Claude RIBBE
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Six ans de lutte dans l'espoir que la République reconnaisse enfin le "rôle positif" du général Alexandre Dumas...

Père de l'écrivain français le plus lu dans le monde,Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, né esclave en Haïti en 1762, fut, sous le pseudonyme d'Alexandre Dumas qu'il s'était choisi, le premier général français d'origine africaine.

Il se couvrit de gloire pendant la Révolution et ses aventures inspirèrent Les Trois Mousquetaires.

Défenseur des droits de l'homme, le général Dumas s'opposa à la peine de mort, aux sévices sur les prisonniers de guerre et les populations civiles, à l'esclavage.

Mis à l'écart par le régime raciste de Napoléon, le général Dumas mourut en 1806 à Villers-Cotterêts (Aisne), pauvre et oublié. Il fallut attendre 1897 pour que l'époux de sa petite-fille, Ernest d'Hauterive, lui consacre enfin une biographie.

En 1906, pour le centenaire de sa mort, la ville de Paris lui érigea une statue (par Alphonse de Perrin de Moncel). Mais les nazis la firent abattre 37 ans plus tard, peu après la visite de Hitler au tombeau de Napoléon.

Curieusement, depuis la Libération, personne n'a songé à remettre la statue à sa place.

En 2002, Claude Ribbe publia, après celle d'Ernest d'Hauterive, la seconde biographie française du général, Alexandre Dumas le dragon de la Reine (Paris éditions du Rocher) qui révélait plusieurs aspects inédits et importants : son statut d'esclave à la naissance, le fait que sa mère n'était pas morte, comme on le dit généralement, au moment du départ du futur général Dumas pour la France et surtout les ressemblances entre la vie du général et le célèbre roman que publiera son fils. Le dragon Dumas rencontra en effet aux dragons de la reine trois camarades qui partagèrent ses aventures pendant les guerres de la Révolution : Joseph Piston, Jean-Louis Espagne et Louis-Chrétien Carrière de Beaumont.Tous quatre deviendront généraux.

Ce fut la première étape d'une longue marche vers la réhabilitation du héros antillais.

Depuis, Claude Ribbe se bat afin qu'un projet d'Ousmane Sow pour remplacer l'oeuvre vandalisée d'Alphonse de Perrin de Moncel soit accepté par le maire de Paris. Malgré ses déclarations et le vote unanime de son conseil, Bertrand Delanoë et Christophe Girard (adjoint au maire chargé de la Culture et président de la commission pour l'art dans la ville) ne semblent guère pressés de rendre hommage à un afrodescendant.

Chronologie :

17 décembre 2007. Le texte de la pétition mise en ligne le 12 novembre pour la statue du général Dumas par Ousmane Sow est est adressé au maire et aux conseillers de Paris avec la liste des 1000 premiers signataires.

1er décembre 2007. Article dans Marianne.

19 novembre 2007. Lettre de Claude Ribbe à Rama Yade

Madame la Ministre,
L’association des amis du général Dumas a été créée le 26 février 2006, jour du bicentenaire de la mort du général Dumas. Elle a pour but d’honorer la mémoire de Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie dit Dumas, né à Jérémie (Haïti) et, partant, à travers les Dumas, de construire des passerelles, notamment culturelles, entre la France et la République d’Haïti.
Nous nous sommes fixé comme objectif d’accomplir rapidement le souhait exprimé le 5 août 1838 par l’écrivain Alexandre Dumas (le fils du général) qui confiait à des Haïtiens (qu’il appelait « mes chers compatriotes ») son voeu qu’une statue du général Dumas fût installée à Paris et une réplique érigée sur une des places de Port-au-Prince, cette opération devant être menée avec la participation du gouvernement français. C’était, pensait-il, une manière de « rappeler à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation que les Haïtiens n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France.»
Les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas ont été transportées au Panthéon sans que cette légitime demande ait abouti. Si une statue a bien été installée à Paris en 1906 sur l’actuelle place du général-Catroux pour le centenaire de la mort du général Dumas, à l’initiative de la ville de Paris (sans copie pour Port-au-prince) l’oeuvre a été détruite trente six ans plus tard par l’occupant nazi pour des raisons évidemment racistes (les autres statues de la place ont été épargnées). Le moule de la statue initiale ayant été détruit, il convenait donc de refaire une statue, ce dont la ville ne s’est préoccupée que le jour où j’ai demandé au conseil de Paris, par l’intermédiaire de M. Seguin, actuel premier Président de la Cour des Comptes, d’en voter le principe, ce qui a été fait le 25 juin 2002. J’ai agi en ma qualité d’unique biographe français du général Dumas (Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, publié à Paris en 2002).
J’ai ensuite sensibilisé le grand sculpteur sénégalais Ousmane Sow à ce projet sur lequel il a commencé à travailler dès 2004 en s’inspirant de mon livre.
La mairie de Paris a été relancée à plusieurs reprises, mais n’a rien fait jusqu’à ce jour et, fort curieusement, la décision du conseil prise il y a cinq ans n’est toujours pas exécutée. Le prétexte officieux : le projet d’Ousmane Sow serait jugé «médiocre» par le M. Bertrand Delanoë. Il est évident que nous ne partageons pas cet avis et nous ne sommes pas les seuls. C’est pour cette raison que nous avons récemment ouvert en ligne une pétition qui recueille un vif succès http://www.ipetitions.com/petition/generaldumas/index.html et qui sera très prochainement remise à M. le maire de Paris dans l’espoir qu’il prenne toutes dispositions pour que le monument promis par la ville soit promptement réalisé pour être inauguré, avec toute la solennité voulue, le mardi 26 février prochain, date anniversaire de la mort du général Dumas. Nous aurions besoin du concours de l’État, comme l’avait suggéré l’écrivain Alexandre Dumas, pour faire réaliser et transporter une copie de cette statue à Port-au-Prince. Au cas où notre demande n’aboutirait pas - ce qui serait bien surprenant - l’aide de l’État serait sollicitée aux fins de faire réaliser à la fois l’original – pour la ville de Paris ou, en cas de refus, pour le Sénat – et la copie – pour la République d’Haïti ou la ville de Port-au-Prince. Nous souhaiterions offrir en même temps un grand nombre d’exemplaires des livres d’Alexandre Dumas aux enfants des banlieues pauvres de cette ancienne colonie qui, faut-il le rappeler, faisait vivre en 1789 un Français sur huit en métropole et où un million d’Africains ont été déportés et asservis dans des conditions effroyables.
J’ai obtenu un accord de principe de Monsieur René Préval, président de la République d’Haïti, lors de sa visite officielle à Paris en juin 2006. Pour marquer son attachement à ce projet, M. Préval est même allé déposer une gerbe au Panthéon sur la tombe de l’écrivain Alexandre Dumas, ce qui n’était pas prévu dans son programme initial.

Malgré mes nombreuses démarches, la France n’a pas célébré, comme elle aurait pourtant dû le faire, le bicentenaire du général Dumas en 2006 et le Président de la République n’a pas accordé au général Dumas la décoration à laquelle il avait droit et qui lui avait déjà été refusée en 1802 : la Légion d’honneur.
J’ai récemment renouvelé cette demande de décoration auprès de notre nouveau Président et j’espère qu’elle aboutira.
Le général Dumas, né esclave à Saint-Domingue, fut le premier général issu de ce qu’on appellerait aujourd’hui la « diversité» et il s’illustra à ce rang comme nul autre. Son fils, né de l’union avec une jeune fille de Villers-Cotterêts, est l’écrivain français de tous les temps le plus lu dans le monde et le plus adapté au cinéma. Quel meilleur modèle avons nous à proposer à la jeunesse d’aujourd’hui et en particulier à la jeunesse discriminée qui revendique légitimement sa place non seulement dans notre société, mais également dans notre histoire par le truchement des hommes et des femmes qui lui ont ouvert la voie en affrontant les mêmes préjugés ?

Comme vous le savez, le général Dumas n’est pas seulement le héros exemplaire de la Révolution qui créa les chasseurs alpins, le vainqueur du Petit-Saint-Bernard, du Mont-Cenis et de Brixen, c’est aussi une figure majeure du combat pour les droits de l’Homme, dont vous êtes, madame la Ministre, chargée au sein du Gouvernement.
Le général Dumas mérita le surnom enviable de «Monsieur de l’Humanité» : à cause de son opposition à la peine de mort, ce qui était une position plus que courageuse pour un général jacobin en 1793 ; à cause de son attachement à ne pas maltraiter les prisonniers de guerre qui préfigurait l’esprit des conventions internationales ultérieures ; à cause de sa volonté de protéger les populations civiles qui le conduisit à démissionner avec éclat en 1794 de son commandement de l’armée de l’Ouest pour protester contre les massacres de Vendée; à cause, bien sûr de sa lutte constante contre l’esclavage et le racisme. Quel meilleur symbole avons-nous à proposer au monde à la veille du soixantième de la déclaration universelle des droits de l’Homme ?

Vous avez récemment, Madame la Ministre, effectué un voyage en Haïti en exprimant le souhait que le Chef de l’État accomplisse à son tour ce périple, ce qui serait une première. Ne serait-ce pas une occasion unique, au-delà des polémiques entre deux nations au passé commun douloureux, de rappeler les liens positifs, mais pour le moment occultés, que le général Dumas a tissés entre la France et ce pays qui n’a jamais renoncé, malgré bien des blessures, à parler notre langue, celle d’Alexandre Dumas ?

Pour toutes ces raisons, j’ai l’honneur, en mon nom propre, au nom de l’association des Amis du général Dumas et de tous ceux qui soutiennent son action en signant la pétition pour la réalisation de l’œuvre d’Ousmane Sow, de vous demander de nous faire savoir si vous êtes prête à soutenir notre entreprise de réhabilitation du général Dumas, notamment en associant sa mémoire à la commémoration du 60e anniversaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, en intervenant auprès du Président de la République, pour qu’il accorde au général Dumas la Légion d’honneur à titre posthume, pour qu’il honore de son haut patronage la mise en place des statues de Paris et de Port-au-Prince et pour qu’il nous aide à obtenir les moyens souhaités par l’écrivain Alexandre Dumas d’accomplir la réhabilitation du général ; en intervenant auprès de Monsieur Bertrand Delanoë, maire de Paris, pour qu’il accède sans délai à notre requête de faire réaliser le projet présenté par Ousmane Sow. S’agissant d’une manifestation prévue fin février, il y a bien évidemment extrême urgence.

29 novembre 2007. Article sur la statue du général dans Le Parisien

12 novembre 2007. L'association des amis du général Dumas met en ligne une pétition pour une statue du général Dumas à Paris.

27 septembre 2007. Lettre de Claude Ribbe à Nicolas Sarkozy.

Monsieur le Président de la République,
J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur un compatriote injustement oublié par la République : le général Alexandre Dumas-Davy de La Pailleterie, né esclave à Saint-Domingue (aujourd’hui république d’Haïti), héros de la Révolution, défenseur des droits de l’Homme, père de l’écrivain français le plus lu dans le monde. En un mot, un Français modèle, mais aussi un modèle d’intégration.
Le futur général, engagé comme simple cavalier dans les dragons de la Reine sous le pseudonyme d’Alexandre Dumas, rencontra le 15 août 1789, dans la cour du château de Villers-Cotterêts, à l’endroit même où François 1er, deux cent cinquante ans plus tôt, avait officialisé l’usage de la langue française, une jeune fille qui devint une épouse exemplaire, puis une veuve courageuse, attachée à défendre la mémoire de son mari. C’est elle qui, sans moyens, éleva le second Alexandre Dumas. Ce nom fut en effet repris par le fils du général. Devenu écrivain, il transposa les exploits de son père dans des centaines de romans et en particulier dans les Trois Mousquetaires, où à travers d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, transparaissent assez clairement les figures du général et de ses trois compagnons des dragons de la Reine : Carrière de Beaumont, Piston et Espagne. Que serait l’identité française sans les Trois Mousquetaires ? Que peut-elle être sans le général Dumas ?
Il fut le premier Français d’origine afro-antillaise à accéder en 1793 au grade de général dans l’armée dont vous êtes le chef, Monsieur le Président de la République, et qui se dit aujourd’hui soucieuse d’ouvrir davantage la carrière d’officier à la diversité. N’avons-nous pas là un modèle idéal ?
Le général Dumas s’illustra glorieusement pendant les guerres de la Révolution, créant les chasseurs alpins alors que le gouvernement l’avait placé à la tête des quarante cinq mille hommes de l’Armée des Alpes, reprenant le Petit-Saint-Bernard et le Mont-Cenis aux Austro-Sardes, démissionnant avec honneur de son poste de général en chef de l’armée de l’Ouest pour ne pas devoir massacrer des civils vendéens, défendant seul le drapeau tricolore sur le pont de Brixen contre un régiment de cavalerie autrichien. L’ennemi l’avait surnommé le « diable noir ». Mais pour ses hommes, c’était un dieu. Pour son ami Bonaparte, c’était l’ « Horatius Coclès du Tyrol ». Dumas accompagna l’armée d’Égypte en 1798 avec le titre de commandant de la cavalerie d’Orient. Mais une brouille avec Napoléon et une longue captivité en Italie mirent un terme à cette carrière particulièrement exemplaire. Dumas scella son sort en refusant d‘accompagner l’armée chargée de rétablir l’esclavage à Saint-Domingue à la fin de l’année 1801. Il fut rayé des cadres et mourut sans récompense au début de l’année 1806, miné par le chagrin que lui causait le fait de n’avoir pas eu l’honneur, comme ses trois compagnons devenus généraux, de participer à la charge de cavalerie d’Austerlitz.
Voici ce que dit de lui l’écrivain Anatole France : « Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d'oeuvre auquel il n'y a rien à comparer».
En 1838, l’écrivain Alexandre Dumas avait demandé qu’une statue de son père fût érigée à Paris, un monument financé notamment grâce à une souscription faite auprès de tous les « hommes de couleur » du monde entier. L’écrivain, qui se considérait comme Franco-Haïtien, souhaitait qu’une copie fût offerte en grande pompe à la République d’Haïti. Il avait même prévu d’accompagner jusqu’à Port-au-Prince cette statue de son père sur un bateau de guerre que lui aurait fourni le gouvernement français. Son vœu fut partiellement exaucé au siècle suivant. À l’occasion du centenaire de la mort du général, une statue fut en effet érigée sur la place du Général-Catroux, pour figurer aux côtés de la statue du fils du général et de son petit-fils (l’auteur de La dame aux Camélias). La place, qui portait le nom de Malesherbes, fut rebaptisée place des Trois-Dumas. Mais cette statue étant à la gloire d’un «sang-mêlé» l’occupant nazi, en 1942, jugea bon, dans sa logique raciste, de la faire disparaître.
En 2001, le président Chirac décida de transférer au Panthéon les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas, ce qui fut fait le 30 novembre de l’année suivante. J’avais profité de l’occasion pour rappeler, à travers un livre, Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, l’importance du général et l’injustice faite à sa mémoire. M. le Président Poncelet me fit ouvrir les portes du Sénat pour rendre un hommage officiel au père alors même que le fils entrait au Panthéon.
Comme vous le savez, l’esclavage a été rétabli dans les colonies françaises le 20 mai 1802, le lendemain du jour où fut créé l’ordre de la Légion d’Honneur. Deux cents ans plus tard, alors que la République s’enorgueillissait du bicentenaire de la Légion d’Honneur (tout en passant naturellement sous silence le bicentenaire du rétablissement de l’esclavage) il me semblait légitime que le général Dumas – privé de récompense à cause de ses origines et de sa couleur de peau - fût enfin honoré à titre posthume en étant élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’Honneur. Cela supposait seulement de changer quelques textes et cela ne coûtait rien. J’adressai une demande dans ce sens à M. Jacques Chirac, votre prédécesseur. Ma démarche se solda par un refus. Parallèlement, j’alertai les élus parisiens sur la nécessité de remettre en place la statue abattue par les nazis, dont personne ne se souciait plus depuis soixante ans. Un vote unanime intervint dans ce sens en juin 2002 à la demande de M. Philippe Seguin, actuel Premier président de la Cour des Comptes. M. Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, déclara à cette occasion qu’il fallait « réparer une diversion de l’histoire ». Le conseil de Paris avait bien décidé de remettre la statue en place, mais aucun crédit n’avait été voté. Le célèbre sculpteur sénégalais Ousmane Sow, après avoir lu mon ouvrage, avait pourtant préparé un projet et suggéré un achat de son œuvre par la ville. J’organisai un déjeuner, le 6 juin 2004, pour que l’artiste rencontre madame Pau Langevin, conseillère du maire de Paris devenue député. Rien ne bougea. L’année suivante, je réussis à convaincre Christophe Girard de faire voter les crédits nécessaires pour qu’une nouvelle statue soit érigée, le moule de la précédente étant détruit. La ville de Paris mit alors en place un concours et Ousmane Sow présenta naturellement son projet qui, fort curieusement, n’a toujours pas été retenu.
En 2006, la République française aurait dû rendre un hommage exceptionnel au général Alexandre Dumas dont c’était le bicentenaire de la mort. Au lieu de cela, et malgré mes protestations indignées, relayées par une question écrite du sénateur Piras au ministre de la Culture, ce bicentenaire ne fut même pas mentionné au calendrier des commémorations nationales !
En 1906, pourtant, la République avait célébré le héros de Brixen. Heureusement, le département de la Savoie et les chasseurs alpins sauvèrent l’honneur de la France en organisant, à ma demande, des manifestations au Petit-Saint-Bernard.
Je m’étonne, Monsieur le Président de la République, d’une telle amnésie à l’heure où il me semble urgent de rassembler tous les Français autour de leurs figures emblématiques, sans distinction de couleur, d’origine ou de religion.
Récemment, un de mes lecteurs de Montceau-les-Mines, ancien combattant AFN, m’a adressé un courrier touchant qui exprime, j’en suis sûr, l’opinion de la majorité de nos compatriotes. « Je viens de lire votre ouvrage et je suis bouleversé, m’écrit cet homme. Le sort réservé au général Dumas et le peu d’intérêt de la France à la réhabilitation de sa mémoire me choquent profondément. J’ai lu sur la toile que vous aviez demandé au président Chirac que le général Dumas soit élevé à titre posthume grand croix de la Légion d’Honneur, ce que j’approuve sans réserve… Je me permets de suggérer que cette initiative soit reconduite auprès de l’actuel Président de la République, Nicolas Sarkozy. La France en sortirait grandie. »
Ce lecteur a parfaitement raison et sa lettre m’encourage à vous écrire aujourd’hui.
Nous allons bientôt célébrer le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Les droits de l’Homme, une idée française. Le général Dumas, opposé à la peine de mort, respectueux des civils et des prisonniers de guerre, et surnommé de ce fait par certains guillotineurs de 1793 « Monsieur de l’Humanité » en est l’une des plus glorieuses illustrations.
C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous demander, Monsieur le Président de la République, de contribuer à rendre au général Dumas la place qui lui est due dans l’histoire de notre nation et dans la mémoire de nos compatriotes.
Je propose que, pour ouvrir solennellement l’année du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme, la statue abattue par les nazis soit solennellement remise à sa place dès cet hiver à Paris, place du général-Catroux, face au consulat d’Haïti, au cours d’une cérémonie à laquelle serait associée la mairie de Paris et qui serait placée sous votre haut patronage.
Devant les troupes assemblées – en particulier la Garde républicaine, dernier régiment de cavalerie de l’armée française et le 13e bataillon de Chasseurs alpins – en présence des enfants des écoles qui auraient congé ce jour-là, en présence aussi de tous ceux qui sont attachés à la diversité et aux droits de l’Homme, le Président de la République, en dévoilant sa statue, élèverait à titre posthume le général Alexandre Dumas à la dignité de grand-croix de l’ordre national de la Légion d’Honneur.
Conformément à la volonté de l’écrivain Alexandre Dumas, fils du général, une copie de la statue érigée à Paris serait offerte à la République d’Haïti.
Accomplissant la volonté de l’auteur des Trois Mousquetaires, vous pourriez vous-même, Monsieur le Président de la République, accompagner cette statue jusqu’à Port-au-Prince sur le pont d’un de nos bateaux de guerre qui, pour l’occasion, transporterait aussi des milliers d’exemplaires des œuvres d’Alexandre Dumas afin de les offrir aux enfants déshérités des bidonvilles. Mon ami René Préval, votre homologue haïtien, accepterait avec joie, j’en suis certain, cette initiative de rapprochement. Vous seriez le premier chef de l’État de l’histoire de France à vous rendre dans l’ancienne colonie où notre pays a déporté un million d’Africains, une ancienne colonie qui s’est révoltée contre l’esclavage et son rétablissement, donnant ainsi une portée universelle à la déclaration des droits de l’Homme de 1789; une ancienne colonie qui est devenue indépendante, mais qui n’a jamais renoncé, malgré des blessures encore vives, à parler notre langue, celle d’Alexandre Dumas.

28 juin 2006. Les statuts de l'association du général Dumas, présidée par Claude Ribbe, sont déposés à la préfecture de police de Paris. L'association se propose d'offrir à Haïti une réplique de la statue qui sera remise en place par la ville de Paris. Le président haïtien René Préval, de passage à Paris est sensibilisé par Claude Ribbe à cette démarche. Réunion du comité pour l'art dans la ville pour désigner le scuplteur chargé de remettre la statue en place.

24 juin 2006. Répondant à une invitation de la Facim (Fondation pour l'action culturelle internationale en montagne), présidée par Hervé Gaymard, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres vient inaugurer au petit Saint-Bernard (Savoie) une plaque commémorant la victoire du général Dumas, commandant de l'armée des Alpes en 1794. M. Donnedieu de Vabres est conspué par les indépendantistes de la Ligue savoisienne. La Marseillaise, jouée par les Chasseurs alpins, est sifflée.

 

23 juin 2006. Un tableau peint par Edouard Pingret en 1836 et représentant la victoire du général Dumas au petit Saint-Bernard est dévoilé après restauration à la mairie de Bourg-Saint-Maurice. Conférence de Claude Ribbe sur le rôle du général Dumas en Savoie à Bourg-Saint-Maurice.

22 juin 2006. Conférence de Claude Ribbe sur le général Dumas en Savoie à Lanslebourg.

1er mars 2006. Article de Claude Ribbe dans Le Monde protestant contre l'absence de commémoration du bicentenaire du général Dumas. Le sénateur PS de la Drôme, Bernard Piras, dépose une question écrite au ministre de la Culture sur les raisons de la non-commémoration :

"Monsieur Bernard Piras attire l’attention de Monsieur le ministre de la Culture et de la Communication sur l’absence de commémoration officielle du bicentenaire de la mort du général Dumas.

Le général Alexandre Dumas est né esclave en Haïti en 1762 et mort libre en métropole le 26 février 1806. Il est le père du célèbre écrivain qui repose désormais au Panthéon.

Alexandre Dumas devint en 1793 le premier général noir de l’histoire de France. Il déjoua la trahison du général Dumouriez. Il commanda 45000 hommes dans l’armée des Alpes et créa les « chasseurs de la montagne ». Il remporta les batailles du Mont-Cenis et du Petit-Saint-Bernard, sauvant la France et la jeune République. En 1797, il retint seul la charge de cavalerie autrichienne au pont de Brixen en Italie. Il était surnommé « Monsieur de l’Humanité » en raison de ses prises de position exemplaires pour l’époque. Il sauva de la guillotine des villageois victimes de la Terreur. Il démissionna de son poste de commandant de l’armée de l’Ouest pour dénoncer les crimes commis contre les Vendéens.

Le général Thiébault, pourtant raciste notoire, reconnaîtra qu’il fut « le plus grand soldat du monde ». Anatole France disait de lui qu’il était «le plus grand des Dumas qui offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d’œuvre auquel il n’y a rien à comparer.»

Le 26 février 1906, la France célébra le centenaire de sa mort et lui érigea une statue à Paris qui fut détruite par Hitler en 1940. Déjà non décoré de son vivant en raison de sa couleur de peau, aucune commémoration officielle n’a eu lieu pour célébrer le bicentenaire de sa mort le 26 février dernier.

Il lui demande de préciser les raisons qui justifient qu’une telle commémoration n’ait pas eu lieu."

26 février 2006. Villers-Cotterêts. Pour le bicentenaire et à l'initiative de Claude Ribbe, une plaque est inaugurée par la mairie de Villers-Cotterêts et la communauté de communes de Retz sur la maison où mourut le général Dumas. Création de l'association des amis du général Dumas.

27 janvier 2006

Claude Ribbe s’adresse (en vain) à Jacques Chirac pour lui demander de rendre hommage au général Dumas et de déclarer le 4 février journée nationale de commémoration d e l’abolition de l’esclavage.

Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française

Monsieur le Président de la République,

Au moment où la Convention abolit l’esclavage sans conditions (4 février 1794) et où Marie-Césette Dumas, esclave de Saint-Domingue, devient libre et citoyenne française, son fils, le général Alexandre Dumas, né lui aussi esclave, est nommé général en chef de l’Armée des Alpes. La République, indifférente à la couleur de sa peau, n’hésite pas à lui confier la responsabilité de 45 000 Français.
Quelques mois plus tard, le général Dumas montre qu’il était digne de cette confiance. Après une progression harassante et périlleuse dans la neige, il monte à l’assaut des redoutes austro-sardes et emporte le site stratégique du Petit Saint-Bernard, sauvant la République de l’invasion étrangère.
Alors, sous les vivats des soldats de l’An II, les Piémontais viennent s’incliner devant ce Français à la peau noire et déposent à ses pieds leurs sabres et leurs étendards.
Le 26 février 2006, cela fera deux cents ans que le brave général Dumas est mort de chagrin parce qu’une autre France - prosternée devant un « homme providentiel » - a refusé de reconnaître ses mérites et a rétabli l’esclavage.

Monsieur le Président de la République, lorsque vous avez transféré au Panthéon les cendres du fils de cet homme dont vous avez eu le courage de dire qu’il avait été « trahi et abandonné par Bonaparte », vous avez montré à quelle France vous apparteniez. C’est celle de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Vous avez aujourd'hui l’opportunité, dans ce même élan, de marquer l’histoire en rendant hommage à ceux qui eurent l’audace – sans tenir compte des intérêts économiques de la Nation – d’abolir l’esclavage sans conditions et de faire de tous les habitants des colonies, sans distinction de couleur, des citoyens français à part entière. Par leur geste inoubliable (mais enfoui dans notre mémoire), la déclaration des droits de l’homme du 26 août 1789 est devenue un principe universel. Dans l’histoire de notre République, aucun autre moment n’est comparable à celui-là.

La logique et l’équité voudraient que vous rassembliez dans un même élan tous les Français blessés de l’Outre-mer et leurs compatriotes, en déclarant solennellement le 4 février journée de commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage et qu’un hommage éclatant soit rendu, sous votre haut patronage, en 2006, au brave général Dumas, héros sans tache de notre République.

Pour vous en convaincre, je n’ai, hélas, d’autre autorité que la liberté de ma plume et la mémoire de mes ancêtres, citoyens français mis en esclavage à la Guadeloupe en 1802, mais aussi paysans du Limousin arrachés à leur terre pour partir à la conquête de l’Europe sans d’autre raison que la gloire d’un homme. Je suis sûr qu’ils approuveraient, les uns comme les autres, que ma plume ait aussi servi à vous écrire cette lettre.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération.

Claude Ribbe

Décembre 2005

Malgré de nombreuses interventions, dont la lettre de François Baroin, ministre de l’Outre-mer, M. Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, pourtant saisi dès le 26 juillet 2005, refuse de passer outre l'avis du haut comité des célébrations nationales et d’inscrire le bicentenaire de la mort du général Dumas sur la liste des commémorations nationales 2006.

26 novembre 2005

Rencontre de Claude Ribbe avec Olivier Bosc, conseiller du ministre de la Culture chargé du dossier du bicentenaire du général Dumas. Aucune suite.

16 novembre 2005

Claude Ribbe, avec le Comité Culture du Collectif des Antillais, rencontre Mme Laurence Franceschini, directrice adjointe du cabinet du ministre de la Culture et MM. Olivier Bosc, Séverin Naudet et Philippe Castro, conseillers du ministre de la Culture. L’objet de l’entretien est de demander que le ministre inscrive d’office le bicentenaire du général au calendrier des commémorations nationales 2006. Aucune suite.

Septembre 2005

Lettre de François Baroin, ministre de l’Outre-mer, à Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, en faveur de l’inscription du bicentenaire du général Dumas au calendrier des commémorations nationales 2006

27 juillet 2005

Claude Ribbe, appuyé par le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais, intervient auprès de François Baroin, ministre de l’Outre-mer.

Monsieur François Baroin,
Ministre de l’Outre-Mer

Monsieur le Ministre,

Je me permets d’attirer votre attention sur le très prochain bicentenaire du général Dumas, né esclave aux Antilles et mort à Villers-Cotterêts (Aisne) en 1806. L’occultation de ce bicentenaire – qui risque de se produire si vous n’intervenez pas en urgence - serait, à mon sens, de nature à choquer la communauté antillaise de France et à discréditer le gouvernement. Je vous joins copie des courriers adressés dans ce sens à divers responsables et me tiens à votre disposition pour toutes précisions complémentaires.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments déférents.


Claude Ribbe


26 juillet 2005

Claude Ribbe saisit le ministre de la Culture, par l’intermédiaire de sa directrice-de cabinet.

Madame Laurence Franceschini
Directrice adjointe du Cabinet de M. le Ministre de la Culture


Madame,


Le Haut Comité des célébrations nationales ayant refusé, malgré mes instances, de proposer au Ministre l'inscription du bicentenaire de la mort du général Dumas, sur la liste des célébrations nationales 2006, j'émets le voeu que le Ministre puisse inscrire lui-même l'anniversaire de la mort du général Dumas sur la liste des commémorations retenues. Je suis volontiers disposé à en rédiger la notice et à vous fournir toutes explications utiles. J'insiste sur l'urgence, car la plaquette des commémorations nationales 2006 est actuellement sous presse, daprès ce que m'indique Madame Danièle Neirinck, chargée du dossier.
J'irai plus loin. Eu égard aux manifestations prévues en 2006 par diverses collectivités territoriales (conseil général de Savoie, conseil général de l'Aisne, ville de Paris, ville de Villers-Cotterêts notamment) pour honorer la mémoire de ce grand Français que fut le général Dumas, il ne me paraîtrait pas déplacé qu'une personne fût désignée, dans le cadre de votre cabinet, pour assurer la liaison entre les différentes initiatives, comme cela fut le cas pour George Sand en 2004. Ce serait une manière honorable de rappeler l'attachement de la France aux hommes emblématiques que l'histoire et les préjugés ont hélas, occultés.

Je vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes respectueux hommages.

Claude Ribbe.


26 juillet 2005

Claude Ribbe intervient auprès du président du Haut Comité des célébrations nationales. Il ne recevra aucune réponse.


Monsieur Jean Leclant
Président du Haut comité des célébrations nationales
Secrétaire Perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres,
Palais de l’Institut
25 quai de Conti, 75006 Paris


Monsieur le Secrétaire Perpétuel,


En 2002, Martine de Boisdeffre, que je ne connaissais pas, m’avait adressé un courrier par lequel elle me faisait part de la lecture de ma biographie du général Alexandre Dumas (1762-1806) qui l’aurait frappée au point de proposer au Haut Comité que vous présidez d’inscrire à son calendrier 2004 l’anniversaire de l’indépendance d’Haïti. Comme vous le savez, j’avais volontiers accepté d’en rédiger la notice.
Je suis donc particulièrement étonné, trois ans plus tard, de recevoir un courrier de la même Martine de Boisdeffre en date du 15 juin 2005 où je lis :
« Monsieur, Vous avez récemment attiré l’attention de la délégation aux célébrations nationales sur la mort du général Dumas, père de l’illustre écrivain, le 26 février 1806. J‘ai signalé cet anniversaire au Haut comité des célébrations nationales qui s’est réuni le 10 juin dernier comme susceptible de figurer parmi les célébrations nationales 2006. J’ai le regret de vous faire savoir que ce dernier n’a pas souhaité retenir cette date parmi celles qu’il proposera au ministre de la Culture et de la Communication.».
Les explications données sont plus étonnantes encore :
« [Le comité] n’a pas retenu de généraux de la Révolution et de l’Empire à l’exception de Desaix et de Kléber et ne souhaite pas, par exemple, proposer l’inscription de la mort du général Hugo au titre des célébrations nationales ».
Je conclus évidemment de cette lettre que le général Dumas aurait été proposé à votre Haut Comité en ses seules qualités de général de la Révolution et de père du célèbre écrivain. Ce n’est pas du tout en ce sens que j’avais attiré l’attention de la délégation.
Le général Dumas est l’une des figures emblématiques de notre histoire et un modèle pour notre République, ce qui n’est le cas ni pour Desaix (qui servit sous ses ordres) ni pour son ami Kléber, encore moins pour le général Hugo. « Il a sauvé vingt fois la République et est mort pauvre. Une telle existence est un chef-d’œuvre auquel rien n’est à comparer ». Ainsi Anatole France résumait-il sa vie du général Alexandre Dumas.
Vous ne pouvez ignorer qu’il est né esclave parmi les 400 000 esclaves de la colonie française de Saint-Domingue qui faisaient alors vivre un Français sur huit et qu’il eut à affronter le préjugé de couleur, préjugé qui amena Bonaparte à le rayer des cadres et à lui refuser une pension de prisonnier de guerre et la Légion d’Honneur à laquelle il avait droit plus que tout autre. J’ai eu l’occasion de le rappeler solennellement dans une allocution au Sénat lors du transfert des cendres de son fils au Panthéon. « Ne me parlez plus jamais de cet homme ! » disait Bonaparte. Pourtant, en 1906, le centenaire de la mort du général Dumas a été inscrit solennellement au fronton des institutions républicaines. Une statue a été érigée par la ville de Paris. Une statue qui sera déboulonnée par l’occupant nazi en 1942. J’imagine que vous comprenez pourquoi !
La République d’Haïti, les Antillais de France et tous les adversaires des préjugés et de l’injustice seraient bien offensés si, un siècle plus tard, le Haut Comité dédaignait de célébrer l’anniversaire du brave général Dumas. Compte tenu de la place occupée par Napoléon Bonaparte dans la plaquette des commémorations 2004, (Bonaparte, le héros national qui a rétabli l’esclavage et la traite négrière dans les colonies françaises et assassiné Toussaint Louverture), l’éviction du général Dumas pourrait bien être interprétée, hélas, comme la dérive raciste de l’institution que vous présidez. J’ose cependant penser que vous prendrez toutes précautions pour éviter un tel scandale en réexaminant attentivement et de toute urgence le cas du bicentenaire de la mort du général Alexandre Dumas. Pour toutes précisions utiles, je suis entièrement à votre disposition.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Secrétaire Perpétuel, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués,
Claude Ribbe


juin 2005

Claude Ribbe renouvelle sa demande. Martine de Boisdeffre l’informe par courrier que le Haut comité des célébrations nationales, présidé par Jean Leclant, refuse l’inscription du bicentenaire du général Dumas.

janvier 2005

Au moment de la dispersion des Archives de Lyon, Claude Ribbe rappelle à Danièle Neirinck, collaboratrice de Martine de Boisdeffre, la nécessité de célébrer en 2006 le bicentenaire du général Dumas

30 novembre 2002


Les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas sont transférées au Sénat sur décision de M. Jacques Chirac, président de la République. M. Christian Poncelet, président du Sénat, après avoir lu Alexandre Dumas le Dragon de la Reine, la biographie du général Dumas écrite par Claude Ribbe, fait modifier la cérémonie initialement prévue : une manifestation au Sénat destinée à honorer la mémoire du général Dumas précède celle du Panthéon. Claude Ribbe, entouré de MM. Christian Poncelet et Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture, prononce une allocution devant les sénateurs et un parterre d’invités représentant l’Outre-mer.


Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Ministre,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames, Messieurs,


Que dirait notre Alexandre Dumas de ces fastes républicains brusquement déployés autour de sa dépouille ? Nul ne le sait. Mais ce qui est sûr, c’est que s’il tenait la plume aujourd’hui, on ne se contenterait pas de dire qu’il est un écrivain. On jugerait utile, pour mieux le qualifier, d’ajouter qu’il est un écrivain «de couleur ». Ce serait un romancier « noir », un auteur « antillais ». On parlerait de sa « créolité », de son «africanité », de sa « négritude », de son « sang noir ». Bref, il aurait quelque chose de différent, de particulier, que sa couleur de peau désignerait et dont il n’aurait jamais la liberté de se défaire. En cette France du XXIe siècle, y aurait-il donc encore des gens pour croire à la « race », à la « pureté du sang » ?
Faut-il attendre de tomber en poussière pour ne plus subir le regard des autres ? Faut-il attendre les honneurs posthumes pour ne plus être insulté ? Insulté, Dumas le fut, de la naissance à la mort. Il essuya, avec la dignité propre aux êtres d’exception, les plus sottes offenses. Et la plus douloureuse de ces offenses fut sans doute l’injustice faite à son père, le général républicain Alexandre Dumas, premier du nom. Dès lors, l’hommage éclatant de ce soir doit-il être aussi l’occasion de saluer solennellement la mémoire de ce très grand Français.
Car les Alexandre Dumas sont trois et le premier d’entre eux, père de l’écrivain, n’était en naissant qu’un esclave dans la partie française de l’île de Saint-Domingue, aujourd’hui république d’Haïti. Il ne s’appelait pas encore Alexandre Dumas. Il n’avait qu’un prénom -Thomas-Alexandre- et pas de nom de famille car les esclaves n’avaient pas le droit d’en porter. Un esclave : deux cent quarante ans après, avons-nous bien idée de ce que cela veut dire ? Des civilisations bafouées, un continent décimé, la déportation, la cale de ces bateaux bien français qu’on armait dans les ports et pas seulement de Nantes ni de Bordeaux. Le fouet, le viol, l’humiliation, la torture, les mutilations, la mort. Et après la mort, l’oubli.
Le roi Louis XIV, en instaurant en 1685 le Code noir, avait juridiquement assimilé les esclaves africains déportés dans les colonies françaises à des biens meubles. Et ce Code noir, ne l’oublions pas, excluait aussi les Juifs et les Protestants de ces mêmes colonies françaises. Dans l’article 13, le roi voulait que «si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement». Le père de Thomas-Alexandre était Européen -donc libre- mais la mère était esclave africaine et le Code Noir s’appliquait à cet enfant comme à des centaines de milliers d’autres jeunes captifs. En 1775, son père, pour payer un billet de retour dans le bateau qui le ramènerait en Normandie, le mit d’ailleurs en gage, comme on dépose un objet au mont-de-piété. Un an plus tard, le jeune esclave passait en France à son tour mais lorsque son pied toucha le quai du Havre, il n’en fut pas affranchi pour autant. Un principe admirable affirmait pourtant que la terre de France ne porte point d’esclave. Mais il y avait été dérogé par plusieurs textes, qui, tout au long du XVIIIe siècle, avaient rendu de plus en plus difficile la venue et le séjour en France des esclaves antillais et, plus généralement, des hommes et des femmes de couleur. Ainsi, dissimulé sous une fausse identité, le père d’Alexandre Dumas, n’était qu’un «sans-papiers».
Bravant ces difficultés, en s’engageant pour huit ans, en qualité de simple cavalier, dans le régiment des Dragons de la reine, il prit un nom de guerre : Alexandre Dumas. On a souvent dit que c’était celui de sa mère. Mais, étant esclave, elle n’avait pas de patronyme et les actes qui la désignent ne parlent d’ailleurs que de son prénom : Césette. Il pourrait bien s’agir alors de son nom africain et ce serait bien honorable pour ce jeune homme d’avoir ainsi rendu hommage à sa mère restée là-bas en servitude.
Aux Dragons de la reine, Alexandre Dumas rencontra trois camarades. L’un d’entre eux venait de Gascogne. Les quatre cavaliers restèrent liés par une amitié fidèle et combattirent ensemble pendant les guerres de la Révolution.
En 1789, la Déclaration des Droits de l'Homme, contrairement à ce que l’on croit souvent, n’était pas encore universelle. Elle ne concernait que les Européens. Il fallut attendre trois ans pour que des droits soient reconnus aux hommes de couleur libres. Cinq ans pour que l’esclavage soit aboli, en principe, et encore sous la pression d’une révolte qu’on ne pouvait contenir.
Alexandre Dumas, après s’être battu avec rage, dès le printemps de 1792, contre l’envahisseur, participa avec son ami Joseph de Bologne (dit chevalier de Saint-George) également né esclave, à la création d’un corps composé d’Antillais et d’Africains : la Légion des Américains. Eux aussi furent des soldats de l’An II. Alexandre Dumas, en moins d’un an, fut le premier homme de couleur à devenir général de division de l’armée française. Accompagné des trois amis qu’il avait rencontrés aux Dragons de la reine, il prit bientôt le commandement de l’armée des Alpes et, bravant la peur, la neige et le froid, emporta les postes inexpugnables du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis. Lorsqu’éclata l’insurrection royaliste de 1795, c’est Dumas qu’on appela pour sauver la République. Mais l’essieu de la voiture du général cassa deux fois. On attendait Dumas : ce fut Bonaparte. Celui-là n’était rien encore. Il passait juste par là et il mitrailla les factieux. Dumas le rejoignit et combattit à ses côtés. Ils sauvèrent la République. Mais pour combien de temps ? Ils chevauchèrent jusqu’en Italie. Ils galopèrent jusqu’en Autriche. Sur le pont de Brixen, seul sur sa monture, Dumas pouvait arrêter une armée entière. Jusqu’à Alexandrie, jusqu’aux Pyramides, il se battit encore pour la France.
Mais le général Dumas a d’autres titres de gloire : il protesta contre la Terreur, il protégea les prisonniers de guerre, il refusa de participer aux massacres, aux pillages, aux viols et aux tortures perpétrés contre les civils de Vendée, il finit par quitter l’armée d’Egypte, pensant que la République française n’avait pas besoin de ce genre de conquête.
Sur le chemin du retour, le général Dumas fut capturé et passa deux ans dans les geôles du roi de Naples où il subit des sévices qui lui laissèrent dans le corps et dans l’âme des séquelles ineffaçables.
A son retour en France, c’est un fils que lui donna son épouse. Il l’avait connue à Villers-Cotterêts, en 1789. Leur histoire d’amour commença dans la cour du château où, deux cent cinquante ans plus tôt, un grand roi, d’un coup de plume, avait donné son essor à cette belle langue que l’écrivain Alexandre Dumas honorerait mieux que quiconque.
Lorsque l’enfant de 1802 parut, le général était là. D’habitude, Marie-Louise Dumas accouchait seule. La République ne leur avait pas laissé beaucoup de temps pour vivre ensemble. Leur fils était libre, malgré sa couleur de peau. Cette année 1802, qui le vit naître, ne fait pas honneur à la France. Le 20 mai, Napoléon Bonaparte rétablissait l’esclavage. Dans nos livres d’histoire, à l’écran, à la scène, on n’en parle pas volontiers. Il est un peu facile de dire qu’une femme-Joséphine-devrait seule porter la responsabilité de cette décision ignoble qui, aujourd’hui, aux termes d’une loi votée naguère en ces murs, constitue un crime contre l’Humanité. Le 28 mai 1802, à la Guadeloupe, le commandant Louis Delgrès et ses compagnons, pensant avec raison qu’on ne les laisserait pas vivre libres préférèrent mourir. Le lendemain, 29 mai 1802, Napoléon Bonaparte excluait de l’armée française les officiers de couleur, comme en d’autres temps on s’en prendrait aux officiers juifs. Cette mesure d’épuration raciale fut appliquée jusqu’aux élèves de l’Ecole polytechnique. Elle frappa douze généraux dont Toussaint Louverture et Alexandre Dumas. Le 2 juillet 1802, les frontières de la France se fermèrent aux hommes et aux femmes de couleur, même libres. L’année suivante, le 8 janvier 1803, quelques semaines avant que le général Toussaint Louverture n’expire, privé de soins, dans la citadelle la plus glaciale de France, les mariages furent proscrits entre fiancés dont la couleur de peau était différente. C’est sur ce terreau écoeurant que purent s’épanouir les théories françaises des Vacher de Lapouge et autres Gobineau qui furent, au siècle suivant, les inspirateurs de la barbarie nazie.
Bonaparte s’acharna, allant jusqu’à refuser de payer au général Dumas un arriéré de solde qu’il lui devait pourtant. Le héros, trop sensible, mourut de chagrin en 1806. Sa veuve, sans ressources, qualifiée de «femme de couleur» pour avoir épousé un ancien esclave, n’eut droit à aucune pension. Le jeune orphelin n’alla pas au lycée. Le général Dumas ne fut jamais décoré, même à titre posthume. Les généraux de couleur n’avaient pas droit à la Légion d’honneur.
Aujourd’hui, d’aucuns ont du mal à accepter que l’histoire d’un brave à la peau plus sombre que la leur ait pu inspirer l’écrivain français le plus lu dans le monde. Leurs préjugés les empêchent tout-à-fait d’imaginer un d’Artagnan noir.
Alors faut-il s’étonner si la statue du général Dumas, abattue par les nazis en 1943, n’est toujours pas remise à sa place ? Faut-il s’étonner si notre langue magnifique est souillée encore par ces mots qu’inventèrent les négriers ? Le mot de mulâtre par exemple, qui désigne à l’origine le mulet, une bête de somme hybride et stérile. Sans doute pour dire que les enfants de ceux dont les épidermes ne sont pas assortis feraient offense à la nature.
Mais à présent, n’est- ce pas le moment d’un coup de théâtre ? L’heure n’est-elle pas venue de jeter bas les masques ? L’heure de dire la vérité à qui voudra bien l’entendre. Quelle vérité ? Eh bien, tout simplement, que les Dumas étaient originaires d’Afrique et que la France en est fière.
Mais si nous disons cela, chaque fois qu’un étranger frappera à notre porte, ne faudra-t-il pas se demander quand même, avant de la lui claquer au nez, si ce n’est pas le héros que la République appellera peut-être bientôt à son secours, s’il ne sera pas un jour le père d’un génie de l’Humanité ? L’Humanité : une, indivisible et fraternelle comme cette République que le général Alexandre Dumas aimait tant.


septembre 2002. Claude Ribbe publie Alexandre Dumas, le Dragon de la Reine (éditions du Rocher), la première biographie du général Dumas publiée en France depuis celle d'Ernest d'Hauterive en 1897. Il y révèle que le général Dumas est né esclave, que sa mère n’était pas morte au moment du rétablissement de l’esclavage par Napoléon et que l’histoire du général Dumas et de ses trois camarades dragons de la Reine a directement inspiré Les Trois Mousquetaires.

3 juin 2002 - Claude Ribbe demande à M. Jacques Chirac la Légion d’honneur à titre posthume pour le général Dumas. La demande est rejetée au motif qu'on n'accorde pas la Légion d'honneur à titre posthume lorsque deux siècles se sont écoulés.


Monsieur le Président de la République,

Thomas-alexandre Davy de La Pailleterie, né esclave en 1762 dans la colonie française de Saint-Domingue (aujourd’hui République d’Haïti) fils d’une Africaine déportée et d’un Normand, est amené en France par son père à l’âge de quatorze ans. Il s’engage en 1786 dans le régiment des dragons de la Reine sous le pseudonyme d’Alexandre Dumas. C’est en servant sous cet uniforme et sous ce nom qu’il rencontre, trois ans plus tard, Marie Labouret, une jeune fille de Villers-Cotterêts. De leur union, célébrée en 1792, alors que Dumas était lieutenant-colonel de la Légion franche des Américains et du Midi, composée d’hommes « de couleur » et commandée par Joseph de Bologne, dit chevalier de Saint-George (1745-1799) devait naître un autre Alexandre Dumas, l’un des plus grands écrivains français.
Général dès l’été 1793, le courageux et intègre Alexandre Dumas se distingue sur tous les champs de bataille de la Révolution et s’y conduit avec honneur et humanité. Après dix ans de rudes combats pour la Nation, il doit subir en Italie une captivité particulièrement humiliante et éprouvante avant de pouvoir retrouver enfin sa famille.
Le général Alexandre Dumas, mort en 1806 des suites de ses campagnes, dans la gêne et l’oubli, est sans doute le plus valeureux soldat de notre République. Il mériterait à coup sûr de continuer à reposer auprès de son fils, même au Panthéon. « Le plus grand des Dumas, disait Anatole France, c’est le fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d’oeuvre auquel il n’y a rien à comparer ».
Pourtant, au moment où l’ordre de la Légion d’honneur fut créé, le 19 mai 1802, Napoléon Bonaparte ne jugea pas utile de décorer Alexandre Dumas. Il fut ainsi l’un des rares officiers généraux de l’époque à être privé de cette distinction à laquelle des services exceptionnels lui donnaient pourtant un droit incontestable. Sans doute à cause d’une brouille survenue durant la campagne d’Egypte. Dumas s’était élevé contre les méthodes - trop brutales à son goût - utilisées par l’armée française contre les Turcs. On dit aussi que Bonaparte n’aurait pas pardonné au héros d’avoir refusé de prendre la tête de l’expédition répressive envoyée contre la colonie révoltée de Saint-Domingue au début de l’année 1802.
Quoi qu’il en soit, on sait que l’ordre de la Légion d’honneur fut créé la veille du rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises et quelques semaines avant la fermeture des frontières aux hommes et aux femmes « de couleur » (2 juillet 1802). Ce contexte nauséabond - que Bonaparte lui-même aurait regretté plus tard - n’était sans doute guère favorable à un Afro-Antillais né esclave dans une colonie qui se trouvait alors en pleine insurrection.
Vous avez accepté, Monsieur le Président de la République, de transférer les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas au Panthéon. Il me semble que cela pourrait être l’occasion de rendre également hommage à son père, le général Dumas, en l’élevant à la plus haute dignité dans l’ordre de la Légion d’honneur.
Ce serait une décision particulièrement opportune et symbolique au moment où, tandis que beaucoup prônent le devoir de mémoire, nous sommes si peu à oser évoquer le triste anniversaire du rétablissement de l’esclavage, qui ne saurait pourtant passer inaperçu, en particulier pour des centaines de milliers de Français d’Outre-mer. Elle signifierait, aux yeux de tous, que même si le temps a passé, la République française n’oublie pas ceux qui l’ont défendue ; qu’elle condamne avec la plus grande fermeté toutes les formes de discrimination et d’exclusion, tous les crimes contre l’Humanité.
Ce serait également une manière de compléter l’hommage rendu à l’écrivain Alexandre Dumas, blessé à jamais par le sort particulièrement injuste réservé à un père dont il tenait tant à honorer le nom et le souvenir. Ce père aurait pu être le héros d’un de ses romans mais, comme le disait un biographe, « pour ne pas être taxé d’invraisemblance, il confia aux mousquetaires la besogne que le général avait accomplie seul ». Ce serait enfin l’occasion de saluer l’exemple de Villers-Cotterêts, une commune où François 1er, le 10 août 1539, signait une ordonnance imposant l’usage de la langue française - l’acte fondateur de la Francophonie en quelque sorte - et qui, le 15 août 1789, deux cent cinquante ans plus tard, presque jour pour jour, accueillait un jeune homme de mérite et de cœur sans se préoccuper outre mesure de son apparence ni de ses origines et sans imaginer, bien sûr, que le fils de cet homme serait l’une des plus grandes et des plus attachantes figures de la littérature française.
J’ignore si la réglementation actuelle permet ou non d’attribuer la Légion d’honneur à titre posthume mais je suis convaincu que les textes doivent pouvoir s’adapter aux situations et aux gens qui en valent la peine.
C’est pourquoi je prends la liberté, Monsieur le Président de la République, de vous suggérer d’accepter, après avis des autorités et des associations concernées, feu Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, dit Alexandre Dumas, général de division de l’armée française, dans l’ordre de la Légion d’honneur et de l’élever à la dignité de grand-croix.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très respectueuse considération.
Claude Ribbe


25 juin 2002 dépêche AFP

Paris va retrouver la statue du général Dumas

PARIS. 25 juin (AFP) - La statue du général Dumas, qui ornait jadis une place de Paris, devrait prochainement retrouver son socle, pour "réparer une diversion de l'histoire", selon les termes de l'adjoint au maire à la culture Christophe Girard.

Philippe Séguin, président du groupe RPR au Conseil de Paris, a rappelé mardi lors de la séance du Conseil que le général Thomas-Alexandre Dumas, père de l'auteur des Trois Mousquetaires, avait jadis sa statue sur la "place des Trois Dumas" - devenue place du Général-Catroux, dans le XVllème arrondissement - et qu'elle avait été mise à bas par les nazis.

"C'était un homme de caractère, un des grands généraux de l'armée française, un serviteur d'une république ouverte", a souligné M. Séguin.
Le général Dumas était le fils du marquis Antoine-Alexandre Davy de la Pailleterie et d'une esclave haftienne, Marie-Céssette Dumas. Son père ayant refusé qu'il entre dans l'armée sous son nom, il avait pris le nom de sa mère. Il était le grand-père de l'autre Alexandre, alias Dumas fils, auteur de la Dame aux Camélias.
M. Séguin a émis le voeu que la statue soit remisé en place, ou que soit édifiée une nouvelle statue. La mairie lui a donné son appui. estimant par la voix de M. Girard qu"'au nom de la révolution, de la république, des esclaves et de nos compatriotes d'origine africaine, ce serait bien qu'on répare cette diversion de l'histoire".
Le voeu a été voté à l'unanimité par le Conseil. 25!06/02 09 h :59

Juin 2002

Claude Ribbe demande à M. Philippe Seguin de faire voter la remise en place de la statue du général Dumas, détruite pendant l’occupation. Quelques jours plus tard le Conseil de Paris approuve cette initiative à l’unanimité et M. Christophe Girard déclare à l’AFP qu’il s’agit de "réparer une diversion de l’histoire"

 

1942


La statue du général Dumas par Alphonse de Perrin de Moncel est détruite par les collaborateurs français. Celles de son fils et de son petit-fils sont épargnées. Les trois statues se trouvaient place des Trois Dumas (l’actuelle place du général-Catroux).

1912

La ville de Paris fait ériger une statue sur l’actuelle place du général-Catroux (17e arrondissement)

1838

L’écrivain Alexandre Dumas réclame l’installation d’une statue pour son père avec une copie à Port-au-Prince

Lettre de l’écrivain Alexandre Dumas adressée à des Haïtiens à propos de son père (1838).

«Mes chers compatriotes…

Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par mon propre cœur de faire élever une statue à mon père ; cette statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale, grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus de 20 à 25 000 francs.
Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs :
Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils habitent. A cette souscription ne pourront se joindre, pour les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu de se monter à 25 000 F, se monte à 40 000, on fondrait une seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors, j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter. Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve [Alexandre Dumas vient de perdre sa mère] et qui réveille cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père, ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès du Tyrol ; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France.

Alexandre Dumas, 5 août 1838 »

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