien entendu, m’exprimer dans le débat qui ne manquerait pas de s’ouvrir lors de la commémoration de l’esclavage, le 10 mai 2006, sur une prétendue « question noire ». À cet effet, un contrat avait été signé durant l’hiver précédent avec les éditions Plon pour un essai intitulé Les Nègres de la République, brûlot assez dévastateur paraître le 3 mai. Peu de temps avant la parution annoncée (pour que le livre n’ait aucune chance de sortir temps) Olivier Orban, responsable de Plon, m’adressa un courrier invraisemblable : il avait lu mon texte avec «effarement» ; il ne le publierait pas. Que contenait-il donc, ce livre, qui puisse «effarer» l’éditeur du manuscrit du général Aussaresses (ce qui valut audit éditeur une condamnation pour apologie de crimes de guerre) ? Mettait-il en cause certains amis d’Olivier Orban ? Vous le saurez bien assez tôt en jugeant par vous mêmes.

Le soir du 10 mai 2006, je fus quand même invité par RFI débattre avec le président du Cran, Patrick Lozès, une créature de la Françafrique surgie de nulle part pour faire battre entre eux Africains et Antillais. Mais monsieur Lozès, craignant sans doute que je ne lui « torchasse la gueule » en direct, se déclara – comme l’auteur de Podium - importuné par ma présence. RFI s’exécuta avec zèle et me déprogramma une fois de plus. Mais un journaliste inexpérimenté eut l’imprudence de m’expliquer les détails de cette censure dans un message téléphonique très édifiant qui circula sur le net.

Qui ? Moi ? Paranoïaque ? Mon précédent éditeur, Guy Birenbaum, a récemment déclaré sur son blog être l’objet de « reproches » incessants pour avoir publié Le Crime de Napoléon. D’où viennent ces reproches ? L’éditeur se contente de préciser qu’ils sont le fait « d’ennemis, d’amis, de confrères » dont, sans doute, la publication des noms poserait problème. Ces pressions ne sont sûrement pas imaginaires puisque Guy Birenbaum se croit obligé de préciser, pour se dédouaner, qu’ «  titre personnel », certains passages du livre l’auraient « dérangé ». Tous ceux qui ont vu l’allégresse affichée par le patron de Privé l’époque de la publication du Crime de Napoléon peuvent attester qu’il ne semblait guère « dérangé » par la moindre virgule. Sans doute a-t-il gardé ses reproches par devers lui, le temps de la publication : une délicatesse qui l’honore et dont je le remercie. J’espère juste qu’il m’indiquera un jour les passages… incriminés, c’est le cas de le dire. Guy Birenbaum, qui passe pour un éditeur courageux, se fera-t-il un point d’honneur - passant outre les mots dont on saura après coup qu’ils étaient dérangeants - de publier le manuscrit qui a « effaré » Olivier Orban ? C’est l’avenir qui le dira.

Signalons en attendant le coup d’éclat d’Olivier Pétré-Grenouilleau, historien pour le moins controversé et actuellement poursuivi en justice par deux associations pour ses propos révisionnistes sur l’esclavage et la traite. Il vient d’être embauché par Le Monde des Livres pour assurer – en toute "objectivité" - la chronique des essais historiques. Est-ce un hasard si la première critique de M. Pétré-Grenouilleau (Le Monde daté du 28 septembre 2006) est un éloge appuyé du livre du bien-pensant Daniel Lefeuvre stigmatisant, l’instar de Bruckner, la « repentance coloniale » ? Point de vue bien étrange, pour un homme naguère si chaleureusement défendu par Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et par Lionel Jospin ? Bien évidemment, on ne peut soupçonner Pétré-Grenouilleau d’être partial dans ses critiques ! De fait, en ce qui me concerne, je n’ai pas attendu l’auteur des Traites négrières pour être lynché dans Le Monde. J’ai même réussi la performance d’être quasiment insulté dans un article qui ne concernait même pas mon livre. Ainsi fus-je interpellé par un certain Philippe-Jean Catinchi. Il est vrai que ledit Catinchi se produisait volontiers en faire-valoir de Pétré-Grenouilleau, lors de conférences la Fnac où l’on me réglait mon compte entre amis

(voir ce sujet la relation d’un témoin, Allain-Jules Menye

Catinchi a cru utile de vomir sa bile dans Le Monde des Livres du 3 juin 2006, l’occasion d’un papier, évidemment dithyrambique, qu’il consacrait au livre de Thierry Lentz. Pas de mots assez élogieux pour glorifier l’apologie du criminel esclavagiste signée en catastrophe par le directeur d’une fondation Napoléon financée par… les menuiseries Lapeyre. Oui, celles qui transforment les forêts africaines en bois « exotique ». Lapeyre, y’en a pas deux ? Si, dans les forêts d’Afrique, il y a également la Becob, ex-société de Bernard-Henri Lévy rachetée par Pinault (propriétaire de la Fnac) et au conseil d’administration de laquelle siègerait -dit-on- Olivier Orban.

Alors, Guy Birenbaum défendra-t-il Claude Ribbe, l’auteur qui a assuré, paraî-il, 15 % du chiffre des éditions Privé en 2005 ? Bravera-t-il la censure en osant publier son « effarant » manuscrit, Les Nègres de la République ? Et le courageux Stéphane Bern, l’invitera-t-il, ce Ribbe, dans son émission pour parler de la censure aux côtés, bien sûr, de Frédéric Vignale ? Quel suspense, en attendant !

vendredi 13 octobre 2006

Les historiens révisionnistes ne doivent pas pouvoir se soustraire la Justice

Au printemps 2005, un obscur universitaire nantais, en mal de promotion et de reconnaissance, s’était permis, dans un hebdomadaire de grande diffusion, d’ironiser sur les descendants d’esclaves français, que d’autres, au même moment, traitaient d’ « assistés». Ce fonctionnaire était allé jusqu’ déclarer que la loi Taubira (qui dispose que l’esclavage pratiqué par les Européens est un crime contre l’humanité) était « de nature renforcer l’antisémitisme en France ». Un observateur aussi avisé que l’historien Patrick Manning, professeur l’Université de Boston, n’hésita pas déclarer que les termes de l’interview « vis (aient) clairement la division des communautés d’origine juive et africaine.» Des poursuites ont bien été engagées. Mais certaines associations ont jugé plus prudent de renoncer leurs actions, sous la pression des membres les plus arrogants de l’establishment, habitués depuis longtemps agir en toute impunité puisqu’ils se vantent de disposer de tous les monopoles, y compris celui de la mémoire. Mais ces temps-l sont révolus. Les représentants du peuple français viennent, juste titre, de décider que la négation du caractère criminel du génocide arménien devait être sanctionnée, comme ils avaient plus tôt déclaré délictueuse la négation de la Shoah. En toute logique, il convient, de la même façon, que la négation du caractère criminel de la traite et de l’esclavage transatlantiques soit sévèrement réprimée par la loi. L’impunité dont certains historiens révisionnistes ont pu bénéficier est une insulte insupportable pour des millions de Français auxquels jusqu’ici on a refusé et la parole et la mémoire. Cela ne saurait durer. Olivier Pétré-Grenouilleau, caution historique des extrémistes racistes qui ont sournoisement infiltré l’establishment, mène depuis plusieurs années une démarche visant minimiser le caractère criminel de l’esclavage codifié et rationalisé par les Européens en le mettant en perspective avec la traite pratiquée par les Arabes et une traite "interne" qu'airaient pratiquée les populations subsahariennes. Pour parvenir ses fins, Pétré-Grenouilleau n’a pas hésité - sans risque d’être contredit - manipuler, voire falsifier les résultats des recherches d’auteurs anglo-saxons plus qualifiés que lui, tels que Ralph Austen ou Patrick Manning. Il n’a pas hésité non plus appuyer cette falsification éhontée de l’histoire sur un présupposé ouvertement raciste puisque toute sa démarche se fonde sur une comparaison d’hommes différents vivant des époques différentes, parfois mille ans de distance. Mais Pétré-Grenouilleau, dès la page 20 de son principal ouvrage, s’est estimé en droit de les comparer entre eux sous le prétexte que « c’étaient des noirs ». Ainsi, l’Africain de l’est transporté au Moyen Orient au IXe siècle et voué des tâches domestiques ou la vie militaire est-il, pour l’hagiographe des négriers nantais, comparable aux populations originaires d’Afrique occidentale déportées mille ans plus tard dans les plantations sucrières d’Amérique. C'est comme si l'on comparait la Shoah aux pogroms ! Peu importe : tous les "noirs" se ressemblent. Il s’agit de produire des chiffres pour que des journalistes incultes ou des politiciens dévoyés puissent affirmer que les « arabo-musulmans » et les « noirs » ont été les pires négriers. Une manière comme une autre d’alimenter l’islamophobie et la négrophobie ambiantes. Ces manipulations grossières ont été encouragées par une campagne promotionnelle sur les antennes du service public et l’obtention de prix émanant d’institutions officielles. C’était d’autant plus facile que l’éditeur de Pétré-Grenouilleau appartient lui-même certaines de ces institutions. BIen mieux, le Nantais est aujourd'hui chroniqueur dans un quotidien respectable où il couvre d'éloges les auteurs les plus nostalgiques de la colonisation ! Il est temps d’en finir avec de pareilles dérives. L’impunité dont bénéficient les révisionnistes est une insulte pour des millions de Français. La proposition de loi déposée en 1998 par Christiane Taubira prévoyait l’origine un dispositif répressif. Mais Christiane Taubira dut bien vite y renoncer, comme elle devra bientôt renoncer se présenter l’élection présidentielle pour défendre des idées qui dérangent même son propre camp.

lundi 23 octobre 2006

Oderint, dum metuant (*)

Quand je n’étais encore qu’un jeune et turbulent potache au lycée Buffon, Blandine Kriegel était prof de philo dans la classe d’ -côté. Évidemment, elle était communiste, car c’était fashionable en ce temps l . Surtout pour un prof de philo. La mode, pour les jeunes filles, était aussi aux bas blancs et, bien évidemment, notre séduisante agrégée, plutôt que des bas bleus, portait des collants immaculés qui s’accommodaient divinement avec ses petits escarpins vernis. Maintenant qu’elle a jeté le communisme aux orties, Blandine, devenue conseillère du président de la République et présidente du Haut comité l’intégration (HCI) est une dame plus que respectable. Elle porte des tailleurs sombres qui s’accommodent admirablement avec le ruban rouge de sa Légion d’honneur. Moi, je suis resté turbulent. La suite va le démontrer. Mais je n’ai rien contre Blandine. Je suis même assez d’accord avec l’interview qu’elle a donnée récemment au Figaro et où elle fait l’éloge de l’universalisme français, ce qui correspond en partie aux idées que je défends. Il se peut, du reste, que les politiques me lisent de temps autre. Je me suis vraiment posé la question il y a quelques jours en découvrant dans Le Monde une interview du Premier ministre qui s’insurgeait contre les statistiques ethno-raciales, reprenant ainsi peu près mot pour mot l’esprit sinon la lettre de L’Ethnie française, un texte qui m’avait valu quelques injures deux semaines plus tôt.

Mais si Blandine dit (parfois) des choses justes, pourquoi s’entoure-t-elle d’imbéciles ou de gens dangereux ?

Je m’explique. On vient de m’avertir qu’un colloque sur l’intégration en politique aura lieu samedi 27 octobre Sciences po. Ce colloque est notamment organisé par le HCI. Au programme, figure en bonne place le sieur Jacky Dahomay.

Dahomay, personne ne le connaît. Sauf sa mère, je suppose, et Blandine, qui l’a fait nommer au HCI. J’espère que ce n’est pas seulement pour faire couleur locale. Prof certifié de philo en Guadeloupe, son insignifiante (et vaniteuse) personne n’aurait jamais attiré mon attention si je n’avais eu l’occasion de le croiser en 2003 Port-au-Prince, occupé (aux frais de la République) prêter main-forte, aux côtés de Régis Debray, de Marcel Dorigny et d’Yvon Chotard, au sabotage du bicentenaire de la première république nègre du monde et un coup d’État contre le premier président élu de ladite république, calomnié, menacé de mort, puis enlevé manu militari. D’aucuns, sans doute, se diront indifférents au sort de Jean-Bertrand Aristide, en exil depuis près de trois ans et toujours menacé de mort. Moi, j’avoue ne pouvoir être objectif puisque je serais - selon l’expression de Stephen Smith (négrophobe de métier, ami de Dahomay et de Régis Debray) - le « laudateur rémunéré » d’Aristide. C’est l un truisme. On savait déj – et bien avant l’affaire Dreyfus - que les défenseurs des hommes injustement accusés sont toujours rémunérés, tandis que leurs détracteurs ne peuvent être que des bénévoles. Même en laissant de côté Aristide, les prises de position de Dahomay et de ses amis commencent devenir gênantes depuis que le rapport Kolbe-Hutson – publié le 31 août 2006 dans la très respectable revue britannique The Lancet et dont on ne peut soupçonner qu’il ait été rémunéré par Aristide – montre que, dans la seule ville de Port-au-Prince, 8000 partisans présumés du président renversé par Bush avec l’appui de la France auraient été assassinés et 35 000 auraient été violés. Selon ce même rapport, la moitié des victimes seraient des mineurs. Pour avoir une idée de la répression menée par le dictateur Latortue, un Américain vaguement haïtien porté au pouvoir par le coup d’État de 2004, il faudrait sans doute multiplier ces chiffres par quatre, puisque les Haïtiens sont quatre fois plus nombreux que les habitants de Port-au-Prince : 32 000 assassinats et 140 000 viols ! J’en connais qui ont de la chance s’ils dorment sans faire de cauchemars.

Mais revenons en France et aux gens civilisés : qui est donc l’invité du putschiste pour cette mémorable journée Sciences Po ?

Stéphane Pocrain ! Que le collègue de Benguigui chez Ruquier, que l’ex-porte parole des Verts (avec lesquels il aurait été en procès pour de sordides histoires de gros sous) fasse des scandales bord des avions d’Air-France pour être surclassé en First et éviter ainsi de voyager avec ses compatriotes antillais de base (que voulez-vous, le bruit et les odeurs…) cela ne m’étonne guère.

Mais que le HCI nous le présente comme une figure de l’intégration en politique, l j’émets un léger bémol. Stéphane Pocrain est l’un des fondateurs du Cran (conseil représentatif des associations noires), le « machin » imaginé pour faire pièce Dieudonné. À ce titre, il développe une idéologie ouvertement raciale. La preuve : N’est-ce pas le même Stéphane Pocrain qui assistait, le 5 juillet 2005, au théâtre de la Main d’or, aux côtés du « fara » Kémi Seba, une réunion de la tribu Ka explicitement « interdite aux blancs, aux juifs, aux arabes et aux asiatiques » ?

__Paris, théâtre de la Main d'Or, 5 juillet 2006, lors d'une réunion de la tribu Ka "interdite au blancs, aux juifs, aux arabes et aux asiatiques", les propos de Stéphane Pocrain semblent captiver l'organisateur Kémi Seba ( droite).__

Peu m’importe ce que Pocrain y a dit. Les faits sont l . Il y était et cela me suffit. Au nom de la race, il s’y sentait sa place. Cette présence honteuse dans une réunion honteuse démontre assez, s’il en était besoin, que le Cran n’est que la version « soft » de la tribu Ka. Elle suffit rendre tout aussi honteuse l’initiative du HCI Sciences po. On voudrait démontrer qu’il existe en France une communauté noire raciste qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Dans quel but ? Donner du grain moudre aux Finkielkraut et autres prêcheurs de haine pétré-grenouillesque ?

J'ose croire que ce n’est pas en faisant la promotion du macoutisme et du racisme que l’on favorisera l’intégration en France.

(*) Peu importe qu’ils me haïssent, du moment qu’ils me craignent.

jeudi 16 novembre 2006

Georges Frêche a trahi la République

Mardi 14 novembre 2006, M. Georges Frêche, président socialiste de la région Languedoc Roussillon, au cours d‘un conseil d’agglomération qu’il présidait Montpellier, a sacrifié, d’une certaine manière, la mode des statistiques « ethno raciales » que certains irresponsables (tels que le Cran) appellent de leurs voeux. M. Frêche a en effet regretté qu’il y ait « 9 blacks sur 11 » dans l’équipe de France de football. Ces propos ouvertement racistes, rendus publics par le quotidien Le Midi Libre jeudi 16 novembre, ont bien été confirmés. M. Frêche a même insisté : "J'ai honte pour ce pays, a-t-il ajouté. Bientôt, il y aura onze blacks. Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine".

Le 11 février précédent, le même Georges Frêche avait traité des harkis de « sous-hommes » au motif qu’ils avaient participé une manifestation de l’UMP.

Il ne fait aucun doute que ces déclarations- qui ne sont pas dignes d’un élu de la République - s’inscrivent dans la lignée de M. Alain Finkielkraut qui s’épanchait, un an plus tôt (le 17 novembre 2005) dans le quotidien israélien Haaretz. « On nous dit, déplorait-il, que l'équipe de France est admirée parce qu'elle est black-blanc-beur. ... En fait, aujourd'hui, elle est black-black-black, et on se moque de nous dans toute l'Europe. »

Tout cela est dans la continuité de ce que l’on pouvait lire et entendre du temps de la collaboration. MM. Finkielkraut et Frêche sont les émules de Georges Montandon, de Gustave Le Bon et de Lucien Rebatet. Le 18 novembre 1946, Rebatet fut jugé et condamné mort (avant d’être grâcié). Soixante ans plus tard, par question pour les intellectuels français de condamner M. Finkielkraut. Pas question non plus de sanctions administratives. M. Finkielkraut a gardé sa chaire l’École Polytechnique et sa tribune sur France Culture. Il peut propager tranquillement sa haine avec l’aide des institutions de la République et grâce la redevance que paient aussi des ultramarins qui ne sont pas jugés assez évolués pour que France Culture soit diffusée dans leurs départements qui sont pourtant français. Cette impunité est encourageante et, donc, fait des émules. C’est présent M. Frêche qui se déchaîne. Aucune réaction n’est venue du parti socialiste pour dénoncer ses propos sur les harkis. Quelle sera la prochaine étape ?

Cette officialisation du racisme dans les milieux intellectuels n’est plus acceptable. Elle n’est plus acceptable non plus dans les partis politiques. L’impunité mène l’escalade.

Le racisme dans le sport est un fléau contre lequel les Français doivent se mobiliser. C’est tout particulièrement aux élus et aux professeurs qu’il appartient d’être vigilants. Quand ils se servent de leur position pour propager le racisme, c’est une trahison. Oui, les déclarations de Georges Frêche, comme celle d’Alain Finkielkraut, au-del de leur ignominie, sont une véritable trahison de la République. Elles sont de nature allumer, non seulement dans les tribunes de nos stades, non seulement dans nos banlieues, mais jusque dans les cours de nos écoles, une guerre de couleurs sans précédent. La guerre de couleurs est la pire des guerres civiles. Sans même attendre la proclamation de la République, la distinction de couleur a été officiellement proscrite sur le territoire français par la loi du 16 octobre 1791. C’est l’un des principes les plus sacrés du peuple français. Non seulement M. Frêche s’est déshonoré en proférant ces mots ignobles qui violent ce principe fondamental, mais ce déshonneur rejaillit sur son parti. Si, en effet, le PS ne condamnait pas immédiatement des propos aussi abjects et ne sanctionnait pas d’une manière exemplaire celui qui a osé les tenir, alors il serait clair qu’il les approuve implicitement et ce serait aux électeurs d’en tirer les conséquences le moment venu.

C’est pourquoi j’appelle le parti socialiste exclure M. Georges Frêche et lui demander de démissionner immédiatement de toutes ses fonctions électives.

C’est pourquoi j’appelle tous les joueurs de l’équipe de France - quelle que soit leur couleur - refuser de participer aucun match tant que M. Frêche n’aura pas été exclu de son parti et qu’il n’aura pas démissionné de toutes ses fonctions. Cela ne préjugera en rien des poursuites judiciaires auquel il ne saurait échapper, de même que M. Finkielkraut

samedi 25 novembre 2006

La négritude, de la littérature

Il y a tout juste un an, ceux qui s’inquiétaient des légitimes revendications des hommes et des femmes d’outre mer descendants d’esclaves ont eu l’idée de créer de toutes pièces une communauté noire. Mais cette communauté n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais en France. Rien voir avec le modèle anglo-saxon et en particulier avec le modèle américain. L -bas, il y eu l’apartheid. Tandis que le ciment de notre République, c’est le rejet de toute distinction de couleur. En France, des noirs et des blancs, il n’y en a que dans le regard des racistes. Ceux qui acceptent ce regard-l , ceux qui acceptent de s’y reconnaître en s’autoproclamant noirs font le jeu des racistes et, forcément, deviennent eux-mêmes des racistes acharnés. La négritude, c’est de la littérature. On n’est pas noir, on n’est pas blanc. On est guadeloupéen, martiniquais, guyanais, réunionnais, mahorais, togolais, fang ou bambara. On n’est pas noir, on est pas blanc. On est de Bouillante, de Fort de France, de Paris, de Garges ou de Sarcelles. On n’est pas noir, on n’est pas blanc, on n’est pas métis ni mulâtre non plus. On est français ou on aspire le devenir. On n’appartient pas une race. La race, c’est pour les animaux, pour les racistes (qui eux aussi sont des bêtes), pas pour les êtres humains. Pourtant, aujourd’hui en France, il y a des gens qui pensent qu’en inventant - au nom de la race - une communauté noire, on pourra manipuler les opprimés et, au besoin, les accuser ensuite d’être communautaristes. Cette communauté fantôme, il leur faut d’abord la faire exister en chiffres. C’est très facile de truquer les statistiques en décidant que noir c’est noir, que ça veut dire quelque chose. Il a suffi de deux fonctionnaires communautaristes de l’Ined pour que la question des statistiques « ethniques » soit agitée en permanence par d’autres racistes. Et des racistes, on en trouve partout. Même chez les journalistes. Au lieu d’informer, certains d’entre eux préfèrent appliquer servilement le plan de communication qu’on leur a fourni et qui n’est évidemment qu’une procédure de désinformation. Statistiques ethniques pour combattre la discrimination ? Discrimination positive ? La discrimination c’est toujours négatif. Celles et ceux qui l’ont connue, la discrimination, celles et ceux qui la connaissent au quotidien ne le savent que trop. Mis part les statistiques ethniques, le meilleur moyen de faire apparaître des noirs en France, c’était de leur désigner un chef coutumier sous le prétexte d’une association dont le dirigeant parlerait en leur nom. Peu importe que l’association n’existe que sur le papier. L’essentiel était de trouver un prétendu noir qui parle au nom des prétendus noirs et qui confisque la parole aux Antillais, aux Africains qui ont quelque chose dire. C’est comme cela qu’on a recruté Patrick Lozès et imaginé le Cran. Les principales qualités de M. Lozès sont sa couleur de peau et sa docilité. Comme il est interchangeable, c’est un homme soumis ses commanditaires. Que dit M. Lozès ? Rien. Il dit seulement « nous les noirs !». Son rôle n’est pas d’aider les gens dont il parle et qui n’ont souvent rien d’autre en commun que d’être français (quand ils le sont), c’est de dire qu’il y a des noirs et d’entretenir le racisme. Que fait M. Lozès ? Rien. Il boit du champagne, il passe la télé, il se pavane en tant que noir. Et on l’exhibe comme une bête curieuse dans le zoo cathodique. Peu importe ce qu’il dit : c’est un noir. D’ailleurs, plus il lâchera de bêtises, mieux ce sera. L’important, c’est qu’au fond des provinces, les Français les plus arriérés puissent dire : « Regardez tous ces noirs, avec leur accent africain qui veulent brûler nos voitures et nos dictionnaires et faire la loi chez nous ! » Au fond de leurs provinces, les Français ont peur de Patrick Lozès le croquemitaine noir. Le résultat, c’est Georges Frêche qui, soit dit en passant, n’est toujours pas sanctionné par son parti. Et c’est toujours l’Antillais qui paiera les pots cassés. Tout simplement parce qu’il y a deux millions et demi d’Antillais, de Guyanais de Réunionnais et de Mahorais, descendants d’esclaves, pour seulement 250 000 Africains français qui eux, descendent de ceux qui ont échappé l’esclavage. Les hommes et les femmes d’outre mer devraient donc être dix fois plus représentés. Et c’est tout le contraire qui se passe. En fait, il serait inexact de dire que depuis un an le Cran n’a rien fait. Il a quand même réussi faire naître des rivalités artificielles entre Antillais et africains. Il a quand même réussi faire monter de deux ou trois points le vote extrémiste. Toujours est-il que parfois, l’Antillais baisse la tête. Il convient qu’il est noir pour qu’on lui fiche la paix. Il croyait être français depuis sept ou huit générations. Bien avant le Niçois ou le Savoyard. Très bien, il n’est qu’un noir. Donc antifrançais. Alors il fait semblant d’être immigré pour être discriminé positivement. Parce que s’il n’est pas immigré, quand on cherche un noir pour occuper un emploi intéressant, il sait que ce n’est jamais lui qu’on fera appel. Au fond, il n’est pas assez noir. Ce n’est pas non plus l’Africain discriminé qu’on s’adressera. On s’adressera aux vrais noirs, ceux qui sont prêts tout pour parvenir. Aux Patrick Lozès, aux Pap Ndiaye, aux Sopo et consorts. Que représente le Cran de Patrick Lozès ? Les Noirs ? Pas du tout. Le noir n’est qu’une invention des colons et des négriers. M. Lozès représente-t-il les deux millions et demi de descendants d’esclaves français ? Il est permis d’en douter. M. Lozès représente-t-il les Africains au motif qu’il rassemblerait une ou deux dizaines d’associations subsaharienne ? Difficile de le croire. Comme si, en plus, les Africains de France avaient attendu Patrick Lozès pour se faire entendre. Comme si ce combat qu’il prétend mener n’avait commencé que l’année dernière. Alors que représente Patrick Lozès ? Il représente Patrick Lozès et ceux qui se cachent derrière lui puisqu’il n’est que le masque noir des marionnettistes qui le font danser. Et pourquoi ? Parce que ces marionnettistes-l ont peur que nous soyons fiers de nos ancêtres esclaves. Parce qu’ils ont peur que nous disions que nos ancêtres, eux aussi, ont subi un crime et que tant que les hommes et les femmes d’outre mer – leurs descendants- subiront des discriminations particulières, le crime ne sera pas réparé et continuera faire des ravages. Alors que faire si l’on ne veut plus voir des imposteurs parler en notre nom ? Tout simplement jouer le jeu républicain. Il y a en Métropole un million d’ultramarins. La moitié d’entre eux ne votent pas ou ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Inscrivons-nous, inscrivez-vous. On a jusqu’au 31 décembre pour le faire. C’est la première étape de notre libération. Après on verra bien qui jouera les gros bras.

samedi 2 décembre 2006

Napoléon n'a plus la cote

Deux décembre 1805 : Austerlitz. Deux décembre 2004 : commémoration du sacre et dérapage de Max Gallo qui déclare que le rétablissement de l’esclavage n’est pas vraiment un crime contre l’humanité. Deux décembre 2005 : scandale propos de la non-commémoration du bicentenaire d’Austerlitz sous prétexte de mon livre paru la veille : Le Crime de Napoléon. Et le 2 décembre 2006 ? Bonaparte est toujours aux Invalides. Claude-Ambroise Régnier, le signataire de la circulaire raciste du 8 janvier 1803 interdisant les mariages « mixtes » est toujours au Panthéon. Et la statue du général Dumas - interdit de bicentenaire en représailles de mon livre - n’a toujours pas été remise sa place Paris. Il me semble pourtant que Napoléon fait moins recette. Le chat botté, le dernier roman de Patrick Rambaud qui raconte la jeunesse de l’empereur est un bide. Idem pour Napoléon et moi le film de Paolo Vizi avec Daniel Auteuil et Monica Bellucci sorti le 18 octobre grand renfort de publicité. Napoléon n’ayant plus la cote, je me demandais quoi faire ce deux décembre 2006 : et voici que François Bayrou a choisi cette date pour annoncer sa candidature la présidentielle !

samedi 16 décembre 2006

Grande mobilisation du Cran devant France Télévisions : 14 participants selon les organisateurs, 10 selon la police !

La légitime protestation des Français contre les propos de Pascal Sevran n’a, pour l’instant, pas abouti son éviction de France Télévisions qui s’est contenté d’un sévère avertissement et – ce qui n’est pas sans intérêt – d’une modification des contrats des animateurs qui devront désormais s’abstenir de déclarations contraires l’éthique de la chaîne, même en dehors de l’antenne. Pascal Sevran est, par ailleurs, poursuivi par le Collectif Dom et risque bien d’être contraint de laisser aux Africains victimes de la famine ses royalties de France 2. Bien sûr, la position de France Télévisions peut être critiquée dans la mesure où Servan continue, pour l’instant, d’animer une émission dont on peut cependant être sûr qu’elle sera boycottée par les téléspectateurs et qu’elle disparaîtra bientôt. Mais faut-il pour autant aller gesticuler et se ridiculiser devant le siège de la télévision publique ? Ce n’est pas mon avis. Une poignée d'excités a voulu s’emparer de l’affaire dans l’espoir d’un peu de réclame en donnant le coup de pied de l’âne un « blanc » déj terrassé par une réprobation unanime. Ils ont annoncé le dépôt d’une plainte, vingt quatre heures après celle du Collectifdom, sans qu’on sache si cette plainte sera vraiment déposée ni par qui. Ils ont tenté une grotesque conférence de presse avec Dominique Sopo, dont on connaît la haine et le mépris pour les Ultramarins. Ensuite, ils s’en sont pris aux Antillais candidats aux élections en essayant de leur faire retirer leurs investitures, ce qui est une façon particulière de défendre la cause des "noirs". L’apothéose est intervenue vendredi 15 décembre. Patrick Lozès a appelé le quarteron qu’il commande un grand rassemblement devant France Télévisions. Bilan : 14 manifestants selon les organisateurs et 10 agités selon la police. Nous attendons avec impatience de voir qui, après une pareille démonstration de force, osera désormais soutenir un mouvement nul de plein droit puisqu’il s’appuie sur un principe odieux et illicite, celui de la discrimination en fonction de la couleur de peau.

vendredi 22 décembre 2006

La "question noire" vole en éclats

L’année 2006, qui a commencé par la suppression de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 et la décision très contestée de fixer au 10 mai la commémoration de l’abolition de l’esclavage, s’achève sur deux délits impunis : les déclarations du raciste Georges Frêche que le parti socialiste n’a toujours pas exclu et celles de l’eugéniste Pascal Sevran qui, pour le moment, présente toujours sa grotesque émission sur France 2 avec le soutien de Sos Racisme et du Cran. Rappelons que Pascal Sevran avait déj tenu des propos ignobles sur l’antenne du service public le 8 janvier 2006 en faisant l’éloge du tourisme sexuel qui, selon lui, serait une bonne chose pour les pays pauvres. Ce feu d’artifice négrophobe qui marque le début de l’hiver voudrait-il dire que le racisme et en particulier le racisme anti-noir monte ne flèche ? Apparemment non. Rien ne laisse pour le moment supposer que les Français de cette fin de 2006 seraient plus racistes qu’il y a un an. Et il semblerait qu’ils fassent très nettement la différence entre les Antillais qui sont considérés en Métropole comme des Français part entière et les « noirs » qui, dans l’esprit du Métropolitain moyen renvoient l’immigration africaine, sujette réticences. La question noire, que certains irresponsables, pour des raisons politiques, ont voulu créer de toutes pièces en France, va donc voler en éclat dans les prochaines semaines, lorsque certains sondages seront publiés. Faut-il se désolidariser pour autant des Français d’origine africaine et des Africains qui subissent en France des discriminations sans commune mesure avec celles visant les Antillais ? Certainement pas. Mais il convient plus que jamais de dénoncer avec la plus grande fermeté les amalgames qui voudraient, sous le prétexte absurde de la couleur de peau, faire endosser aux Antillais des problèmes que, certes, ils doivent combattre au nom de l’antiracisme, mais qui ne sont absolument pas les leurs.

vendredi 12 janvier 2007

Affaire Sevran : l'incident n'est pas clos.

Je tiens manifester mon indignation face l’attitude d’un homme qui persiste et signe en mobilisant de bien curieux amis (parmi lesquels on est surpris de ne pas voir figurer Alain Finkielkraut et Georges Frêche).

Pour banaliser les propos tenus dans l’interview donnée Var Matin le mois dernier, Sevran voudrait faire croire, dans un article publié par Libération le 11 janvier, qu’il s’agirait d’un «incident clos». Il se fonde sur un accord conclu avec SOS Racisme qui valide, de fait, les propos tenus par l’animateur en lui proposant de se rendre en Afrique, ce qui est une véritable provocation puisque des pays africains, eux aussi, ont déposé plainte. Non seulement Pascal Sevran n’a pas cherché contacter le CollectifDom, seul plaignant français dans cette affaire, et n’a donc jamais présenté la moindre excuse, mais il n’a jamais renié ses propos.

Comme témoin de moralité, Sevran convoque Roger Hanin. C’est plutôt malvenu. Le 16 février 2006, Roger Hanin déclarait au micro d’Europe 1, dans l’émission de Jean-Marc Morandini « Y'a pas assez de noirs ? Assez ! Arrêtez de pleurnicher ! … Quand je regarde la télé, je ne vois que des chanteurs noirs ! » Morandini lui faisant remarquer qu’ « Il y a un problème tout de même pour l'accès des minorités visibles la télé », Hanin répondait : « Mais c'est n'importe quoi : Pourquoi pas aussi les bègues, les homos ou les nains ! »

Pour le moment, Pascal Sevran n’a pas été exclu de France Télévisions au motif que l’incident n’est pas survenu sur l’antenne du service public. C’est oublier qu’il s’agit d’une récidive. C’est bien sur l’antenne du service public (au cours d’une émission de Marc-Olivier Fogiel) que Sevran faisait déj la promotion du tourisme sexuel en disant que c’était une bonne chose pour les pays pauvres. « Sinon qu’irions-nous faire dans ces pays infestés de moustiques » ironisait-il en direct le 8 janvier 2006.

RFO a pris ses responsabilités en supprimant de ses programmes l’émission de l’animateur qui s’affirme publiquement raciste et défend le tourisme sexuel et l’eugénisme. L’association des amis de Marcel Jouhandeau, présidée par le neveu de l’écrivain, a décidé d’exclure Pascal Sevran de ses membres. La récidive de l’animateur raciste nous amène demander une nouvelle fois Patrick de Carolis de supprimer l’émission de Pascal Sevran et Jacques Chirac de lui faire retirer sa Légion d’honneur. L’incident n’est pas clos. Il ne fait au contraire que s’envenimer.

vendredi 2 février 2007

Recensement ethno-racial : Ku-Klux Kran ? Non, Napoléon, 1807 !

Tous les racistes de France se sont bien évidemment extasiés de la bonne idée qu’a eu le prétendu conseil représentatif des « noirs », qui ne représente en fait que soixante privilégiés d’origine africaine, de procéder un comptage racial, en violant en toute impunité la loi Informatique et Libertés. De nombreux journaux ont crié l’innovation. Mais ce n’en est pas une. C’est Napoléon qui, en 1807, a procédé pour la première fois une computation raciste d’une France engagée dans la voie de l’apartheid avec l’idée de l’épurer de sa « population noire ». Même les préfets dociles chargés de cette sale besogne avaient traîné des pieds. Aujourd’hui, tout le monde sait, sans avoir besoin de sondage, qu’il y a en France deux millions et demi d’Ultramarins et 500 000 immigrés subsahariens dont la moitié environ sont des citoyens français. Une poignée d’entre eux, encourages et financés par des mains (presque) invisibles, a décidé de prendre le contrôle d’une supposée « population noire » et de mettre les Antillo-Guyanais sous leur botte. L’idée est de faire du pays des droits de l’Homme une juxtaposition de ghettos. Ceux qui encouragent cette manœuvre contraire tous les principes républicains ignorent ou méprisent la réalité de l’Outre-mer. La population de toutes origines et de toutes couleurs y cohabite sans qu’il soit nécessaire de recenser les minorités qui pourraient s’estimées discriminées : les « blancs » les « juifs » ou les « Libanais » C’est de ce modèle que les statisticiens fous devraient s’inspirer au lieu de chercher déclencher la guerre civile en France.

vendredi 23 février 2007

Mise au point

Comme on doit le savoir, je suis opposé la France de l’apartheid et des ghettos et je rejette tout classement des citoyens en fonction de leur couleur. En cela, je crois être dans le droit fil de la tradition républicaine. Cette attitude m’amène bien évidemment combattre les néo-racistes qui – sous prétexte de lutter conte les discriminations – poussent dans les médias quelques nervis n’ayant d’autre mérite que d’exhiber leur épiderme et d’autre discours que de se déclarer comme leurs maîtres les voient, c’est dire « noirs ». Force est de constater que ces mercenaires sont généralement des Afro-Français, fils de ministres ou d’ambassadeurs de pays « amis ». Ce sont ces imposteurs-l que j’épingle. Ceux qui - pour plaire leurs commanditaires - tentent de confisquer la parole aux Français originaires d’Afrique subsaharienne et aux Ultramarins. Ceux qui se plaignent d’un esclavage que leurs ancêtres n’ont jamais subi, mais dont ils on parfois bien profité. Ceux qui fustigent une colonisation qui a fait la fortune de leurs aïeux. Ceux qui - fiers de leur prétendue race - n’ont que mépris pour les descendants d’esclaves métissés des Antilles, de la Guyane ou de La Réunion. Le noirisme défendu par ces jeunes gens prêts tout est l’exact prolongement de la Françafrique, le système dont ils sont les rejetons caricaturaux. Mes prises de positions apparaissent certains non seulement comme paradoxales, mais "anti-africaines". On me reproche même de faire parfois état de l’origine de ces imposteurs, au lieu de me contenter de dire que ce sont des «noirs ». Comme s’il était normal de désigner un Français par sa couleur de peau, mais condamnable de citer les origines de ceux qui bénéficient de deux passeports, ce qui n’est pas mon cas. Naturellement, ces critiques viennent généralement d’Afro-Français ayant le même profil que les charlatans que je dénonce.

mercredi 21 mars 2007

Le sondage de la CNCDH démontre que la "question noire" n'est qu'une escroquerie.

Comme chaque année, c’est le 21 mars, journée internationale de lutte contre le racisme, que la CNCDH publie son rapport annuel accompagné d’un sondage sur le racisme. Le sondage présenté aujourd’hui au Premier ministre et réalisé par l’institut CSA du 6 au 9 novembre 2006 sur un échantillon de 1026 personnes est une véritable bombe en ce qu’il révèle que la « question noire » agitée depuis quelques mois par certaines associations n’est qu’une escroquerie de plus.

Membre de la commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) qui a fait réaliser ce sondage, j’ai été amené participer aux travaux de la commission chargée de piloter l’enquête et j’ai obtenu (de haute lutte) que l’institut CSA distingue dans la question posée propos des «noirs», d’une part les Antillais, de l’autre les Africains. Le résultat est particulièrement édifiant.

La question posée était la suivante : « Pour chacune des catégories suivantes, dites-moi si elle constitue un groupe part dans la société »

Voici les réponses : Les musulmans 57 %, les maghrébins 49 %, les Asiatiques 37 %, les juifs 32 %, les Africains 29 %, les homosexuels 26 %, les noirs 23 %, les Antillais 14 %, les catholiques 8 %.

Le plus important n’est pas tant que la discrimination visant les « noirs » est en baisse de 6 % par rapport l’année précédente (29 %), ce qui contredit déj la thèse d’une discrimination croissante envers lesdits « noirs ». C’est que la notion même de « noirs » est mise en cause dès que l’on distingue les Antillais des Africains.

La discrimination visant les Africains reste relativement élevée (29 %), tandis que la discrimination visant les Antillais, les catholiques mis part, est la plus basse (14 %). Du simple au double ! Etrange pour un groupe qui serait vu comme homogène. En réalité, lorsqu’on parle de « noirs », les Français comprennent « Africains immigrés » en excluant les Ultramarins qui représentent pourtant les quatre cinquièmes des Français censés être justement vus comme « noirs ».

On savait que les Antillais rejettent tout amalgame avec les Africains qui serait fondé surla couleur. On sait présent que, même dans le regard discriminant, les Français font la différence. On ne peut donc fonder l’unité d’une « population noire » ni sur le regard que les intéressés portent sur eux-mêmes ni sur le regard malveillant -que d’autres portent sur eux.

Des associations (réunissant en fait deux personnes) ont prôné le «noirisme» et poussé l’escroquerie d’une question noire au point de faire réaliser un sondage pour prouver l’existence de cette population. En réalité ce sondage présupposait ce qu’il était censé démontrer en posant comme postulat que la notion de «population noire » allait de soi.

Cette démarche avait pour but de diviser les légitimes revendications communes aux Antillais et aux Afro-Africains fondées non pas sur la couleur de la peau, mais sur l’occultation de la mémoire des crimes spécifiques commis contre les uns et les autres : l’esclavage contre les Antillais, la traite puis la colonisation contre les Africains.

Elle avait pour but d’introduire artificiellement une distinction de couleur pour diviser les Français discriminés du fait de leur origine étrangère et dresser les Subsahariens contre les Maghrébins. On sait bien, quand on connaît la réalité des banlieues, qu’il existe une forte solidarité de quartier qui transcende les distinctions de couleur.

Elle avait pour but de masquer les vrais problèmes des Afro-Français, deux fois plus discriminés que les Antillais, non pas cause de leur couleur mais pour des raisons qui frappent les autres immigrés. Des raisons liées l’origine étrangère, la culture, aux conditions économiques et sociales et surtout la religion.

On comprend, dans ces conditions que ceux qui défendent le « noirisme » en France aient vu d’un mauvais œil mon entrée la CNCDH. Depuis le 11 novembre 2005, date de ma nomination, au moins deux lettres de dénonciation ont été adressées au Premier ministre pour demander mon exclusion. L’une émanait de Patrick Gaubert, président de la Licra et membre ès qualités de la CNCDH, l’autre de Dominique Sopo, président de SOS Racisme proche de la Licra comme on sait, également membre ès qualités de la CNCDH. Ces lettres haineuses me reprochaient d’avoir comparé Napoléon Hitler et d’avoir dit que la politique qui consiste mettre des présentateurs d’origine africaine pour présenter le JT dans les rédactions ultramarines de RFO au seul motif que ce sont des « noirs » est une honte et une insulte pour l’Outremer. Je persiste et signe. Les lettres de MM. Gaubert et Sopo qui, fort judicieusement, avaient été adressées au cabinet (du Premier ministre) y sont restées. Jamais, en un an de travail la CNCDH, je n’ai vu siéger M. Gaubert ni M. Sopo. Il est vrai que le mandat de membre de la CNCDH n’est pas rémunéré.

On attend avec impatience de voir comment, au vu de ce sondage, le lobby des statistiques « ethno-raciales » va s’y prendre pour nous vendre les ghettos et l’apartheid et comment on osera encore parler de « question noire » en France.

jeudi 22 mars 2007

Un nouveau tabou

Pas beaucoup de réactions des médias naguère si empressés de saluer le comptage "racial" de la population française la publication du sondage de la Commission des droits de l’homme qui démontre que la "question noire" n’est qu’une foutaise et une manipulation destinée parquer une "population noire" dans des ghettos et faire battre entre eux les jeunes des banlieues selon le critère de la couleur de leur peau. Je rappelle que ce sondage effectué par l’institut CSA en novembre 2006 et publié le 21 mars 2007 nous apprend que le racisme visant les « noirs » est en baisse. Il nous apprend surtout que si lesdits « noirs » forment un groupe part dans l’esprit de 23 % des Français, ce sont surtout les Africains qui sont visés pour 29 %. Deux fois plus visés que les Antillais en qui seulement 14 % des Français voient un groupe part dans notre société. Deux fois plus discriminés, donc, les Africains. Dans ces conditions, dans l’esprit même des racistes, il n’y a pas de « population noire » en France, mais deux groupes absolument distincts. Alors pourquoi les médias se taisent-ils au lieu de nous révéler ce scoop ? Comment expliquer ce silence sur une question pourtant fondamentale ? Il n’était pas de jour jusqu’ici que certains grands quotidiens ne publient un article expliquant les mérites du comptage ethnique ou accréditant la thèse racialiste de la « question noire ».Tout se passe comme si l’échec de cette thèse racialiste qui arrangeait la pensée unique faisait partie de ces choses que l’on doit taire. Comme si le racisme était un fonds de commerce que d’aucuns ont intérêt faire prospérer. Comme si le meilleur des mondes était un monde où les gens se battent selon leur couleur de peau.

jeudi 9 août 2007

Lettre à mon ami Kenneth Foster

Tu devais souffler ta trente et unième bougie le 22 octobre prochain, Kenneth, avec ta pauvre petite fille qui ne t’aura connu que de l’autre côté des barreaux. Mais il est possible que tu ne la souffles pas car d’ici là le bourreau du Texas, sans état d’âme, t’aura injecté la mort dans la prison où tu croupis depuis l’âge de vingt ans. Qu’as-tu donc fait, Kenneth ? En août 1996, avec trois copains, vous cherchiez un endroit pour aller boire un verre. Tu les avais emmenés dans ta voiture. Il aura fallu que vous vous égariez. Mauriceo a vu Mary, une fille qu’il connaissait, et il est descendu de ta voiture pour lui parler. Seulement, Michael, le petit ami de Mary, était là . Un coup de feu a retenti. De la voiture, tu ne pouvais sans doute rien voir ni entendre. En tout cas rien comprendre. Mauriceo est revenu à la course sans expliquer ce qui s’était passé : il avait tué Michael. Alors, sans réfléchir, tu as appuyé sur l’accélérateur pour déguerpir. Au procès, Jullius, l’un de tes trois passagers, a négocié pour sauver sa peau en déclarant que lorsque Mauriceo est descendu, il était «prévisible» que c’était pour tuer Michael. Et toi, tu serais coupable de l’avoir laissé faire. C’est juste pour cela que le bourreau du Texas va te tuer, toi aussi. Si je ne fais rien, alors que ta mort est plus que «prévisible», ne serai-je pas coupable à mon tour ? Dans mon pays, la peine de mort, en principe abolie par la Convention en 1795, a été réinscrite en 1810 dans le dispositif répressif. Par un dictateur qui s’appelait Napoléon Bonaparte. Il n’aurait été ni ton ami ni le mien, Kenneth, si nous avions vécu en ce temps là . C’est Hamida Djandoubi qui, comme tant d’autres Maghrébins, fut le dernier à y passer, à l’aube du 10 septembre 1977, juste avant l'abolition. Mais chez toi, aux États-Unis, la peine de mort – suspendue pour inconstitutionnalité entre 1967 et 1977 – est toujours en vigueur. Et tu es au nombre des trois mille trois cent cinquante condamnés à mort - dont 660 en Californie et 397 en Floride - qui attendent leur exécution. Dans ton cas, la peine de mort est d’une injustice révoltante. D'une manière plus générale, une sentence aussi barbare est d’autant plus insupportable que, trop souvent, il s’agit d’une grossière erreur judiciaire fondée sur de vagues témoignages. Et puis la peine de mort est aussi le reflet du racisme fondamental qui sous-tend la société américaine. Le racisme, je n’ai pas besoin de t’expliquer ce que c’est. Quatre condamnés sur dix sont, comme toi, des Afro-Américains qui ne représentent pourtant que dix pour cent de la population. La proportion est plus élevée encore pour les exécutions effectives. Dans mon pays, il y a une secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, qui a publié un livre intitulé Noirs de France. Elle a le même âge que toi - trente ans - et, elle aussi, pourrait être ton amie. Si elle me lit, peut-être suggérera-t-elle au président de la République française de demander ta grâce. Je pense que Bush a le pouvoir de te sauver. Ne vient-il pas de gracier «Scooter», le directeur de cabinet de Dick Cheney, condamné pour obstruction à la justice, faux témoignage et parjure, à cause de la guerre en Irak ? En un sens, tu as peut être de la chance, Kenneth, parce que le président français est justement en vacances chez toi, là -bas. J’ai même lu dans les journaux qu’il doit déjeuner après-demain avec Bush. Sans doute parleront-ils d’autre chose que de toi. On dit pourtant que la France est le pays des droits de l’Homme. Malheureusement, Kenneth, je n’assisterai pas à ce déjeuner. Et je ne suis pas secrétaire d’État. Mais on ne sait jamais, il faut garder espoir.

jeudi 23 août 2007

Et si je présentais l'émission de Pascal Sevran ?

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la révolte des esclaves français de Saint-Domingue le 23 août 1791. C'est ce soulèvement qui a permis d'abolir l'esclavage dans toutes les colonies françaises trois ans plus tard. L'Unesco a fait de cette date une occasion officielle pour commémorer l'abolition de l'esclavage. Est-ce pour fêter cette belle journée que la direction des programmes de France 2 a décidé de ne pas renouveler le contrat de Pascal Sevran ? Elle a fort bien fait, en tout cas. Bien entendu, nulle mention n’a été faite, pour motiver cette décision, des propos odieux tenus par l’animateur qui accusait «la bite des noirs» d’être responsable de la famine en Afrique et appelait à «stériliser la moitié de la planète». La moitié sud, évidemment. Pas les pédophiles européens qui font du tourisme sexuel et abusent des enfants d’Afrique ou d'Haïti. J’avais dit le 12 janvier que l’incident n’était pas clos, comme l’espérait pourtant l’animateur dans un article publié la veille dans Libération. Il venait de passer un invraisemblable «accord» avec l’association SOS Racisme pour aller faire un «reportage» en Afrique en guise de pénitence. On n'est pas près d'oublier le nom de ceux qui ont soutenu publiquement Sevran : Bertrand Delanoë, Renaud, Roger Hanin et Jacques Lang entre autres (Sevran ne fut-il pas son conseiller à la Culture ?) . À travers la sage décision de France 2, je vois que le combat que j’ai mené depuis l’hiver dernier pour que Sevran soit mis à la porte de France 2 a enfin porté ses fruits et je m’en félicite. En guise d'indemnité de départ, il a été vaguement question de redonner une émission au bateleur négrophobe, mais pas forcément sur France 2. Je suggère France 3 pour récompenser Pascal Sevran d’avoir déclaré le 8 janvier 2006 dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel diffusée sur cette même antenne que le tourisme sexuel «était une bonne chose pour les pays pauvres». Il ajoutait, goguenard «sinon, qu’irions-nous fait dans ces pays infestés de moustiques ?» Des propos qui ne me semblent pas cadrer avec les actuelles intentions du chef de l’État de lutter contre la pédophilie. France 2 s’interrogeait hier sur l’opportunité de poursuivre l’émission de Sevran en changeant d’animateur. Eh bien, chers amis de France 2, je suis candidat. N’étant ni chanteur ni sportif ni «fils de», il est peu probable qu’on songe à me confier sur l’antenne du service public une émission historique ou culturelle. Alors pourquoi pas une émission sur la chansonnette ? En me chargeant une émission imbécile destinées aux idiots, on aurait la preuve tangible que je ne suis qu'un crétin, comme tous mes congénères bronzés, et que tout ce que je peux dire ou écrire par ailleurs n'a pas de sens. J’en profite au passage pour remercier France Télévision d’avoir repris l’idée que j’avais lancée le 12 décembre dernier lors du colloque sur la diversité (dont je fus, allez savoir pourquoi, le "grand témoin") de diffuser des documentaires ou des fictions en les faisant suivre de débats. C’est lors de ce colloque que Patrick de Carolis, exprimant son indignation suite au propos de Sevran, avait prévu de faire signer une nouvelle clause aux animateurs embauchés, qui prévoyait de rompre leur contrat pour des propos inacceptables, même tenus publiquement hors antenne. Voici deux ans qu'on nous promet de la diversité à France Télévisions. Soyons patients. On vient quand même d'embaucher Max Gallo. C'est déjà un signe.

mardi 28 août 2007

Lettre à Nicolas Sarkozy à propos de Kenneth Foster

Monsieur le Président de la République,

Permettez-moi d’attirer votre attention sur le sort d’un jeune homme qui va mourir après-demain d’une mort injuste, mais que vous pouvez encore sauver. Ce jeune homme s’appelle Kenneth Foster. Il n’a pas trente ans. Il doit être exécuté jeudi 30 août au Texas. Seule une grâce accordée par votre homologue, M. George Bush, président des États-Unis d’Amérique ou par le gouverneur du Texas, M. Rick Perry, peut arrêter le bourreau. Cette grâce, vous pouvez la demander. Il ne m’appartient pas de juger si vous devez le faire. Mais ce geste serait en tout cas légitime, venant d’un pays comme la France dont l’attachement aux droits de l’homme cimente l’identité et assure le rayonnement. Je me permets donc de solliciter votre intervention dans ce sens. J’espère que vous ne me soupçonnerez pas de communautarisme si j’ajoute que Kenneth Foster est un Afro-Américain et que cette affaire dégouline de racisme. La peine de mort aux États-Unis est, comme vous le savez, une peine sélective qui frappe particulièrement les minorités. C’est encore plus odieux. Kenneth Foster est condamné � mort non pas pour avoir commis un crime, mais parce qu’il serait coupable de meurtre «par association». Les faits remontent � 1996. Il conduisait simplement une voiture. L’un des passagers en est descendu. Un coup de feu a retenti. Le passager est revenu, affolé. Kenneth Foster a démarré en trombe. Un meurtre avait été commis. Kenneth Foster ne pouvait pas le savoir au moment des faits. Encore moins le prévoir. Le meurtrier, un Afro-Américain lui aussi, a été condamné � mort et exécuté. Mais pour le meurtre d’un « Caucasien », comme on dit la-bas, la justice du Texas réclame encore une tête, celle de Kenneth Foster. Je suis opposé � la peine de mort et fier d’être citoyen d’un pays qui partage cette réprobation au point de l’avoir solennellement inscrite dans sa constitution. Kenneth Foster n’était peut-être pas un ange au moment des faits. On l’accuse d’avoir détroussé des passants avant ce meurtre qu’il n’a pas commis. C’est possible. Mais après dix années passées dans un pénitencier américain, j’estime qu’il a assez payé, � supposer qu’il soit coupable de ce délit. Kenneth Foster n’est pas un de nos compatriotes. Mais j’ai lu sous la plume de M. Kouchner, notre ministre des Affaires étrangères, que nous avions un devoir d’ingérence lorsque les droits de l’Homme sont violés en n’importe quel endroit de la planète. L’exécution légale d’un innocent me paraît entrer dans ce cadre. Vous êtes d’ailleurs intervenu naguère pour sauver la vie de femmes qui n’étaient pas non plus nos compatriotes mais qui risquaient, tout comme Kenneth Foster, d’être légalement assassinées. J’ai lu dans la presse que vous aviez d’excellentes relations avec le président des États-Unis d’Amérique et que ce dernier vous estimait. Permettez-moi de vous rappeler, en cette année du bicentenaire de La Fayette, membre de la société des Amis des noirs, que notre histoire nous autorise parfaitement � solliciter la clémence de nos amis américains et � leur rappeler que la République française condamne le racisme, l’injustice et la peine de mort. Ces principes animaient nos compatriotes embarqués pour combattre aux côtés de Washington. Parmi ces Français, il y avait aussi des «gens de couleur», comme on disait � l’époque. J’ai consacré ma vie � rappeler ce genre de détails.

Monsieur le Président de la République, je lis encore dans la presse que vous êtes un père attentionné. En tant que père, j’éprouve moi-même une peine immense � l’idée que Nydesha, la fille du condamné, âgée de 11 ans, et qui n’a connu son père qu’en prison, puisse imaginer qu’il sera exécuté dans 48 heures et que ceux qui pouvaient faire quelque chose n’auront pas bougé. Je suis sûr que vous partagez ce sentiment. Rien que pour elle, votre démarche se justifierait. Curieusement, je suis � ce jour le seul intellectuel français a avoir élevé une protestation contre l’exécution annoncée de Kenneth Foster. Mais j'ai l'habitude de briser les murs de silence � coup de plume. Parfois, je suis remercié � coups de pierres, mais le mur est tombé. Mon cri d'indignation a été entendu par le petit comité français qui s’est spontanément formé et qui me fait aujourd’hui l’honneur d’être son porte-parole auprès de vous. Il a été aussi entendu au-del� de l’océan par des compatriotes journalistes, mais cela ne suffit pas.

Je supplie donc le Président de la République, mais aussi le Français, le père et l’homme, d’intervenir aujourd’hui même pour solliciter la grâce de Kenneth Foster ou, � titre subsidiaire, un sursis d’un an � son exécution.

Cette démarche, si vous acceptez de l’entreprendre, peut ne pas aboutir. Mais ce serait tout � votre honneur d’avoir fait ce geste. J’en éprouverais, soyez en sûr, comme beaucoup de mes compatriotes de toutes opinions, de toutes couleurs et de toutes origines, une immense fierté.

Vous pouvez rassembler tous les Français sur cette seule cause parce qu’elle est juste. Et le monde entier vous approuvera.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon profond respect.

vendredi 31 août 2007

Ma journée chez les diplomates

La grâce accordé Kenneth Foster est bien évidemment une grande avancée pour les droits de l’Homme et les partisans de l’abolition. Cela démontre également que la réprobation internationale et l’implication des gens de bonne volonté peuvent changer la face des choses. Je suis moi-même intervenu sur mon blog au début du mois d’août, un moment où la torpeur des vacances, même si l'été était humide, n’était guère propide une mobilisation de l’opinion. Je terminais une pièce de théâtre que j’écris sur Delgrès. Le désespoir et la lucidité de mon héros étaient comparables ceux de ce condamné. C’était l’époque où l’on parlait beaucoup des vacances de Nicolas Sarkozy et de sa prochaine rencontre avec le président Bush. Il me semblait que l'entretien pouvait être l’occasion d’attirer l’attention des États-Unis sur la position de la France l’égard de la peine de mort en général et sur le cas de Kenneth Foster en particulier. Ma logique était simple : on veut tuer Kenneth Foster parce qu’il est accusé de n’avoir pas empêché un meurtre en fait imprévisible. En ce sens, nous serions tous coupables si nous ne faisions rien pour empêcher le meurtre, légal et prévisible, de Kenneth Foster. J’en appelais aussi Rama Yade, chargée de la question des droits de l’Homme au quai d’Orsay. Ce texte a fort opportunément été repris et m’a permis de me rapprocher des quatre correspondantes françaises du comité de soutien que j’ai essayé d’aider du mieux que je pouvais. Bien sûr, Kenneth a été informé de ma démarche. L’heure de l’exécution approchait et les nouvelles n’étaient pas bonnes. La direction de la prison venait de découvrir le téléphone portable qui nous permettait de communiquer clandestinement avec le condamné. Ce téléphone lui avait été remis par un gardien opposé la peine de mort. Kenneth, résigné et sans grande illusion, avait déj chargé Fatou, l’une des correspondantes françaises que je soutenais, d’aller en Afrique disperser ses cendres au cas où les choses tourneraient mal. J’avais pris la résolution d’y aller aussi. C'est dire que nous étions désabusés. Ne sachant plus que faire, j’ai adressé mardi au président de la République une longue lettre ouverte qui reprenait mes arguments. Hier matin, informé du transfert de Kenneth Foster sur le lieu de l’exécution, j’ai en outre demandé Rama Yade ainsi qu’ Nicolas Sarkozy de me recevoir en urgence. À ma grande surprise, la directrice de cabinet de Rama Yade m’a appelé en me proposant une rencontre immédiate. Je me suis donc rendu au quai d’Orsay, où Rama Yade occupe des locaux mon avis un peu exigus, dans les anciens bâtiments des archives. J’étais accompagné de Kadia, une jeune correspondante de Kenneth. La dernière fois que j'étais allé au Quai, c'était en 2003 pour donner mon point de vue sur l'attitude de la France vis vis d'Haïti et j'avoue que ça ne s'était pas très bien passé. Mais c'était du temps du ministre-poète qui admirait tant Napoléon.

Cette fois, les diplomates que nous avons rencontrés étaient visiblement de bonne volonté, mais c’étaient quand même des diplomates. Et moi, je n’ai pas la réputation de l’être trop, surtout quand une vie humaine est en jeu. Nous avons appris, ce que des amis m’avaient déj fait savoir, que Rama Yade serait intervenue auprès du gouverneur du Texas. La date de cette intervention ne m’a pas été communiquée. Je ne peux donc dire si elle est antérieure ou postérieure la publication de mon blog. Cette démarche nous a été présentée comme une intervention officielle de la France. J’ai exprimé avec insistance le souhait que cette démarche, un peu trop discrète mon goût, soit rendue publique avant l’exécution, de sorte qu’elle puisse avoir un effet réel sur la décision du gouverneur, ce qui est toujours mieux qu'une indignation posthume. Il m'a été objecté que cela pouvait provoquer un effet contraire ce que nous souhaitions, mais cela ne m'a pas convaincu. J’ai également demandé un signe fort de la part de Rama Yade pour marquer sa désapprobation l’égard de la peine de mort. La publication d'un livre blanc sur les exécutions dans le monde, par exemple. On m'a dit que c'était inutile. J'ai répondu que je le ferais avec mes modestes moyens et qu'on allait bien voir. Nous sommes sortis du ministère un peu déçus et nous nous sommes bientôt retrouvés place de la Concorde où quelques policiers nous attendaient. J’avais pris des dispositions en cas de garde vue. On n'est jamais l'abri d'une bavure. Les pandores étaient plutôt débonnaires, mais c’étaient quand même des pandores. Pas question de s’approcher de l’ambassade. Nous les avons quand même prévenus que si Kenneth était exécuté dans la nuit, gardes mobiles ou pas, il n'était pas impossible qu'il y ait un peu de tapage nocturne. Vers 18 h 30, nous avons reçu un appel du Texas pour nous informer que le comité des grâces avait rendu un avis favorable Kenneth. Restait savoir si le gouverneur suivrait cet avis. C’est ce moment l que l’Élysée m’a appelé. On me proposait un rendez-vous avec un conseiller pour le lendemain, c’est- -dire aujourd’hui. La dernière fois que je suis allé l'Elysée, c'était en 2005 pour plaider la cause du général Dumas auprès de Blandine Kriegel qui, ce me semble, ne s'en souciait guère.

Au même moment, j’ai su que Rama Yade avait enfin communiqué sur cette affaire et adressé un ultimatum au gouverneur du Texas. La nouvelle de la grâce de Kenneth est tombée vers 19 heures. J’ai traversé pied la place de la Concorde pour rentrer chez moi, abandonnant leur joie les défenseurs de Kenneth. Je savais que, la bas, le condamné et sa fille étaient sereins. Vous allez sûrement me demander pourquoi j’ai fait tout ça. Simplement parce que cette histoire avait fini par m’empêcher de dormir. J'ai besoin de beaucoup de sommeil, sans quoi je deviens chagrin, voire colère. Malheureusement, même si Kenneth est sauvé, il est encore en prison et il faut le faire sortir. Et puis, il y a beaucoup de condamnés mort qui auront moins de chance que lui. En un mot, je vois beaucoup de nuits blanches en perspective. Donc beaucoup de lendemains où il ne faudra pas trop me contrarier.

jeudi 6 septembre 2007

Lu dans la presse : des bandes « ethniques » aux mollets de singe envahissent Paris !.

Une rue du XIIIe arrondissement de Paris porte depuis 1899 le nom d’Abel Hovelacque. Je m’étonne qu’aucun maire, fût-il témoin de moralité de Pascal Sevran, ne s’en soit jamais ému. Qui était Abel Hovelacque (1843-1896) ? Un élu parisien du XIIIe arrondissement, prédécesseur du député-maire PS actuel (Serge Blisko). Certes, mais encore? Un anthropologue et linguiste. Cela ne suffit pas. La vérité (pas bonne dire) c’est qu’Abel Hovelacque fut le fondateur officiel de la négrophobie française. Plus fort encore que Voltaire, Hovelacque. Je vous recommande sa Communication sur les races inférieures (1880, imprimerie nationale!) ou Les nègres de l'Afrique sous-équatoriale (1889). Quelques morceaux choisis: «le nègre a un mollet de singe» ou encore « certains nègres ne paraissent pas entièrement redressés». En lisant Abel Hovelacque, j’apprends ainsi que le pied du nègre, la différence de celui du blanc est destiné grimper aux arbres. Cher Abel Hovelacque, merci pour cette information. Il y a un acacia dans la cour de l'immeuble et des platanes qui bordent le boulevard adjacent. Tout l'heure, je tente l’aventure : promis juré ! Je laisse tomber le Vélib. En attendant, il semblerait qu’Hovelacque ait fait des émules parmi les journalistes français qui depuis hier ont décidé qu’il y avait des «bandes ethniques» descendues des baobabs de nos banlieues pour terroriser les Parisiens (et en particulier ceux de la rue Abel-Hovelacque).

Quiconque a pris le RER D a pu constater que les passagers n’y ressemblent guère aux clients du café de Flore. Peut-on dire que ce sont des passagers et des clients «ethniques» ? Depuis quarante cinq ans, des politiques vicieux ont relégué les Français originaires d’Outre-mer et d' Afrique dans des banlieues de misère, parfois avec la motivation cynique de s’y constrituer un réservoir électoral. Difficile, dans ces conditions d’y former des bandes qui ressemblent celles des beaux quartiers. De ces bandes-l , la presse dirait-elle qu’elles sont «ethniques» ? Je n’ai jamais lu de telles qualifications propos, par exemple, des supporters racistes du PSG. Et si, de ces foutriquets, le triceps sural (tel est le nom du muscle du mollet) n’est pas hypertrophié, on dira qu’ils ont des mollets de coq, pas de singe. Que se passe-t-il donc pour que des journalistes éprouvent le besoin compulsif de qualifier d’ «ethniques» des bandes de jeunes Français de banlieue ? Je rappelle que le mot «ethnie» a été inventé par Vacher de Lapouge, l’un des théoriciens du racisme français. Il est clair qu’il est utilisé par certains journalistes pour désigner ceux qui n’ont pas la même couleur de peau qu’eux et qui, donc, sont supposés différents, pour ne pas dire inférieurs. Donc, pour les racistes soucieux de ne pas se faire épingler, "ethnie" est aujourd'hui une manière polie de dire "race". Quant aux gros mollets, depuis la seconde moitié du dix-huitième siècle, dans les pays esclavagistes, il semble qu’on en ait fait un critère de beauté pour les messieurs, qui pensaient ainsi se démarquer des esclaves « ethniques » aux mollets simiesques. Bien entendu, comme les gros mollets ne sont pas forcément une affaire de couleur de peau, les mâles blancs de peau aux mollets de coq se glissaient des faux-mollets sous leurs bas pour faire plus joli et Alexandre Dumas, victime des préjugés de son époque, se croyait obligé de déclarer dans ses Mémoires que son père (le général Dumas, un officier des plus «ethniques») avait des mollets aussi gros que la taille de sa mère. En résumé : je conseille aux jeunes de banlieue qui veulent entrer dans Paris (et en particulier ceux qui souhaitent se promener tranquillement dans la rue Abel-Hovelacque) de bien se poudrer le visage et, s’ils sont de sexe masculin, de ne pas oublier de mettre des faux-mollets dans leurs chaussettes. De cette façon, ils ne seront pas repérés comme « ethniques » par les journalistes racistes qui patrouillent gare du Nord en quête d'incidents. Quant aux filles de toutes couleurs aux mollets atrophiés, je les rassure: le fait d’avoir de gros jambons qui dépassent de la jupe n’est pas encore reconnu comme un critère de beauté. En tout cas, si demain, vous apercevez une silhouette qui saute de platane en platane avec agilité, ne vous inquiétez pas : ce n’est que moi. Merci Abel Hovelacque !

mardi 25 septembre 2007

Lettre ouverte M.Nicolas Sarkozy propos du général Dumas et du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'Homme.

Monsieur le Président de la République,

J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur un compatriote injustement oublié par la République : le général Alexandre Dumas-Davy de La Pailleterie, né esclave Saint-Domingue (aujourd’hui république d’Haïti), héros de la Révolution, défenseur des droits de l’Homme, père de l’écrivain français le plus lu dans le monde. En un mot, un Français modèle, mais aussi un modèle d’intégration. Le futur général, engagé comme simple cavalier dans les dragons de la Reine sous le pseudonyme d’Alexandre Dumas, rencontra le 15 août 1789, dans la cour du château de Villers-Cotterêts, l’endroit même où François 1er, deux cent cinquante ans plus tôt, avait officialisé l’usage de la langue française, une jeune fille qui devint une épouse exemplaire, puis une veuve courageuse, attachée défendre la mémoire de son mari. C’est elle qui, sans moyens, éleva le second Alexandre Dumas. Ce nom fut en effet repris par le fils du général. Devenu écrivain, il transposa les exploits de son père dans des centaines de romans et en particulier dans les Trois Mousquetaires, où travers d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, transparaissent assez clairement les figures du général et de ses trois compagnons des dragons de la Reine : Carrière de Beaumont, Piston et Espagne. Que serait l’identité française sans les Trois Mousquetaires ? Que peut-elle être sans le général Dumas ? Il fut le premier Français d’origine afro-antillaise accéder en 1793 au grade de général dans l’armée dont vous êtes le chef, Monsieur le Président de la République, et qui se dit aujourd’hui soucieuse d’ouvrir davantage la carrière d’officier la diversité. N’avons-nous pas l un modèle idéal ? Le général Dumas s’illustra glorieusement pendant les guerres de la Révolution, créant les chasseurs alpins alors que le gouvernement l’avait placé la tête des quarante cinq mille hommes de l’Armée des Alpes, reprenant le Petit-Saint-Bernard et le Mont-Cenis aux Austro-Sardes, démissionnant avec honneur de son poste de général en chef de l’armée de l’Ouest pour ne pas devoir massacrer des civils vendéens, défendant seul le drapeau tricolore sur le pont de Brixen contre un régiment de cavalerie autrichien. L’ennemi l’avait surnommé le « diable noir ». Mais pour ses hommes, c’était un dieu. Pour son ami Bonaparte, c’était l’ « Horatius Coclès du Tyrol ». Dumas accompagna l’armée d’Égypte en 1798 avec le titre de commandant de la cavalerie d’Orient. Mais une brouille avec Napoléon et une longue captivité en Italie mirent un terme cette carrière particulièrement exemplaire. Dumas scella son sort en refusant d‘accompagner l’armée chargée de rétablir l’esclavage Saint-Domingue la fin de l’année 1801. Il fut rayé des cadres et mourut sans récompense au début de l’année 1806, miné par le chagrin que lui causait le fait de n’avoir pas eu l’honneur, comme ses trois compagnons devenus généraux, de participer la charge de cavalerie d’Austerlitz.

Voici ce que dit de lui l’écrivain Anatole France : « Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d'oeuvre auquel il n'y a rien comparer».

En 1838, l’écrivain Alexandre Dumas avait demandé qu’une statue de son père fût érigée Paris, un monument financé notamment grâce une souscription faite auprès de tous les « hommes de couleur » du monde entier. L’écrivain, qui se considérait comme Franco-Haïtien, souhaitait qu’une copie fût offerte en grande pompe la République d’Haïti. Il avait même prévu d’accompagner jusqu’ Port-au-Prince cette statue de son père sur un bateau de guerre que lui aurait fourni le gouvernement français. Son vœu fut partiellement exaucé au siècle suivant. À l’occasion du centenaire de la mort du général, une statue fut en effet érigée sur la place du Général-Catroux, pour figurer aux côtés de la statue du fils du général et de son petit-fils (l’auteur de La dame aux Camélias). La place, qui portait le nom de Malesherbes, fut rebaptisée place des Trois-Dumas. Mais cette statue étant la gloire d’un «sang-mêlé» l’occupant nazi, en 1942, jugea bon, dans sa logique raciste, de la faire disparaître.

En 2001, le président Chirac décida de transférer au Panthéon les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas, ce qui fut fait le 30 novembre de l’année suivante. J’avais profité de l’occasion pour rappeler, travers un livre, Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, l’importance du général et l’injustice faite sa mémoire. M. le Président Poncelet me fit ouvrir les portes du Sénat pour rendre un hommage officiel au père alors même que le fils entrait au Panthéon. Comme vous le savez, l’esclavage a été rétabli dans les colonies françaises le 20 mai 1802, le lendemain du jour où fut créé l’ordre de la Légion d’Honneur. Deux cents ans plus tard, alors que la République s’enorgueillissait du bicentenaire de la Légion d’Honneur (tout en passant naturellement sous silence le bicentenaire du rétablissement de l’esclavage) il me semblait légitime que le général Dumas – privé de récompense cause de ses origines et de sa couleur de peau - fût enfin honoré titre posthume en étant élevé la dignité de grand-croix de la Légion d’Honneur. Cela supposait seulement de changer quelques textes et cela ne coûtait rien. J’adressai une demande dans ce sens M. Jacques Chirac, votre prédécesseur. Ma démarche se solda par un refus. Parallèlement, j’alertai les élus parisiens sur la nécessité de remettre en place la statue abattue par les nazis, dont personne ne se souciait plus depuis soixante ans. Un vote unanime intervint dans ce sens en juin 2002 la demande de M. Philippe Seguin, actuel Premier président de la Cour des Comptes. M. Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, déclara cette occasion qu’il fallait « réparer une diversion de l’histoire ». Le conseil de Paris avait bien décidé de remettre la statue en place, mais aucun crédit n’avait été voté. Le célèbre sculpteur sénégalais Ousmane Sow, après avoir lu mon ouvrage, avait pourtant préparé un projet et suggéré un achat de son œuvre par la ville. J’organisai un déjeuner, le 6 juin 2004, pour que l’artiste rencontre madame Pau Langevin, conseillère du maire de Paris devenue député. Rien ne bougea. L’année suivante, je réussis convaincre Christophe Girard de faire voter les crédits nécessaires pour qu’une nouvelle statue soit érigée, le moule de la précédente étant détruit. La ville de Paris mit alors en place un concours et Ousmane Sow présenta naturellement son projet qui, fort curieusement, n’a toujours pas été retenu. En 2006, la République française aurait dû rendre un hommage exceptionnel au général Alexandre Dumas dont c’était le bicentenaire de la mort. Au lieu de cela, et malgré mes protestations indignées, relayées par une question écrite du sénateur Piras au ministre de la Culture, ce bicentenaire ne fut même pas mentionné au calendrier des commémorations nationales ! En 1906, pourtant, la République avait célébré le héros de Brixen. Heureusement, le département de la Savoie et les chasseurs alpins sauvèrent l’honneur de la France en organisant, ma demande, des manifestations au Petit-Saint-Bernard.

Je m’étonne, Monsieur le Président de la République, d’une telle amnésie l’heure où il me semble urgent de rassembler tous les Français autour de leurs figures emblématiques, sans distinction de couleur, d’origine ou de religion. Récemment, un de mes lecteurs de Montceau-les-Mines, ancien combattant AFN, m’a adressé un courrier touchant qui exprime, j’en suis sûr, l’opinion de la majorité de nos compatriotes. « Je viens de lire votre ouvrage et je suis bouleversé, m’écrit cet homme. Le sort réservé au général Dumas et le peu d’intérêt de la France la réhabilitation de sa mémoire me choquent profondément. J’ai lu sur la toile que vous aviez demandé au président Chirac que le général Dumas soit élevé titre posthume grand croix de la Légion d’Honneur, ce que j’approuve sans réserve… Je me permets de suggérer que cette initiative soit reconduite auprès de l’actuel Président de la République, Nicolas Sarkozy. La France en sortirait grandie. » Ce lecteur a parfaitement raison et sa lettre m’encourage vous écrire aujourd’hui.

Nous allons bientôt célébrer le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Les droits de l’Homme, une idée française. Le général Dumas, opposé la peine de mort, respectueux des civils et des prisonniers de guerre, et surnommé de ce fait par certains guillotineurs de 1793 « Monsieur de l’Humanité » en est l’une des plus glorieuses illustrations.

C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous demander, Monsieur le Président de la République, de contribuer rendre au général Dumas la place qui lui est due dans l’histoire de notre nation et dans la mémoire de nos compatriotes.

Je propose que, pour ouvrir solennellement l’année du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme, la statue abattue par les nazis soit solennellement remise sa place dès cet hiver Paris, place du général-Catroux, face au consulat d’Haïti, au cours d’une cérémonie laquelle serait associée la mairie de Paris et qui serait placée sous votre haut patronage. Devant les troupes assemblées – en particulier la Garde républicaine, dernier régiment de cavalerie de l’armée française et le 13e bataillon de Chasseurs alpins – en présence des enfants des écoles qui auraient congé ce jour-l , en présence aussi de tous ceux qui sont attachés la diversité et aux droits de l’Homme, le Président de la République, en dévoilant sa statue, élèverait titre posthume le général Alexandre Dumas la dignité de grand-croix de l’ordre national de la Légion d’Honneur. Conformément la volonté de l’écrivain Alexandre Dumas, fils du général, une copie de la statue érigée Paris serait offerte la République d’Haïti. Accomplissant la volonté de l’auteur des Trois Mousquetaires, vous pourriez vous-même, Monsieur le Président de la République, accompagner cette statue jusqu’ Port-au-Prince sur le pont d’un de nos bateaux de guerre qui, pour l’occasion, transporterait aussi des milliers d’exemplaires des œuvres d’Alexandre Dumas afin de les offrir aux enfants déshérités des bidonvilles. Mon ami René Préval, votre homologue haïtien, accepterait avec joie, j’en suis certain, cette initiative de rapprochement. Vous seriez le premier chef de l’État de l’histoire de France vous rendre dans l’ancienne colonie où notre pays a déporté un million d’Africains, une ancienne colonie qui s’est révoltée contre l’esclavage et son rétablissement, donnant ainsi une portée universelle la déclaration des droits de l’Homme de 1789; une ancienne colonie qui est devenue indépendante, mais qui n’a jamais renoncé, malgré des blessures encore vives, parler notre langue, celle d’Alexandre Dumas.

mercredi 26 septembre 2007

La France doit bannir le mot "race" de sa constitution.

Victorin Lurel, député de la Guadeloupe, vient de demander au Comité Balladur de proposer de supprimer le mot «race» de la constitution française et il a bien fait. Cette démarche doit être encouragée et soutenue par toutes celles et tous ceux qui veulent en finir avec un racisme qui n'est même plus insidieux puisqu'un Français sur tois s'en glorifie. L’article 1er de la Constitution de 1958 dispose en effet que «La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion». Dire que l’égalité devant la loi est assurée « sans distinction de race » valide implicitement l’existence de «races humaines» qui permettraient de distinguer les individus entre eux. Il y aurait une discrimination naturelle que la République, tout en prétendant ne pas en tenir compte légalement, introduit subrepticement. L’idée de race, d’abord principalement fondée sur la couleur de peau, a été construite de toutes pièces pour justifier l’esclavage des Africains et s’est épanouie dans l’Europe du XIXe siècle jusqu’ l’absurde. Ainsi, parmi les «blancs», les nazis en arrivèrent imaginer des hiérarchies menant l où on sait. Dans ces conditions, on aurait pu imaginer qu’après 1945 la notion de race n’avait plus cours. Il n’en fut rien. Cette notion étant le fondement de la colonisation, il fallut bien attendre trente ans pour qu’elle fût enfin officiellement bannie. Ainsi, en 1958 (date où fut adoptée l’actuelle constitution de la France) la notion de race humaine avait encore une valeur scientifique qu’elle n’a plus aujourd’hui. La République était raciale pour justifier son expansionnisme. Comme je l’explique dans Les Nègres de la République (éditions Alphée 2007) c’est la notion de race humaine qui alimente le racisme. Aujourd’hui, cette notion de race n’est plus qu’un terme d’élevage applicable aux animaux. La génétique et l’anthropologie ont démontré qu’il n’y a pas de sous-groupe humain, mais une espèce une et indivisible. Ceux qui prétendent le contraire et soutiennent qu’il y aurait une race noire, une race blanche ou une race jaune sont des ignorants ou des racistes. Souvent les deux. Dans ces conditions, qui pourrait avoir assez de vice pour s’opposer la juste proposition de Victorin Lurel ? Parlons d’origine ou d’apparence physique, mais de grâce, au XXIe siècle, ne parlons plus de race !

vendredi 28 septembre 2007

Juin 40 : massacres de tirailleurs sénégalais.

C’est rare qu’on parle des tirailleurs sénégalais systématiquement massacrés pendant l’offensive allemande de 1940. Un récent livre de Raffael Scheck - s’il n’est pas exempt de ces travers agaçants qu’on retrouve chez beaucoup d'universitaires dont l'écriture est peu près la littérature ce que la gynécologie est l'amour- a au moins l'avantage de revenir sur cette question peu connue en France et qui mériterait d’être approfondie (voir aussi les études de Peter Martin en langue allemande sur la négrophobie nazie). En juin 1940, au cours de l’offensive, et donc dans les jours qui précédèrent la désormais célèbre visite d’Adolf Napoléon aux Invalides, plusieurs milliers de soldats coloniaux furent assassinés dans des conditions révoltantes par les troupes du Reich. Beaucoup de Sénégalais s’étaient battus avec vaillance, sans ignorer, apparemment, ce qui les attendait s’ils étaient pris vivants. Ceux qui prenaient le risque de se rendre étaient séparés de leurs camarades ou de leurs officiers européens et souvent exécutés sommairement. Les raisons de ces exactions sont clairement liées la propagande raciste de Goebbels. Pour beaucoup de soldats allemands, et pas seulement les plus « nazifiés », les Africains n’étaient que des bêtes sauvages et leur utilisation par les Français « blancs » était une violation des lois de la guerre autant qu’une trahison de la « race » blanche. En fait, ces préjugés étaient souvent partagés par le haut commandement français et par une partie de la population. J’ai le souvenir d’avoir entendu dans mon enfance des femmes de combattants rappeler de quelle manière on les rassurait entre septembre 39 et juin 40 sur le sort de leurs maris mobilisés. « Ils ne craignent rien, disait-on, on a mis les nègres en première ligne». Au-del de cette rumeur, il y avait sûrement un fond de vérité. Sur le thème des combattants subsahariens engagés dans les opérations, on se reportera utilement au film honnête de Pierre Javaux, Les enfants du pays (2005) où malheureusement l’excellent Michel Serrault, peut-être mal dirigé en l’occurrence, ne semble pas au mieux de sa forme, trop soucieux qu’il est, semble-t-il, de jouer son propre personnage. L’idée du film est assez simple : en 1940, quelques tirailleurs se retrouvent isolés de leur unité dans un village en lisière de la frontière belge, au moment de l’offensive. Il ne reste que trois habitants : un vieil homme et ses deux petits enfants qui ne partagent pas ses préjugés. Pierre Javaux semble avoir ignoré le sort généralement réservé aux tirailleurs capturés. Si tel n’avait pas été le cas, il aurait sûrement tiré parti de cet élément pour enrichir le dénouement, par ailleurs intéressant, de son histoire. A propos de cinéma, je recommande l'excellent film de John Ford Sergent Rutledge (1960) récemment réapparu sur les écrans parisiens sous un titre français (involontairement ?) raciste Le sergent noir ! Il ya des gens décidément indécrottables. Dommage, car ce titre imbécile va exactement l'encontre du propos du film.

lundi 7 janvier 2008

Delanoë préfèrerait-il Villaret de Joyeuse au général Dumas ?

Bertrand Delanoë, maire de Paris, n'a toujours pas réagi à la pétition réclamant la remise en place de la statue du général Dumas. C'est d'autant plus curieux que de nombreux esclavagistes, colons et négriers, continuent à honorer les rues de Paris de leur nom. Pour ne regarder que dans le dix-septième arrondissement où l’injure faite au général Dumas n’a as été réparée, l’esclavagiste Thomas Villaret de Joyeuse (1748-1812) a droit non seulement à une rue, mais en plus à un square.

Nul n’ignore pourtant que Villaret de Joyeuse, pourchassé comme ultra réactionnaire sous le Directoire, a été nommé commandant de l’expédition navale chargée par Bonaparte de rétablir l’esclavage en Haïti en 1802, d’épurer l’armée de ses officiers de couleur et de massacrer la population en cas de résistance. L’autre titre de gloire de ce marin férocement raciste qui s’est illustré en combattant Toussaint-Louverture est d’avoir su, d’une main de fer, maintenir et réorganiser l’esclavage en Martinique en sa qualité de capitaine général de cette île pendant sept ans (de septembre 1802 à février 1809). S’acharnant contre les gens de couleur libres, désormais privés de droits, il organisa leur déportation sur la côte sauvage du Mexique ou le golfe du Vénézuéla et fit fermer leurs écoles. Sous prétexte d’exactions commises à l’instigation d’Haïti, devenue indépendante, un tribunal spécial fut mis en place pour se débarrasser des esclaves suspects de rébellion et nombre d’entre eux furent torturés et exécutés de la manière la plus barbare. Mis à part ces exactions commises contre les Martiniquais, Villaret de Joyeuse n’a d’autre titre de gloire que d’avoir abandonné l’île aux Anglais en 1809 et ce n’est pas cela, sans doute, qui lui vaut les honneurs de la capitale. L'attention de Bertrand Delanoë avait pourtant été attirée voici deux ans sur le cas Villaret de Joyeuse. Il n'a jamais bougé !

dimanche 3 février 2008

La lettre posthume de Tony Bloncourt, Afro-descendant franco-haïtien fusillé à Paris à 21 ans (9 mars 1942).

Il n’y a pas que Guy Môquet dont la dernière lettre, écrite avant d’être fusillé par les nazis pour faits de résistance, mériterait d’être lue aux lycéens.

Le 9 mars 1942, un groupe de jeunes gens est exécuté au Mont Valérien. Un procès expéditif et très médiatisé vient d’être organisé au Palais Bourbon.

Parmi les sept martyrs, Tony Bloncourt, accusé d’avoir été l’un des cerveaux des étudiants résistants du onzième arrondissement de Paris et d’avoir participé à la lutte armée contre l’occupant. Tony Bloncourt était né en Haïti où ses parents, Français de la Guadeloupe, avaient choisi de vivre et d’enseigner. Il était arrivé à Paris en 1938 pour y poursuivre ses études. À 19 ans, ils prit les armes. Ce n’est pas la discrimination positive qui lui valut l’honneur de finir sur un poteau d’exécution. A l’heure où l’on parle de promouvoir la « diversité » et où le président de la République française prépare un voyage en Haïti, la mémoire deTony Bloncourt vaudrait bien un hommage particulier.




« Papa sois fort, Maman, je te supplie d'être courageuse » Vous saurez la terrible nouvelle déjà , quand vous recevrez ma lettre. Je meurs avec courage, je ne tremble pas devant la mort. Ce que j'ai fait, je ne regrette pas si cela a pu servir mon pays et la liberté. Je regrette profondément de quitter la vie, parce que je me sentais capable d'être utile. Toute ma volonté a été tendue pour assurer un monde meilleur. (...) J'ai la certitude que le monde de demain sera meilleur; plus juste, que les humbles et les petits auront le droit de vivre plus dignement, plus humainement. (...) Je suis sûr que vous me comprenez, papa et maman chéris, que vous ne me blâmez pas. Soyez forts et courageux. (...) Je pense à vous de toute ma puissance, jusqu'au bout, je vous regarderai. Je pleure ma jeunesse, je ne pleure pas mes actes. Je regrette aussi mes chères études, j'aurais voulu consacrer ma vie à la science. Que Coucoute continue à bien travailler, qu'il se dise que la plus belle chose pour un homme, c’ est d’être utile à quelque chose. Que sa vie ne soit pas égoïste, qu'il la donne à ses semblables quelle que soit leur race, quelles que soient leurs opinions. S'il a la vocation des sciences, qu'il continue l'œuvre que j'ai commencé d'entreprendre ; qu'il s'intéresse à la physique et aux immortelles théories d'Einstein, dont il comprendra plus tard l'immense portée philosophique.(...) Maman chérie je t'aime comme jamais je ne t'ai aimée. Je sens maintenant tout le prix de l'œuvre que tu as entrepris à Haïti. Continue d'éduquer ces pauvres petits Haïtiens. Donner de l'instruction à ses semblables est la plus noble tâche ! Papa chéri, toi qui es un homme et un homme fort, console Maman. Maman Dédé chérie, tu as la même place en mon cœur que Maman. Tous vivez en paix et pensez bien à moi. Je vous embrasse tous bien fort comme je vous aime. Tout ce que j'ai comme puissance d'amour en moi passe en vous. Papa soit fort, Maman, je te supplie d'être courageuse. Maman Dédé, toi aussi. Mon vieux Coucoute et mon vieux Gérald, je vous embrasse bien fort. Il faut aussi, embrasser maman Tata bien fort. Pensez à moi. Adieu ! Votre petit Tony »

lundi 3 mars 2008

De la «diversité» dans le gouvernement de la France

Comme l’hebdomadaire Jeune Afrique me demandait récemment (voir édition du 3 mars 2008 p 30 ) ma «réaction» à la première de Nicolas Sarkozy, à savoir l’entrée au gouvernement de ministres de la «diversité», après avoir exprimé ma perplexité quant à ce mot de «diversité», il m’a semblé bon de rappeler quelques faits historiques apparemment oubliés. Si l’on entend par «diversité» les personnes d’origine étrangère, je crois me souvenir, par exemple, que l’Italien Giulio Mazarino, dit Mazarin, naturalisé en 1639, devint Premier ministre en 1642. Si l’on entend par « diversité » les personnes d’origine africaine, ce qui me semble être généralement le cas de ceux qui ont trouvé cette formule, à mon sens raciste, pour éviter de dire « noir » ou « arabe », la présence de ministres de la «diversité» au gouvernement ne date vraiment pas d’hier.

Soixante treize ans avant Rachida Dati, un ministre de la "diversité" à la Justice : Henry Léméry !

Qu’on en juge : Sans parler du parlement français où la « diversité » fut représentée dès 1794 par les députés haïtiens Mills et Belley, Severiano de Heredia, député de la Seine d’origine afro-cubaine, entra au gouvernement en 1887 où il occupa les fonctions de ministre des Travaux publics dans le gouvernement Rouvier. Le Martiniquais Henry Lémery participa au gouvernement Clémenceau en 1917 où il côtoya le Sénégalais Blaise Diagne, qui siégeait au gouvernement avec le titre de commissaire général des troupes africaines. Henry Lémery occupa le fauteuil de ministre de la Justice en 1934. Soixante-treize ans avant Rachida Dati ! Il fut même ministre de Pétain. Le Martiniquais Alcide Delmont fut sous-secrétaire d’État aux colonies en 1929 dans le gouvernement Tardieu. Il fut remplacé à ce poste par le Guadeloupéen Gratien Candace en 1932, puis par le Guyanais Gaston Monnerville dans le gouvernement Chautemps en 1937. L’Ivoirien Houphouët-Boigny fut de tous les gouvernements entre 1957 et 1961, notamment avec le portefeuille de la Santé publique et le titre de ministre d’État. Plus récemment, la Guadeloupéenne Lucette Michaux-Chevry entra au gouvernement Chirac avec le portefeuille de la Francophonie en 1986, poste qu’elle occupa jusqu’en 1988. Elle fut ensuite ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères chargée des Droits de l’Homme dans le gouvernement Balladur en 1993. Quatorze ans avant Rama Yade ! Le Guadeloupéen Roger Bambuck fut secrétaire d’État aux Sports de Michel Rocard de 1988 à 1991. Kofi Yamgnane, d’origine togolaise, fut secrétaire d’État à l’intégration dans les gouvernements d’Edith Cresson et de Pierre Bérégovoy de 1991 à 1993. Seize ans avant Fadela Amara ! La Réunionnaise Margie Sudre fut secrétaire d’État à la Francophonie en 1995 dans le gouvernement Juppé et le Guyanais Léon Bertrand secrétaire d’État au Tourisme dans les gouvernements Raffarin et Villepin de 2002 jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy. La présence de la «diversité» dans les gouvernements de toutes tendances (extrême droite collaborationniste incluse) et pas seulement à des postes liés aux colonies ou aux anciennes colonies est donc une tradition française vieille de plus d’un siècle. Presque aussi vieille que les colonies, presque aussi vieille que le colonialisme. La présence de femmes de la «diversité» a été inaugurée il y a 22 ans. Plus généralement, cela fait également 22 ans (à l’exception, très curieusement, du quinquennat socialiste de Lionel Jospin) que siègent au gouvernement français des hommes et des femmes de la «diversité». Je ne vois donc rien de bien nouveau. Le nombre et le sexe, peut-être, puisqu’il y a aujourd’hui trois ministres issues de la «diversité» et que ce sont trois femmes. Mais cette innovation est compensée par le fait qu’aucun homme d’origine africaine ne figure sur la liste du gouvernement de François Fillon et que l’Outre-mer n’y est pas représenté. Dommage !

lundi 17 mars 2008

Bertrand Jordan : une tentative française pour réhabiliter le racisme scientifique

Il y a des livres si monstrueux de bêtise, des livres qui donnent tellement la nausée qu’on ne sait trop s’il faut en parler ou pas. Dans la catégorie sottise à visage de hyène, le récent opus d’un physicien défroqué, Bertrand Jordan, présenté sous le titre L’Humanité au pluriel (Paris, éditions du Seuil) est un petit chef d’œuvre. Ce qui est particulièrement grave, c’est que L’Humanité au pluriel se voudrait un ouvrage de vulgarisation teinté d’humour. Ciblant les imbéciles – c'est-à -dire le plus grand nombre - ce torchon (on ne peut pas appeler ça autrement) est ouvertement destiné, comme le titre l’indique sans aucun complexe, à réactiver grossièrement les thèses les plus éculées du polygénisme esclavagiste et à donner, à coups de génomes et d’ADN, une seconde chance «scientifique» à la notion de « race humaine » héritée du XIXe siècle. Naturellement, Jordan avance masqué et use, avec la complicité évidente de son éditeur, de tous les artifices rhétoriques imaginables pour rester à l’abri des tracasseries judiciaires. Il a tort d’avoir peur parce qu’en France, aussi stupéfiant que cela paraisse, la législation est telle qu’on peut se déclarer ouvertement raciste sans risquer aucune condamnation tant qu’on n’a pas désigné une catégorie particulière. Il est vrai que dans le cas d’espèce, Jordan, sous des dehors cauteleux, a beaucoup de mal à dissimuler la négrophobie obsessionnelle qui l’anime. Il ne se prive pas, pour ceux qui n’auraient pas compris le vrai fond d’une pensée inspirée par Gobineau – de fait moins obtus que Jordan puisque Gobineau, lui au moins, prend en compte le métissage - de produire deux illustrations, pourtant bien inutiles dans un ouvrage qui se voudrait « scientifique », afin d'évoquer la comparaison entre les Africains et les singes ! Pour instiller son fiel, Jordan use d’une formule très simple : « ce n’est pas prouvé, mais ce n’est pas exclu» ou bien plus finement encore « ce n’est pas exclu, mais ce n’est pas prouvé.» Le chapitre 13 Races et aptitudes (tout un programme…) est annoncé par l’auteur lui-même comme « épineux ». Les sous rubriques Le QI « génétiquement inférieur » des noirs (avec une majuscule comme il se doit puisque les « noirs » forment, pour Jordan, une « race » aisément reconnaissable à la couleur de peau des individus qui y sont rattachés) ou Tout dans les muscles et rien dans la tête valent le détour. On y apprend que si les «noirs » courent plus vite ou plus longtemps que les « blancs» (affirmation présentée par Jordan comme une vérité sur la foi de Georges Frêche, explicitement cité !) il « n’est pas exclu que des facteurs génétiques soient en cause ». Imaginons que paraisse demain un livre à prétention scientifique comprenant un chapitre intitulé Les juifs et l’argent où l’auteur conclurait que les « juifs », à l’évidence, ont plus le sens du commerce d'autres et qu’il « n’est pas exclu que des facteurs génétiques soient en cause » (même si cela n’est pas prouvé) ? Je serais le premier à qualifier l’auteur de raciste et sa production d’étron. Et j’imagine que le journaliste du Monde Jean-Yves Nau s’abstiendrait d’écrire comme il vient de le faire dans l’édition datée du mardi 18 mars 2008 (p 23) que cet émule français de James Watson est «lucide et courageux».

jeudi 3 avril 2008

Le bon Pasteur

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Martin Luther King est lié à des souvenirs de ma jeunesse. J’avais treize ans. En troisième Latin-Grec dans un grand lycée parisien. Je ne savais trop ce que je ferais plus tard. Pianiste, peut-être. Ma mère pensait que des études brillantes ouvraient toutes les portes. J’en étais beaucoup moins sûr. Aucun Antillais dans le lycée, hormis moi. «- Tu viens d’où ? » me demandait-on souvent. Un peu trop souvent. Mes parents étant séparés, j’avais peu de repères. J’aimais bien Luther King, mais je regrettais Malcom X, plus pugnace, assassiné trois ans plus tôt. On assassinait un peu trop à mon goût, en Amérique, en ce temps-là. Mes copains, c’était Lionel (dont le père était du Bénin), Éric, Thierry, Roger et aussi deux britanniques milliardaires, deux frères assez allumés que je voyais pendant les vacances. Le lycée n’était pas mixte, mais on ne pensait pas encore aux filles. Enfin pas trop. La période, on s’en souvient, était assez agitée dans les lycées parisiens et il y avait comme un parfum d’incendie qui allait se propager. Comme on était trop jeunes, on se contentait de regarder et de critiquer. Dans les couloirs, résonnaient les cris de nos aînés, qui étaient tous issus de milieux plutôt favorisés : « Ho ! Ho ! Ho Chi Minh ! Che ! Che ! Che Guevara !». C’est dire que la politique étrangère américaine n’avait pas trop bonne presse. On a dû apprendre la nouvelle de l’assassinat de Martin Luther King le lendemain matin à la radio. Je n’ai pas été étonné. Seulement triste et dégoûté. Le soir la télévision a diffusé des images. Des émeutes. Des brutalités policières. Une horreur. Tous mes souvenirs d’enfance sont marqués par ces images en noir et blanc de policiers lâchant des chiens pour mordre des Afro-Américains. On parlait de «ségrégation raciale». Je me disais que l’Amérique, ce n’était pas pour moi. Martin Luther King avait lutté pour que tout cela change. Qui continuerait son combat, là-bas et même ici où il me semblait que les choses ne tournaient pas très rond non plus ? Six ans plus tard, entré à Normale Sup, on m’a proposé une année à Harvard. Non merci. Il m’a quand même fallu trente ans après la mort de Martin Luther King pour que je me résigne à traverser l’Atlantique. Et encore n’étais-je guère rassuré. Lionel gère une grande banque. Mes deux copains britanniques sont morts depuis longtemps. Le premier d’une overdose, le second du Sida. Thierry a publié deux romans. Eric aussi. Son frère est un animateur de télévision très riche et très célèbre. J’ai revu Roger dans un avion qui m’emmenait à Toulon pour une signature de livres. C’était lui qui pilotait. En apparence, les choses ont bien changé en Amérique. En apparence. Ici, les Antillais et les Afro-Français sont beaucoup plus nombreux dans la rue, dans le métro et même dans les lycées qui son mixtes à présent. Ils sont beaucoup moins nombreux au gouvernement et dans les cabinets ministériels, c’est le moins qu’on puisse dire. Parfois, l’un d’entre eux que je ne connais pas vient me serrer la main. Mes filles me demandent pourquoi. Alors je souris et je pense au Pasteur.

samedi 5 avril 2008

Liberté

La tentation d’asservir ses semblables remonte à l’aube de l’humanité et continue, hélas. Mais, voici plus de cinq siècles, la soif de l’or, le développement de la culture de la canne à sucre conjuguée avec la maîtrise de la connaissance méthodique et des techniques nouvelles, fait de l’esclavage, dans sa version transatlantique, une institution d’un genre inédit. La déshumanisation de l’esclave, la racialisation qui désigne a priori et arbitrairement en fonction de critères aussi aberrants que la couleur de la peau ou la forme du nez, tels individus comme victimes potentielles, la soudaine codification de l’institution, la rationalisation des méthodes de déportation et d’exploitation marquent un tournant sans précédent aucun dans l’histoire de l’humanité. Désormais, des êtres humains vont oser nier que d’autres êtres humains soient humains et, forts de ce principe sacrilège, ils vont oser agir en conséquence. De l’asservissement on peut facilement passer à l’extermination. Il suffit d’avoir l’audace de s’arroger à soi seul le droit de vivre, comme on s’est arrogé le droit exclusif de profiter du corps des autres. Et c’est ce saut qualitatif, cette rupture dans l’histoire de l’Humanité qui donne soudain naissance au préjugé de race, antinaturel et absurde au possible, diabolique parce qu’il sait se nier tout en s’affirmant. Si, heureusement, l’aspect légal de l’esclavage est partout banni depuis plus d’un siècle, si la pratique de l’esclavage est reconnue comme un crime imprescriptible, le préjugé de race survit partout, plus ou moins insidieusement, au cœur même de la prétendue civilisation. Il est même des hommes de science assez fous pour tenter encore de le justifier.

Mais depuis que le monde est monde, face aux hommes qui asservissent, d’autres hommes et d’autres femmes luttent pour la liberté. Leur liberté ou la liberté des autres ? Peu importe puisque la liberté, c’est l’essentiel, ce qui fait que l’humanité est humaine. On peut nier la liberté des autres comme on peut nier sa propre liberté, mais on ne peut ni priver complètement un être humain de sa liberté fondamentale ni renoncer vraiment à sa propre liberté. Ce serait renoncer à sa qualité d’être humain : le seul choix impossible. Pas de liberté non plus sans égalité ni fraternité ni vérité. C’est le combat de ces hommes et de ces femmes à coups de sabre, à coup de plume, à mains nues, et parfois seulement en résistant jusqu’à refuser de donner la vie, jusqu’à se donner la mort, ce combat pour être simplement humains qu’il faut absolument rappeler et honorer, sous tous les prétextes.

lundi 14 avril 2008

Hommage national à Césaire le 10 mai 2008

On m’a brutalement annoncé vendredi 11 avril que Césaire était à l’agonie, puis sa mort, dont l’annonce officielle devait intervenir samedi 12 avril à 17 h (heure de Paris). La stupeur passée, ma première réaction a été de proposer que la République lui rende un hommage national et qu’il entre au Panthéon, ce qui a donné lieu à un communiqué. C’était une manière d’attirer l’attention sur une œuvre immense dont l’aspect subversif dérange encore. Qu’on en juge :« Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches de Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, que Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère,c’est par manque de logique, et qu’au fond ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique » (Discours sur le Colonialisme 1950). Eh oui, c’est cela, Césaire. L’œuvre du «chantre de la négritude » est aussi une poétique de l’insurrection. Depuis, la nouvelle de sa mort a été infirmée, son état étant qualifié de « stable », mais aussi de « préoccupant» ce qui ne me rassure qu’à moitié. Je forme évidemment des vœux pour qu’Aimé Césaire se rétablisse et que son entrée au Panthéon, dont je maintiens fermement l’idée, ne soit qu’une perspective lointaine. Mais je continue à penser que la journée de mémoire du 10 mai 2008 doit lui être consacrée. Un digne hommage serait en effet la moindre des choses pour honorer un homme qui a longtemps été voué aux gémonies avant d’être sacrifié à l’idolâtrie.

jeudi 24 avril 2008

Le marie de Paris, M. Bertrand Delanoë, devrait annoncer officiellement le 25 avril 2008 la mise en place à Paris d'un important monument à la gloire du général Dumas

Signer la pétition pour l'entrée de Césaire au Panthéon

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mardi 23 septembre 2008

Pour TROY DAVIS (lettre ouverte à M. Nicolas Sarkozy et à Madame Rama Yade)

Une fois de plus, comme ce fut le cas il y a un an avec KENNETH FOSTER, un bourreau américain s’apprête à tuer ce soir, à 19 heures (heure de Géorgie), un homme dont la culpabilité, après dix-neuf ans de détention, s’avère plus que douteuse, de nombreux témoins ayant établi que l’accusation de meurtre d’un policier portée contre lui n’est pas fondée. Une fois de plus, il s’agit d’un Afro-Américain. Une fois de plus, le racisme n’est pas hors de cause.

Le condamné s’appelle TROY DAVIS. À vingt ans, sa vie a basculé, très probablement à cause d’une erreur judiciaire. Ce soir, il doit mourir, puisque la cour suprême de Géorgie a refusé un sursis à exécution. La cour suprême des États-Unis peut passer outre. Elle est saisie. Mais la cour suprême des États-Unis ne rendra sa décision le 29 septembre, six jours après l’exécution. Ses membres sont, paraît-il, en vacances.

Tout cela est révoltant, écoeurant, indigne.

J’ai l’honneur de vous demander, Monsieur le Président de la République, Madame la Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme - vous qui n’êtes pas en vacances - de faire entendre la voix de la France et d’intervenir auprès du président des États-Unis. L’ambassadeur de ce pays se félicitait récemment des relations plus privilégiées que jamais entretenues, paraît-il, entre nos deux pays contre le terrorisme. L’injustice, le racisme et la peine de mort conjugués ne sont-ils pas une forme de terrorisme particulièrement terrifiante ?

Dans deux mois, nous célébrerons, paraît-il, à Paris, le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme. Comment pourrait-on le faire dans l’honneur sans avoir tenté une démarche pour donner à cet homme une chance de ne pas être sacrifié à l’arbitraire, à la folie, à la lâcheté des autres hommes ?

Cette démarche doit être publique car il appartient à la France de faire clairement et publiquement connaître sa position sur la question de la peine de mort, surtout quand une sentence risque d’être exécutée dans des conditions aussi absurdes.

Une démarche de dernière minute, surtout si elle émane d’un pays qui assure la présidence de l’Europe, peut donner une chance à TROY DAVIS de sauver sa tête. Celle qui fut tentée, in extremis, voici un an, pour KENNETH FOSTER, qui était à peu près dans la même situation, n’a pas été vaine. KENNETH FOSTER n’a pas été exécuté.

		

mardi 11 novembre 2008

Pour l’égalité effective

Comme il était prévisible, l’élection de Barack Obama a mis en lumière le retard de la France dans la lutte contre les discriminations visant les descendants des esclaves et des indigènes des anciennes colonies. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et de rien d’autre. Barack Obama a ceci de particulier qu’il est (pour moitié) le descendant d’un habitant de pays colonisé réduit au statut d’indigène par un pays occidental colonisateur.

C’est un handicap dont il a triomphé à titre personnel, grâce à son mérite, en franchissant les obstacles d’un système scolaire sélectif.

C’est aussi un handicap dont le système de choix des élites politiques en vigueur aux USA a triomphé en laissant à Obama sa chance de prouver qu’il était le meilleur.

En France, ceux qui ont réussi à franchir les obstacles scolaires les plus difficiles, s’ils ne sont pas nombreux, ne sont pas rares. En revanche, le système de cooptation des élites leur barre systématiquement la route. C’est la raison pour laquelle la réussite d’Obama, en l’état, est impossible chez nous. Tout le monde le reconnaît implicitement. Tout le monde s’accorde sur le fait qu‘il convient d’y remédier.

Pour lutter contre ces discriminations visant particulièrement les descendants d'indigènes et d'esclaves, il faut admettre que c’est l’histoire de l’expansion coloniale qu’ont subie leurs ancêtres et non la couleur de leur peau qui créée un lien entre les discriminés. La couleur n’est que l’habillage destiné à masquer les ravages de l’histoire.

Dans ces conditions, il va de soi que tout remède fondé sur la couleur serait pire que le mal.

Quant à l’idée de discrimination positive, qui vient d’être relancée, elle mérite d’être examinée. Discrimination positive, c’est une figure de style qu’on appelle un oxymore : la réunion de deux mots de sens contradictoire destinée à frapper l’imagination, à faire de l’effet. Chacun sait (et ceux qui en sont victimes plus encore que les autres) que nulle discrimination n'est positive. La discrimination, c’est au contraire ce contre quoi on doit lutter. L’utilisation d’une formule oxymorique pour exterminer un fléau laisse trop penser qu’on va s’en tenir à de la rhétorique pour suppléer toute analyse. Et c’est ce qu’on a fait jusqu’ici. Mais le temps n'est plus aux jeux de mots.

Si la discrimination positive, ce sont des mesures destinées à garantir l’égalité effective des Français entre eux, alors appelons-la plutôt : égalité effective, ce qui sera une adaptation bien plus convenable de l’idée anglo-saxonne d'"affirmative action''. L’égalité des droits est inscrite au fronton des institutions françaises, mais elle n’est pas du tout effective pour les descendants des anciens esclaves et des anciens indigènes qui subissent aujourd’hui des discriminations particulières fondées sur des préjugés absurdes.

Quels sont les premiers obstacles à abattre ?

Ceux qui obèrent l'avenir des plus jeunes, les discriminations scolaires, objectives, résultant des ghettos où des politiques cyniques ont parqué les descendants d'indigènes et d'esclaves; des ghettos qui empêchent leurs plus jeunes habitants de participer avec des chances égales à la sélection scolaire méritocratique sur lequel - c'est un fait - est largement fondé le système de recrutement des élites. On ne peut gagner une course à cloche-pied.

Mais à quoi bon des diplômes si c'est pour rester au bord du chemin ?

S'il l'on ne veut pas que les voitures recommencent un jour à brûler, il faut montrer de toute urgence aux plus jeunes que le mérite est payant et en finir maintenant avec cette discrimination subjective et sournoise des élites qui, à diplôme ou compétence égale, dans le système de cooptation qui complète (et parfois remplace) celui de la méritocratie, donne toujours la préférence au Français qui n‘est pas descendant d’indigène ou d’esclave. Il faut des signes forts témoignant d'une volonté sincère de lutter contre les préjugés révoltants qui frappent les Obama français, ceux qui ont franchi les obstacles de la discrimination scolaire, mais qu'on fait semblant d'ignorer.

La lutte contre la discrimination scolaire a déjà été mise en place de manière sporadique. Il est relativement facile de la renforcer en fonction de critères liés à la situation sociale ou au lieu d’habitation et fondés sur des statistiques objectives et républicaines. Le taux de chômage, par exemple, particulièrement élevé dans certaines banlieues et les départements d’outre-mer. Le principe est simple : donner un peu plus à ceux qui ont moins de chances. Plus de professeurs, par exemple, à nombre d’élèves égal, plus d’heures facultatives. C’est un choix politique.

La lutte contre la discrimination subjective dans la cooptation des élites politiques, économiques, culturelles est plus difficile à mettre en œuvre. Toute démarche fondée sur des quotas reposera fatalement sur des statistiques différentialistes et racistes, conduira exactement à l’inverse de ce qui est nécessaire, exaspérera les tendances communautaires et dressera les Français les uns contre les autres.

Le critère de la couleur favorise les plus médiocres, généralement conformistes et rassurants, et non pas les plus méritants, généralement les plus novateurs, donc les plus difficiles à coopter. Socrate, Descartes, Galilée, Spinoza, Toussaint Louverture, Delgrès, Césaire, Obama étaient dérangeants. Les quotas les auraient éliminés.

Si les victimes des discriminations contre lesquelles on veut lutter sont les descendants des anciens esclaves et des anciens indigènes des colonies françaises, pourquoi ne pas se servir de ce critère objectif qui les identifie pour mettre en place un système – pendant une période limitée - non pas de quotas mais d'incitations ?

Ainsi, dans le domaine politique, les partis, qui concourent à l’expression du suffrage universel et qui, à ce titre, bénéficient d’une aide financière publique importante fondée sur la représentativité (le nombre de voix obtenues, le nombre d’élus) pourraient se voir incités à faire élire davantage ceux de leurs adhérents dont l’un au moins des ascendants est né dans une ancienne colonie française sans avoir la qualité de citoyen français à part entière : une définition qui recoupe parfaitement tous les cas de figure des victimes de la discrimination contre laquelle on cherche à lutter, sans toutefois contrevenir au principe républicain fondamental selon lequel il n’y a pas de distinction de couleur entre citoyens français (loi du 16 octobre 1791).

On pourrait également imaginer que les grandes entreprises puissent bénéficier d’exonérations particulières (fiscales, sociales) lorsqu’elles nomment à des postes de responsabilité des Français dont l’un des ascendants serait, de même, né dans une ancienne colonie française sans avoir la qualité de citoyen français à part entière.

Cette politique incitative devrait naturellement être renforcée par une politique de lutte contre le racisme au moyen d’un aménagement spécifique des programmes scolaires (classes de philosophie, d’histoire, de français, de biologie) et de dispositions particulières dans le cahier des charges des sociétés autorisées par le CSA à exploiter un service public de radiodiffusion.

samedi 15 novembre 2008

Commémorations nationales : l'exemple du 10 mai.

Le nouveau livre de Claude Ribbe, en librairie à partir du 4 décembre 2008

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lundi 17 novembre 2008

Le médiateur du journal "Le Monde" avoue croire aux races humaines !

Pour un scoop, c’est un scoop et franchement, j’en reste ébahi. Je n’invente rien. Voici le texte du mail que Véronique Maurus, médiateur du journal Le Monde, auteur de l’article Appeler un noir un noir (Le Monde du 16 novembre 2008) m’adresse ce jour en réponse à mon billet : Appeler un raciste un raciste (16 novembre 2008).

« Le Monde n'a pas, je pense, m’écrit Véronique Maurus le 17 novembre 2008, toutes les arrières pensées que vous lui prêtez. Sur la majuscule du mot un "Noir", il se contente d'appliquer la règle typographique en usage pour tous les mots désignant une race, une ethnie ou un habitant (d'un pays, d'une région, et.). On écrit un Noir, un Blanc, un Français, et c... C'est seulement la règle typographique et il n'y a là aucun sens caché. »

On a bien compris que, dans l’esprit de Véronique Maurus (que je me remercie de me rappeler les règles de ma langue) un «noir» est quelqu’un qui appartient à la «race» noire, un « blanc », quelqu’un qui appartient à la « race » blanche, d’où cette fameuse majuscule, qui, en l’espèce, ne peut s’expliquer ni par le «pays», ni par «l’ethnie» (une autre manière soit dit en passant de désigner la «race»). Ainsi y aurait-il donc pour le médiateur des "races" humaines ! Oui, comme au bon temps de Jules Ferry. Il n’est plus question de traquer des «arrière-pensées» puisque l’aveu est là, indiscutable. On peut supposer qu’on n’embauche pas les gens au Monde sans s’assurer qu’ils ont une certaine éducation. Véronique Maurus est certainement une personne éduquée. Elle a été désignée pour répondre aux lecteurs et elle m’avoue naïvement, à moi, qu’elle croit aux races humaines ! De deux choses l’une : ou bien elle ne reflète pas la ligne éditoriale du journal et c’est au directeur de la publication d’en tirer les conséquences, ou bien la notion de «race humaine» est communément admise par les journalistes du Monde en 2008, ce qui pourrait expliquer certains articles et certaines prises de position, comme ceux, par exemple de Laetita Van Eeckout, de Jérôme Gautheret ou de Pierre-Yves Catinchi. Qu’ont-ils en commun ? Ils mettent la majuscule au mot « noir » et, a priori, vraiment, ils ne m’aiment pas du tout alors qu’ils n’ont rien à me reprocher. En ce qui concerne l’explication donnée par Véronique Maurus, la « règle d’usage», dans le cas d’espèce, n’est pas typographique, mais grammaticale. L’ouvrage de référence, connu de tous les correcteurs, de tous les journalistes et de tous les auteurs, est Le Bon Usage de Maurice Grévisse (14e édition, 2007, éditions De Boeck-Duculot). Que nous dit-il à ce sujet (p 94) ? « On met souvent une majuscule à des noms qui désignent des groupes humains, par ex. d’après la couleur de leur peau ». Grévisse donne plusieurs exemples littéraires où le mot « noir » prend la majuscule. Ainsi Malraux et Beauvoir mettaient-ils parfois la majuscule à « noir ». Mais c’était il y a cinquante ans et tout le monde pensait alors que la notion de « race» avait une valeur scientifique. Grévisse indique clairement que si on met « souvent » la majuscule, on ne la met ni «toujours» ni «forcément». La «règle d’usage» invoquée par Véronique Maurus est donc une pure invention idéologique qui reflète le fond de sa pensée. Grévisse prend bien soin de donner des exemples où « noir » prend la minuscule, par exemple en citant l’excellent André Pieyre de Mandiargues, qui tenait, comme moi, à la minuscule. Grévisse précise que « l’usage est partagé pour le nom juif ». On remarquera que dans Le Monde, le mot « juif » prend toujours la minuscule. Beauvoir, elle, mettait une majuscule… Bien évidemment, Maurice Grévisse se garde bien d’utiliser le mot de «race» ni même celui d «ethnie» (inventé par le théoricien raciste Vacher de Lapouge). Il est clair qu’on ne peut mettre une majuscule au substantif « noir » ou au substantif « blanc » que si justement on valide la notion de race humaine. En ce qui me concerne, j’ai toujours prescrit à mes correcteurs « distraits » de ne pas le faire (comme on pourra vérifier en lisant mes livres) et ils l’ont toujours admis sans aucun problème et sans discussion. Deux questions :

1. Comment appelle-t-on ceux qui déclarent croire aux races humaines en 2008 ?

2. Quelqu’un qui déclare par écrit croire aux races humaines a-t-il sa place dans un journal comme Le Monde, surtout comme médiateur ?

Pour joindre Véronique Maurus :

mediateur@lemonde.fr

mercredi 19 novembre 2008

Pour se disculper, le médiateur du "Monde" accuse implicitement de racisme les correcteurs de son journal.

L’honnêteté m’oblige à revenir sur l’affaire Maurus et à faire état des explications données par le médiateur, visiblement assez secouée par ma réaction et celle des lecteurs. Après m’avoir adressé le fameux mail dans lequel elle se fondait explicitement sur la notion de "race" pour justifier la majuscule au substantif « noir », elle a reçu immédiatement de ma part un mail en réponse dans lequel je prenais acte de ses déclarations :

« Je constate que la notion de race humaine a un sens pour vous et j’en prends bonne note, avec une certaine peine, je ne vous le cache pas. Dans ce cas, votre article prend tout son sens. Quant aux règles typographiques que vous invoquez, elles sont discrétionnaires. C’est donc un choix du journal. La majuscule ne s’impose que pour les peuples. Considérer les «noirs» ou les «blancs» comme un peuple est un choix idéologique. Je ne parle pas de race, car, vous le savez bien, et c’est le sens de mon courrier, dire comme vous le faites qu’une «race humaine» a une valeur est lourd de sens. Directeur de collection et auteur de 9 ouvrages publiés, je crois connaître à peu près les règles typographiques. Pour ma part, j’ai toujours imposé la minuscule à mes correcteurs, Vous devriez en discuter avec ceux du Monde qui sont sûrement prêts à suivre les instructions que vous leur donnerez. »

Affolée de constater qu’elle s’était «oubliée», le médiateur a répliqué par un second mail où elle s’abritait derrière les « correcteurs » du Monde :

« Mon courriel, s'excuse-t-elle, faisait précisément suite à une discussion avec les correcteurs, que j'avais saisi (sic) de votre question. Il n'entre bien entendu pas dans mon propos de réhabiliter la notion de race, d'une quelconque façon, je ne faisait que transcrire leur réponse.»

Ayant alors demandé à madame Maurus les noms et les coordonnées de ces correcteurs qu’elle accuse implicitement de racisme, puisqu’elle ne ferait « que transcrire leur réponse », voici ce qu’elle m’a répondu :

« La règle typographique en question n'est pas propre au Monde et figure d'ailleurs dans le dictionnaire Larousse».

Véronique Maurus a raison de dire que ce choix typographique (et non pas cette règle) n’est pas propre au Monde. Libération aussi, hélas, met la majuscule. Mais je n’ai pas encore lu d’article dans Libération où l’on se réjouit de pouvoir répéter 21 fois le mot « noir » dans un article et appeler à une approche «décomplexée », c’est-à-dire raciste, de la question.

J’ai suffisamment expliqué dans le billet précédent que cette majuscule est un choix, ce qu’atteste la référence incontournable qu’est le Grévisse. Puisqu'elle préfère le Larousse, Madame Maurus ne nous dit pas de quelle édition elle se sert. S’il s’agit de l’édition de 1942, je lui conseille de se procurer un Larousse plus récent.

Je constate que depuis l’article désolant de madame Maurus, le journal Le Monde a publié pas moins deux articles vantant ce que ce journal appelle «statistiques ethniques» et que j’appelle, moi, statistiques racistes, toujours avec la majuscule au substantif «noir», cela va de soi.

Aujourd’hui encore, Philippe Bernard, dans un éditorial intitulé Les pièges de l’Obamania à la française, où certaines analyses ne manquent pas de justesse, se croit obligé d’accuser la gauche d’une « troublante pusillanimité » et exhorte Nicolas Sarkozy qui, selon lui, aurait « les mains libres » à recourir aux statistiques racistes et à la discrimination positive fondée sur la couleur, ce que le président de la République a raison de refuser, même si pendant un temps ses positions étaient différentes.

Le sondage de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) de novembre 2006 montre que 18 % des Français déclaraient que « les races humaines, ça n’existe pas », (contre 16 % les années précédentes, ce qui est encourageant); 67 % considéraient que « toutes les races humaines se valent » (admettant implicitement la validité de l’idée de race) et 12 % soutenaient qu’ «il y a des races supérieures à d’autres»... Je me demande dans quelle catégorie se situerait Madame Maurus…

Petite remarque : la CNCDH, qui est certainement bien placée pour avoir une position juste sur ce point, ne met pas de majuscule au substantif «noir » dans ses rapports officiels, publiés chaque année par la Documentation française. Mais, ces rapports, les journalistes du Monde les lisent-ils ? En tout cas, ils n’en parlent jamais. J'ai décidé de demander un rendez-vous à Eric Fottorino, président du directoire du groupe Le Monde, pour connaître son opinion sur cette affaire typographique et savoir s'il applique les statistiques ethniques à ses journalistes. On va bien voir s'il me reçoit et ce qu'il me dit...

dimanche 23 novembre 2008

Que philosopher n’est pas sans risques.

J’ai le souvenir d’avoir été invité un jour sur un plateau de télévision où se trouvait Stéphane Pocrain. Lorsqu’il s’est mis à parler des « noirs » (et bien entendu en leur nom) je lui ai demandé ce qu’il entendait par là. Comme il était incapable de me répondre, il m’a jeté un regard furieux et lancé, sur un ton qui laissait deviner une certaine envie de me casser la figure : « Je ne suis pas votre élève ! ». Ma question l'avait rendu fou; sa réponse montrait assez que si j'étais un "noir", je n'avais cependant rien à voir avec lui.

Ayant effectivement enseigné la philosophie pendant plusieurs années, la réflexion de Pocrain, qui était en même temps un aveu, m’a vraiment mis mal à l’aise. Oui, la réflexion suppose un apprentissage. Personne n’oserait monter sur une scène pour donner un concert de violon sans s’être livré préalablement à quelques années d’exercice. Et pourtant, nombreux sont ceux qui s’exhibent pour raisonner sans préparation appropriée et surtout sans aucun souci de trouver la vérité, mais dans le but unique de paraître avoir raison. Dans l’antiquité (où il n’y avait aucun préjugé de couleur) c’est gens-là on les appelait «sophistes » et ceux qui les combattaient au nom de la vérité, on les nommait « philosophes ». Ces derniers étaient ceux qui recherchaient la sagesse, la clé du bonheur, étant entendu que le chemin escarpé et périlleux qui y conduit est forcément celui de la vérité. Comme dirait Hegel, est-on automatiquement cordonnier sous le prétexte qu’on a un pied susceptible d’entrer dans une chaussure à la bonne pointure ? Donc ma question, faussement naïve, j’en conviens, « Qu’est-ce qu’un « noir » pour vous ? », mettait soudainement en évidence les carences de ce pauvre garçon, propulsé sophiste par ceux qui le jugeaient utile et pas dérangeant. Je l’avais sûrement humilié, ce qui n’était pas du tout mon intention. Et depuis, j’éprouve toujours un peu de gêne à emmener mes interlocuteurs sur le terrain philosophique, ayant remarqué, en mûrissant, que lorsqu’on se risque à y pousser des gens qui n’y sont pas préparés, on génère parfois beaucoup de violence. J’ai souvent repensé à la mort de Socrate et à la haine que les sophistes de son époque pouvaient lui vouer. J’en suis arrivé à la conclusion que la philosophie- je ne parle pas de ce qu’on entend par ce mot dans les dîners parisiens, à la télévision ou dans les colonnes des journaux– c’est vraiment dangereux. Les esclaves enchaînés à leur écran extra-plat-HD-ready, habitués à ne discerner que des ombres dans l’obscurité cathodique, n’apprécient pas du tout qu’on les tourne brusquement du côté de la lumière. Mon ami Aristide, lecteur attentif de ce blog, me rappelait hier encore (au téléphone depuis l'Afrique du Sud) que la vérité c'est du piment (proverbe wolof). Soit dit en passant, Aristide risque de rentrer au pays, maintenant qu'Obama est élu et surtout depuis qu'Hillary (beaucoup plus "noire" qu'Obama en fait) accède au Département d'Etat. Que ceux qui ne me croient pas aillent voir Quantum of Solace et on en reparlera. Villepin, qui, depuis la Martinique, fin 2003, (il était en vacances chez Glissant) avait prêté main forte à Bush pour enlever Aristide, se prépare à la correctionnelle tandis qu'Aristide va être réhabilité par tous ceux qui lui crachaient dessus (toute la presse française et les imbéciles qui répètaient ce qu'ils y lisaient à l'époque). Un juste retour des choses, non ?

Bref, pour avoir, de manière indirecte il est vrai, tenté de remettre le couvert au sujet de la "race" à propos du regrettable article de Véronique Maurus, j’ai déploré des réactions qui montraient bien que la plupart des gens n’ont aucune défense contre l’idéologie dont une partie de la presse les abrutit et préfèrent l’ombre lumineuse à la lumière obscure. Je laisse bien entendu de côté tous ceux qui, dès que je dénonce le racisme, me traitent de paranoïaque, voir de raciste. "Moi pas comprendre", m'écrivait finement l'autre jour un de mes contradicteurs.

Parce que j’évoquais une question grammaticale - la question de la majuscule au mot «noir » (ou « blanc ») lorsqu’il est employé comme substantif - certains m’ont reproché de donner de l’importance à un détail tellement insignifiant que j’étais sans doute un maniaque, principalement occupé à trouver le moyen de sodomiser les mouches. Voire ? Imaginons que le titre de l'article n'ait pas été Appeler un Noir un Noir (sic), mais qu'il ait désigné, de manière analogue, et avec la majuscule, un prétendu groupe autre que les "noirs" ?

La question, en fait, n’a rien d’insignifiant. Agatha Christie (qui savait ce qu'est l'écriture) disait que si on déplaçait une virgule dans un de ses romans, le coupable n'était plus le même. Eh bien, si l’on met une majuscule au mot « noir », Patrick Lozès à droit tout de suite à un poste de ministre. Ministre des « noirs », bien sûr.

Si on opte pour la majuscule, on fait le choix de considérer que la couleur de peau vous assigne à un groupe, sans qu’on ait le choix d’y adhérer ou non. Du point de vue de ceux qui font ce choix (et ne laissent pas de choix aux autres) tout métissage est exclu. Une personne qui a deux parents d’un l’un est blanc de peau, l’autre noir, est obligatoirement un « noir ». Ainsi, Obama, dont toute la presse française rappelle que c’est un « noir », Obama n’aurait pas le droit de dire qu’il est « blanc » sans être raillé ou insulté. En bonne logique, on devrait pourtant admettre qu’une double ascendance pourrait permettre à tout intéressé de choisir. Mais non. Car un « blanc », c’est quelqu’un dont rien, dans l’apparence, ne laisse penser qu’il puisse avoir un « noir » parmi ses ancêtres. Alors qu’un « noir » c’est au contraire quelqu’un qui, même si la moitié ou les trois quarts de ses aïeux ont la peau blanche, n’a pas le droit de revendiquer son appartenance au supposé groupe des « blancs » à partir du moment où son phénotype laisse entrevoir une ascendance un tant soit peu négroïde. Un homme à la peau blanche avec des traits négroïdes est un nègre blanc, pas un blanc noir. On voit qu’il y a, dans cette vision, négrifiante, dénigrante (au sens étymologique) du monde, deux poids deux mesures, quelque chose de tellement louche qu’on est bien obligé de soupçonner une grossière idéologie uniquement destinée à légitimer les intérêts de ceux qui se considèrent comme «blancs». J’ai dit souvent qu’on n’a aucun intérêt à s’affirmer « noir » ou « blanc » si l’on est entre soi. Dès que quelqu’un s’affirme «blanc», cherchez le « noir » qui est visé et voyez en quoi il dérange. Quand je lis, Le Monde, je sais que c’est moi ; que ce journal tient bien à faire savoir qu’il n’est pas du tout destiné à être lu (encore moins écrit) par des « gens comme moi ». Véronique Maurus est sûrement naïve. Tel n’est pas forcément le cas de sa rédaction. Le médiateur ressent le besoin névrotique de parler de « noirs ». Elle compense son angoisse par la jouissance de se sentir non seulement « blanche » (qui pourrait en effet douter qu’elle pense l’être lorsqu’on la lit ?), mais en plus une "blanche supérieure" au sens où elle se sent capable d’accorder sa bienveillance à un « noir », fût-il président des États-Unis. Quelqu’un comme elle pourrait parfaitement coucher avec un « noir », même l’épouser, mais elle ne manquerait jamais de lui rappeler qu’il « est » noir et que leurs enfants le « sont » aussi. Je n’ose plus lire ce quotidien pourtant estimable avant de me coucher par crainte des insomnies, ce qui est ennuyeux pour un journal du soir. Je frémis en imaginant les conférences de rédaction évoquant la « question noire ». Lorsque les sodomiseurs de mouches comme moi décèlent dans ce journal ce besoin irrépressible de parler de sa couleur de peau dès qu’un Afro-descendant émerge du lot, ils comprennent que les auteurs de ces articles sont des « blancs » au paternalisme désuet, extrêmement angoissés, et, faut-il le dire, angoissants. Mais ils s'aperçoivent aussi que de pareils travers, s’ils sont tolérés, sont sûrement encouragés par la ligne éditoriale du journal. C'est ça qui provoque des cauchemars. C’est ce racisme-là qui fait, je crois, le plus de mal. Je préfère infiniment discuter avec le pire réactionnaire qui, s’il est de bonne foi, finit généralement par reconnaître qu’il a des préjugés, mais qu’il lui est impossible de s’en défaire, plutôt qu’avec un raciste de gauche qui préférera me dénier toute aptitude au raisonnement plutôt que de s’avouer ses propres limites. Voilà l’explication de la haine que me vouent de nombreux sophistes. Une haine d’autant plus féroce que j’ai eu le malheur d’apprendre à penser et de faire certifier ce temps perdu par des diplômes aujourd’hui bien inutiles. Dans ma jeunesse, j’avais la naïveté de croire que des certificats attestant de mes efforts pour apprendre à réfléchir me garantiraient, plus tard, un minimum de respect intellectuel. C'est ce que croyait ma mère.

Eh bien, si c’était à recommencer, je m’abstiendrais de faire des études tant cela peut déclencher de violence dans un pays dont le racisme est si sournois. Non, si c'était à refaire, je serais totalement illettré, je courrais en slip Sloggi extra moulant aux côtés de Villepin sur la plage, je fumerais des pétards toute la journée, pieds nus sur scène je chanterais de mauvais alexandrins devant un parterre de blondes exaltées, je dirais que Jean-Bertrand Aristide est un prêtre défroqué qui mange les petits enfants, je serais dans le top ten des personnalités préférées de mon pays, je serais invité chez Calvi, je déjeunerais avec Zemmour, je serais adhérent du Cran, je jouerais au football, je vendrais par dizaines de milliers des livres à mon nom dont je n'aurais pas écrit une ligne et que je n'aurais même pas lus, je mettrais bien entendu une majuscule au mot «noir» et j’aurais peut-être même - qui sait - le droit de publier, comme Alain Finkielkraut, des articles dans Le Monde. On pourrait dire, entre soi, que c’est un geste de charité, de discrimination positive. On ricanerait dans mon dos, mais au moins, on ne me montrerait pas les dents.

mardi 25 novembre 2008

Mon soutien à Eunice Barber

Mon amie Eunice Barber m’a appelé hier pour me dire qu’elle comparaissait mercredi 26 novembre à 9 heures du matin devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour outrage à agent de la force publique et rebellion. Cela m’a un peu étonné car j’avais le souvenir que c’était Eunice Barber la victime et non pas la coupable. Eunice Barber est née il y a tout juste 34 ans en Sierra Leone. Elle est championne olympique (heptathlon et saut en longueur). À l’âge de dix-huit ans, elle est venue vivre et s’entraîner en France. La nationalité lui a été accordée en 1999. Sept ans plus tard, sa vie a basculé. C’était le samedi 18 mars 2006 à Saint-Denis. Eunice se rendait chez le coiffeur en voiture. En face, un barrage de police.

Ensuite, deux versions. Celle des policiers : Eunice Barber est une dangereuse furie qui les a agressés. Elle aurait mordu l’un d’entre eux. Pourquoi les aurait-elle agressés ? Mystère. Pourquoi les aurait-elle mordus ? Sûrement pas pour essayer de défendre sa vie face à des violences policières racistes, mais parce que c’est une "négresse", voyons ! Chacun sait que les "négresses" mordent, comme les animaux. Eunice Barber serait un animal féroce. Eunice Barber soutient, elle, que les policiers l’ont sans raison tirée de sa voiture et molestée, piétinée, giflée, tirée par les cheveux, à cause de la couleur de sa peau. « Tu as de la chance qu’il y ait du monde, sinon on pourrait te faire pire ! » lui auraient-ils lancé, même après avoir reconnu sa qualité d’athlète. Je connais Eunice. C’est une jeune femme très calme et très posée. J’ai eu l’occasion de la rencontrer par un ami guadeloupéen, Molière Athalys, qui lui donne des cours de chant classique, ce qui montre qu’elle ne s’intéresse pas qu’à l’athlétisme. Peu de temps après l’incident, nous nous sommes vus. Ses poignets étaient tailladés par la trace des menottes des policiers, ce qui m’a fait frémir d’horreur. Oui tailladés, je suis témoin. Eunice était traumatisée à jamais. Elle m’a dit : « Ce jour-là, j’ai appris par la police que j’étais « notre ». Avant, je ne m’étais jamais posé une question pareille. » Les blessures occasionnées par ces violences ont sérieusement compromis sa carrière au point qu’elle n’a pu se qualifier pour les JO de Pékin. Elle a toutefois remis les pendules à l’heure en déclarant que la France, pays "où l'on torture des noirs et des arabes", n'a pas de "leçons à donner" en matière de respect des droits de l’homme aux autorités chinoises. La plainte déposée par Eunice pour les brutalités subies n’a pas été retenue. En revanche, les policiers ont obtenu de la faire comparaître devant le tribunal correctionnel. Et pourquoi la version des policiers a-t-elle été suivie ? Parce qu’ils étaient neuf. Oui, neuf hommes. Plus de 600 kg écrasant une femme, lui tordant les poignets. Fût-elle une athlète, le jeu n’était pas égal. Comment peut-on m’expliquer qu’on puisse traiter une femme ainsi, quoi qu’elle ait dit, quoi qu’elle ait fait ? Comment peut-on m’expliquer qu’après une pareille scène, ce soit elle qui comparaisse devant le tribunal ?

Qu’on juge par la vidéo de l’arrestation d’Eunice.

http://video.google.fr/videosearch?sourceid=navclient&hl=fr&ie=UTF-8&rls=HPEB,HPEB:2006-17,HPEB:fr&q=eunice%20barber&um=1&sa=N&tab=wv#

Faisons confiance à la Justice : Il y a des gens d’honneur parmi les policiers. Parmi les magistrats aussi, bien sûr. Mais soutenons Eunice Barber dans cette nouvelle épreuve !

Ah, j'oubliais : Molière Athalys, le professeur de chant d'Eunice, a été un jour, lui aussi, sans raison aucune, embarqué dans un commissariat, molesté, insulté, humilié. Voyez, que ça n'arrive pas qu'aux athlètes...

mercredi 3 décembre 2008

Le Diable noir...

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dimanche 7 décembre 2008

Anes blancs, ânes noirs.

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dimanche 4 janvier 2009

Les damnés de la France

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mardi 24 mars 2009

communiqué de l'association des amis du général Dumas

Samedi 4 avril 2009 place du général-Catroux à Paris 17e à partir de 11 heures

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mercredi 22 avril 2009

Les "états généraux" de l'Outre mer ou la politique de la tête dans le mur

On aimerait que celui ou celle qui a eu cette belle idée d’états généraux de l’Outre mer se fasse connaître et qu’il ou elle en assume aujourd’hui la paternité (ou la maternité) avec courage. Faut-il rappeler que les états généraux de 1789 rassemblaient des élus représentatifs et pas, comme aujourd'hui, des béni oui oui engraissés dans les cocktails de la «Françantille » ? Quand on appelle à des états généraux, il faut que lesdits états soient généraux. Pas particuliers. Quitte à ce qu'il y ait des états généraux de l’Outre mer, ils auraient dû être tenus il y a deux ans et résulter d’une concertation préalable sur l’opportunité d’une telle opération, sur les thèmes abordés, sur les modalités de la consultation. Il n’en a rien été. Faute d’un consensus fondateur, ils sont voués dès le départ à l’échec. Et le remède risque d'être pire que le mal. Le conflit, qui a commencé officiellement en Guadeloupe au mois de janvier, mais qui couvait depuis plusieurs années, sans que cela préoccupe le gouvernement outre mesure, avait amené le ministre de l’Outre mer, Yves Jégo, à se rendre immédiatement sur place et à entamer des négociations franches avec toutes les parties, ce qui était la bonne méthode. Le fait de le rappeler brusquement à Paris et de brandir l'épouvantail de l'indépendance au lieu d'appliquer les lois de la République sans distinction de latitude ni de couleur a déclenché une crise sans précédent dont on est très loin d’être sorti. Si on rappelait le ministre, il fallait que le Premier ministre se rende immédiatement sur place ou, mieux encore, le président de la République lui-même. Il n’en a rien été. La crise a été gérée à la petite semaine et le gouvernement a fini tout simplement par céder. Le fait de vouloir organiser de prétendus états généraux au lieu d’annoncer des mesures concrètes montrant que le message, pourtant très clair, de la Guadeloupe et de la Martinique a été compris, est le signe d’un aveuglement et d’une surdité qui n’annoncent rien de bon. Mais le plus étrange est que l’on se vante aussi d’organiser des états généraux de l’outre mer en métropole, alors qu’une délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d’outre mer a été créée par Nicolas Sarkozy en juillet 2007. Y aurait-il donc une crise chez les Français métropolitains originaires d’outre mer, comparable à la crise qui secoue les Antilles et qui n’aurait fait que s’aggraver depuis la mise en place de cette délégation miracle ? On s’interrogeait sur le sens et bilan de cette officine, au-delà des persécutions et des procès téméraires engagés par le délégué interministériel contre les Ultramarins représentatifs, au-delà du fait le fait que la personnalité même du quidam nommé par le président de la République était un véritable affront pour tous les Antillais (voir mon billet du 22 mai 2008). L’annonce d’états généraux de l’outre mer tenus en métropole est une réponse suffisamment édifiante. Elle déconsidère a priori la notion même d’états généraux de l’outre mer sans qu'il soit nécessaire de s'y intéresser davantage. Le fait que l’organisateur de cette opération disqualifiée d’avance soit le délégué interministériel lui-même, interdit de séjour en Guadeloupe, et à qui l’UGTG à promis de faire descendre tête première, le cas échéant, les 48 marches de ses locaux, en dit long sur la finesse de cet individu et son aptitude à remplir sa mission. Le meilleur reste à venir. Des rumeurs circulent sur le fait qu’on aurait conseillé au Président de la République de se rendre le 10 mai prochain à Bordeaux pour rendre hommage aux esclaves et aux descendants d’esclaves. Les Antillais de métropole - les principaux intéressés - ne sont pas concentrés à Bordeaux mais en région parisienne. Dans la situation actuelle, le fait d'éviter une célébration du 10 mai à Paris serait lourd de sens. Si Nicolas Sarkozy, après avoir participé, on l’espère malgré lui, au carnaval colonial indigne du 10 mai 2008, après avoir annoncé ce jour là, devant un parterre ébahi, que la commémoration du 10 mai aurait lieu en fait le 23 mai, fuyait les Antillais pour aller se cacher à Bordeaux le 10 mai 2009 au lieu d’affronter la réalité de la question mémorielle à Paris, montrant ainsi qu’il confond tout : traite et esclavage, explosion des Antilles et prétendue « question noire », alors il se priverait de toute chances de se réconcilier avec les Antillais et compromettrait ce voyage en Guadeloupe qu'on attend avec beaucoup d'intérêt depuis deux ans. En ce qui me concerne, après avoir contribué au seul monument significatif à l’esclavage jamais érigé en France, j’ai mis en ligne une pétition à Nicolas Sarkozy pour que la Légion d’honneur soit enfin attribuée au général Dumas, au-delà de toutes les arguties développées jusqu’ici par ses conseillers pour la lui refuser. Mille signatures venues du monde entier ont aussitôt appuyé ma démarche. Et ce n’est qu’un début. L’attitude du président de la République envers le général Dumas montrera son intérêt réel pour la Caraïbe et l’outre mer. Et ceux qui ont pratiqué la politique de la chaise vide le 4 avril, lors de l'inauguration du monument au général Dumas à Paris, ceux qui ont envoyé des nervis stipendiés pour tenter de la perturber, ceux qui ont tenté lamentablement d'organiser une contre-opération à la même heure à Nanterre et d'instrumentaliser, une fois de plus, la mémoire de Césaire, ceux qui se conduisent tous les jours en voyous aux frais du contribuable, ne sont sans doute pas les mieux placés pour faire des reproches aux syndicats antillais qui refusent aujourd'hui, à juste titre, de participer à cette opération de communication manquée.

C’est sans doute très bien de décorer, comme cela fut le cas cet hiver, les "belles intelligences françaises" qui ont déclaré que les Martiniquais sont des «assistés ». Mais ce serait encore mieux, pour la dignité de l’ordre national de la Légion d'honneur, de rendre justice au général Dumas.

vendredi 8 mai 2009

10 mai 2009, après les états généraux de l’outre mer, la tentative de liquidation de la mémoire de l'esclavage

Le nouveau décret du Premier ministre concernant le comité pour la mémoire de l’esclavage a été publié le 7 mai 2009 au journal officiel. Le comité pour la mémoire de l’esclavage instauré en janvier 2004, change de nom et devient "comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage". Les membres de ce comité sont toujours 12 mais leur mandat est réduit à 3 ans. Assisté par un secrétaire général, « le comité comprend douze personnalités qualifiées, choisies en raison de leurs compétences et de leur expérience en matière de recherche, d'enseignement, de conservation, de diffusion ou de transmission de l'histoire et des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition. » Le comité comprenait jusqu’ici quatre personnalités choisies en considération de leurs travaux de recherche dans le domaine de la traite ou de l'esclavage, mais également quatre personnalités choisies en considération de leur activité associative pour la défense de la mémoire des esclaves et quatre personnalités choisies en considération de leur connaissance de l'outre-mer français. L’activité associative pour la défense de la mémoire des esclaves et la connaissance de l’outre mer français ne semblent plus être des critères de nomination des membres du comité qui devient, de fait, un comité d’universitaires et de fonctionnaires. La séparation entre le comité de l’esclavage et l’outre mer et les associations est désormais un fait flagrant et acté. C’est dans cette logique que la partie officielle de la cérémonie du 10 mai, censée rassembler les descendants d’esclaves en présence du président de la République, a été délocalisée à Bordeaux. L’outre mer, depuis le XVIIe siècle n’est-il par l’"eldorado des Aquitains". N’est-ce pas à Bordeaux que les békés viennent depuis cette époque chercher leurs femmes pour préserver la « pureté de la race » ? Ce qui est présenté comme un événement est l’inauguration ministérielle d’une salle de musée en l’absence du Président et des descendants d’esclaves. Cette inauguration aurait pu se faire dans les mêmes conditions à toute autre date de l’année. Le déplacement à Bordeaux, ville des plus conservatrices qui a construit sa prospérité sur la traite mais qui est aussi une ville où les békés antillais disposent encore d’une influence économique et sociale extrêmement importante tandis que les associations d’ultramarins n’y ont aucune influence, est lourde de sens. Le système économique du container à destination des Antilles ayant remplacé la logique du commerce triangulaire, c’est là où les containers métropolitains partent pour les Antilles que la "fête" aura lieu. L’esclavage, système économique producteur de racisme ayant laissé des séquelles dans les sociétés d’outre mer, est exclu du 10 mai qui devient une commémoration exclusive, et par ailleurs extrêmement ambiguë, de la traite dont certains historiens révisionnistes ont tenté de montrer que c'était une oeuvre humanitaire et que les seules responsabilités étaient du côté des Africains. Des efforts constants ont été constatés depuis 2003 pour réduire la question de l’esclavage à la traite et la traite à une prétendue « question noire » véhiculant l’obsession raciste d’une partie de la population française. Dans cette logique, il est certainement qu’en 2010, la partie officielle de la cérémonie, de Bordeaux, sera célébrée à Gorée. Par ailleurs, le gouvernement table évidemment sur le fait que, durant les 5 prochaines années, le 10 mai sera célébré un jour ouvré, de sorte que les descendants d’esclaves soient totalement et définitivement exclus d’une question qu’on souhaiterait confier à de prétendus spécialistes qui y trouveront, de toute évidence, leur intérêt matériel en devenant des bureaucrates de l’histoire de l’esclavage. On fera en sorte qu'ils en vivent très bien pour que les mêmes occupent durablement le terrain. De toute évidence, on peut s’attendre à ce que le comité, dont la composition, décidée par l'Elysée, sera officiellemnt connue dans les prochainnes heures, soit présidé par un descendant ou une descendante d’esclavagiste. Le seul problème c’est que ce plan insensé, dont on fait endosser la responsabilité au Premier ministre, et qui vient compléter la mascarade des « états-généraux de l’Outre mer », fait courir au président de la République le risque d’une rupture totale et définitive avec l’Outre mer. S'agirait il d'une provocation pour pousser vers l'indépendance des populations qui n'en veulent pas ? Bien entendu, on va chercher à démontrer que les activités des associations qui défendent la mémoire des esclaves se réduisent aux gesticulations de quelques agités racistes. Des associations qu'on connaît bien et qui se trouvent subventionnées en sous main par ceux qui lont intérêt à ce qu'elles existent et fassent peur, sont prêtes à jouer ce rôle. Dès le 10 mai 2009. Le seul remède, dans ces conditions, c’est que les associatifs et les populations ultramarines de métropole s’organisent en comité pour porter le 10 mai et revendiquent dès à présent que la journée soit chomée à partir de 2010. La solution d’une manifestation pérenne et nationale place du général-Catroux à Paris est très certainement la meilleure. C’est pourquoi le rassemblement en hommage aux victimes et aux héros de l’esclavage aura lieu dimanche 10 mai à 14 heures, place du général Catroux à Paris, n’en déplaise aux apprentis sorciers qui entraînent le gouvernement sur une pente dangereuse et qui porteront une très lourde responsabilité dans l’évolution de l’outre mer français au cours des prochaines années, voire des prochains mois. la prise de conscience, par la ville de Paris, de cette évidence est une excellente chose. On se réjouit qu'elle s'associe pleinement à la manifestation du 10 mai 2009 place du général-Catroux et on espère que le maire accordera dès le lundi 10 mai 2010 une journée de congé aux milliers d'employés de la ville originaires d'outre mer pour qu'il reste au moins quelque chose de la loi Taubira, malgré toutes ces manoeuvres.

vendredi 26 juin 2009

Un think tank pour l'outre mer

La question de l’outre mer me semble aujourd’hui trop sérieuse pour la laisser à des politiques qui ne raisonnent qu’à l’horizon des prochaines élections, ni à des technocrates obsédés par leur carrière et incapables de poser les questions auxquels ils n’ont pas de réponses toutes faites. Certes, la politique de la République n’est plus une politique coloniale. Mais c’est une politique entièrement héritée de la tradition coloniale fondée sur le racisme et la méfiance à l’égard des «indigènes» dont les mieux formés et les plus intelligents sont systématiquement fichés comme suspects au lieu d’être consultés. Un exemple : la manière dont le problème des originaires d’outre mer en métropole a été jusqu’à présent traité, tellement caricaturale qu’elle se termine aujourd’hui dans le scandale. C’est attitude de méfiance vis-à-vis de l’élite des Français des DOM ou originaires des DOM est la raison majeure de l’échec manifeste des « états généraux de l’outre mer» qui n’aboutiront qu’au ridicule si leur principe même n’est pas rapidement repensé par des gens qui d’abord soient capables de penser et ensuite qui en aient le courage. Au moment de la crise, faute de vouloir s’appuyer sur des élites auxquelles on ne faisait pas confiance, le gouvernement s’est retrouvé d’un coup sans aucun autre relais que les « grands » élus, les fonctionnaires aux ordres et quelques figures médiatiques dont la raison d’être n’est pas de penser mais d’avoir l’air de penser. S’accrocher à des slogans creux, imaginés par des « communicants » dans l’espoir de masquer les vrais problèmes est une attitude qui ne peut au mieux que retarder une explosion inévitable. Le mépris voué aux véritables intellectuels (facilement reconnaissables au fait qu’ils imaginent des solutions aux problèmes réels au lieu de chercher à adapter de faux- problèmes à des solutions prêtes à l’emploi) la flagornerie systématiquement dispensée à de prétendus experts toujours recrutés sur le critère de l’intérêt politique à court terme ou de la servilité et que, de toute, façon, on n’écoute jamais, n’ont fait qu’exaspérer les tensions. Chaque fois que je me suis efforcé, depuis cinq ans, par simple civisme, d’alerter les responsables sur l’imminence d’une déflagration - les conditions politiques, économiques, sociales et culturelles étant manifestement réunies - il m’a été répondu que l’outre mer ne figurait pas parmi les préoccupations politiques majeures du moment. Cet automne encore, on ricanait dans certains bureaux lorsque j’annonçais l’incendie et m’interrogeais sur les pompiers qu’on serait en mesure, le cas échéant, de mobiliser. Il aura fallu un détonateur - l’entrée en fonctions de Barack Obama qui a déclenché le jour même une paralysie totale de la Guadeloupe et de la Martinique - pour qu’enfin on se préoccupe du sort de ces deux îles L’ère du doudouisme et du paternalisme est une ère révolue. L’outre mer de papa qui se réglait à coups de cocktails rue Oudinot, de comités réunissant les béni-oui-oui, de subventions aux associations fantoches, de décorations savamment saupoudrées, de processions devant Saint-Césaire, ne fait plus recette. Comment sortir de la crise qui secoue les Antilles sans l’intervention d’esprits libres et bien formés ? C’est pourquoi je travaille à mettre en place un think tank indépendant qui réunira les meilleurs experts pour éclairer à la seule lumière de l’intelligence les questions qui se posent aujourd’hui à propos de l’outre mer français. Les problèmes seront abordés en profondeur et sans aucun tabou. On prendra le temps -mieux encore que d’auditionner - d’écouter toutes les parties prenantes sans exception aucune. On se donnera les moyens de rendre les conclusions de cette expertise à un niveau international.

lundi 17 août 2009

Tolérance zéro : M. Girot de Langlade, suspendu d’une mission qu’il venait de terminer

M. Girot de Langlade, rejeton d’une famille auvergnate qui doit tout à Napoléon, n'est évidemment pas agent de sécurité. Il est préfet. Mis en position hors cadre en 2007 du fait de déclarations visant les Roms qui n’ont abouti à aucune condamnation, on a considéré qu’il était particulièrement qualifié pour s’occuper à La Réunion des états généraux de l’Outre mer, la réponse du gouvernement aux grèves de Guadeloupe et de Martinique. De retour de cette mission, il aurait agressé deux agents de sécurité de l’aéroport d’Orly au motif de leur couleur qu’il jugeait inacceptable en France. L’un des agents de sécurité, une "Antillaise", précise la presse française, a déposé plainte. Le ministre de l’Intérieur a alors annoncé qu’il suspendait le préfet auvergnat de sa mission de correspondant des états généraux de l’Outre mer. Mais cette mission était achevée. Tout le monde a pourtant dit que M. Girot de Langlade était « suspendu ». Mais, apparemment, il est toujours préfet et bénéficie du traitement associé à ce titre. Il est par ailleurs toujours membre de la Légion d’honneur, celle que l’on continue, sous différents prétextes, à refuser au général Dumas. M. Girot de Langlade est-il raciste ? Pas plus, certainement, que Georges Frêche et Alain Finkielkraut qui déploraient naguère la couleur des joueurs de l’équipe de France de football, que feu Pascal Sevran qui déclarait que le sexe des Africains males est responsable des malheurs de leur continent et qu’il faudrait les stériliser, qu’Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, soutenant que Paris n’est pas un village africain et que les immigrés n’y sont pas à leur place, que les békés Alain Hugues Despointes, gardien de la «race blanche» à la Martinique et Hervé Damoiseau qui déclarait récemment que les Guadeloupéens colorés, s’ils ne sont pas contents, n’ont qu’à retourner au Sénégal. Aucune de ces personnes n’ayant été condamnée, on doute que M. Girot de Langlade le soit. En France, quand on a la bonne couleur, être raciste n’est pas répréhensible. Le dire ne l’est pas non plus. La loi n’intervient (timidement et tout en légitimant au passage la notion de "race humaine") que lorsque le racisme accompagne certains délits. Mais, s’agissant des populations d’origine antillaise ou africaine, force est de constater qu’elle est rarement appliquée. Il faut dire que deux Français sur trois affirment croire à la notion de "race humaine" (sondage CNCDH) et que près d’un Français sur cinq n’hésite pas à dire que certaines "races" sont supérieures aux autres. Tout ce qu’on sait de M. Girot de Langlade, c’est que cet Auvergnat de 63 ans est un bon chiraquien. Après avoir passé 11 ans dans la Corrèze (il officie dès 1987 dans l’arrondissement d’Ussel où réside Jacques Chirac) il réussit le tour de force de passer du poste de sous-préfet de Brive à celui de préfet sans changer de département. Hormis les meuglements des vaches limousines et le fumet du lisier de porc, dans la Corrèze, point de ces « bruits » ni de ces « odeurs » que M. Chirac jugeait insupportables, s’agissant des populations immigrées. Girot fut nommé, le 7 juillet 2004, préfet de la Guadeloupe sur proposition de Dominique de Villepin et de Brigitte Girardin, ministre de l’Outre mer, (depuis présidente du club villepiniste). Grâce au grand poète, spécialiste des exploits haïtiens de Napoléon, les Guadeloupéens ont eu la chance d’hériter ainsi de la fine fleur du corps préfectoral. On s’étonne qu’ils ne soient pas contents. Ah les ingrats ! Pauvre Langlade ! Que fait-on de la présomption d’innocence puisqu’on le sanctionne avec une sévérité inouïe, en le suspendant d’une mission qu’il venait d’achever au moment des faits qui lui sont reprochés ? Le voici remplacé par Françoise Vergès dont on va certainement entendre la réaction. Cette mission sensible, imaginée pour calmer le sentiment d’injustice des Français descendants d’esclaves, qui donc a eu l'idée de la confier à ce pauvre Paul ? Certains agités s’empressent d’emblée d’accuser Richard Samuel, le coordinateur des « états généraux de l’Outre mer ». M. Samuel serait, dit-on, d’origine afro-guadeloupéenne. On peut supposer, du fait de cette indiscrétion, que c’est à M. Samuel qu’on attribuera, le moment venu, la responsabilité de l’échec des états généraux de l’Outre mer. Même si cela se murmure en coulisse, fallait-il l’annoncer si tôt ? Dans un pays comme la France, quand un Afro-descendant mâle est nommé à un poste de responsabilité, on peut être sûr qu’on le croit sot et soumis. Quoi qu'il en soit, il faut avoir la curiosité d’aller sur le site des états généraux de l’Outre mer (où M. Girot de Langlade, pourtant « suspendu », figure toujours) Mis à part les figures habituelles de la Françantille, mis à part un fou furieux qui vitupère contre son ex-ami Girot de Langlade (une occasion inespérée de démontrer que lui-même n’est pas plus raciste qu’il n’est homophobe et de se venger de n’être pas préfet) mis à part les quelques bons nègres connus pour être, par nécessité sans doute, amis des négrophobes, mis à part quelques descendants de négriers sur lesquels on n’aura pas la cruauté d’insister puisqu’ils ne s’en vantent pas, qui sont-ils ces préfets métropolitains, ces hauts fonctionnaires assurant, pour les « états généraux », des fonctions de « correspondants locaux » dans les départements d’outre mer ou de «rapporteurs nationaux» ? Le fait qu’un Girot de Langlade se soit glissé parmi eux est-il un hasard ou les autres sont ils tous comme lui ? On se réjouit en tout cas qu’on n’ait pas retiré sa Légion d’honneur à ce pauvre homme et qu’il continue au moins à percevoir son traitement sans rien faire. Qu’il continue à profiter, dans son Auvergne natale, d’un repos bien mérité en attendant que la justice démontre, une fois de plus, qu’il n’est pas raciste, mais victime de l’acharnement de quelques excités : des « noirs » (en France tous, par nature, « anti-blancs ») et des voleurs de poules, certainement. Le temps que la justice se soit prononcée, cette victime aura atteint l’âge de la retraite. N’est-ce pas injuste ? Puisqu’enfin il est presque sûr que Paul Girot de Langlade n’est pas raciste (le risque d’une condamnation étant minime) on devrait le nommer dans le 93 pour finir sa carrière. À Bobigny, cet homme « qui n’a pas l’habitude de se cacher derrière son petit doigt » mettrait de l’ordre chez tous ces sauvages qu’on a parqués aux portes de Paris. On attend en tout cas avec impatience le résultat de ces fameux « états généraux » dont il fut l’un des artisans et qui pourraient peut-être, tant qu'on y est, servir de charte française de l’antiracisme puisque les personnalités qualifiées et méritantes qui y ont participé ne sont pas plus racistes, certainement, que Paul Girot de Langlade.

samedi 29 août 2009

La légion d’honneur du général Dumas : vers une nouvelle affaire Dreyfus ?

La Légion d’honneur est la plus haute décoration française. L’avoir ou pas n’a guère d’importance. On ne la demande pas. On ne la refuse pas. Il y a des gens remarquables, mais parfois aussi des gens méprisables, qui l’ont. Il y a des gens remarquables, mais parfois aussi des gens méprisables, qui ne l’ont pas. Ce qui est intéressant, dans le cas exemplaire du général Dumas c’est qu’il s’agit d’un personnage historique hors du commun et totalement effacé des livres d’histoire à cause de la couleur de sa peau et de ses origines. D’autant plus que la réussite de ce républicain de gauche avait été fulgurante et qu’il est absolument inattaquable. Même Philippe de Villiers est obligé de se découvrir devant ce « bleu » qui démissionna pour ne pas massacrer les Vendéens, ses adversaires. Le courage et l’honneur personnifiés. Or le général Dumas est le seul général de l’histoire de France, depuis la création de l’ordre en 1802, à ne pas avoir été gratifié de cette décoration. Parce que c'était un "nègre" et qu'en France, depuis 1802, les "nègres", on ne les aime pas trop. Surtout pas en généraux. Au fait, combien de nègres généraux dans la France de 2009, Monsieur le ministre de la Défense ? Vous ne tenez pas de statiistiques ethniques. Vous avez raison. Mais pensez-y de temps en temps. Outre les exploits du général Dumas, son fils est une figure constitutive de ce que certains appellent l’identité française. J’ai expliqué dans mon dernier livre, "Le Diable noir" (éditions Alphée-Jean-Paul Bertrand) en quoi le général Dumas est sans conteste le modèle principal de tous les romans de son fils et, en particulier, des "Trois Mousquetaires". Une évidence qui rend malades beaucoup de racistes, obligés de contourner le problème.

En 2001, avant l’élection présidentielle, Jacques Chirac, qui manquait d’idées - c’est le moins que l’on puisse dire – a écouté la proposition d’une de ses conseillères, Valérie Terranova : transférer les cendres d’Alexandre Dumas au Panthéon. Ni Terranova ni, a fortiori, Chirac, n’imaginaient un seul instant le service qu’ils allaient rendre au général Dumas et le vilain tour qu’ils jouaient à Dominique de Villepin, dont la fascination pour Napoléon, contre toute attente, allait sérieusement entraver les ambitions. Je me suis empressé d’occuper la brèche depuis huit ans, faisant sauter les verrous (dont la napoléonite) avec les moyens appropriés. Alexandre Dumas honoré par la République, voilà qui oblige la République – tôt ou tard - à honorer le général Dumas. Le fils a consacré sa vie à venger son père et certaines vengeances durent longtemps. Alexandre, outre qu’il a subi toute sa vie le racisme de ses contemporains, a toujours voulu que justice soit rendue à son père. Et il l’a écrit dès 1838 en réclamant un monument qui devait n’être érigé qu’en 1913 à Paris, détruit bien sûr par les nazis en 1943, réinstallé symboliquement le 4 avril 2009 à mon initiative (place du général-Catroux à Paris). Ce monument gigantesque, figurant des fers d’esclave rompus, insiste avec toute la lourdeur nécessaire sur l’aspect le plus dérangeant de l’histoire des Dumas : le général Dumas était né esclave dans la colonie de Saint-Domingue, aujourd’hui République d’Haïti.

La Légion d’Honneur a été créée par Napoléon la veille du jour où il rétablissait l’esclavage dans les colonies françaises. Et le grand maître de la Légion d’Honneur n’est autre que le président de la République, Nicolas Sarkozy. J’ai profité de la première l’occasion de le croiser, le 8 février 2008 et là, les yeux dans les yeux, je lui ai posé clairement la question : «Vous qui parlez de rupture, allez-vous oui ou non réintégrer le général Dumas dans ses droits et lui accorder la Légion d’honneur à titre posthume, ce que votre prédécesseur a refusé de faire ? ». Imaginez bien la scène. C’était à l’Elysée et cela a duré environ deux minutes. Nicolas Sarkozy ne connaissait pas le général Dumas et ne s’en est pas caché. Il m’a demandé de lui adresser un exemplaire la première biographie que j’avais publiée en 2002, Alexandre Dumas le dragon de la Reine (épuisé) et promis qu’après avoir lue, il ferait le nécessaire. Donc il peut faire le nécessaire. L’après-midi, le livre était sur son bureau. Naturellement, il a fallu secouer le cocotier car les conseillers du président de la République ne se sont guère empressés de «faire le nécessaire». Outre que plusieurs d’entre eux se moquent éperdument du général Dumas et ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre) le caractère exemplaire de cette cause, eu égard à mon engagement pour la cause des descendants d’esclaves, mes positions contre le coup d’Etat en Haïti en 2004, mon obstination à dénoncer certains voyous qui se disent proches du Président et nuisent gravement à son image, mon mépris pour l’esclavagiste Napoléon et surtout pour les racistes qui le glorifient, mon analyse des préjugés coloniaux français - que d’aucuns disent dévastatrice - et surtout à mon indépendance, cela peut se comprendre. J’ai dû insister. Nicolas Sarkozy m’a adressé une lettre très polie pour ne pas dire aimable. Les termes étaient minutieusement pesés. Après avoir lu mon livre, apparemment, ou l’avoir fait lire par des conseillers qui lui ont rédigé une note détaillée, il reconnaissait non seulement les mérites du général Dumas, mais la dette de la France à son égard. La dette. C’est Nicolas Sarkozy qui a utilisé ce mot et la lettre est signée de sa main. Pour ce qui est de la Légion d’Honneur, suivant l’avis de ses conseillers, il s’est abrité derrière la réglementation en vigueur (qu’il a cependant tout loisir de modifier à sa guise) : pas de remise de décoration à titre posthume, si ce n’est pour les militaires morts au combat dans le mois qui suit leur décès. La grande chancellerie n’a pas envie d’être submergée de demandes qui, pour être examinées, demanderaient un travail considérable. Très bien. Alors j’ai utilisé un argument imparable : le général Dumas était de droit membre de la Légion d’Honneur. La législation raciste de Napoléon l’a empêché de faire valoir ses droits. À Nicolas Sarkozy de réintégrer solennellement le général Dumas dans ses droits et de montrer qu’à travers ce geste la République française – au-delà des préoccupations à court terme d’un politicien de droite qui doit forcément ménager l’extrême droite s’il veut être réélu - condamne le racisme, y compris la négrophobie. Une pétition a été mise en ligne le 14 avril 2009. Elle a déjà recueilli plus de 2000 signatures – parmi lesquelles des intellectuels du monde entier - jusqu’à présent dans l’indifférence des principaux médias français. Même Villers-Cotterêts, la ville qui a accueilli le général Dumas en 1789, mais aussi la ville de France où le vote pour le Front national est le plus important, a pris position. La pétition a en effet été relayée par le maire de cette commune, Jean-Claude Pruski (PS), la plupart de ses adjoints et de nombreux administrés. Leur signature figure en bonne place sur la pétition. Le nombre des pétitionnaires augmente de jour en jour. Les politiques finiront par prendre position. Le secrétaire d’Etat à l’Outre mer, Yves Jego, l’avait fait avec courage avant d’être remercié comme on sait. Idem pour Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’Egalité des chances, qui a tout de suite compris l’enjeu de ce dossier. Quelle sera l’attitude de Marie-Luce Penchard qui vient de succéder à Yves Jego et qui est parfaitement au courrant (puisque nous nous sommes rencontrés, je crois, le 8 décembre 2008 à ce sujet, et à la demande de Claude Guéant) ? Et les socialistes : Frêche ou Dumas ? Et l'ancien lieutenant Le Pen, qu'en dit-il du général Dumas ? Et Finkielkraut, la "belle intelligence française", récemment promu officier de la Légion d'Honneur par NS, va-t-il signer la pétition du "normalien noir" pour le "général noir" ? Et les francs-maçons de France, vont ils la signer la pétition pour leur frère Dumas, injustement écarté de l'honneur français ? Etr les anciens combattants, vont-ils rester indifférents à ce brave des braves qui, le sabre à la main, ceint de son écharpe tricolore, résista seul sur un pont à une horde d'Autrichiens déchaînés contre le Diable noir ? Tout cela parce qu'il avait, lui le "nègre", l'ancien esclave, le sans-papiers, l'Africain qui était entré dans l'histoire par la grande porte, une certaine idée de la france et de l'honneur français ? La Légion d’honneur du général Dumas est un dossier majeur car la décision que prendra Nicolas Sarkozy, très observée aux Antilles, mais aussi à l’étranger - et en particulier aux USA - montrera sa position réelle par rapport au racisme qui gangrène une certaine France depuis 1802. Peut-il imaginer de se rendre en Haïti, comme il en avait le projet, sans avoir préalablement rendu justice au général Dumas ? Quelle serait sa réaction si Barack Obama en personne, un jour - who knows ? - se sentait obligé de lui parler de cette affaire ? Certains proches du président américain n’ont-ils pas déjà signé la pétition ?

pour signer: http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

Les éléments du débat sont sur facebook (extrait des lettres de Nicolas Sarkozy et Yves Jego, preuve que le général Dumas était bien membre de droit de la Légion d'honneur)

http://www.facebook.com/home.php#/note.php?note_id=136782589084&ref=mf

jeudi 14 janvier 2010

Le devoir particulier de la France envers Haïti

Haïti est frappée, une fois de plus, mais Haïti se relèvera, malgré ses souffrances. Haïti existe et continuera d’exister, n’en déplaise aux racistes. J’entends pleurer les crocodiles. La fatalité. Une malédiction peut-être. Le diable probablement. Ces reptiles affligés sous-entendent que les Haïtiens auraient fait certainement quelque chose de terrible pour que la nature s’acharne à ce point sur eux. Cependant, aussi spectaculaire soit-il, le séisme qui fait aujourd’hui des milliers, des dizaines de milliers de victimes peut-être, est-il plus violent que les catastrophes imposées à ce pays depuis trois siècles par des hommes? Et puisqu’il faut bien qu’un Français au moins le dise, j’avoue, en tant que français, que mon pays porte, à l’égard des malheurs d’Haïti, une responsabilité particulière. La France y a déporté pendant cent cinquante ans un million d’hommes, de femmes et d’enfants d’Afrique, niant qu’ils fussent des êtres humains, les exploitant en esclavage d’une manière qui ne leur laissait qu’une espérance de vie de quelques années seulement. Ces hommes, ces femmes et ces enfants ont pris les armes. Deux ans plus tôt, les bourgeois de Nantes et de Bordeaux, devenus députés, pensaient qu’ils pourraient se déclarer, eux, libres et égaux tout en continuant de s’enrichir en trafiquant les Africains.

Les Haïtiens, en abattant l’esclavage, ont rendu la déclaration des droits de l’homme universelle, sans distinction de couleur. Napoléon a voulu les remettre dans les fers. Ne pouvant y parvenir, il a tenté l’extermination sur le fondement de la couleur, utilisant tous les moyens, ouvrant en quelque sorte la voie à toutes les barbaries. Ce n’est pas à Napoléon qu’il faut en vouloir, mais à ceux qui aujourd’hui encore tentent de défendre ses bassesses parce qu’ils aimeraient les reproduire.

L’indépendance était la seule issue. Les Haïtiens ont gagné la guerre contre l’armée qui faisait trembler l’Europe et le monde. Vingt et un ans plus tard, les Français, pour se rembourser du prix des esclaves qu’ils avaient perdus, ont imposé par la force un traité par lequel les Haïtiens se condamnaient d’avance à la misère. Cent vingt-cinq millions de francs or, réduits à quatre vingt dix millions, mais alourdis des intérêts des emprunts que naturellement des banquiers français s’étaient empressés de consentir. Le principal représentait au bas mot l’équivalent d’un milliard d’euros. On ne sait trop à quelle somme on aboutirait si l’on tenait compte de la dépense globale imposée aux Haïtiens par cette opération de racket. Ils ont mis plus d’un siècle à payer. En 1972 encore, la France ergotait sur des sommes dérisoires qu’elle exigea avant de signer un prétendu traité de coopération. En 2004, un grand admirateur de Napoléon, devenu ministre des Affaires étrangères, a fini d’enfoncer Haïti dans le marasme en y soutenant un coup d’État qui a occasionné, hélas, par ses conséquences, autant de morts qu’on risque d’en dénombrer après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Des rapports objectifs l’attestent. Aucun Français n’a eu le courage de se dresser contre cette révoltante injustice ni de dénoncer l’enlèvement d’un président démocratiquement élu. Personne n’a osé protester contre ce coup d’État qui n’avait d’autre but que d’empêcher Haïti de célébrer le bicentenaire de son indépendance. Personne excepté moi. Il est des circonstances où la voix discordante d’un seul homme peut sauver l’honneur d’un pays tout entier. L’histoire l’a démontré. L’histoire peut le démontrer encore.

Au moment où le tremblement de terre a frappé Port-au-Prince, les pays qui se vantent de constituer la communauté internationale (dont les Africains et leurs descendants seraient implicitement exclus) s’apprêtaient à organiser des élections prétendument démocratiques, en interdisant au principal parti haïtien d’y prendre part, quitte à obtenir un résultat acceptable avec deux pour cent de participation au scrutin.

Le chef de ce parti éliminé par le monde dit civilisé, en exil forcé depuis six ans, protégé des assassins par l’Union africaine et la Caricom, n’aurait pas le droit de rentrer chez lui parce qu’il dérangerait le jeu dont quelques anciens pays esclavagistes auraient fixé les règles ?




Certes, le passé est le passé. En tant que français qui n’a pas dédaigné de porter les armes pour son pays (ce qui n’est pas le cas de tous ceux qui me critiquent) je ne cherche pas à humilier ma patrie. Mais certains trous de mémoire ne sont-ils pas plus humiliants encore que certains repentirs ?




J’observe que les chefs d’État de la République française se sont rendus dans tous les pays du monde. Tous les pays, sauf un : Haïti. Cette absence ne trahirait-elle pas un embarras ? Une gêne obscure ? La France n’a peut être pas de dette à l’égard d’Haïti. Mais n’aurait-elle pas un devoir ?




C’est pourquoi j’appelle le président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, d’abord à débloquer, pour cette ancienne colonie, qui n’a pas renoncé à parler notre langue, une somme assez significative pour qu’elle n’ait pas l’air d’une misérable et indigne aumône qui ridiculiserait la France eu égard à l’effort consenti par d’autres nations qui n’ont, elles, rien à se reprocher.

Je l’appelle également à se rendre dès à présent en Haïti pour qu’il soit ainsi le premier chef d’État de la République à accomplir ce geste fort. Au nom de la dignité de la France, au nom de l’identité nationale dont il veut que nous débattions. Oui, de l’identité nationale, car, sans même tenir compte des dizaines de milliers de Français d’origine haïtienne qui apprécieraient ce signe de solidarité, Haïti, qui fit vivre pendant cent cinquante ans un Français sur huit, fait partie intégrante, comme l’histoire de l’esclavage, de l’identité nationale, aussi sûrement que ma part de refoulé fait partie de moi-même.




J’appelle du même coup le président de la République française à rendre à l’instant ses droits au plus méritant des Haïtiens de France, le général Alexandre Dumas, père du célèbre écrivain, qui s’est sacrifié pour la Révolution et la République et dont on refuse depuis deux cent huit ans, simplement à cause de sa couleur et de son origine, de lui rendre la place qu’il mérite dans le cœur et la mémoire des Français.




Voici que qu’écrivait le fils de ce héros en 1838 : Il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France.










		

samedi 16 janvier 2010

Pourquoi Aristide ne rentrerait-il pas chez lui ?

Jean-Bertrand Aristide vient d'exprimer son intention de rentrer chez lui après 6 ans d'exil forcé en Afrique du sud sous la protection de la Caricom et de l'OUA. Des "journalistes", qui me semblent confondre information et propagande raciste, ont immédiatement ressorti les calomnies préparées en 2004 dans les officines de MM. Bush et de Villepin. Sous leur plume, l'enlèvement d'un président démocratiquement élu par les forces spéciales devient une "démission". La déstabilisation et le coup d'Etat organisé par 40 mercenaires pour 2 millions de dollars (dont deux seulement ont été versés par les pingres commanditaires, ce qui a sauvé la vie du président) deviennent une "victoire de l'opposition". M. Eric Bosc, "diplomate" français spécialisé dans les basses-oeuvres, qui vient d'être expulsé de son poste au Togo pour ingérence dans les affaires du pays et qui servait précédemment à Port au Prince dans le rôle peu glorieux de manipulateur de la presse française, pourrait certainement apporter un témoignage intéressant sur le rôle de Paris dans cette sale affaire. Véronique Albanel, née de Villepin, actuellement dame patronnesse à Sciences Po, pourrait également nous éclairer sur la partie qu'elle a jouée, envoyée qu'elle était chez les "nègres" par son frère telle une nouvelle Pauline Bonaparte. Le plus répugnant était certainement Régis Debray, aujourd'hui apôtre de la fraternité et conférencier, pour vendre sa prose nulle et ampoulée, dans les obédiences maçonniques, naguère petit mercenaire chiraquien chargé de rallier au coup d'Etat les "intellectuels" haïtiens qui allaient accepter de cracher sur leur pays pour quelques misérables contrats d'édition, quelques visas, quelques postes dans l'université française, quelques déjeuners dans l'hôtel particulier de Mme Véronique Rossillon, rue Las Cases à Paris, où se croisait, sous la houlette de l'ambassadeur de France à Port-au-Prince, M. Thierry Burkard, terrorisé par les prétendus "sortilèges vaudous" et les "messes noires", la fine fleur de ces apprentis-comploteurs. Aux côtés de ces gens de peu, on trouvait un Marcel Dorigny, un Jacky Dahomay, "nègre de service" censé représenter la Guadeloupe. Le coup d'Etat a été préparé par M. de Villepin chez Edouard Glissant, en Martinique, lors de la Noël 2003. Glissant, récompensé ensuite par une sinécure, était chargé de mettre en contact les békés de la Martinique dont l'épouse de M. de Villepin faisait partie, avec Aimé Césaire. On redoutait les réactions de ce dernier, mais, du fait de son grand âge, il ne comprit rien à ce qui se passait et donna au coup d'Etat une apparence de bénédiction. Pouah ! Pour les analyses, on se reportera au livre majeur de Peter Hallward : Damming the Flood (Versobooks) et à celui de Randall Robinson, "An Unbroken Agony"qui sera bientôt traduit en français. J'ai assisté aux péripéties de ce coup d'Etat qui n 'avait d'autre but que d'éviter la célébration du bicentenaire d'Haïti et d'écarter un homme qui voulait sincèrement sortir son pays de la misère et de la dépendance internationale. Le coup d'Etat de 2004 a fait 50 000 morts. Autant que le tremblement de terre de 2010. M. Aristide, calomnié par ceux qui ont peur de son retour, ne fait à ma connaissance l'objet d'aucune condamnation ni d'aucune procédure. Les lettres de cachet, qui permettaient, sous l'ancien régime en France, de condamner et d'exiler sans jugement ont été abolies en 1789. Jean-Bertrand Aristide, comme tout citoyen haïtien, a le droit de rentrer chez lui si bon lui semble. S'il a besoin d'une autorisation, il a celle de 9 millions d'Haïtiens. S'il veut apporter son aide à la reconstruction de son pays en arrivant à Port-au-Prince avec un avion chargé de vivres et de médicaments, quoi de choquant ? Et s'il veut continuer à participer à la vie politique de son pays, cela ne peut déranger que ceux qui craignent sa popularité. Je ne pense pas qu'un pays puisse se reconstruire en écartant le parti dominant, en manipulant les élections et en tirant à l'arme automatique, comment on le fait depuis six ans, sur les partisans d'un homme politique. Ces partisans, ce sont les plus pauvres et il est peu probable que les misérables 500 millions de dollars promis, mais non versés, par la "communauté internationale", alors qu'il faudrait au moins 10 milliards pour relever le pays, fassent diminuer leur nombre.

dimanche 17 janvier 2010

Haïti : vers une nouvelle occupation américaine ?

L’envoi de 10 000 marines en Haïti, la prise de contrôle par les USA de tous les points stratégiques, à commencer par l’aéroport de Port-au-Prince, le refus de laisser atterrir, sous prétexte de saturation, un avion français : tout semble annoncer une prise de contrôle d’Haïti par Washington. L’attitude de Paris le confirme : nomination de personnes notoirement incompétentes pour enterrer le dossier, absence du gouvernement à la cérémonie de Notre Dame du 16 janvier (alors que le président de la République et de nombreux ministres devaient in itialement s’y rendre), retrait des protestations contre la mainmise américaine sur l’aéroport Toussaint-Louverture… La marche arrière est totale. Certes, l’engagement américain, présenté comme humanitaire, a été le plus rapide. Mais on sait que l’humanitaire est un pavillon qui peut flotter sur toutes sortes de marchandises. Des émeutes révèlent qu’en réalité les Haïtiens tardent à être secourus, ou du moins que les secours sont sélectifs. On peut s’attendre à des émeutes qui seraient réprimées grâce à un impressionnant déploiement militaire. La mainmise sur Haïti est un scénario étudié depuis longtemps. La preuve en est que l’ambassade des USA, récemment construite, n’a pas souffert du séisme, à la différence de l’ambassade de France. Depuis plusieurs années, dans le programme de rénovation de toutes les ambassades américaines dans le monde entier, celle de Port-au-Prince était présentée comme aussi stratégique que celle de Bagdad. Le séisme qui frappe aujourd’hui Port-au-Prince est une bonne occasion de prendre le contrôle d’un pays, présenté comme misérable à cause de la couleur de ses habitants, mais doté d’un riche sous-sol, avec des réserves pétrolifères qui pourraient être supérieures à celles du Vénézuela, d’importants gisements d’or et de cuivre et surtout des ressources en iridium, matériau extrêmement résistant et utilisé dans l’industrie de l’armement (protection des têtes de missiles balistiques intercontinentaux). Il faut savoir que le seul autre pays au monde à détenir d’importantes ressources d’iridium est l’Afrique du sud. Comme par hasard l’Afrique du sud était la seule nation à aider Haïti au moment de la célébration du bicentenaire de son indépendance. la France avait pourtant déployé des efforts considérables pour l'en dissuader. Depuis le coup d’État franco-américain de 2004, c’est l'Afrique du Sud qui accueille et protège l’ex-président Aristide, lequel n’a jamais fait mystère de la richesse du sous-sol de son pays. On ne pourrait suspecter les Américains de mauvaises intentions s’il n’y avait des précédents. Le 28 juillet 1915, sous prétexte de sortir Haïti d’un prétendu « chaos », les marines débarquaient comme aujourd’hui à Port-au-Prince et s’emparaient des réserves d’or de la banque nationale. Des milliers de paysans, les Cacos, s’insurgèrent alors sous la conduite de Charlemagne Péralte qui, trahi et arrêté en 1919, fut cloué par l’occupant sur une porte. La répression fut particulièrement féroce. Pour réduire les derniers foyers de résistance, les USA inaugurent en 1919 les bombardements aériens massifs. Tout résistance est écrasée en 1920. Les USA ne quittèrent le pays qu’en 1934. Dix-neuf ans d’occupation après un débarquement à des fins, comme aujourd’hui... humanitaires.

lundi 18 janvier 2010

Pourquoi la France aurait intérêt à aider Aristide à rentrer chez lui

Jean-Bertrand Aristide, avec lequel je viens d'avoir une longue conversation téléphonique, m'a confirmé qu'il était prêt à rentrer chez lui. Ceux qui le soutiennent aux USA, parmi lesquels des personnalités comme Randall Robinson, Maxine Waters, Danny Glover, Noam Chomsky, la famille Kennedy et de nombreux élus du Black Caucus, ont affrété un avion qui est prêt à décoller. Cet avion est approvisionné en vivres et en matériel médical. Il fera un crochet par l'Afrique du Sud pour y prendre l'ancien président haïtien qui, contrairement à la propagande entretenue par ceux qui ont organisé le coup d'Etat mené contre lui, est resté la personnalité la plus populaire d'Haïti. C'est grâce à Jean-Bertrand Aristide que René Préval a été élu. Je suis bien placé pour le savoir puisque c'est moi qui ai annoncé à l'ancien président, en 2005, l'intention qu'avait René Préval de se présenter aux élections et qui ai transmis sa réponse aux amis qui avaient organisé un dîner pour convaincre Préval de se présenter. La France, intoxiquée depuis six ans par la propagande grotesque entretenue par Villepin et ses amis, qui sont encore nombreux dans le personnel diplomatique, n'a aucun intérêt aujourd'hui à s'opposer à ce retour. C'est au contraire le dernier espoir pour Paris, actuellement roulé dans la farine par Obama, de participer à la reconstruction d'Haïti. J'observe l'attitude de la diplomatie française et je n'y vois qu'incohérences dues à l'ignorance et aux préjugés. Le Premier ministre nomme à la va vite pour s'occuper du dossier un Arno Klarsfeld, montrant par là l'intérêt qu'il porte à Haïti et la connaissance qu'il a du dossier. Je n'ai rien contre M. Klarsfeld. Je comprends très bien qu'occupant des fonctions d'importance nulle au cabinet du Premier ministre, il ait envie de s'occuper et surtout de se faire valoir. Cependant, je le crois plus à sa place à courir les bimbos dans les soirées parisiennes que dans cette mission. Il justifie sa nomination au motif qu'Haïti serait proche de la Martinique... Je l'invite à revoir ses cours de géographie de l'école élémentaire. Je ne parle même pas des cours d'histoire puisque l'histoire des exactions françaises en Haïti n'est pas enseignée et qu'il y aurait des cours de rattrapage à organiser au quai d'Orsay et même à Matignon. Les Américains ont refusé deux fois à l'avion de M. Klarsfeld de se poser, provoquant un incident diplomatique, ensuite démenti. M. Klarsfeld nous explique dans une interview que, lors d'une tentative d'atterrissage, il était à 20 mètres du sol haïtien et qu'il aurait pu sauter... Je ne sais où on lui a enseigné ce genre de prouesses, mais, étant moi-même pilote, je serais curieux de le voir sauter d'un avion en phase d'atterrissage à 20 mètres sol. Je me mets aux commandes et on fait l'essai quand il veut, s'il revient de Port-au-Prince. Le président Sarkozy a annoncé son intention - après que j'aie émis et transmis ce voeu à son conseiller - de se rendre en Haïti, ce qui est une bonne chose. J'avais vainement formulé pareille demande à maintes reprises, sans attendre la mort de 100 000 Haïtiens. Si le chef de l'Etat français se rend à Port au Prince, de deux choses l'une, ou c'est un triomphe historique ou c'est un fiasco humiliant pour la France. Un fiasco qui pourrait même être physiquement dangereux. Si M. Sarkozy, conseillé par des irresponsables, veut préparer le voyage avec des Klarsfeld ou des Karam, et se mettre sous la protection des Américains pour assurer sa sécurité, c'est son affaire. Mais Haïti n'est ni la Martinique, ni la Guadeloupe. Je vois mal comment il pourrait bien accueilli si 98 % de la population lui reproche de n'avoir pas dénoncé l'enlèvement par la France, en 2004, d'un président légitimement élu par un large majorité des Haïtiens. Un coup d'Etat qui, je le rappelle a fait autant de victimes que le séisme de 2010. En tout cas, si Titid rentre chez lui, je serai du voyage aux côtés, certainement, de mes amis Danny Glover et Randall Robinson. Quant à Villepin, plutôt que de donner des avis qu'on ne lui demande pas sur l'opportunité, pour le président de la République française, de se rendre ou non en Haïti, il ferait mieux de s'assurer que la dépêche diplomatique signée par l'ambassadeur de France, Thierry Burkard, indiquant que la soeur du ministre-poète est allée, sur ordre de son frère, au palais national, le 10 décembre 2003 à 15 heures, accompagnée de Régis Debray, menacer de mort le président élu d'un pays souverain, ne se mette pas à circuler.

L'interview d'Arno Klarsfeld :

http://www.leparisien.fr/seisme-haiti/la-france-et-les-etats-unis-doivent-s-unir-17-01-2010-780472.php

mardi 19 janvier 2010

Le livre explosif de Randall Robinson

Tout en suivant les événements d'Haïti et en observant que la première réunion d' "experts" internationaux est arrivée à la conclusion que j'avais mise en ligne il y a plusieurs jours déjà (ce qui est la preuve qu'on me lit) à savoir qu'il faut 10 milliards de dollars pour reconstruire le pays, je relis les épreuves d'un livre. Ce livre inquiète beaucoup de journalistes qui commencent à demander les épreuves, même non corrigées, à la maison d'édition pour savoir ce qu'il peut bien y avoir dedans. L'auteur n'est pas n'importe qui. C'est Randall Robinson, théoricien phare de la pensée afro-américaine et grand connaisseur d'Haïti. Le livre, qu'Obama et les Clinton ont lu, est paru aux USA en 2007, sous le titre "An Unbroken Agony" et il a eu beaucoup de succès. Très documenté, il revient sur toute l'histoire d'Haïti, et pas seulement l'histoire coloniale, pour expliquer son présent. Le coup d'Etat contre Aristide organisé par Bush avec l'aide de Villepin (et Chirac) y est raconté avec beaucoup de détails. Désolé, Messieurs, mais il fallait bien vous attendre à ce que la vérité sorte un jour du puits où vous pensiez l'avoir définitivement enchaînée en désinformant la presse et l'opinion. Je m'étonne de cette naïveté et je finis par croire, comme dirait Aristide, qu'il y a beaucoup de pathologie dans certaines politiques. Repensons à cette stupéfiante déclaration faite à la Guadeloupe devant Lucette Michaux-Chevry où Chirac expliquait à la presse internationale médusée qu'Haïti n'avait jamais été une colonie française... Dirigeant depuis deux ans une collection éditoriale chez Alphée-Jean-Paul Bertrand que j'ai appelée Ethiopica et qui publie, pour tempérer le racisme ambiant, quelques livres par an (essais et fictions) consacrés de près ou de loin aux problèmes liés à l'Afrique et à sa diaspora, j'ai eu l'idée de donner au public français cet ouvrage majeur sur Haïti. Depuis plus d'un an déjà, je suis en négociations avec Randall, que j'ai rencontré lors d'un de ses séjours à Paris. Il enseigne aux Etats-Unis, mais vit ordinairement sur l'île caribéenne de Saint-Christophe. Cette conversation a été étonnante car j'ai constaté que le racisme ordinaire subi en France, en particulier de la part des médias et de la classe politique, est à peu près le même aux USA où l'élection d'Obama, finalement, n'aurait changé que peu de chose, malgré l'extase dans laquelle elle a plongé les nègres de France. Du moins les plus bruyants. La seconde surprise était de me voir cité dans le livre de Randall, car je n'avais pas le sentiment que mes textes, non traduits en américain pour le moment, puissent avoir un impact outre Atlantique. Je me trompais, car les Haïtiens, francophones, qui sont parmi mes fidèles lecteurs, ont depuis plusieurs années déjà fait circuler plusieurs de mes ouvrages et en particulier Le crime de Napoléon. Circonstance assez troublante, le mardi 12 janvier, le jour où le séisme s'est déclenché, je venais juste de récupérer les épreuves du livre de Randall Robinson, après avoir déjeuné avec un expert de l'ONU. C'était il y a une semaine. Haïti n'intéressait alors absolument personne et aucun éditeur n'aurait voulu publier quoi que ce soit sur ce pays, si ce n'est pour le dénigrer comme ont pu le faire cette poignée de médiocres auteurs désignés au hasard en 2004 comme talentueux par le quai d'Orsay selon leur approbation du coup d'Etat. Des noms ? Lyonel Trouillot, Laënnec Hurbon et même René Depestre. Aristide avait demandé qu'on aide ce poète et lui faisait verser tous les mois, sur le maigre budget du ministère de la Culture d'Haïti, bien entamé soit dit en passant par le passage de Raoul Peck, de quoi payer son loyer à Nice. Je ne suis pas sûr qu'il s'en souvienne. Bref, nous avons avancé la date de parution, initialement fixée au mois de mars du livre de randall Robinson. Il sera disponible le 18 février 2010 sous le titre "Haïti, l'insupportable souffrance". J'allais oublier cette très mauvaise nouvelle pour les racistes de France : il y aura une préface pour faire le lien avec l'actualité. Et cette préface, c'est moi qui l'aurai rédigée. Autant dire que le "devoir de réserve" cher à Eric Raoult n'y sera pas plus respecté que sur ce blog.

jeudi 21 janvier 2010

Haïti, Alain Joyandet, les chats noirs la nuit

La presse « mainstream » française (celle qui fait comme si je n’existais pas, parce que j’aurais « trop de style » pour un nègre ou qui m’insulte de temps en temps) vaut vraiment la peine d’être lue en ce moment. Piochons au hasard dans ce florilège de sottises et de mensonges grossiers. Si les journalistes sont beaucoup plus nuancés qu’il y a six ans pour parler de la prétendue « démission » du président Aristide, en fait victime d’un brutal enlèvement chez lui à 4 h du matin par un commando de trente barbus des forces spéciales US emmené par Luis Moreno, le résident de la CIA à Port-au-Prince, agissant sur ordre de l’administration Bush, avec la collaboration de Villepin, en revanche, on continue à soutenir que le président aurait été poussé dehors par une «rébellion armée» (et non pas par la CIA) : en fait une cinquantaine de mercenaires payés 2 millions de dollars et qui servaient de diversion à l’opération américaine (même si Guy Philippe, la stupide marionnette présentée à la presse comme le chef des « rebelles » pensait certainement naïvement tirer parti de cette situation en levant une véritable armée et en devenant ainsi un réel interlocuteur pour ses commanditaires). Mais la chose la plus énorme que j’aie pu lire, c’est que les Haïtiens seraient « contents » de voir arriver les GI’s d’Obama (avec leur fusil caché derrière le dos) parce que - tenez-vous bien- Obama est « noir » et, comme il est « noir », les Haïtiens le considéreraient forcément comme un ami. C’est tout juste s’ils n’agiteraient pas des petits drapeaux américains. Celui ou celle qui a pu écrire cela révèle une pensée raciste primaire, selon laquelle tous les « noirs » (qui se ressemblent tous, formant une « race » dont la culture ne saurait corriger les défauts) agiraient en fonction d’une solidarité naturelle. Je ne suis pas sûr que les chats noirs miaulent et se saluent quand ils se croisent la nuit, sauf dans l’esprit malade d’ignorants arriérés dans certaines campagnes. Mais sans doute les « noirs » sont-ils beaucoup plus bêtes que les félins domestiques. C’est cette logique simpliste et pour tout dire pathologique qui a prévalu pour confier les opérations du coup d’État de 2004 à Mme Rice et à M. Powell. Comme ils étaient «noirs» dans l’esprit de ceux qui se définissent comme «blancs» et qui doivent être fiers de cette prétendue supériorité, les Haïtiens devaient être contents qu’un coup d’État soit perpétré par une «sœur» et un «frère». De même qu’ils étaient contents d’être gouvernés par leur « frère » papa Doc. M. Fillon aurait dû envoyer, dans ces conditions, une Rama Yade, au lieu d'Arno Klarsfeld, pour que les nègres haïtiens soient contents d’apprendre, par la bouche d’une « sœur » que la France ne leur doit rien et que les 24 millions de dollars généreusement octroyés par Paris (c’est le chiffre annoncé pour l’aide française) étaient le don charitable d’un pays civilisé à une horde de va-nu-pieds ingouvernables et de sauvages puants, capables à la limite, comme dirait Stephen Smith, de se « bouffer entre eux ». Surtout pas le commencement de remboursement d’une éventuelle dette pour 21 milliards de dollars de racket ajoutés à 150 années d'esclavage. Car comme dirait ce bon Chirac (Pointe à Pitre, mars 2000) : «Haïti n’a jamais été, à proprement parler, une colonie française». De même Chirac n’a-t-il jamais été, à proprement parler, un imbécile. D’ailleurs, si ma mémoire est bonne, à l’automne 2007, c’est bien Rama Yade qu’on avait envoyée en exploratrice à Port-au-Prince, à cause, je présume, de sa couleur. Ceci étant, les Haïtiens avaient peu apprécié. Pour deux raisons. D’abord parce, là-bas, les plus pauvres, qui n’ont plus leur mot à dire depuis que leur président a été enlevé, jugent d’après l’histoire (qu’ils connaissent mieux que Chirac, hélas) et non pas à la couleur du poil. L’histoire de Rama et la leur n’avaient vraiment rien à voir. Ensuite, parce que la classe dirigeante haïtienne, présentée mensongèrement par les médias comme «noire», ce qui est absolument faux, n’aime pas du tout les «nègres». « Tu pues, Kongo ! » : c’est le genre de compliments que les Syro-Libano-Américains, comme André Apaid, un «blanc» qui n’avait même pas la nationalité haïtienne, mais qui a été présenté par la presse française en 2004, comme le chef de l’ «opposition» de Port-au-Prince (de même que certaines personnes à Paris, sont montrées comme représentant l'outre-mer et la "diversité" sans que nul ne s'en étonne), ce sont ces compliments là, dis-je, que ces gens-là aiment lancer aux employés (à 1 dollar par jour) qui sont censés avoir démérité. Cette classe dominante de néo-esclavagistes blancs ou clairs de peau, qui a renversé Aristide à cause de sa couleur et de ses origines modestes, aurait été plus flattée si Paris leur avait envoyé quelque fin de race vaniteux aux manières de colon, se piquant de belles lettres (peu importe qu’il n’écrive pas lui-même ses livres) et se réclamant de Napoléon, comme on en trouve au ministère français des Affaires étrangères, un endroit où la « diversité » est particulièrement représentée, comme chacun doit savoir… Un grand coup de chapeau en tout cas au courageux ministre français qui, présent sur le terrain dès qu’il a pu, a osé parler d’occupation. M. Joyandet, je vous salue bien bas. Et je serai certainement l’un des rares à lever mon chapeau. Malheureusement, les choses étant ce qu’elles sont, j’espère pour vous que le sort qui vous est promis sera plus enviable que celui de M. Jego et que vous ne serez pas sèchement remercié au mois de mars pour avoir osé défendre, comme vous le pouviez, l’honneur de la France, singulièrement élastique de nos jours. Respect !

vendredi 22 janvier 2010

Le "rôle positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (1ère partie)

Je le savais ! Je savais bien que le fumet des cadavres d’Haïti en décomposition ferait sortir Regis Debray, l’homme qui croit que Villepin, dont il a certainement accroché le portrait dans sa chambrette, juste au-dessus de son lit, sera relaxé le 28 janvier 2010 et couronné empereur des Français en mars 2012. Regis Debray rêve d’être ministre de la Culture de Napoléon IV. Il a raison. Donc toutes les occasions sont bonnes. Il n’aura pas fallu dix jours. Quel flair ! Après les conseils donnés par Villepin à Nicolas Sarkozy, Regis Debray monte au créneau en déclarant à France Inter qu’il faut mettre Haïti sous tutelle.

Alors parlons de Régis Debray que j'admire beaucoup, je tiens à le préciser. J'aimerais avoir son style mesuré, et cette envolée qui me rappelle d'ailleurs un peu le style de Villepin. C'est vrai, je n'avais jamais remarqué : il y a quelque chose de commun dans leurs écrits. Je me demande pourquoi. Il faudra que j'y réfléchisse quand j'aurai un moment. Donc je ne me serais jamais intéressé à ce vieux réactionnaire un peu rogue, mais tellement attendrissant dans ses certitudes, ce vieux guérilléro dont les idées sont passées, certes (les costumes aussi d'ailleurs); je ne me serais jamais intéressé à lui si je ne l’avais trouvé sur ma route d’une manière étonnante que je vais narrer en détails. Inutile de revenir sur son rôle héroïque dans l’arrestation de Che Guevara. Il en a été le compagnon et il a raison de s’en glorifier. Les ex-soixante-huitards français le tiennent tous pour un révolutionnaire exemplaire. Tout ce que j'aurais voulu être ! Mais les mauvaises langues – dont la fille de Che Guevara qui n’est certainement qu’une folle minée par le chagrin - disent que c’était un traître vendu aux Américains. Viles calomnies, évidemment, simplement fondées sur le fait que Che Guevara, qui se trouvait secrètement en Bolivie en 1967 et dont une taupe de la CIA révéla la présence, écrivit des choses dans son journal. Mais j’entends déjà les lecteurs de ce grand écrivain français (et certainement futur académicien, en tout cas futur ministre de la Culture); je les entends s’indigner. Ils réclament des détails. Des détails ? Très bien, mais cela va allonger mon propos. Tant pis. Revenons en 1967. Voici ce que note le Che dans son journal le 28 mars :

"Le Français a défendu avec trop de véhémence le fait qu'il serait utile dehors."

Je ne vois là que des soupçons infondés. Debray, jeune intellectuel gaulliste déguisé en guérillero, fils d’une sénatrice gaulliste et de… je ne sais plus qui, un autre gaulliste, je crois, était à l’époque en Bolivie avec Che Guevara. Mais il était pressé de s’en aller. Le Che se méfiait de cette envie précipitée de prendre l’air. Hasard heureux ou malheureux (on ne sait trop), Debray a été arrêté par les Boliviens qui travaillaient avec la CIA. Une fois aux mains de ces gens, je ne doute pas qu’un intellectuel de la trempe de Debray a été discret. Mais le Che, lui, avait des doutes. Après l’arrestation de Debray et de son compagnon Bustos, un autre intellectuel émérite, aussi fiable que Debray, les Boliviens et la CIA furent informés que le Che était en Bolivie. Après cette arrestation, voici ce que le Che note, à la date du 30 juin 1967 :

"... Sur le plan politique, le plus important est la déclaration officielle d'Ovando selon laquelle je suis ici. De plus, il a dit que l'armée fait face à des guérilleros parfaitement entraînés qui, même, comptaient des commandants vietcongs qui avaient mis en déroute les meilleurs régiments nord-américains. Il se base sur les déclarations de Debray qui, semble-t-il, a parlé plus que nécessaire bien que nous ne puissions savoir quelle implication cela a, ni quelles ont été les circonstances dans lesquelles il a dit ce qu'il a dit..."

Debray avait été arrêté et interrogé par les Boliviens et la CIA, notamment les 8 et 14 mai 1967. Je ne doute pas qu’il ait été héroïque, même s’il avait reçu quelques claques. Pauvre Régis !

Toujours dans son journal, Che Guevara note encore, à la date du 10 juillet :

" Par ailleurs, les déclarations de Debray… ne sont pas bonnes; surtout parce qu'ils (Debray et Bustos) ont fait des confessions à propos du but continental de la guérilla, chose qu'ils ne devaient pas faire."

Des « confessions » ? Et puis quoi encore ? Là, je doute de l’honnêteté du Che.

Mais puisque vous voulez tout savoir sur le futur ministre de la culture de Napoléon IV, je suis obligé d’ajouter que, vingt ans après les faits, un général bolivien, Arnaldo Saucedo Parada, chef des services secrets de la 8ème division, celle là même qui opérait contre la guérilla du Che, donna sa version et publia même des documents concernant les informations obtenues par l'armée sur la guérilla. Faut-il croire cet homme ? Certainement pas. Mais, par honnêteté, je livre in extenso ce qu’il précise:

"L'existence de la guérilla a été portée à la connaissance de l'armée le 11 mars, lorsque les guérilleros déserteurs Vicente Rocabado Terras et Pastor Barrera Quintana se sont retrouvés au pouvoir de la Direction provinciale d'enquêtes - DIP - et ont été ensuite remis aux autorités militaires de Camiri. Ces déserteurs ont clairement informé du fait que la guérilla se préparait sur les rives du Ñancahuazu avec des éléments cubains, péruviens, argentins et boliviens et que le chef était Che Guevara, sous la protection de Fidel Castro depuis Cuba; ensuite, cette information a été complétée par un autre guérillero arrêté le 18 mars, Salustio Choque Choque et confirmée par Régis Debray et Ciro Roberto Bustos, le 8 mai 1967, au cours de l'interrogatoire auquel a procédé le J-2 du Commandement des forces armées, Federico Arana Cerudo, qui relate cela, le lieutenant colonel des carabiniers Roberto Quintanilla et Mario Gonzalez, de la CIA.

Quand on lira les mémoires de Bustos dans ce livre, on verra que l'empressement avec lequel les théoriciens Debray et Bustos voulaient quitter la zone de danger a été la cause principale de l'échec rapide de la guérilla, parce que cela a obligé toute la troupe à aller à Muyupampa et, par le Yuque; à cause d'un malade, Che a laissé l'arrière garde avec Joaquin et, au retour, ils ne se sont pas retrouvés et la recherche des uns et des autres a accaparé toute l'attention de Guevara et Joaquin, leur a lié les mains, les empêchant d'effectuer d'autres actions militaires, qui auraient peut-être donné de plus grands avantages, avec des résultats imprévisibles dans ce genre de lutte, parce que tant que l'ennemi n'est pas écrasé et ne s'est pas rendu sans condition, la guerre ne s'arrête pas ( "Même trois personnes peuvent continuer à lutter dans la guérilla." Révolution dans la révolution", Régis Debray) et les résultats peuvent varier en fonction des analyses de la situation qui se font au sein des Etats majors, ce qui est certain, c'est que cette division de la guérilla a été un accident qui lui a enlevé de la force et le début de la fin. Cela a été le prélude du Gué du Yeso et du Churo.

Avec la chute de Debray et Bustos à Muyupampa, le 20 avril, nous avons eu un panorama large et clair des guérillas, ordre de bataille, organisation et autres questions inconnues jusqu'alors, confirmation de la présence de Che Guevarra et du groupe de cubains, tant grâce aux déclarations de Debray et Bustos que par le bulletin de mémoires écrit par ce dernier et qui, immédiatement, a été porté à la connaissance du Commandement Supérieur, de même que les originaux des portraits de 20 guérilleros effectués au crayon et de mémoire qu'il a fait ensuite et plus encore, une description détaillée par écrit des caractéristiques physiques de chaque guérillero et ensuite les croquis détaillés des campements et caches qui ont permis de découvrir les "grottes" où ils cachaient leurs armes et leurs équipements etc...

La Section 2 de la 8ème division a également obtenu de Régis Debray une lettre écrite de sa main le 14 mai et dans laquelle il confirme la présence de Che Guevara en Bolivie et signale que c'est Fidel Castro lui même qui l'a envoyé le rencontrer. Cette lettre - l'original - a été envoyée au Commandant en chef. Indubitablement, c'est de l'arrestation de Debray et Bustos que l'armée bolivienne tire la preuve du fait que le Che est là. Les deux confirment aux services secrets que le Che est là.

Une autre chose qui a eu une grande influence a été la séparation d'avec le groupe de Vilo, de l'arrière-garde. Cela a été une séparation involontaire, mais qui a été due précisément à l'insistance avec laquelle Debray a demandé à partir. Face à cette situation - jour et nuit, il parlait avec le Che - il soulignait qu'il serait plus utile à la ville, nouant les contacts, que physiquement, il n'était pas guérillero, qu'il voulait partir, qu'il pouvait être très utile dehors …

Dans la guérilla, il (Debray) n'a rien fait d'extraordinaire. Debray a passé son temps à parler de quitter la guérilla. Pour moi, compte tenu de tout ce qu'il a écrit, il a essayé de gagner la confiance de la Révolution cubaine et du Che. Je ne sais pas quel était son objectif. Avec ce qu'il a fait, la position qu'il a prise ces derniers temps, je n'exclue pas qu'il ait pu jouer sur les deux tableaux.

Le Che a agi de manière conséquente envers lui, il a même été compréhensif lorsque Debray lui a parlé de son désir d'avoir un enfant ... Je vous disais précisément que la séparation en deux groupes... C'est quelque chose que personne n'a dit et je dirais à Debray qu'il soit plus honnête, qu'il dise que la guérilla a eu plus de problèmes par sa faute, qu'il dise au moins une fois qu'il a été responsable de la séparation de la guérilla … Lorsque les hommes, n'ont pas l'envergure voulue, ils peuvent changer d'avis et Ciro Bustos a changé d'avis. Il s'est vu prisonnier, il semble qu'ils l'ont menacé et il a "déteint", il a perdu sa couleur. C'est ce que je crois à propos de Ciro Bustos, et de Debray -je le répète - je pense qu'il jouait sur les deux tableaux."

Tout le monde aura compris que ce général est un affabulateur. "Il a joué sur les deux tableaux". Insensé ! De telles accusations ne méritent même pas d'être démenties. Voilà donc pour 1967. Refermons le dossier. Rien de bien grave. « Debray a parlé plus que nécessaire » mais c’est Che Guevara qui le dit. « Il a fait des confessions qu’il n’avait pas à faire.» C’est encore le Che qui le dit. Je me demande si ce Che n’était pas au fond un peu jaloux de notre grand intellectuel et de notre merveilleux écrivain national, pour douter ainsi de son ami. Le rôle mineur de Che Guevarra dans la révolution cubaine peut-il être un seul instant comparé aux exploits de Régis Debray ? Evidemment non ! Il suffit pour s'en persuader d'admettre la vérité: Guevara n'était qu'un perdant. La preuve ? Il est mort, pris et exécuté sommairement le 9 octobre 1967, alors que le courageux Debray, lui, a survécu et il même est devenu célèbre en racontant, pendant 43 ans durant, ses glorieuses aventures dans la jungle bolivienne. Comme je l'envie ! Donc tout cela ne prouve rien. Seulement que le Che était paranoïaque et, au pire, que Régis Debray aime la conversation et parle à tout le monde. Même à la CIA. Quoi de mal à cela ? C’est sans doute à cause de cette affabilité naturelle que Nicolas Demorand l’a invité le 22 janvier 2010 au micro de France Inter. A-t-il trop parlé ? Non, il a juste dit qu’il fallait mettre Haïti sous tutelle.

(à suivre)

samedi 23 janvier 2010

Le "rôle positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (2 ème partie)

Dès 2002, j’avais tenté d’attirer l’attention d’un certain nombre de responsables de tous bords sur l’intérêt qu’il y aurait pour la France de participer dignement à la célébration du bicentenaire d’Haïti, prévue pour le 1er janvier 2004. Parmi ces responsables, Valérie Terranova, très proche de Jacques Chirac et officiellement conseillère à la Présidence de la République pour la francophonie. Officieusement, elle s'occupait aussi du Japon et des bonnes oeuvres d'Omar Bongo. Valérie Terranova s’était présentée à moi le jour du transfert au Panthéon des cendres d’Alexandre Dumas. C’est elle qui avait eu l’idée de ce transfert et qui l’avait imposée à Chirac lequel s’intéressait autant à Dumas que moi au football et au fromage de tête. Terranova m’avait proposé de déjeuner. J'avais tenté d'expliquer à cette jeune femme parfaitement superficielle et inculte, dont la seule ambition, outre le fait de "servir le Président" était de faire accepter à Hollywood un scénario qu'elle avait écrit avec son frère, les origines haïtiennes des Dumas et la nécessité d'assumer avec dignité notre passé esclavagiste pour mieux combattre le racisme. C'était également une manière d'aider les Haïtiens à sortir du marasme où la France avait largement contribué à les plonger. D’après le rapport qu’elle fit de notre rencontre, ce qui fut retenu à l’Élysée était l’imminence des célébrations du bicentenaire (auxquelles, par ignorance, personne n'avait songé), le fait que les anti-napoléoniens s’organisaient à Port-au-Prince, la dangerosité de certains nègres français plus intelligents qu’on aurait pu le croire et l’urgence de parer le coup en montant rapidement une expédition punitive. Il lui fallait un général. On choisit Régis Debray et on lui assigna une double mission. D’abord constituer un rempart d’intellectuels contre la montée des revendications « mémorielles » en France. La seconde mission était de saboter le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti et de prêter main forte à un probable coup d’Etat décidé par Washington contre Aristide, qui était le premier président démocratiquement élu de l’histoire d’Haïti et qui avait l'audace d’évoquer le passé peu glorieux de la France : 150 ans d’esclavage, 1 million d’Africains déportés, 5 millions de morts en Afrique du fait de cette déportation d’une part, un racket de 21 milliards de dollars imposé manu militari par Paris en 1825 d’autre part. Debray, devenu grenouille de bénitier, était l’ami intime de la soeur de Dominique de Villepin, Véronique Albanel, épouse d’un général de l’armée de l’air dont Villepin envisageait de faire le chef d’état major des armées. La générale animait une mystérieuse association en télépathie avec le Vatican, dénommée Fraternité-Universelle, disposant en apparence de gros moyens, et qui était présente, sous prétexte d’intervention humanitaire, sur tous les points chauds du tiers monde et en particulier en Haïti. Cette Mata-Hari de confessionnal recrutait à sciences-po, via l’aumônerie. Debray était ravi de pouvoir se prosterner aux pieds des puissants du moment : Chirac, Villepin. Il allait redevenir, comme sous Mitterrand, le conseiller du prince. Il pourrait faire livrer des armes à ses vieux amis sans d'ailleurs forcément utiliser la procédure normale. On lui redonnerait peut être même un bureau à l’Elysée. Utilisant son image, totalement frelatée, d’intellectuel de gauche et son influence dans certains milieux de l’édition, où il était d'autant plus admiré qu'on ne comprenait rien, comme lui-même d'ailleurs, à ce qu'il écrivait, le "médiologue" battit d’abord le rappel des écrivains haïtiens et antillais. Tout le monde n’est pas insensible à un contrat d’auteur, à une visibilité dans les médias, dans les colloques, à un poste dans l’université, à une enveloppe pour une association, à une décoration, à un visa pour un parent, un ami, une maîtresse, à une naturalisation. Ensuite, il fallait trouver des historiens qui puissent minimiser l’esclavage transatlantique. Les choix se portèrent sur Olivier Pétré-Grenouilleau, obscur maître de conférences à l’Université de Lorient, qui venait de soutenir une thèse plus que contestable expliquant en gros que les pires esclavagistes étaient les Africains et les arabes et que la traite atlantique était une oeuvre de charité au fond assez ruineuse pour les négriers français et les colons antillais. Debray, publié chez Gallimard, fit certainement le nécessaire pour que Pierre Nora, vieillard bien connu pour sa négrophobie pathologique, et qui dirigeait une collection d’histoire dans la prestigieuse maison, publie également Pétré-Grenouilleau. Un contrat fut donc signé chez Gallimard. Il était cependant à craindre les intellectuels « noirs » ne ruassent dans les brancards. On choisit, pour appuyer Pétré-Grenouilleau, un docile maître de conférences à l’Ecole pratique des hautes études, Pap Ndiaye, proche, par sa femme, d'Yves Kamani, très officiellement chargé au CRIF d'un bureau des "noirs". Pap Ndiaye avait l'avantage d'avoir des contacts avec les néo-réactionnaires américains. Il animait une obscure association, le Capdiv. On le chargea de monter au créneau le moment venu pour défendre l’indéfendable et, s’il le pouvait, créer discrètement une organisation de «noirs» à laquelle on donnerait les moyens d’occuper le terrain et d’être légitimée comme représentative. Le meilleur ami de Jacques Chirac, François Pinault, qui avait fondé sa fortune sur l’exploitation des forêts africaines serait sollicité. Outre les éditions Tallandier, spécialisées dans la glorification de Napoléon, il était propriétaire de trois magazines : Le Point (acheté en 1997 pour échapper à l'ISF) Historia et l’Histoire. Les deux derniers faisaient dans la vulgarisation historique. Il fut décidé de consacrer un numéro spécial à l’esclavage, qui ferait la promotion de Pétré-Grenouilleau et en même temps celle de Pap Ndiaye. Pour que l'opération négrophobique Villepin-Debray soit vraiment réussie, on désigna un "méchant" : l'humoriste Dieudonné qui se trouva, consciemment ou non, embarqué dans cette histoire par l'intermédiaire d'un activiste d'extrême droite : Alain Soral. Tous ceux qui diraient le contraire de Pétré-Grenouilleau seraient des antisémites forcenés inspirés par Dieudonné. "Plus la ficelle est grosse, moins elle casse" (Chirac). Le jour où Dieudonné serait démonétisé, on sortirait un autre joker : Kémi Séba. Côté Haïti, Villepin donna des fonctions officielles à Debray et des moyens financiers en le nommant président d’une commission chargée de "réfléchir" sur les relations franco-haïtiennes. La mission véritable était de préparer un coup d’Etat. La partie diplomatique de cette opération fut confiée à trois hommes : Philippe Selz, ancien ambassadeur au Gabon, placé auprès de Régis Debray pour déstabiliser Haïti en Afrique, Thierry Burkard, beau-frère d'un entraîneur de chevaux de course à Chantilly, nommé ambassadeur à Port-au-Prince pour orchestrer la chienlit locale, Eric Bosc, secrétaire à l’ambassade de France, chargé de désinformer la presse française depuis Port-au-prince et d’accorder des visas aux « bons » Haïtiens, c'est-à-dire ceux qui accepteraient de venir à Paris cracher sur le président démocratiquement élu. Bosc (depuis expulsé du Togo pour ingérence) était tellement paranoïaque et négrophobe que cela l'avait rendu presque fou. Il voyait des roquettes braquées sur l'ambassade de France depuis le bureau d'Aristide qui célébrait des messes noires avec sacrifices d'enfants coupés en morceaux. Voilà les "tuyaux" qu'il livrait au correspondant du Monde, établi à Santo-Domingo et proche des Duvaliéristes : Jean Michel Caroit. Des réunions se tenaient à Paris chez Véronique Rossillon, une héritière de la famille Seydoux-Schlumberger qui s’était offert un lycée à Jacmel, le lycée Alcibiade-Pomayrac qu’elle finançait entièrement de ses deniers, ce qui lui donnait une position pour s’intéresser aux affaires du pays et interférer dans la diplomatie française. Je fus mis en relations avec elle par un ami français, dont j’ignorais à l’époque qu’il avait fait partie du mouvement Jean-Claudiste de Baby-Doc. Car Jean-Claude Duvalier, clandestinement hebergé par la France depuis 1986, était toujours actif. Il fut mis dans la boucle. N’était-ce pas Debray qui avait géré son arrivée en France en 1986 au moment de la transition entre Fabius et Chrac ? Duvalier n’était pas venu les mains vides. Dans l’avion des services secrets américains qui l’avait déposé à Grenoble, il y avait 900 millions de dollars d’ «économies», ce qui explique sans doute que son séjour temporaire en France, prévu pour six mois, se soit prolongé pendant 24 ans sous haute protection policière. Tous les ministres de l’Intérieur qui se sont succédés durant ce quart de siècle ont juré croix de bois croix de fer qu’ils ne savaient pas où il était. Madame Rossillon, dont j’étais loin de soupçonner le rôle, me reçut à déjeuner dans son hôtel particulier de la rue Las-Cases et, pensant probablement m’impressionner, me fit un numéro de vieille milliardaire capricieuse assez pathétique. J’eus droit au dessert à un portrait apocalyptique tant du président Aristide que de ses partisans, dont elle alla jusqu’à mimer l’accent "haïtien" avec un mépris ostensiblement raciste qui me terrifia. Elle m’énuméra ensuite les décorations que Duvalier lui avait décernées et comme je n’était pas convaincu elle me déclara que mon entêtement lui rappelait celui de son défunt mari, Philippe Rossillon, qui avait fondé le groupe Patrie et Progrès, dont avait fait partie M. Chevènement, et avait milité pour rallier les gaullistes de gauche à l'Algérie française. En 1968, les Canadiens l'avaient accusé d'être une barbouze chargée de semer la zizanie au Québec. Je ne sais donc pas si cette comparaison était bien flatteuse. Je reçus quelques jours plus tard un appel de M. Selz, m’annonçant que Debray voulait me voir, à la demande de Mme Rossillon. Pour composer sa commission, l'ex-guérilléro bavard avait réuni un noyau dur d’universitaires chargés d’accréditer les thèses de Pétré-Grenouilleau et de discréditer tous ceux qui les critiqueraient : Myriam Cottias et Jean-Marc Masseaut, négrologues labellisés par le gouvernement, Marcel Dorigny, représentant l’aile chiraquienne du parti communiste, chargé de contrôler les travaux universitaires entrepris sur l’esclavage dans le cadre d’une association rassemblant quelques thésards naïfs, Yvon Chotard, un socialiste qui devait bientôt se défroquer pour passer à l’UMP et qui animait alors l’association les anneaux de la mémoire, antenne associative du quai d’Orsay. Pour faire bonne mesure et colorer un peu cette commission de visages pâles Jacky Dahomay, prof de philo guadeloupéen incapable d'etre reçu à l'agrégation, mais qui bénéficait d'un tout autre sésame puisqu'il était le protégé de Blandine Kriegel, une maoiste devenue, en s’embourgeoisant, conseillère de Chirac et présidente du haut conseil à l’intégration. Régis Debray, pour se faire pardonner les péchés qu’il allait commettre et pour bénir le coup d’Etat, embarqua dans cette nouvelle aventure le père dominicain Gilles Danroc. Serge Robert, PDG de la Banque des Antilles françaises représentait les intérêts financiers des Békés de la Martinique dont Madame de Villepin faisait secrètement partie. Le sociologue Gérard Barthélémy devait mettre à la disposition de Debray son carnet d’adresses en Haïti. Quant à François Blancpain, spécialiste du racket imposé aux Haïtiens par la France en 1825, il devait élaborer un argumentaire permettant de ne pas rembourser ce qui avait été extorqué. Les rôles furent vite distribués. Le noyau dur fut mis au courant du coup d’Etat qui se préparait. Les autres restèrent à l’écart ou firent semblant de ne pas comprendre. On leur demanda simplement de saboter le bicentenaire en le discréditant à travers leurs réseaux. Il suffisait de dire qu'Aristide était un satrape pervers et corrompu : une thèse concoctée dans les officines de la CIA et qui serait reprise à pleins poumons par toute la presse française. Le rôle clé de cette commission était détenu par quelqu’un qui n’apparaissait pas dans l’organigramme, la générale Albanel, alias Véronique de Villepin qui était envoyée par son frère comme une nouvelle Pauline Bonaparte accompagnant ce général Leclerc chargé de rétablir l'esclavage qu’était devenu Régis Debray. Un esclavage qu'on appellerait désormais "tutelle".

(à suivre)

dimanche 24 janvier 2010

Le "rôle positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (3 ème partie)

Sept avril 2003. Le monde entier célébrait le bicentenaire de la mort de Toussaint-Louverture, enlevé et assassiné par Napoléon. En France, une seule manifestation, organisée par le Fort de Joux. Pour représenter le gouvernement Raffarin, Hamlaoui Makachera, le ministre des Anciens combattants ! La loi Taubira avait été votée depuis deux ans déjà, mais le gouvernement refusait obstinément de prendre le décret d’application qui permettrait à cette loi d'être autre chose que lettre morte. Toussaint Louverture remuait ce passé dérangeant dont les responsables politiques comprenaient très bien qu’il avait une influence sur la politique intérieure et extérieure. L’exhumation de l’histoire de l’esclavage est un des volets de la lutte contre le racisme et la lutte contre le racisme est, en soi, une prise de position éminemment politique, un regard révolutionnaire et ravageur soudain porté sur le monde. Il a même été dit qu’une opération secrète ouvertement négrophobe avait été organisée par de hauts responsables français sous le nom de code «Source». Villepin en aurait bien été capable. J’avais décidé de me rendre au fort de Joux pour saluer la mémoire du martyr de la liberté et j’avais réservé un billet. Dans le train, je me trouvais curieusement assis à côté de la diplomate, blonde évidemment, chargée d’Haïti au quai d’Orsay. Le hasard, sans doute. Elle en profita pour se faire connaître et engager la conversation. Elle me tendit sa carte. Elle s’appelait Dominique Waag-Makaïa. Naturellement, elle m’invita à passer à son bureau. Ce qui est plus curieux, c’est qu’elle était toujours à côté de moi dans le train du retour. Je le lui fis remarquer et elle ne me répondit que par un petit sourire entendu. Un conseiller à la présidence de la République d'Haïti, le regretté Pierre Claude, avait lié conversation avec moi au fort de Joux. Il m'exprima, au nom des Haïtiens, sa gratitude pour mon combat en faveur du général Dumas. Devant rentrer au pays, il m’engagea à lui confier un exemplaire de mon dernier livre, L’Expédition, qu’il transmettrait au président Aristide. Je ne connaissais ce dernier que par toutes les calomnies dont on m’avait jusqu’alors abreuvé. La chose qui me semblait louche, c'était que les journalistes français se déchaînaient contre Aristide, mais ne parlaient jamais de Duvalier, que la France hébergeait pourtant depuis 17 ans. Il faut dire qu’Aristide, en ce 7 avril 2003, avait eu l’audace de faire savoir aux Français qu’il avait fait le calcul de ce qu’avait coûté en définitive, emprunts compris, le racket imposé par la France en 1825. Il en arrivait au chiffre de 21 milliards de dollars. La perspective d’un procès engagé par le petit état pour faire valoir ses droits avait mis en effervescence le gouvernement français, et surtout Villepin, ministre bonapartiste des Affaires étrangères, qui se voyait président de la République française en 2007. A ma grande surprise, Aristide, non seulement prit le temps de lire mon livre, mais me téléphona. Il m’invitait à venir le voir pour bavarder de l’histoire d’Haïti. J’en provoquai l’occasion en proposant un livre d’entretiens à Jean-Paul Bertrand, mon éditeur depuis huit ans, qui m’envoya bientôt sur place. C’est à cette occasion que je pus converser pendant une trentaine d’heures en tête à tête avec celui qui était présenté par la presse putschiste comme un dictateur vicieux et pervers. J’ai bien entendu conservé en lieu sûr tous ces enregistrements, qui annonçaient exactement tout ce qui a pu se passer par la suite. Mon impression, corroborée par une minutieuse enquête sur le terrain, fut très différente de ce que j’avais entendu à Paris. Je découvris un homme sympathique, doux et cultivé qui n’avait nullement renoncé aux objectifs sociaux qui, par deux fois, l’avaient fait élire à une très large majorité. Seulement, comme il était inflexible quant à l’indépendance de son pays, les Américains avaient mis ce pays sous embargo et avaient engagé contre son président légitimement élu une campagne de dénigrement, ce qu’on appelle dans le langage technique de la guerre psychologique character assassination. Au lieu de tuer la personne et d’en faire un martyr, on tue son image dans les médias, ce qui permet de l’éliminer physiquement ensuite en toute discrétion. Une « opposition » avait été montée de toutes pièces par un Syro-américain vivant en Haïti (et n’ayant pas la nationalité haïtienne) André Apaid, milliardaire blanc de peau agissant notoirement pour la CIA, mais présenté par la presse française comme un Haïtien noir représentatif des travailleurs. L’enjeu ? Le sous-sol d'Haïti, jusque là inexploité : pétrole, uranium, or, cuivre, iridium. Aristide était au fait des richesses potentielles de son pays. Les Américains aussi. Ils savaient qu'il savait. Comme nous avions sympathisé, le président m'avait mis dans la confidence. Aristide était non seulement soucieux des intérêts de son pays, mais il avait conscience du rôle qu’il pouvait et devait jouer pour tous les Africains de la diaspora, tous ceux qui, comme moi, étaient méprisés dans leur pays de naissance à cause de leur couleur. Il était très conscient de ce qui se passait dans les banlieues françaises, en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane. Dès 1804 son misérable petit pays avait fait le serment d'envoyer des commandos partout où se trouverait un seul nègre maintenu en esclavage. Cette politique restait, hélas, d'actualité. Sans nous connaître, nous étions arrivés aux mêmes conclusions. J’étais chez moi à Port-au-Prince. Je l'avais ressenti dès que l'avion avait commencé, à la tombée de la nuit, son approche vers l'aéroport international de Port-au-Prince. Haïti était démunie, mais les plus humbles avaient une fierté dans le regard et dans le comportement qui ne pouvait que frapper les moins observateurs. Cette flamme que je vis briller dans les yeux du premier Haïtien rencontré sur son sol, avait effacé en un éclair le souvenir amer de toutes les humiliations que je subissais dans mon propre pays depuis près d'un demi-siècle. Aristide n'était que l'incarnation politique, de toute évidence légitime, de ce regard. Les pauvres se seraient fait tuer sur place pour lui et ils représentaient une écrasante majorité. Je compris pourquoi ce nouveau Toussaint Louverture était considéré comme extrêmement dangereux par tous les négrophobes de la planète. Le problème n'était plus de savoir si ce qu'on disait de lui était vrai ou pas, mais de savoir s'ils réussiraient à l'éliminer avant la célébration du bicentenaire d'Haïti. A mon retour j’avais pris rendez-vous avec Mme Waag-Makaïa, la secrétaire des Affaires étrangères rencontrée « par hasard » dans le train du fort de Joux pour lui donner mon sentiment sur Aristide : visiblement, tout ce qu’on disait relevait d’un coup monté des plus grossiers. L’intérêt de la France était de tendre la main aux Haïtiens et de se joindre à leurs louables efforts pour célébrer le bicentenaire de la république nègre. L’histoire l’imposait. Lorsque je me trouvai dans les couloirs du quai d’Orsay, la jeune femme vint à ma rencontre et se mit à frapper à toutes les portes de la direction des Amériques, comme pour annoncer que tout le ministère se trouvait en danger, le monstre contaminé par Aristide étant arrivé dans la place. Le monstre, c’était moi. Je me retrouvai bientôt dans un bureau, entouré de quatre diplomates, dont plusieurs, franchement agressifs, me harcelèrent de questions imbéciles dans lesquelles se trouvaient déjà toutes les réponses. On alla jusqu'à me reprocher d'avoir parlé à Aristide, car, disaient-il, il "ensorcelait" tous ceux qui l'approchaient ! En France, on appelle ça le charisme, mais quand il s'agit des nègres, le raciste perd toute rationalité et reproche aux autres la pensée primitive qui n'est en réalité que sa pensée propre. La haine qui étincelait dans leurs regards me surprit beaucoup. J’étais français et je venais simplement donner mon opinion d'intellectuel sur un dossier qu’il leur appartenait de gérer. Cependant, les petits énarques qui m’entouraient ne faisaient aucun effort pour dissimuler un racisme que je n’aurais pas soupçonné dans une administration française de ce niveau. Pour ces gens, j’étais un étranger dans mon propre pays. Au départ, j'étais un nègre et au quai d'Orsay, par tradition, le rôle des nègres est de faire le ménage dans les bureaux avant l'arrivée des diplomates blancs de peau. Mais de nègre méprisable et a priori disqualifié que j'étais, je m'étais transformé en nègre révolté et dangereux. J'étais devenu un Haïtien. Et les Haïtiens, ils les haïssaient. Simplement parce que j’osais dire que mon pays, après 150 années d'odieuse oppression esclavagiste, avait en outre escroqué une jeune république affaiblie par une tentative française d'extermination, qu’il était temps de changer de politique, non seulement pour des raisons morales, mais parce que la France y avait également un intérêt géostratégique et économique évident. Je devais tranquillement discuter d'Haïti avec une compatriote a priori équilibrée. Je me retrouvais avec cinq individus déchaînés que je ne connaissais pas et qui étaient ses supérieurs hiérarchiques. Mon rendez-vous ressemblait de plus en plus à une sorte de garde à vue. L'un des diplomates ne se contenait plus et haussait le ton. Je voyais bien le moment où l’on allait commencer à me frapper. Quel crime avais-je donc commis pour déstabiliser autant des gens qui auraient dû être beaucoup plus surs d’eux puisqu'ils avaient de toute éternité raison, du fait de leur couleur et du fait qu'ils étaient là, dans un rôle officiel alors que moi, quels que soient mes diplômes ou ma valeur, ou à cause de mes diplômes et de ma valeur précisément, je ne serais jamais qu'un perturbateur, une monstruosité, un traître et un salaud à qui la France ne donnerait jamais rien que des coups bas ? J’étais le grain de sable qui contrariait un plan dont j’ignorais évidemment tout. C’était un vendredi. Voyant qu’ils ne réussiraient pas à me faire changer d’avis, mes "hôtes", dans leur affolement, avant de me "libérer", décidèrent devant moi qu’une réunion de crise serait tenue dès le lundi matin dans le bureau du directeur des Amériques.

(à suivre)

lundi 25 janvier 2010

Le "rôle positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (4 ème partie)

Novembre 2003. Le dossier faisant mousser Pétré-Grenouilleau, présenté comme un nouveau Thucydide, venait de paraître dans la revue L’histoire appartenant à Pinault, l'homme bu bois exotique. Si l’on n'avait pas osé y présenter les esclaves comme de vrais salauds, on n’en était pas loin. C’étaient au moins des imbéciles. N’étant pas assez malins pour vendre leurs congénères, comme l’avaient toujours fait les Africains, ils s’étaient fait prendre. Les négriers et les planteurs étaient, eux, très fréquentables. Et pas si riches que ça. Il fallait relativiser. Ce n’était sûrement pas l’argent de la traite qui avait financé le capitalisme. Et chacun y allait de son article. Même Françoise Chandernagor, dont on pouvait se demander ce qu’elle faisait là, se disait descendante d’esclave. Enfin d’un esclave. Un seul. Chacun sachant qu’elle vivait dans un hôtel particulier à Paris, en province dans un château, elle voulait montrer que c’était un choix identitaire. L’idée était que si les "négros" osaient un jour se présenter comme descendants d’esclaves, ils étaient attendus de pied ferme. Je m’étais rendu au salon du livre de Brive pour y signer L’Expédition, mon second roman (et troisième ouvrage) qui racontait, du point de vue de Pauline Bonaparte, ce qui s’était passé en Haïti en 1802-1803. Comme il est épuisé, je n’ai aucune fausse honte à dire que c’était, selon moi, un bon livre et, dans la naïveté de mes débuts, je m’attendais à avoir un peu de presse. Il n’en fut rien, mis à part une émission sur RTL. Non pas que ce roman n’ait pas été remarqué, au moins par les quelques milliers de lecteurs qui l’achetèrent. Mais on jugea le sujet fort scabreux puisqu’il mettait en cause Napoléon. Le politicien en vogue, Villepin, ministre des Affaires étrangères fort content de lui, et se piquant d’écrire, était un fanatique de ce tyran. Quel journaliste aurait à l’époque osé déplaire à Villepin ? C’est pendant que je signais mes livres, attendant un peu tristement le chaland, que je reçus l’appel de l'ambassadeur Selz, le Monsieur Afrique de la commission Debray, m’annonçant que le guérilléro bavard voulait me voir de la part de la vieille dame de la rue Las Cases qui avait, paraît-il, insisté. Peu après, un brouhaha se fit entendre. C’était l’arrivée de l’écrivain-ministre Villepin qui venait d’ «écrire» quelque chose. D’après un de ses éditeurs, qui n’est certainement qu’une mauvaise langue, il aurait «fallu beaucoup l’aider» comme on dit dans le jargon du métier. La flagornerie était telle que, pour honorer cet incomparable homme de lettres, on lui avait décerné dès son arrivée le grand prix du salon de Brive. Pour être sûr d’avoir du monde à son stand, qui par une ironie du sort, était presque en face du mien, il s’était fait accompagner par Bernadette Chirac. Une meute de journalistes était aux trousses du Dauphin. Les rombières locales, l’opus ministériel à la main, trépignaient d’impatience et d’émotion, prêtes à se battre pour un regard de ce nouveau Talleyrand. De mon côté, c’était beaucoup plus calme. Tandis que je supportais cette scène indécente, contre toute attente, une admiratrice s’approcha. Une jeune femme blonde, la quarantaine. Prenant en mains un exemplaire de mon livre, elle engagea la conversation. Mon ouvrage avait vraiment l’air très intéressant. Elle aimait beaucoup les Antilles en général et Haïti en particulier. Elle avait assisté à la représentation de Monsieur Toussaint, la pièce d’Edouard Glissant, mise en scène par Greg Germain à Pontarlier, près du fort de Joux. Elle finit par me dire qu’elle était amie de Glissant et même qu’elle irait avec son mari passer Noël chez lui, à la Martinique. La conversation s’engagea sur Haïti. La dame semblait si passionnée, en apparence, par ce que je disais, qu’elle s’était accroupie. J’avais oublié et Villepin et l’émeute qu’il déclenchait, tout près, parmi ces vieilles groupies. Une petite demi-heure s’étant écoulée, mon admiratrice me dit qu’elle devait partir, mais qu’elle aimerait que je lui dédicace mon livre. Lorsque j’eus le stylo en main, elle me dit que c’était pour son mari. Je lui demandai un nom pour y associer une formule amicale. Elle me répondit avec un petit sourire et en baissant un peu la voix : « Dominique de Villepin ». C’était Marie-Laure Leguay, épouse de Villepin, béké de la Martinique, qui était ainsi venue au contact. On se doute que ce n’était pas un hasard, puisque je venais de recevoir sur mon portable l’appel de l’ambassadeur Selz m’invitant à rencontrer Régis Debray. Je fis ma dédicace à Dominique de Villepin « en espérant que cette lecture vous incite à célébrer dignement le bicentenaire d’Haïti.» La dame me demanda mes coordonnées que je lui laissai. Comment pouvais-je me douter que son mari allait préparer un coup d’Etat contre Haïti pendant les vacances de Noël dans la villa martiniquaise d’Edouard Glissant et qu’elle en était certainement informée ?

mercredi 27 janvier 2010

Le rôle "positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (6 e partie)

Dominique de Villepin croyait avoir le plus grand intérêt, en cette fin d’année 2003, à déstabiliser Haïti et à renverser Aristide. D’abord il souhaitait se réconcilier avec les Américains avec lesquels il avait engagé, depuis le printemps, une partie de bras de fer. Les relations s’étaient dégradées à cause de l’Irak (Villepin s’étant opposé à l’invasion) et de l’affaire Executive life. Pour la justice californienne, le Crédit lyonnais, dont l’actionnaire était l’État français, avait pris illégalement le contrôle de la compagnie d’assurance Executive life. Aux yeux des Américains, la France s’était comportée dans cette affaire comme un état voyou et des poursuites judiciaires pénales étaient engagées. Paris risquait d’écoper d’une amende faramineuse. Une violente campagne de presse était menée par la presse américaine. L’ambassade de France à Washington recevait quotidiennement des dizaines de milliers de mails d’insulte. C’était François Pinault, l’ami milliardaire de Chirac et de Villepin (propriétaire du magazine Le Point et des revues L’Histoire et Historia qui faisaient l’éloge de l’historien révisionniste et négrophobe Pétré Grenouilleau ainsi que de Pap Ndiaye, son faire valoir) qui avait racheté la compagnie d’assurance au Lyonnais, via sa société Artémis. En la revendant ensuite, il avait gagné un bon milliard de dollars. De ce fait, Pinault était également l’objet de poursuites. Un jury populaire devait le condamner à 700 millions d’euros d’amende (on se doute que, depuis, tout s’est arrangé). Pour Villepin, il importait donc de calmer le jeu avec les Américains. Or les Américains souhaitaient renverser Aristide. Rien de mieux qu’une bonne réconciliation sur le dos d’Haïti. D’autant que la France réactionnaire avait deux autres raisons de participer au coup d’État. En France, les citoyens d’origine africaine et antillaise étaient, et sont encore, implicitement traités comme des inférieurs (notamment par une absence complète de visibilité à la télévision et dans la vie politique). On redoutait les effets d’un bicentenaire d’Haïti auquel se seraient associé les pays africains en théorie indépendants mais contrôlés par la Françafrique et qui aurait glorifié des esclaves révoltés à la peau noire. Port au Prince ne devait pour rien au monde devenir l'axe de la renaissance africaine. Paris redoutait surtout l’ouverture du dossier de la dette de la France à l’égard d’Haïti (pour la rançon imposée par la force en 1825) que le président Aristide estimait à 21 milliards de dollars. En outre, parallèlement à la restitution de la somme versée à la France, Aristide évoquait les réparations qu’Haïti pourrait exiger pour 150 années d’esclavage. Même si le gouvernement Raffarin s’efforçait d’enterrer la loi Taubira en ne prenant pas le décret qui permettait de l’appliquer, l’esclavage était désormais un crime imprescriptible contre l’humanité. Une réparation demandée par un état souverain victime de ce crime pouvait prospérer devant un tribunal international. En cas de condamnation, d’autres états, en Afrique, pouvaient exercer des poursuites et réclamer des réparations. On pouvait même imaginer que des descendants d’esclaves français en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à La Réunion demandent eux aussi des réparations. Après tout, au moment de l’abolition de l’esclavage en 1848, des réparations avaient bien été payées par l’État aux colons (entre 400 et 500 francs or, soit environ 4000 euros par esclave perdu) tandis que les esclaves ne recevaient, eux, aucune indemnité, la liberté « accordée » (mais qui appartient évidemment de manière inaliénable à chaque être humain) étant spécieusement considérée comme un bienfait qui dispensait l’État d’avoir à payer quoi que ce soit. Bref, le cauchemar, c’était que recommence d’une autre manière ce à quoi les ex-pays esclavagistes avaient échappé à Durban en septembre 2001. Le dossier de la dette avait été confié par le gouvernement de Port-au-Prince au ministre chargé des Haïtiens résidant à l’extérieur, Leslie Voltaire. Il réunit une commission internationale d’experts. J’acceptai très volontiers d’y participer. Ma position était très simple. La France avait manifestement une dette à l’égard d’Haïti au regard de l’indemnité de 1825. Trois questions se posaient cependant. D’abord celle du montant de cette dette. Le chiffre retenu par le gouvernement haïtien méritait d’être examiné. Ensuite la légalité de la demande : était-elle recevable en justice ? Ne valait-il pas mieux un accord amiable ? Enfin la manière dont la France pouvait rembourser cette dette, si elle la reconnaissait. De mon point de vue, il y avait plusieurs solutions. Paris pouvait cautionner des emprunts. Une aide en nature était également possible : par exemple un renforcement de la coopération. Les intérêts de la France n’en auraient pas été lésés pour autant car des entreprises françaises pouvaient parfaitement profiter des mesures accordées dans le cadre de cette coopération renforcée. Les routes, les télécommunications, l’adduction d’eau, la collecte des ordures ménagères, la construction d’immeubles, l’infrastructure touristique : tout cela, mon pays savait le faire. Nous pouvions aider Haïti tout en y trouvant notre compte. La mission de Régis Debray, secrètement appuyé par la sœur de Dominique de Villepin, allait absolument à l’inverse de mes vues équitables : intervenir à Port au Prince, à Paris et en Afrique pour saboter le bicentenaire de l'indépendance et tirer un trait sur Aristide. Peu importait que ce coup d'Etat fasse des milliers, voire des dizaines de milliers de morts.

jeudi 28 janvier 2010

Le rôle "positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (7 e partie)

M’étant rendu en Haïti pour travailler avec le ministre Leslie Voltaire sur le dossier de la restitution de la dette, je pris contact avec l’ambassadeur Burkard, qui avait pris son poste depuis quelques semaines. L’antichambre de l’ambassade jouxtait le bureau du service de presse d’Eric Bosc, un diplomate qui se comportait en véritable agent du putsch qui se préparait. Son bureau était éclairé par une large baie vitrée donnant sur le couloir. Il l’avait entièrement tapissée d’articles hostiles au président Aristide et même de caricatures ouvertement racistes placées bien en évidence, de sorte que toutes les personnes qui rendaient visite à l’ambassadeur ne pouvaient manquer de les voir. Burkard se prenait maintenant très au sérieux. Comme je ne lui cachais nullement ma position favorable sinon à la restitution, du moins à la nécessité d’examiner sérieusement et objectivement le dossier, il en vint à me demander, non sans une pointe d’insolence destinée à éprouver ma patience, si finalement j’étais français ou haïtien. Je lui répondis très calmement que, depuis 1804, tous les Français ayant subi l’esclavage, personnellement ou par ancêtres interposés, étaient haïtiens de droit s’ils en faisaient la demande et que, pour ma part, j’étais haïtien de cœur, ce qui ne m’empêchait pas d’être aussi français que lui. Peut être davantage, aurais-je pu ajouter, si j’avais voulu être méchant. En tant que français, je considérais qu’il était de l’intérêt de mon pays d’examiner avec le plus grand intérêt ce dossier, plutôt que de refuser toute discussion. Pour m’impressionner, Burkard me convia à prendre le thé dans sa résidence, au manoir des Lauriers, une splendide villa coloniale où il vivait gardé par des gendarmes armés jusqu’aux dents et servi par autant de domestiques «de couleur» qu’aurait pu en avoir le plus riche planteur esclavagiste de l’île au XVIIIe siècle. Burkard s’était acoquiné avec les plus opulentes familles à la peau claire de Pétionville qui vivaient dans un luxe dont on ne peut avoir idée et qui, presque toutes, étaient les plus actifs soutiens des putschistes. Chez ces gens-là, dont le fantasme secret était de fréquenter des Français pouvant attester qu’ils descendaient des pires colons de Saint-Domingue, le foie gras, le caviar et le champagne étaient monnaie courante. On donnait des fêtes splendides, protégées par des milices privées armées de M16. Ceux qu’on appelait les « mulâtres » se seraient sentis déshonorés d’avoir moins de douze domestiques. Chaque enfant avait son chauffeur et sa nounou. Mais ce qui était le plus surprenant, c’étaient les feux de cheminée, le soir, dans les villas hollywoodiennes perchées sur de fraîches collines, quand on sait qu’il n’y a pas une brindille de bois en Haïti. Pendant ce temps, ceux que la presse occidentale appelait les «chimères», une manière étrange de désigner les pauvres ayant voté pour Aristide, attendaient, dans les bidonvilles, la mise en place des réformes décidées par leur président qui tentait d’imposer aux riches « mulâtres » un salaire minimum et le paiement normal de l’impôt. Je dois préciser que, malgré le dénuement, il n’y avait aucune famine à l’époque en Haïti. Je me rendis au manoir des Lauriers. L’ambassadeur éprouvait une jouissance non dissimulée, surtout en ma présence, à se faire servir par François-Joseph, un vieux domestique nègre auquel il imposait les gants blancs. On se serait cru dans un roman bien raciste de Margaret Mitchell. L’ambassadeur était très énervé par l’arrivée prochaine de Debray et de sa commission. Il demanda mon avis sur la manière de traiter le dossier franco-haïtien. Je lui dis qu’il me paraissait souhaitable que le président français rencontre son homologue de Port-au-Prince. Burkard répondit avec une moue de mépris que le président de la République française ne se « commettait pas avec n’importe qui ». Cette phrase était incroyable dans la bouche d’un diplomate qui aurait dû, au moins, affecter un semblant de neutralité. Elle était particulièrement comique quand on sait quels étaient les amis de Chirac et de Villepin. Elle mit en tout cas un terme à notre entretien. Sous son apparente tranquillité, Burkard était extrêmement préoccupé par le dossier sur la restitution. Bosc était tout fier d’avoir réussi à se procurer l’argumentaire juridique développé par les Haïtiens grâce au directeur général du ministère des Haïtiens habitant à l’étranger, Gabriel Frédéric, le collaborateur du ministre Leslie Voltaire. Frédéric était pourtant un proche ami d’Aristide, qui était parfaitement informé de cette « trahison», mais ce haut-fonctionnaire haïtien avait besoin d’un visa pour que sa maîtresse puisse se rendre en France. Telle était l’ambiance à Port-au-Prince, en cette fin d’année 2003. L’ambassadeur, suite à notre entretien, s’empressa de rédiger une dépêche pour expliquer à sa hiérarchie, c'est-à-dire à Villepin, que j’étais «à la solde» du président Aristide. On traitait ce dernier de dictateur. S’il l’avait été, sans doute aurait-il fait un mauvais parti à Frédéric et jeté les Burkard, Bosc et consorts dans le premier avion en partance pour la France.

vendredi 29 janvier 2010

Le "rôle positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (8 e partie)

Lorsque la commission Debray se rendit en Haïti, nous résidions dans le même hôtel. Régis Debray et Véronique Albanel (née de Villepin), qui venait de faire son apparition dans cette commission et dont personne ne soupçonnait qu’elle était la sœur du ministre français des Affaires étrangères, avaient, eux, le privilège de loger au manoir des Lauriers, chez l’ambassadeur Burkard. On se demande bien pourquoi. C’était surréaliste de voir des gens comme Chotard, Dorigny ou Dahomay comploter toute la journée au bar de l’hôtel et préparer tranquillement un coup d’Etat en vidant des bières. Ce qui était pathétique, c’était quand ils trépignaient d’impatience, en attendant le fonctionnaire du Quai d’Orsay chargé de régler leurs consommations. Ils n’auraient jamais laissé aux Haïtiens un seul centime qui ne vienne du contribuable français. Les employés de l’hôtel connaissaient mes positions. Comme ce n’étaient pour les membres de la commission Debray que des êtres stupides, de simples choses qui apportaient à boire, les putschistes ne se gênaient pas pour parler devant eux. Ils avaient tort. Plusieurs fois, les barmen vinrent m’avertir que j’étais l’objet favori des conversations de la commission, que ses membres ne cherchaient qu’à me nuire et que j’avais intérêt à être extrêmement prudent, car ils étaient, selon eux, capables du pire. Je pensais que lors des révoltes d’esclaves, et en particulier en 1802, les nègres de case, dont les esclavagistes ne se méfiaient pas, avaient dû plus d’une fois avertir les abolitionnistes de ce qu’on préparait contre eux. Cette marque de confiance de compagnons que je ne soupçonnais pas est l’un des souvenirs les plus forts de cette période. J’eus l’occasion de croiser Debray à l’aéroport et de constater qu’il s’était mis dans une tenue qu’il croyait de circonstance : pataugas et battle dress. À le voir ainsi attifé, il ne faisait aucun doute qu’il préparait un coup d’État et ne s’en cachait même plus. Il allait et venait : sur le plateau central, et sans doute en République dominicaine, où une troupe armée d’assassins commandée, en apparence, par Guy Philippe, se préparait à venir semer la terreur. J’adressai, par principe, un mail d’indignation à Valérie Terranova, la conseillère de Chirac, qui était probablement à l’origine de l’envoi du guérilléro bavard en Haïti : « Je suis extrêmement surpris, après les conversations que nous avons eues, de voir un Régis Debray, ici, en battle dress, en train de préparer un coup d’Etat ! Il est impossible que vous ne soyez pas au courant. En tout cas, maintenant, vous l'êtes et si vous ne réagissez pas, je saurai à quoi m'en tenir.» Cette pauvre fille, aujourd’hui employée à la fondation Chirac (machine de guerre supplétive pour porter Villepin à la Présidence), me répondit d’une manière qui ne laissait aucun doute sur son implication et transmit naturellement copie de mon mail à Debray. Pour comprendre qui elle était et ce qu’elle faisait à l’Élysée, il suffit de dire que lorsque je lui parlai de l’utilité pour la France d’élever une statue à la mémoire du général Dumas, elle me dit qu’il lui suffisait d’en parler à Bongo et qu’il paierait cash. Bongo devait payer beaucoup de choses. C’est comme cela que fonctionnait la France de Chirac et de Villepin : Bongo payait cash. Le lendemain, le guérilléro bavard apparut à l’hôtel où se trouvaient les quartiers de ses troupes, flanqué de quatre gendarmes, qui ne le quittaient pas d’une semelle. Le roquet, prévenu par la Terranova que j’y voyais clair dans son jeu, se mit à aboyer dans le couloir avec une férocité inouïe. Je lui jetai avec mépris qu’on n’était pas en Afrique, encore moins en Bolivie. J’appuyai sur le mot Bolivie en le regardant droit dans les yeux. J’ajoutai qu’il ne serait pas toujours entouré de gendarmes lorsqu’il me croiserait, et que l’avenir pouvait durer longtemps. Il doit s’en souvenir, car depuis, lorsqu’il m'aperçoit, il baisse prudemment les yeux et rase les murs, quand il ne change pas carrément de trottoir. Pour bien comprendre l’ambiance de cette fin d’année 2003 à Port-au-Prince, il faut savoir que le président Aristide laissait les nombreuses radios privées et les journaux se déchaîner contre lui. Les membres de la commission Debray ne se gênaient pas pour aller épancher leur négrophobie maladive au micro de ces stations financées par la classe dirigeante haïtienne, claire de peau et raciste au dernier degré. La presse jouissait d’une liberté dont n’a même pas idée dans les prétendues démocraties occidentales.

L’ambassadeur Burkard devait rencontrer le ministre Voltaire et son homologue des Affaires étrangères, qui me convièrent à cette réunion. Étant citoyen français, j’informai l’ambassadeur de ma présence en qualité d’expert pour la question de la restitution. Burkard en profita pour se faire accompagner par la commission Debray au grand complet, ce qui n’était pas du tout prévu. Au grand complet ou presque, car on demanda ce jour là au « nègre de service », Dahomay, de ne pas venir. Il fut excusé sous le prétexte qu’il avait mal au ventre.

La rencontre est une scène qui mérite d’être contée. Elle se passait dans le bureau du ministre des Affaires étrangères d’Haïti. Ce ministre était là, avec son homologue Leslie Voltaire, ministre des Haïtiens de l’étranger, chargé du dossier de la restitution. Assistaient à la réunion Ira Kurzban, avocat du gouvernement de Port-au-Prince, Francis Saint-Hubert, brillant économiste haïtien, ainsi qu’un conseiller martiniquais de Leslie Voltaire. Ce conseiller était un ami de Césaire. La commission Debray entra dans le bureau à la queue-leu-leu et s’assit, à l’invitation du ministre, de l’autre côté de la grande table où nous étions déjà installés. Curieusement, deux « membres » de cette commission restaient debout. Le ministre les invita à prendre place, eux aussi, mais ils n’en firent rien. Examinant les lieux avec suspicion, ils allèrent se poster devant les deux issues du bureau, la main sur la poitrine. Tout devenait clair : ces deux messieurs en costume cravate, comme les autres, étaient en fait des gendarmes français en civil chargés de protéger les « blancs » contre les « nègres », forcément dangereux, que nous étions (à l’exception de Kurzban). La main sur le 357 magnum qu’ils dissimulaient sous leur veste, les pandores avaient reçu l’ordre de tirer sur nous - deux compatriotes, deux ministres haïtiens et un avocat américain - au moindre geste qui leur paraîtrait suspect. Cette scène doit paraître romancée. Elle s'est pourtant déroulée telle que je la raconte et personne, à commencer par Debray, n'oserait me démentir. J’y repense souvent. C’était pour moi une bien cruelle humiliation que de voir des compatriotes se comporter ainsi dans une petite démocratie qui ne demandait qu’à entretenir des relations normales avec l’ancien pays colonisateur et esclavagiste. Il était bien déchirant de se sentir encore français dans ces circonstances. Comme c’était néanmoins le cas pour moi, des larmes de honte me montèrent aux yeux, et j’avoue que je n’y repense pas sans émotion, plus de six ans après. Je ne souhaite à personne d’avoir honte de son pays comme j’ai eu honte du mien, dans ce bureau que les ventilateurs n'arrivaient pas à rafraîchir, à 8000 kilomètres de Paris. Imagine-t-on une commission nommée par le ministre des Affaires étrangères de la République d’Haïti se rendant à Paris pour une réunion dans le bureau du ministre des Affaires étrangères français, avec deux gardes armés qui se posteraient devant la porte du bureau de Bernard Kouchner, la main sur le revolver ? Si la commission Debray était capable de se comporter ainsi en public, peut on imaginer ce qui pouvait se passer à l’abri des regards gênants ? Je m’efforçai de prendre de la distance et de rechercher ce qu’il pouvait y avoir de cocasse dans ces circonstances. D’un côté de la table, Ribbe, normalien « noir » comme dirait Finkielkraut, agrégé de philosophie, de l’autre côté de la table, Burkard, normalien «blanc», agrégé des Lettres, et Debray, normalien «blanc» également agrégé de philosophie. Les deux normaliens «blancs» avaient des fonctions officielles. Le normalien «noir», lui, défendait une petite démocratie et, au fond, l’honneur de la France. Car la France, heureusement, celle de la déclaration des droits de l’homme, n’était pas du côté de la commission Debray, ce jour là.

Debray prit la parole et demanda avec arrogance, en nous désignant, Me Kurzban et moi, qui nous étions et ce que nous faisions dans ce bureau. Le ministre lui répondit avec un sourire que nous étions membres de la commission élargie chargée d’examiner la restitution de la dette de la France et que nous étions là en tant qu’experts. Il ajouta que M. Debray me connaissait, sans doute. Debray aboya : « Du moment qu’il n’est pas là pour raconter n’importe quoi ! » Véronique de Villepin, qui se cachait sous son nom d’épouse, Albanel, était à côté de Debray, avec l’air pincé d’une femme de colon qui serait obligé d’accompagner son mari au marché aux esclaves et de supporter les mauvaises odeurs. L’ambassadeur se tenait coi, avec l’air aussi franc que celui d’un âne qui recule. Marcel Dorigny, le bon communiste ami des noirs, faisait partie de la bande. Il baissait les yeux quand son regard croisait le mien.

Sans répondre aux sottises du guérilléro bavard, j’interpellai la sœur du ministre :

- Tiens, quelle surprise ! Je crois que nous nous connaissons

- Oh, cela m’étonnerait ! répliqua la pimbêche avec mépris.

- Mais, si, faites travailler votre mémoire. Vous ne voyez pas ?

Véronique de Villepin commença à se troubler. Debray la regardait avec inquiétude. Les deux gardes du corps ne comprenaient plus rien : on leur avait dit qu’il y aurait des nègres très dangereux, des « chimères » sur lesquels il ne faudrait pas hésiter à faire feu et voici que l’un d’entre eux, au lieu de tirer sa machette de dessous la table, s’exprimait calmement, en bon français, avec des mots qu’ils n’auraient jamais imaginés si bien prononcés dans la bouche d’un sauvage.

Après avoir laissé passer un instant, je lançai :

- Vous êtes bien Véronique Galouzeau de Villepin ?

- Oui, pourquoi ? fit-elle en rougissant jusqu’aux oreilles.

La nouvelle Pauline Bonaparte était publiquement démasquée. Les deux ministres étaient hilares.

- Je me souviens de vous, ajoutai-je, parce que nous étions condisciples à Sciences po.

C'était vrai. J'avais fréquenté, en même temps que l'Ecole normale, cette institution, (pour voir, car je n'avais que peu de goût pour les compromis et la vie ennuyeuse qu'imposait, selon moi, une carrière dans la haute administration). Je me souvenais très bien de cette péronnelle qui préparait l'Ena, et dont le frère, à l'époque, ne s'était évidemment pas encore fait remarquer en devenant le "Fouché" de Chirac, l'homme du "cabinet noir".

- Quelle mémoire ! glapit-elle. Ou alors, vous avez pris vos renseignements.

- Non, je n'ai pas l'habitude, comme vous sans doute, de "prendre mes renseignements" sur les gens. Mais il y a simplement quelque chose qui m'a marqué chez vous et que vingt cinq années n’ont pas effacé.

- Ah oui, et quoi donc ?

- Votre amabilité et votre sourire.

Véronique de Villepin, qui ne s'attendait guère à cette sortie de ma part, se retrancha dans un mutisme complet. Debray, pour la sauver du ridicule, prit la parole d’une voix qui se voulait menaçante :

- Je suis ici au nom du président de la République française, éructa-t-il sous sa moustache. Je commence par vous avertir d’une chose. Que ce soit bien clair : même si ce président était mon ami Alain Krivine, vous n’auriez pas un sou de la France, vous entendez ? Pas un sou ! Jamais ! Jamais !

Ce qui était étrange, c’était que la question de la restitution de la somme extorquée aux Haïtiens par la France en 1825 avait été explicitement exclue de la mission de Régis Debray. Le Quai d’Orsay l’avait bien précisé dans un communiqué. On pouvait donc tout imaginer de la réalité de cette mission. Debray venait de prouver, en tout cas, deux choses : 1°/ Il avait l’aval de Chirac. 2°/ C’était vrai qu’il parlait trop.

Les Haïtiens ne l'appelaient plus que "Le Konzé". Konzé, c'était le patronyme honni du compagnon du résistant Charlemagne Péralte qui, pendant l'occupation américaine, avait vendu son ami aux Yankees. Péralte avait été sommairement exécuté et cloué sur une porte pour servir d'exemple. Tous les Konzé d'Haïti avaient, depuis, changé de nom.

samedi 30 janvier 2010

Le "rôle positif" de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (9 e partie)

Le coup d’État initial avait été prévu avant que les cérémonies du Bicentenaire n’aient lieu, c'est à dire avant le 1er janvier 2004. Pour la France, qui redoutait par dessus tout ce bicentenaire, c’était la meilleure solution. Régis Debray voyait un par un les responsables des pays africains contrôlés par la France, probablement pour les menacer s’ils participaient au bicentenaire d’Haïti. Lorsqu'il m'avait reçu chez lui à Paris, il ne s’en était pas caché. Il s’était même étonné de la position inflexible de la ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud, favorable aux Haïtiens. « C’est étrange. Ce que vous me dites me rappelle ce que m’a dit la ministre dans son mauvais anglais » lançait-il avec mépris. On se souvient que Régis Debray, lui, dès l’époque de son équipée bolivienne, parlait très bien l‘anglais. Alors que j’étais en transit le 11 décembre 2003 à l’aéroport de Pointe-à-Pitre, pour prendre l’avion de Port-au-Prince, un ami haïtien m’avait présenté le chef d’escale d’Air France à Port-au-Prince. Ce chef d’escale ressemblait à tout sauf à un chef d’escale. Il était accompagné d’une jeune femme, originaire d’un ancien pays communiste, qu’il nous présenta comme sa compagne et dont on pourrait dire sans médisance qu’elle n’avait pas très bon genre. Le hâbleur se félicitait d’avoir obtenu la naturalisation de la fille. Il ne nous dit pas comment, mais on sentait qu'il en avait très envie. Mon ami faisait un simple aller-retour et devait repartir de Port-au-Prince le 15 décembre. Le chef d’escale l’informa, très sûr de lui, qu’il n’y aurait pas de vols ce jour-là. Je lui demandai de répéter. Il me répéta en souriant, et d’un air entendu : « Non, le 15 décembre, il n’y aura pas de vols à Port-au-Prince ! Aucun vol ! » Effectivement, le 15 décembre fut assez mouvementé. Andy Apaid, un milliardaire syrien-américain blanc de peau travaillé par la CIA, mais que la presse occidentale présentait comme un Haïtien « noir », chef de l’"opposition" au président Aristide, organisa des manifestations sporadiques où de pauvres hères, pour quelques malheureux dollars, brûlaient trois pneus de voiture, à la plus grande satisfaction des journalistes français qu'Eric Bosc, de l’ambassade de France, appelait pour aller photographier le « chaos » qui s’instaurait, jour après jour, dans ce pays maudit gouverné par un « assassin», un « trafiquant de drogue » un « psychopathe pervers ». Telles étaient les épithètes dont la presse française gratifiait le premier président démocratiquement élu d’Haïti. Un journaliste se lâcha même au point d’écrire dans Le Figaro : «L’échec d’Haïti démontre l’inaptitude des peuples noirs à se gouverner eux-mêmes.» Personne ne releva. Je reçus une volée de mails d’un écrivain haïtien vivant à Paris et qui m’avait oublié, par mégarde, dans son listing. Ce nouveau Camille Desmoulins exhortait les intellectuels haïtiens à descendre dans la rue le jour même pour renverser le "tyran sanguinaire". En même temps, Jean-Claude Duvalier, dans un luxueux hôtel parisien, donnait une interview à la presse américaine pour faire savoir qu’Aristide était le pire dictateur qu’Haïti ait jamais connu. Oui, je n’invente rien, c’était le chef des tontons macoutes qui disait cela. La journaliste américaine, un peu gênée, évoqua (très discrètement) le passé. Là, Bébé Doc répondit superbement : « Je ne dis pas que je n’ai pas commis quelques erreurs…» Si Duvalier montait ainsi au créneau, c’était bien entendu qu’il y avait été autorisé par ses hôtes, c'est-à-dire par M. de Villepin dont je serais bien étonné qu’il n’ait jamais rencontré l'ex-chef des "volontaires de la sécurité nationale" qui se réclamait désormais de l'opposition et lançait cet étrange appel depuis Paris. Certains esprits malades soutenaient, au Quai d'Orsay, que le retour de Duvalier était la meilleure solution. naturellement, ils disaient cela spontanément, sans que Duvalier les y ait "incités" d'une manière ou d'une autre... Au même moment, le 15 décembre 2003 à 15 heures locales, Régis Debray se présenta au palais national de Port-au-Prince avec Véronique de Villepin-Albanel. Ils insistèrent pour être reçus et firent savoir qu’ils avaient un message urgent pour le président, de la part du gouvernement français. C’est le docteur Maryse Narcisse, conseillère d’Aristide, qui les reçut tout d’abord. Ils insistèrent avec beaucoup d’insolence pour voir Jean-Bertrand Aristide. Elle en informa le président qui se résolut finalement à les rencontrer, en présence de Mme Narcisse. Debray et son amie demandèrent que la conseillère sorte. Le président s’en étonna. Mais ils voulaient lui parler sans témoins. Il céda. Là, on changea de ton. On était très loin de ce «moment fraternité» sur lequel le bon apôtre Debray est aujourd'hui intarissable lors des conférences qu'il donne chez les francs-maçons pour mieux vendre ses livres. Là, le style était plus direct. La dame patronnesse de Sciences po se fit un plaisir de régurgiter les menaces de son frère. L’ex guérilléro, l’œil injecté de sang, en rajouta. Dehors le nègre ! La démission ou la vie ! C’est le maître blanc qui te le dit : Dégage, et plus vite que ça ! Ôte toi de là qu’on s’y mette ! Tel était à peu près le message de Paris. Le message de Dominique de Villepin, l'homme qui se voit un jour président de la République et qui nous expliquait naguère que la France est une coquine dont le fantasme serait que des vauriens de son genre la prennent de force, à la hussarde. Joli programme !

Les émissaires dirent en substance au président Aristide, au nom de la France, que s’il ne démissionnait pas immédiatement, « on » allait l’assassiner. Ils ne pouvaient pas avoir une information pareille sans connaître les assassins. «Avez-vous donc une vocation de martyr ? » hurlait la pieuse épouse du général Albanel. Si Régis Debray a admis s’être rendu au Palais national ce jour là et avoir rencontré le président, il a toujours nié avoir été accompagné de Véronique de Villepin. Mais Debray n’est plus à un mensonge près. Ce mensonge-là, particulièrement grossier, ne fait que révéler que le guérilléro bavard souhaitait protéger Véronique de Villepin. On peut se demander pourquoi. Malheureusement pour Debray, il y a des témoins. Les employés du Palais national qui les virent arriver tous deux, le docteur Narcisse qui m’a raconté la scène, le président Aristide lui-même qui me l’a confirmée dans une interview filmée en janvier 2005 (en ligne sur www.claude-ribbe.com ). Mais il y a mieux. L’ambassadeur de France, Thierry Burkard, pour se couvrir, rédigea un télégramme diplomatique faisant état de cette visite et des menaces proférées par Véronique de Villepin et Debray. Il le fit même assez largement circuler pour qu’un journaliste du Monde, M. Paolo Paranagua, y fasse clairement allusion dans un article qui fit trembler Villepin. Au printemps de 2004, après le coup d’Etat, alors que le chef d’escale d’Air France trop bavard rentrait chez lui, à Port-au-Prince, deux hommes à moto s’approchèrent et lui logèrent une balle en pleine tête. Personne ne s’est jamais étonné de cet assassinat, aussitôt mis sur le compte de l'"insécurité" ambiante.

dimanche 31 janvier 2010

Le « rôle positif » de Régis Debray en Bolivie et en Haïti (dixième et dernière partie)

La France et les USA n’avaient pas ménagé leurs efforts pour que le bicentenaire de la création de l’Etat d’Haïti ne soit pas commémoré, le 1er janvier 2004. Il fallait à tout prix séparer Haïti des Africains, de peur que la petite république caraïbe ne devienne un jour l’axe de la renaissance africaine. Régis Debray, Dominique de Villepin et Édouard Glissant, profitant de son grand âge, étaient allés faire pression sur Césaire pour qu’il refuse d’assister à la cérémonie, et qu’il donne, de ce fait, sa bénédiction au coup d’État qui était programmé. On lui avait dit qu’Aristide était un dictateur et il le crut. L’Afrique du Sud ne se laissa pas influencer par ces mensonges. Un porte-hélicoptères apparut dans la baie de Port-au-Prince une dizaine de jours avant les célébrations. Ce n’est pas sans émotion que j’ai vu arriver les gros hélicoptères envoyés par Thabo Mbeki et qui ronronnaient au-dessus de la ville comme pour montrer que l’Afrique était venue au secours des descendants de ceux qui avaient été arrachés à leur terre par de monstrueux prédateurs. C’était un jour de deuil pour Régis Debray et ses amis. Les Sud-Africains avaient expédié une équipe pour organiser l’intendance de la cérémonie. Ce sont eux qui établirent les laisser-passer et organisèrent le système de captation du spectacle qui fut monté à la hâte. J’écrivis un petit texte de théâtre pour être joué ce soir là. Le 1er janvier 2004, les cérémonies commencèrent le matin, en présence de Thabo Mbeki, du premier ministre de la Jamaïque, de Maxine Waters, députée de Californie représentant le Black Caucus, de Danny Glover, de Randall Robinson, et surtout de plus de cent mille Haïtiens qui agitaient des drapeaux en chantant l’hymne national. Ils étaient si nombreux qu’ils s’étaient juchés sur les grilles entourant le jardin du palais national. Elles plièrent soudain sous le poids de la foule ainsi agglutinée et les plus humbles purent se mêler aux invités officiels. Une courte cérémonie devait avoir lieu aux Gonaïves. Quant on sait que l’organisateur en était Gabriel Frédéric, celui-là même qui avait remis à l’ambassadeur Burkard, le 9 novembre, copie du dossier juridique sur la restitution de la dette de la France, on se doute qu’elle fut sabotée et avec l’aide de qui. Il y eut quelques tirs d’armes automatiques en direction du président Aristide et de Thabo Mbeki qui, heureusement, ne furent pas atteints. Le soir, un spectacle fut présenté au Palais national. Les violons de l’orchestre amateur Sainte-Trinité et le ballet national de Cuba furent mis à contribution. Le texte que j’avais écrit, Le rêve de Mandela, fut joué par Danny Glover et Jean-Michel Martial. J’étais à peu près le seul français parmi les invités d’honneur en ce jour historique où l’ambassadeur Burkard grimaçait plus encore que de coutume. Christiane Taubira était très attendue, mais elle ne vint pas. Elle expliquera sans doute un jour pourquoi. Aucun de ceux qui, en France, ont fait depuis de l’esclavage leurs fonds de commerce n’étaient là. Aucun journaliste de la presse occidentale ne rendit compte de l’événement qui, officiellement, n’a jamais existé; pas plus que la bataille de Vertières qui entraîna la capitulation française , le 18 novembre 1803. Je quittai Port-au-Prince quelques jours après la cérémonie, non sans être allé saluer le président. Il pensait que ces événements seraient niés un jour et qu’il faudrait témoigner de ce qui s’était réellement passé. Après mon départ, Burkard, Villepin frère et soeur, Debray et tous les autres continuèrent leur travail de sape, en liaison constante avec les Américains. De prétendus rebelles, commandés par un assassin notoire, entrèrent dans le pays pour faire diversion dans le nord. Une délégation fut envoyée à Paris par le président pour rencontrer Villepin et demander l’aide de la France contre ces mercenaires afin de sauver la démocratie haïtienne. Elle était composée du ministre des Affaires étrangères, de la ministre de la Culture et du directeur de cabinet du président Aristide. J’eus l’occasion de les voir tous trois avant leur rencontre avec Villepin, qui eut lieu dans l’après-midi du vendredi 27 février 2004. Villepin les reçut entre deux portes et leur fit comprendre que le sort du président Aristide était scellé. Il avoua en avoir eu confirmation de son homologue Colin Powell en personne. « Il vaudrait mieux qu’il démissionne. C’est toujours mieux que d’être obligé de monter dans un hélicoptère, la nuit, au fond d’un jardin. » Telle fut la formule de celui qui, depuis, s’est retrouvé devant la justice pour son implication présumée dans une sordide affaire de listings trafiqués. Villepin était donc parfaitement informé, au moins dès le 27 février, de l’enlèvement, en fait activement préparé par la France et les USA depuis plusieurs mois. Trois témoins peuvent l’attester. Dans la nuit du 28 au 29 février 2004, après une dernière réunion entre l’ambassadeur des USA, Foley, et son homologue français, Burkard, des troupes américaines (et probablement françaises aussi) pénétrèrent secrètement en Haïti. Au milieu de la nuit, Luis Moreno, chef de la CIA à Port-au-Prince, se présenta au domicile privé du président avec une vingtaine d’hommes des forces spéciales. Plusieurs dizaines de soldats, équipés d’armes à visée laser et de systèmes de vision de nuit, investirent la propriété. Les Américains obligèrent le président Aristide et sa femme à monter dans une voiture qui se dirigea vers l’aéroport. Ils n’avaient pas le choix, leurs deux filles se trouvant chez leurs grands-parents, aux USA, et servant d’otages. Un grand avion blanc attendait sur le tarmac. Il ne portait aucune marque d’immatriculation, sauf un drapeau américain peint sur la queue. Moreno obligea le couple à monter. L’avion décolla immédiatement pour se poser à Antigua. Aristide restait très digne. Sa femme pleurait en silence. Ils n’avaient pas de vêtements pour se changer et se doutaient que leur maison était déjà livrée au pillage. Peut-être allaient-ils mourir sans revoir leurs enfants. L’avion resta cinq heures stationné à Antigua. On refusa aux passagers de dire où ils se trouvaient ni ce qu’on allait faire d’eux. L’avion redécolla et traversa l’Atlantique. Dominique de Villepin avait négocié avec Bongo pour que ce dernier serve d’intermédiaire auprès de François Bozizé, lequel venait de faire, avec l’aide de la France, un coup d’Etat en Centrafrique. Les Américains avaient reçu l’assurance qu’Aristide serait mis en détention dans une « prison militaire française ». Cette prison militaire française était en fait le palais du "président" Bozizé, effectivement contrôlé par un important détachement français. L’"ami" qui m’avait fait rencontrer Mme Rossillon était aussi (le monde étant petit) un ami de Bozizé. Apprenant par la presse l’arrivée d’Aristide en Centrafrique, je suppliai cet "ami" de me mettre en contact avec le dictateur de Bangui. Je n’obtins qu’un numéro de télécopie qui me permit de faxer une lettre pour que Bozizé m’autorise à joindre Aristide. Après plusieurs jours d’efforts, je parvins à parler au lieutenant François, qui était le geôlier du président et finis par le convaincre de m’autoriser à lui parler. Aristide ne me dit que ces mots : « C’est le fort de Joux numéro 2 ! » C’était assez clair, puisque le fort de Joux était le lieu où les Français, après l’avoir enlevé, avaient mis en détention et exécuté Toussaint Louverture (officiellement mort de froid et de tristesse). Cette formule était un appel au secours. Je lui demandai s’il pouvait parler aux journalistes. Cela lui était impossible. Je donnai au président un rendez-vous téléphonique à 17 heures. Je me trouvais cette fois dans les studios de la radio RTL, dont il convient de saluer l’indépendance, et cette conversation fut enregistrée. Le président Aristide déclarait avoir été enlevé avec la complicité de Dominique de Villepin, de sa sœur, Véronique de Villepin-Albanel, de Régis Debray et de l’ambassadeur Thierry Burlkard. La conversation que j’avais eue avec le président Aristide fut diffusée le lendemain matin, sans aucune censure, au journal de sept heures. Le soir, je récidivais, mais sur TF1 cette fois, grâce à l’amicale complicité de Patrick Poivre d’Arvor, que je dois lui aussi remercier pour son courage, puisqu'il réussit, non sans mal, on peut l'imaginer, à imposer le sujet au journal de 20 heures. Une troisième rencontre fut organisée par mon entremise, chez Marc-Olivier Fogiel cette fois. Fogiel avait tenu à faire lui-même l’interview. Elle serait diffusée sur le plateau de France 3 en ma présence. Je fis confirmer ces dispositions par écrit. J’établis le contact et Fogiel fit son interview. Ses collaborateurs avaient préparé des questions du genre : « M. Aristide, vous êtes un dictateur, un trafiquant de drogue et un assassin, et vous avez pris la fuite pour échapper à la fureur du peuple que vous avez trahi, n’est-ce pas ? » Aristide répondit à Fogiel d’une manière si convaincante et avec un tel calme qu’il devenait évident qu’il avait été calomnié et enlevé. L’interview du président Aristide et ma présence étaient annoncées dans toute la presse pour l’émission en direct du dimanche soir. On avait prévu un taxi pour que je m’y rende. Une heure avant le rendez-vous fixé, le journaliste qui avait monté le sujet m’appela pour me dire que la diffusion et l'entretien exclusif avec le président, de même que ma présence sur le plateau, étaient "déprogrammés". C'était un stagiaire qui avait encore des illusions. Il était écoeuré par ce qu'il appelait lui-même une censure, ayant travaillé tout le week-end. Je ne reçus jamais d’explication de Fogiel, mais j’imagine que Villepin s’était opposé à cette diffusion en intervenant directement auprès de Marc Tessier, à l’époque président de France Télévisions. Néanmoins, en partie grâce aux interviews diffusées sur RTL et TF1, et qui firent beaucoup de bruit, Bozizé fut obligé de laisser Aristide repartir lorsqu’un avion affrété par les amis démocrates du président (et où se trouvaient notamment Maxine Waters et Randall Robinson) se rendit, quelques jours plus tard, à Bangui. Au grand dam des Américains et des Français, Aristide put repartir en Jamaïque et y retrouver ses deux filles. Je devais apprendre plus tard qu’il avait été prévu que le président, comme je le pressentais, et comme il le pressentait sûrement lui-même, trouve la mort dans sa prison de Bangui. Il m’est impossible d’affirmer que Villepin était impliqué dans la préparation de cet assassinat, mais, dans la mesure où j’ai pu avoir la confirmation et la preuve irréfutable qu’il était bel et bien programmé, j’imagine qu’il n’était pas difficile au ministre des Affaires étrangères d’être au moins informé de ce qui allait se passer. Plusieurs semaines plus tard, je reçus un appel téléphonique de Jamaïque. C’était Aristide. Il me dit qu’un « grand oiseau » viendrait le prendre le soir même et qu’il allait retourner dans le pays originel sous la protection de l’homme que j’avais rencontré pour le bicentenaire. Cela voulait dire que Thabo Mbeki lui envoyait un avion à destination de Prétoria. A la faveur de ces évènements, Aristide et moi nous liâmes d’amitié. Depuis six ans, il vit à Prétoria, sous la protection des Etats africains et de la Caricom (c'est à dire de tous les états nègres de la planète, ceux qu'on ne désigne jamais comme faisant partie de la "communauté internationale") avec, comme seul revenu, le salaire qui lui est versé pour les cours qu’il donne à l’université d’Afrique du sud. Je n'ai pu m'offrir qu'une fois le voyage pour aller le voir. J'en ai profité pour l'interviewer. Il ne s’est jamais écoulé un mois sans que nous nous téléphonions. Notre dernier entretien, c’était il y a trois jours. Aristide a tout enduré, ne s'est jamais plaint, n'a jamais plié. Une fois le président Aristide renversé, Villepin et Bush, violant impunément la constitution du pays, mirent en place une nouvelle dictature sous l’égide d’un Américain, Gérard Latortue, une crapule nommée par les anciens pays esclavagistes «premier ministre de transition». La première mesure de Latortue fut d’annuler la demande faite à la France de restitution des 21 milliards de dollars extorqués à partir de 1825. Deux ans plus tard, les partisans d’Aristide élisaient René Préval à la présidence, dans l’espoir qu’il permette à Aristide de rentrer dans son pays. Le jour de cette élection, j’étais dans le bureau du ministre français du tourisme, Léon Bertrand. Il fut très étonné que je lui donne le nom nu président qui allait être élu, car ce n’était pas le candidat de la France. Aujourd’hui, Léon Bertrand, ami intime de Chirac (l'homme qui ne se "commet" pas avec n'importe qui) est en prison pour corruption. Ainsi va le monde. René Préval, depuis quatre ans, n’a pas pu, n’a pas voulu ou n’a pas osé faire rentrer son ex-ami. Les Haïtiens n’ont jamais cessé de manifester pour le retour de leur président, honteusement enlevé par les Américains et la France. Un jour peut être, qui n'est pas forcément éloigné, un nouvel « oiseau » venu d’Afrique reconduira dans son pays celui qui n’aurait jamais du le quitter. Dans cet avion, le président Aristide sera accompagné de quelques amis américains : Danny Glover, Randall Robinson, Maxine Waters. Il y aura sûrement un Français aussi dans cet avion. Il se pourrait bien que ce soit moi. Régis Debray a écrit un livre sur la «fraternité». Il s’apprête certainement à faire campagne pour l’élection de Villepin en 2012 avec l’espoir d’être nommé ministre de la Culture. Quand il marche dans la rue, il n’y a plus de gendarmes pour l’escorter. Je ne lui ai jamais administré la paire de gifles qu’il mériterait certainement de recevoir. Je préfère le laisser avec sa conscience et le souvenir des milliers de morts, des dizaines de milliers peut-être, qui suivirent le coup d’État donc il fut l’artisan. Sous le régime de Latortue, on enfermait les partisans d’Aristide dans des containers qu’on aller jeter ensuite dans la mer. Véronique de Villepin-Albanel continue d’animer l’aumônerie de Sciences po. Elle ne s’est jamais exprimée sur ces événements, mais comme c’est, paraît-il, une bonne chrétienne, je suppose qu’elle me pardonnera d’avoir dit la vérité et qu’elle priera pour le salut de mon âme. Villepin, devenu ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, envoya l’année même du bicentenaire, un corps expéditionnaire de 1000 soldats français. On n’avait pas vu de soldats français en Haïti depuis la capitulation de 1803. Les soldats de Villepin firent sécher leurs slips, non pas sur la ligne Siegfried, mais sur les grilles du palais présidentiel. Ils baptisèrent l’opération « Rochambeau », du nom du général qui se servit de chiens dressés pour dévorer les nègres et qui entreprit l’extermination de tous les Haïtiens de plus de douze ans, en les faisant gazer au soufre dans les cales des bateaux. Le jour de leur départ, Paris Match publia l’interview d’une Haïtienne prétendant qu’elle avait assisté à une « messe noire » où le président Aristide avait «probablement» sacrifié un nouveau né en le coupant en morceaux. La seule accusation qui n’ait jamais été portée contre le président d’Haïti, c’est la pédophilie. Je m’étonne qu’ils n’y aient pas pensé. Burkard a pris sa retraite avec le traitement d’ambassadeur. Il est retourné chez lui, en Alsace, là d’où il était venu, jeune homme, certainement avec des rêves plein la tête. C’est le temps qui l’a puni. Il a l’air d’un vieillard. Il se pique à présent d’écrire. Des romans policiers régionalistes. Il est venu me voir au stand au salon du livre de Paris en 2009, un peu penaud, comme pour faire la paix. J’ai brandi le livre que je signais, «Le nègre vous emmerde». Il a fait demi-tour. Quant à Villepin, il m’a fait appeler par son secrétariat, en septembre 2005, alors qu’il était Premier ministre, pour me nommer membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) du fait de mon engagement pour les droits de l’homme. Comme j'étais notoirement l’ami de quelqu’un qu’il a accusé de violer ces mêmes droits de l’homme, cette nomination était bien étrange. Pour exprimer ma gratitude, j’ai publié, deux mois plus tard, un livre sur Haïti : Le crime de Napoléon. Je n’ai pas été renommé à la CNCDH au moment de son renouvellement. Au fait, l'aéroport de Cayenne s'appelle "Rochambeau". Je m'étonne que Christiane Taubira, députée de la Guyane, n'ait jamais demandé qu'on le débaptise. Un livre de Randall Robinson, relatant dans le détail tous ces événements, est sous presse pour être publié le 18 février 2009 sous le titre Haïti, l'insupportable souffrance. J'aurai eu l'honneur de le publier et de le préfacer. Telle sera ma modeste contribution, avec le témoignage publié quotidiennement depuis dix jours sur ce blog, à la reconstruction d'Haïti. Je n'ai écrit que la vérité. L'histoire jugera.

mercredi 3 février 2010

Et si l’on faisait porter le niqab aux serveurs de restaurant ?

Les journalistes français ne sont pas en reste pour stigmatiser le racisme des autres pays : le racisme en Italie, le racisme en Allemagne, le racisme en Russie. Il n’est jamais question que du racisme des autres. Mais s’ils parlaient au moins une fois du racisme français ? Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un magazine titrer sur ce sujet, alors que j’en vois beaucoup qui titrent sur le voile, sur l’islam, sur les «noirs ». J’en conclus, d’après ce que je lis dans la presse, que la France n’est pas raciste, mais qu’elle aurait des « minorités » problématiques : les «arabes», les «noirs». Quand un journaliste écrit un article sur les « noirs » ou les « arabes », les deux choses qu’on puisse dire de façon certaine, c’est que ce journaliste s’exclut implicitement de ces deux catégories et qu’il n’écrit pas non plus pour elles. C’est sans doute la raison pour laquelle, quand je lis ce genre de prose, je suis partagé entre la fureur et la tristesse. Ces lignes-là ne m'étaient pas destinées, c'est sûr. Pourtant, ces papiers sont utiles. Ils sont révélateurs du racisme français postcolonial que l’on pourra étudier un jour comme on peut étudier le racisme qui sévissait par exemple à l’époque des guerres de décolonisation. Quand un écrit se réduit à l’idéologie qu’il véhicule, on apprend au fond beaucoup de choses sur l’auteur de cet écrit, plus que sur le sujet traité. Par exemple le niqab. Je n’ai jamais vu personne dans cette tenue, sauf dans la presse. Quand je vois la une d’un magazine sur le niqab, je me dis que ce magazine veut en faire la publicité, puisqu’il me présente comme un problème de société quelque chose que je n’ai jamais vu et que le rédacteur en chef de ce journal n’a sans doute pas vu davantage, à moins d’avoir cherché. Je doute en effet que les rédacteurs en chef de la presse mainstream habitent dans des quartiers où toutes les femmes portent le niqab. D’ailleurs, comment savoir si ce sont des femmes, puisque le voile est intégral ? Voilà un vrai problème, que personne n’a posé. Imaginons que demain, incité par ce que j’ai lu dans la presse, je sorte en niqab, pour voir. Tout le monde dira avoir croisé une femme en niqab, certainement obligée de porter cette tenue à cause d’un mari musulman très méchant qui la tuerait si elle se découvrait. On me jettera des pierres. Je pourrais même, dans cette tenue, faire le tour des rédactions et me faire interviewer. À supposer que je dise ce que les journalistes ont envie d’entendre, chiche qu’ils me publient. Mais j’y pense : le niqab permettant de ne pas être vu, tous ceux qu’on n’a pas envie de voir pourraient le porter. Puisque les « noirs » sont problématiques, ils pourraient tous porter le niqab. Comme ça, on ne les verrait plus et les racistes ne seraient plus dérangés. Dans tous les restaurants où il m’arrive d’aller, tout le personnel que j’aperçois furtivement dans les cuisines a la peau noire. Tout le personnel qui sert a la peau blanche. Bizarre, non ? Cela, les journalistes, qui se font beaucoup inviter à déjeuner, c'est connu, le voient forcément, mais ils n’en parlent jamais. Ils pourraient cependant s’étonner que les villes civilisées du XXIe siècle soient plus racistes encore que les colonies esclavagistes du XVIIIe siècle où l’on n’éprouvait pas de répugnance à être servi à table par des personnes à la peau noire. Je propose que l’on fasse porter le niqab à tous ces nègres qu’on ne veut pas montrer, dans ce pays pas du tout raciste où je vis. Comme ça, on ne les verrait plus et on n’aurait pas peur que les clients blancs de peau soient indisposés. En outre, je suis sûr que le restaurant qui mettrait tous ses serveurs en niqab aurait immédiatement une jolie couverture médiatique.

jeudi 4 février 2010

Bébé Doc, le métro de Port au Prince et les dix plaies d'Egypte

Jean-Claude Duvalier, alias Bébé Doc, a exercé un pouvoir dictatorial sur Haïti pendant 15 ans, entre 1971 et 1986, avec le soutien de ses volontaires de la sécurité nationale, plus connus sous le nom de tontons macoutes.

Après s’être enfui avec l’aide des États-Unis et de la France, il fut secrètement accueilli à Grenoble au printemps 1986 avec 900 millions de dollars d’ « économies », au moment de la transition entre le gouvernement Fabius et celui de Chirac (1ère cohabitation). C’est Régis Debray, chargé de mission aux relations internationales auprès de Mitterrand, et donc responsable du dossier d’Haïti de 1981 à 1985, qui se serait chargé de recevoir le dictateur (ce dont se souviendra Chirac en 2004 en confiant au guérilléro bavard le dossier du coup d’État contre Jean-Bertrand Aristide). Les bons et loyaux services de Debray lui vaudraient une nomination au conseil d’État par le fait du prince. Jean-Claude Duvalier, officiellement en transit, est ainsi hébergé et protégé par la France depuis 1986. Tous les ministres de l’Intérieur qui se sont succédés ont systématiquement déclaré qu’ils n’étaient pas au courant. On prétend que Duvalier est ruiné à cause de sa femme qui aurait fait main basse sur son magot. On le croise cependant toujours dans les luxueux hôtels et restaurants parisiens. J’ai réussi à me procurer son numéro de portable, dans l’espoir de l’interviewer, ce qu’aucun journaliste français, curieusement, n’a songé à faire depuis 24 ans. Bébé Doc aurait tant de choses à raconter. Après un premier contact, il s’est malheureusement mis aux abonnés absents, très certainement à la demande expresse de ses protecteurs. Bébé Doc a l’obligation d’être discret. Cela fait partie du marché. Il s’est exprimé en 2004, au moment du coup d’État, auquel je le soupçonne d’avoir accordé quelque soutien. À cette époque, j’ai entendu des diplomates français dire que le retour de Bébé Doc serait une bonne solution. Plus récemment, Bébé Doc a fait parler de lui en proposant de mettre des fonds qu’il avait placés en Suisse au service des Haïtiens sinistrés. Cette réapparition n’est pas un hasard. Le jour même du séisme, la justice de Berne venait de refuser à l’État haïtien la restitution desdits fonds, après 24 ans de procédure. Une conseillère fédérale, Micheline Clamy-Rey, vient par ailleurs de se rendre à Port-au-Prince pour discuter de l’affaire avec le président haïtien Préval. Le gouvernement fédéral songerait actuellement à voter d’urgence une loi sur la restitution des biens mal acquis qui empêcherait Bébé Doc de récupérer son pactole. En attendant, il compare, paraît-il, les malheurs d’Haïti aux dix plaies d’Égypte. Selon le dictateur, la onzième sera un tsunami. Tout cela pour punir les Haïtiens de l’avoir chassé. À l’époque de Mitterrand, la France aurait signé un contrat faramineux avec le chef des macoutes pour réaliser un métro à Port-au-Prince. Le secrétaire d’État aux Finances de Bébé Doc, Frantz Merceron, se vantait même d’avoir eu la croix de la Légion d’Honneur pour ce contrat du siècle sur lequel sans doute il vaudrait mieux ne pas trop revenir, de peur de trouver un joli pot aux roses qui permettrait sans doute de comprendre pourquoi la France est obligée de garder sur son territoire le satrape haïtien. On se doute que le métro de Port-au-Prince n’a jamais vu le jour. Bébé Doc le regrette : si le métro avait existé, il aurait pu l’inonder en 1986 comme Hitler le fit pour le métro de Berlin en 1945.

vendredi 5 février 2010

M. le Président, et la Légion d’honneur du général Alexandre Dumas ?

Le président de la République se rendra en Haïti le 17 février 2010. Ce sera le premier chef d’État français à accomplir ce voyage, que j’ai longtemps appelé de mes vœux et qui aura été décidé à cause d’un cataclysme sans précédent. Il aura fallu plus de 200 000 morts pour briser 200 ans de formidable indifférence. La France a un très lourd passif en Haïti. Elle a déporté dans ce pays et mis en esclavage, dans les conditions les plus ignobles, 1 million d’Africains qui finirent par se révolter et imposer l’abolition de l’esclavage que les révolutionnaires français avaient refusée jusqu’en 1794. En 1802, devant l’impossibilité de rétablir l’esclavage, la France a tenté d’exterminer la population haïtienne au dessus de douze ans. Elle a exigé ensuite, bien que vaincue, une indemnité évaluée par les Haïtiens à 21 milliards de dollars. Ils ont mis plus d’un siècle à payer. La France a participé enfin, en 2004, à l’enlèvement d’un président démocratiquement élu. Elle héberge, depuis 24 ans, un tyran connu sous le pseudonyme de Baby Doc, alors que tant d’Haïtiens ont été expulsés de France. Alors, que dira Nicolas Sarkozy aux Haïtiens en débarquant chez eux ? Il ne leur parlera sans doute pas du « rôle positif » de la colonisation. Il ne leur dira pas non plus qu’ils ne sont pas encore entrés dans l’histoire. Je doute également qu’il vienne leur donner des leçons sur les droits de l’homme quand on sait que la déclaration des droits de l’homme de 1789, qui ne concernait pas les esclaves des colonies, n’a été rendue universelle que par la révolte de ces mêmes esclaves. Il ne leur dira pas non plus, comme le fit Jacques Chirac en mars 2000 à la Guadeloupe, qu’ «Haïti n’a jamais été, à proprement parler une colonie française». Et comment le président de la République française, en arrivant à Port-au-Prince, expliquerait-t-il au président Préval que la France refuse au général franco-haïtien Alexandre Dumas, depuis plus de deux cents ans, son admission dans l’ordre national de la Légion d’honneur, au motif que sa couleur de peau ne serait pas conforme à l’identité française ? Le bon sens voudrait que les premiers mots d'un président de la République française digne de ce nom, en foulant la terre haïtienne, soient les suivants :

«Haïti et la France partagent la même langue et ont une longue histoire commune. Cette histoire n’a pas toujours été une belle histoire. J’en suis parfaitement conscient. C’est pourquoi je crois le moment venu de rendre symboliquement hommage à un homme qui, né esclave sur cette terre, est le symbole de tant d’Haïtiens qui, par leur soif de liberté, ont donné leur part de gloire à la France. Je ne suis pas venu pour effacer ou nier le passé. Et pour que vous en soyez convaincus, je voudrais, au nom de l’écrivain français le plus lu dans le monde, qui se considérait comme haïtien, rendre hommage au général Alexandre Dumas, son père, héros de la liberté et de la révolution française, et vous dire ici, sur cette terre d’Haïti, meurtrie pas les blessures de l’histoire autant que par les caprices de la nature, que j’ai décidé, au nom de la France, de réintégrer, en souvenir de cette visite historique, le général Alexandre Dumas, dans l’ordre national de la Légion d’honneur. »

Voilà les mots que les Haïtiens aimeraient entendre. Sans ces mots-là en préambule, ce sera certainement difficile de parler de la reconstruction d’Haïti.

pétition en ligne pour le général Dumas :

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

dimanche 7 février 2010

"L’autre Dumas", de Safy Nebbou, avec Depardieu : un film français nul et ouvertement négrophobe.

Personne n’a pu échapper à la promotion extrêmement agressive entreprise pour le film L’Autre Dumas dont le propos est de ternir la réputation du romancier Alexandre Dumas, afro-descendant, fils d’esclave haïtien, de le ridiculiser en le faisant représenter par Gégé Depardieu le « Gaulois », et de provoquer tous les descendants d’esclaves ou d’indigènes de France par une offensive raciste tous azimuts destinée à assurer, par la polémique, la promotion du film.

Caricature par Cham : Dumas ressemble-t-il à Depardieu ?

Le père d’Alexandre Dumas, le romancier, s’appelait également Alexandre Dumas. Il était né esclave en Haïti. C’est le plus grand héros de la Révolution française. Au moment du rétablissement de l’esclavage, Napoléon, par racisme, l’a chassé de l’armée. Depuis 1802, la France refuse de l’admettre dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Alexandre Dumas le romancier, fils du précédent, avait trois ans et demi à la mort de son père. La haine négrophobe de Napoléon poursuivit la famille. La mère, privée de pension, alors qu’elle était veuve d’un général d’armée, dut supplier pour obtenir un modeste bureau de tabac à Villers-Cotterêts. On lui reprochait de s'être "prostituée" avec un "noir" et qui plus est, un Haïtien. Le fils n’eut aucune bourse pour faire ses études. Malgré cela, et avec l'aide des amis de son père, il monta à Paris et obtint, grâce à son seul talent, le succès que l’on sait. Aujourd’hui, on dirait de Dumas que c’est un écrivain « noir ». Au XIXe siècle, on ne manquait pas de lui rappeler ses origines, mais jamais en face, car Dumas avait hérité de la stature de colosse de son père et de son habileté aux armes. Un dessinateur, Cham (descendant du comte de Noë, le propriétaire de Toussaint-Louverture) le persécuta à coup de caricatures toutes plus racistes les unes que les autres. Quand Dumas quittait un salon, certains ouvraient les fenêtres au motif que « ça puait le nègre ». Dumas publiait énormément, surtout des feuilletons, et vivait de sa plume. Comme il dépensait beaucoup, étant très généreux, il fut obligé d’engager de nombreux collaborateurs qui accomplissaient les recherches historiques qu’il n’avait le temps de faire et traçaient souvent le canevas de ses œuvres. A partir de cela, Dumas se mettait au travail et mettait sa touche de génie, fort aisément reconnaissable. Dumas ne quittait guère sa table de travail, d’où son embonpoint final, comme tous les forcenés de l’écriture (Balzac, George Sand).

Tant qu’on faisait passer Dumas, qui est l’auteur français le plus lu à l’étranger, pour un « caucasien », il n’y eut pas de problème. Je brisai l’omerta en osant écrire que son père était né esclave. Alexandre Dumas, le dragon de la Reine (épuisé) était la seule biographie publiée en France depuis la mort du général (mis à part celle d’Ernest d’Hauterive, époux de l’arrière petite-fille du général, qui était parue en 1897). J'ai récidivé avec Le Diable noir (publié chez Alphée en 2008 et que j'ai moi-même adapté en documentaire de 52', préacheté mais non encore diffusé par France 2, avec Stany Coppet dans le rôle du général Dumas). En 2002, Valérie Terranova, conseillère de Jacques Chirac (et mêlée ensuite au coup d’État contre Haïti) décida (sur les recommandations d’un de ses amis) d’annoncer l’entrée au Panthéon d’Alexandre Dumas pour faire un « coup » avant les élections de 2002. La date de la cérémonie, très contestée à Villers-Cotterêts (où reposait Dumas), fut fixée au 30 novembre 2002. Le président du Sénat, Poncelet, m'invita, à cette occasion, à prendre la parole publiquement pour rendre hommage au général Dumas, dont je rappelai qu’il était arrivé en France sans-papiers, ce qui sema la panique à l’Élysée (dont Dominique de Villepin, entouré d’un cabinet qui n'était noir qu'à cause de ses méthodes, était alors le secrétaire général).

Un auteur, Bernard Fillaire, avait publié de son côté un livre, Alexandre Dumas et associés. Le but de cet ouvrage était fort malsain. Il s’agissait de faire savoir qu’Alexandre Dumas ne méritait pas les honneurs qu’on lui rendait enfin, parce qu’il n’aurait pas écrit ses livres lui même. En fait, Bernard Fillaire n’avait pas inventé grand-chose. Il ne faisait que mettre au goût du jour un pamphlet publié en 1845 par Eugène de Mirecourt sous le titre Dumas et Cie, fabrique de romans. Avant de laisser tomber la copie et de parler de l’original, notons au passage que c’est Bernard Fillaire qui a écrit le «livre» destiné à faire la promotion de Lilian Thuram, fort inspiré, paraît-il, du travail de divers auteurs non cités. Drôle de choix, Lilian : tu ferais bien de te méfier de tes "conseillers en communication" qui ne songent qu'à t'"essorer", mais te desserviront, à la longue. Le pamphlet de Mirecourt était ouvertement négrophobe et d’une violence telle que Dumas dut se résoudre à déposer plainte. Il obtint la condamnation de Mirecourt le 16 mai 1845 à une amende, assortie de 15 jours de prison pour diffamation. L’aggravation pour cause de racisme n’existait évidemment pas à l’époque (l'esclavage étant toujours en vigueur dans les colonies). Dommage. Qu’on en juge plutôt : « Grattez l’écorce de M. Dumas et vous trouverez le sauvage… Les joujoux le séduisent, les fanfreluches lui tournent le cerveau : Nègre ! » Quel rapport entre le livre raciste de Mirecourt et L’Autre Dumas de Nebbou ? C’est la même entreprise. Les négrophobes se sont engagés dans la brèche ouverte par Bernard Fillaire (continuateur de Mirecourt) et ont pu œuvrer avec le soutien de l’appareil raciste d’État mis à contribution pour préparer l’attaque contre Haïti et l’enterrement de la loi Taubira. Au moment où Pétré-Grenouilleau, grâce à Villepin, à Régis Debray et à Chirac, surgissait du néant où il est depuis retombé, une pièce de théâtre particulièrement nulle était, comme par hasard, écrite et montée pour vilipender Dumas et y faire la promotion d'un inconnu insignifiant, mais blanc de peau, donc providentiel : Auguste Maquet. Maquet fut au nombre des collaborateurs du romancier : un raté complet, obscur professeur d’histoire. Encouragé par le pamphlet de Mirecourt, auquel il n’était pas étranger, il profita de l’attaque diffamatoire contre Dumas pour l’accabler à son tour de procès, revendiquant une place de co-auteur et, bien sur, des droits en conséquence. Maquet mourut fort riche. Dumas dans la misère.

L’idée a dès lors été soufflée à un réalisateur, Safy Nebbou, de faire, à partir de ce navet glorifiant le nain jaloux Maquet, un film ouvertement négrophobe : on « réhabiliterait » Maquet, le génie méconnu qui deviendrait le "nègre", l'"esclave", exploité par un salaud d'imposteur incapable d'écrire une ligne, et Dumas deviendrait l'imbécile, l'analphabète, le négrier. La victime deviendrait bourreau, selon les bonnes vieilles méthodes de la propagande coloniale. Puisque les Français commençaient à être informés sur les origines d’Alexandre Dumas et qu’ils n’en étaient que plus admiratifs, il devenait urgent de le salir. On ferait à Dumas ce qu'on a fait à Aristide : deux Haïtiens dérangeants.

Comme on peut s’en douter, Nebbou n’a pas eu de mal à trouver un producteur et à rassembler 11 millions d’euros sur ce projet ignoble.

Au moins Nebbou, et c’est tout son « mérite », n’y est pas allé par quatre chemins. On aurait pu imaginer un film sur les rapports entre Dumas et Maquet, faisant au moins la part des choses. Non, là c’est un film contre Dumas et à la seule gloire de Maquet. Le Point, l’hebdomadaire que M. Pinault s’est offert avec l’argent des arbres « exotiques » abattus dans les vieilles forêts d’Afrique, l’hebdomadaire où l’on encense, quand il le faut, les Pétré Grenouilleau et Pap Ndiaye, ne s’y est pas trompé en titrant : «Maquet, l’esclave de Dumas». Beaucoup de journalistes ont éprouvé un frisson de jouissance à faire des jeux de mots sur le terme «nègre».

Mais Nebbou est allé plus loin encore. Quitte à nier la négritude de Dumas pour la reporter sur Maquet, il a choisi pour incarner Dumas le plus « gaulois » des acteurs qu’il pouvait trouver : Gérard Depardieu, ou si l’on préfère, Obélix. Je n’ai rien contre Depardieu, qui est un très grand acteur. Je l’ai vu débuter et remarqué dans La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke en 1970 alors qu’il était absolument inconnu. Pour les mêmes raisons que Dumas, sans doute, (l’argent), Depardieu a participé à des films qui étaient indignes de son talent. Celui-ci est vraiment en tête de liste de ses navets alimentaires. Mais c’est en plus un film abject. Ni Depardieu, ni Poolevorde, certainement, n’ont compris dans quelle entreprise on les avait embarqués. D’après les rumeurs, Poolevorde aurait toutefois rué dans les brancards durant le tournage, et c’est tout à son honneur.

Au moment où les descendants d’Africains de France se battent pour obtenir un peu de respect et la reconnaissance de leurs héros bafoués, était-il convenable de confier le rôle de Dumas, dont la grand-mère était une esclave noire de peau, au blondinet Depardieu, affublé d’une perruque frisée grotesque ? Confierait-on le rôle de Molière à mon ami Alex Descas, le plus grand acteur français de sa génération ? Les acteurs d’origine africaine ou antillo-guyanaise sont tous mes amis et je voudrais leur rendre ici hommage. Ils ont du talent et ils souffrent parce qu’on ne refuse de les employer (et ce n'est certainement pas l'agence de promotion pour la culture de l'outre-mer - le bureau des bals boudins et du zouk - que Frédéric Mitterrand s'apprêterait à confier Patrick Karam, l'agent de Villepin et des békés, le coordinateur officiel du misérabilisme antillais, chargé de la persécution judiciaire, aux frais de l'Etat, des détracteurs de ce même misérabilisme, qui va améliorer leur sort). Ce refus est particulièrement marqué quand il s’agit de la télévision publique qui, du reste, a financé L’Autre Dumas, comme elle avait financé un navet à la gloire de Napoléon passant le rétablissement de l'esclavage sous silence (un point de détail, sans doute).

Ce qu’a fait Safy Nebbou est une véritable insulte pour les acteurs issus de la diversité. Je sais les difficultés qu’ils éprouvent au quotidien pour vivre de leur talent. J’ai été moi-même élève, dans ma première jeunesse, d’un cours d’art dramatique dont le professeur s’était d’emblée adressé à moi pour me dire : « Oh vous, c’est sûr qu’on aura du mal à vous trouver des rôles dans le répertoire ! » J’ai immédiatement quitté le cours et, plus tard, je me suis mis à la tâche pour qu’un jour, il y ait des rôles pour tout le monde.

Ce qui est grave, c’est que si L’Autre Dumas est un succès, on n’hésitera pas à s’emparer des héros de la diversité pour les faire jouer systématiquement par des acteurs « blancs» plus ou moins grimés comme ce fut le cas aux débuts du cinéma hollywoodien.

L’attaque de Nebbou contre Dumas est d’autant plus monstrueuse que l’on avait toujours refusé en France de faire un film sur cet auteur, pour ne pas avoir à évoquer ses origines.

Personne ne sera surpris de la promotion gratuitement consentie à ce film. Michel Drucker s’indigne, paraît-il, que Dumas n’ait pas écrit lui-même ses livres. Dumas a écrit ses livres. Mais je conseille à tous ceux qui n’ont pas écrit les leurs un peu de décence, si ce n’est de prudence. L’édition est un petit milieu. Imaginons que tous les Maquet d’aujourd’hui révèlent au grand public le nom des ouvrages auxquels les auteurs n’ont apporté que leur nom sur la couverture ou un brouillon impubliable. Beaucoup de journalistes de télévision, certainement, y perdraient de leur crédit et peut-être même leur place. Ne parlons même pas des hommes politiques.

J’ai publié ce printemps (en tant que directeur de collection d’une maison d’édition) et longuement préfacé La Vendée et Madame, un livre que Dumas avait écrit en 1833 pour le général Dermoncourt, compagnon de son père. J’avais rétabli la vérité. Un journaliste du Figaro Magazine qui, pourtant, avait accepté de boire et de manger son saoul dans un de ces restaurants dont les nègres sont cachés dans les cuisines (le journaliste était invité, selon l’habitude de beaucoup de journalistes, par l’attaché de presse, aux frais de la maison d’édition). Un journaliste, donc, du Figaro Magazine, s’était déchaîné sur deux pages, avec une âpreté singulière, pour dire que ce n’était pas Dumas qui avait pas écrit La Vendée et Madame, mais bien le général Dermoncourt. C’est parfaitement absurde car tout le monde sait que Dumas est bien l’auteur de ce livre et que la moindre des choses, en le rééditant, était de le mettre au crédit de son véritable auteur. Mais pour ce journaliste, cette réhabilitation, que j’avais entreprise, allait à l’encontre du film de Nebbou, alors en tournage et dont il participait certainement déjà à l’entreprise de promotion. Il faut imaginer, en effet, la part de budget de L'Autre Dumas qui a pu être consacrée à régaler les journalistes, qui cette fois semblent avoir au moins la reconnaissance du ventre. Dumas, étant un nègre, était incapable d’écrire. Donc il ne pouvait avoir écrit pour un autre. Cette thèse développée dans Le Figaro Magazine était en fait empruntée au livre de Mirecourt condamné par la justice où, de la même manière, dès 1845, on niait que Dumas ait été capable d’écrire le livre du général Dermoncourt.

De plus, le fait que ce soit moi qui écrive sur Dumas était parfaitement inacceptable. Je fus traité de « gentleman mystificateur ». Et Le Figaro Magazine titra : Inédit de Dumas : un faux !

L’Autre Dumas sort le 10 février, trois semaines après le cataclysme qui a fait plus de 200 000 morts au pays d’Alexandre Dumas, une semaine avant que le Président de la République ne se rende en Haïti. Voilà qui montre bien l’opinion qu’une certaine France peut avoir des Haïtiens et plus généralement des descendants d’esclaves, dont Dumas est l’un des plus illustres.

Comment réagir ?

1°/ En n’allant pas voir L’Autre Dumas et en appelant à le boycotter parce que ce film est tout simplement une incitation insidieuse à la haine raciale.

2°/ En signant et en faisant signer la pétition pour qu’un hommage soit enfin rendu au père de la victime de ce film, le général Alexandre Dumas. Ainsi, la promotion raciste qui va être mise en œuvre pendant toute la semaine bénéficiera au moins à une entreprise qui ne l’est pas.

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

PS. Je conseille à ceux qui veulent s'informer sur la question de lire Le Diable noir, la biographie que j'ai consacrée au général Alexandre Dumas (et en partie à son fils aussi). "Le Diable noir", Editions Alphée, 2008, ISBN-10: 2753803269 ISBN-13: 978-2753803268. Je les informe par ailleurs qu'un film de long métrage, dont je suis le réalisateur, consacré au général Dumas, est actuellement en production. Ce n'est pas Gégé Depardieu qui y jouera le rôle du général Dumas, ce qui aura au moins l'avantage d'alléger considérablement le budget.

lundi 8 février 2010

Le président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, avant de fouler le sol d’Haïti, doit avoir rendu justice au général Alexandre Dumas !

Le président de la République française s’apprête à se rendre en Haïti, à la suite du cataclysme qui a frappé ce pays, faisant plus de deux cent mille morts. C’est la première fois qu’un chef d’État entreprendra une telle visite qui est lourde de sens quand on sait le rôle peu glorieux que la France a joué dans cette île depuis le traité de Ryswick en 1697. La France a martyrisé HaÏti pendant quatre siècles. La compassion un peu forcée affichée aujourd’hui ne saurait le faire oublier.

1. La traite, tout d’abord.

Un million d’hommes, de femmes et d’enfants, ont été déportés d’Afrique en Haïti par la France, entre 1697 et 1791, laissant au cours des opérations de traite cinq millions de victimes en Afrique.

2. L’esclavage ensuite.

Ces déportés ont été exploités en Haïti dans des conditions qui furent les plus dures de toute l’histoire de l’esclavage aux Amériques. L’espérance de vie d’un esclave déporté par la France en Haïti n’était que de quelques années. Heureusement les esclaves se révoltèrent et devinrent citoyens français en 1794. Avant l’abolition, ils faisaient vivre un Français sur huit et assuraient l’équilibre du commerce extérieur de ce pays. Les richesses procurées aux Français par le travail criminellement infligé aux esclaves se chiffrerait en dizaines de milliards d’euros. Ce préjudice n’a jamais été réparé, ni seulement regretté.

3. Les crimes contre l’humanité de 1802-1803.

En 1802 et 1803. La France, bafouant les acquis de la Révolution, a tenté de rétablir l’esclavage en Haïti. Devant l’impossibilité de ce rétablissement, un génocide a été tenté avec des moyens qui rappellent parfois les heures les plus sombres du XXe siècle. La guerre civile et les exactions commises par la France pendant la période 1802-1803 ont causé autant de victimes parmi les Haïtiens que le tremblement de terre de 2010.

4. L’extorsion frauduleuse d’une indemnité aux Haïtiens en 1825.

Sous la menace d’une reconquête, la France a exigé d’Haïti, le pays qui l’avait vaincue, le paiement d’une ignoble indemnité de 150 millions de francs or, ultérieurement réduite à 90 millions. C’était le prix des esclaves perdus. Au lieu de les indemniser pour le mal qu’on leur avait fait, on leur a fait payer, à eux et à leurs descendants, le prix d’une liberté qui n’a jamais appartenu à la France. Au paiement du principal, est venu s’ajouter le paiement de nombreux emprunts consentis par des banques françaises. Malgré l’établissement de la République et la proscription générale de l’esclavage, les Haïtiens ont continué à payer aux Français leur dette jusqu’au beau milieu du XXe siècle. En 2004, le gouvernement haïtien estimait le préjudice à 21 milliards de dollars.

5. L’hébergement du dictateur Duvalier.

La France héberge depuis 1986 le dictateur Jean-Claude Duvalier, alias baby Doc, accusé de violation des droits de l’homme et de vol de sommes appartenant aux Haïtiens. Le statut dont il bénéficie a été refusé à des centaines de milliers d’Haïtiens, expulsés du territoire français.

6. La participation au coup d’État du 29 février 2004.

La France, au mépris de la constitution haïtienne et des élections régulières qui s’étaient déroulées, a participé, d’une manière aujourd’hui indiscutable, à un coup d’État contre le président Jean-Bertrand Aristide, qui était le premier président légitimement élu de l’histoire d’Haïti. Elle a également participé à son enlèvement et à sa séquestration dans un pays qui était notoirement, à l’époque, sous le contrôle de la France, la république centrafricaine. Elle a en outre organisé une campagne de diffamation à son encontre, notamment par le biais du ministère des Affaires étrangères.

7. La réglementation particulière imposé aux Haïtiens à l’entrée des départements d’outre-mer français.

Alors que la France se gargarise de grands principes et de « continuité territoriale », le visa d’entrée en France pour un Haïtien n’est valable ni en Guadeloupe ni en Martinique, ni en Guyane. Un second visa doit être accordé par le préfet de ces départements, qui agit dès lors comme pouvait agir le gouverneur d’une colonie au temps de l’esclavage. Ces mesures résultent de la hantise de la France esclavagiste de voir ses colonies contaminées par le virus de la liberté dont le germe s’était développé en Haïti.

8. La symbolique vexatoire.

La France a donné à l’aéroport de Cayenne en Guyane le nom de Rochambeau, le général qui tenta d’exterminer les Haïtiens en les gazant au souffre et en les livrant ç des chiens dressés à dévorer les « nègres ».

9. La volonté constante d’empêcher Haïti de se développer.

La politique de la France à l’égard d’Haïti depuis 1802 est de s'en servir comme d’un épouvantail pour les Français d’outre mer qui songeraient à l’indépendance. De ce fait, la prétendue « coopération » n’a toujours été qu’un mélange de saupoudrages, de mesures factices, et d’actions de déstabilisation. On notera que les Français descendants d’esclaves sont systématiquement écartés depuis 1802 de toutes responsabilités liées à la politique française à l’égard d’Haïti.

Même si la France n’est pas le seul pays à avoir martyrisé Haïti et à se comporter avec une telle violence, ces faits constituent un lourd passif et donnent à la visite du président de la République française un caractère éminemment historique et solennel qui n’échappera à aucun observateur, en France, comme à l’étranger.

Il appartient aujourd’hui à la France de changer de cap et de rompre avec quatre siècles d’agissements honteux.

Sans attendre qu’Haïti soit frappée par une catastrophe qui n’est qu’un malheur naturel venant s’ajouter à la cruauté des nations réputées civilisées, l’association des amis du général Dumas a présenté au président de la République française une demande symbolique.

Le général d’armée haïtien-français Alexandre Dumas, père du célèbre écrivain, fut la victime collatérale de la politique menée par la France contre Haïti. Né esclave, donc victime de ce qui est aujourd’hui reconnu comme un crime contre l’humanité, il fut en 1802 également victime d’un fléau qui continue de ravager la France non seulement dans sa relation avec certains pays tels qu’Haïti, mais aussi dans la relation de ses gouvernements avec certains Français, descendants d’esclaves ou d’indigènes. Ce fléau a pour nom le racisme. Le général Alexandre Dumas est le plus grand héros de la Révolution française. Mais sa couleur de peau l’a privé de tous honneurs auxquels sa bravoure et son dévouement à la nation lui donnaient droit. Il est le seul général de l’histoire de France depuis 1802 auquel on ait refusé la Légion d’honneur. Bien plus, le gouvernement français, pour une raison qui ne peut s’expliquer autrement que par le racisme, est allé jusqu’à refuser, en 2006, d’inscrire le bicentenaire de sa mort sur la liste des commémorations nationales officielles.

Le général Dumas avait reçu un sabre d’honneur lors de la prise d’Alexandrie en juillet 1798. La remise de ce sabre est attestée, de manière incontestable, par un document autographe, tracé de la main du général Dumas et conservé au musée Dumas de Villers-Cotterêts. La remise de ce sabre d’honneur par Bonaparte faisait du général Dumas un membre de droit de l’ordre de la Légion d’Honneur. Un second document, daté de 1804, et signé de la main du maréchal Murat, également conservé au musée de Villers-Cotterêts, établit que le général Dumas a accompli la démarche pour que ce droit lui soit au moins reconnu. Même le maréchal Murat, beau-frère de Napoléon, dès 1804, soutenait publiquement le général Dumas, dans cette démarche légitime.

Pourtant une certaine France, depuis 1802, refuse, par racisme, d’accorder au général Dumas ce qu’il demandait. C’est la même France qui, par racisme, s’attache aujourd’hui à salir la mémoire de son fils, en lui contestant jusqu’à sa qualité d’auteur, en lui contestant jusqu’à la couleur de sa peau.

L’admission à titre posthume du général Dumas dans l’ordre national de la Légion d’honneur a été refusée par Jacques Chirac en 2002. C’est le même Jacques Chirac qui, assisté de Dominique de Villepin, a refusé que le bicentenaire du général Dumas soit commémoré en 2006. Ces deux hommes, il est vrai, venaient de soutenir un coup d’État en Haïti.

L’association des amis du général Dumas a réintroduit la demande d’admission de cet officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur auprès du nouveau président, M. Nicolas Sarkozy, appuyée par une pétition signée par plus de 2000 personnes de par le monde, dont de très nombreux Haïtiens. Pour l’instant, il n’a pas été donné satisfaction à cette demande, sans qu’elle soit pour autant rejetée. Rien n’indique que jusqu’à présent ce dossier ait été prioritaire pour M. Nicolas Sarkozy. Mais le voyage qu’il a décidé change la donne.

Le fait, en effet, pour le président de la République, de se rendre en Haïti, sans se prononcer au préalable, de manière claire et solennelle sur cette demande, qui se trouve du reste soutenue par M. René Préval, actuel président de la République d’Haïti, serait le signe que l'attitude du président Sarkozy envers Haïti reste dans la continuité des exactions négrophobes plus haut évoquées. Il appartiendrait, dans ce cas, à tous les Haïtiens et aux Français de métropole et d’outre-mer victimes de discriminations d’en prendre immédiatement acte. Car que pourrait-on espérer d’un président de la République qui promettrait la justice pour les Français d’aujourd’hui et se refuserait, quelles que soient les raisons invoquées, à réparer, sans que cela coûte un centime à la République, une injustice vieille de plus de deux cents ans ? Un président de la République qui promettrait de promouvoir la « diversité», mais qui refuserait d’honorer le plus illustre des héros de cette « diversité ». Un président de la République, en outre, qui ne tiendrait pas sa parole, puisqu’il s’est engagé dès le 8 février 2008, les yeux dans les yeux, à « faire le nécessaire pour le général Dumas » ?

C’est pourquoi je vous demande aujourd’hui de soutenir publiquement cette démarche symbolique et légitime, non seulement vis-à-vis d’Haïti, mais de tous les Français discriminés, en signant la pétition pour que le général Dumas soit rétabli dans ses prérogatives et en intervenant dans ce sens auprès du Président de la République française avant qu’il ne se rende en HaÏti le 17 février 2010.

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

mercredi 10 février 2010

Faut-il mettre nos enfants en prison ?

Hier, j’apprenais qu’un garçon de quinze ans s’était pendu à la prison de Rouen et qu’une jeune Parisienne de quatorze ans avait été emmenée et mise en garde à vue par des policiers parce qu’elle se serait interposée dans une bagarre, au cours de laquelle un se ses camarades frappait une fille. Sa mère dit qu’ils l’ont menottée. Si c’est vrai, comment des policiers français peuvent-ils agir de la sorte ? Qu’est-ce qui se passe donc dans ce pays ? Comment un policier, père de famille ou non, peut-il obéir à un ordre pareil ? Les prisons françaises n’ont que 50 000 places disponibles. Et pourtant 66 000 personnes y sont enfermées, dont plusieurs centaines de mineurs. Un Français sur mille est en prison. Les geôles françaises ont été épinglées dans de nombreux livres et rapports. Elles sont non seulement surpeuplées mais inadaptées et dangereuses. Tout le monde sait ce qui s’y passe. Le taux de suicide y est le plus élevé d’Europe. Quatre vingt pour cent des détenus souffrent de troubles psychiques. J’ajouterai que la «diversité» y est mieux représentée que sur les listes des partis de toutes tendances pour les prochaines élections régionales : je ne prendrais pas beaucoup de risques en affirmant que plus d'un tiers , près de la moitié sans doute, des prisonniers français sont originaires des Antilles, d'Afrique ou du Maghreb (sans oublier les Roms). Je n'en prendrais aucun en affirmant que le plus vieux détenu est un Antillais. Je peux même dire son nom : Pierre-Just Marny. Ce sexagénaire enfermé à la Martinique a passé près de 50 ans derrière les barreaux. Plus fort que le comte de Monte Cristo au château d'If ! Les détenus blancs de peau, même condamnés à perpétuité, sont généralement libérés au bout de 20 ans. Mais lui, non. Ses demandes sont rejetées les unes après les autres.

D’une manière plus générale, si on met des gens en prison, j’imagine que c’est une décision prise en dernière extrémité, parce qu’il serait dangereux pour l’ordre public de les laisser en liberté. Mais à quoi cela sert-il si la prison devient dangereuse pour ceux qu’on y a enfermés ou si la haine accumulée en prison rend ceux qui y ont séjourné plus dangereux encore lorsqu’ils sortiront que lorsqu’ils y sont entrés ? Je crois tous les êtres humains susceptibles de s’amender et d’évoluer, quoi qu’ils aient fait. C’est particulièrement vrai des adolescents qui ne sont pas encore ce qu’ils vont être et qui en sont à l’âge où l'on a beaucoup de choses à apprendre. Beaucoup d'adultes remarquables ont été des adolescents voyous. Le code pénal de 1791 faisait de la prison un lieu où l’on se rachète par le travail et l’éducation. C’est Napoléon, l’homme qui voulut rétablir l’esclavage en Haïti, qui a fait de la prison un lieu de châtiment. Si l’on embastille aujourd’hui les adolescents, pourquoi ne pas franchir une étape supplémentaire et imiter l’exemple de ce soldat américain qui vient d’être arrêté pour avoir appliqué à sa fille de 4 ans, qui n’arrivait pas à réciter l’alphabet, les méthodes de torture appliquées aux prisonniers yankees de Guantanamo, de Bagdad ou de Port-au-Prince ?

jeudi 11 février 2010

Lettre envoyée le 10 février par Claude Ribbe au président de la République française demandant la Légion d'honneur pour le général Dumas

Monsieur le Président,

Depuis deux années déjà, j’ai tenté d’attirer votre attention sur le cas du général Dumas en vous demandant de le réintégrer dans ses droits, c'est-à-dire de prendre une décision officielle d’admission de cet officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur.

Je n’ai pas le sentiment d’avoir été jusqu’ici entendu, même si M. Yazid Sabeg a, comme vous le savez, appuyé ma demande, notamment par un courrier à vous transmis le 27 novembre 2009.

Vos collaborateurs sont suffisamment au fait de ce dossier pour savoir que le général Dumas était titulaire d’un sabre d’honneur remis par Bonaparte lors de la prise d’Alexandrie en juillet 1798 et que, de ce fait, le général Dumas était membre de droit de l’ordre de la Légion d’honneur. Un document signé de la main du général Dumas, conservé au musée de Villers-Cotterêts, atteste de la remise de ce sabre d’honneur. Je suppose que vos collaborateurs, qui ont été informés de l’existence de ce document, ne mettent pas en doute la parole du général Dumas. Vous devez savoir également que le général Dumas a fait une demande pour faire valoir ses droits et que cette demande a été rejetée, malgré l’appui du maréchal Murat en 1804. Un second document, également conservé au musée de Villers Cotterêts, en est la preuve irréfutable.

Dans ces conditions, y a-t-il une raison pour refuser encore à ce héros ce que la France lui doit depuis 208 ans, mais qu’elle ne lui donne pas à cause de la couleur de sa peau et de ses origines ?

Est-il normal que le général Dumas soit le seul officier général depuis 1802, date de la création de l’ordre, à qui la Légion d’honneur ait été refusée ?

Une pétition mise en ligne au printemps à mon initiative a déjà recueilli des milliers de signatures. Beaucoup d’Haïtiens l’ont signée. Ils sont fort attentifs à votre réaction.

Vous allez être le premier chef d’État français à fouler le sol d’Haïti. Ce voyage, je l’ai appelé de mes vœux depuis des années.

Comment les Haïtiens comprendraient-ils que vous ayez refusé, en préambule à votre visite, de rendre solennellement hommage au plus grand des Haïtiens de France, père de l’écrivain franco-haïtien le plus lu dans le monde ?

Comment les Français comprendraient-ils, à l’heure où il s’aperçoivent que la télévision publique investit l’argent de la redevance dans un film où Alexandre Dumas est joué par votre ami Gérard Depardieu, excellent acteur au demeurant, mais fort déplacé dans ce rôle, que vous fassiez la sourde oreille à une demande si légitime ?

Comment pourriez-vous ensuite venir leur parler d’identité nationale si vous excluez de cette identité le brave général Dumas ?

Comment pourriez-vous ensuite venir leur parler de promotion de la «diversité», si vous refusez de rendre hommage aux plus grands héros de l’histoire de cette «diversité» ?

dimanche 14 février 2010

"L’Autre Dumas" boycotté.

Le film raciste L’Autre Dumas, malgré les moyens de propagande peu ordinaires mis en oeuvre pour sa promotion, mord lamentablement la poussière. C’est bien fait ! L’appel au boycott, que la presse mainstream a pourtant été si réticente à relayer, a été entendu de tous les spectateurs français.

Malgré les 281 copies tirées par UGC pour faire de cet étron de M. Nebbou le succès de l’année, sa puanteur n’a attiré que les mouches : seulement 17 256 entrées le premier jour, soit une dizaine de spectateurs par séance. L’Autre Dumas est un cuisant échec en salles. La carrière d’un film, on le sait, se fait le jour même de sa sortie. À partir des entrées comptabilisées à ce moment-là, il est possible d’évaluer le nombre total de billets vendus. Cette estimation détermine le nombre de salles dans lesquelles le film continuera à être projeté au cours de la seconde semaine. En l’occurrence, L’Autre Dumas, dont les affiches couvraient littéralement Paris au cours de la dernière quinzaine, ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Honte à tous les journalistes de radio et de télévision, notamment ceux du service public, qui ont fait une publicité scandaleuse à ce navet négrophobe en servant la soupe à ses promoteurs, bien au-delà des limites acceptables !

Benoît Poelvoorde a certainement pris conscience du type d’entreprise à laquelle on l’avait associé. Et c’est tout à son honneur. Il a en effet annoncé, au moment même de la sortie de ce film, qu’il arrêtait sa carrière d’acteur. Quant à Depardieu, ce rôle restera dans son palmarès comme une flétrissure indigne de son talent. Au même titre que son soutien à Georges Frêche. Retenons bien, en tout cas, le nom des responsables apparents de cette affaire, même s’ils ne sont, peut-être, que les marionnettes de commanditaires occultes. Car onze millions d’euros levés pour une pareille cochonnerie, c’est plus que suspect. Imprimons bien en tout cas dans notre mémoire les noms des producteurs : Franck Le Wita et Marc de Bayser. Retenons bien aussi le nom du réalisateur : Safy Nebbou. N’oublions pas le coscénariste : Gilles Taurand. Ces gens-là sont dangereux. Ils se sont livrés sans complexe à une offensive négrophobe jamais vue dans l’histoire du cinéma français. Non seulement à cause du casting, mais surtout parce que le propos même du film était de déconsidérer un héros majeur de la diaspora africaine. Yannick Noah dans le rôle de Dumas, cela n’aurait rien changé. Alors que tous ceux qui ont dans leur tête un projet de ce genre y réfléchissent à deux fois. Ils y laisseront systématiquement leur chemise. Attaquons nous au porte-monnaie, puisqu’ils ils ne comprennent que ça. Boycottons les racistes ! Désormais, tous ceux qui participeront à ce genre d’entreprise pourront s’attendre à nous retrouver. Ce sera systématiquement l’appel au boycott. Notamment au moment de la diffusion de ces fientes filmées sur les chaînes publiques. Merci à ceux, à commencer par Christophe Donner, auteur d’un cinglant article dans Le Monde 2 (vendredi 12 février) qui ont sauvé l’honneur de la presse française en disant ce qu’il convenait de dire sur ce film. Il est vrai que Christophe est bien au-dessus du lot.

L’échec de L’Autre Dumas marque un tournant historique. Pour la première fois, la diaspora afro-antillaise de France s’est levée et, d’un élan unanime, des gens qui d’habitude ne se supportent pas parce qu’on les a encouragés à se battre entre eux, ont protesté d’une même voix pour défendre Alexandre Dumas. Ils en ont fait leur héros. Ils ont compris que Dumas, au-delà de son talent, était un symbole.

Plus encore que d’avoir été suivi, je suis fier d’avoir donné le signal de la résistance. Nous voici enfin entrés dans le XXIe siècle !

lundi 15 février 2010

Allocution prononcée par Claude Ribbe au Sénat lors de l'entrée d'Alexandre Dumas au Panthéon (30 novembre 2002)

Sénat, samedi 30 novembre 2002, 15 heures.

Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Ministre, Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames, Messieurs,

Que dirait notre Alexandre Dumas de ces fastes républicains brusquement déployés autour de sa dépouille ? Nul ne le sait. Mais ce qui est sûr, c'est que s'il tenait la plume aujourd'hui, on ne se contenterait pas de dire qu'il est un écrivain. On jugerait utile, pour mieux le qualifier, d'ajouter qu'il est un écrivain « de couleur ». Ce serait un romancier « noir », un auteur « antillais ». On parlerait de sa « créolité », de son « africanité », de sa « négritude », de son « sang noir ». Bref, il aurait quelque chose de différent, de particulier, que sa couleur de peau désignerait et dont il n'aurait jamais la liberté de se défaire. En cette France du XXIe siècle, y aurait-il donc encore des gens pour croire à la « race », à la « pureté du sang » ?

Faut-il attendre de tomber en poussière pour ne plus subir le regard des autres ? Faut-il attendre les honneurs posthumes pour ne plus être insulté ? Insulté, Dumas le fut, de la naissance à la mort. Il essuya, avec la dignité propre aux êtres d'exception, les plus sottes offenses. Et la plus douloureuse de ces offenses fut sans doute l'injustice faite à son père, le général républicain Alexandre Dumas, premier du nom. Dès lors, l'hommage éclatant de ce soir doit-il être aussi l'occasion de saluer solennellement la mémoire de ce très grand Français.

Car les Alexandre Dumas sont trois et le premier d'entre eux, père de l'écrivain, n'était en naissant qu'un esclave dans la partie française de l'île de Saint-Domingue, aujourd'hui république d'Haïti. Il ne s'appelait pas encore Alexandre Dumas. Il n'avait qu'un prénom - Thomas-Alexandre - et pas de nom de famille car les esclaves n'avaient pas le droit d'en porter. Un esclave : deux cent quarante ans après, avons-nous bien idée de ce que cela veut dire ? Des civilisations bafouées, un continent décimé, la déportation, la cale de ces bateaux bien français qu'on armait dans les ports et pas seulement de Nantes ni de Bordeaux. Le fouet, le viol, l'humiliation, la torture, les mutilations, la mort. Et après la mort, l'oubli.

Le roi Louis XIV, en instaurant en 1685 le Code noir, avait juridiquement assimilé les esclaves africains déportés dans les colonies françaises à des biens meubles. Et ce Code noir, ne l'oublions pas, excluait aussi les Juifs et les Protestants de ces mêmes colonies françaises. Dans l'article 13, le roi voulait que « si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement ». Le père de Thomas-Alexandre était Européen - donc libre - mais la mère était esclave africaine et le Code Noir s'appliquait à cet enfant comme à des centaines de milliers d'autres jeunes captifs. En 1775, son père, pour payer un billet de retour dans le bateau qui le ramènerait en Normandie, le mit d'ailleurs en gage, comme on dépose un objet au mont-de-piété. Un an plus tard, le jeune esclave passait en France à son tour mais lorsque son pied toucha le quai du Havre, il n'en fut pas affranchi pour autant. Un principe admirable affirmait pourtant que la terre de France ne porte point d'esclave. Mais il y avait été dérogé par plusieurs textes, qui, tout au long du XVIIIe siècle, avaient rendu de plus en plus difficile la venue et le séjour en France des esclaves antillais et, plus généralement, des hommes et des femmes de couleur. Ainsi, dissimulé sous une fausse identité, le père d'Alexandre Dumas, n'était qu'un « sans-papiers ».

Bravant ces difficultés, en s'engageant pour huit ans, en qualité de simple cavalier, dans le régiment des Dragons de la reine, il prit un nom de guerre : Alexandre Dumas. On a souvent dit que c'était celui de sa mère. Mais, étant esclave, elle n'avait pas de patronyme et les actes qui la désignent ne parlent d'ailleurs que de son prénom : Césette. Il pourrait bien s'agir alors de son nom africain et ce serait bien honorable pour ce jeune homme d'avoir ainsi rendu hommage à sa mère restée là-bas en servitude.

Aux Dragons de la reine, Alexandre Dumas rencontra trois camarades. L'un d'entre eux venait de Gascogne. Les quatre cavaliers restèrent liés par une amitié fidèle et combattirent ensemble pendant les guerres de la Révolution.

En 1789, la Déclaration des Droits de l'Homme, contrairement à ce que l'on croit souvent, n'était pas encore universelle. Elle ne concernait que les Européens. Il fallut attendre trois ans pour que des droits soient reconnus aux hommes de couleur libres. Cinq ans pour que l'esclavage soit aboli, en principe, et encore sous la pression d'une révolte qu'on ne pouvait contenir.

Alexandre Dumas, après s'être battu avec rage, dès le printemps de 1792, contre l'envahisseur, participa avec son ami Joseph de Bologne (dit chevalier de Saint-George) également né esclave, à la création d'un corps composé d'Antillais et d'Africains : la Légion des Américains. Eux aussi furent des soldats de l'An II. Alexandre Dumas, en moins d'un an, fut le premier homme de couleur à devenir général de division de l'armée française. Accompagné des trois amis qu'il avait rencontrés aux Dragons de la reine, il prit bientôt le commandement de l'armée des Alpes et, bravant la peur, la neige et le froid, emporta les postes inexpugnables du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis. Lorsqu'éclata l'insurrection royaliste de 1795, c'est Dumas qu'on appela pour sauver la République. Mais l'essieu de la voiture du général cassa deux fois. On attendait Dumas : ce fut Bonaparte. Celui-là n'était rien encore. Il passait juste par là et il mitrailla les factieux. Dumas le rejoignit et combattit à ses côtés. Ils sauvèrent la République. Mais pour combien de temps ? Ils chevauchèrent jusqu'en Italie. Ils galopèrent jusqu'en Autriche. Sur le pont de Brixen, seul sur sa monture, Dumas pouvait arrêter une armée entière. Jusqu'à Alexandrie, jusqu'aux Pyramides, il se battit encore pour la France.

Mais le général Dumas a d'autres titres de gloire : il protesta contre la Terreur, il protégea les prisonniers de guerre, il refusa de participer aux massacres, aux pillages, aux viols et aux tortures perpétrés contre les civils de Vendée, il finit par quitter l'armée d'Egypte, pensant que la République française n'avait pas besoin de ce genre de conquête.

Sur le chemin du retour, le général Dumas fut capturé et passa deux ans dans les geôles du roi de Naples où il subit des sévices qui lui laissèrent dans le corps et dans l'âme des séquelles ineffaçables.

A son retour en France, c'est un fils que lui donna son épouse. Il l'avait connue à Villers-Cotterêts, en 1789. Leur histoire d'amour commença dans la cour du château où, deux cent cinquante ans plus tôt, un grand roi, d'un coup de plume, avait donné son essor à cette belle langue que l'écrivain Alexandre Dumas honorerait mieux que quiconque.

Lorsque l'enfant de 1802 parut, le général était là. D'habitude, Marie-Louise Dumas accouchait seule. La République ne leur avait pas laissé beaucoup de temps pour vivre ensemble. Leur fils était libre, malgré sa couleur de peau. Cette année 1802, qui le vit naître, ne fait pas honneur à la France. Le 20 mai, Napoléon Bonaparte rétablissait l'esclavage. Dans nos livres d'histoire, à l'écran, à la scène, on n'en parle pas volontiers. Il est un peu facile de dire qu'une femme-Joséphine-devrait seule porter la responsabilité de cette décision ignoble qui, aujourd'hui, aux termes d'une loi votée naguère en ces murs, constitue un crime contre l'Humanité. Le 28 mai 1802, à la Guadeloupe, le commandant Louis Delgrès et ses compagnons, pensant avec raison qu'on ne les laisserait pas vivre libres préférèrent mourir. Le lendemain, 29 mai 1802, Napoléon Bonaparte excluait de l'armée française les officiers de couleur, comme en d'autres temps on s'en prendrait aux officiers juifs. Cette mesure d'épuration raciale fut appliquée jusqu'aux élèves de l'Ecole polytechnique. Elle frappa douze généraux dont Toussaint Louverture et Alexandre Dumas. Le 2 juillet 1802, les frontières de la France se fermèrent aux hommes et aux femmes de couleur, même libres. L'année suivante, le 8 janvier 1803, quelques semaines avant que le général Toussaint Louverture n'expire, privé de soins, dans la citadelle la plus glaciale de France, les mariages furent proscrits entre fiancés dont la couleur de peau était différente. C'est sur ce terreau écoeurant que purent s'épanouir les théories françaises des Vacher de Lapouge et autres Gobineau qui furent, au siècle suivant, les inspirateurs de la barbarie nazie.

Bonaparte s'acharna, allant jusqu'à refuser de payer au général Dumas un arriéré de solde qu'il lui devait pourtant. Le héros, trop sensible, mourut de chagrin en 1806. Sa veuve, sans ressources, qualifiée de «femme de couleur» pour avoir épousé un ancien esclave, n'eut droit à aucune pension. Le jeune orphelin n'alla pas au lycée. Le général Dumas ne fut jamais décoré, même à titre posthume. Les généraux de couleur n'avaient pas droit à la Légion d'honneur.

Aujourd'hui, d'aucuns ont du mal à accepter que l'histoire d'un brave à la peau plus sombre que la leur ait pu inspirer l'écrivain français le plus lu dans le monde. Leurs préjugés les empêchent tout-à-fait d'imaginer un d'Artagnan noir.

Alors faut-il s'étonner si la statue du général Dumas, abattue par les nazis en 1943, n'est toujours pas remise à sa place ? Faut-il s'étonner si notre langue magnifique est souillée encore par ces mots qu'inventèrent les négriers ? Le mot de mulâtre par exemple, qui désigne à l'origine le mulet, une bête de somme hybride et stérile. Sans doute pour dire que les enfants de ceux dont les épidermes ne sont pas assortis feraient offense à la nature.

Mais à présent, n'est- ce pas le moment d'un coup de théâtre ? L'heure n'est-elle pas venue de jeter bas les masques ? L'heure de dire la vérité à qui voudra bien l'entendre. Quelle vérité ? Eh bien, tout simplement, que les Dumas étaient originaires d'Afrique et que la France en est fière.

Mais si nous disons cela, chaque fois qu'un étranger frappera à notre porte, ne faudra-t-il pas se demander quand même, avant de la lui claquer au nez, si ce n'est pas le héros que la République appellera peut-être bientôt à son secours, s'il ne sera pas un jour le père d'un génie de l'Humanité ? L'Humanité : une, indivisible et fraternelle comme cette République que le général Alexandre Dumas aimait tant.

mercredi 17 février 2010

Nicolas Sarkozy au pays du général Dumas

Le président Nicolas Sarkozy se rend aujourd’hui en Haïti où il a été annoncé qu’il présenterait des propositions « extrêmement significatives ». Il faut attendre de savoir lesquelles. Ce qui est surtout extrêmement significatif dans ce voyage, c’est qu’il sera le premier chef d’État français à se rendre dans ce pays, où la France s’était officiellement établie comme en pays conquis dès 1697 et où elle a déporté un million d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à l’Afrique, qui sont les ancêtres des Haïtiens d’aujourd’hui. Ce qui est extrêmement significatif, c’est qu’Haïti, au prix de brutalités inouïes que subissaient les esclaves, faisait vivre un Français sur huit et assurait l’équilibre du commerce extérieur de la France sous l’Ancien régime. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la France envoya en 1802 une formidable expédition pour rétablir l’esclavage, aboli en 1794 (après la révolte des captifs en 1791) et que non seulement l’esclavage ne fut pas rétabli, mais que l’expédition française, qui avait tenté d’exterminer la population avec des moyens que n’aurait pas désavoués Hitler (on utilisa des gaz) fut vaincue : les Haïtiens se proclamèrent indépendants le 1er janvier 1804. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la France, quoique battue à plate couture dans cette première guerre de décolonisation, exigea en 1825, sous la menace d’une reconquête, une indemnité pour la perte de ses esclaves qu’elle fixa à 21 milliards de dollars (équivalent 2004). Ce qui est extrêmement significatif, c’est que le paiement de cette indemnité, échelonné sur un siècle, ruina Haïti. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la France héberge depuis 1986 le dictateur Jean-Claude Duvalier. Ce qui est extrêmement significatif, c’est qu’en 2004, pour tenter de faire oublier un tel palmarès et empêcher Haïti de fêter le bicentenaire de son indépendance, la France a apporté son concours à un coup d’État qui a déposé le premier président régulièrement élu de toute l’histoire d’Haïti, Jean Bertrand Aristide, un coup d’État qui devait faire des milliers de morts. Ce qui est extrêmement significatif, c’est que la presse française, unanime, a appuyé ce coup d’État en faisant passer Aristide pour un dictateur pervers qui aurait démissionné, alors qu’il était transporté dans une ex-colonie française – la Centrafrique – dont la décolonisation n’est vraiment que de pure forme et qu'il faillit bien y être assassiné, comme Toussaint Louverture en 1803 au fort de Joux.

On attend donc avec une certaine impatience ce que M. Sarkozy va dire aux Haïtiens. Sachant qu’ils n’ont jamais admis l’enlèvement de leur président ni l’occupation étrangère approuvée par la France qui s’ensuivit, la vraie question est de savoir si M. Sarkozy va rompre avec la politique arrogante et néo-coloniale de ses prédécesseurs, et notamment celle de son rival Dominique de Villepin qui se permettait, il y a peu de temps encore, de lui donner des conseils, lui qui avait envoyé sa sœur menacer de mort le président Aristide. M. Sarkozy va-t-il rompre, au nom de la France, avec trois siècles de turpitudes ? Ou bien va-t-il se contenter de verser une larme de plus sur le récent séisme, qui est l’un des rares épisodes de l’histoire tragique d’Haïti où la France n’ait eu aucune responsabilité ?

Pas de chance : au moment même où le président français entreprend son voyage, le seul héros franco-haïtien qui aurait pu aider à renouer des liens avec ce pays littéralement martyrisé par la France pendant des siècles, vient d’être calomnié et insulté dans un film français à l’occasion duquel les mêmes journalistes racistes qui approuvaient le coup d’État de 2004 approuvent que le rôle de Dumas soit confié à un Gérard Depardieu. Ce film est un échec retentissant et cet échec sauve l’honneur français. Tous ceux qui justifiaient le recours révoltant à Depardieu sous le prétexte qu’il n’existerait pas d’acteur coloré susceptible de garantir le succès d’un film hexagonal en sont pour leurs frais.

M. Sarkozy ne viendra pas seul. Un avion entier d’hommes d’affaires français soucieux de signer des contrats pour la reconstruction d’Haïti a été affrété et devrait se poser en même temps que celui du président. Ce n’est pas du meilleur goût, même si l’Élysée n’est peut être pour rien dans cette visite parallèle. La visite du président français, que les Américains, nouveaux occupants du pays depuis le séisme, n’apprécient guère, est donc des plus délicates. M. Sarkozy doit savoir qu’il ne pourra échapper au poids du passé dans un pays où il a marqué à jamais jusqu'aux plus humbles. Attention : Haïti n’est ni la Françafrique, ni la Martinique. Si le président tente de contourner le passé, dans le meilleur des cas, ce ne sera que de l’indifférence et du mépris. Les Américains ne manqueront pas de s’en amuser. Un Haïtien m’indiquait hier que la visite du président français ferait moins effet à Port-au-Prince que celle de Julio Iglesias car lui au moins, ajoutait-il perfidement, est populaire chez nous. Pourtant, qu’on aime ou qu’on n’aime pas Nicolas Sarkozy, tout Français est en droit d’espérer que cette visite historique effacera des siècles de honte et que M. Sarkozy trouvera des mots simples, mais symboliques pour tourner la page. La meilleure manière serait assurément de rendre hommage au général Dumas en lui permettant d’entrer enfin dans l’ordre de la Légion d’honneur. Le président en est le grand maître et aurait toute latitude de procéder à cette annonce, qui ne coûterait pas un centime à la République et toucherait au cœur les Haïtiens. De même qu'elle toucherait les Français. D’autant qu’il ne pourra pas dire qu’il n’était pas au courant d’une demande appuyée par des milliers de signatures et cette fois relayée par la presse. Il n'appartient donc qu’à lui, s’il ne veut pas manquer son rendez-vous avec l’histoire, de ne pas mépriser l’histoire.

Annexe : Lettre de l’écrivain Alexandre Dumas adressée à des Haïtiens à propos de son père (1838).

«Mes chers compatriotes… Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par mon propre cœur de faire élever une statue à mon père ; cette statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale, grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus de 20 à 25 000 francs. Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs : Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils habitent. A cette souscription ne pourront se joindre, pour les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu de se monter à 25 000 F, se monte à 40 000, on fondrait une seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors, j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter. Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve (Alexandre Dumas vient de perdre sa mère) et qui réveille cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père, ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès du Tyrol ; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France. Alexandre Dumas, 5 août 1838 »

jeudi 18 février 2010

Pourquoi la réhabilitation du général Dumas est importante.

Cela va faire presque huit ans que je me bats pour le général Dumas. D’abord dans l’indifférence générale, et aujourd’hui avec le soutien de milliers de personnes qui, en France et par le monde, ont compris que le général Dumas est un symbole important. J’ai déjà publié quatre livres autour du général Dumas. D’abord une première biographie, Alexandre Dumas, le dragon de la Reine (Paris, Le Rocher, 2002, épuisé), puis un roman, L’Expédition (Paris, Le Rocher, 2003, épuisé) où le général Dumas apparaît. Ce fut aussi Le crime de Napoléon (Paris, Privé, 2005, épuisé) un livre consacré, comme son titre ne l’indique pas, à l’histoire d’Haïti et de la Guadeloupe, et où le général Dumas occupe un chapitre entier. Enfin, et surtout, Le Diable noir, nouvelle biographie du général Dumas (Paris, Alphée, 2008, disponible), que toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à ce personnage si attachant consulteront avec profit. C’est la seule biographie du général Dumas jamais publiée en France (mis à part celle d’Ernest d’Hauterive en 1897, axée sur les exploits militaires du général, et Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, livre précité, dont je suis l’auteur). Le Diable noir a bénéficié de la consultation d’archives privées inédites qui m’ont été communiquées par la famille des compagnons du général, lesquels, pour ceux qui ne le sauraient pas, étaient trois, comme les Trois mousquetaires. En annexe, j'ai retranscrit et publié le journal de captivité à Tarente du général Dumas, un texte qui, a lui seul, est un véritable roman. Ce journal, qui était en possession du romancier Alexandre Dumas, a d'ailleurs largement inspiré les épisodes du château d'If dans Le comte de Monte Cristo. Ajoutons que j'ai publié chez Alphée, en juin dernier, La Vendée et Madame, un inédit d'Alexandre Dumas. Il est encore question du général dans la longue préface que j'ai rédigée pour ce livre extrêmement dérangeant pour les promoteurs de Maquet car, dans La Vendée et Madame, publié en 1833 non pas sous le nom de Dumas, mais sous le nom du général Dermoncourt (un ami du général), c'est Alexandre Dumas le "nègre" littéraire. D'où les insultes de M. Raphaël Stainville, qui s'est débondé dans les colonnes du Figaro Magazine, en me traitant de mystificateur, au motif que je rétablissais la vérité. Bien sûr, cette vérité n'allait pas dans le sens de la promotion du film L'Autre Dumas. On remarquera qu'aucune radio française, ni aucune chaîne de télévision, ne m'a invité à m'exprimer sur la question de L'Autre Dumas, alors que je passe au moins pour l'un des spécialistes de cette famille. C'est évidemment un choix délibéré qui en dit long sur les médias en France. Dans un pays raciste, la compétence (supposée) est une tare si l'on n'a pas la bonne couleur de peau, surtout concernant les sujets où la couleur de peau joue précisément un rôle. Si j'étais footballeur, ce serait différent. Là, j'aurais le droit de parler d'histoire et de philosophie sur toutes les chaînes de télévision et de radio. J'aurais même le droit d'"écrire" des livres. Heureusement, il y a Internet. Et quelques journalistes de la presse écrite qui rachètent l'honneur de leurs confrères.

Quoi qu'il en soit, ma biographie, Le Diable noir, a été adaptée en 2009, sous le même titre, en documentaire de 52’, en coproduction avec France 3 Paris Ile de France Centre et avec la participation de RFO et de France 2. Je suis le réalisateur de ce film que je suis allé monter l’hiver dernier pendant sept semaines dans les studios de France 3 à Nancy, avec la complicité de mon ami Bernard Bats. Les scènes de fiction ont été tournées à Villers-Cotterêts et dans les environs. Le rôle du général Dumas est interprété, pour la partie fiction, par le talentueux Stany Coppet qui est beaucoup plus convaincant, me semble-t-il, dans le rôle du général, que Depardieu dans le rôle de l’écrivain Alexandre Dumas. De nombreux témoignages, dont celui, inédit, d’Aimé Césaire, donnent à ce film beaucoup de force. C’est, à mon sens, un document essentiel pour faire avancer la cause du général Dumas et, partant, le combat contre le racisme. Si France 3 Paris Ile de France Centre et France O ont déjà diffusé ce documentaire le 18 avril 2009, France 2, en revanche, ne l'a pas encore programmé, alors que la chaîne a pourtant préacheté trois diffusions. On pourrait, certes, se demander pourquoi Le Diable noir, pourtant livré et accepté voici près d'un an, n’a pas encore été programmé par France 2. Je ne souhaite pas polémiquer sur ce point pour le moment. Il me semble simplement qu’il serait aujourd’hui important que France 2, chaîne de service public qui annonce des efforts en faveur de la "diversité", mais qui a financé L’Autre Dumas, comme elle avait naguère proposé aux téléspectateurs un Napoléon où l'esclavage était occulté, diffuse prochainement Le Diable noir en seconde partie de soirée, comme cela était initialement prévu. Une demande allant dans ce sens vient d’être transmise à Patrick de Carolis, président de France télévisions, ainsi qu’à Alain Vautier, directeur de l’antenne de France 2.

Hormis ce documentaire, j’ai mis en chantier, dès 2007, un film de fiction que j’ai entrepris de réaliser pour le cinéma, Le général Dumas, adapté d’un roman dont je suis l’auteur (à paraître). Ce film, actuellement en production, et qui a déjà reçu le soutien de la région Picardie pour le scénario (achevé depuis l’été) est très avancé. Précisons que le chevalier de Saint-George, ami du général Dumas, joue un rôle non négligeable dans ce film qui, rappelons le, est une fiction.

J’ai déjà obtenu, de haute lutte, que le monument érigé à la mémoire du général Dumas en 1913 place du général-Catroux, à Paris (17e) et abattu, trente ans plus tard, par les nazis (pour ne pas dire par les collaborateurs français) soit remplacé. Le choix de l’œuvre par le maire de Paris (d’immenses chaînes brisées de cinq mètres de haut) en fait, au-delà du seul général Dumas, un monument à la mémoire de l’esclavage. C’est désormais autour de ce monument que se retrouveront toutes celles et tous ceux qui, descendants d’esclaves ou non, souhaitent chaque année, comme le prévoit la loi Taubira, commémorer à Paris la mémoire des esclaves et celle du général Dumas. Je vous invite d’ores et déjà à vous y rassembler lundi 10 mai 2010 à 18 heures.

Reste le combat symbolique pour l’attribution de la Légion d’honneur au général Dumas, soutenu à ce jour par près de 5000 pétitionnaires (dont de nombreux légionnaires) que je tiens à remercier pour leur engagement et leur lucidité. La Légion d’Honneur, la plus haute distinction française, n’a en soi que le sens qu’on y attache et qu’on attache aux décorations en général. Quelques esprits chagrins soutiennent que l’ordre de la Légion d’honneur a été créé par Napoléon Bonaparte, et que, dès lors, demander cette décoration, ce serait en quelque sorte faire allégeance à ce personnage. C’est un peu comme si on disait : il ne faut pas appliquer le code civil français, parce qu’il a été promulgué par Napoléon. L’ordre national de la Légion d’honneur est, comme son nom l’indique, un ordre national français et non un ordre impérial. Il n’appartient nullement à Napoléon, qui n’avait d’ailleurs fait que s'inspirer de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis de l’ancien régime.

Le général Dumas avait fait lui-même la demande d’intégration dans l'ordre de la Légion d'honneur. Probablement dès sa création, en mai 1802. Une lettre du maréchal Murat, datée d’août 1804, et conservée au musée de Villers-Cotterêts, atteste de cette démarche. Le fait que cette demande du général Dumas n'ait toujours pas abouti après plus de 200 ans est révoltant. On comprend bien que c'est à cause de sa couleur. C'est la raison pour laquelle je me suis engagé dans ce combat. C'est la raison pour laquelle des milliers de personnes m'ont suivi.

La demande d’attribution de la Légion d’honneur à titre posthume avait été présentée à Jacques Chirac dès 2002. Il l’avait refusée. J’ai récidivé en 2008 auprès de Nicolas Sarkozy qui, dans une lettre, a reconnu les mérites du général Dumas, sans toutefois répondre de manière définitive. Une pétition a été mise en ligne le 15 avril 2008. Elle obtient, comme chacun sait, un vif succès, et un succès grandissant.

Je maintiendrai cette demande jusqu’à ce qu’elle aboutisse. Si Nicolas Sarkozy n’accorde pas la Légion d’honneur au général Dumas, nul doute que l’attribution de la Légion d’honneur au général Dumas sera une question sur laquelle les candidats à l’élection présidentielle de 2012 devront s’engager par écrit. J’appellerai, dans cette hypothèse, les Français à voter contre ceux qui refuseraient de rendre justice à ce brave général de la Révolution et qui trahiraient, à ce signe, un racisme plus ou moins latent.

Le combat pour la réhabilitation des héros des descendants d’esclaves ou d’indigènes est un combat majeur si l’on veut en finir un jour avec le racisme qui gangrène les pays occidentaux.

La «diversité» a ses héros. Si on ne leur rend pas un hommage appuyé, comment croire ceux qui se targuent de valoriser cette même «diversité» ? La récente tentative, fort heureusement avortée, de "blanchir" Alexandre Dumas, le fils du général, et la montée au créneau de journalistes racistes osant défendre le choix de Gérard Depardieu pour jouer ce rôle, est la preuve qu’il s’agit là d’un combat majeur et d’un combat bien actuel.

C’est pourquoi j’invite toutes celles et tous ceux qui ont signé la pétition à la faire circuler partout où c’est possible. Nous sommes déjà plusieurs milliers. Demain, nous pouvons être des dizaines de milliers, voire davantage. Une certaine tendance à se mobiliser contre l'injustice n'est-elle pas l'une des caractéristiques majeures de l'"identité française" ? Il n'y a rien de plus rassurant que les preuves d'antiracisme. C'est pourquoi nous devons faire du général Dumas un cas exemplaire qui brisera, je le crois, bien d'autres verrous.

vendredi 19 février 2010

Et si la France donnait aux Haïtiens ses stocks de vaccins contre la grippe ?

Je suis content. Très content, même. Comment dire ? Oui, je suis fier de mon identité nationale. La France a promis de verser généreusement au pays qu’elle a martyrisé pendant 4 siècles la somme de 325 millions d’Euros, ce qui est considérable quand on sait qu’Haïti a payé à la France, pour l’indemniser des esclaves qu’elle avait perdus, l’équivalent de 21 milliards de dollars (estimation 2004) soit 16 milliards d’euros. Donc la France est prête à verser généreusement à Haïti 0,02 % de ce que Haïti a versé à la France, sans parler d’une indemnité éventuelle pour 150 années d’exploitation esclavagiste qualifiée par la France elle-même, aux termes de la loi Taubira, de crime contre l’humanité. Est incluse dans cette somme astronomique (Pensez donc : trois fois le budget annuel de l’Élysée !) l’annulation d’une dette de 56 millions d’euros. On apprend donc qu’Haïti avait une dette envers la France. Est-ce la facturation de la participation française au coup d’État de 2004 ? Le prix du séjour à l’hôtel des militaires envoyés par Villepin pour occuper Haïti en 2004 sous le nom d’ « opération Rochambeau», du nom du philanthrope qui faisait manger les Haïtiens par ses chiens ? Est-ce que les nombreuses bières bues par Marcel Dorigny et les autres membres de la commission Debray aux frais de la République au bar de l’hôtel Villa Créole sont comprises dans l’ardoise ? Est-ce qu'on n'a pas oublié les honoraires des putes pour ces messieurs de la commission Debray ? Est-ce qu’on n’a pas oublié non plus les voyages de Véronique de Villepin pour aller menacer de mort le président Aristide ? Si tout est compris, en tenant compte de la dette annulée, les Haïtiens auraient donc droit, de la part de l’ancienne colonie esclavagiste, à 269 millions d’euros, soit 244 euros par sinistré, puisqu’on évalue les sans abris à 1,1 millions. C’est très généreux. Imaginez la maison de rêve qu’on peut se reconstruire avec 244 euros. Un vrai palais. Ah, comme j’aimerais être haïtien ! C’est décidé, je demande la nationalité haïtienne et je vais vivre là-bas pour me monter une coquette demeure avec l’aide de la France. Mais, j’y pense : dans combien de temps ces sommes astronomiques seront-elles versées ? La saison des pluies a commencé. J’entends éternuer. Tous ces Haïtiens vont attraper la grippe. La mauvaise grippe. Celle dont tous les journaux français ont parlé pendant des mois. Et dont plus personne ne parle. Combien la France a-t-elle dépensé pour acheter des vaccins aux laboratoires pharmaceutiques ? Je crois bien me souvenir qu’il s’agissait de 869 millions d’euros pour 94 millions de doses. Il paraît que deux millions de Français se sont fait vacciner. Donc, il reste 92 millions de doses, d’une valeur de 850 millions d’euros. Comme les Haïtiens, sous leurs bâches, vont attraper la grippe, je propose de leur offrir ces 92 millions de doses. Comme il reste à peu près 9 millions d’Haïtiens vivants, cela permettrait de les vacciner chacun dix fois. On serait sûrs au moins qu’ils ne tomberaient pas malades de cette grippe tellement meurtrière qui a failli exterminer la France. Grâce à ce généreux cadeau, l’aide française, au lieu de s’élever à 325 millions d’euros, se monterait désormais à 1,117 milliards d’euros,ce qui aurait quand même plus de gueule. De quoi rendre Obama malade de jalousie. Il ne resterait plus que 14 milliards 883 millions d’euros à payer aux Haïtiens. Comme la France est apparemment capable de verser au moins 325 millions cash, en 46 ans, la dette de la France serait ainsi effacée. Et nous serions les meilleurs amis du monde avec Haïti, puisqu’il paraît que les bons comptes font les bons amis. Du moins tant qu’ils n’évaluent pas les réparations pour la période esclavagiste, ce qu’ils ont eu la politesse extrême de ne pas faire. Au fait, pourquoi la presse française n’a-t-elle pas parlé des milliers de manifestants qui réclamaient, lors de la visite présidentielle française, le retour du président Jean-Bertrand Aristide, enlevé en 2004 avec la complicité de la France ? Madame Alliot-Marie, qui était ministre de la Défense en 2004 et qui, à présent, devenue ministre de la Justice, décore un Patrick Karam de l’ordre du Mérite (peut être pour l'encourager à faire des procès à tout le monde avec l'argent de l'Etat), doit être au courant, non ? En tout cas, avec une pareille ardoise, je crois que la moindre des choses serait d'offrir gratis à Aristide un avion avec un plein d’essence pour rentrer, non ? Et puis, tant qu'on y est, la Légion d'honneur pour le général Dumas. Au moins, c'est gratuit et ça fait plus d'effet que les sommes dérisoires.

samedi 20 février 2010

Selon les producteurs Le Wita et De Bayser, Alexandre Dumas aurait été un «Aryen» blond aux yeux bleus.

La réponse des producteurs du film L’Autre Dumas, complaisamment colportée par les médias qui espèrent relancer un navet ayant pris le bouillon dès le premier jour, confirme les préjugés ouvertement racistes qui ont fondé ce projet ignoble. Croyant se justifier, MM. Frank Le Wita et Marc De Bayser, poussés par l’amertume, trahissent le fond de leur pensée et se livrent à une curieuse analyse du «sang» d’Alexandre Dumas. Trois quarts de "sang" blanc, un quart de "sang" noir expliquent ces Vacher de Lapouge du cinéma. Donc plus de « sang » blanc que de « sang » noir. La preuve : Alexandre Dumas avait les yeux bleus. Donc Gégé Depardieu s’imposait, selon eux. Les producteurs veulent nous faire comprendre que Dumas était un «Aryen». Ce raisonnement trahit la pire mauvaise foi, car pour les racistes du XIXe siècle, un homme, même avec les yeux bleus, dont le phénotype trahissait qu’un de ses grands parents avait la peau sombre était voué au mépris et à l’exécration. C’était un «homme de couleur». Pas un Français à part entière. Aux colonies, le code noir s’appliquait. En France, c’étaient les insultes. Rien dans le physique de Gérard Depardieu ne trahit cette ascendance entraînant automatiquement la discrimination. Mais c’est surtout la terminologie utilisée par les producteurs qui est intéressante. Ça faisait longtemps, en effet, qu’on n’avait pas vu apparaître cette idée de «sang» associée à la couleur de peau. Comme si le sang n’était pas de la même couleur pour tous les hommes. Préfigurant l’idée de «race», l’idée du «sang» (implicitement associée à la «pureté» de ce sang) remonte très exactement à l’ancien régime esclavagiste. Le Wita et De Bayser, avec une sottise confondante, trahissent leurs références puantes en faisant d’Alexandre Dumas un «quarteron». Et ils semblent contents d’utiliser cette expression forgée par l’esclavagiste Moreau de Saint-Méry qui nous ramène aux pires moments de Saint-Domingue. Il s’agissait alors de traquer, chez les «gens de couleur», la goutte de "sang noir", évidemment impure, qui couvrait un individu de honte et d’infamie. La honte et l’infamie, aujourd’hui, est du côté des racistes qui osent encore utiliser ces mots d’un autre âge, qu’Alexandre Dumas aurait considéré comme des insultes exigeant réparation par les armes. Personne n’aurait jamais osé dire en face à Alexandre Dumas qu’il était un «quarteron». Mais, 130 ans après sa mort, Le Wita et De Bayser, eux ne s’en privent pas, et insultent ouvertement Alexandre Dumas dans un communiqué dégoulinant de préjugés. Ce qui est étrange, c’est que personne ne relève le caractère éminemment raciste dans lequel s’enfonce le débat. Pour les racistes noirs, Dumas est un « noir », avec un N majuscule (N comme Napoléon). Pour les racistes blancs, Dumas est un «blanc», toujours avec un B majuscule (B comme Bonaparte). En réalité, Alexandre Dumas n’était ni «blanc» ni «noir». Son phénotype trahissait des origines africaines, voilà tout. Le phénotype de Depardieu ne reflète nullement une pareille ascendance, qu'à l'évidence on a voulu gommer, ce que confirme le communiqué. Si l’on s’est abrité derrière le fait que Depardieu était connu et qu’aucun acteur français dont le phénotype pourrait correspondre à celui de Dumas ne l’était, l’échec du film balaie cet argument. Depardieu était peut-être «bankable», mais il a quand même fait perdre quelques millions d’euros à la production. Avec un inconnu talentueux au cachet modeste, le succès était garanti. Ce que les Français avaient envie de voir, c’était un Dumas tel qu’il était, en butte aux préjugés de son époque. Maquet ne les intéresse pas. Les Français en ont marre des racistes, des films racistes, des journalistes et des politiciens racistes. Ils n'iront plus voir vos films, ne liront plus les journaux où vous écrivez, ne voteront plus pour vous. Savez-vous pourquoi ? Parce que, contrairement à ce que vous semblez croire, Napoléon a fini seul comme un chien dans une île proche de l'Afrique, parce que Hitler n'a pas gagné la guerre, parce que le "sang" des Français n'est pas blanc, parce que les nègres vous emmerdent et vous emmerderont de plus en plus.

dimanche 21 février 2010

Les "pays donateurs" espèrent reconstruire Haïti en excluant le parti dominant

La reconstruction d’Haïti donne lieu à une multitude de conférences de « donateurs », dont une, annoncée par le président de la République française, devrait avoir lieu aux Antilles à la fin mars. Aucune de ces conférences ne semble cependant prévoir la reconstruction politique d’un pays frappé, avant le cyclone, par un coup d’État perpétré par les USA et la France. De nombreux médias haïtiens font pourtant état d’une importante manifestation qui aurait accompagné la visite du chef de l’État français, le 17 février dernier, avec plusieurs milliers de participants – des jeunes pour la plupart – qui réclamaient très explicitement à M. Sarkozy le retour du président Jean-Bertrand Aristide, victime du coup d’État de 2004 et exilé en Afrique du Sud. Il a été également observé que le président René Préval, élu par les partisans de M. Aristide, qui entendaient à travers ce vote permettre le retour dans son pays du président enlevé, était très chahuté ces derniers temps, au motif qu’il n’aurait pas rempli son engagement. Le parti Lavalas, fondé par le président Aristide, qui en demeure le chef, avait été récemment exclu des prochaines élections législatives, à la suite d’une décision du conseil électoral provisoire, le CEP, qui se trouve être placé sous la tutelle des pays occidentaux qui, de fait, contrôlent la vie politique haïtienne. L’exclusion de la force politique largement dominante dans le pays empêche évidemment toute élection digne de ce nom, c’est à dire libre et démocratique. Faute d’élection libre et démocratique, on voit mal comment la reconstruction d’Haïti pourrait être gérée sans un risque de mainmise des pays donateurs sur un pays apparemment très convoité. Ce qui gêne les Occidentaux, c’est que la participation de Lavalas aux élections assurerait très certainement à ce parti un succès écrasant. Ce succès serait évidemment incompatible avec le maintien en exil – arbitrairement décidé par les USA et ses partenaires – du chef de ce parti. Or tout le monde connaît l’attachement de Jean-Bertrand Aristide à l’indépendance de son pays. Tout le monde sait, par ailleurs, que c’est pour avoir posé la question du remboursement des 21 milliards de dollars extorqués par la France aux Haïtiens à partir de 1825, pour prix de leur liberté, que la France a soutenu le coup d’État de 2004. Sur ce coup d’État, on lira avec profit l’excellent livre de Randall Robinson Haïti, l’insupportable souffrance, paru il y a quelques jours, que tous les journalistes français, favorables au coup d’État de 2004, passent évidemment sous silence.

lundi 22 février 2010

L’affaire Soumaré

Bien sûr, nous sommes en campagne électorale et, en France, les campagnes électorales se situent au niveau de la politique française, c'est-à-dire généralement à l’échelon le plus bas. En Ile de France, voici que des candidats UMP mettent en cause un adversaire socialiste au motif de prétendus antécédents judiciaires et de procédures en cours qui le viseraient. Ce candidat s’appelle Ali Soumaré et il est représentatif de ce que d’aucuns appellent la «diversité». Outre qu’il est français, puisqu’il est candidat aux élections, je ne sais rien de cet Ali Soumaré sinon, d’après les photos qu’il a la peau sombre, et qu’il porte un patronyme évoquant l’Afrique subsaharienne et l’islam. Par ailleurs, il habite Villers-le-Bel, la ville du Val d’Oise qui s’est illustrée par des émeutes qui ont attiré l’attention du monde entier sur les ghettos français. En ce qui concerne le passé judiciaire de M. Soumaré, il me semble que, de deux choses l’une : ou bien ce passé judiciaire, à supposer qu'il existe, le rend inéligible ou bien tel n’est pas le cas. Si le candidat est inéligible, au parti socialiste d’en tirer les conséquences. En revanche, s’il est éligible, et surtout si les faits invoqués sont couverts par une amnistie, l’acharnement des accusateurs, outre qu’il me semble tomber sous le coup de la loi, est gênant. Car enfin, n’est-il pas tout de même curieux que ce soit contre un candidat de la "diversité" qu’on se déchaîne ainsi ? Surtout quand on sait comment cette «diversité» est représentée sur la liste accusatrice. Pour ce qui est des procédures en cours, la déclaration des droits de l’homme garantit la présomption d’innocence. Cependant, si, pour les accusateurs, cette présomption d’innocence ne paraît pas s’appliquer en période de campagne électorale, j’invite les candidats figurant sur les listes de Valérie Pécresse à examiner avec le plus grand soin si aucun de leurs colistiers ne se trouverait, par hasard, visé par des procédures risquant d’aboutir à des condamnations.

mardi 23 février 2010

Où va l’argent collecté pour Haïti ?

Tout le monde a plus ou moins donné de l’argent pour Haïti depuis le séisme en pensant naïvement que cet argent permettrait à ceux qui n’ont plus de maison, c'est-à-dire à un million cent mille sans abris recensés, d’en reconstruire une. En fait, hormis la fourniture de bâches, j’ai pu vérifier qu’il n’est absolument pas prévu pour le moment de verser quoi que ce soit aux Haïtiens sinistrés pour se reloger. La reconstruction d’environ 300 000 logements (en comptant un peu plus de trois personnes par logement) ne peut raisonnablement coûter moins de 20 000 dollars par logement, soit au bas mot 6 milliards de dollars. La première des choses ne serait-elle pas d’accorder à tous les sans-abri l’octroi de subventions ou de prêts de 20 000 dollars par famille affectés à la reconstruction ? L’idéal serait non seulement que 6 milliards soient affectés en urgence à la reconstruction des maisons privées, mais que ces 6 milliards soient injectés dans l’économie haïtienne, en favorisant les entreprises de construction locale, sans forcément retourner intégralement dans la poche des pays donateurs qui espèrent à l’évidence profiter de la reconstruction d’Haïti pour ouvrir de nouveaux marchés. Malgré l’annonce de nombreuses conférences internationales, personne ne semble se soucier de ce problème alors que ces 6 premiers milliards indispensables au relogement devraient être déjà débloqués. Pour la reconstruction des infrastructures publiques et permettre au pays de réellement fonctionner, les experts chiffrent la facture à 15 milliards supplémentaires. On en arrive aux 21 milliards de dollars fatidiques que les Haïtiens ont payés à la France pendant un siècle, pour prix de leur liberté. Or la France annonce généreusement une aide de 325 millions qui se réduira en fait à environ 140 millions. Cette somme, à l'évidence ridicule par rapport aux besoins d’Haïti et par rapport à ce qu'Haïti a versé à la France, est loin d’être débloquée. Certains observateurs estiment d'ailleurs qu’elle sera prélevée sur l’aide prévue pour les pays africains. Pas question d'augmenter l'enveloppe destinée aux nègres. Les pays donateurs qui prétendent aujourd’hui faire main basse sur Haïti n’ont pour l’instant même pas promis 1 milliard et demi. Où ira ce saupoudrage qui ne peut à l’évidence tirer le pays du marasme ? On peut être assuré qu’une bonne partie permettra simplement aux Occidentaux de financer leur présence sur place et le maintien de la tutelle qu’ils ont de fait imposée au pays depuis le coup d’État de 2004.

mercredi 24 février 2010

Le "noir" délinquant et la "blonde aux gros seins".

J’ai lu sous la plume de Luc Bronner, journaliste au Monde, auteur d’un article sur l’affaire Soumaré, une phrase qui m’a fait beaucoup réfléchir :

« La polémique risque de porter atteinte aux efforts déployés par les promoteurs de la diversité pour pousser les partis à ouvrir leurs listes aux candidats issus des minorités visibles.»

Est-ce que la vraie question est de «promouvoir la diversité», ce dont se font forts tous les partis, ou tout simplement de lutter contre le racisme effroyable qui gangrène la société française, ce qu’aucun parti ne condamne ?

Promouvoir la «diversité» veut dire que l’on imposerait en fait des quotas à la couleur. Il faudrait tant de «noirs» sur la liste du PS, tant de «noirs» sur la liste de l’UMP. Un «noir», dans ce cas, en vaudrait un autre puisque ce serait la couleur qui compterait plus que le reste. Noah pourrait jouer le chevalier de Saint-George à la place des vrais comédiens et Thuram signer des livres à la place des vrais écrivains. Je pourrais me mettre au sport ou attaquer des banques. Ce serait sans importance. Les incompétents devant, les bons à la queue (ou au pilori). Telle est la politique pratiquée de tous temps par l'Occident dans les colonies racistes esclavagistes. L'avantage avec les incompétents, c'est qu'ils sont plus faciles à critiquer : Ah, comme il joue mal ! Ah comme il est inculte ! Regardez son casier judiciaire ! Je n’ai pas de commentaire à faire sur le choix d’Ali Soumaré, mis à part le fait que la manière dont il est attaqué est très certainement liée à la couleur de sa peau. Je ne pense pas, en effet, que M. Poniatowski oserait traiter M. Devedjian, qui a été le secrétaire général du parti auquel il appartient, de «repris de justice multirécidiviste» ni qu’il se dirait «outré» du fait qu’il soit ministre. Je n’ai pas non plus le sentiment que Valérie Pécresse soit dérangée par le fait que le numéro 2 de la liste parisienne de l’UMP, Patrick Karam, qu’elle présente à tort comme un représentant de la «diversité», soit actuellement exposé à des poursuites judiciaires.

Ceci dit, M. Soumaré était-il le meilleur candidat que le parti socialiste puisse désigner pour conduire la liste du Val d’Oise aux régionales ? A-t-il été choisi à cause de ses compétences ou parce que la couleur de sa peau et ses origines l’inscrivaient dans une politique de «quotas», après que d’autres candidats au passé peut-être plus inattaquable, mais qui n’étaient pas les copains de Pupponi, le satrape local, eurent été écartés ? C’est une question qui mérite d’être posée. Pour obtenir le label «diversité», faut-il, outre la couleur de peau, avoir grandi à Villiers-le-Bel et avoir eu une jeunesse tumultueuse ? Je connais des gens qui ont grandi à Villiers-le-Bel, qui sont à la fois noirs de peau, brillants, socialistes et qui n’ont pas été condamnés pour vol. Mais peut être ceux là font-ils peur aux caciques du PS qui préfèrent barrer la route à ceux qui pourraient atteindre les sommets. Nous savons tous qu'un politicien brillant qui aurait échappé aux discriminations liées à la couleur, que pratiquent insidieusement tous les partis français, pourrait aujourd'hui atteindre la magistrature suprême, du fait du précédent américain. Sa couleur serait un avantage de plus. Si nous le savons tous, les chefs de partis le savent aussi et ils ne sont pas pressés de voir apparaître ce genre de phénomène qui les ramènerait à la réalité de leur médiocrité.

L’idée de «promouvoir la diversité» peut conduire à toutes les dérives. En l’occurrence, il est clair qu’on en arrive à des clichés du type : « noir = étranger = banlieue = football = délinquance». Lorsque je suis choqué de voir une femme traitée injustement par rapport à un homme, l’idée ne me vient pas de parler de «promotion des femmes». J’en appelle simplement à la justice. À travail égal, à compétences égales, une femme ne doit pas être discriminée parce que c’est une femme. Il en va de même pour les Français dont la couleur de peau déplaît à certains imbéciles. On ne doit pas être discriminé, à travail égal, à compétences égales, à cause de la couleur de sa peau. Or les partis politiques, l’UMP, tout comme le parti socialiste, pratiquent ce type de discrimination. Au bout du compte, on tente de nous faire croire, après avoir discriminé les gens compétents que, faute de gens compétents, il faut «promouvoir la diversité», c’est à dire en fait pratiquer une politique de quotas. C’est comme si après avoir éliminé du conseil d’administration d’une grande entreprise une femme compétente parce que c’est une femme, on se rendait compte qu’on ne se retrouve, au moment de la photo, qu’avec une assemblée de vieux schnocks et qu’on désigne à la hâte n’importe quelle femme, sans vérifier ses compétences, pour n’être pas taxé de sexisme. Dans ce cas là, on choisira de préférence une fille jolie, blonde et avec de gros seins. Je ne suis pas sûr que ce soit ni juste ni efficace.

jeudi 25 février 2010

Selon le prince Axel Poniatowski, Ali Soumaré serait un «personnage obscur»

Le prince, qui n’a pas dû se donner plus de mal pour obtenir une position dans la société que pour s'asseoir dans le fauteuil de son père (le porte-flingue de Giscard) aura fait au moins une chose dans sa vie, outre s’être donné la peine de naître : le voici qui se débonde, le voici qui parle comme dans les fins de dîners de son «monde» et nous révèle le fond de la pensée d’une certaine droite malodorante qui, on l’espère, n’est pas représentative de l’ensemble de l’UMP. Après s’être dit «outré» par le «repris de justice» Ali Soumaré, ce qui, selon moi, vaut bien une comparution de plus devant le tribunal correctionnel pour diffamation (car apparemment, le prince est un vrai récidiviste) le voici qui traite cet homme dont le père est originaire du Mali de «personnage obscur». Personnage obscur ! Quelle finesse, monseigneur ! Du temps où les Poniatowski étaient autre chose que des «descendants», cela vous aurait exposé à un bon coup d’épée. Dans les règles bien sûr. Aujourd’hui, cela vaut en tout cas une comparution devant le tribunal. Car j’y vois une insulte proférée en raison de l’origine et de la couleur de peau. En quoi un Soumaré serait-il plus "obscur" qu’un Poniatowski ? Pourquoi les Français d’origine polonaise, même descendants des maréchaux du dictateur raciste Napoléon seraient-ils plus «clairs» que les Français d’origine malienne ? Pouah ! Décidément, Valérie Pécresse, qui se disait ouverte à la «diversité», mais dont le seul représentant de cette diversité est un rhinocéros à demi-fou qui fait systématiquement des procès aux "noirs" avec les moyens de l’État, est entourée d’une jolie société. Tout le monde sait, à commencer par M. Sarkozy, que cette liste est vouée à un échec cuisant, même si certains fiers à bras se font forts d’inverser la tendance à coups de menton, d’insultes, de menaces et de basses-oeuvres. Mais le fait de se battre pour une cause perdue exclut-il que l’on se batte dans l’honneur et avec courtoisie ? La violence des attaques portées par certains nervis qui environnent Madame Pécresse restera pour la suite de sa carrière politique une tache plus difficile encore à effacer qu'une condamnation sur un bulletin judiciaire. Qui se ressemble, ne s’assemble-t-il pas ? Ces méthodes, dignes de l’extrême droite des années trente, ne sont certainement pas de nature à gagner les voix de la «diversité» en Île de France. Mais, j’y pense, le maréchal Poniatowski n’était-il pas au passage de la Bérézina ?

vendredi 26 février 2010

Les troupes américaines prêtes à rester « indéfiniment » en Haïti

L’ambassadeur américain à Port au Prince vient d’indiquer avec une fausse candeur que des soldats américains allaient rester en Haïti durant une période «indéfinie». Il resterait actuellement 6500 marines dans ce pays. Interrogé sur les intentions des USA de mettre Haïti sous tutelle, l’ambassadeur a déclaré qu’il n’en était pas question. Le raisonnement avancé pour justifier que les USA ne souhaiteraient pas «prendre en mains» l’État haïtien est des plus curieux. L’ambassadeur indique en effet que les USA «travaillent» sur le terrain depuis plus de 25 ans «pour un état démocratique» et que s’ils envisageaient de placer Haïti sous tutelle cela signifierait que tout ce qu’ils ont fait jusqu’alors n’aurait servi à rien. J’aurais préféré l’entendre dire que toute nation est souveraine et que l’ingérence dans les affaires d’un pays pauvre est une forme de violence odieuse. Mais non. Les USA semblent penser qu’ils ont une vocation à se mêler de tout et à imposer leurs vues au monde entier. Si au moins ces vues étaient aussi morales que le prétendent les intéressés. Mais, en l’occurrence, l’implication de Washington dans la politique haïtienne à laquelle il est fait allusion, si elle est indiscutable, ne me semble pas avoir eu pour objectif de favoriser particulièrement la démocratie mais bien plutôt les intérêts américains. Au cours des 25 dernières années, il y a eu deux coups d’État à Port-au-Prince. Dans le dernier au moins (en 2004) le rôle des USA est incontestable. Je ne vois rien de bien démocratique dans le fait de venir à 4 heures du matin chez un président démocratiquement élu, de lui signifier que la partie est terminée pour lui et de l’enlever (voir Haïti, l’interminable souffrance de Randall Robinson, p 235). La présence de troupes américaines, au-delà de la période de crise provoquée par le séisme, ne peut avoir d’autre nom qu’une occupation militaire. L’ingérence permanente de Washington dans les affaires haïtiennes est une tutelle américaine. La seule tutelle dont les États-Unis ne veulent pas c’est une tutelle internationale. Le renforcement annoncé des personnels de l’USAID (l’organisme de la tutelle américaine par excellence) n’en est qu’un signe de plus. Ce qui est ahurissant dans cette affaire c’est que le président d’Haïti, René Préval, est inaudible. On ne l’a jamais entendu s’exprimer sur la présence de troupes étrangères sur le sol de son pays. On aimerait avoir son opinion. Mais sans doute ne veut-il pas prendre le risque d’être réveillé en pleine nuit et forcé de monter dans un avion américain en route pour une destination inconnue.

samedi 27 février 2010

On n’entend plus Rama

Je me souviens que Rama Yade avait écrit un livre intitulé Noirs de France. Je ne sais plus trop si elle y dénonçait ou non le racisme, où si elle y prônait la discrimination positive, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle en a bien profité. En tout cas, j’aurais bien aimé avoir son opinion sur l’affaire Soumaré. Rama qui parlait tout le temps, on ne l’entend plus du tout. On a entendu Fadela; on a entendu Rachida. Toutes deux disaient que ce n’était pas bien de lyncher Soumaré. Mais Rama, motus. Ce serait pourtant le moment de savoir ce qu’elle pense de ses colistiers qui se débondent et vomissent sur le «socialiste noir» selon la jolie expression d’Alexis Brézet, le journaliste décomplexé du Figaro, le disciple de Finkielkraut. Car il faut se rappeler, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, que Rama est sur la liste Pécresse. L'opinion de Rama aurait été d’autant plus intéressante qu’elle a elle-même refusé avec éclat qu’on la présente dans le département du Val d’Oise, là où Soumaré est tête de liste, et où il y a pourtant beaucoup de « noirs de France » pour figurer sur celle, beaucoup plus chic, des Hauts de Seine, où il y a beaucoup moins de « noirs de France». J’aurais aimé savoir aussi comment elle a perçu l’arrivée dans son camp et sur sa liste de Patrick Karam, l’homme qui crachait sur elle et qui fait des procès aux « noirs » avec l’argent de l’État. L’homme à qui elle reprochait de ne pas aimer les Africains et qui maintenant est présenté par Pécresse comme le porte-parole de la «diversité» alors qu’il est à la diversité ce que Depardieu est à Dumas. On aurait bien aimé savoir aussi, elle qui aime tant les « noirs de France », ce qu’elle a fait pour eux depuis qu’elle est au gouvernement, c'est-à-dire depuis bientôt trois ans. Vous me direz qu’elle est devenue populaire et que ça, c’est un service rendu aux «noirs». C’est vrai. Merci, Rama Yade, d’être devenue populaire et d’avoir ainsi fait avancer la cause des « noirs de France » ! Là je comprends. Pour arriver au gouvernement et se faire connaître, il faut se présenter comme représentative des «noirs». Pour continuer à être populaire, et surtout continuer à faire partie du gouvernement, quand on est « noir », il ne faut pas parler des «noirs» et toujours regarder au plafond quand des gens de votre parti sont occupés à casser du nègre.

dimanche 28 février 2010

Perruques frisées pour singer le nègre : après Depardieu, la crème Mont Blanc.

Décidément, l’idée est dans l’air. La société des desserts Mont Blanc vient de lancer un spot publicitaire au racisme bien onctueux. Deux enfants «français» normaux (dans l’esprit de M. Larroche, le PDG de cette entreprise normande réalisant un chiffre d’affaires d’environ 80 millions d’euros) c'est-à-dire blancs de peau, sont invités à goûter chez un petit camarade «noir». Première idée : il y a les « noirs», il y a les «blancs.» C’est comme ça et on n’y peut rien. « Il n’est permis qu’à un aveugle que de douter que les blancs (et) les nègres (…) soient des races entièrement différentes (… ) Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes de différences prodigieuses. » (Voltaire Essai sur les mœurs, 1756).

Seulement ça les travaille, ces pauvres enfants, car tout le monde sait que les enfants qui ont une bonne vue ont une conscience aiguë des différences de «race» mises en évidence par Voltaire. Il va falloir qu’il se déguisent, car sinon, les «noirs» chez qui ils sont invités vont prendre conscience de leur négritude et, certainement, ils vont flipper de se savoir «noirs», c'est-à-dire « prodigieusement différents ». Mais attention : ces petits français « blancs » sont charmants, et surtout pas racistes. La preuve : ils ont accepté d’aller goûter chez un petit « noir ». On peut même penser qu’ils ont donné pour Haïti. La première idée subliminale qui est injectée, c’est que tous les enfants français «normaux» ont parfaitement conscience qu’un petit Français « noir » est différent d’eux, donc pas vraiment français. Ces deux petits garçons bien pensants vont vouloir faire couleur locale et, après être passé chez un coiffeur spécialisé, arriveront chez leur petit camarade affublés de perruques « afro » des années soixante-dix au son de la musique de Kool and the Gang. On n’a pas osé les grimer en nègres. Croyant être politiquement corrects, on s’en tient à la tignasse (la « laine»). La seconde idée injectée par le clip de M. Larroche, c’est que la prétendue différence physique correspondrait à des différences culturelles. Parce qu’on est «noir» on aime forcément la musique et en particulier celle de Kool and the Gang. Car les «noirs» ont leur culture et cette culture est évidemment américaine. Le problème, c’est que dans cette culture-là, on ne mange pas de desserts Mont Blanc. La preuve, c’est que le dessert s’appelle Mont Blanc, pas Mon Noir. Vous avez compris la subtilité ? Heureusement, les petits « blancs » généreux arrivent avec leurs moumoute à la Gégé Depardieu et sans doute leur pot de dessert. A moins qu'il ne soit déjà là, ce qui serait la preuve que les «noirs», s'il achètent les produits des blancs, sont supportables (à condition qu'ils restent entre eux, bien sûr). La troisième idée, c’est que les «noirs» forment une communauté. Ils sont à part. Le papa, la maman et le petit garçon sont des «noirs», comme dans les séries américaines. La preuve, c’est qu’ils ont bien la même choucroute, la même « laine » que les deux invités. Pour en rajouter, le réalisateur a tout mis en marron dans la pièce. Même la vaisselle qui va servir au goûter. Les « noirs » ne se mélangent pas, ne se métissent pas. Ils vivent entre « noirs » dans des immeubles de «noirs», dans des quartiers de « noirs », dans des villes de « noirs » où ils dansent toute la journée sur des musiques de «noirs» (Kool and the Gang.) Mais ce que nous apprend le message (In caude venenum, le venin est à la fin, dans la queue, aurait dit feu Sevran) c’est que « eux aussi » ils y ont droit. « Moi aussi, j’veux du Mont Blanc ! » s’écrie une voix off d’enfant à la fin. C’est évidemment la voix du petit nègre qui vient de découvrir qu’il avait le droit de consommer une crème qui s’appelle Mont Blanc. Ce n’est pas parce que la crème s’appellerait Mont Blanc que les «noirs» n’auraient pas le droit d’en acheter et d’augmenter le bénéfice net de la société de M. Larroche. Les petits invités sont venus avec leur perruque et, ainsi grimés, pourront partager le pot de Mont Blanc pour les « noirs ». Les «races» fraternisent en consommant deux variantes d'un même produit, même si le goût du chocolat est prodigieusement différent de celui de la vanille, de même que les «races» sont prodigieusement différentes entre elles. Les « noirs » n’ont pas de droits politiques, si ce n’est de voter pour les «blancs», d’aller voir des films où les « blancs » sont déguisés en « noirs », de ne voir à la télévision que des «noirs» imbéciles et illétrés pour représenter leur «race» et d’acheter de la crème Mont Blanc. D’où l’air ambigu de la maman « noire» au début du clip. Ou bien elle n’a pas osé acheter de la crème Mont Blanc à cause du nom ou bien elle a découvert la version chocolat noir qui lui convient mieux. Car tout est arrangé. Il y en aura pour tout le monde du Mont Blanc. Seulement pour les «noirs», prodigieusement différents, on a inventé une variante diversité : la version «chocolat noir». Car c'est de cela qu'il s'agit. Comme pour le chocolat Banania, on a mis des «noirs» pour promouvoir le chocolat noir de Mont Blanc. Naturellement, les nègres invitants sont très contents de l’espièglerie des petits camarades. Ils rient. Ils sont cool (and the gang). On peut leur cracher dessus, se payer leur tête, ils sont contents. Du moment qu'ils ont à manger... Ils en redemanderont toujours. Ce sont de bons nègres. Des nègres consommateurs. Pas comme ce salaud de Ribbe qui voit le mal partout et qui s’offusquera si demain les petits camarades hilares de ses enfants invités au goûter arrivent avec des perruques à la Gégé Depardieu et un pot de chocolat noir Mont Blanc. Pour résumer : 1. les races existent. 2. Le racisme est inné chez tous les enfants 3. La couleur de peau et la « différence » des cheveux correspond à des différences culturelles 4. Les gens de même couleur, s’ils doivent se respecter, doivent vivre entre eux. Égaux mais séparés. Vanille et chocolat. La propagation de ces préjugés d’un autre âge était-elle indispensable pour vendre une crème dessert ? Le spot aurait été plus intéressant si le petit garçon aux cheveux afro avait été invité à déjeuner chez les «blancs», non ? Par exemple, chez le prince Poniatowski. Mais, ça, c’est impensable.

Alors, je vais vous la faire courte, M. Larroche. Chez moi, vanille ou chocolat, on n’en consommera pas de votre crème fienteuse et j’invite tous les antiracistes à en faire autant.

voir le spot

mardi 2 mars 2010

« Racisme » un produit bien français

Parfois, il est bon de rappeler quelques banalités de base. J’entends souvent le mot de « racisme » employé à tort et à travers. Le terme de « racisme » semble avoir été inventé vers 1892 par le journaliste Gaston Méry qui l’aurait utilisé pour la première fois dans son roman Jean Révolte. Disciple de l’antisémite autoproclamé Édouard Drumont, (l’auteur du pamphlet haineux La France juive) Méry fut directeur du journal La libre parole, dont la devise était : « La France aux Français ! ». L’idée développée par le personnage de Jean Révolte qui utilisait le terme « racisme » était à la fois simple et curieuse : Le méridional, voilà l’ennemi ! Plus on va vers le sud, plus les gens sont bâtards, vilains et nuisibles. Plus on monte vers le nord, plus les gens sont légitimes, jolis et utiles. L'idéal serait de vivre au pôle nord s'il n'y avait pas d'Inuit (qui sont sûrement des immigrés). N’en déplaise à Georges Frêche, pour Méry, les Provençaux, les Languedociens et les Aquitains seraient aussi dangereux que les « juifs », la dangerosité des « juifs » allant de soi pour ce disciple du forcené Drumont. Le mot inventé par Méry fut ensuite repris et banalisé en France dans les années trente pour désigner les doctrines qui s’étaient répandues depuis le début du XIXe siècle avec la prétention d’être des vérités scientifiques. Selon ces croyances, l’humanité serait divisée en « races » humaines bien distinctes. Ces « races » seraient déterminées par des caractéristiques physiques. Au-delà de ces caractéristiques physiques, chaque «race» déterminerait intellectuellement et moralement les individus qui en feraient « partie ». Enfin, les «races» seraient inégales entre elles.

L’affirmation de l’inégalité des « races » entre elles est généralement critiquée. C’est ce type de comportement qui tombe sous le coup de la loi en France, à la condition expresse que le délit s’applique à un individu ou à un groupe d’individus nommément désignés. Le fait d’affirmer en général que les «races» sont inégales entre elles, comme le fait régulièrement d’ailleurs l’actuel président du Front national, ne tombe pas sous le coup de la loi, ce qui est assez significatif des non-dits du code pénal. On ne peut être condamné (en principe…) que si l’on dit ou écrit : « les « noirs » sont plus méchants, plus laids et plus bêtes que les « blancs ». En soi, le racisme n’est ainsi pas condamnable en France en tant que théorie, tant qu’il ne vise personne en particulier. La réalité c’est que le racisme, en tant qu’il désigne les théories affirmant la suprématie de certaines « races » sur d’autres, vise principalement les humains à la peau noire, souvent considérés par une partie de l’élite économique des humains à la peau claire comme le type d’humanité le plus exploitable, donc le plus inférieur et le plus haïssable. L’humanité aurait d’autant plus de valeur qu’elle s’éloignerait de ce type inférieur voué à la servilité.

Vient ensuite l’assignation de caractères intellectuels ou moraux à chaque « race ». Cette thèse est généralement contestée, mais implicitement tolérée en France tant qu’elle n’est pas péjorative. Le fait de dire que tous les «noirs» seraient bêtes ou paresseux peut être condamné (oh, très légèrement) par un tribunal. En revanche, il ne semble pas que le fait d’affirmer comme vrais des stéréotypes tels que : les «noirs» dansent mieux que les « blancs », sont plus doués pour le sport ou même sont plus « qualifiés » pour être ministres des sports ait jamais donné lieu à la moindre condamnation.

Quant à l’affirmation que l’humanité serait divisée en « races » bien distinctes, ce qui est une thèse odieuse qui n’a aucun sens du point de vue scientifique, non seulement elle n’est pas condamnée en France, mais elle est majoritairement admise. Il suffit, pour s’en rendre compte, de constater que les correcteurs typographes et notamment ceux des journaux Libération et Le Monde, s’attachent souvent à mettre une majuscule lorsqu’ils écrivent « un noir » alors que l’usage tolère tout autant la minuscule (voir sur ce point l’ouvrage de référence Le bon usage de Grévisse qui admet la minuscule dans les dernières éditions, alors qu’il ne l’admettait pas dans les éditions précédentes...). Faut-il ajouter que l’usage de la majuscule au substantif « noir » vient des années trente ? On met la majuscule dès qu’il s’agit d’un groupe humain, pour ne pas dire d’une «race». Or les « noirs », en France, pour les élites, forment bien une « race » humaine, quel que soit le degré de pigmentation, l’origine ou la catégorie sociale. Obama, Soumaré, Dieudonné, Kémi Seba, Thuram et moi sommes des « noirs». Alexandre Dumas, lui, est un « blanc ». Pour les Français racistes, c’est une évidence qui ne mérite même pas d’être démontrée. Il est bien certain qu’à partir du moment où l’on met des gens dans le même sac, sans aucune autre raison que les préjugés, toutes les dérives sont permises. Assez curieusement, quiconque mettrait la majuscule au substantif « juif » (un « juif ») serait peut-être aujourd’hui passible de poursuites pénales au motif que l’idée d’une « race » juive serait raciste (ce qui est vrai) tandis que l’idée d’une race « noire » ne le serait pas (ce qui est faux). Ainsi, dans Libération, comme dans Le Monde, un «juif» s’écrit toujours avec une minuscule (alors que les éditions anciennes du Grévisse admettent que l’usage est « partagé ») tandis qu’un «noir» s’écrit systématiquement avec une majuscule. Il s’agit bien d’un choix idéologique. L’idée implicite, on l’aura compris, c’est que les «juifs» appartiennent à la «race» blanche et qu’un distinguo au sein de cette «race» blanche serait raciste. En revanche, distinguer la «race» blanche de la «race» noire ne serait absolument pas raciste. La preuve ? Les «noirs» se reconnaîtraient aisément à leur couleur. Ils n’ont pas besoin d’étoile jaune. Personne d’autre que moi n’a jamais fait cette remarque au sujet de la typographie. Pour avoir levé le lièvre auprès de la médiatrice du Monde, Véronique Maurus, qui soutient avec une curieuse opiniâtreté la légitimité de la majuscule au substantif « noir », et se retranche derrière la prétendue opinion des correcteurs de ce journal, un journaliste du Monde (un des rares qui ne me soient pas hostiles) m’a avoué que j’étais persona non grata pour certains membres de la rédaction de ce journal, que mes tribunes n’y seraient plus publiées et que je serais d’autant plus haï que j’aurais «du style». Ceux-là, s’ils lisent ces lignes, auront la preuve que je n’ai pas besoin de cela pour exister. Mon dernier article publié dans Le Monde remonte au 1er mars 2006. J'avais adressé une tribune pour rappeler que c'était le bicentenaire du général Dumas. Le titre était Le général Dumas, un héros oublié. Quand j'ouvris le journal, le titre que j'avais choisi était devenu le suivant (sans m'avoir préalablement averti) : Un héros noir oublié. Depuis, on m'a fait comprendre que s'il ne reconnaît pas qu'il appartient à une «race» et qu'ils s'oppose aux statistiques ethniques, un «noir», surtout s'il a des connaissances, du style et qu'il écrit sur les «noirs» est a priori impubliable. Ses ouvrages seront systématiquement attaqués ou passés sous silence. C'est comme ça. Je m'y suis habitué et j'ai renoncé, dans mon propre pays, à toute reconnaissance. je n'écris donc que pour mes lecteurs, ce qui a le mérite d'être plus sain. Tout cela pour dire que le racisme est tout simplement la thèse selon laquelle on admet qu’il y aurait sur terre plusieurs « races» d’hommes distinctes selon des caractéristiques physiques visibles. Admettre cette thèse sous entend forcément qu’on suppose des différences morales, intellectuelles, ainsi que des différences d’aptitudes entre les être humains en fonction de leur couleur, ce qui est une énormité. Par ailleurs, la thèse de la différence des « races » sous entend forcément que l’on compare les « races » entre elles. Il suffit de feuilleter les magazines de mode féminine pour voir quels sont les critères de beauté que l’idéologie raciste et sexiste dominante des descendants de Gaston Méry impose de manière subliminale aux femmes dès leur plus jeune âge. Une jolie fille doit avoir dix-huit ans, avec la peau laiteuse, les cheveux clairs et raides. Elle doit être grande et maigre. Si on a la peau noire, qu’on est grosse, petite, et vieille avec les cheveux crépus, en France, pour les esprits aliénés, c’est qu’on n’a pas eu de chance. J’ajouterai que ceux qui parlent d’une «communauté noire» ne font que reprendre toutes les thèses d’un racisme viscéral qu’ils n’ont pas inventé. Cela amuse beaucoup les Français racistes de voir les revendications de prétendus «noirs» représentatifs qui sont toujours d’ailleurs présentés comme des «immigrés». C’est la raison pour laquelle les promoteurs de ces revendications - qui sont implicitement porteurs d’un rassurant brevet de sottise - sont généralement très visibles dans les médias parce qu’ils flattent le racisme des élites. Ce sont eux qui pérennisent le maintien de la majuscule au substantif « noir » et qui justifient l’invention du «racisme anti-blanc». On en aura la preuve à travers une récente anecdote. Dans la polémique sur le racisme évident du film L’Autre Dumas, que j’ai été l’un des premiers, sinon le premier à dénoncer, les médias ont rapidement donné la parole à celles et à ceux qui soutenaient la thèse selon laquelle il aurait fallu donner le rôle à un comédien «noir». C’était une manière de désamorcer la critique engagée en discréditant cet argument évidemment incompréhensible pour la plupart des gens qui ignorent tout des origines d’Alexandre Dumas et qui s’en fichent éperdument car les seuls mousquetaires qu’ils connaissent, ce sont ceux du supermarché où ils vont acheter leur cubi de gros rouge. Pour ma part, j’ai dit que le choix de Depardieu, raciste en soi, n’était que l’aboutissement d’un parti pris plus général du film qui consistait à dénigrer Dumas. On retirait sa négritude au romancier (en niant son père) pour la donner à Maquet en se fondant sur l'horrible utilisation du mot «nègre» en littérature. Dès lors, le choix du comédien « gaulois » s’imposait. On aurait même pu donner le rôle de Maquet à Jacques Martial. Je m'étonne qu'ils n'y aient pas pensé. Tout le monde aurait crié au chef d'oeuvre. Ma critique, certainement plus subtile, était de ce fait beaucoup plus dérangeante, d’autant qu’elle venait d’une personne connue pour avoir apporter du neuf (c'est le moins que l'on puisse dire) à la connaissance historique de la famille Dumas et pour lutter dans ce sens depuis plusieurs années. La censure médiatique s’imposait. Je suis flatté de cet honneur qui vaut mieux que tous les éloges. Je ne parlerai pas des mots « mulâtre» ou «quarteron» qui sont des termes racistes et injurieux inventés par les esclavagistes de Saint-Domingue. Quant à celui de « métis», il vient du latin mixtus (mêlé). Désignant à l’origine les enfants issus, aux Amériques colonisées et esclavagisées, d’ « indiens» et de colons à la peau blanche, il est aujourd’hui utilisé par les racistes (conscients ou inconscients) pour parler des êtres humains qui viendraient de deux « races » différentes. je ne suis pas raciste puisque mon fils ou ma fille est « métis ». J'ai déjà entendu ça. Mais pardonnez-moi, j'alliais oublier que je ne suis pas compétent pour en parler. Bref, cet épithète de « métis» est autant à proscrire que le terme odieusement raciste de mariage « mixtes » (ce qui est une évidence : pour se marier, il faut deux personnes qui sont donc forcément différentes). J’entends les racistes et les aliénés (les victimes du racisme qui ont intériorisé les préjugés de leurs maîtres) me dire : comment désigner les « métis », alors, si on ne peut pas non plus utiliser le mot « mulâtre » ? Voici ma réponse : qu’auriez vous donc à désigner, hormis votre ignorance et vos préjugés ? La couleur ? Pourquoi est-ce donc si important pour vous ? Et si l’on envisageait votre obsession du point de vue des maladies mentales ? Et si vous alliez voir quelqu'un pour en parler tranquillement ? Le médiateur de la République vient de rendre un rapport où il s'alarme du fait que les Français auraient actuellement un problème collectif d'ordre psychologique. Je me demande s'il n'a pas un peu raison.

vendredi 5 mars 2010

Comment promouvoir la « diversité ».

Le terme de «diversité» se promène dans le langage des politiques de tous bords sans que l’on sache très bien d’où il vient ni ce qu’il veut dire. Un terme dont on ne sait rien ou pas grand-chose, mais que tout le monde utilise, est un terme à examiner de près. Le contraire de la diversité, c’est l’unité. Les politiques parlent tous d’unité et le rassemblement, mais ils prônent en même temps la «diversité» et la séparation. Voilà qui est suspect. Qu’est ce qui serait donc « divers » et qu’il faudrait promouvoir en tant que tel ? J’ai beau réfléchir, je ne vois rien d’autre que la couleur de peau de ceux dont les politiques pensent qu’ils ne font pas partie du groupe de ceux qui méritent de faire de la politique. La «diversité» cela voudrait donc dire : les «arabes» et les «noirs». La promotion de la «diversité», ce serait la promotion non pas de tous les «arabes» et de tous les «noirs», mais de ceux qui sont gentils, acceptables. De préférence des femmes. De jolies femmes. En ce sens, la promotion de la « diversité » ne serait pas une nouveauté. On la pratiquait déjà dans les colonies esclavagistes, où il y avait énormément d’enfants résultant de ce type de promotion. Le problème, c’est qu’ils n’avaient pas les mêmes droits que les enfants légitimes des promoteurs. J’ai bien peur que la promotion de la «diversité» ne soit qu’une manière de réintroduire la «discrimination positive», qui revient à peu près au choix arbitraire par le raciste d’individus serviles pris dans le groupe opprimé et destinés à servir d’alibis et d’auxiliaires de l’oppression. Un exemple. Vous prenez un « noir ». N’importe lequel. De préférence le plus bête. Vous lui achetez une grosse voiture, de beaux costumes. Vous l’invitez là où il n’y a pas de « noirs » d’habitude, c'est-à-dire chez vous (vous êtes le politicien au pouvoir). On dira que vous n’êtes pas raciste, puisque vous recevez des « noirs ». Comme il n’y en a qu’un, on le remarquera d’autant plus. D’autre part, ce « noir » là, c’est sûr, dira que le racisme n’existe pas puisque lui est invité partout, même chez vous, possède une grosse voiture et de beaux costumes. Mais le plus subtil, le fin du fin, c’est de lui demander justement de parler de « racisme », de « diversité». Il en parlera mal, évidemment, puisqu’il ne sait plus de quoi il parle et qu’en plus il est bête. Là, il est mûr pour qu’on le nomme ministre de la Diversité. C’était juste une idée, comme ça, puisqu'on approche d’un remaniement…

mardi 9 mars 2010

Un rapport communautariste contre le communautarisme

J’ai appris, grâce à des « fuites » bien organisées sur Europe 1, qu’un rapport sur le racisme et le communautarisme était remis au ministre de l’Intérieur par MM. Wieviorka et Lozès. L’un est sociologue, promoteur de l’idée creuse et dangereuse de « diversité », défenseur de l’introduction de « statistiques ethniques ». Il est proche de Valérie Pécresse, à laquelle il a déjà remis un autre rapport. Parmi les rapporteurs de ce premier rapport Wieviorka pour Pécresse... Patrick Lozès. Tout la leçon quelle en a tiré a été de mettre sur sa liste aux régionales Patrick Karam, l’homme qui semble confondre les Français originaires d’Afrique avec des sans-papiers polygames pratiquant l’excision, le braque interministériel qui fait des procès aux « noirs » avec l’argent de l’État. L’autre rapporteur, Patrick Lozès, furieux d'avoir été éliminé de la liste Pécresse, est pharmacien, proche du Nouveau centre. Son existence publique, uniquement cathodique, est organisée par un réseau de journalistes, avec le soutien du CRIF et notamment d'Yves Kamani, proche de Karam, chargé des « noirs » au sein de cette organisation. Le soutien plus discret aussi, de Patrick Karam, qui fait semblant de l'attaquer, pour brouiller les pistes, alors qu'ils font le même métier : entrepreneurs en zizanie. Lozès se dit représentant des « noirs » de France et président d’une association, le CRAN, bien qu’une décision de justice vienne d’annuler cette présidence. J’ai dit ce que j’en pensais dans un livre, Les nègres de la République. Patrick Lozès a publié, de son côté, le 27 janvier 2007, un ouvrage intitulé Nous les noirs de France. Malgré la promotion permanente que les médias du réseau CRIF-Lozès-Karam on pu faire de cet ouvrage, il en a vendu très exactement 881 exemplaires (selon les chiffres publiés par le site www.edistat.com). Ce qui montre ou bien que les 3 millions de « noirs » de France que Lozès prétend représenter ne lisent pas ou bien qu’ils ne lisent pas Lozès. Voilà pour la représentativité. Tout cela, le gouvernement le sait parfaitement, mais si c’est à Lozès et à Wierworka que le ministre de l’Intérieur demande un rapport sur le racisme et le communautarisme, il doit bien y avoir une raison. Outre que le président litigieux du CRAN, association communautaire s’il en est, et le promoteur de statistiques racistes, me semblent a priori mal placés pour lutter contre le racisme et le communautarisme, le rapport ne contient que des mesures propres à assurer un emploi aux deux rapporteurs. Il préconise en effet la mise en place d’un «observatoire» du racisme. S’il s’agit d’observer le racisme et non pas de le combattre, les outils de mesure sont déjà là, merci. Chaque année, au mois de mars, la CNCDH (commission nationale consultative des droits de l’homme) publie un rapport accompagné d’un sondage extrêmement détaillé sur le racisme. C’est un outil largement suffisant. Mais, on l’aura compris, le rapport de MM. Lozès et Wieviorka préconise l’utilisation, pour mieux « observer » le racisme, des fameuses « statistiques ethniques», l’huile qu’on jetterait sur le feu du haut de l’observatoire pour brûler les mauvais «noirs» et les mauvais «arabes». Forts de ces statistiques ethniques, MM. Lozès et Wieviorka imposeraient aux partis politiques un quota de 10 % de «noirs» et d «arabes» (ceux qui n'auraient pas brûlé à ce nouveau Bal des Ardents). La liste de ces bons «noirs» et de ces bons «arabes» est sûrement secrètement annexée au rapport. Ils veulent aussi un ministre de la Diversité. Je suppose que la répartition des rôles est déjà faite : Lozès ministre de la Diversité, Wieviorka, président de l’observatoire du racisme. J’attends avec impatience l’article de Laetitia Van Eeckout, journaliste au Monde, qui vantera les deux rapporteurs. Observez bien comment les médias vont faire la promotion de Lozès, qui va l’inviter, avec qui (Karam ?). C’est très édifiant.

samedi 13 mars 2010

Zappons Zemmour !

Éric Zemmour est un raciste. Il l’affirme haut et fort. Il en est fier. Il en vit. Il se nourrit de la bêtise humaine. Une forme de coprophagie. En France - ce n’est pas un hasard-, tandis que l’apologie de l’antisémitisme est lourdement sanctionnée (les victimes étant a priori clairement désignées), aucune loi ne punit l’apologie du racisme parce qu’on fait semblant de croire que le racisme ne vise personne en particulier alors qu’il vise essentiellement les habitants du continent africain et leur diaspora (d'où l'invention, par les racistes, pour se couvrir, d'un prétendu racisme anti-blancs). Tant que ceux qui souffrent du racisme sont dans l’impossibilité de siéger à l’assemblée nationale, une loi interdisant l’apologie du racisme n’est pas près d’être proposée. Je suis presque sûr, d'ailleurs, qu’une bonne moitié des députés français (gauche-droite confondues), pour ne pas dire les deux tiers, croient mordicus à l’existence de «races» humaines et un petit cinquième qu’ils appartiennent à la «race» supérieure. Ce sont malheureusement les chiffres officiels correspondant à la position de l’ensemble des Français sur la question de la « race » (cf le sondage annuel de la commission nationale consultative des droits de l’homme). Les élites françaises, c'est bien connu, sont en outre plus racistes que la masse. Les associations comme le CRAN, impunément fondées sur l’idée de « race » et qui font ouvertement le jeu des racistes qui les soutiennent et les financent, encouragent cette démarche. Les promoteurs des «statistiques ethniques» font exactement le même travail que Zemmour. La preuve : il en tire parti pour réclamer des statistiques ethniques de la délinquance. Car les statistiques ethniques n'ont été imaginées que pour ça : stigmatiser les «noirs» et les «arabes». Mais avec la caution de la science (la sociologie en l'occurrence, façon Wieviorka). Non seulement l’apologie du racisme est autorisée en France, mais les Français les plus bêtes (c'est à dire une bonne partie de l'élite soutenue par une majorité de la population) aiment ça. Le gouvernement, obsédé par le Front national, laisse faire et parfois encourage. Zemmour tient ainsi boutique en toute impunité. Il le sait très bien et il exploite ce vide juridique au maximum en évitant généralement d’aller jusqu’à la hiérarchisation des prétendues «races» dont il affirme l’existence, sachant que cela l’exposerait à des poursuites. Mais en déclarant sur une chaîne de service public que les délinquants sont principalement des « noirs » et des « arabes », Zemmour a franchi un pas. Cette fois, il tombe sous le coup de la loi. Il doit être condamné par les tribunaux. Mais surtout il doit disparaître du service public. Il est intolérable que la redevance soit payée pour redonner une partie de l’argent public à des individus dont le fonds de commerce est d’attiser le racisme et de provoquer à l’antisémitisme. Au XIXe siècle, à force de jouer avec la «race», à force de dire, par exemple, que les Allemands formaient une «race», qu'ils sentaient mauvais (oui, c'est ce que disaient en France les Zemmour d'avant la première guerre mondiale) les promoteurs de l'idée de «race» ont fini par inventer une «race» juive qu'il fallait exterminer pour «purifier» la «race» blanche. Zemmour cherche-t-il à s'inscire dans cette tradition-là ? Quant aux animateurs qui acceptent d’inviter Zemmour, sans jamais lui opposer de contradicteur capable de le moucher, ce qui serait extrêmement facile (imaginez la mise à mort médiatique de Zemmour si j'étais trois minutes en face de lui en direct), ils se rendent complices de ses propos. On sait très bien que certains d’entre eux partagent la même idéologie et ne s’en cachent guère. En attendant que le CSA, qui vient d’être saisi, se soit prononcé, le meilleur parti est de boycotter systématiquement les émissions de télévision et de radio où il apparaît. Ne le regardez plus, ne l’écoutez plus, ne le lisez plus et il n’existera plus ! Pour ma part, je ne regarde pas Zemmour, je ne lis pas les journaux où il écrit. Il n’est pour moi qu’un ectoplasme fienteux dont les propos pestilentiels ne me parviennent que par le bassin de décantation du web. Arrêtons de nous laisser abrutir par des médias qui nous méprisent ! Le boycott est la seule solution.

mardi 16 mars 2010

Zemmour doit être interdit d’antenne par le CSA

Rachid Arhab, membre du CSA, déclare qu’il va regarder « de très près » le cas Zemmour. Très bien. J’espère que Christine Kelly est également attentive à cette affaire. Mais ce qui importe, ce n’est pas de regarder de très près, c’est que Zemmour soit interdit d’antenne et vite. Et en particulier d’antenne sur le service public. Comment tolérer qu’un raciste autoproclamé diffuse sa doctrine sur les fréquences attribuées par le CSA au motif que ses victimes ne seraient que des «noirs» ou des «arabes» ? Il ne s’agit pas d’une opinion mais d’un délit aggravé. Le fait d’affirmer l’existence de «races» humaines, de faire allusion à des «statiques ethniques», interdites et contraires aux principes de la République est une abomination. C’est d’autant plus odieux lorsque ce provocateur miné par la rancoeur tient de pareils propos pour promouvoir l'un des torchons où il consigne ses élucubrations. On se souvient du tollé contre l’écrivain Renaud Camus lorsqu’il avait publié son journal La campagne de France en 2000, parce qu'il se plaignait qu’il y ait trop de « collaborateurs juifs » à France-Culture. Renaud Camus avait parlé à ce propos de « groupe ethnique» et c’était devenu une affaire d’État. Pourquoi l’idée de groupes ethniques aurait-elle plus de sens lorsqu’il s’agit des «noirs» ou des «arabes», au demeurant assimilés à des criminels ? Pour Zemmour, faut il tergiverser ? Non ! L’affaire est entendue et une décision immédiate s’impose. Zemmour diffuse en France l’idéologie de la « race ». Il se sert, pour sa propagande, de la radio et de la télévision, et en particulier des stations de service public, financées par la redevance. Cela ne peut plus durer. Lorsque Pascal Sevran avait proféré ses propos ignobles en 2006, j’ai le souvenir que Patrick de Carolis, en ma présence, avait annoncé publiquement que désormais toute déclaration raciste d’un collaborateur de France Télévisions, même tenue en dehors de l’antenne, entraînerait rupture de contrat. Qu’est-ce qu’on attend avec Zemmour ? Pourquoi le protègerait-on ? Quand j’étais lycéen, je fus l’élève de Marc Boyon dans un grand lycée parisien. C’était un honnête professeur de la République qui avait des valeurs et n’aurait jamais toléré des propos racistes dans sa classe. Ces valeurs, il me les a transmises. J’espère que son fils, Michel Boyon, aujourd’hui président du CSA, est sur la même longueur d’ondes et qu’il soutiendra Rachid Arhab avec toute la fermeté qui s'impose.

mercredi 17 mars 2010

Les Mémoires du chevalier de Saint-George

Mon dixième ouvrage et quatrième roman va être publié le 16 avril 2010. Dans le sillage de L’Expédition (2003), un récit de fiction écrit à la première personne qui évoquait la révolution haïtienne vue par Pauline Bonaparte, j’ai voulu rendre hommage au chevalier de Saint-George auquel j’ai déjà consacré une biographie (Le chevalier de Saint-George, éditions Perrin) qui a au moins le mérite de rétablir la vérité sur ses origines et de faire savoir qu’il était né esclave. Cette fois, le cadre de l’autobiographie imaginaire me permet, tout en restant dans le cadre strict des événements historiques connus concernant le chevalier de Saint-George, d’approfondir certains points de sa vie. De ce fait, le parallèle entre son époque et la nôtre est particulièrement saisissant. Sans aller jusqu’à dire que nous sommes à la veille d’une révolution, la France contemporaine et celle de Louis XVI ne sont pas si éloignées, notamment pour ce qui est des privilèges et des préjugés. Mon livre n’a rien à voir avec ceux qui, concernant Saint-George, adoptent le point de vue détestable de la discrimination positive (une doctrine qui, d’ailleurs, annonce implicitement la couleur de ses adeptes et qui, ipso facto, m'interdit de me compter parmi eux). Je ne m’extasie donc pas, à grands renforts de superlatifs, sur le fait que Saint-George était à la fois «noir» et talentueux (ce qui pour moi n’a rien d’étonnant). Ce serait d’ailleurs difficile dans des mémoires imaginaires. J’ai tout simplement voulu rendre hommage à un héros injustement discriminé en son temps car, au moment où Saint-George se faisait connaître grâce à ses talents multiples, et en particulier grâce à ses qualités de compositeur, le parti colonial introduisait en France la doctrine de la «race» qui préfigure nos hypocrites statistiques de la diversité. Je raconte comment Saint-George a souffert des Zemmour de son époque, lui qui était la contradiction vivante de toutes les théories vilipendant les «hommes de couleur». Ces théories devaient aboutir à des mesures de quasi-apartheid abolies durant la Révolution, mais rétablies sous le Consulat. En dehors de la question de la discrimination, les deux thèmes qui, je l’espère, intéresseront mes lecteurs, concernent les rapports du héros avec Marie-Antoinette et l’implication étonnante, romanesque et méconnue du chevalier dans les événements la Révolution française. Les Mémoires du chevalier de Saint-George s’adressent à un large public. J’espère que l’identification à ce héros attachant permettra à des lecteurs de toutes couleurs de se retrouver dans cette nouvelle histoire. Comme je ne doute pas qu'elle soit convaincante autant qu'il était possible, pourvu qu'on ne m'accuse pas d'avoir publié de vrais mémoires sous mon nom !

dimanche 21 mars 2010

Discrimination positive pour les lèche-bottes : Lozès bientôt dans le fauteuil de Sabeg ?

Au début, c’était de diversité culturelle qu’il s’agissait. L’idée, à la rigueur acceptable, était de ne pas étouffer par l’assimilation les cultures apportées par l’immigration. L’idéologie réactionnaire qui inspire en ce moment les « élites » françaises a donné au mot de diversité le sens non plus de respect de différences culturelles ou religieuses mais bel et bien de mise en évidence de prétendue « races », chaque « race » étant supposée porter une culture unique. La simplification à outrance : les «blancs », les «arabes », les «noirs». Cette typologie primaire et grotesque n’est que la traduction de la négrophobie viscérale qui travaille les élites occidentales depuis le milieu du XVIIIe siècle. Elle s’imposa en servant de colonne vertébrale idéologique au système de la traite et de l’esclavage. Aujourd’hui, elle sert de justification à l’exploitation de l’Afrique et plus généralement des pays du Sud, potentiellement plus riches, à cause de leur sol, de leur sous-sol et de leur sagesse, par les pays du Nord, les plus favorisés en terme de PIB, mais potentiellement les plus pauvres (y compris intellectuellement et moralement, comme on le constate à travers la misère de nos moeurs, l'émergence de ces idéologies racistes minables, la généralisation d'une culture spectaculaire-marchande d'écrans plats et de grandes surfaces). Historiquement, les pays situés plus au nord ont toujours eu tendance à aller piller (économiquement, intellectuellement et moralement) les pays plus au sud, leur développement économique et culturel s’expliquant largement par une succession de rapines et de brutalités dégénérant finalement en antisémitisme forcené, par une sorte de perversion ultime du système raciste pourtant censé au départ épargner les «blancs». Bien entendu, dans cette taxinomie de la «diversité» présentée comme post-raciale (mais qui n’est en réalité qu’une mise à jour du polygénisme de Voltaire) l’infériorité absolue reviendrait encore aux « noirs » qui, par définition, ne possèderaient rien d’autre que leur couleur. En réalité le « noir » est une pure invention des Occidentaux du quinzième siècle qui cherchaient à s’affranchir des «inconvénients» universalistes du dogme chrétien pour mieux faire prospérer leurs affaires. Dans cette tradition, les milieux patronaux d'aujourd'hui, complètement affranchis des derniers garde-fous de la pensée chrétienne, exploitent l’Afrique avec moins de scrupules encore (mais plus d'hypocrisie) que leurs prédécesseurs. Pour se justifier, ils disposent de moyens de communication importants et sont organisés en «think tanks», ramassis de quelques sous-intellectuels deboussolés par l'effondrement du dogme marxiste. Grâce à ces mercenaires, facilement gagnés à n’importe quelle cause, l’idéologie creuse de la «diversité» semble prospérer. Il n’est pas difficile de trouver deux ou trois imbéciles corrompus, minés par la haine de soi, pour représenter les « noirs » et les « arabes ». La concentration des médias en France et leur inféodation au pouvoir financier rend la prolifération de n’importe quel slogan, la promotion de n’importe quel crétin, soudain présenté aux niais comme une pointure, extrêmement aisée. Le meilleur exemple, pour la France, est la création du Dieudonné iconoclaste, prologue à l’entrée en scène de deux marionnettes : d’un coté le CRAN (fin 2005) un pur produit de communication matérialisé par une poignée d’arrivistes à la peau noire, sapés comme des milords de dictatures bananières, fascinés par le pouvoir et l’argent, manipulés par les think tanks patronaux, les békés et le CRIF; de l’autre Karatékaram, le Bruce Lee de l’outre mer, le Chuck Norris du doudouisme. Tandis que Karam le rouge, bizarrement encarté à l'UMP, s’apprête à aller aboyer pendant quatre ans au conseil régional de l’Ile de France et se voit déjà député et ministre, l'obséquieux Patrick Lozès («Casimir» pour les initiés) promoteur de l’idéologie néo-noiriste, le visiteur du soir du ministère de l'Intérieur, à force de rapports fumeux vantant une discrimination raciale supposée positive, est donné comme remplaçant de Yazid Sabeg au commissariat à la Diversité ! Respect ! L’exploit de Lozès, caricature du communautarisme encouragé par l’élite dominante, auteur d’un fameux best seller (Nous les Noirs de France) vendu à 881 exemplaires, est d’avoir rendu un rapport communautariste contre le communautarisme, en réalité rédigé par le sociologue Wieviorka, maître à penser de la frange raciste et oligophrène de l’UMP. Son rôle : promouvoir les statistiques de la «diversité» qui permettraient une typologie raciale des délinquants et des détenus et justifierait, chiffres à l’appui cette fois, le discours «ethnique» des Zemmour et autres Finkielkraut. Pour légitimer ce nouvel apartheid, il suffirait de distribuer quelques prébendes à des vendus tirés du néant grâce aux quotas. Première étape, donc, du plan négrophobe imaginé par les hauts fonctionnaires chargés d’éliminer les «noirs» de toutes responsabilités par la promotion systématique des imbéciles, la nomination de « Casimir » devrait être annoncée d’ici au 15 avril 2010. On attend de voir jusqu’où oseront aller les racistes et comment réagiront les Antillais et les Afro-Français, désormais représentés, grâce au CRIF et aux Békés, d’un côté par un Français originaire du Liban et de l’autre par un Français originaire du Bénin (l’un finançant évidemment l’autre en sous-main tout en affectant de le critiquer).

La diversité, la discrimination (positive ou non), la reconnaissance d'un prétendu "fait ethnique" ne sont que les avatars de la haine, de l'exploitation et du néo-colonialisme. Le racisme des élites françaises nous fait courir le risque d'une guerre civile. L'histoire qu'elles cherchent à occulter est pourtant le meilleur remède à leur névrose : d'un côté des descendants d'exploiteurs, de l'autre des descendants d'exploités (indigènes ou esclaves). Une histoire commune à revisiter pour réinventer la fraternité, ciment de la République française.

jeudi 25 mars 2010

L’avocat général décomplexé Bilger approuve Zemmour et les statistiques ethniques

Philippe Bilger aime la liberté d’expression et les hommes qui «osent dire» ? Très bien ! Allons y ! Il faut rappeler que M. Bilger est un haut magistrat du parquet, avocat général à la cour d’Appel de Paris et que c’est lui qui a demandé et obtenu, lors du procès Halimi, la peine maximale pour Fofana, le principal accusé. M. Bilger, bien que magistrat, s’exprime librement sur son blog. Tant mieux ! Moi aussi. Mais lorsque cet avocat général décomplexé, comme on dit, nous parle de justice, on arrive sur un terrain glissant. Est-ce l’avocat général, tenu par le devoir de réserve, protégé par la loi, qui s’exprime ou tout simplement M. Bilger ?

En tout cas, ce que je viens de lire sous sa plume est tout simplement une honte et c’est d’autant plus grave du fait des fonctions qu’il exerce. Il vient en effet de se porter au secours de Zemmour et soutient tranquillement, par écrit, en pesant bien ses mots, la formule de ce journaliste raciste : « les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C'est un fait ». M. Bilger se dit du même avis et souligne « la validité de ce fait », « la justesse de cette intuition ». Il trouve normal que Zemmour, pour qui tout « noir» est un immigré, s’exprime ainsi sur la chaîne France O, qui cible pourtant l’outre mer et la « diversité », et où, soit dit en passant, Zemmour a une tribune régulière sans que cela dérange outre mesure le délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’outre mer, Karam, qui s’est démasqué en approuvant Zemmour et en attaquant hystériquement Ali Soumaré aussi bien que Marie Luce Penchard, Jean-Paul Huchon ou moi (après tout, ce sont tous des « noirs »…). M. Bilger invite donc les citoyens « de bonne foi » à venir constater que Zemmour a raison en assistant à n’importe quelle audience correctionnelle et parfois criminelle. Sur Europe 1, le magistrat s’est déclaré favorable aux « statistiques ethniques », tandis qu’il déplorait sur son blog que la finalité presque exclusive des statistiques officielles (non ethniques) soit « de masquer ce qui crève les yeux et l'esprit si on accepte de regarder ». Nous savons maintenant pourquoi les racistes (dont le CRAN, et là je comprends que M. Bilger s’amuse) sont favorables à ce type statistiques : pour stigmatiser certains justiciables et assimiler la délinquance à tel ou tel phénotype. Ceci étant, M. Bilger n'a pas pensé que les statistiques ethniques pourraient pousser certains esprits chagrins à dire que s'il y a surtout des « noirs» et des «arabes» devant les tribunaux répressifs et dans les prisons aussi, c'est peut-être parce le système policier et judiciaire est une machine à broyer du noir ou de l'arabe, parce que le système éducatif n'a pas rempli sa mission, parce que la France est un pays où le racisme se porte bien grâce à des gens comme Zemmour.

En parlant de « noirs » et d’ « arabes », M. Bilger affirme au moins clairement l’existence de « races humaines » qu’il croit assez justifier en évoquant l’évidence de son regard et celui des gens de bonne foi (c'est à dire les racistes primaires). Bien que lui ne soit pas primaire, il aurait besoin, je pense, de quelques séances de rattrapage en philosophie. Il apprendrait ainsi ce qu’en principe tout lycéen de terminale doit savoir : les sens sont trompeurs et la prétendue évidence fondée sur le regard n’est pas un critère de vérité. Un bâton plongé dans l’eau paraît brisé alors qu’il ne l’est pas. Ce n’est pas un « noir » ni un « arabe » qui l’a dit, c’est Descartes. De même, un magistrat d’apparence respectable, blanc de peau, peut-il se révéler, à l’examen, le pire des salauds. L’apparence n’est pas la réalité. En lisant les auteurs et en faisant travailler son esprit (puisque le même Descartes, dont je rappelle qu'il appartenait au « corps traditionnel français » et ne peut donc être soupçonné de complicité avec les trafiquants, nous révèle que le pire imbécile a du bon sens et peut parvenir à la vérité s’il dirige son esprit par une saine méthode) M. Bilger comprendrait ce qu’est un préjugé. Car ne doutons pas de sa bonne foi : pour le moment, il ne le sait pas. Or, pour un magistrat cela peut être très utile. Le racisme est un préjugé qui, hélas, n’épargne pas les magistrats.

Ce que M. Bilger sait en tout cas, c'est que que l’apologie du racisme - la croyance aux « races » humaines - , grâce à un incroyable vide juridique, ne tombe pas sous le coup de la loi. Et il en profite, prenant la précaution, tout en approuvant Zemmour, qui dit que « la plupart » des trafiquants sont noirs ou arabes, de préciser que « beaucoup » le sont. Il a beau dire, par précaution, que tous ne le sont pas, voilà donc un magistrat qui lorsqu’il aura devant lui quelqu’un qu’il pense être « noir » ou «arabe» accusé d’être un trafiquant sera convaincu d’avance qu’il a plus de chances d’être coupable que s’il s’agissait d’un « blanc ». Après de tels propos, les choses sont extrêmement simples. Tout accusé sera désormais fondé à demander de n’être pas jugé par M. Bilger, car un magistrat doit juger sans préjugés ou au moins faire semblant. L’évidence du regard ? M. Bilger semble avoir oublié que la justice est généralement représentée les yeux bandés. Ce n’est pas pour rien. Pour un magistrat, plus encore que pour Zemmour, il ne doit pas y avoir de « noirs » ni d « arabes», mais tout simplement des justiciables, tous égaux devant la loi et tous présumés a priori innocents. Il serait intéressant de savoir si la ministre de la Justice approuve qu’un magistrat très en vue affirme ainsi en toute quiétude qu’il croit aux races, qu’il défende publiquement un journaliste raciste approuvant le délit de faciès, et qu’il demande des statistiques ethniques pour mieux justifier son propos. Si la Chancellerie laisse faire, laisse dire, pourquoi ne pas lyncher directement les « noirs » et les « arabes» suspects ? Cela désengorgerait les tribunaux, non ? Et pourquoi pas des statistiques ethniques sur les magistrats ? Ne serait-ce pas tout aussi intéressant, après tout, aussi bien en France métropolitaine que dans les départements d'outre mer ?

samedi 27 mars 2010

Nazi rock !

Allez, tout ça c’était pour rire. On passe l’éponge. Mais non, Zemmour n’est pas méchant. Il ne peut pas être méchant. On n’a pas le droit de l’attaquer, de toute façon. Bon, il s’est un peu lâché pour faire parler de lui, il a juste craché sur les nègres et les bougnoules. Mais comme on s’en fiche de ces sous-Français hors corps traditionnel, ça n’a pas d’importance. Et puis il a des excuses, Zemmour : il avait un livre en promotion. À 20 000 exemplaires nets vendus, vous avez vu, il s’est excusé. S’il avait été cupide, il aurait pu attendre encore un peu : 50, 100 000. Mais non, c’est un type honnête. Il a su s’arrêter. Il s’est mis ses cinquante mille euros dans la poche et basta ! Il a demandé pardon à la Licra. Que voulez-vous de plus ? C’est un héros. Et cultivé avec ça ! Il est même beau, vous ne trouvez-pas, les filles ? Comme j’aimerais lui ressembler ! Alors bravo Zemmour ! Bravo Fayard ! Bravo Claude Durand ! Bravo Lagardère junior ! Bravo France Télévisions ! Bravo Canal plus ! Bravo RTL ! Bravo Le Figaro ! Ah, évidemment, s’il avait été «noir» ou «arabe» et qu’il ait dit des méchancetés sur les «blancs», là ce serait différent. Six mois ferme ! Mais ce n’est pas le cas. Et puis Zemmour, Bilger l’aime bien. Vous ne savez pas qui c’est ? Mais c’est une référence, Bilger. Blogueur influent la nuit et le jour accusateur public ! Juge et partie : le rêve. Carte et blog tricolores ! Oh pardon Monsieur ! Il y a ceux qui dînent avec Bilger et puis les autres : vous et moi, par exemple. Donc si Bilger a dit que Zemmour était utile à la société et qu’il a raison de dénoncer les singes et les bicots qui vendent leur drogue, violent les femmes blanches et piquent les sacs des vieilles, il faut s’incliner. N’imaginez surtout pas que le procureur général le suspende. Non, il lui a juste dit d’être plus discret pendant quelques temps. On vous soutient, on pense comme vous, mais allez y mollo, quand même. En plus, Bilger a fait un distinguo. Il y a quelques gentils noirs et quelques gentils arabes, ceux qui sentent bon genre Audrey Pulvar, Harry Roselmack, Thuram ou Alexandre Djhouri. Même Lozès à la rigueur. Il fait semblant de nous critiquer, mais il est de la maison, comme on dit. Ceux là on ne touche pas, mais les autres Taïaut ! Je ne peux pas vous dire combien de temps ça va durer comme ça. Mais profitez-en, Messieurs. Le seul problème, ce sont les jeunes, les racailles, les sauvageons. Ceux qui sont déjà coupables, ceux sur qui vous crachez dans vos dîners, ceux que vos flics contrôlent le samedi quand ils osent s’approcher en «bandes ethniques» trop près des quartiers «blancs», ceux que vous embastillez dans vos prisons surpeuplées, ceux qui ne seront jamais hyperprésidents à cause de leur sales gueules d’enfants d’esclaves et de colonisés. Ceux qui n’ont pas de Rolex. On ne les tient pas, ceux là. Je tenais quand même à vous le dire. Peut-être un jour, promèneront-ils vos têtes au bout d’une pique. On ne sait pas, ça s’est déjà vu. Je vous dis ça comme ça. C’est vrai, je suis un mauvais nègre. Pardon, M. Bilger ! Pardon M. Zemmour. Non, ça m’a échappé. Je vous promets, je ne recommencerai pas. Ne me frappez pas ! Ne me mettez pas en prison ! Vous avez raison ! Dansez, faites la fête ! Soyez décomplexés ! O-O-Occident ! Le bras tendu ! Plus haut ! Boulogne boys vaincront ! Dumas tout blanc ! Les Français premiers servis ! Vive Zemmour ! Vive Bilger ! Vive Napoléon ! Que les autres crèvent en prison ! On fait de l’audimat, on vend des livres racistes, on a le pouvoir ! On est les meilleurs ! Champagne ! Sans rancune ! Zemmour président ! Bilger garde des Sceaux ! Poniatowski ministre de l’égalité des chances ! Karam ministre de la Culture ! Marine Le Pen à l’immigration ! Nazi Rock !

dimanche 28 mars 2010

Et Haïti ?

Cela ne fait pas trois mois, mais Haïti est déjà sortie des préoccupations de la presse et de ceux qui s’en nourrissent. Les « donateurs » (les ex-prédateurs) continuent à discuter, toujours sur la base des 11 milliards de dollars qui seraient nécessaires pour remettre le pays à peu près en état. J’avais fait à peu près ce constat financier dès le lendemain du séisme. Mais on n’a pas encore vu le cinquième de cette somme. Les plus heureux des sinistrés, au nombre de 1 million et demi, sont toujours sous des tentes. Les autres couchent dehors, mais les pays riches ne s’en soucient plus puisque la télévision a cessé d’en parler. La mise en place par Obama d’un fonds Clinton-Bush est une décision plus que surprenante. Si Clinton est assez populaire dans le pays, Bush reste l’homme qui a organisé, avec Villepin, l’enlèvement du président régulièrement élu, Jean-Bertrand Aristide, la déstabilisation et l’occupation du pays. Telle est la raison pour laquelle il s’est fait huer lors d’une récente apparition à Port-au-Prince aux cotés de son prédécesseur et de René Préval qu’il est surprenant de voir encadré par ces deux Américains, fussent-ils anciens présidents. N'oublions pas que le pays est toujours militairement occupé par les USA. Du côté de la France, on attend toujours ce qui découlera concrètement du voyage sur place de Nicolas Sarkozy à qui des manifestants ont pourtant fait savoir que le retour du président Jean-Bertrand Aristide restait l’une des préoccupations majeures de la population qui est à juste titre persuadée que lui seul est capable de reconstruire le pays sans tomber sous la tutelle étrangère. Des commentateurs ont tenté d’expliquer que les huées qui avaient accueilli Bush fils ces derniers jours étaient en réalité destinés à Bush père, responsable d’un premier coup d’État contre Aristide en 1991. Encore une façon de passer sous silence celui de 2004, bien imputable, celui-là, au sinistre Bush fils. Pour tous ceux qui voudraient comprendre la situation d’Haïti, je ne peux que recommander l’excellent ouvrage de Randall Robinson, Haïti l’insupportable souffrance, auquel j’ai d’ailleurs donné une préface dans l’édition française parue voici un mois (éditions Alphée-Jean-Paul-Bertrand).

J’animerai une conférence de présentation de cet ouvrage samedi 3 avril, à l’initiative des associations Armada et Amitié Marie-Galantaise qui débutent ainsi un nouveau cycle. J’y évoquerai l’ouvrage de Randall Robinson, en présence de Madame Lilas Desquiron, écrivain, co-auteur d’une excellente biographie de Martin Luther King. Ministre de la Culture et de la Communications de la République d’Haïti sous le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, Lilas Desquiron est à ce titre le témoin privilégié du coup d’État occulté de 2004 puisqu’elle fit partie de la délégation haïtienne qui se rendit auprès de Dominique de Villepin le vendredi 27 février 2004, alors que le ministre des Affaires étrangères français, avec la complicité de Régis Debray, avait déjà planifié le renversement du président haïtien. Lilas Desquiron répondra à cette occasion à toutes les questions des participants. Une mise au point à mon sens salutaire pour l’histoire.

Conférence sur Haïti samedi 3 avril 2010, à partir de 14h animée par Claude Ribbe, avec la participation de Lilas Desquiron, ancienne ministre de la Culture de la république d’Haïti à l’occasion de la sortie du livre de Randall Robinson Haïti l’insupportable souffrance (éditions Alphée-Jean Paul Bertrand) qui sera disponible sur place.

Maison des Associations du 14ème 22 rue Deparcieux 75014 Paris Métro : Denfert-Rochereau. Organisation : Associations Armada et Amitié Marie-Galantaise.

mardi 30 mars 2010

Racisme anti-blancs ?

Une expression qu’on n'entendait plus chez nous depuis que Finkielkraut, la «belle intelligence française», est devenu muet, mais qui revient dans le journal Libération à propos de fermiers Afrikaners qui s’estiment discriminés. Le racisme dont souffrent certains Afrikaners n’est que la conséquence des préjugés infects qui ont longtemps servi de doctrine politique à leur pays. Ils ne devraient guère s’en étonner et pourraient comprendre que le gouvernement de l’ANC veuille en ce moment changer jusqu'au nom des villes. Ils faut rappeler que Pretoria a ainsi été baptisée en l’honneur du sieur Pretorius, un colon qui avait gagné une bataille contre les Zoulous en 1838. Je suis passé là-bas voici quelques années. C’est vrai que les Afrikaners sont plutôt discrets. Soucieux de rester entre eux, ils se barricadent dans leurs luxueuses propriétés. L’Afrique du Sud est le pays où l’on vend le plus de fil de fer barbelé. Dans un centre commercial fréquenté par les Afrikaners, j’ai remarqué beaucoup de publicités pour les clubs de tir. Les anciens maîtres de l’apartheid sont désormais armés jusqu’aux dents. Ils ont peur. C’est normal. Comme ils sont « blancs » et riches, et que leurs ex-victimes sont « noires » et pauvres, les tensions sont autant sociales que « raciales ». Nombreux sont d’ailleurs ceux qui investissent discrètement en France dans de jolies propriétés. Pour en connaître quelques uns, je ne peux pas dire qu’ils sont sympathiques. Surtout à mon égard. En un mot, je n’ai pas envie de plaindre les Afrikaners plus que d'autres. La fin de l’apartheid a été plutôt heureuse et digne. Pour eux, ni valise ni cercueil. Racisme anti-blancs ? Une expression intéressante. Pourquoi préciser « anti-blancs » ? Le racisme, c’est le racisme, non ? La formule « anti-blancs », c’est simplement l’aveu que le racisme est une invention des Occidentaux pour dénigrer les Africains et leur diaspora. Lorsque les arroseurs se trouvent à leur tour arrosés, lorsqu’ils récoltent ce qu’ils ont semé, ils se sentent obligés d’inventer une expression particulière, comme s’il fallait encore une hiérarchie des « races » parmi les victimes du racisme, comme si cela faisait plus mal à un « blanc» d’être discriminé à cause de sa couleur. Désolé, mais le racisme, cela fait mal à tout le monde de la même manière.

mercredi 31 mars 2010

10 mai 2010 : fin de partie pour les racistes.

Très amusante, l'actuelle gesticulation du gouvernement français pour le 10 mai 2010 (commémoration de l'esclavage). Jusqu’alors, on en était resté à la ligne Karam qui avait promis au cabinet du Président de la République d’en finir avec la « repentance », donc avec le 10 mai et de désorganiser les « noirs ». C’est grâce à cette brillante idée qu’il a réussi a obtenir de quoi manger pendant ces trois dernières années. Le 10 mai 2006, ledit Karam, encore sous-marin dans une association bidon, déclarait tout le bien qu’il pensait des Africains de France : tous des sans-papiers polygames pratiquant l’excision ! Le 10 mai 2007, il négociait son contrat : on eut droit à une commémoration à la sauvette dans les jardins du Luxembourg. Le 10 mai 2008, Karam, officiellement chargé de la Police des noirs en France, avait pris les choses en mains avec la brutalité qu’on lui connaît. Il avait espéré, en faisant verser une importante subvention à l'association d'Alain Guédé, récupérer une histoire qui n’est pas la sienne et faire du chevalier de Saint-George une figure de la « discrimination positive » chère aux ignares qui conseillent le Président sur ces sujets. En même temps, il faisait prendre à Fillon une circulaire absurde instaurant une seconde date de commémoration, le 23 mai. On a assisté à une kermesse coloniale, du genre réception des békés le 14 juillet à la préfecture de Basse-Terre. Les blancs devant, les noirs derrière. Karam, qui est à peu près à la musique ce que la vénérologie est à l'amour, avait installé une sono de bal boudin crachant les fausses notes d’un improbable orchestre. Un buffet misérable dans un couloir du Sénat concluait cette fête indigne. L’après midi, une marche était organisée par Claudy Siar. Mais il se fit rouler dans la farine pour avoir pactisé avec le CRAN, soutenu en sous-main par le même Karam. Tout cela n’était guère concluant. En 2009, à l’époque où Jego et Karam n’étaient pas encore les bons amis qu’ils semblent être aujourd’hui, l’organisation de la « fête des nègres » échappa au bureau de la Police des noirs. Il fut décidé que, pour enterrer définitivement la loi Taubira, on délocaliserait la manifestation. À Bordeaux ? Bonne idée ! Et l’année suivante à Tombouctou ! On se rapprocha d’Alain Juppé dans l’espoir qu’il paierait. Mais Juppé, après avoir déboursé un million d’euros, fut lui aussi roulé dans la farine. Il se souviendra de Karam et de ses amis. Au dernier moment le président de la République, pourtant annoncé, s’était volatilisé. Il était allé fêter le 10 mai en Allemagne avec Merkel. Le bureau de la Police des noirs, pour éviter que la manifestation ne se fixe à Paris place du général-Catroux, bastion de son pire ennemi balisé par un monument à l’esclavage qu’il est difficile de ne pas apercevoir, avait favorisé discrètement une gesticulation de diversion. Cependant, c’est bien la place du général-Catroux, où fut organisée une manifestation digne et symbolique qui, malgré très peu de moyens, retint l’attention. Manqué ! Pour 2010, la désorganisation est la totale. Le bureau de la Police des noirs n’a plus beaucoup de crédit et il est désormais difficile à son chef, devenu complètement hystérique depuis qu’il a fait perdre plus de cent mille voix à l’UMP de Paris, et que tous ses hommes de main ont été convoqués par la Police pour une vilaine affaire de diffamation à caractère racial dont j’ai été victime, d’apparaître publiquement sans risquer de se faire huer ou cracher à la figure. Surtout un 10 mai. Marie-Luce Penchard, de son côté, bloque toutes ses initiatives, ce qui peut se comprendre puisque Karam l’a abreuvée d’insultes, directement ou par personnes interposées. Le comité pour la mémoire de l’esclavage, quant à lui, n’a pas un sou et s’efforce de justifier son existence à coups de notes, réunions et circulaires. Il n’a d’autre choix que de demander, une fois de plus, l’asile au Sénat dans l’espoir d’un rassemblement de quelques nègres oisifs et lèche-culs qu’on pense attirer, comme les corneilles, avec un peu de nourriture, un lundi matin, autour du monument ridicule du jardin du Luxembourg.

"- Chef, on pourrait aussi faire venir des Haïtiens ? - Ah, en voilà une bonne idée qui devrait plaire à l'Elysée ! Sarko espère faire signer des contrats à Préval et pense avoir des réseaux. Mais attention, que des Haïtiens contre Aristide ! Des putschistes ! Pas des amis de Ribbe, hein ? - Bravo Chef ! Et si on invitait Duvalier au Luxembourg pour nous parler du général Dumas ! ça serait bien et ça ferait chier Ribbe, non ? -..."

Et le Président ? Peu lui chaut. Ayant choisi les mauvaises personnes et ne parvenant pas à s’en débarrasser, il sait que, quoi qu’il fasse, il sera critiqué. Karam n’a plus qu’à compter sur les associations, déguisées en mouvements radicaux, qu’il finance en sous main pour organiser la diversion. Ce qui est très intéressant, cette fois, c’est que les traîtres, les jaunes, les vendus, à force, sont parfaitement identifiés. Il n’y a plus qu’à attendre de voir ce qui se passera lorsqu’ils sortiront de leurs tanières. La question qui obsède tous ces gens est de savoir ce que Ribbe peut bien mijoter pour le 10 mai prochain. S’ils étaient moins bêtes, ils pourraient le deviner, non ?

- En attendant, Chef, on pourrait remplacer Karam par son ami Zemmour ? Peut-être aurait-il plus d'idées pour le 10 mai ?

mercredi 7 avril 2010

Le monument où a été aboli l’esclavage bientôt transformé en hôtel de luxe ?

Après avoir tenté de le vendre, le ministre de la Défense envisagerait actuellement de donner à bail le magnifique hôtel de la Marine situé place de la Concorde à Paris et construit par Gabriel entre 1757 et 1774. Le projet du ministre est de permettre au groupe Allard, qui a embauché l’ancien ministre de la Culture Donnedieu de Vabres, d’en faire un hôtel de luxe. Or, c’est dans ce bâtiment, affecté dès 1789 au ministère de la Marine - ou si l’on préfère au ministère des Colonies et de l’Esclavage - qu’a été signé, le 27 avril 1848, l’acte d’abolition ! Seulement personne ne le dit. Voilà qui est réparé. Ce magnifique palais fait donc partie de l’histoire de l’esclavage. S’il est un lieu de mémoire à protéger, au même titre que le fort de Joux, par exemple, c’est bien celui là. Je m’étonne d’ailleurs que le fameux comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, composé paraît-il d’éminents historiens (mais dont on n’entend parler qu’un seul jour par an et encore...) ne l’ait jamais signalé et ne se soit pas encore manifesté à ce sujet, par exemple en écrivant une lettre de protestation au chef de l'Etat. Pas un mot non plus dans les états généraux de l'outre mer. Mais quand on sait qui les organisait, on ne s'étonne guère. Les descendants de ceux dont la France a enfin reconnu la liberté en 1848 par un acte signé dans ce bâtiment - Antillais, Guyanais, Réunionnais - n'ont ils pas le droit d'exiger au moins que l'Etat, qui n'a jamais versé d'indemnité à ces victimes-là et ne se préoccupe guère aujourd'hui de combattre le racisme qui est portant un fléau national découlant directement de l'esclavage, préserve ce lieu symbolique ? Ce serait un minimum si la France avait un peu de respect pour l'Outre mer. J'en appelle donc à ceux qui les représentent à Paris pour faire entendre leur voix. Et puisque cette affaire est désormais sur la place publique, le CPMHE, toujours prêt à m’aider dans mes combats, ne manquera certainement pas de le faire. Il semble assez évident que ce bâtiment, où Marie-Antoinette eut un appartement et en face duquel elle fut guillotinée, doit rester dans le patrimoine national et retrouver sa vocation de musée. Déjà, sous Louis XVI, alors qu’il servait de garde-meubles et abritait notamment les joyaux de la couronne, il était régulièrement ouvert au public. Il faut établir sur cette place magnifique un musée montrant enfin aux Français tout ce que les racistes cherchent aujourd’hui à cacher, à savoir l’esclavage et la colonisation qui ont été gérés dans ces lieux mêmes et constituent une part majeure de notre histoire. Ce ne sera que justice. On pourrait surtout rendre hommage aux grandes figures françaises issues de cette histoire et qui ont été occultées à cause de leur couleur : Dumas, Toussaint-Louverture, Saint-George et tant d’autres que tous les Français gagneraient à découvrir.

vendredi 9 avril 2010

Treemonisha, l’opéra de Scott Joplin enfin joué à Paris

Les deux mille spectateurs présents au théâtre du Châtelet, à Paris, le jeudi avril 2010, ont eu bien de la chance de pouvoir assister à l’avant dernière des six représentations exceptionnelles du Treemonisha de Scott Joplin. Si j’en juge par les applaudissements qui ont salué la fin de cette œuvre magistrale, la majeure partie d’entre eux s’en sont bien rendu compte autant que moi;

voir un extrait de la version 1972

Scott Joplin est un compositeur exceptionnel né en 1867 au Texas. Africain-Américain. Son père était un ancien esclave. La mère, née libre, faisait des ménages. Leur fils était surdoué. Il devint pianiste et apprit tout seul à improviser. Il eut la chance de recevoir une formation musicale que les parents réussirent à payer, malgré leur pauvreté. Mais à cause de sa couleur, le destin de Joplin était scellé dans un pays où, dès 1876, on instaurait un régime raciste de ségrégation. De ce fait, Joplin eut une carrière de musicien itinérant condamné à jouer dans les bordels et les saloons. Il se fit rapidement connaître grâce à une forme nouvelle de musique syncopée connue sous le nom de ragtime (ragged time) et qui allait donner naissance au jazz dans les années vingt. L’apogée fut pour lui la publication de Marple Leaf Rag en 1899, tiré à un million d’exemplaires. Mais si l'Amérique, qui avait instauré des lois raciales, les fameuses Jim Crow Laws, acceptait que les anciens esclaves ou leurs descendants composent ou jouent des ragtimes, la tolérance s’arrêtait là. Pour le plus grand malheur de Scott Joplin qui aspirait tout simplement à être un musicien et à composer, notamment pour la scène, comme Saint-George, un siècle plus tôt. Ayant suivi une formation soignée, Joplin écrivit des symphonies et des concertos. Ces œuvres n’ont pas été retrouvées. Après un premier Ragtime opera, A guest of honour (perdu) il se mit à la tâche dès 1909 pour composer Treemonisha, son œuvre majeure. Même si le célébrissime Aunt Dinah has blown the horn, enregistré à part, devint un grand succès discographique, malgré tous ses efforts, Joplin ne put jamais monter son œuvre à cause des préjugés racistes et du manque d’éducation des Africains-Américains qui ne s’intéressaient pas à l’opéra. Treemonisha posait au moins trois problèmes, hormis la couleur de peau de son compositeur. 1. L’opéra était conçu de telle sorte qu’il ne pouvait être interprété que par des Africains-Américains. 2. Il traitait de l’émancipation des Africains-Américains d’une manière dévastatrice, y compris pour eux mêmes. 3. Le livret laissait une très large part au créole. Joplin ne put réussir qu’à financer de ses deniers la publication de Treemonisha (en version orchestrale réduite pour le piano), mais jamais à faire jouer cette oeuvre, hormis une audition dans une petite salle de Harlem en 1915, sans orchestre ni mise en scène. Ce jour là, Joplin accompagnait lui-même les chanteurs au piano. Cette ultime tentative ne devait susciter qu’indifférence ou hostilité au point que Joplin, déjà miné par la maladie, vaincu par le racisme, en perdit la raison et dut être interné dans le département psychiatrique du Manhattan State Hospital où il mourut deux ans plus tard. C’est sa fille qui, à force de persévérance, devait réaliser le rêve du père, cinquante cinq ans après la mort du musicien, en 1972. Elle avait fait rééditer ses œuvres l’année précédente. La résurrection de Treemonisha permit à la musique de Scott Joplin d’être découverte par le relais du cinéma et c’est grâce à cette musique, largement exploitée dans la bande originale, que le film de George Roy Hill, The Sting (L’Arnaque) devint un succès mondial en 1973. Cependant ce film, s’il remporta tous les oscars, n’eut, bien étrangement, aucune récompense pour sa musique. C’est une formation amateur de l’université d’Atlanta qui avait monté Treemonisha en 1972. L’œuvre fut reprise, dans une version plus professionnelle, par l’opéra de Houston en 1975 et enregistrée à cette occasion par le prestigieux label Deutsche Grammophon. L’enregistrement est toujours disponible (Deutsche Gramophone STEREO-435709-2). Cependant, la version montée en 1975 avait édulcoré le livret en lissant tout ce que Joplin y avait introduit de créole pour rester au plus près de la réalité qu’il entendait décrire : la vie des Africains-Américains dans une plantation peu après l’abolition de l’esclavage. Il y eut une nouvelle tentative en 2000 à l’opéra de Saint-Louis, respectueuse, cette fois, du texte original. En France, l’œuvre a été reprise, de manière assez confidentielle en 2005 et 2008 avant d’aboutir à cette nouvelle production du Châtelet, à l’initiative de Roland Roure, qui mérite vraiment d’être saluée. L’orchestration de Joplin ayant été perdue, c’est celle de Gunther Schuller, reconstituée pour les représentations de Houston en 1975 qui a été reprise avec l’ensemble orchestral de Paris dirigé par Kazem Abdullah, un jeune chef talentueux qui s’est rendu célèbre en dirigeant L’Orfeo de Glück à New York. Excellents, les chœurs du Châtelet, la chorégraphie, la soprano Adina Aaron (Treemonisah), la basse Xoleta Sixaba (Ned) et aussi les Français Jacques-Greg Belobo (Simon) Loïc Felix (Cephus), Jean-Pierre Gadignan (Luddud) !

Le livret de Treemonisha est particulièrement intéressant dans la mesure où il montre comment la communauté Afro-Américaine des années 1880 ne peut réellement s’émanciper qu’à deux conditions : d’une part en s’affranchissant totalement de la superstition et de l’ignorance, d’autre part en se dotant d’un leader élu sur ce seul critère : en l’occurrence, dans la pièce, c’est une jeune fille de 18 ans, Treemonisha, la seule de la communauté a avoir de l’instruction qui est choisie sans hésitation. Il est clair que la leçon de cet opéra, outre qu’elle est universelle, pourrait facilement s’appliquer à la situation des Français du XXIe siècle originaires de l’outre mer ou d’Afrique. N'auraient-ils pas le plus grand intérêt, pour échapper à l’aliénation qui, en ce qui les concerne, est complète, à s’unir et à faire confiance à ceux d’entre eux qui ont choisi la voie de la connaissance partagée plutôt qu’à se laisser berner par les falsificateurs désignés ouvertement ou insidieusement par les racistes qui détiennent jalousement les clés de la politique et des médias ? La superstition dénoncée dans Treemonisha a aujourd’hui d’autres formes. Les sorciers nègres qu’il conviendrait de remettre à leur place me semblent assez voyants pour que je n’aie pas à citer leurs noms. Les uns prônent la soumission, les autres le racisme. Le résultat est le même. En tout cas Treemonisha est une œuvre majeure composée par un musicien-librettiste de génie.

Nos médias ont commencé par passer sa reprise à Paris, qui est selon moi un événement historique, sous silence. Puis ils se sont extasiés. Une prolongation s’imposerait, pour que tout le monde puisse en profiter, autrement qu’à travers la captation télévisée qui est prévue. Pour être tout à fait honnête, je dois préciser qu’une partie des spectateurs qui m’entourait faisait grise mine : rien que des nègres sur la scène et même un nègre pour diriger l’orchestre. Une première à Paris ! S’ils avaient su que c’était en plus un nègre qui avait signé l’œuvre, ils ne seraient pas venus. J’ai tant applaudi que j’ai un mal aux mains. Mais ça passera. Je suis content, très content pour Scott Joplin qui a atteint son but. Il m'a donné du courage. Il vous en donnera à vous aussi, j'en suis sûr, amis lecteurs de toutes couleurs.

samedi 10 avril 2010

Dîner du CRAN

Les Haïtiens qui se demandent ce qu’ils mangeront ce soir seront contents d’apprendre qu’il existe à Paris une association ayant organisé cette semaine un dîner consacré à Haïti. Ils seront encore plus surpris d’apprendre que ce dîner à deux cent cinquante euros par tête de pipe (à moins qu'ils n'aient augmenté leurs prix) était organisé par une association de « noirs ». Deux cent cinquante euros, presque le salaire annuel d'un Haïtien qui a du travail. Depuis cinq ans, pour la plus grande joie des racistes français, qui ne sont pas majoritaires, mais néanmoins nombreux (et qui pour le coup ont raison de se marrer) le CRAN se dit représentatif des « noirs » de France. Ils savent : ils ont compté. La particularité de ce dîner qui n’est que la copie de celui du CRIF, une autre association qui se dit représentative et qui, d’après ce qu’on m’a dit, contrôle la précédente, c’est que la plupart des gens qui sont à table - hormis Lozès, le président du CRAN- sont blancs de peau et que tous ceux qui sont cachés aux cuisines pour faire la tambouille et la plonge sont des nègres qui n’ont pas eu de chance. A moins qu'ils n'aient pas voulu adhérer au CRAN et se trouvent de ce fait punis. Mais tout ça n’est qu’un détail. Ce qui importe, c’est de pouvoir faire la liste des notables – blancs évidemment de peau - qui étaient à table et qui s’en sont fourré jusque là, comme dans l’opéra d’Offenbach. Lequel ? La Vie parisienne, si vous voulez savoir, bande de braques, bandes d'incultes notoires ! Cette liste des gens qui ont bien dîné est utile dans la chasse aux subventions, l’activité principale de ce type d’association entre deux dîners annuels. Voyons donc qui d’important s’en est fourré jusque là en l'honneur des affamés haïtiens. Laissons de côté les communistes. Ils aiment bien le CRAN les cocos, allez savoir pourquoi. Mais comme ils n’ont pas d’argent, ils ne comptent pas. Besson n’ayant pas voulu venir, et Brice non plus, je ne vois comme huile que le ministre des Affaires étrangères Kouchner qui a fait, entre la poire et le fromage, une déclaration importante. Il a dit - burk ! - il a dit qu’il était favorable aux statistiques de la diversité. Compter les noirs et les arabes, c’est vrai que c’est intelligent et important. Parce qu’on ne compte que les noirs et les arabes. Comment M. Kouchner reconnaît-il on un noir ? Fastoche : quelqu’un dont on est sûr qu’il ne travaille pas au quai d’Orsay (mis à part le nettoyage et la sécurité). Oui, mais il y en a qui sont quand même plus noirs que d’autres. Si ça ce voit, répondent en choeur le docteur et le pharmacien (Kouchner est docteur, Lozès est pharmacien, le CRAN lui sert d'officine...), c’est un noir, point barre. Il n’y a qu’à reprendre la nomenclature de la ségrégation utilisée aux USA à la fin du XIXe siècle. Là, on savait bien les reconnaître les noirs. Donc il n’y a pas de raison. Mais attention, cette fois c’est positif.

Exécutons les ordres, alors.

- A mon commandement, sur deux rangs, bande de p’tits salopards ! La diversité à gauche, les blancs à droite ! Non, non, j’ai dit les blancs ! Toi t’es pas complètement blanc. Tu t’es regardé ? Veux pas le savoir ! A gauche ! T’as compris ?

- Chef ! Chef ! Et les arabes, on fait comment ? On les reconnaît à quoi ? OK, je me débrouille. Eh chef, y’a un arabe, là, qui dit qu’il est juif, je fais quoi ? Comment on reconnaît les juifs ? Ah d’accord, juif, c’est pas une race. Sinon t’es raciste. Ok, Noir et arabe, c’est une race et là t’es pas raciste, au contraire : tu fais de la promotion de la diversité ? OK, chef. J’ai compris.

Bon, une fois que tout le monde est en rangs. On fait quoi ? On inspecte pour la nomination des prochains ambassadeurs de la France. D’accord. Kouchner passe avec Lozès pour la revue, après le dîner, et là - burk ! - ils sortent du rang de la diversité deux ou trois gars bien noirs, bien arabes (voyez ce que je veux dire) qu’ils nomment ambassadeurs. J'ai dit des gars, parce qu'au CRAN, il y a surtout des gars. C'est comme ça. Sauf sur les photos, bien sûr, quand ils posent avec des pancartes et qu'on met quelques filles autour de Lozès. Bon, reprenons les nominations d'ambassadeurs. Pour compléter, on va prendre tous ceux qui sont dans le rang de droite (les blancs). Ensuite on compte. Mais pas les juifs, imbécile, puisqu’ils sont blancs ! Cent soixante dix ambassadeurs blancs. Trois ambassadeurs de la diversité. Non, deux. On a gardé un poste - discrimination positive oblige - pour Lozès, le président du CRAN, qu’on pourrait nommer en Haïti, par exemple. Lozès, tout ce qu’il veut, c’est un poste bien payé avec beaucoup de dîners, des décorations devant derrière et des blancs qui lui disent qu’il est gentil et d’autres noirs avec de grands éventails qui le ventilent pour qu’il n’ait pas trop chaud. Et c’est vrai qu’il est gentil. Vous avez vu ce sourire de tombeur ? Donc les Haïtiens sont contents d’avoir Casimir comme ambassadeur. Déjà, on leur avait envoyé Rama Yade en éclaireuse, si j’ose dire, il y a trois ans. Rama Yade-HaÏti, vous ne voyez pas le rapport ? C’est que vous êtes bêtes, alors.

Après ça vous irez dire qu’on est racistes, hein ?

dimanche 11 avril 2010

Conversation avec Jean-Pierre le kiosquier.

Hier, j’ai eu une conversation, disons-le, philosophique avec le subtil Jean-Pierre qui vend les journaux dans son kiosque et, donc, en sait long sur l'humanité. Même L’Humanité Dimanche où je me suis exprimé cette semaine, bien que n’étant pas, c’est évident, communiste. Il m’a demandé si j’avais vu Michel Onfray. Je lui ai demandé où. À la télévision, bien sûr. Je lui ai dit que je n’avais pas la télévision et que je ne la regardais pas parce que je n’en avais ni le temps ni l’envie et que ce que pouvait dire Michel Onfray de Freud m’intéressait autant que de savoir si Benoît XVI porte des slips ou des caleçons. Que certainement, personne n’écrirait jamais rien, c’est sûr, sur Michel Onfray. Il m’a été objecté que c’était un philosophe. J’ai remarqué que c’était problématique. Les gens qui se consacrent à la philosophie lorsqu'ils écrivent, écrivent des livres de philosophie et sont généralement assez avisés pour avoir compris que ces livres-là ne sont pas destinés aux gens qui regardent la télévision. Ils ne font pas de gros tirages. D’après ce que je sais de Michel Onfray, il fait plutôt du chiffre en avançant des évidences présentées comme des paradoxes qui étonnent les incultes notoires. Tout l’art des faux livres de philosophie est de faire croire aux gens qu’ils sont intelligents et qu’ils ont raison de ne se soucier que de leur ego, de leur ventre, de leur bas-ventre, et du niveau de leur compte en banque. Les « philosophes » de la télévision ressemblent aux « philosophes » au sens du XVIIIe siècle : des gens qui péroraient dans les salons pour dire toutes sortes de fadaises, par exemple que les nègres n’étaient pas des hommes, un discours qui plaisait à leurs amphitryons, généralement enrichis par le commerce des Africains. La reconnaissance du ventre en quelque sorte. Dans l’Antiquité, on les appelait des sophistes. Nourrissez moi, et je vous dirai des choses que vous avez besoin d’entendre ou bien encore : nourrissez moi et je vous dirai des choses qui feront oublier celles qu’il est nécessaire que vous n’entendiez pas. Au XXIe siècle, les salons sont virtuels et servent toujours à la même chose : à vendre les écrans publicitaires, ou, si on supprime la publicité, l’idéologie du gouvernement. Bref, la télévision est certainement utile, mais pas à moi ni à vous non plus. Pendant que des gens faisaient la queue pour acheter, qui le Herald Tribune, qui Hola édition espagnole (mais qui, alors, achète donc toutes ces revues de cul?) il m’a été naturellement demandé ce qu’était un philosophe. J’ai dit que c’était quelqu’un qui cherchait principalement la vérité et que la télévision n’avait pas pour fonction de répondre à ce genre de demandes, même si certains programmes ne sont pas dépourvus de qualité. Ensuite, laissant Michel Onfray et sa contre histoire de la philosophie, dont je me contrefiche, Jean-Pierre m’a demandé ce qui me préoccupait le plus en ce moment. Ou s’il ne me l’a pas demandé, j’ai fait comme s’il m’avait posé cette question parce que je me la suis posée moi-même. C'est une technique. Donc j’ai répondu. La question qui me préoccupait le plus sur le moment, c’était que des préjugés aussi absurdes que le racisme puissent prospérer à ce point dans un siècle qui passe pour très supérieur aux précédents, mais qui ne me semble au fond guère plus avancé sur ce point comme sur bien d’autres. Ce qui m’inquiète, c’est de voir que l’homme qui ramasse les poubelles - devinez sa couleur - ait été surpris à dormir dans le local à poubelles, justement, parce qu’il travaille de trois heures du matin à vingt trois heures le soir, tout en gagnant moins que ceux qui gagnent plus en travaillant moins. Ce qui me donne du souci, c’est de voir des gens en principe éduqués passer plus de trois heures chaque jour à regarder des images animées, des simulacres, débitant des sottises ou des bouffonneries. Ce qui me préoccupe c’est que le progrès technique ne facilite nullement la recherche de la vérité et de l’équité, deux critères qui permettent de différencier un homme d’une bête ou d’une machine. Toute avancée qui permettrait de mieux agir en fonction du vrai, du bon, du beau, créée toujours de nouveaux problèmes qui nous en éloignent. La télévision, par exemple, qui pourrait être utile si elle n’était aux mains de personnes sages et bien intentionnées n’est-elle pas une machine à abrutir, à encenser des gnomes débitant des idées choses fausses qui produisent de l’injustice. Puis j’ai pris mon journal, que je n’ai pas encore lu, j’ai salué Jean-Pierre et l’ai abandonné à d’autres clients qui, certainement, ont « vu » Onfray, mais n'ont ni l'envie ni le temps de discuter avec le kiosquier.

jeudi 15 avril 2010

Publication des "Mémoires du chevalier de Saint-George".

Dix ouvrages, déjà ! Le temps passe vite depuis Le cri du Centaure (2001), mon premier livre. Alexandre Dumas, le dragon de la reine, L’Expédition, Le chevalier de Saint-George (biographie), Une saison en Irak, Le crime de Napoléon, Les nègres de la République, Le nègre vous emmerde, Le Diable noir, et aujourd’hui Mémoires du chevalier de Saint-George. Tout ça commence à prendre de la place sur les rayons d’une bibliothèque. Deux millions et demi de signes frappés sur le clavier, des dizaines de milliers de lecteurs. J’espère qu’ils sont contents de ce qu’ils ont lu et que mes mots ont fait avancer un peu les choses. Avec Les mémoires du chevalier de Saint-George, je n’ai pas d’autre prétention que de faire plaisir à celles et ceux qui connaissent déjà Saint-George et qui pourront l’approcher davantage, et de le faire découvrir sous la forme agréable d’un roman par celles et ceux qui en ont seulement entendu parler. Peut-être certains lecteurs découvriront-ils Saint-George grâce à ce livre qui est celui que je voulais écrire au début. Au tout début, quand j’avais envie d’écrire des livres, mais que je n’étais pas encore passé à l’acte. Il y a quand même cet étrange parallèle avec la situation actuelle dont je ne me serais pas rendu compte, sans ce roman, qu’elle était aussi proche de celle du XVIIIe siècle. Encore des ennemis en perspective, mais tant de nouveaux amis. Bonne lecture en tout cas !

Claude Ribbe, Mémoires du chevalier de Saint-George, roman, éditions Alphée Jean-Paul-Bertrand. Parution : 16 avril 2010. Conférence de présentation et signature en avant-première, jeudi 15 avril, 22 rue Deparcieux, 75014 Paris (avec les associations Amitié Marie-Galantaise et Armada)

samedi 17 avril 2010

Gare aux volcans !

Un petit volcan islandais se réveille et la face du monde en est soudain changée. Depuis deux jours, plus aucun avion dans le ciel de l’Europe. Et cela pourrait bien durer. Les vacanciers franciliens qui rêvaient de destinations lointaines en sont pour leurs frais. La France est en particulier coupée de cet outre mer dont on se demande ce qu’il représente exactement pour elle, au-delà d’un vestige des splendeurs d’antan et de deux ou trois millions de « noirs » descendants d'esclaves, autant de délinquants potentiels à gérer selon Éric Zemmour, qui dispose toujours d’une tribune sur la chaîne de service public RFO sans protestations de quiconque, hormis les miennes. Imagine-t-on ce qui se passerait si cette situation devait se prolonger pendant quelques semaines, voire quelques mois ? La France a-t-elle prévu que la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion puissent prospérer indépendamment de la coupure des communications aériennes ? Je n’en suis pas sûr. Si on prend l’exemple de la Guadeloupe, où les exportations ne couvrent les importations qu’à hauteur de 6 %, où l’économie dépend largement du nombre de touristes (essentiellement métropolitains) qui débarquent à l’aéroport de Pointe à Pitre, la situation, sans avions pour faire le lien avec la métropole (qui représente près des deux tiers des échanges) peut vite devenir compliquée. N’oublions pas non plus que le volcan de La Soufrière, en Guadeloupe, qui ne s’est pas manifesté intempestivement depuis 1976, est classé parmi les trois plus dangereux d’Europe (il paraît en effet que la Guadeloupe est en Europe). La Soufrière aussi pourrait bien cracher son nuage un jour ou l’autre, à l’instar de son homonyme de Montserrat qui a soufflé le sien voici quelques semaines, paralysant pendant quelques jours le trafic aérien, dans la plus grande indifférence de la métropole. En ce qui concerne l’île de Marie-Galante, elle n’est pas dérangée par les nuages de silice car la liaison aérienne avec Pointe à Pitre a été supprimée sans que cela ne dérange personne à Paris, apparemment. Il faut cependant se méfier des volcans islandais. Selon certains observateurs, les répercussions d’une éruption islandaise en 1783-1784 auraient suffisamment perturbé la météorologie pour que les effets s’en soient fait encore sentir sur les récoltes de l’année 1788 qui, on le sait, ont été assez catastrophiques pour conduire à quelques événements spectaculaires l’année suivante qui permirent la révolte des esclaves d’août 1791 en Haïti, première étape de l’abolition générale de 1794. Qui sait les conséquences de l’éruption d'Eyjafjallajokull pour la France et son outre-mer ?

lundi 19 avril 2010

Pour qui travaillent les diviseurs ?

Le seul critère sur lequel doivent être jugés tous ceux qui se disent « leaders » de la prétendue communauté « noire » de France, c’est la réalité de leur action. On juge la réalité d’une action à ses conséquences. Dieudonné, profitant de ses talents comiques, qui sont indéniables, a égaré quelques personnes sincères en les entraînant sur les chemins écartés de la haine des «juifs» soudainement et curieusement désignés comme responsables de tous les malheurs des «noirs». On remarquera que, récemment, dans une vidéo, évidemment destinée à jeter de l’huile sur le feu à l’approche du 10 mai et à relancer les ventes du livre de Zemmour qui commençaient à chuter, Dieudonné a validé les propos racistes du provocateur, tout en faisant semblant de l’attaquer. Kemi Seba, dans son rôle d’épouvantail, de manière caricaturale, avait contribué à ce travail de racialisation de la société et d’opposition des « juifs » et des « noirs ». Lozès, le pantin mis en place par ceux qui redoutaient (ou utilisaient ?) Dieudonné et Kemi Seba, a accompli exactement la même tâche en racialisant à outrance. Il n’a jamais caché son inféodation à une organisation qui se dit représentative des « juifs» de France et dont tout le monde sait qu’elle a porté le Cran sur les fonts baptismaux. Le but du Cran est exactement le contraire de ce qui est annoncé : exaspérer l’antisémitisme, imputé aux « noirs » grâce à l’action de Dieudonné et Kemi Seba, mais aussi apparaître, aux yeux de ces mêmes «noirs», comme une organisation-repoussoir de traîtres et d’ambitieux manipulés. Tous ces gens, complémentaires les uns par rapport aux autres, font exactement le même métier et jouent les différents rôles d’une pièce qu’ils n’ont, de toute évidence, pas écrite. On pourrait y rattacher tous les satellites actuellement occupés à saboter le 10 mai, commémoration de l’esclavage, tout en feignant de préparer des manifestations qui n’ont d’autre but que de diviser, de racialiser et de faire passer toute lutte en faveur de l’égalité et de la fraternité pour des activités antisémites. On remarquera que tous ces gens prospèrent et agissent d’une manière concomitante, pour ne pas dire concertée. Ils se trahissent par leur incapacité à dissimuler leur accord sur deux points : la croyance à la « race » et une même haine à mon égard, ce qui est normal puisque je suis le seul à combattre ce préjugé. La vraie question à poser maintenant est de savoir qui a écrit la pièce dont ils assurent la distribution et dont nous connaissons l'argument. Qui les finance ? Qui les soutient ? L’hypothèse la plus simple, ce serait que ceux qui font le même métier soient abonnés à un seul et même guichet dont le tenancier aurait mission d’entretenir la négrophobie en France, ou qui se serait donné cette mission tout en en faisant semblant d’en accomplir une autre, d’apparence plus présentable. Qui est monté sur scène en 2004 pour présenter le spectacle de Dieudonné au Zénith ? Qui a attiré l’attention sur Kemi Seba en déposant une plainte contre lui avant de la retirer ensuite ? Qui finance en sous main les ennemis du 10 mai ? Qui est en liaison constante depuis plusieurs années avec le docteur Yves Kamani, spécialiste du ronflement, mais aussi responsable officiel du bureau des « noirs » au Crif ? Autant de questions intéressantes, propres à exercer notre sagacité printanière.

mardi 20 avril 2010

10 mai 2010 : toutes et tous place du général-Catroux à Paris (17e) à 18 heures !

Pour la cinquième année consécutive, en application de la loi proposée par Christiane Taubira et votée le 10 mai 2001, on va commémorer en France métropolitaine, le lundi 10 mai, l'abolition de l'esclavage. La loi dispose, en son article 1er, que : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité. » L’article 4 dispose que : « En France métropolitaine, la date de la commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage est fixée par le Gouvernement après la consultation la plus large. » La loi Taubira a été constamment attaquée depuis qu’elle produit ses (modestes) effets. D’abord par un quarteron d’ « historiens » à la retraite menés par l’académicien Pierre Nora qui a fait l’apologie dès 2005 du rétablissement de l’esclavage par Napoléon et la promotion du révisionniste Pétré Grenouilleau (que Patrick Karam a proposé, en 2009, pour faire partie du comité pour la mémoire de l’esclavage…). Il faut se rappeler que Pétré Grenouilleau, s’inscrivant dans la stratégie de Dieudonné (un des pires adversaires de la loi Taubira) avait déclaré en 2005 dans le Journal du Dimanche que « la loi Taubira était de nature à renforcer l’antisémitisme en France», que ces propos avaient été attaqués au civil par l’association de Patrick Karam, le Colletifdom, et que Patrick Karam avait ensuite négocié, par l’entremise de Jean-Pierre Elkabbach, le retrait de cette plainte dans des conditions restées mystérieuses. Il devait obtenir peu après un poste sur mesure et rémunérateur de délégué interministériel. Le comité « liberté pour l’histoire » avait utilisé des arguments particulièrement malhonnêtes puisqu’il faisait état de prétendues dispositions pénales résultant de la loi Taubira qui n’a pourtant aucun caractère répressif. Certains députés avaient demandé l’abrogation des dispositions de l’article 2 ainsi libellé : « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent» pour se venger du retrait de l’article de loi vantant le « rôle positif » de la colonisation et demandant l’inscription de ce rôle positif dans les livres d’histoire. Après une dernière attaque portée contre le 10 mai par Patrick Karam en 2008 qui avait en fait saboté la cérémonie et fait proposer une célébration du 23 mai par voie de circulaire du Premier ministre, la position du gouvernement, depuis 2009, est de s’inscrire aux abonné absents. On aura remarqué que le Président de la République, après avoir été présent pendant trois années consécutives (Jacques Chirac en 2006, Nicolas Sarkozy en 2007 et 2008) n’était pas sur le territoire français le jour de la commémoration du 10 mai 2009. Des recommandations avaient été faites par le comité pour la mémoire de l’esclavage, organisme consultatif sans pouvoir ni budget, devenu comité pour la mémoire et l’histoire de l'esclavage (CPMHE) afin que les cérémonies officielles soient délocalisées et, de fait, coupées de toute les initiatives associatives. Après le succès et la médiatisation du rassemblement organisé l’an passé place du général Catroux devant le monument au général Dumas, les recommandations pour 2010 vont exactement en sens inverse. Bizarre, non ? Il sera intéressant de voir si le Président de la République honorera ou non de sa présence la partie déclarée « officielle » des cérémonies, de fait hébergée au Sénat, faute de crédits alloués au CPMHE. Il est éclairant de savoir que le comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage est présidé par Françoise Vergès, descendante d’esclavagistes de la Réunion. On n’est évidemment pas responsable de ses ancêtres, et les origines de la présidente du comité n’ont rien à voir avec ses qualités personnelles. Cependant, s’agissant d’un comité pour la mémoire de l’esclavage, c’est un choix qui appelle à la réflexion. D’autant que, à l’exception de Philippe Pichot, connu pour son travail réel autour de la route des abolitions, rares sont les membres du CPMHE qu’on puisse identifier pour leurs engagements ou leurs apports en faveur de l’histoire, encore moins de la mémoire de l’esclavage, si l’on met évidemment de côté les activités lucratives ou honorifiques. Un monument particulièrement ridicule a été installé dans le jardin du Luxembourg en 2006. C’est autour de ce petit objet grotesque décrété œuvre d’art par le gouvernement que le comité pour la mémoire de l’esclavage, faute de mieux, a appelé à se rassembler le lundi 10 mai à 11 h 30. On y croisera, outre quelques personnes sans doute bien intentionnées, tous les lèche-bottes habituels, les racistes qui seront venus, eux, pour commémorer le bon temps de l’esclavage et, plus généralement, ceux qui n’ont rien à faire un jour ouvrable. Le plus amusant sera à l’extérieur. Quelques associations financées en sous-main par Patrick Karam, après avoir, depuis 2006, servi à saboter tout rassemblement unitaire, tentent d’organiser une marche du champ de Mars au Sénat. Cet itinéraire convergent vers le cocktail offert par le Sénat (plus copieux, on l’espère, qu’en 2008) est suffisamment éclairant sur les intentions réelles des organisateurs, qui ont réussi à entraîner la CGT avec eux. Un vrai régal.

Plus sérieusement, le seul rassemblement parisien digne et significatif aura lieu autour du monument au général Dumas, place du général-Catroux à 18 heures sous l’égide de l’Unesco. Ce monument dont j’ai été à l’initiative, a été installé par le maire de Paris en 2009. Il est difficile de contester qu’il est, pour le moment, la seule contribution significative à la mémoire de l’esclavage en France.

vendredi 23 avril 2010

Nouvelles de la Guadeloupe

On se doute que je ne suis pas déplacé en Guadeloupe pour bronzer. De retour sur le terrain, j’ai eu le plaisir de me rappeler pourquoi les racistes me vouent une telle haine. J’aurais dû comprendre plus tôt que le 3 juillet 1974, le jour où un Guadeloupéen (d’origine) est enfin entré à l’École normale, était évidemment pour eux (les racistes) un jour de deuil. Mais quel plaisir de croiser les gens pour la dignité desquels je me bats. Il me semble, d’après les réflexions des plus jeunes qui me saluent, que ce combat a du sens et que ce sens est bien compris. En fait, mon travail ne consiste qu'à servir de contrepoids à ceux qui tirent l’outre-mer vers le bas pour mieux l’exploiter ou pour mieux permettre à leurs maîtres de l’exploiter. Nous les connaissons bien. Ici, en Guadeloupe, le malaise est partout perceptible. Le racisme ? Un tabou dont il n’est sans doute pas prudent de parler sur cette île. Sur les affiches des publicités, ceux qui représentent l’ « identité guadeloupéenne » sont toujours très clairs de peau. Les Békés, les « Syriens » (pour les non initiés : commerçants d’origine syro-libanaise), les élus, les « expats », ceux qui voyagent dans les classes supérieures d’Air France aux frais de la République, vont très bien. RAS. Les autres, les « noirs », la plèbe, le lumpen, n’ont pas l’air d’exister. Un euro le yaourt ? Les plus pauvres - c'est à dire à peu près tout le monde - se nourrissent de patates, de racines au chlordécone. Ils deviennent obèses à force d'avaler ce qu'ils peuvent et s’efforcent de croire qu’ils sont des Français à part entière. Ils sont calmes. Pour l’instant. Vingt cinq à trente pour cent de chômeurs. Six exportations pour cent importations de métropole. Tout va bien. Merci Paris. Pour résumer : malgré les luttes menées l’an passé, les gendarmes, les préfets et les magistrats sont toujours métropolitains, les hôpitaux psychiatriques certainement bien remplis et la vie toujours aussi chère. Une fois et demie à deux fois plus chère qu’en métropole, d’après mes vérifications ! Comment les gens d’ici peuvent-ils arriver à se nourrir ? Mystère et bouche cousue. Il n’y a que le rhum qui soit meilleur marché, ce qui est une incitation, pour ceux qui se posent trop de questions, à trouver, sinon des réponses, du moins une échappatoire. Ici, sous l’un des volcans les plus dangereux du monde, en pleine zone de risque sismique maximum, avec la dengue en prime (400 cas par semaine dans l’indifférence complète de la métropole), en attendant que ça pète (car si ça continue, c'est inévitable) la culture, c’est le luxe. Et le luxe, forcément, c’est cher. Un livre vendu à 19,90 euros à Paris – le mien par exemple - arrive en Guadeloupe avec un retard d’une semaine à un mois, augmenté de 3 euros qui représentent, paraît-il, le prix du transport. Une contradiction flagrante au principe du prix du livre unique imposé par la loi Lang. Et tout est comme ça. Il me semble que la moindre des choses serait que, pour les ouvrages ayant une valeur culturelle, et en particulier un intérêt pour le département d’outre mer concerné, l’État prenne au moins en charge le coût de ce transport de sorte que le principe du prix unique du livre et celui de la continuité territoriale soient respectés. N’est-ce pas Monsieur le ministre de la Culture ? Votre dernier voyage en Guadeloupe remonte à quand, au fait ? Le secteur du livre est très menacé en Guadeloupe comme dans tous les DOM. Je ne m’explique toujours pas que les radios nationales France Culture et France Musique ne soient pas diffusées en Guadeloupe, ce qui ne peut être un hasard. Sans doute, l’État et Radio France considèrent-ils que les Français d’outre mer son trop arriérés pour mériter de capter des radios dites « culturelles ». À moins que l’on craigne que les Guadeloupéens s'aperçoivent qu'on les méprise à Paris dans les sphères du pouvoir économique, politique et culturel; qu’un Finkielkraut dispose d’une tribune sur France Culture tandis que les Antillo-Guyanais (je ne parle pas des imbéciles dont le métier est de se prosterner devant le maître) y sont généralement traités comme des étrangers dérangeants et problématiques. En ce qui me concerne, non seulement, je n’y dispose pas de tribune, mais en dix ans, je crois n’avoir été invité qu’une seule fois sur France Culture. On y a cependant plus d’une fois cité mon nom pour m’insulter, en particulier au moment de la sortie du Crime de Napoléon. Ici pas de journaux, sauf France Antilles et les innombrables publications hippiques. Et Internet – pour celui qui ne fait que passer - c’est quand on peut. Le haut débit est plutôt moyen. La télévision reste allumée toute la journée. On y voit des séries lamentables achetées à bas prix où des héros et des héroïnes à la peau claire totalement décérébrés évoquent leur misère affective. Pour les mères, un seul espoir : avoir un enfant sportif. Le football. Normal, avec la sélection naturelle de l’esclavage, seuls les plus costauds ont survécu. Les plus révoltés, eux, sont passés à la casserole. Malgré tout, Guadeloupéens, on compte sur vous pour que ça change. En douceur, je l’espère.

lundi 26 avril 2010

Vu de Marie-Galante

Six heures de décalage horaire, voilà qui fait du bien et permet de relativiser les évènements de métropole. Quand on se lève à Marie-Galante (et on s’y lève tôt, avec le soleil) la moitié de la journée s’est déjà écoulée à Paris où tout le monde s’agite. On a déjà plein de messages. Difficile, en regardant le soleil se lever sur la mer, de n’avoir pas un petit sourire en pensant que c’est depuis cette île, loin de la capitale, qu’on va régler les problèmes qui se sont déjà accumulés. On relativise par la force des choses puisqu’on a six heures de retard. Marie-Galante n’a plus de liaison aérienne et le bateau qui fait la navette avec Pointe-à-Pitre est le seul lien avec la Guadeloupe, la Guadeloupe faisant elle-même le lien avec la France métropolitaine ce sont les deux bateaux quotidiens. Mais l’isolement, il est vrai relatif, a quelques avantages est permet d’avoir un peu de recul. En croisant les pécheurs qui reviennent du large sur leurs petites embarcations et les conducteurs de cabrouets (charrettes encore tirées par des bœufs) qui portent leurs cannes à l’usine à sucre, on est bien obligé de revenir à l’essentiel et l’essentiel, vu d’ici, c’est que le lien avec la France, s’il doit être maintenu, a besoin d’être réinventé. Cette réinvention est absolument indissociable de la mémoire. Car sans le passé, le présent est ici, comme en métropole, absolument incompréhensible et la rupture, à terme, inévitable. Ceux qui disent qu’il faut tourner la page douloureuse de l’esclavage sont dans l’erreur. Cette page, qui est encore blanche, si j’ose dire, explique beaucoup de choses à Marie-Galante où je m’aperçois qu’on a vraiment besoin de livres et de gens comme moi pour les écrire.

samedi 8 mai 2010

À quoi sert la commémoration de l’abolition de l’esclavage ?

Pour la cinquième année consécutive, le 10 mai, sera célébrée la commémoration de l’abolition de l’esclavage en France hexagonale. Pour la seconde année consécutive, le président de la République, qui avait pourtant assisté à cette commémoration en 2006, 2007 et en 2008, ne participera physiquement à aucune cérémonie officielle. C’est le signe clair que le 10 mai n’est vraiment plus l’affaire du gouvernement et sans doute faut-il s’en réjouir après les dérives indignes auxquelles on avait assisté en 2008 et les tentatives absurdes de délocalisation de la cérémonie en 2009. Quant au comité pour la mémoire (et l’histoire) de l’esclavage, on a bien compris que, faute de budget, il ne pouvait servir à rien. Il suffit de consulter, sur son site, le bilan de ses activités et de ses réalisations pour se convaincre de son efficacité. Cependant, la loi adoptée le 10 mai 2001, purement symbolique, ne peut être remise en cause et ne le sera pas, malgré les tentatives de certains révisionnistes qui avaient abouti à une commission d’enquête sur les questions mémorielles, malgré les efforts de ceux qui voulaient brouiller les cartes en contestant la date elle-même, ce qui est un combat insignifiant. Le 10 mai ne sera désormais que ce qu’en feront ceux qui auront su prendre leur destin en mains. Certains verront encore dans cette date l’occasion d’aller gesticuler avec des banderoles comme s’il s’agissait, ce jour là, d’une manifestation politique de plus. D’autres organiseront des colloques dans l’espoir de se donner un peu d’importance et dissimuler la vacuité et la stérilité de leur pensée. Mais n’est-ce pas en désignant, dans chaque ville, un lieu symbolique et en organisant autour de ce lieu symbolique un moment digne, susceptible d’être partagé par tous que le 10 mai peut prendre du sens ? Le problème est d’avoir, sur la voie publique, un lieu suffisamment significatif pour que la cérémonie s’y déroule naturellement. Dans de nombreuses villes de France, le combat pour un mémorial est engagé. À Paris, c’est chose faite. Non sans luttes. Ce lieu symbolique existe depuis le 4 avril 2009, date de son inauguration. C’est le monument au général Dumas, place du général-Catroux, face au consulat d’Haïti et de l’ambassade du Libéria qui, à travers d’immenses chaînes brisées de cinq mètres de haut, évoque assez clairement l’abolition de l’esclavage pour que rien à Paris ne puisse rivaliser avec ce monument exemplaire et incontournable. Toutes les initiatives qui voudraient ignorer ce lieu en appelant à se retrouver n’importe où ailleurs à Paris pour y faire n’importe quoi se désignent elles mêmes pour ce qu’elles sont. Elle sont dictées et parfois mêmes financées par les révisionnistes et les racistes. Elles sont vouées à l’échec, car c’est place du général-Catroux, et nulle part ailleurs à Paris - parce que c’est illégitime et impossible - qu’aura lieu désormais la manifestation du 10 mai. Il ne s’agit plus de brailler, de gesticuler pour susciter le mépris des passants, de palabrer dans des colloques dégoulinant d’ennui, mais simplement de démontrer à l’ensemble des Français, réunis autour d’un monument, qu’ils peuvent se rassembler, sans distinction de couleur, autour d’événements longtemps occultés. Ces événements font partie de leur histoire. La connaissance et la célébration de ces moments douloureux sont indispensables à la lutte contre le racisme qui donne du sens à la commémoration du 10 mai parce qu’elle concerne tout le monde. Le général Alexandre Dumas, né esclave en Haïti, personnalité universellement respectée, héros de la Révolution, privé de Légion d’honneur depuis 1802 à cause de la couleur de sa peau, est suffisamment exemplaire et rassembleur pour que le monument qui lui est dédié serve désormais de point d’ancrage aux manifestations commémoratives de l’abolition de l’esclavage. Tout près des chaînes brisées devant lesquelles aura lieu la cérémonie, un autre monument, celui rendant hommage à Alexandre Dumas, l’écrivain, son fils. Après le film sacrilège qui n’a inspiré qu’indifférence aux spectateurs français, une autre bonne raison de venir se recueillir place du général-Catroux, le 10 mai 2010, à partir de 16 h 30. Manifestation officielle à 18 heures, avec un hommage réunissant plus de cent musiciens en chanteurs (musique principale de l’armée de Terre, chorales d’enfant des écoles, tambours, gwo ka et lambis de Dominique Tauliaut et du groupe Miyo). Buffet et rafraîchissements offerts par les associations (amis du général Dumas, amitié Marie-Galantaise, Armada).

jeudi 7 octobre 2010

Fichiers racistes au pays des droits de l'homme

Ainsi donc il existerait, à l’usage de la gendarmerie nationale française, un fichier des « minorités ethniques non sédentarisées», parfaitement illégal, où figurent roms et gens du voyage, les boucs émissaires du moment. C’est le journal Le Monde qui le révèle, et s’en offusque, dans son édition du 6 octobre 2010. La gendarmerie soutient, pour le moment, que ce fichier n’existe pas. Dans la même édition, Le Monde ne manque pas de rappeler que le fichier Stic, système de traitement des infractions constatées (34 millions de personnes citées) aussi appelé « Canonge » du nom du policier marseillais qui, dans les années cinquante, avait eu l’idée de classifier « racialement » ses fiches, s’appuie sur une taxinomie illégale. De récentes tentatives pour effacer cette typologie héritée de Blumenbach et si chère à Hitler n’ont jamais abouti. Seule la mention « gitan » aurait été supprimée. Une partie de la police française prétend qu’il serait impossible d’identifier un délinquant sans savoir s’il appartient au groupe «blanc caucasien, métis-mulâtre, nord-africain-maghrébin » etc. Je me souviens, à l’occasion d’une conférence faite à la demande de la commission des droits de l’homme devant des magistrats du parquet, à l’école nationale de la magistrature, avoir été interpellé assez sèchement, pour ne pas dire plus, par un procureur qui ne comprenait pas que ces distinctions odieuses n’étaient d’aucune utilité. Heureusement, tous ses collègues n’étaient pas de son avis. Ce qui est assez paradoxal, c’est que les journaux qui, aujourd’hui, s’émeuvent de l’existence d’un fichier « ethnique» appelaient naguère de tous leurs vœux l’introduction de ces mêmes critères « ethniques » dans les statistiques publiques (pour mieux lutter contre le racisme, disaient-ils) et continuent à désigner certaines personnes par la couleur de leur peau et avec une majuscule, ce qui démontre assez que l’idée de race humaine, pour certains journalistes non plus n’a rien d’absurde.

vendredi 8 octobre 2010

L’"anguille ratatinée" de Napoléon

J’ai été contacté mercredi par une journaliste britannique très sérieuse. Elle s’appelle Shanta Barley et travaille pour la BBC et des revues scientifiques. Curieux : quand ils rédigent un article sur Napoléon, les journalistes anglais n’appellent ni Max Gallo, ni Pierre Nora. Ils n’appellent pas non plus l’excellent Jean Tulard, (plus sympathique que les précédents et beaucoup mieux informé des turpitudes du « petit faquin », le surnom donné à Napoléon par Barras). Ils n’appellent pas non plus Galouzeau de Villepin qui, depuis qu’il a découvert la « diversité » (grâce à sa belle-famille béké de la Martinique ?) a renoncé, paraît-il, à fêter ses anniversaires dans de riches hôtels particuliers de la rive droite avec des nappes brodées à la gloire du boucher de Saint-Domingue (ainsi le 19 novembre 2003, juste avant le coup d’Etat en Haïti, chez Nahed Ojjeh, 11 place des Etats-Unis… si je donne les détails, c'est pour ceux qui n’étaient pas invités). Non, les Anglais, pour Napoléon, c’est toujours moi qu’ils appellent. Donc Shanta m’a joint pour me demander où en était la polémique sur l’authenticité des prétendus restes de Buonaparte transférés aux Invalides en 1840, dix-neuf ans après. Il faut rappeler qu’en 1840, on était sous Louis-Philippe. Pas très disposé à abolir l’esclavage, le roi-bourgeois. Encore moins à effacer la dette des Haïtiens. Mais, sur les conseils d’un plumitif entré en politique, Adolphe Thiers, auteur d’un best-seller sur Napoléon, et futur bourreau de la Commune, il avait décidé de rapatrier la dépouille du petit dictateur raciste. Très bon pour l’image du royaume, Napoléon, disait Thiers. Très bon pour les ventes de son livre, surtout. Seulement, d’après les spécialistes, on n’aurait pas été trop regardant sur l’identité du macchabée. Donc, on ne sait pas trop qui est aux Invalides. Celui devant lequel Hitler s’est incliné en 1940 n’était peut-être pas le bon, qui sait ? Un juif ? Un noir ? un rom ? Pourquoi pas un test ADN ? suggère Shanta. C’est vrai. Naguère, en France, on voulait bien les imposer aux étrangers, les tests ADN. Alors pourquoi pas à Napoléon (qui n’aurait pas été trop français d'après Chateaubriand) ? Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas prendre le risque de découvrir que le locataire des Invalides n’est peut-être qu’un rastaquouère ou un sans-papiers. Pour ma part, j’ai déclaré que Napoléon n’avait rien à y faire et que, mort ou vif, vrai ou faux, il n’était qu’une tragique imposture. Et Shanta de me tuyauter sur un sujet plus scabreux. En 1969, année érotique, comme nous l’a appris Gainsbourg, Christie’s passe en vente un petit objet rabougri et peu ragoutant de moins de trois centimètres de long qui ressemblait à une « anguille ratatinée » selon les uns, à un « vieux lacet de chaussure pourri » selon les autres. Retiré faute d’enchères. On a murmuré plus tard que c’était peut être un trophée prélevé au bon endroit sur l’impérial gisant à Sainte-Hélène par l’abbé Ange Vignali, chargé en principe d’administrer les derniers sacrements à l’exilé, mais qui serait venu avec son couteau suisse pour se couper un petit souvenir. C’est Ali, le valet de chambre de Sa Majesté Buonaparte, qui l’a dit. Et « il n’y a pas de héros pour le valet de chambre» (surtout s’il s’appelle Ali, diraient aujourd'hui certains Français). Pas de héros pour le valet de chambre : la formule, commentée par Hegel, est du satrape corse lui-même. En tout cas le machin, le lacet, la chose, est discrètement repassée en vente en 1997 à Paris et c’est un Américain, cette dois, John K Lattimer, qui s’est porté acquéreur pour compléter une collection, disons, orientée, où « l’anguille ratatinée » de Napoléon viendrait tenir compagnie à des dessins de Hitler et à la capsule de cyanure de Goering. Le collectionneur est mort en 2007, salué par un article du New York Times. Eh bien, si le pénis de l’Empereur est à vendre, je suggère aux admirateurs de Napoléon d’en faire l’acquisition et de le rapatrier pour l’exposer aux Invalides. A moins qu’on ne l’offre symboliquement aux Haïtiens en remboursement des 21 milliards de dollars que la France leur devrait selon certaines estimations, pour le racket de 1825.

samedi 9 octobre 2010

Le mystère de la rue du chevalier-de-Saint-George

On sait que la rue Richepance, à Paris, longue d’une centaine de mètres, est devenue en 2001 la rue du chevalier-de-Saint-George. On sait aussi que la plaque mentionnant cette nouvelle dénomination était , à l’origine, une succession d’erreurs et d’incongruités liées au fait que les édiles parisiens ne s’était visiblement pas adressés, à l’époque, aux bonnes personnes, c’est le moins que l’on puisse dire, pour avoir des informations sérieuses sur le héros. D’abord le chevalier de Saint-George était privé de patronyme. Ensuite on le faisait naître en 1739 simplement parce que les informateurs de la mairie, autoproclamés biographes officiels, s’étaient fondés sur l’acte de décès du chevalier dont l’âge est estimé par erreur à 60 ans en juin 1799, pour en inférer qu’il était donc né en 1739. Des esprits plus déliés auraient compris que le chevalier, étant mort, ne pouvait demander aux officiers de l’état civil du Directoire de préciser qu’il n’avait pas soixante ans, mais seulement cinquante trois au jour de son trépas, puisqu’il était né le 25 décembre 1745, ce qu'attestent au moins trois biographes, au nombre desquels j'ai le plaisir de m'inscrire. Mais comme si cela ne suffisait pas, sur la plaque d’origine, le métier de Saint-George restait vague : «musicien et chef d’orchestre». L’épithète « compositeur » n’était pas venue à l’esprit des rédacteurs. Par ailleurs, sa célébrité d’escrimeur et celle de violoniste, qui lui ont valu aussi de passer à la postérité, disparaissaient. Mais ce n’était pas encore fini. Saint George devenait « colonel de la garde nationale », alors qu’il fut élu seulement capitaine à Lille, mais que ses épaulettes de colonel lui furent en revanche officiellement décernées pas la Convention en qualité de chef de brigade de la légion des Américains et du Midi, futur 13e Chasseurs. Ce n’était pas un titre de complaisance attribué par des camarades, mais le premier grade d’officier supérieur accordé en France par un gouvernement à un afro-descendant. Du coup son rôle fédérateur pour lever et commander une troupe d’Antillais et d’Africains pendant la Révolution se trouvait effacé. Pas de patronyme, six ans d’erreur sur l’état-civil, un emploi et un grade approximatifs. Et surtout aucune allusion aux origines. Pas d’esclavage ni de Guadeloupe. Je ne reviendrai pas sur le choix assez curieux qui consistait à opposer Saint-George à Richepance. J’aurais préféré que la rue Saint-George fût plus longue (pourquoi ne pas débaptiser la rue Bonaparte qui fut plus coupable que Richepance puisque les ordres venaient de lui ?), j'aurais aimé que la rue Richepance devînt rue Delgrès ou rue Ignace. Une rue Ignace, ce n’est pas pour demain. Mais Delgrès a un « passage ». C’est déjà ça. Le 15 avril 2010 j’ai exprimé une fois de plus, lors d’une conférence accompagnant la sortie de mon dernier ouvrage, Mémoires du chevalier de Saint-George, mon sentiment sur la nécessité qu’il y aurait, un jour, de rectifier, en donnant les éléments évoqués ci-dessus. Il semblerait que, depuis, la rectification ait bien été faite, en tout cas sur certain points. Sur une nouvelle plaque, la date de naissance est correcte (1745), Saint-George accède enfin à la dignité de compositeur et de colonel de la légion des Américains et du Midi. Cependant, il perd sa particule, mais en gardant son titre de chevalier. Jusque là, rien de bien mystérieux. Mais là où l’affaire se complique, c’est que la mairie de Paris n’a jamais fait changer les plaques de cette rue, même si elle en a eu le projet, suite à mon intervention. Les plaques de la rue du chevalier-de-Saint-George se seraient donc changées toutes seules et nuitamment. Autre explication : quelqu’un les aurait changées. Les commerçants du quartier se sont offusqués, paraît-il, se la disparition de la particule. Les maires des deux arrondissements concernés, MM. Lebel et Legaret, auraient même déposé une plainte à laquelle le procureur aurait attaché toute l’importance qu’elle méritait. Il y aurait même eu des dénonciations, dont une m’accusant nommément, oui moi, Claude Ribbe, d’être venu avec ma salopette, mon échelle et ma caisse à outils, par une nuit de printemps, à quelques dizaines de mètres du consulat des Etats-Unis, dans le quartier de l'Elysée, et sous la protection de la police, dévisser, revisser et riveter en toute quiétude une fausse vraie plaque d’où deux erreurs auraient disparu pour une troisième ajoutée. On aurait même aperçu le chevalier tenant l'échelle.

On se doute que les enquêteurs n’ont pu découvrir les auteurs de cette curieuse initiative, dont je n’arrive toujours pas à comprendre les mobiles. S’agit-il d’un admirateur de Saint-George, excédé par une telle accumulation de contrevérités sur une plaque de rue ? Est-ce un de mes ennemis, par ailleurs maladivement obsédé par Saint-George, qui ne se serait donné tout ce mal que pour mieux m’accuser ensuite de vandalisme ? Je ne sais. En tout cas j’ai eu l’insigne honneur d’être contacté (très poliment) par un officier de police judiciaire qui s’est cru obligé, après m’avoir appris la curieuse nouvelle, de me faire comprendre que j’avais été dénoncé. Du coup, il se s’est intéressé à mes livres. J’aurai donc gagné un lecteur. Un admirateur, peut-être. Toujours est-il que les plaques ne vont toujours pas et que la mairie de Paris va devoir les remplacer. Il y a peu de chances, cette fois, que les erreurs soient rétablies. Mais au cas où le généreux pourvoyeur de plaques ou le malade mental que Saint-George et moi obsédons à ce point serait prêt à une nouvelle action, je lui suggère cette fois la rédaction idoine, qu’on en finisse.

Rue du chevalier de Saint-George (Joseph de Bologne de Saint-George, Guadeloupe 1745- Paris 1799) Compositeur, violoniste et escrimeur Colonel, en 1792, de la légion des Américains et du Midi.

samedi 23 octobre 2010

Guerlain, les « nègres » paresseux et la France qui pue

« La gloire est éphémère, seule la renommée dure » déclarait en 1828 Pascal Guerlain, fondateur de la célèbre et prestigieuse parfumerie initialement installée rue de Rivoli, dans les galeries de l’hôtel Meurice. Pascal Guerlain, le petit parfumeur-vinaigrier, c’est l’ancêtre de Jean-Paul, l’héritier indigne. Cette renommée, sur laquelle comptait l’ancêtre, est aujourd’hui ternie, et pour longtemps, je le crains, par les déclarations racistes et négationnistes d’un homme qui a cru, dans l’ambiance raciste et négrophobe où baignent les élites françaises de 2010, qu’elles seraient de bon ton. En un sens, il a eu raison. Casser du «nègre», en France, on pouvait jusqu’ici le faire en toute impunité. Quels sont en effet les politiques qui ont spontanément condamné les propos insupportables du rejeton de la maison Guerlain ? S’il ne s’était agi de «nègres», n’aurait-on pas assisté à un tollé médiatique, avec une saisine immédiate du parquet par le Garde des Sceaux, et une surenchère de déclarations indignées d’élus de tous bords ? Mais, la, rien. Rien que les gloussements d’Élise Lucet, la journaliste, qui, elle, jure n’avoir rien entendu. Surtout depuis que le CSA, à l’unanimité, a adressé une mise en demeure, reconnaissant par là que les propos tenus étaient inacceptables et que l’absence de réaction appropriée de la journaliste qui recevait M. Guerlain sur une chaîne du service public l’était au moins tout autant. LVMH réalise un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros. Au conseil d’administration ou dans le comité exécutif de ce groupe, aucun «nègre», on s’en doute, mais des personnalités plus «acceptables» telles que Bernadette Chirac, Hubert Védrine, Nicolas Bazire, né en Martinique, je crois, et témoin de mariage de M. Nicolas Sarkozy, ou Patrick Ouart qui, voici quelques mois encore, était le conseiller « justice » du même M. Sarkozy, président de la République française, M. Patrick Ouart, qui a très certainement vu passer la demande, jusqu’à présent non acceptée, d’attribution de Légion d’honneur à titre posthume au général Dumas, appuyée par une pétition de 6000 personnes, majoritairement des «nègres» il est vrai… Retirera-t-on la Légion d’honneur à Jean-Paul Guerlain pour avoir douté devant des millions de Français, que les «nègres», dont le général Dumas, privé de Légion d’honneur par une certaine France, celle qui pue, aient jamais travaillé ? LVMH, ce n’est pas seulement Guerlain, c’est aussi les parfums Christian Dior, c’est Givenchy, Kenzo, Céline, c’est le bottier Berluti, c’est Louis Vuitton. LVMH, c’est encore les marques de champagne Moët et Chandon, veuve Cliquot, Canard Duchêne, très appréciées jusqu’à présent par les « nègres » des Antilles … Les multiples déclarations de LVMH pour tenter de se désolidariser des déclarations de M. Guerlain montrent bien que la réputation du célèbre parfumeur est ternie et que les ventes de la semaine ont dû s’en ressentir. La société de M. Arnault aurait le plus grand intérêt, pour redonner une image moins nauséabonde à la société par elle rachetée en 1994, à faire un geste significatif. Dire qu’on n’a rien à voir avec M. Guerlain, qu’il n’est ni salarié ni actionnaire du groupe, c’est bien. Apporter une contribution significative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage, ce serait mieux. Les « nègres » se réuniront, comme chaque année, le 10 mai 2011, à 18 heures, place du général-Catroux à Paris, devant le monument au «nègre» Dumas, à l’initiative de la mairie de Paris et des amis du général Dumas. M. Arnault et ses conseillers y seront les bienvenus pour montrer qu’ils ne considèrent pas un seul instant que l’abolition de l’esclavage ait pu rendre les « nègres » paresseux.

dimanche 24 octobre 2010

Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République le 24 octobre 2010, l’écrivain Claude Ribbe demande à M. Nicolas Sarkozy de retirer la Légion d’honneur à Jean Paul-Guerlain et de la remettre à titre posthume au général Dumas

Lettre à M. Nicolas Sarkozy, président de la République française,

Monsieur le Président de la République

Depuis 2009, une pétition, signée par plus de 6000 personnes, demande que le général Alexandre Dumas soit enfin reconnu, selon son souhait, comme membre de l’ordre national de la Légion d’honneur. Votre attention a particulièrement été attirée sur cette pétition au moment de votre déplacement en Haïti, dont le général Dumas est originaire. Jusqu’à présent, vous avez fait répondre par vos conseillers que ce n’était pas possible parce la Légion d’honneur ne pourrait est attribuée à titre posthume. Le général Dumas, auquel un sabre d’honneur avait été remis par Bonaparte lors de la prise d’Alexandrie en 1798, était pourtant membre de droit de l’ordre national de la Légion d’honneur. Il a demandé à faire valoir ce droit dès 1802. Il a été même appuyé dans son combat contre l’injustice par le beau-frère de Napoléon, le maréchal Murat, ainsi qu’en atteste une lettre de 1806. Depuis 1802, la France refuse ainsi de rendre justice à un brave général, tout simplement parce que c’était un « nègre », le premier général «nègre» de l ’histoire de France. Le seul général, depuis 1802, qui n’ait pas eu la Légion d’honneur. En cette période où le racisme semble la chose du monde la mieux répandue en France, le moment n’est-il pas venu de rappeler que le général Dumas était un « nègre », né esclave dans une colonie française esclavagiste, et que c’est pour cela que la France lui refuse une décoration à laquelle, plus que tout autre, il avait droit ? Au mois d’août 2010, un rapport de l’ONU a mis en garde la France contre certaines dérives racistes, notre représentant à Genève déclarant alors qu’un plan de lutte contre le racisme serait prochainement mis en œuvre par le gouvernement français. Le 15 octobre 2010, M. Jean-Paul Guerlain, arborant fièrement sa rosette d’officier de la Légion d’honneur, mettait en doute, goguenard, sur la principale chaîne de service public, le fait que les « nègres » aient jamais travaillé.

Monsieur le Président de la République, je prends la liberté de poser solennellement, c'est-à-dire devant les Français qui vous ont élu, trois questions :

1/ Vous qui êtes chef des armées, combien avez-vous de généraux «nègres» dans vos armées en octobre 2010, sachant qu’il y en avait plus d’une dizaine, dont le général Dumas, en 1802 ?

2/ Allez-vous refuser de reconnaître que le général Dumas, le premier général «nègre» français dont on fêtera le 250e anniversaire de la naissance, le 25 mars 2012, au moment de la prochaine élection présidentielle française, est membre de droit de la Légion d’honneur ?

2/ Allez vous maintenir cette même Légion d’honneur à la boutonnière de M. Jean-Paul Guerlain qui doute que les «nègres» aient jamais vraiment travaillé, remettant ainsi en cause l’esclavage de ces mêmes «nègres», un crime contre l’humanité dont l’abolition est célébrée, à la demande du Président de la République, c'est-à-dire à votre demande, tous les 10 mai ?

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments très respectueux.

Claude Ribbe

mercredi 17 novembre 2010

Remaniement blanc de blanc

Le voilà donc enfin accompli, ce fameux remaniement. Il en ressort un gouvernement dont, mis à part Marie-Luce Penchard, l’homme et la femme d'Afrique subsaharienne ou des Antilles sont bannis, ce qui est à l’image de l’équipe de l’Élysée. Une équipe blanc de blanc comme en aurait rêvé feu Georges Frêche. Une équipe frileuse, obsédée par le souci de ne pas déplaire et de ne pas sacrifier à une prétendue « repentance». Nicolas Sarkozy, comme l'année précédente, était absent des cérémonies de commémoration de l’esclavage le 10 mai 2010. Pour le dernier 10 mai de son quinquennat, le 10 mai 2011, aura-t-on droit à autre chose qu’à la lecture d’un message du président de la République au jardin du Luxembourg qui fera, une fois de plus, l’amalgame entre le crime spécifique contre l’humanité qui a ravagé deux continents et l’esclavage moderne, qui n'a vraiment rien à voir ? Rama Yade, la mouche du coche, s’en va. Même si on ne peut pas dire qu’elle a beaucoup fait avancer les dossiers qui lui ont valu de devenir ministre, ses impertinences juvéniles vont nous manquer. On comprend qu’un gouvernement de droite défende les idées de la droite. Mais pourquoi défendre le pire, l'inacceptable ? Est-ce en feignant de n'avoir pas entendu, voire en cautionnant par un silence inquiétant les propos écoeurants d’un Guerlain que ladite droite se maintiendra au pouvoir en gagnant les élections de 2012 ? La France, épinglée par le haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU pendant l’été 2010, a fait annoncer à Genève un plan de lutte contre le racisme. On l'attend, ce plan mystérieux. Supprimer le ministère associant Immigration et Identité nationale n’est certainement pas suffisant pour éviter à Nicolas Sarkozy d’avoir en 2012 un «nègre» candidat à la présidentielle. Un « nègre » - et pas forcément un «nègre» de service comme ceux auxquels il est habitué- dont les 2 ou 3 % - et peut-être davantage - peuvent peser assez lourd au soir du premier tour.

dimanche 6 février 2011

Peut-on être Breton et ne pas ressembler à Le Pen ?

Nègres bretons, nègres creusois, unissons nous !

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jeudi 17 mars 2011

Le retour de Jean-Bertrand ARISTIDE

Plus de sept ans après avoir été enlevé en pleine nuit par un commando des forces spéciales de l’Amérique de George Bush, aux ordres de Luis Moreno, chef de la CIA à Port-au-Prince, Jean-Bertrand Aristide, premier président démocratiquement élu de l’histoire d’Haïti, rentre enfin au pays. Il est pour le moins paradoxal de constater que l’Amérique d’Obama, par deux fois, a adressé ces derniers jours des messages enjoignant à l’ancien président de différer son retour jusqu’au lendemain du second tour de l’élection présidentielle haïtienne, prévu dimanche 20 mars 2011. La diplomatie française - dirigée par le maire de Bordeaux, une ville qui a pesé lourd dans l’histoire d’Haïti - bien que très certainement invitée à relayer ces rodomontades, s’est contentée d’utiliser des termes beaucoup plus mesurés en rappelant que "rien ne doit détourner de la nécessaire mobilisation pour mener à bien le processus électoral en cours". C’est en tout cas porter beaucoup d’intérêt à un homme dont j’entends dire depuis sept ans qu’il ne compte plus. Si l’on peut espérer que la démocratie l’emporte en Haïti, en quoi l’Amérique aurait-elle plus le droit d’interférer dans les affaires haïtiennes que les Haïtiens dans les affaires américaines ? Ces menaces du porte parole du département d’Etat sont en tout cas bien inutiles. Elles obligent par ailleurs les USA à veiller sur la sécurité d’Aristide car, s’il lui arrivait malheur – pendant son vol de retour ou après son arrivée à Port-au-Prince - il serait certainement difficile de ne pas évoquer les basses œuvres de Washington. Ces mises en garde risquent par ailleurs de produire l’effet inverse de ce qui était attendu. En bravant le diktat américain, non seulement Jean-Bertrand Aristide adopte d’emblée la posture d’homme d’État qui était la sienne au moment de son enlèvement, mais il devient un modèle d’indépendance, de courage et de dignité, pour tous les pays du Sud. C’est vrai, Aristide n’a qu’à lever son chapeau et Port-au-Prince descendra dans la rue pour se mettre derrière lui, ce qui vaut bien une élection truquée. Et l’Amérique peut le craindre. Cependant, le retour de l’ex-président n’est pas destiné, d’après ce que j’ai retenu de nos conversations, régulières pendant ces sept dernières années, à lui permettre de terminer un mandat, interrompu par la seule volonté des anciens pays colonisateurs, même si on peut se demander si ce ne serait pas légitime. Aristide a déjà indiqué qu’il rentrait pour se consacrer à l’éducation, comme il l’avait d’ailleurs entrepris depuis longtemps. Il est très certainement sincère. L’élection présidentielle, telle qu’elle se présente, n’a pour lui aucun intérêt. Elle n’intéresse d’ailleurs pas davantage les Haïtiens. Un rôle durable d’arbitre à l’autorité morale incontestée garantit à Aristide autant d’influence que s’il exerçait un éphémère mandat, harcelé par les anciens pays négriers. Cependant, combien de temps pense-t-on pouvoir empêcher les Haïtiens de choisir qui bon leur semble pour les gouverner ? Le 20 mars 2011, un scrutin présenté comme démocratique doit en effet désigner le prochain président de la République d’Haïti. Ce président ne vaudra que ce que vaut l’élection. Sa légitimité est déjà en ruines, à mon avis, à l’image du palais présidentiel, qui n’a pas résisté au dernier tremblement de terre. Ce scrutin résulte en effet d’obscures tractations menées par un conseil électoral « provisoire » en place depuis sept ans sous la surveillance des anciens pays colonisateurs qui croient pouvoir agir à Port-au-Prince comme en pays conquis, à l’instar de ce qu’ils ont l’habitude de faire dans certains pays africains. Au premier tour, le CEP a purement et simplement interdit à plusieurs partis haïtiens, dont bien entendu celui de Jean-Bertrand Aristide, de participer au scrutin, sélectionnant ainsi les heureux élus admis à concourir. Comment peut-on imaginer un seul instant, dans ces conditions, que l’élection à la présidence d’Haïti, quel qu’en soit le résultat, et quel que soit le mérite personnel du vainqueur, puisse être respectée et respectable ? Quant à l’Afrique du Sud, elle semble avoir fait fi des pressions subies depuis ces derniers jours de la part de Washington, puisqu’elle aurait mis à la disposition de l’exilé, qu’elle héberge et protège depuis sept ans, un avion privé lui permettant de rentrer, lui sa famille, et autorisé quelques amis proches, au nombre desquels j’ai l’honneur de figurer, de même que Danny Glover, à l’accompagner. Ce retour est l’œuvre de toutes celles et de tous ceux qui, malgré les menaces, les insultes et les persécutions, ont milité, pendant sept ans, non seulement pour que justice soit rendue à un homme qu’on a forcé à l’exil et tenté d’assassiner, et pas seulement par la calomnie, mais aussi pour que les choix politiques des Haïtiens soient respectés. On ne peut que féliciter René Préval, quelles que soient ses raisons, d’avoir tenu sa parole, même en fin de mandat, en permettant à son ancien allié de rentrer au pays. S’il ne fait guère de doute que les Haïtiens se réjouissent du retour de « Titide », sa réapparition ne plaît pas à tout le monde. Une certaine presse qui, au moment du coup d’État, a relayé toutes les accusations montées dans les officines macoutes ou américaines, devrait se faire plus discrète, car le moment est venu, certainement, de les montrer, ces preuves qu’on attend depuis sept ans, pour étayer ces accusations. Il est frappant de lire dans les dépêches non plus qu’Aristide aurait démissionné en 2004, ce qui est faux, mais qu’il a été chassé par un coup d’État et une insurrection armée, ce qui est presque vrai. Les journalistes oublient de dire que l’insurrection armée n’était que le fait d’une poignée de mercenaires et que le coup d’État a été perpétré par les anciens pays colonisateurs et accompagné d’un enlèvement. Cet enlèvement, principalement organisé par l’Amérique de Bush, a eu, hélas, des complices en France, ceux-là même qui gardaient dans leur manche un improbable joker : Duvalier fils, hébergé et protégé par la République pendant vingt cinq ans puis retourné à l’envoyeur. Rappelons quelques noms (la liste n’est pas exhaustive et pourra être complétée au besoin). Dominique de Villepin, chantre des Békés de la Martinique, qui, malgré sa réputation de fier bonapartiste, attendait humblement les ordres de Colin Powell, tapi dans son bureau de ministre des Affaires étrangères (de style empire, bien entendu). Michèle Alliot-Marie, qui prêta forcément son concours à l’opération, en sa qualité de ministre de la Défense, notamment en pilotant avec Bongo l’opération peu glorieuse consistant à recevoir Jean-Bertrand Aristide en Centrafrique, où stationnaient des troupes françaises. Pour la CIA, Bangui était considéré comme une « prison française ». Mais Alliot-Marie, décidément bien mal renseignée, n’avait pas prévu que, dans cette « prison française », il était également au programme de faire assassiner Aristide, ce qui a bien failli arriver. Naturellement, la « grande muette » aurait porté le chapeau. Thierry Burkard, aujourd’hui retraité en province et occupé à écrire des romans policiers, qui n’obtint ses épaulettes d’ambassadeur, depuis longtemps par lui convoitées, qu’à charge d’organiser la déstabilisation d’Haïti, avec le soutien d’Eric Bosc, «diplomate» chargé, à l’ambassade de France à Port-au-Prince, d’intoxiquer la presse en inepties, parfois racistes, sur Aristide et depuis expulsé du Togo pour ingérence. Le plus étrange, c’est qu’il se soit trouvé des journalistes, et pas des moindres, pour recopier les « tuyaux » de Bosc. Régis Debray, le moustachu que Guevarra accusa, peu avant sa mort tragique, d’avoir été « trop bavard ». En 2004, ce courageux auteur français, dressé sur ses ergots, plastronnait, en battle dress, entouré de gendarmes armés jusqu’aux dents, à la tête d’une commission, et aux côtés d’une bien romanesque jeune femme, présidente d’une mystérieuse association, « Fraternité universelle », une jeune femme qui se faisait appeler Albanel, du nom de son mari, général, mais qui n’était autre que Véronique de Villepin, la propre sœur du ministre. Elle s’occuperait aujourd’hui de l’aumônerie de Sciences Po, et, bien sûr, de sa mystérieuse association, toujours très présente, paraît-il, dans les zones agitées de la planète. Régis Debray - ce qui n’étonnera personne - et Véronique de Villepin – ce qui est plus étrange pour une dame patronnesse - n’hésitèrent pas à aller menacer de mort Jean-Bertrand Aristide, au cas où il ne démissionnerait pas, utilisant textuellement l’expression « Auriez-vous une vocation de martyre ? » ce qui est formellement attesté, non seulement par le témoignage de Jean-Bertrand Aristide lui-même, mais également par un télégramme diplomatique rédigé par l’ambassadeur Burkard, pour se couvrir. Régis Debray, qui a toujours nié avoir été accompagné ce jour-là par Véronique Albanel, ne prouve qu’une chose, c’est qu’il est non seulement bavard, mais galant, pour ne pas dire menteur. Le guérillero galant et la Mata-Hari des bénitiers n’étaient pas seuls. Voici la liste des membres de leur commission, dont le but réel n’était pas de réfléchir sur l’avenir des relations franco-haïtiennes, mais de renverser ce petit nègre effronté qui avait osé rappeler à la France qu’elle avait une dette de 21 milliards de dollars à l’égard de son ancienne colonie, sans parler des réparations pour 150 années d’esclavage, suivies d’un début de génocide. Marcel Dorigny, professeur à Paris VIII - pour la caution historique et communiste - Yvon Chotard, ex adjoint au maire de Nantes depuis rallié à l’UMP - pour la caution socialiste - le dominicain Serge Danroc - pour bénir l’opération- Serge Robert, président de la banque des Antilles françaises, l’indispensable financier, proche évidemment des Békés, sans oublier Jacky Dahomay, l’oncle Tom de cette fine équipe, le protégé de la conseillère Blandine Kriegel, ex prof de philo mao au lycée Buffon, devenue avec l’âge grande prêtresse de la chiraquie. Plus insignifiants : Myriam Cottias, Florence Alexis, Gérard Barthélémy, François Blancpain. Ajoutons l’ambassadeur Philippe Selz et François Marchand, du quai d’Orsay, qui, eux, exécutaient les ordres sans états d’âmes et avaient au moins le mérite d’être des professionnels. J’allais oublier Christophe Wargny, qui a fait sa carrière à la faveur de ses reniements. L’auteur de Haïti n’existe pas (tout un programme !) ne faisait pas partie de la commission, mais il s’est toujours montré prêt à accourir devant les micros, et zélé, quand on le sifflait, pour venir mordre la main qui l’avait nourri. Et aussi Charles Najman, journaliste autoproclamé « cinéaste » et spécialiste d’Haïti qui, en toute objectivité, a réalisé Le temps des chimères, du nom méprisant donné aux partisans d’Aristide. C’est dans ce vivier de macoutes français qu’on choisira probablement ceux qui, au pays des droits de l’homme, auront le droit de parler d’Aristide ces jours prochains et seront présentés par la presse aux ordres comme des spécialistes incontournables de la négritude. Comme d’habitude, sans la moindre preuve, ils accuseront Aristide d’avoir été un dictateur, un trafiquant de drogue et de s’en être mis plein les poches. Ils s’apitoieront sur la « malédiction » qui frappe Haïti. Malédiction dont le retour du président ne sera pour eux, évidemment, après le tremblement de terre et le choléra, qu’un nouvel épisode. Ils demanderont une fois de plus la mise sous tutelle de l’ « homme blanc » de cette « pupille de l’humanité ». Pour tous ces gens, le retour d’Aristide, c’est certain, n’est pas une bonne nouvelle. On serait tenté d’en sourire si la répression qui s’est abattue sur Haïti après l’enlèvement de Jean-Bertrand Aristide n’avait fait plus de dix mille morts. On lit aujourd’hui qu’Aristide serait encore « très populaire » auprès des Haïtiens les plus pauvres. C’est vrai que ceux-là ne votent pas et qu’une certaine France aimerait bien, comme en 1802 (après avoir adopté les orphelins…) les jeter aux chiens. Mais ils constituent quand même 99 % de la population.

		

mardi 20 septembre 2011

Pour Troy Davis (bis)

Voici copie de l'appel adressé le 23 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy et à Rama Yade et que je ne peux que renouveler aujourd'hui à Nicolas Sarkozy, au moment où Troy Davis risque à nouveau d'être exécuté

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vendredi 4 mai 2012

10 mai 2012 à 18 h paris place du général-Catroux commémoration de l'abolition de l'esclavage

Mes chers amis,







J’ai le plaisir de vous inviter à vous rassembler, à 18 heures précises à Paris, le 10 mai 2012, place du général-Catroux (17e) métro Malesherbes (L3).




Sans esprit de parti, sans distinction de couleur, ni de sexe, pour célébrer la commémoration de l’abolition de l’esclavage, le refus de la haine et du mépris.



Pour couvrir de fleurs les chaînes brisées qui honorent la mémoire du général Dumas et, à travers lui, toutes celles et tous ceux qui ont souffert et souffrent, dans leur chair et leur esprit, de l’esclavage, de la traite, de la colonisation et de leurs séquelles qu’on désigne ordinairement sous le vocable de racisme.




Toutes celles et ceux qui ont des chaînes à briser.




Il se peut que le président qui, d’ici là, aura été élu par le suffrage universel, soit à nos côtés, devant ces chaînes dont l’une est symboliquement ouverte et dont l’autre reste à ouvrir.




C’est en effet place du général-Catroux qu’a été inauguré en 2009, grâce à une ville de Paris unanime, un mémorial significatif autour duquel nous convergeons chaque année, tous les 10 mai, de plus en plus nombreux, en dépit de l’indifférence des uns, des manœuvres de division des autres.




Le 10 mai 2012, pour la sixième année consécutive, va être célébrée la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage, dont le principe résulte de la loi Taubira, et la date d’une décision du président de la République.




Le 10 mai 2012 revêt un aspect particulier puisque, comme le 10 mai 2007, il intervient dans une période marquée par l’élection à la magistrature suprême, qui sera presque aussitôt suivie de l’élection de l’assemblée nationale. En outre, c’est le 10 mai que le conseil constitutionnel proclamera officiellement les résultats du second tour de l’élection présidentielle.




Dans ce contexte, on peut souhaiter que le président qui aura été désigné par les Français, quel qu’il soit, ne restera pas indifférent à cette journée de commémoration et que, au-delà des kermesses coloniales indignes auxquelles, hélas, nous sommes habitués, il adressera un signe fort à la Nation et en particulier à toutes celles et tous ceux qui se considèrent comme les descendants des esclaves et des populations décimées par la traite.




Le 10 mai 2012 correspond également à la commémoration du 250e anniversaire de la naissance, en Haïti, du général Alexandre Dumas, père de l’écrivain français le plus populaire de tous les temps et le plus lu dans le monde.














Comme je le répète depuis 10 ans, le général Dumas est né esclave en 1762. C’est l’une des figures les plus attachantes de l’histoire de France, du fait de son parcours exemplaire, de son attachement sans faille à la République et à ses valeurs, du rôle décisif qu’il a joué en tant que général en chef pendant les guerres de la Révolution.

Depuis très exactement 10 ans, en tant qu’écrivain, cinéaste et militant, je bataille pour que la mémoire de cet homme soit enfin réintégrée dans le panthéon national. Je l’ai fait à travers pas moins de quatre ouvrages, dont une biographie qui lui est entièrement consacrée.




À travers aussi un film documentaire, que j’ai réalisé en 2009 et qui a été diffusé en 2010 sur France 2 (à une heure hélas tardive) mais qui a été néanmoins vu par plus de 600 000 téléspectateurs.




À travers un monument aussi pour lequel j’ai beaucoup lutté, celui devant lequel nous nous retrouverons et dont l’existence marque déjà une belle victoire.




Pourquoi une telle persévérance ?




Parce que j’ai la certitude, confortée par l’expérience de ces dix dernières années, qu’une partie des Français ne se reconnaît pas dans l’imaginaire qu’impose une petite minorité de décideurs, trop souvent incultes et arrogants, de sorte que la France telle qu’elle est et qu’elle a toujours été depuis qu’elle s’est aventurée pour découvrir le monde, non sans violences faites aux autres, hélas, n’est pas du tout la France qui est présentée dans les programmes scolaires, à la télévision, dans les médias.




Un certain nombre de figures majeures, parmi lesquelles le général Dumas, ont été délibérément occultées, du fait de la couleur de leur peau et de leur origine.




Ce n’est pas seulement une injustice et le signe d’un inquiétant obscurantisme. C’est aussi un préjudice extrêmement grave qu’ont subi tous les Français.




En privant la Nation des figures héroïques et exemplaires d’hommes et de femmes qui ont marqué son histoire, certains décideurs ont pris le risque de cantonner leur compatriotes - celles et ceux qu’on stigmatise sous les vocables de «diversité» ou de «minorités visibles» - dans les rôles mineurs ou dévalorisants que la période coloniale a octroyés aux opprimés.




Une telle attitude a joué un rôle décisif dans la montée du racisme, de l’intolérance et de la xénophobie que je dénonce depuis dix ans. On voit très exactement aujourd’hui où cela peut conduire.




Je suis convaincu, au contraire, que la valorisation des héros et des héroïnes positifs de notre histoire qui ont eu à souffrir de l’intolérance est de nature à reconstituer un tissu social mis en lambeaux au cours des dix dernières années par la libération et la promotion systématique de la parole discriminatoire.




Les jeunes de toutes couleurs et en particulier ceux qui, du fait de l’immigration ou du Bumidom, se sont retrouvés relégués dans de véritables ghettos, ont le droit de savoir que des hommes et des femmes de toutes couleurs et de toutes origines ont, depuis toujours, significativement marqué l’histoire de France et pas seulement en tant que sportifs ou artistes, les deux seuls domaines où une tolérance relative est accordée à celles et ceux que les racistes considèrent comme «différents».




On ne se construit pas sans héros qui vous ressemblent.




On ne se grandit pas en méprisant ceux qui, en apparence, ne vous ressemblent pas.




Tout mon travail, au cours de ces dernières années, malgré les difficultés, les sarcasmes, la guerre ouverte déclarée par les défenseurs, plus ou moins masqués, du racisme qui gangrène une certaine France, heureusement très minoritaire, a été de rendre à ces personnages la place éminente qui leur revient.




J’ai la conviction profonde qu’il sera impossible de célébrer durablement l’abolition de l’esclavage sans rendre leur place à ces personnages de notre histoire : le général Dumas, le chevalier de Saint-George, ou Eugène Bullard, un héros franco-américain oublié de la Première guerre mondiale auquel je m’apprête à rendre, notamment à travers un livre actuellement sous presse et un film, un hommage appuyé.







Eugène Bullard




C’est pourquoi la commémoration du 250e anniversaire du général Dumas revêt, en ce 10 mai 2012, une importance exceptionnelle si l’on souhaite en finir enfin avec un XXe siècle qui nous poursuit encore.




Depuis 1802, le général Dumas est privé d’une récompense symbolique qui lui revenait plus qu’à tout autre : l’admission dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Cette admission était de droit. Elle n’a pu être obtenue du fait de la législation ouvertement raciste mise en place le lendemain même de la création de cet ordre.




Depuis dix ans, j’ai demandé en vain aux présidents de la République successifs que cette injustice insupportable soit réparée. Cette requête a été relayée par une association que je préside, par plus de six mille personnes qui ont signé une pétition, par des élus de toutes tendances puisqu’on y trouve non seulement le maire de Villers-Cotterêts, où a vécu et où est mort le général Dumas, mais aussi le sénateur-maire de Laon qui, voici quelques jours, a officiellement interpellé dans le même sens le ministre de la Défense.




Il est triste de constater que le ministre de la Culture de la France, pourtant sollicité dès 2011, n’a pas cru utile de faire figurer, sur la liste des commémorations nationales 2012, le 250e anniversaire de la naissance du général Dumas. De même que le ministre de la Culture, en 2006, n’avait pas cru utile de faire figurer au même calendrier officiel, le bicentenaire de la mort du général Dumas.




Je vois dans ce qu’il faut bien appeler un acharnement particulier contre un grand héros français, du seul fait de sa couleur et de la couleur de celui qui, deux siècles plus tard, en demande à bon droit la réhabilitation, plus qu’une faute, une erreur.




Et à titre personnel, après tant de mises en gardes adressées aux uns et aux autres, je suis bien obligé d’en tirer toutes les conséquences.




Je tiens à ajouter, de la manière la plus claire, que, de mon point de vue, le mot de «race» n’a jamais eu sa place dans la constitution de la République française et j’espère qu’un consensus, nécessaire pour modifier ce texte, s’imposera pour faire oublier tous les sophismes odieux que j’ai pu lire à ce sujet et que la bêtise n’excuse pas.




Le 10 mai 2012, une nouvelle séquence s’ouvrira. C’est pourquoi j’ai demandé au président qui sera officiellement proclamé ce jour-là d’être avec nous à 18 heures précises, devant les fers brisés, place du général-Catroux, là où se rassemblent, depuis le 10 mai 2009, toutes celles et ceux qui refusent la «race» et le racisme.




En cette année où les droits des femmes ont été si odieusement bafoués, je voudrais que cette commémoration soit aussi l’occasion de rendre hommage aux épouses, aux mères, aux compagnes, à celles qui, méprisant le racisme, prouvent depuis des siècles que l’amour se moque bien de la couleur, de l’origine, de la religion.




Ayons une pensée pour la femme du général Dumas, une blonde aux yeux bleus de l’Aisne qui, trente deux ans encore après la mort de celui qu’elle aimait, se battait avec honneur, non seulement pour ce fils, l’écrivain Alexandre Dumas, que le monde entier admire encore, mais pour que la France rende hommage à celui qu’elle aimait.




C’est avec beaucoup de fierté que j’ai repris son combat posthume.




Le fils repose depuis 10 ans au Panthéon. La mère est restée auprès du général, au cimetière de Villers-Cotterêts.




Ayons une pensée émue pour elle en ce 10 mai 2012, et à travers elle pour toutes celles, pour tous ceux qui, malgré une couleur de peau apparentée à celle du plus grand nombre, partagent le mépris que les préjugés imposent à leur compagne, à leur compagnon, à leurs enfants.







Comme chaque année, le 10 mai 2012, à 18 h, place du général-Catroux, un hommage officiel sera rendu sous l’égide de la mairie de Paris, avec la collaboration d’associations, dont celle des amis du général Dumas.




Cette fois, ce sont les sapeurs-pompiers de Paris, à travers une formation de cinquante musiciens et un piquet d’honneur, qui feront retentir l’hymne national entonné par la soprano guadeloupéenne Leïla Brédent. Une centaine d’enfants des écoles chanteront à la mémoire des martyrs, relayés ensuite par les tambours et les Ka du groupe Miyo.




Je ne doute pas que si le président de la République désigné le même jour par le conseil constitutionnel répond à cette invitation, ce que je pense, les Françaises et les Français auront, d’ici là, vraiment fait le bon choix.




Au jeudi 10 mai, à Paris, place du général-Catroux, à 18 heures pour écrire ensemble une nouvelle

page de notre histoire !







Je vos remercie de me faire l’amitié de faire circuler ce texte partout où vous le pourrez.




Claude Ribbe