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Six ans de lutte dans l'espoir que
la République reconnaisse enfin le "rôle positif"
du général Alexandre Dumas...

Père de l'écrivain français
le plus lu dans le monde,Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie,
né esclave en Haïti en 1762, fut, sous le pseudonyme d'Alexandre
Dumas qu'il s'était choisi, le premier général français
d'origine africaine.
Il se couvrit de gloire pendant
la Révolution et ses aventures inspirèrent Les
Trois Mousquetaires.
Défenseur des droits
de l'homme, le général Dumas s'opposa à la peine
de mort, aux sévices sur les prisonniers de guerre et les
populations civiles, à l'esclavage.

Mis à l'écart par le régime
raciste de Napoléon, le général Dumas mourut en 1806 à Villers-Cotterêts
(Aisne), pauvre et oublié. Il fallut attendre 1897 pour que
l'époux de sa petite-fille, Ernest d'Hauterive, lui consacre
enfin une biographie.
En 1906, pour le centenaire
de sa mort, la ville de Paris lui érigea une statue (par Alphonse
de Perrin de Moncel). Mais les nazis la firent abattre 37
ans plus tard, peu après la visite de Hitler au tombeau de
Napoléon.
Curieusement, depuis la Libération,
personne n'a songé à remettre la statue à sa place.
En 2002, Claude Ribbe publia,
après celle d'Ernest d'Hauterive, la seconde biographie française
du général, Alexandre Dumas le dragon de la Reine
(Paris éditions du Rocher) qui révélait plusieurs aspects
inédits et importants : son statut d'esclave à la naissance,
le fait que sa mère n'était pas morte, comme on le dit généralement,
au moment du départ du futur général Dumas pour la France
et surtout les ressemblances entre la vie du général et le
célèbre roman que publiera son fils. Le dragon Dumas rencontra
en effet aux dragons de la reine trois camarades qui partagèrent
ses aventures pendant les guerres de la Révolution : Joseph
Piston, Jean-Louis Espagne et Louis-Chrétien Carrière de Beaumont.Tous
quatre deviendront généraux.
Ce fut la première étape d'une
longue marche vers la réhabilitation du héros antillais.
Depuis, Claude Ribbe se bat
afin qu'un projet d'Ousmane Sow pour remplacer l'oeuvre vandalisée
d'Alphonse de Perrin de Moncel soit accepté par le maire de
Paris. Malgré ses déclarations et le vote unanime de son conseil,
Bertrand Delanoë et Christophe Girard (adjoint au maire chargé
de la Culture et président de la commission pour l'art dans
la ville) ne semblent guère pressés de rendre hommage à un
afrodescendant.
Chronologie :
17 décembre 2007. Le texte de la pétition
mise en ligne le 12 novembre pour la statue du général Dumas
par Ousmane Sow est est adressé au maire et aux conseillers
de Paris avec la liste des 1000 premiers signataires.
1er décembre 2007. Article dans Marianne.
19 novembre 2007. Lettre de Claude Ribbe à Rama Yade
Madame la Ministre,
L’association des amis du général Dumas a été créée le 26
février 2006, jour du bicentenaire de la mort du général Dumas.
Elle a pour but d’honorer la mémoire de Thomas-Alexandre Davy
de La Pailleterie dit Dumas, né à Jérémie (Haïti) et, partant,
à travers les Dumas, de construire des passerelles, notamment
culturelles, entre la France et la République d’Haïti.
Nous nous sommes fixé comme objectif d’accomplir rapidement
le souhait exprimé le 5 août 1838 par l’écrivain Alexandre
Dumas (le fils du général) qui confiait à des Haïtiens (qu’il
appelait « mes chers compatriotes ») son voeu qu’une statue
du général Dumas fût installée à Paris et une réplique érigée
sur une des places de Port-au-Prince, cette opération devant
être menée avec la participation du gouvernement français.
C’était, pensait-il, une manière de « rappeler à la vieille
Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation que
les Haïtiens n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni
leur contingent de gloire à la France.»
Les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas ont été transportées
au Panthéon sans que cette légitime demande ait abouti. Si
une statue a bien été installée à Paris en 1906 sur l’actuelle
place du général-Catroux pour le centenaire de la mort du
général Dumas, à l’initiative de la ville de Paris (sans copie
pour Port-au-prince) l’oeuvre a été détruite trente six ans
plus tard par l’occupant nazi pour des raisons évidemment
racistes (les autres statues de la place ont été épargnées).
Le moule de la statue initiale ayant été détruit, il convenait
donc de refaire une statue, ce dont la ville ne s’est préoccupée
que le jour où j’ai demandé au conseil de Paris, par l’intermédiaire
de M. Seguin, actuel premier Président de la Cour des Comptes,
d’en voter le principe, ce qui a été fait le 25 juin 2002.
J’ai agi en ma qualité d’unique biographe français du général
Dumas (Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, publié à Paris
en 2002).
J’ai ensuite sensibilisé le grand sculpteur sénégalais Ousmane
Sow à ce projet sur lequel il a commencé à travailler dès
2004 en s’inspirant de mon livre.
La mairie de Paris a été relancée à plusieurs reprises, mais
n’a rien fait jusqu’à ce jour et, fort curieusement, la décision
du conseil prise il y a cinq ans n’est toujours pas exécutée.
Le prétexte officieux : le projet d’Ousmane Sow serait jugé
«médiocre» par le M. Bertrand Delanoë. Il est évident que
nous ne partageons pas cet avis et nous ne sommes pas les
seuls. C’est pour cette raison que nous avons récemment ouvert
en ligne une pétition qui recueille un vif succès http://www.ipetitions.com/petition/generaldumas/index.html
et qui sera très prochainement remise à M. le maire de Paris
dans l’espoir qu’il prenne toutes dispositions pour que le
monument promis par la ville soit promptement réalisé pour
être inauguré, avec toute la solennité voulue, le mardi 26
février prochain, date anniversaire de la mort du général
Dumas. Nous aurions besoin du concours de l’État, comme l’avait
suggéré l’écrivain Alexandre Dumas, pour faire réaliser et
transporter une copie de cette statue à Port-au-Prince. Au
cas où notre demande n’aboutirait pas - ce qui serait bien
surprenant - l’aide de l’État serait sollicitée aux fins de
faire réaliser à la fois l’original – pour la ville de Paris
ou, en cas de refus, pour le Sénat – et la copie – pour la
République d’Haïti ou la ville de Port-au-Prince. Nous souhaiterions
offrir en même temps un grand nombre d’exemplaires des livres
d’Alexandre Dumas aux enfants des banlieues pauvres de cette
ancienne colonie qui, faut-il le rappeler, faisait vivre en
1789 un Français sur huit en métropole et où un million d’Africains
ont été déportés et asservis dans des conditions effroyables.
J’ai obtenu un accord de principe de Monsieur René Préval,
président de la République d’Haïti, lors de sa visite officielle
à Paris en juin 2006. Pour marquer son attachement à ce projet,
M. Préval est même allé déposer une gerbe au Panthéon sur
la tombe de l’écrivain Alexandre Dumas, ce qui n’était pas
prévu dans son programme initial.
Malgré mes nombreuses démarches, la France n’a pas célébré,
comme elle aurait pourtant dû le faire, le bicentenaire du
général Dumas en 2006 et le Président de la République n’a
pas accordé au général Dumas la décoration à laquelle il avait
droit et qui lui avait déjà été refusée en 1802 : la Légion
d’honneur.
J’ai récemment renouvelé cette demande de décoration auprès
de notre nouveau Président et j’espère qu’elle aboutira.
Le général Dumas, né esclave à Saint-Domingue, fut le premier
général issu de ce qu’on appellerait aujourd’hui la « diversité»
et il s’illustra à ce rang comme nul autre. Son fils, né de
l’union avec une jeune fille de Villers-Cotterêts, est l’écrivain
français de tous les temps le plus lu dans le monde et le
plus adapté au cinéma. Quel meilleur modèle avons nous à proposer
à la jeunesse d’aujourd’hui et en particulier à la jeunesse
discriminée qui revendique légitimement sa place non seulement
dans notre société, mais également dans notre histoire par
le truchement des hommes et des femmes qui lui ont ouvert
la voie en affrontant les mêmes préjugés ?
Comme vous le savez, le général Dumas n’est pas seulement
le héros exemplaire de la Révolution qui créa les chasseurs
alpins, le vainqueur du Petit-Saint-Bernard, du Mont-Cenis
et de Brixen, c’est aussi une figure majeure du combat pour
les droits de l’Homme, dont vous êtes, madame la Ministre,
chargée au sein du Gouvernement.
Le général Dumas mérita le surnom enviable de «Monsieur de
l’Humanité» : à cause de son opposition à la peine de mort,
ce qui était une position plus que courageuse pour un général
jacobin en 1793 ; à cause de son attachement à ne pas maltraiter
les prisonniers de guerre qui préfigurait l’esprit des conventions
internationales ultérieures ; à cause de sa volonté de protéger
les populations civiles qui le conduisit à démissionner avec
éclat en 1794 de son commandement de l’armée de l’Ouest pour
protester contre les massacres de Vendée; à cause, bien sûr
de sa lutte constante contre l’esclavage et le racisme. Quel
meilleur symbole avons-nous à proposer au monde à la veille
du soixantième de la déclaration universelle des droits de
l’Homme ?
Vous avez récemment, Madame la Ministre, effectué un voyage
en Haïti en exprimant le souhait que le Chef de l’État accomplisse
à son tour ce périple, ce qui serait une première. Ne serait-ce
pas une occasion unique, au-delà des polémiques entre deux
nations au passé commun douloureux, de rappeler les liens
positifs, mais pour le moment occultés, que le général Dumas
a tissés entre la France et ce pays qui n’a jamais renoncé,
malgré bien des blessures, à parler notre langue, celle d’Alexandre
Dumas ?
Pour toutes ces raisons, j’ai l’honneur, en mon nom propre,
au nom de l’association des Amis du général Dumas et de tous
ceux qui soutiennent son action en signant la pétition pour
la réalisation de l’œuvre d’Ousmane Sow, de vous demander
de nous faire savoir si vous êtes prête à soutenir notre entreprise
de réhabilitation du général Dumas, notamment en associant
sa mémoire à la commémoration du 60e anniversaire de la déclaration
universelle des Droits de l’Homme, en intervenant auprès du
Président de la République, pour qu’il accorde au général
Dumas la Légion d’honneur à titre posthume, pour qu’il honore
de son haut patronage la mise en place des statues de Paris
et de Port-au-Prince et pour qu’il nous aide à obtenir les
moyens souhaités par l’écrivain Alexandre Dumas d’accomplir
la réhabilitation du général ; en intervenant auprès de Monsieur
Bertrand Delanoë, maire de Paris, pour qu’il accède sans délai
à notre requête de faire réaliser le projet présenté par Ousmane
Sow. S’agissant d’une manifestation prévue fin février, il
y a bien évidemment extrême urgence.
29 novembre 2007. Article
sur la statue du général dans Le Parisien
12 novembre 2007. L'association des
amis du général Dumas met en ligne une pétition
pour une statue du général Dumas à Paris.
27 septembre 2007. Lettre de Claude Ribbe à Nicolas
Sarkozy.
Monsieur le Président de la République,
J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur un compatriote
injustement oublié par la République : le général Alexandre
Dumas-Davy de La Pailleterie, né esclave à Saint-Domingue
(aujourd’hui république d’Haïti), héros de la Révolution,
défenseur des droits de l’Homme, père de l’écrivain français
le plus lu dans le monde. En un mot, un Français modèle, mais
aussi un modèle d’intégration.
Le futur général, engagé comme simple cavalier dans les dragons
de la Reine sous le pseudonyme d’Alexandre Dumas, rencontra
le 15 août 1789, dans la cour du château de Villers-Cotterêts,
à l’endroit même où François 1er, deux cent cinquante ans
plus tôt, avait officialisé l’usage de la langue française,
une jeune fille qui devint une épouse exemplaire, puis une
veuve courageuse, attachée à défendre la mémoire de son mari.
C’est elle qui, sans moyens, éleva le second Alexandre Dumas.
Ce nom fut en effet repris par le fils du général. Devenu
écrivain, il transposa les exploits de son père dans des centaines
de romans et en particulier dans les Trois Mousquetaires,
où à travers d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, transparaissent
assez clairement les figures du général et de ses trois compagnons
des dragons de la Reine : Carrière de Beaumont, Piston et
Espagne. Que serait l’identité française sans les Trois Mousquetaires
? Que peut-elle être sans le général Dumas ?
Il fut le premier Français d’origine afro-antillaise à accéder
en 1793 au grade de général dans l’armée dont vous êtes le
chef, Monsieur le Président de la République, et qui se dit
aujourd’hui soucieuse d’ouvrir davantage la carrière d’officier
à la diversité. N’avons-nous pas là un modèle idéal ?
Le général Dumas s’illustra glorieusement pendant les guerres
de la Révolution, créant les chasseurs alpins alors que le
gouvernement l’avait placé à la tête des quarante cinq mille
hommes de l’Armée des Alpes, reprenant le Petit-Saint-Bernard
et le Mont-Cenis aux Austro-Sardes, démissionnant avec honneur
de son poste de général en chef de l’armée de l’Ouest pour
ne pas devoir massacrer des civils vendéens, défendant seul
le drapeau tricolore sur le pont de Brixen contre un régiment
de cavalerie autrichien. L’ennemi l’avait surnommé le « diable
noir ». Mais pour ses hommes, c’était un dieu. Pour son ami
Bonaparte, c’était l’ « Horatius Coclès du Tyrol ». Dumas
accompagna l’armée d’Égypte en 1798 avec le titre de commandant
de la cavalerie d’Orient. Mais une brouille avec Napoléon
et une longue captivité en Italie mirent un terme à cette
carrière particulièrement exemplaire. Dumas scella son sort
en refusant d‘accompagner l’armée chargée de rétablir l’esclavage
à Saint-Domingue à la fin de l’année 1801. Il fut rayé des
cadres et mourut sans récompense au début de l’année 1806,
miné par le chagrin que lui causait le fait de n’avoir pas
eu l’honneur, comme ses trois compagnons devenus généraux,
de participer à la charge de cavalerie d’Austerlitz.
Voici ce que dit de lui l’écrivain Anatole France : « Le plus
grand des Dumas, c’est le fils de la négresse, c’est le général
Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard
et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois
sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre.
Une pareille existence est un chef-d'oeuvre auquel il n'y
a rien à comparer».
En 1838, l’écrivain Alexandre Dumas avait demandé qu’une statue
de son père fût érigée à Paris, un monument financé notamment
grâce à une souscription faite auprès de tous les « hommes
de couleur » du monde entier. L’écrivain, qui se considérait
comme Franco-Haïtien, souhaitait qu’une copie fût offerte
en grande pompe à la République d’Haïti. Il avait même prévu
d’accompagner jusqu’à Port-au-Prince cette statue de son père
sur un bateau de guerre que lui aurait fourni le gouvernement
français. Son vœu fut partiellement exaucé au siècle suivant.
À l’occasion du centenaire de la mort du général, une statue
fut en effet érigée sur la place du Général-Catroux, pour
figurer aux côtés de la statue du fils du général et de son
petit-fils (l’auteur de La dame aux Camélias). La place, qui
portait le nom de Malesherbes, fut rebaptisée place des Trois-Dumas.
Mais cette statue étant à la gloire d’un «sang-mêlé» l’occupant
nazi, en 1942, jugea bon, dans sa logique raciste, de la faire
disparaître.
En 2001, le président Chirac décida de transférer au Panthéon
les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas, ce qui fut fait
le 30 novembre de l’année suivante. J’avais profité de l’occasion
pour rappeler, à travers un livre, Alexandre Dumas, le dragon
de la Reine, l’importance du général et l’injustice faite
à sa mémoire. M. le Président Poncelet me fit ouvrir les portes
du Sénat pour rendre un hommage officiel au père alors même
que le fils entrait au Panthéon.
Comme vous le savez, l’esclavage a été rétabli dans les colonies
françaises le 20 mai 1802, le lendemain du jour où fut créé
l’ordre de la Légion d’Honneur. Deux cents ans plus tard,
alors que la République s’enorgueillissait du bicentenaire
de la Légion d’Honneur (tout en passant naturellement sous
silence le bicentenaire du rétablissement de l’esclavage)
il me semblait légitime que le général Dumas – privé de récompense
à cause de ses origines et de sa couleur de peau - fût enfin
honoré à titre posthume en étant élevé à la dignité de grand-croix
de la Légion d’Honneur. Cela supposait seulement de changer
quelques textes et cela ne coûtait rien. J’adressai une demande
dans ce sens à M. Jacques Chirac, votre prédécesseur. Ma démarche
se solda par un refus. Parallèlement, j’alertai les élus parisiens
sur la nécessité de remettre en place la statue abattue par
les nazis, dont personne ne se souciait plus depuis soixante
ans. Un vote unanime intervint dans ce sens en juin 2002 à
la demande de M. Philippe Seguin, actuel Premier président
de la Cour des Comptes. M. Christophe Girard, adjoint au maire
de Paris chargé de la Culture, déclara à cette occasion qu’il
fallait « réparer une diversion de l’histoire ». Le conseil
de Paris avait bien décidé de remettre la statue en place,
mais aucun crédit n’avait été voté. Le célèbre sculpteur sénégalais
Ousmane Sow, après avoir lu mon ouvrage, avait pourtant préparé
un projet et suggéré un achat de son œuvre par la ville. J’organisai
un déjeuner, le 6 juin 2004, pour que l’artiste rencontre
madame Pau Langevin, conseillère du maire de Paris devenue
député. Rien ne bougea. L’année suivante, je réussis à convaincre
Christophe Girard de faire voter les crédits nécessaires pour
qu’une nouvelle statue soit érigée, le moule de la précédente
étant détruit. La ville de Paris mit alors en place un concours
et Ousmane Sow présenta naturellement son projet qui, fort
curieusement, n’a toujours pas été retenu.
En 2006, la République française aurait dû rendre un hommage
exceptionnel au général Alexandre Dumas dont c’était le bicentenaire
de la mort. Au lieu de cela, et malgré mes protestations indignées,
relayées par une question écrite du sénateur Piras au ministre
de la Culture, ce bicentenaire ne fut même pas mentionné au
calendrier des commémorations nationales !
En 1906, pourtant, la République avait célébré le héros de
Brixen. Heureusement, le département de la Savoie et les chasseurs
alpins sauvèrent l’honneur de la France en organisant, à ma
demande, des manifestations au Petit-Saint-Bernard.
Je m’étonne, Monsieur le Président de la République, d’une
telle amnésie à l’heure où il me semble urgent de rassembler
tous les Français autour de leurs figures emblématiques, sans
distinction de couleur, d’origine ou de religion.
Récemment, un de mes lecteurs de Montceau-les-Mines, ancien
combattant AFN, m’a adressé un courrier touchant qui exprime,
j’en suis sûr, l’opinion de la majorité de nos compatriotes.
« Je viens de lire votre ouvrage et je suis bouleversé, m’écrit
cet homme. Le sort réservé au général Dumas et le peu d’intérêt
de la France à la réhabilitation de sa mémoire me choquent
profondément. J’ai lu sur la toile que vous aviez demandé
au président Chirac que le général Dumas soit élevé à titre
posthume grand croix de la Légion d’Honneur, ce que j’approuve
sans réserve… Je me permets de suggérer que cette initiative
soit reconduite auprès de l’actuel Président de la République,
Nicolas Sarkozy. La France en sortirait grandie. »
Ce lecteur a parfaitement raison et sa lettre m’encourage
à vous écrire aujourd’hui.
Nous allons bientôt célébrer le soixantième anniversaire de
la déclaration universelle des droits de l’Homme. Les droits
de l’Homme, une idée française. Le général Dumas, opposé à
la peine de mort, respectueux des civils et des prisonniers
de guerre, et surnommé de ce fait par certains guillotineurs
de 1793 « Monsieur de l’Humanité » en est l’une des plus glorieuses
illustrations.
C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous demander, Monsieur le
Président de la République, de contribuer à rendre au général
Dumas la place qui lui est due dans l’histoire de notre nation
et dans la mémoire de nos compatriotes.
Je propose que, pour ouvrir solennellement l’année du soixantième
anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme,
la statue abattue par les nazis soit solennellement remise
à sa place dès cet hiver à Paris, place du général-Catroux,
face au consulat d’Haïti, au cours d’une cérémonie à laquelle
serait associée la mairie de Paris et qui serait placée sous
votre haut patronage.
Devant les troupes assemblées – en particulier la Garde républicaine,
dernier régiment de cavalerie de l’armée française et le 13e
bataillon de Chasseurs alpins – en présence des enfants des
écoles qui auraient congé ce jour-là, en présence aussi de
tous ceux qui sont attachés à la diversité et aux droits de
l’Homme, le Président de la République, en dévoilant sa statue,
élèverait à titre posthume le général Alexandre Dumas à la
dignité de grand-croix de l’ordre national de la Légion d’Honneur.
Conformément à la volonté de l’écrivain Alexandre Dumas, fils
du général, une copie de la statue érigée à Paris serait offerte
à la République d’Haïti.
Accomplissant la volonté de l’auteur des Trois Mousquetaires,
vous pourriez vous-même, Monsieur le Président de la République,
accompagner cette statue jusqu’à Port-au-Prince sur le pont
d’un de nos bateaux de guerre qui, pour l’occasion, transporterait
aussi des milliers d’exemplaires des œuvres d’Alexandre Dumas
afin de les offrir aux enfants déshérités des bidonvilles.
Mon ami René Préval, votre homologue haïtien, accepterait
avec joie, j’en suis certain, cette initiative de rapprochement.
Vous seriez le premier chef de l’État de l’histoire de France
à vous rendre dans l’ancienne colonie où notre pays a déporté
un million d’Africains, une ancienne colonie qui s’est révoltée
contre l’esclavage et son rétablissement, donnant ainsi une
portée universelle à la déclaration des droits de l’Homme
de 1789; une ancienne colonie qui est devenue indépendante,
mais qui n’a jamais renoncé, malgré des blessures encore vives,
à parler notre langue, celle d’Alexandre Dumas.
28 juin 2006. Les statuts de l'association du général
Dumas, présidée par Claude Ribbe, sont déposés à la préfecture
de police de Paris. L'association se propose d'offrir à Haïti
une réplique de la statue qui sera remise en place par la
ville de Paris. Le président haïtien René Préval, de passage
à Paris est sensibilisé par Claude Ribbe à cette démarche.
Réunion du comité pour l'art dans la ville pour désigner le
scuplteur chargé de remettre la statue en place.

24 juin 2006. Répondant à une invitation de la Facim
(Fondation pour l'action culturelle internationale en montagne),
présidée par Hervé Gaymard, le ministre de la Culture, Renaud
Donnedieu de Vabres vient inaugurer au petit Saint-Bernard
(Savoie) une plaque commémorant la victoire du général Dumas,
commandant de l'armée des Alpes en 1794. M. Donnedieu de Vabres
est conspué par les indépendantistes de la Ligue savoisienne.
La Marseillaise, jouée par les Chasseurs alpins, est sifflée.

23 juin 2006. Un tableau peint par Edouard Pingret
en 1836 et représentant la victoire du général Dumas au petit
Saint-Bernard est dévoilé après restauration à la mairie de
Bourg-Saint-Maurice. Conférence de Claude Ribbe sur le rôle
du général Dumas en Savoie à Bourg-Saint-Maurice.
22 juin 2006. Conférence de Claude Ribbe sur le général
Dumas en Savoie à Lanslebourg.
1er mars 2006. Article de Claude Ribbe dans Le
Monde protestant contre l'absence de commémoration du
bicentenaire du général Dumas. Le sénateur PS de la Drôme,
Bernard Piras, dépose une question écrite au ministre de la
Culture sur les raisons de la non-commémoration :
"Monsieur Bernard Piras attire l’attention de Monsieur
le ministre de la Culture et de la Communication sur l’absence
de commémoration officielle du bicentenaire de la mort du
général Dumas.
Le général Alexandre Dumas est né esclave en Haïti en 1762
et mort libre en métropole le 26 février 1806. Il est le père
du célèbre écrivain qui repose désormais au Panthéon.
Alexandre Dumas devint en 1793 le premier général noir de
l’histoire de France. Il déjoua la trahison du général Dumouriez.
Il commanda 45000 hommes dans l’armée des Alpes et créa les
« chasseurs de la montagne ». Il remporta les batailles du
Mont-Cenis et du Petit-Saint-Bernard, sauvant la France et
la jeune République. En 1797, il retint seul la charge de
cavalerie autrichienne au pont de Brixen en Italie. Il était
surnommé « Monsieur de l’Humanité » en raison de ses prises
de position exemplaires pour l’époque. Il sauva de la guillotine
des villageois victimes de la Terreur. Il démissionna de son
poste de commandant de l’armée de l’Ouest pour dénoncer les
crimes commis contre les Vendéens.
Le général Thiébault, pourtant raciste notoire, reconnaîtra
qu’il fut « le plus grand soldat du monde ». Anatole France
disait de lui qu’il était «le plus grand des Dumas qui offrit
soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte
et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d’œuvre
auquel il n’y a rien à comparer.»
Le 26 février 1906, la France célébra le centenaire de sa
mort et lui érigea une statue à Paris qui fut détruite par
Hitler en 1940. Déjà non décoré de son vivant en raison de
sa couleur de peau, aucune commémoration officielle n’a eu
lieu pour célébrer le bicentenaire de sa mort le 26 février
dernier.
Il lui demande de préciser les raisons qui justifient qu’une
telle commémoration n’ait pas eu lieu."
26 février 2006. Villers-Cotterêts. Pour le bicentenaire
et à l'initiative de Claude Ribbe, une plaque est inaugurée
par la mairie de Villers-Cotterêts et la communauté de communes
de Retz sur la maison où mourut le général Dumas. Création
de l'association des amis du général Dumas.
27 janvier 2006
Claude Ribbe s’adresse (en vain) à Jacques Chirac
pour lui demander de rendre hommage au général Dumas et de
déclarer le 4 février journée nationale de commémoration d
e l’abolition de l’esclavage.
Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française
Monsieur le Président de la République,
Au moment où la Convention abolit l’esclavage sans conditions
(4 février 1794) et où Marie-Césette Dumas, esclave de Saint-Domingue,
devient libre et citoyenne française, son fils, le général
Alexandre Dumas, né lui aussi esclave, est nommé général en
chef de l’Armée des Alpes. La République, indifférente à la
couleur de sa peau, n’hésite pas à lui confier la responsabilité
de 45 000 Français.
Quelques mois plus tard, le général Dumas montre qu’il était
digne de cette confiance. Après une progression harassante
et périlleuse dans la neige, il monte à l’assaut des redoutes
austro-sardes et emporte le site stratégique du Petit Saint-Bernard,
sauvant la République de l’invasion étrangère.
Alors, sous les vivats des soldats de l’An II, les Piémontais
viennent s’incliner devant ce Français à la peau noire et
déposent à ses pieds leurs sabres et leurs étendards.
Le 26 février 2006, cela fera deux cents ans que le brave
général Dumas est mort de chagrin parce qu’une autre France
- prosternée devant un « homme providentiel » - a refusé de
reconnaître ses mérites et a rétabli l’esclavage.
Monsieur le Président de la République, lorsque vous avez
transféré au Panthéon les cendres du fils de cet homme dont
vous avez eu le courage de dire qu’il avait été « trahi et
abandonné par Bonaparte », vous avez montré à quelle France
vous apparteniez. C’est celle de la liberté, de l’égalité
et de la fraternité.
Vous avez aujourd'hui l’opportunité, dans ce même élan, de
marquer l’histoire en rendant hommage à ceux qui eurent l’audace
– sans tenir compte des intérêts économiques de la Nation
– d’abolir l’esclavage sans conditions et de faire de tous
les habitants des colonies, sans distinction de couleur, des
citoyens français à part entière. Par leur geste inoubliable
(mais enfoui dans notre mémoire), la déclaration des droits
de l’homme du 26 août 1789 est devenue un principe universel.
Dans l’histoire de notre République, aucun autre moment n’est
comparable à celui-là.
La logique et l’équité voudraient que vous rassembliez dans
un même élan tous les Français blessés de l’Outre-mer et leurs
compatriotes, en déclarant solennellement le 4 février journée
de commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage et
qu’un hommage éclatant soit rendu, sous votre haut patronage,
en 2006, au brave général Dumas, héros sans tache de notre
République.
Pour vous en convaincre, je n’ai, hélas, d’autre autorité
que la liberté de ma plume et la mémoire de mes ancêtres,
citoyens français mis en esclavage à la Guadeloupe en 1802,
mais aussi paysans du Limousin arrachés à leur terre pour
partir à la conquête de l’Europe sans d’autre raison que la
gloire d’un homme. Je suis sûr qu’ils approuveraient, les
uns comme les autres, que ma plume ait aussi servi à vous
écrire cette lettre.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, le Président de la République,
l’expression de ma respectueuse considération.
Claude Ribbe
Décembre 2005
Malgré de nombreuses interventions, dont la lettre
de François Baroin, ministre de l’Outre-mer, M. Donnedieu
de Vabres, ministre de la Culture, pourtant saisi dès le 26
juillet 2005, refuse de passer outre l'avis du haut comité
des célébrations nationales et d’inscrire le bicentenaire
de la mort du général Dumas sur la liste des commémorations
nationales 2006.
26 novembre 2005
Rencontre de Claude Ribbe avec Olivier Bosc, conseiller
du ministre de la Culture chargé du dossier du bicentenaire
du général Dumas. Aucune suite.
16 novembre 2005
Claude Ribbe, avec le Comité Culture du Collectif
des Antillais, rencontre Mme Laurence Franceschini, directrice
adjointe du cabinet du ministre de la Culture et MM. Olivier
Bosc, Séverin Naudet et Philippe Castro, conseillers du ministre
de la Culture. L’objet de l’entretien est de demander que
le ministre inscrive d’office le bicentenaire du général au
calendrier des commémorations nationales 2006. Aucune suite.
Septembre 2005
Lettre de François Baroin, ministre de l’Outre-mer,
à Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, en faveur
de l’inscription du bicentenaire du général Dumas au calendrier
des commémorations nationales 2006
27 juillet 2005
Claude Ribbe, appuyé par le Collectif des Antillais,
Guyanais et Réunionnais, intervient auprès de François Baroin,
ministre de l’Outre-mer.
Monsieur François Baroin,
Ministre de l’Outre-Mer
Monsieur le Ministre,
Je me permets d’attirer votre attention sur le très prochain
bicentenaire du général Dumas, né esclave aux Antilles et
mort à Villers-Cotterêts (Aisne) en 1806. L’occultation de
ce bicentenaire – qui risque de se produire si vous n’intervenez
pas en urgence - serait, à mon sens, de nature à choquer la
communauté antillaise de France et à discréditer le gouvernement.
Je vous joins copie des courriers adressés dans ce sens à
divers responsables et me tiens à votre disposition pour toutes
précisions complémentaires.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression
de mes sentiments déférents.
Claude Ribbe
26 juillet 2005
Claude Ribbe saisit le ministre de la Culture, par l’intermédiaire
de sa directrice-de cabinet.
Madame Laurence Franceschini
Directrice adjointe du Cabinet de M. le Ministre de la Culture
Madame,
Le Haut Comité des célébrations nationales ayant refusé, malgré
mes instances, de proposer au Ministre l'inscription du bicentenaire
de la mort du général Dumas, sur la liste des célébrations
nationales 2006, j'émets le voeu que le Ministre puisse inscrire
lui-même l'anniversaire de la mort du général Dumas sur la
liste des commémorations retenues. Je suis volontiers disposé
à en rédiger la notice et à vous fournir toutes explications
utiles. J'insiste sur l'urgence, car la plaquette des commémorations
nationales 2006 est actuellement sous presse, daprès ce que
m'indique Madame Danièle Neirinck, chargée du dossier.
J'irai plus loin. Eu égard aux manifestations prévues en 2006
par diverses collectivités territoriales (conseil général
de Savoie, conseil général de l'Aisne, ville de Paris, ville
de Villers-Cotterêts notamment) pour honorer la mémoire de
ce grand Français que fut le général Dumas, il ne me paraîtrait
pas déplacé qu'une personne fût désignée, dans le cadre de
votre cabinet, pour assurer la liaison entre les différentes
initiatives, comme cela fut le cas pour George Sand en 2004.
Ce serait une manière honorable de rappeler l'attachement
de la France aux hommes emblématiques que l'histoire et les
préjugés ont hélas, occultés.
Je vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes respectueux
hommages.
Claude Ribbe.
26 juillet 2005
Claude Ribbe intervient auprès du président du Haut
Comité des célébrations nationales. Il ne recevra aucune réponse.
Monsieur Jean Leclant
Président du Haut comité des célébrations nationales
Secrétaire Perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles
Lettres,
Palais de l’Institut
25 quai de Conti, 75006 Paris
Monsieur le Secrétaire Perpétuel,
En 2002, Martine de Boisdeffre, que je ne connaissais pas,
m’avait adressé un courrier par lequel elle me faisait part
de la lecture de ma biographie du général Alexandre Dumas
(1762-1806) qui l’aurait frappée au point de proposer au Haut
Comité que vous présidez d’inscrire à son calendrier 2004
l’anniversaire de l’indépendance d’Haïti. Comme vous le savez,
j’avais volontiers accepté d’en rédiger la notice.
Je suis donc particulièrement étonné, trois ans plus tard,
de recevoir un courrier de la même Martine de Boisdeffre en
date du 15 juin 2005 où je lis :
« Monsieur, Vous avez récemment attiré l’attention de la délégation
aux célébrations nationales sur la mort du général Dumas,
père de l’illustre écrivain, le 26 février 1806. J‘ai signalé
cet anniversaire au Haut comité des célébrations nationales
qui s’est réuni le 10 juin dernier comme susceptible de figurer
parmi les célébrations nationales 2006. J’ai le regret de
vous faire savoir que ce dernier n’a pas souhaité retenir
cette date parmi celles qu’il proposera au ministre de la
Culture et de la Communication.».
Les explications données sont plus étonnantes encore :
« [Le comité] n’a pas retenu de généraux de la Révolution
et de l’Empire à l’exception de Desaix et de Kléber et ne
souhaite pas, par exemple, proposer l’inscription de la mort
du général Hugo au titre des célébrations nationales ».
Je conclus évidemment de cette lettre que le général Dumas
aurait été proposé à votre Haut Comité en ses seules qualités
de général de la Révolution et de père du célèbre écrivain.
Ce n’est pas du tout en ce sens que j’avais attiré l’attention
de la délégation.
Le général Dumas est l’une des figures emblématiques de notre
histoire et un modèle pour notre République, ce qui n’est
le cas ni pour Desaix (qui servit sous ses ordres) ni pour
son ami Kléber, encore moins pour le général Hugo. « Il a
sauvé vingt fois la République et est mort pauvre. Une telle
existence est un chef-d’œuvre auquel rien n’est à comparer
». Ainsi Anatole France résumait-il sa vie du général Alexandre
Dumas.
Vous ne pouvez ignorer qu’il est né esclave parmi les 400
000 esclaves de la colonie française de Saint-Domingue qui
faisaient alors vivre un Français sur huit et qu’il eut à
affronter le préjugé de couleur, préjugé qui amena Bonaparte
à le rayer des cadres et à lui refuser une pension de prisonnier
de guerre et la Légion d’Honneur à laquelle il avait droit
plus que tout autre. J’ai eu l’occasion de le rappeler solennellement
dans une allocution au Sénat lors du transfert des cendres
de son fils au Panthéon. « Ne me parlez plus jamais de cet
homme ! » disait Bonaparte. Pourtant, en 1906, le centenaire
de la mort du général Dumas a été inscrit solennellement au
fronton des institutions républicaines. Une statue a été érigée
par la ville de Paris. Une statue qui sera déboulonnée par
l’occupant nazi en 1942. J’imagine que vous comprenez pourquoi
!
La République d’Haïti, les Antillais de France et tous les
adversaires des préjugés et de l’injustice seraient bien offensés
si, un siècle plus tard, le Haut Comité dédaignait de célébrer
l’anniversaire du brave général Dumas. Compte tenu de la place
occupée par Napoléon Bonaparte dans la plaquette des commémorations
2004, (Bonaparte, le héros national qui a rétabli l’esclavage
et la traite négrière dans les colonies françaises et assassiné
Toussaint Louverture), l’éviction du général Dumas pourrait
bien être interprétée, hélas, comme la dérive raciste de l’institution
que vous présidez. J’ose cependant penser que vous prendrez
toutes précautions pour éviter un tel scandale en réexaminant
attentivement et de toute urgence le cas du bicentenaire de
la mort du général Alexandre Dumas. Pour toutes précisions
utiles, je suis entièrement à votre disposition.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Secrétaire Perpétuel,
l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués,
Claude Ribbe
juin 2005
Claude Ribbe renouvelle sa demande. Martine de Boisdeffre
l’informe par courrier que le Haut comité des célébrations
nationales, présidé par Jean Leclant, refuse l’inscription
du bicentenaire du général Dumas.
janvier 2005
Au moment de la dispersion des Archives de Lyon,
Claude Ribbe rappelle à Danièle Neirinck, collaboratrice de
Martine de Boisdeffre, la nécessité de célébrer en 2006 le
bicentenaire du général Dumas
30 novembre 2002
Les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas sont transférées
au Sénat sur décision de M. Jacques Chirac, président de la
République. M. Christian Poncelet, président du Sénat, après
avoir lu Alexandre Dumas le Dragon de la Reine, la
biographie du général Dumas écrite par Claude Ribbe, fait
modifier la cérémonie initialement prévue : une manifestation
au Sénat destinée à honorer la mémoire du général Dumas précède
celle du Panthéon. Claude Ribbe, entouré de MM. Christian
Poncelet et Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture,
prononce une allocution devant les sénateurs et un parterre
d’invités représentant l’Outre-mer.
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Ministre,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames, Messieurs,
Que dirait notre Alexandre Dumas de ces fastes républicains
brusquement déployés autour de sa dépouille ? Nul ne le sait.
Mais ce qui est sûr, c’est que s’il tenait la plume aujourd’hui,
on ne se contenterait pas de dire qu’il est un écrivain. On
jugerait utile, pour mieux le qualifier, d’ajouter qu’il est
un écrivain «de couleur ». Ce serait un romancier « noir »,
un auteur « antillais ». On parlerait de sa « créolité »,
de son «africanité », de sa « négritude », de son « sang noir
». Bref, il aurait quelque chose de différent, de particulier,
que sa couleur de peau désignerait et dont il n’aurait jamais
la liberté de se défaire. En cette France du XXIe siècle,
y aurait-il donc encore des gens pour croire à la « race »,
à la « pureté du sang » ?
Faut-il attendre de tomber en poussière pour ne plus subir
le regard des autres ? Faut-il attendre les honneurs posthumes
pour ne plus être insulté ? Insulté, Dumas le fut, de la naissance
à la mort. Il essuya, avec la dignité propre aux êtres d’exception,
les plus sottes offenses. Et la plus douloureuse de ces offenses
fut sans doute l’injustice faite à son père, le général républicain
Alexandre Dumas, premier du nom. Dès lors, l’hommage éclatant
de ce soir doit-il être aussi l’occasion de saluer solennellement
la mémoire de ce très grand Français.
Car les Alexandre Dumas sont trois et le premier d’entre eux,
père de l’écrivain, n’était en naissant qu’un esclave dans
la partie française de l’île de Saint-Domingue, aujourd’hui
république d’Haïti. Il ne s’appelait pas encore Alexandre
Dumas. Il n’avait qu’un prénom -Thomas-Alexandre- et pas de
nom de famille car les esclaves n’avaient pas le droit d’en
porter. Un esclave : deux cent quarante ans après, avons-nous
bien idée de ce que cela veut dire ? Des civilisations bafouées,
un continent décimé, la déportation, la cale de ces bateaux
bien français qu’on armait dans les ports et pas seulement
de Nantes ni de Bordeaux. Le fouet, le viol, l’humiliation,
la torture, les mutilations, la mort. Et après la mort, l’oubli.
Le roi Louis XIV, en instaurant en 1685 le Code noir, avait
juridiquement assimilé les esclaves africains déportés dans
les colonies françaises à des biens meubles. Et ce Code noir,
ne l’oublions pas, excluait aussi les Juifs et les Protestants
de ces mêmes colonies françaises. Dans l’article 13, le roi
voulait que «si le père est libre et la mère esclave, les
enfants soient esclaves pareillement». Le père de Thomas-Alexandre
était Européen -donc libre- mais la mère était esclave africaine
et le Code Noir s’appliquait à cet enfant comme à des centaines
de milliers d’autres jeunes captifs. En 1775, son père, pour
payer un billet de retour dans le bateau qui le ramènerait
en Normandie, le mit d’ailleurs en gage, comme on dépose un
objet au mont-de-piété. Un an plus tard, le jeune esclave
passait en France à son tour mais lorsque son pied toucha
le quai du Havre, il n’en fut pas affranchi pour autant. Un
principe admirable affirmait pourtant que la terre de France
ne porte point d’esclave. Mais il y avait été dérogé par plusieurs
textes, qui, tout au long du XVIIIe siècle, avaient rendu
de plus en plus difficile la venue et le séjour en France
des esclaves antillais et, plus généralement, des hommes et
des femmes de couleur. Ainsi, dissimulé sous une fausse identité,
le père d’Alexandre Dumas, n’était qu’un «sans-papiers».
Bravant ces difficultés, en s’engageant pour huit ans, en
qualité de simple cavalier, dans le régiment des Dragons de
la reine, il prit un nom de guerre : Alexandre Dumas. On a
souvent dit que c’était celui de sa mère. Mais, étant esclave,
elle n’avait pas de patronyme et les actes qui la désignent
ne parlent d’ailleurs que de son prénom : Césette. Il pourrait
bien s’agir alors de son nom africain et ce serait bien honorable
pour ce jeune homme d’avoir ainsi rendu hommage à sa mère
restée là-bas en servitude.
Aux Dragons de la reine, Alexandre Dumas rencontra trois camarades.
L’un d’entre eux venait de Gascogne. Les quatre cavaliers
restèrent liés par une amitié fidèle et combattirent ensemble
pendant les guerres de la Révolution.
En 1789, la Déclaration des Droits de l'Homme, contrairement
à ce que l’on croit souvent, n’était pas encore universelle.
Elle ne concernait que les Européens. Il fallut attendre trois
ans pour que des droits soient reconnus aux hommes de couleur
libres. Cinq ans pour que l’esclavage soit aboli, en principe,
et encore sous la pression d’une révolte qu’on ne pouvait
contenir.
Alexandre Dumas, après s’être battu avec rage, dès le printemps
de 1792, contre l’envahisseur, participa avec son ami Joseph
de Bologne (dit chevalier de Saint-George) également né esclave,
à la création d’un corps composé d’Antillais et d’Africains
: la Légion des Américains. Eux aussi furent des soldats de
l’An II. Alexandre Dumas, en moins d’un an, fut le premier
homme de couleur à devenir général de division de l’armée
française. Accompagné des trois amis qu’il avait rencontrés
aux Dragons de la reine, il prit bientôt le commandement de
l’armée des Alpes et, bravant la peur, la neige et le froid,
emporta les postes inexpugnables du Petit-Saint-Bernard et
du Mont-Cenis. Lorsqu’éclata l’insurrection royaliste de 1795,
c’est Dumas qu’on appela pour sauver la République. Mais l’essieu
de la voiture du général cassa deux fois. On attendait Dumas
: ce fut Bonaparte. Celui-là n’était rien encore. Il passait
juste par là et il mitrailla les factieux. Dumas le rejoignit
et combattit à ses côtés. Ils sauvèrent la République. Mais
pour combien de temps ? Ils chevauchèrent jusqu’en Italie.
Ils galopèrent jusqu’en Autriche. Sur le pont de Brixen, seul
sur sa monture, Dumas pouvait arrêter une armée entière. Jusqu’à
Alexandrie, jusqu’aux Pyramides, il se battit encore pour
la France.
Mais le général Dumas a d’autres titres de gloire : il protesta
contre la Terreur, il protégea les prisonniers de guerre,
il refusa de participer aux massacres, aux pillages, aux viols
et aux tortures perpétrés contre les civils de Vendée, il
finit par quitter l’armée d’Egypte, pensant que la République
française n’avait pas besoin de ce genre de conquête.
Sur le chemin du retour, le général Dumas fut capturé et passa
deux ans dans les geôles du roi de Naples où il subit des
sévices qui lui laissèrent dans le corps et dans l’âme des
séquelles ineffaçables.
A son retour en France, c’est un fils que lui donna son épouse.
Il l’avait connue à Villers-Cotterêts, en 1789. Leur histoire
d’amour commença dans la cour du château où, deux cent cinquante
ans plus tôt, un grand roi, d’un coup de plume, avait donné
son essor à cette belle langue que l’écrivain Alexandre Dumas
honorerait mieux que quiconque.
Lorsque l’enfant de 1802 parut, le général était là. D’habitude,
Marie-Louise Dumas accouchait seule. La République ne leur
avait pas laissé beaucoup de temps pour vivre ensemble. Leur
fils était libre, malgré sa couleur de peau. Cette année 1802,
qui le vit naître, ne fait pas honneur à la France. Le 20
mai, Napoléon Bonaparte rétablissait l’esclavage. Dans nos
livres d’histoire, à l’écran, à la scène, on n’en parle pas
volontiers. Il est un peu facile de dire qu’une femme-Joséphine-devrait
seule porter la responsabilité de cette décision ignoble qui,
aujourd’hui, aux termes d’une loi votée naguère en ces murs,
constitue un crime contre l’Humanité. Le 28 mai 1802, à la
Guadeloupe, le commandant Louis Delgrès et ses compagnons,
pensant avec raison qu’on ne les laisserait pas vivre libres
préférèrent mourir. Le lendemain, 29 mai 1802, Napoléon Bonaparte
excluait de l’armée française les officiers de couleur, comme
en d’autres temps on s’en prendrait aux officiers juifs. Cette
mesure d’épuration raciale fut appliquée jusqu’aux élèves
de l’Ecole polytechnique. Elle frappa douze généraux dont
Toussaint Louverture et Alexandre Dumas. Le 2 juillet 1802,
les frontières de la France se fermèrent aux hommes et aux
femmes de couleur, même libres. L’année suivante, le 8 janvier
1803, quelques semaines avant que le général Toussaint Louverture
n’expire, privé de soins, dans la citadelle la plus glaciale
de France, les mariages furent proscrits entre fiancés dont
la couleur de peau était différente. C’est sur ce terreau
écoeurant que purent s’épanouir les théories françaises des
Vacher de Lapouge et autres Gobineau qui furent, au siècle
suivant, les inspirateurs de la barbarie nazie.
Bonaparte s’acharna, allant jusqu’à refuser de payer au général
Dumas un arriéré de solde qu’il lui devait pourtant. Le héros,
trop sensible, mourut de chagrin en 1806. Sa veuve, sans ressources,
qualifiée de «femme de couleur» pour avoir épousé un ancien
esclave, n’eut droit à aucune pension. Le jeune orphelin n’alla
pas au lycée. Le général Dumas ne fut jamais décoré, même
à titre posthume. Les généraux de couleur n’avaient pas droit
à la Légion d’honneur.
Aujourd’hui, d’aucuns ont du mal à accepter que l’histoire
d’un brave à la peau plus sombre que la leur ait pu inspirer
l’écrivain français le plus lu dans le monde. Leurs préjugés
les empêchent tout-à-fait d’imaginer un d’Artagnan noir.
Alors faut-il s’étonner si la statue du général Dumas, abattue
par les nazis en 1943, n’est toujours pas remise à sa place
? Faut-il s’étonner si notre langue magnifique est souillée
encore par ces mots qu’inventèrent les négriers ? Le mot de
mulâtre par exemple, qui désigne à l’origine le mulet, une
bête de somme hybride et stérile. Sans doute pour dire que
les enfants de ceux dont les épidermes ne sont pas assortis
feraient offense à la nature.
Mais à présent, n’est- ce pas le moment d’un coup de théâtre
? L’heure n’est-elle pas venue de jeter bas les masques ?
L’heure de dire la vérité à qui voudra bien l’entendre. Quelle
vérité ? Eh bien, tout simplement, que les Dumas étaient originaires
d’Afrique et que la France en est fière.
Mais si nous disons cela, chaque fois qu’un étranger frappera
à notre porte, ne faudra-t-il pas se demander quand même,
avant de la lui claquer au nez, si ce n’est pas le héros que
la République appellera peut-être bientôt à son secours, s’il
ne sera pas un jour le père d’un génie de l’Humanité ? L’Humanité
: une, indivisible et fraternelle comme cette République que
le général Alexandre Dumas aimait tant.
septembre 2002. Claude Ribbe publie Alexandre
Dumas, le Dragon de la Reine (éditions du Rocher), la
première biographie du général Dumas publiée en France depuis
celle d'Ernest d'Hauterive en 1897. Il y révèle que le général
Dumas est né esclave, que sa mère n’était pas morte au moment
du rétablissement de l’esclavage par Napoléon et que l’histoire
du général Dumas et de ses trois camarades dragons de la Reine
a directement inspiré Les Trois Mousquetaires.
3 juin 2002 - Claude Ribbe demande à M. Jacques Chirac
la Légion d’honneur à titre posthume pour le général Dumas.
La demande est rejetée au motif qu'on n'accorde pas la Légion
d'honneur à titre posthume lorsque deux siècles se sont écoulés.
Monsieur le Président de la République,
Thomas-alexandre Davy de La Pailleterie, né esclave en 1762
dans la colonie française de Saint-Domingue (aujourd’hui République
d’Haïti) fils d’une Africaine déportée et d’un Normand, est
amené en France par son père à l’âge de quatorze ans. Il s’engage
en 1786 dans le régiment des dragons de la Reine sous le pseudonyme
d’Alexandre Dumas. C’est en servant sous cet uniforme et sous
ce nom qu’il rencontre, trois ans plus tard, Marie Labouret,
une jeune fille de Villers-Cotterêts. De leur union, célébrée
en 1792, alors que Dumas était lieutenant-colonel de la Légion
franche des Américains et du Midi, composée d’hommes « de
couleur » et commandée par Joseph de Bologne, dit chevalier
de Saint-George (1745-1799) devait naître un autre Alexandre
Dumas, l’un des plus grands écrivains français.
Général dès l’été 1793, le courageux et intègre Alexandre
Dumas se distingue sur tous les champs de bataille de la Révolution
et s’y conduit avec honneur et humanité. Après dix ans de
rudes combats pour la Nation, il doit subir en Italie une
captivité particulièrement humiliante et éprouvante avant
de pouvoir retrouver enfin sa famille.
Le général Alexandre Dumas, mort en 1806 des suites de ses
campagnes, dans la gêne et l’oubli, est sans doute le plus
valeureux soldat de notre République. Il mériterait à coup
sûr de continuer à reposer auprès de son fils, même au Panthéon.
« Le plus grand des Dumas, disait Anatole France, c’est le
fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La
Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis,
le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France,
fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence
est un chef-d’oeuvre auquel il n’y a rien à comparer ».
Pourtant, au moment où l’ordre de la Légion d’honneur fut
créé, le 19 mai 1802, Napoléon Bonaparte ne jugea pas utile
de décorer Alexandre Dumas. Il fut ainsi l’un des rares officiers
généraux de l’époque à être privé de cette distinction à laquelle
des services exceptionnels lui donnaient pourtant un droit
incontestable. Sans doute à cause d’une brouille survenue
durant la campagne d’Egypte. Dumas s’était élevé contre les
méthodes - trop brutales à son goût - utilisées par l’armée
française contre les Turcs. On dit aussi que Bonaparte n’aurait
pas pardonné au héros d’avoir refusé de prendre la tête de
l’expédition répressive envoyée contre la colonie révoltée
de Saint-Domingue au début de l’année 1802.
Quoi qu’il en soit, on sait que l’ordre de la Légion d’honneur
fut créé la veille du rétablissement de l’esclavage dans les
colonies françaises et quelques semaines avant la fermeture
des frontières aux hommes et aux femmes « de couleur » (2
juillet 1802). Ce contexte nauséabond - que Bonaparte lui-même
aurait regretté plus tard - n’était sans doute guère favorable
à un Afro-Antillais né esclave dans une colonie qui se trouvait
alors en pleine insurrection.
Vous avez accepté, Monsieur le Président de la République,
de transférer les cendres de l’écrivain Alexandre Dumas au
Panthéon. Il me semble que cela pourrait être l’occasion de
rendre également hommage à son père, le général Dumas, en
l’élevant à la plus haute dignité dans l’ordre de la Légion
d’honneur.
Ce serait une décision particulièrement opportune et symbolique
au moment où, tandis que beaucoup prônent le devoir de mémoire,
nous sommes si peu à oser évoquer le triste anniversaire du
rétablissement de l’esclavage, qui ne saurait pourtant passer
inaperçu, en particulier pour des centaines de milliers de
Français d’Outre-mer. Elle signifierait, aux yeux de tous,
que même si le temps a passé, la République française n’oublie
pas ceux qui l’ont défendue ; qu’elle condamne avec la plus
grande fermeté toutes les formes de discrimination et d’exclusion,
tous les crimes contre l’Humanité.
Ce serait également une manière de compléter l’hommage rendu
à l’écrivain Alexandre Dumas, blessé à jamais par le sort
particulièrement injuste réservé à un père dont il tenait
tant à honorer le nom et le souvenir. Ce père aurait pu être
le héros d’un de ses romans mais, comme le disait un biographe,
« pour ne pas être taxé d’invraisemblance, il confia aux mousquetaires
la besogne que le général avait accomplie seul ». Ce serait
enfin l’occasion de saluer l’exemple de Villers-Cotterêts,
une commune où François 1er, le 10 août 1539, signait une
ordonnance imposant l’usage de la langue française - l’acte
fondateur de la Francophonie en quelque sorte - et qui, le
15 août 1789, deux cent cinquante ans plus tard, presque jour
pour jour, accueillait un jeune homme de mérite et de cœur
sans se préoccuper outre mesure de son apparence ni de ses
origines et sans imaginer, bien sûr, que le fils de cet homme
serait l’une des plus grandes et des plus attachantes figures
de la littérature française.
J’ignore si la réglementation actuelle permet ou non d’attribuer
la Légion d’honneur à titre posthume mais je suis convaincu
que les textes doivent pouvoir s’adapter aux situations et
aux gens qui en valent la peine.
C’est pourquoi je prends la liberté, Monsieur le Président
de la République, de vous suggérer d’accepter, après avis
des autorités et des associations concernées, feu Thomas-Alexandre
Davy de La Pailleterie, dit Alexandre Dumas, général de division
de l’armée française, dans l’ordre de la Légion d’honneur
et de l’élever à la dignité de grand-croix.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République,
l’expression de ma très respectueuse considération.
Claude Ribbe
25 juin 2002 dépêche AFP
Paris va retrouver la statue du général Dumas
PARIS. 25 juin (AFP) - La statue du général Dumas, qui ornait
jadis une place de Paris, devrait prochainement retrouver
son socle, pour "réparer une diversion de l'histoire",
selon les termes de l'adjoint au maire à la culture Christophe
Girard.
Philippe Séguin, président du groupe RPR au Conseil de Paris,
a rappelé mardi lors de la séance du Conseil que le général
Thomas-Alexandre Dumas, père de l'auteur des Trois Mousquetaires,
avait jadis sa statue sur la "place des Trois Dumas"
- devenue place du Général-Catroux, dans le XVllème arrondissement
- et qu'elle avait été mise à bas par les nazis.
"C'était un homme de caractère, un des grands généraux
de l'armée française, un serviteur d'une république ouverte",
a souligné M. Séguin.
Le général Dumas était le fils du marquis Antoine-Alexandre
Davy de la Pailleterie et d'une esclave haftienne, Marie-Céssette
Dumas. Son père ayant refusé qu'il entre dans l'armée sous
son nom, il avait pris le nom de sa mère. Il était le grand-père
de l'autre Alexandre, alias Dumas fils, auteur de la Dame
aux Camélias.
M. Séguin a émis le voeu que la statue soit remisé en place,
ou que soit édifiée une nouvelle statue. La mairie lui a donné
son appui. estimant par la voix de M. Girard qu"'au nom
de la révolution, de la république, des esclaves et de nos
compatriotes d'origine africaine, ce serait bien qu'on répare
cette diversion de l'histoire".
Le voeu a été voté à l'unanimité par le Conseil. 25!06/02
09 h :59
Juin 2002
Claude Ribbe demande à M. Philippe Seguin de faire
voter la remise en place de la statue du général Dumas, détruite
pendant l’occupation. Quelques jours plus tard le Conseil
de Paris approuve cette initiative à l’unanimité et M. Christophe
Girard déclare à l’AFP qu’il s’agit de "réparer une
diversion de l’histoire"
1942
La statue du général Dumas par Alphonse de Perrin de Moncel
est détruite par les collaborateurs français. Celles de son
fils et de son petit-fils sont épargnées. Les trois statues
se trouvaient place des Trois Dumas (l’actuelle place du général-Catroux).
1912
La ville de Paris fait ériger une statue sur l’actuelle
place du général-Catroux (17e arrondissement)
1838
L’écrivain Alexandre Dumas réclame l’installation
d’une statue pour son père avec une copie à Port-au-Prince
Lettre de l’écrivain Alexandre Dumas adressée à des Haïtiens
à propos de son père (1838).
«Mes chers compatriotes…
Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par
mon propre cœur de faire élever une statue à mon père ; cette
statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale,
grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture
que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus
de 20 à 25 000 francs.
Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs
:
Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de
couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils
habitent. A cette souscription ne pourront se joindre, pour
les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et
les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et
si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu
de se monter à 25 000 F, se monte à 40 000, on fondrait une
seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors,
j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau
que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter.
Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve
[Alexandre Dumas vient de perdre sa mère] et qui réveille
cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père,
ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres
yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur
de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès
du Tyrol ; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon
que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière
de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé
d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire
à la France.
Alexandre Dumas, 5 août 1838 »
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